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mardi 7 juin 2022

La Cité de la lessive

La Cité de Londres nettoie chaque année mille milliards de livres d'argent douteux, disait BBC 4. 

Tout a commencé avec Bretton Woods. Pour éviter une répétition de la crise financière, cause de la seconde guerre mondiale, on a réglementé les flux financiers internationaux. La Cité de Londres, dont cela ne faisait pas les affaires, a contourné cette réglementation (technique dite de "l'eurodollar"). Ce sont les dollars de l'Union soviétique qui en ont été les premiers bénéficiaires. Puis elle a utilisé quelques îles rescapées de l'empire britannique, pour dissimuler cet argent au fisc. Voilà ce que cherchaient les oligarques russes pour donner une virginité au butin acquis dans le sac de leur pays, et le détournement de l'aide internationale. Nettoyé, ils pouvaient l'utiliser dans leurs affaires.

Ce trafic rapporte énormément à l'appareil financier londonien, spécialisé dans l'illusionnisme. Mais aussi à l'Etat. (Si j'ai bien compris, la City paie plus d'impôts que l'ensemble de la population française...) 

Faut-il s'en inquiéter ? Oui. L'action de la City a pour conséquence première d'éliminer les preuves concernant les crimes les plus atroces qui se commettent sur la planète. (Complicité de crime ressortissant à la catégorie du "crime en col blanc" ?)

Pourquoi Londres et pas New York ? Parce que l'Europe défend les droits de l'homme, alors que les USA, la souveraineté nationale. Et ils ont peu de lois, mais un système de répression efficace...


mercredi 12 mars 2014

La city et les oligarques

La City héberge les oligarques russes. Elle n'a pas intérêt à mécontenter M.Poutine. C'est cela le pragmatisme anglais.

Quand on pense que la France a insisté pendant aussi longtemps pour faire la guerre à l'Angleterre, alors qu'elle aurait pu si facilement se concilier ses bonnes grâces...

dimanche 3 février 2013

Pourquoi nos gouvernants aiment-ils l’Angleterre ?

La littérature managériale anglo-saxonne présente l’Europe comme une proie bonne à dépecer. Pourquoi, dans ces conditions, les dirigeants européens se laissent-ils plumer ?

Une première explication est qu’ils y trouvent un profit. Il est vrai que ce ne sont pas eux qui se font plumer, mais nous. Et que toute collaboration a ses bénéfices.

Une autre explication est donnée par Libération. Laisser filer l’Angleterre ou la Hongrie serait mauvais pour l’Europe. Cela ferait douter le monde de sa solidité. Il faut donc tout donner à l’Angleterre (et à la Hongrie).

Extraordinaire façon de négocier ! L’Angleterre aurait tort de ne pas nous exploiter, dans ces conditions. Et argument bien faible : construire une équipe c’est savoir en éliminer ceux qui ne partagent pas ses valeurs. D’ailleurs, être capable de le faire peut les amener à modifier leur comportement pour ne pas être exclus.

(Je note au passage que Libération est fâchée avec le monde des affaires. Elle pense que la city perdra 40% de son chiffre d’affaires si elle sort de l’Europe. Au motif que c’est ce que représente ses transactions en euros. Or, la force de la City est justement les transactions en devises étrangères. D’ailleurs l’euro n’est pas la devise anglaise, pas plus que le dollar, qui est à l'origine de sa fortune.) 

dimanche 30 décembre 2012

2013, crises, cycles et modèles

Quelques idées reviennent régulièrement depuis le début de ce blog. Tout d’abord, c’est un blog de crise. Et la crise est un changement subi qui demande un « dégel » douloureux de nos certitudes. Ensuite, que le monde passe régulièrement du Yang au Yin, et inversement. Autrement dit après une phase macho et libérale, la société et ses valeurs reviennent en force. Enfin, que j’ai toujours tort. Petit à petit ce blog en arrive à des modélisations simples de l’évolution des choses.
  • Notre cycle libéral ressemble à celui qu’a connu le 19ème siècle. Un afflux de main d’œuvre permet à certains une accumulation de capital. Ce capital concentré permet d'innover. Jusqu’à ce que le déséquilibre d'accumulation provoque une crise (un demi-siècle de guerres, la dernière fois). D'où replâtrage = systèmes de solidarité. Le plus amusant, peut-être, est de voir apparaître régulièrement les mêmes idées. Comme au 19ème, nous découvrons que ce qui nous semblait simple bon sens était manipulation, qui voulait donner une preuve « scientifique » de ce que le riche devait être riche. Pour connaître la réussite littéraire, il suffit de dépoussiérer les succès de la fin du 19ème.
  • Le modèle anglo-saxon pourrait être celui de la piraterie. Un groupe d’hommes se met d’accord, par un contrat plus ou moins explicite, pour exploiter un filon. Organisation naturellement démocratique. Une fois le filon mis à jour, il peut-être exploité par un monopole bureaucratique. D’où une dialectique adhocracie (pirate) / monopole, bien connue des livres de management. Ce dispositif conduirait, comme en Grèce, à deux classes : hommes libres (philosophes) / esclaves.
  • Le modèle naturel de la France, serait-ce la République ? L’économie sociale ? La République n’a rien à voir avec la démocratie, qui est une assemblée libertaire refusant l’existence même de la société. La République, au contraire, est dirigée par l’intérêt général. C’est un dispositif qui permet à des individus égaux de vivre libres. Notre histoire depuis les Lumières pourrait être le changement que réclame ce modèle. C'est-à-dire une répartition égalitaire de lacapacité de penser. Le changement aura réussi, lorsque les institutions de la 3ème République pourront fonctionner, sans instabilités. Et que l’on pourra jeter le despotisme éclairé de la 5ème.
  • N’est-ce pas la capacité de fascination que suscitent ces modèles qui leur fournit leur énergie ? L’esclave anglo-saxon veut devenir maître, et ses efforts démesurés font fonctionner la société, et permettent l’oisiveté de la classe dominante. (Cf. l’histoire de la City.) De même, en France, c’est le provincial (avant guerre) et l’immigré qui veulent s’intégrer à l’élite nationale qui donnent à celle-ci les moyens de ses désirs. Mais, un modèle social qui repose sur l’exploitation de l’homme par l’homme est-il durable ? 
  • Un modèle qui pourrait expliquer tous les autres... La vie serait le triomphe de la complexité sur la concurrence parfaite, qui ne laisse émerger que des clones identiques. Cette complexité serait forcée à l'innovation par l'attaque de parasites simplistes (virus notamment). Retour au Yin et au Yang ? A la lutte éternelle entre la société, raffinée et sophistiquée, et l'individualisme, à intellect restreint ?

lundi 17 décembre 2012

La prochaine crise européenne est annoncée

Intéressant article de The Economist. En Europe les entreprises sont financées par les banques. Or, de nouvelles réglementations vont rendre ce financement difficile, parfois impossible.
Le changement annoncé est monstrueux. La réglementation européenne ressemblerait à celle des USA des années 30. Les banques financent la dette d’entreprise à 30% là-bas, contre 90% en zone euro !

Que va-t-il arriver ? Les banques pourraient organiser des emprunts pour les (grandes) entreprises. Elles empocheraient ainsi des bénéfices sans risque, celui-ci étant pris par le prêteur. Essentiellement des compagnies d’assurance et des fonds de pension (cf. les assurances vie, en France). Les dettes des petites sociétés pourraient être titrisées, façon subprime. Des plates-formes d’échange électroniques pourraient aussi mettre en relation ceux qui ont de l’argent avec ceux qui en cherchent. En résumé, les marchés vont remplacer les banques.

Nouveau Far West
Tout est prêt pour un nouveau Warburg, et pour un renouveau de la City, dont le métier est l’organisation de syndicats pour la levée emprunts internationaux. Bonne nouvelle aussi pour les intermédiaires de type Rothschild et pour les organismes financiers américains, qui ont de l’expérience dans le domaine ?
Thomas Watson, d'IBM
Et peut-être pour d’autres. Cette situation a fait la fortune de Watson, le fondateur d’IBM. On était alors dans les années 30, ses clients n’ayant pas les moyens d’emprunter, il est parvenu à leur louer son matériel. C’était un exploit puisqu’il avait les mêmes problèmes qu’eux. Mais, du coup, aucun concurrent ne pouvait se mesurer à lui. Même après la crise. Un demi-siècle de monopole s’ensuivit.

Quant aux dangers pour la société, ils semblent colossaux. Aujourd’hui les banques exercent un contrôle sur l’entreprise. Ce contrôle est direct, social, il agit sur le comportement même de l’entrepreneur. Il ne peut pas être remplacé par une réglementation, facilement contournable, ou par des agences de notation (cf. le précédent des subprimes). Or, cette transformation arrive au moment où l’aléa moral pourrait atteindre un sommet. Car  les assurances cherchent désespérément à relever la rentabilité de leurs placements et l’on ne sait pas comment payer les vagues de retraités qui s’annoncent. Aléa d’autant plus imparable que la zone euro n’est pas homogène, mais dépend pour son financement d’autres nations qu’elle ne peut pas contrôler ? Et si les marchés de capitaux sur lesquels elle emprunte, et où sont placés ses économies étaient hors d’Europe, par exemple à Londres ?

Comment contrôler le changement ?
L’aléa moral étant plus fort que tout. Eviter un cataclysme est illusoire. Quelques idées à titre d’exercice intellectuel :
Le nœud de la question est le contrôle de terrain. Qui peut contrôler la gestion de l’entreprise ? La grande entreprise pourrait s’occuper des finances de ses sous-traitants. C’est en fait déjà le cas. En effet, la survie du fournisseur dépend massivement des délais de paiement du donneur d’ordre, et les conditions de paiement que peut faire le fournisseur au donneur d’ordre dépendent de sa capacité à emprunter (nulle aujourd’hui). Mais qui peut contrôler la grande entreprise, et éviter qu’elle ne se transforme en ENRON ?
Il y aurait aussi sûrement de la place pour des mécanismes d’autocontrôle d’un groupe d’entrepreneurs (type coopérative).
Finalement, le risque sera d’autant plus faible que l'autofinancement se développera. 

mercredi 12 décembre 2012

Siegmund Warburg, don Quichotte anglais?

FERGUSON, Niall, High Financier, Penguin, 2011.
Siegmund Warburg est un mythe en Angleterre. Ses idées ont fait de la City la première place financière au monde, au moment où elle sombrait dans la médiocrité.

Au siècle dernier il existait une forme de banque familiale, juive ou protestante. Les membres de la famille la gèrent ensemble et utilisent pour leurs affaires internationales des parents installés à l’étranger. Les Warburg de Hamburg sont une sorte de dynastie financière, des vassaux des Rothschild.
Siegmund Warburg est un parent pauvre. L’entreprise familiale lui fournit un emploi. Mais la montée du nazisme va changer sa destinée. Après avoir pensé qu’Hitler apporterait un peu de dynamisme et de jeunesse à une Allemagne ankylosée, il doit partir. Il choisit l’Angleterre par défaut. Il y fonde une banque et s’associe avec d’autres Juifs qui ont connu son sort. Les débuts sont difficiles. Le terrain étant fort occupé.

Il semble avoir pensé qu’un Juif devait le meilleur de lui-même à la nation qui l’accueillait. Ainsi, il a voulu changer l’Angleterre. (La trouvait-il paresseuse et décadente ?) Selon lui, son avenir était européen. Il aurait aimé, au moins, régénérer ses entreprises en les fusionnant avec des multinationales allemandes. A défaut, il a été à l’origine d’une finance européenne : les Eurobonds, obligations en devises étrangères. Ce sont elles, qui, en peu d’années, vont faire de la City la première place financière mondiale. Il déclenche aussi un vague de fusions acquisitions. Elle concentre l’industrie anglaise, et la met en partie sous la coupe de l’étranger. Il désirait lui donner du sang neuf. Ce sera un échec. Il faudra attendre Mme Thatcher pour sortir le pays de sa torpeur.

Tous ces exploits lui ont peu rapporté. Il n’était d’ailleurs pas intéressé par l’argent. Il voyait la finance comme un art. Il aurait aimé créer une petite banque d’un très haut savoir-faire, et d’une grande éthique, qui durerait. Mais elle ne lui a pas survécu. Elle a été victime de la transformation de la finance mondiale. Finance globalisée dont il a été le pionnier, et dans laquelle son héritage et ses valeurs ont sombré. 

dimanche 16 septembre 2012

Fédéralisation de l’Europe, instable Moyen-Orient, nébuleuse Chine et autres

Des nouvelles du monde. Mon interprétation de The Economist de cette semaine.
  • The Economist se réconcilie avec l’Europe. Elle fait preuve de bon sens : elle se dirige vers le fédéralisme. Les juges de la cour suprême allemande ne remettent pas en cause les accords européens du pays;  M.Draghi fait un nouveau tour de prestidigitation ; et les Hollandais ont élu un gouvernement stable, et écarté leur extrême droite. (Je m’interroge : amorce de reflux de l’extrême droite européenne ?) Par ailleurs, la découverte de ce qu’est une fédération se poursuit. Nouveau résultat : elle doit avoir un budget suffisant pour être un stabilisateur anticyclique. Le budget fédéral américain représente 24% du PIB des USA, pour la Suisse, ce chiffre serait de 12%. Il est de 1% en Europe… M.Moscovici aurait proposé que l’Europe se charge en partie de l’assurance chômage. (Un premier pas vers une uniformisation des systèmes de sécurité sociale, qui retirerait aux Etat la tentation de s’affronter sur ce terrain ?)
  • Quand au Moyen-Orient, qu’il s’agisse de la Syrie, de l’Egypte, de la Lybie ou de la Palestine, sa situation est incertaine. Les extrémistes musulmans cherchent à en profiter pour happer le pouvoir. Mais ce que veulent les populations locales n’est pas plus d’Islam, mais moins de pauvreté. Il y a là un moyen pour l’Occident, et pour les USA, de se rendre utiles. (Ce qui explique que les dits islamistes cherchent tous les moyens pour monter les populations locales contre eux ?) Malheureusement, ces derniers tendent à se payer de mots.
  • La Chine est, décidément, impénétrable. Ses leaders politiques disparaissent mystérieusement, et les chiffres de son économie sont douteux. (Mais pourquoi leur appliquer les grilles de lectures occidentales ?)
  • Les aléas climatiques créent une pénurie mondiale de céréales. Elle est amplifiée par la production de biocarburants. Les pays cherchent à protéger leurs populations des fluctuations de prix. Ce protectionnisme a l’effet inverse de celui qui est souhaité. (Drame pour les populations urbaines pauvres.) Commentaire personnel : dangers du protectionnisme, ou démonstration que la vie des hommes ne peut pas être laissée au bon vouloir des marchés ?
  • La banque d’investissement serait au plus mal. En grande partie du fait des nouvelles réglementations. D’ailleurs la City aurait éliminé 100.000 personnes sur 354.000 (2007). Va-t-elle perdre sa place au centre du monde ? s’inquiète The Economist. La finance mondiale va-t-elle retrouver la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter ? se demande ce blog.
  • BAE et EADS vont-ils s’unir ? Pour EADS l’équation serait plus de stabilité = diversification dans la défense, le service et la maintenance + dilution des rôles des Etats. (Mais que serait-il sans les dits Etats ?) Début de concentration de l’industrie de la défense ? Que vont faire Thalès, Dassault et leurs confrères européens ?
  • Apple, est comme une bicyclette. Quand il n'avance pas, il tombe ? Est-ce ce qui lui arrive avec l’iPhone 5 ?
  • Et j’achève avec Bernard Arnault. Il a bâti sa fortune sur la France, sa culture, sa tradition et son image (et a tiré bien des profits des malheurs du Crédit Lyonnais, dit un ancien numéro du Canard Enchaîné). Mais à chaque arrivée de la gauche au pouvoir, il part à l’étranger. La dernière fois c’était aux USA. "Cette fois, au moins, M.Arnault a choisi un pays proche, et qui parle, en partie, français."
  • Mais, j'avais oublié un débat sur la circoncision. 1/3 des hommes seraient circoncis, dont 50% d'Américains. Difficile de trancher la question... Les scientifiques avancent des arguments pour ou contre. Quel impact sur l'enfant ? Et sur certaines sociétés, si l'on remet en cause cette coutume ? S'est-on posé cette question pour l'excision ? Car quid des droits de l'homme ?... 

lundi 2 juillet 2012

Union bancaire : qu’est-ce ?

L’idée de l’Union bancaire semble brillante : si les banques européennes sont solidaires les unes des autres, plus besoin pour leurs États de prendre en charge leurs dettes. Or, ce sont justement elles qui plombent les pays européens. Habile !

Cependant, cette union pose des problèmes délicats de mise en œuvre. En effet, si les banques sont interdépendantes, ce sera leur régulateur qui guidera leur action. Les États sont-ils prêts à perdre la possibilité de les utiliser comme outil de leur politique ? Il faut aussi constituer la cagnotte qui permettra de les assurer contre les revers de fortune. Et les riches vont-ils vouloir subventionner les pauvres, surtout s’ils peuvent sortir de l’euro ? (Bankers of the euro area, unite!)

En outre, je me demande si un tel dispositif sait fonctionner sans une banque centrale, prêteur de dernier ressort.

Mais, tout ceci ne nous amène-t-il pas au système bancaire anglais ? Un système auquel son pays a souvent reproché d’être un casino, ne profitant pas à son économie ? Un système financier peut-il être totalement privé ? Uniquement concerné par le profit à court terme ? 

lundi 16 avril 2012

Élections présidentielles surréalistes ?

Nos élections présidentielles ont quelque chose de surréaliste.

Nicolas Sarkozy nous promet le chaos. Si nous élisons F.Hollande et ses hordes bolchéviques, le marché va se déchaîner sur les ruines fumantes qu’ils auront laissées de la France.

Réponse inattendue de M.Hollande, qui aurait pu traiter l’attaque par le ridicule : je me fiche des marchés. Aurait-il fait son coming out ? Il n’est pas Flamby, le pacifique inspecteur des finances qui veut faire plaisir à tout le monde, mais un révolutionnaire sanguinaire ? Nicolas Sarkozy l'a percé à jour ?

Résultat ? Le Financial Times, le journal de la City et des marchés, vote Hollande, et sa relance, et se prend le bec avec Sarkozy, qui s'en réjouit !

Et les sondages ? Ils ne bougent pas d’un poil. Peut-être que toute cette agitation ne sert à rien ? Est-ce ce qu’a compris F.Hollande, qui en profite pour se permettre quelques folies ?

dimanche 8 avril 2012

La City prochaine Atlantide ?

Ne faudrait-il pas envoyer la City par le fond ? C’est la conclusion naturelle des billets précédents.

Mais la City est une formidable dynamo, remplie de gens qui travaillent comme des fous dans le seul but de gagner toujours plus ? Pourquoi ne pas l’utiliser, un peu comme une roue de Hamster ?

Nos scientifiques ne pourraient-ils pas se pencher sur la question ?

Angleterre, propriété privée ?

La City of London (billet précédent) parle d’une alliance presque immédiate entre la noblesse et la nouvelle immigration financière. En lisant cette phrase, j’ai eu une idée extrêmement bizarre. Et si L’Angleterre était la propriété d’une classe minuscule ? Et si ces gens avaient trouvé un moyen extraordinairement intelligent d’entretenir leur fortune, et leurs propriétés, pour les siècles des siècles ?

Ils auraient fait de l’Angleterre un paradis des affaires qui aspire le talent et les capitaux étrangers : banquiers allemands, puis américains, oligarques russes, multinationales indiennes, dictateurs divers… Ces nouveaux arrivants ont signé un marché avec la haute société anglaise : la puissance d’une nation au service de leurs intérêts, en échange d’emplois extrêmement rémunérateurs. S’ils réussissent, ils sont anoblis.

Peut-être que The Economist voit juste lorsqu’il dit que la mission de La City est « de traire la globalisation ». Et si les locataires de l’île pillaient les ressources du monde et reversaient une quote-part du larcin aux propriétaires du lieu ?  

Compléments :

City of London

Histoire de la City de Londres. Une version abrégée en seulement 600 pages du livre de référence : KYNASTON, David, City of London, Chatto et Windus, 2011. Voici ce que j’en retiens, sachant que le monde de la banque m’est peu familier.

Vie et réincarnation

La City de Londres résulte d’une initiative privée étonnante pour un Français. À la fin du 16ème siècle, Londres est une des principaux marchés mondiaux. Les marchands anglais font du commerce partout sur la planète et ont besoin de crédits pour cela. Certains acquièrent donc une fonction financière. Ils transforment leur entreprise en une « merchant bank ».

En 1694, ils créent la Banque de Londres (d’Angleterre). C’est un organisme à but lucratif, qui fait du réescompte. Elle va rapidement avoir pour rôle de garantir le respect des règles de bonne conduite du « club ». Tout aussi rapidement, elle aura à sauver ses membres des crises qui les secouent périodiquement. En même temps apparaît le premier assureur, la Lloyds (1691). Le Royal Exchange est établi en 1570.

L’histoire de la City connaît plusieurs épisodes remarquables. Lors des guerres napoléoniennes, elle accueille les financiers du continent (essentiellement juifs allemands), qui n’arrivent plus à y travailler. Ils vont monter le système de financement des guerres contre Napoléon. À partir de là, l’Angleterre sera liée par une dette de plus en plus élevée à la City. Cela expliquerait que, bien vite, la classe dominante y ait vu son intérêt et se soit alliée aux financiers.

À partir de maintenant, la City va aider les nations à emprunter, généralement pour faire la guerre.

Dans l’entre-deux guerre, elle participera, avec grand entrain, à la reconstruction de l’Allemagne. Et ce d’autant plus volontiers que beaucoup de ses banques sont anglo-allemandes.

La City s’est constituée comme le centre financier de la première puissance mondiale. La Livre est la monnaie d’échange internationale. En 1918, les USA dominent le monde. La City se replie sur l’empire britannique. Mais après la seconde guerre mondiale son avenir semble bouché. C’est alors qu’elle a un coup de génie.

Le dollar étant monnaie de réserve, les nations en ont grand besoin. La City réalise que beaucoup de dollars ne sont pas aux USA. Et qu’il est donc possible d’organiser des emprunts en dollars hors des États Unis (Eurodollar). Coup de chance, le gouvernement américain décide au même moment de limiter les emprunts qui peuvent être faits sur son territoire.

La City redevient la plaque tournante de la finance mondiale. Les plus grandes banques s’y installent d’ailleurs. Elle a trouvé sa vocation ? Elle est une zone franche, une sorte de station pirate, qui tire profit d’être hors des eaux territoriales, surtout de la zone euro.

Mais, cette transformation lui a fait perdre son âme. Le club est mort. Peu brillants mais risquant tous les jours leur argent, ses membres se connaissaient tous, et ils étaient chaperonnés par la Banque d’Angleterre. Seule une morale des affaires rigoureuse y était possible. La City est maintenant faite de « supermarchés » de la finance peuplés de surdiplômés drogués au bonus, qui ne communiquent qu’avec des ordinateurs. C’est un univers fermé qui ne voit le monde que par le prisme de l’argent. Signe des temps ? La banque Barings, héros du livre qu'elle parcourt de bout en bout, est victime d'un Kerviel anglais. (La banque a été fondée en 1762, par un immigré allemand.) Et la très arrogante Lloyds est prise en flagrant délit de malversations. 

La Banque d’Angleterre

Pendant longtemps, la Banque d’Angleterre a été la clé de voûte de l’édifice.

Elle a inventé le métier de banque centrale. Elle a vite cru possible de monter une fraternité de banquiers centraux qui assurerait le bonheur du monde, et le protégerait des impérities des démocraties. C’est ainsi qu’elle a contribué avec enthousiasme à la reconstruction de la puissance allemande entre les deux guerres.

Puis elle a été rattachée à l’État anglais, et à nouveau rendue indépendante.

La force de la City

Qu’est-ce qui fait la force de la City ?

Surtout le talent étranger. En premier lieu celui des Juifs allemands. Trois en particulier : Nathan Rothschild (qui fait de Londres la plaque tournante du marché des capitaux internationaux), Cassel et Warburg (Eurodollar).

Ensuite, elle dispose d’une très grande liberté. Elle est exceptionnellement peu réglementée. C’est une sorte d’État dans l’État.

Enfin, la globalisation est son sang. Sans elle, elle dépérit. C'est d'ailleurs ce qu'elle a fait de 1914 aux années 60.

La City et l’Angleterre

Curieusement, il ne semble pas qu’on lui en ait voulu d'avoir été le financier de la puissance allemande, à la fois avant et après la première guerre mondiale. Mais, très rapidement, on lui a reproché de ne pas financer l’industrie nationale. On dit, d’ailleurs, d’elle que c’est un « casino ». Sa vocation n’est pas d’alimenter l’économie, mais de s’enrichir par des coups. Pire, dans les dernières décennies, elle s’est mise à spéculer ouvertement contre les intérêts de l’Angleterre. Ainsi, en 1992, George Soros gagne 1md$ en une journée en jouant la sortie de la Livre du Système Monétaire Européen.

Jusqu’à Tony Blair elle a été en guerre ouverte avec les Travaillistes. Et Margaret Thatcher ne l’appréciait guère.

Mais la City est elle encore anglaise ? Ou est-ce une forme de pavillon de complaisance pour les financiers mondiaux les plus agressifs ? Un nid d’aigle d’où ils lancent des razzias sur les campagnes environnantes ?

vendredi 30 mars 2012

The Economist contre la France

Le précédent article parlait de l’attaque de The Economist contre la France. Voici un certain nombre de raisons pour penser que cette attaque est marquée au coin de l’idéologie irraisonnée :
  • The Economist est un très vieux journal qui a été créé en 1843 pour une croisade : le libre échange. Depuis ses origines, il est très proche des intérêts de la City de Londres. The Economist est une pendule arrêtée, quoi qu’il arrive, il demande plus de libéralisation. Et lorsque cela ne fonctionne pas, comme le note régulièrement ce blog, The Economist accuse l’État et la démocratie d’incompétence.
  • The Economist vote Rajoy et Monti, deux libéraux qui cherchent à faciliter les licenciements dans leurs pays. Là ne semble pas être la solution à nos problèmes à court terme. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans un cercle vicieux, et que ces mesures ne peuvent donner des résultats qu’à long terme. Surtout, parce que mettre des gens au chômage en période de crise accélère la crise. L’Allemagne s’en est bien gardée, d’ailleurs. Enfin, parce que le chômage espagnol est en parti dû à des réformes libérales anciennes qui ont rendu précaire le sort d’une grosse partie de la population, le reste étant parvenu à se protéger (la France a subi le même type d’expérimentation, cf. nos nuées d'intérimaires, mais ses conséquences sont moins marquées). D'ailleurs, un licenciement facile n'est pas évidemment bon pour la santé d'une économie. En effet, cela tend à créer une classe de prolétaires sans qualification. Or, depuis Adam Smith, le dieu de The Economist, on soupçonne que ce qui fait la richesse d'une nation, c'est la spécialisation des ses membres qui permet le gain de productivité maximal. Ce genre de réforme ne se fait donc pas en claquant des doigts, sous peine de créer des effets pervers.
  • The Economist nous menace des foudres du marché. Nous sommes surendettés, n’est-ce pas ? Curieusement, l’Angleterre connaît des crises depuis plus de 150 ans, et à chaque fois la City sort le même argument : l’Angleterre ne peut pas se payer un système social aussi généreux (déjà, il y a 150 ans !). Et à chaque fois ça se termine par une dévaluation. L’Espagne et l’Irlande étaient peu endettées et vont très mal. Les USA sont très endettés et vont bien. Le danger vient, curieusement, des amis de The Economist, les marchés financiers. S’ils comprennent qu’ils n’ont rien à gagner en spéculant contre notre dette, nous vivrons heureux. Pour le moment, c’est la BCE et ses mesures « non conventionnelles », qui sont notre garde fou.
  • Notre souci à court terme est donc de relancer notre croissance. Une idée pour cela me semble de faciliter la coopération entre pays européens. Si l’Allemagne, en particulier, se mettait à consommer un peu plus, ça ferait probablement beaucoup de bien à tout le monde, à commencer par l’Allemagne puissance commerçante, qui a besoin de clients en bonne santé… Quant à nos dettes, au poids de notre État… il serait dangereux de prendre des mesures précipitées.
Pour une fois, notre fameuse résistance au changement me semble bénéfique. 

lundi 26 mars 2012

Angleterre, nid de forbans ?

« Ce en quoi le pays est fort, ce sont les services financiers et c'est attirer les capitaux internationaux, en bref traire la globalisation ». Voici comment The Economist (This way, sir) caractérise l'économie anglaise.

Pour lui, l’industrie est morte, l’Angleterre n’a plus que la City. Conclusion : soutenons le gouvernement qui veut réduire les salaires des pauvres et les impôts des riches. C’est ainsi que l’on attirera les financiers et créera les meilleures conditions pour les affaires.

Les Anglais approuvent-ils cette vision de leur avenir ? Et, si, au contraire, c’était la City qui empêchait toute autre industrie de pousser en Angleterre ? D’ailleurs, le monde doit-il accepter de se faire « traire » par l’Angleterre ?