lundi 9 avril 2012

Les conséquences imprévues de 68

Dans les années 60 les intellectuels voulaient libérer l’homme des entraves de la société. Aujourd’hui, l'individu est affligé de pathologies nouvelles. Conséquences imprévues.

C’est ce qui m’a paru ressortir d’une interview de Mme Hirigoyen, psychanalyste, par France Culture, il y a quelques jours. J’en retiens qu’elle a vu les maux de ses patients passer de la culpabilité au « narcissisme ». Addiction (Internet, sexe…), sentiment de ne pas être à la hauteur, « perversion morale », qui consiste, apparemment, à ressembler à M.Sarkozy : être mégalo, se vendre, séduire, arranger la réalité à son avantage…

Le livre qu’elle défendait parlait « d’abus de faiblesse ». Mais ceux qui l’interrogeaient avaient plus intéressant à dire que de la laisser parler. Du coup, je me suis demandé ce que signifiait être faible.

C’est tenir à quelque chose. Alors, facile de vous plumer. Exemple. Vous tenez à votre famille. Il est aisé de jouer sur les horaires extensibles de l’entreprise pour vous disqualifier de toute promotion ou vous pousser au divorce.

La perversion est logique dans un monde individualiste, puisque chacun se croyant seul au monde ne peut que chercher à exploiter son prochain. Le plus simple pour cela est « l’injonction paradoxale » : rendre l’autre fou.

Compléments :

La rémunération chez Hyacinthe Dubreuil, révolutionnaire oublié

Hyacinthe Dubreuil, dans toute sa démarche vis-à-vis du travail cherche la satisfaction des trois bases de la vie, l’économique, l’intellectuelle et la morale.

La réponse qu’il propose est le travail en équipe autonome.

La question de la rémunération doit donc être inscrite dans cette proposition. En conséquence, la rémunération sera collective.

Il reste néanmoins à définir la base de la rémunération : sur quoi doit-elle être assise ? sur quels principes ?

Nous avons repris les argumentations de Hyacinthe Dubreuil en les classant dans l’ordre suivant : le fondement du calcul habituel du salaire, les conséquences qui en résultent, les propositions qui s’ensuivent.

Quel sens prend le salaire pour l’ouvrier compte tenu du fondement de son calcul ? Tout d’abord, c’est la subordination de la personne de l’ouvrier. Par ailleurs, le salaire représente seulement du temps vendu. Ensuite, le salaire est pour l’ouvrier essentiellement une ressource économique. Enfin, certaines formes de salaire peuvent nuire à la solidarité ouvrière.

Et Hyacinthe Dubreuil en tire une conséquence : la pratique actuelle entraîne la subordination et ne peut donc pas motiver. Hyacinthe Dubreuil construit alors sa proposition :

Le salaire doit rémunèrer le service rendu et non le temps passé. Cette rémunération sera collective dans le cadre du contrat d’équipe. Mais allons encore plus loin ! Hyacinthe Dubreuil élargit la question de la rémunération à celle plus vaste d’un nouveau contrat de travail, son autre grande idée, d’une portée considérable. Innovation si considérable qu’elle n’a séduit que très peu de dirigeants.

Sartre et le néant ?

Un article sur Sartre et de Beauvoir pendant l’Occupation. (Philosophies, Les mains à moitié propre de Sartre, Ingrid Galster).

Face à l’événement, le néant de leur pensée est sidérant. Ils ne risquaient pas la collaboration, ils n’étaient, simplement, capables de rien.

Sartre a été à Berlin en 1933 et 1934. Il n’a rien vu. Extraordinaire pour celui qui s’est ensuite présenté comme la conscience de son temps ! 

Que surnage-t-il de la pensée du couple ? Que Sartre se préoccupe de son destin d’écrivain, et que Beauvoir est inquiète pour son amant du moment, un élève de Sartre, normalien promis au service militaire…

M.Mélenchon, créature de rêve ?

Chaque élection donne à un ou deux hommes politiques un succès inattendu, mais sans lendemain. Il y a eu M.Le Pen et M.Chevènement en 2002, M.Bayrou en 2007, M.Cohn-Bendit en 2009. M.Mélenchon aujourd’hui ?

Pourquoi cette inconstance ? Avons-nous besoin de croire en un candidat providentiel, nouveau par définition ? Avons-nous besoin de rêver, d’illusions ? Ou nous permettent-ils d’exprimer notre nature frondeuse ? 

dimanche 8 avril 2012

La City prochaine Atlantide ?

Ne faudrait-il pas envoyer la City par le fond ? C’est la conclusion naturelle des billets précédents.

Mais la City est une formidable dynamo, remplie de gens qui travaillent comme des fous dans le seul but de gagner toujours plus ? Pourquoi ne pas l’utiliser, un peu comme une roue de Hamster ?

Nos scientifiques ne pourraient-ils pas se pencher sur la question ?

Angleterre, propriété privée ?

La City of London (billet précédent) parle d’une alliance presque immédiate entre la noblesse et la nouvelle immigration financière. En lisant cette phrase, j’ai eu une idée extrêmement bizarre. Et si L’Angleterre était la propriété d’une classe minuscule ? Et si ces gens avaient trouvé un moyen extraordinairement intelligent d’entretenir leur fortune, et leurs propriétés, pour les siècles des siècles ?

Ils auraient fait de l’Angleterre un paradis des affaires qui aspire le talent et les capitaux étrangers : banquiers allemands, puis américains, oligarques russes, multinationales indiennes, dictateurs divers… Ces nouveaux arrivants ont signé un marché avec la haute société anglaise : la puissance d’une nation au service de leurs intérêts, en échange d’emplois extrêmement rémunérateurs. S’ils réussissent, ils sont anoblis.

Peut-être que The Economist voit juste lorsqu’il dit que la mission de La City est « de traire la globalisation ». Et si les locataires de l’île pillaient les ressources du monde et reversaient une quote-part du larcin aux propriétaires du lieu ?  

Compléments :

City of London

Histoire de la City de Londres. Une version abrégée en seulement 600 pages du livre de référence : KYNASTON, David, City of London, Chatto et Windus, 2011. Voici ce que j’en retiens, sachant que le monde de la banque m’est peu familier.

Vie et réincarnation

La City de Londres résulte d’une initiative privée étonnante pour un Français. À la fin du 16ème siècle, Londres est une des principaux marchés mondiaux. Les marchands anglais font du commerce partout sur la planète et ont besoin de crédits pour cela. Certains acquièrent donc une fonction financière. Ils transforment leur entreprise en une « merchant bank ».

En 1694, ils créent la Banque de Londres (d’Angleterre). C’est un organisme à but lucratif, qui fait du réescompte. Elle va rapidement avoir pour rôle de garantir le respect des règles de bonne conduite du « club ». Tout aussi rapidement, elle aura à sauver ses membres des crises qui les secouent périodiquement. En même temps apparaît le premier assureur, la Lloyds (1691). Le Royal Exchange est établi en 1570.

L’histoire de la City connaît plusieurs épisodes remarquables. Lors des guerres napoléoniennes, elle accueille les financiers du continent (essentiellement juifs allemands), qui n’arrivent plus à y travailler. Ils vont monter le système de financement des guerres contre Napoléon. À partir de là, l’Angleterre sera liée par une dette de plus en plus élevée à la City. Cela expliquerait que, bien vite, la classe dominante y ait vu son intérêt et se soit alliée aux financiers.

À partir de maintenant, la City va aider les nations à emprunter, généralement pour faire la guerre.

Dans l’entre-deux guerre, elle participera, avec grand entrain, à la reconstruction de l’Allemagne. Et ce d’autant plus volontiers que beaucoup de ses banques sont anglo-allemandes.

La City s’est constituée comme le centre financier de la première puissance mondiale. La Livre est la monnaie d’échange internationale. En 1918, les USA dominent le monde. La City se replie sur l’empire britannique. Mais après la seconde guerre mondiale son avenir semble bouché. C’est alors qu’elle a un coup de génie.

Le dollar étant monnaie de réserve, les nations en ont grand besoin. La City réalise que beaucoup de dollars ne sont pas aux USA. Et qu’il est donc possible d’organiser des emprunts en dollars hors des États Unis (Eurodollar). Coup de chance, le gouvernement américain décide au même moment de limiter les emprunts qui peuvent être faits sur son territoire.

La City redevient la plaque tournante de la finance mondiale. Les plus grandes banques s’y installent d’ailleurs. Elle a trouvé sa vocation ? Elle est une zone franche, une sorte de station pirate, qui tire profit d’être hors des eaux territoriales, surtout de la zone euro.

Mais, cette transformation lui a fait perdre son âme. Le club est mort. Peu brillants mais risquant tous les jours leur argent, ses membres se connaissaient tous, et ils étaient chaperonnés par la Banque d’Angleterre. Seule une morale des affaires rigoureuse y était possible. La City est maintenant faite de « supermarchés » de la finance peuplés de surdiplômés drogués au bonus, qui ne communiquent qu’avec des ordinateurs. C’est un univers fermé qui ne voit le monde que par le prisme de l’argent. Signe des temps ? La banque Barings, héros du livre qu'elle parcourt de bout en bout, est victime d'un Kerviel anglais. (La banque a été fondée en 1762, par un immigré allemand.) Et la très arrogante Lloyds est prise en flagrant délit de malversations. 

La Banque d’Angleterre

Pendant longtemps, la Banque d’Angleterre a été la clé de voûte de l’édifice.

Elle a inventé le métier de banque centrale. Elle a vite cru possible de monter une fraternité de banquiers centraux qui assurerait le bonheur du monde, et le protégerait des impérities des démocraties. C’est ainsi qu’elle a contribué avec enthousiasme à la reconstruction de la puissance allemande entre les deux guerres.

Puis elle a été rattachée à l’État anglais, et à nouveau rendue indépendante.

La force de la City

Qu’est-ce qui fait la force de la City ?

Surtout le talent étranger. En premier lieu celui des Juifs allemands. Trois en particulier : Nathan Rothschild (qui fait de Londres la plaque tournante du marché des capitaux internationaux), Cassel et Warburg (Eurodollar).

Ensuite, elle dispose d’une très grande liberté. Elle est exceptionnellement peu réglementée. C’est une sorte d’État dans l’État.

Enfin, la globalisation est son sang. Sans elle, elle dépérit. C'est d'ailleurs ce qu'elle a fait de 1914 aux années 60.

La City et l’Angleterre

Curieusement, il ne semble pas qu’on lui en ait voulu d'avoir été le financier de la puissance allemande, à la fois avant et après la première guerre mondiale. Mais, très rapidement, on lui a reproché de ne pas financer l’industrie nationale. On dit, d’ailleurs, d’elle que c’est un « casino ». Sa vocation n’est pas d’alimenter l’économie, mais de s’enrichir par des coups. Pire, dans les dernières décennies, elle s’est mise à spéculer ouvertement contre les intérêts de l’Angleterre. Ainsi, en 1992, George Soros gagne 1md$ en une journée en jouant la sortie de la Livre du Système Monétaire Européen.

Jusqu’à Tony Blair elle a été en guerre ouverte avec les Travaillistes. Et Margaret Thatcher ne l’appréciait guère.

Mais la City est elle encore anglaise ? Ou est-ce une forme de pavillon de complaisance pour les financiers mondiaux les plus agressifs ? Un nid d’aigle d’où ils lancent des razzias sur les campagnes environnantes ?

samedi 7 avril 2012

Les conséquences imprévues de Solvency II

Solvency II est un accord qui a pour but de renforcer la solidité des compagnies d’assurances européennes.

Comme tout changement, il semble devoir avoir des conséquences imprévues. Les assureurs sont de très gros investisseurs, et Solvency II va leur demander de changer leur mode d’allocation de leurs investissements. Visiblement vers des placements sans risque et à court terme.

Ça pourrait être mauvais pour la bourse, mais bon pour les emprunts de grandes entreprises. Mauvais aussi pour le financement privé de grands travaux d’intérêt général, mais probablement bon pour la dette d’État. Et attention au départ des compagnies d’assurance vers les pays qui les aiment dangereuses…

Compléments :

Sartre contre Camus

J’entendais l’autre jour dire que Sartre aurait excommunié Camus, par ce que celui-ci aurait déclaré « entre la justice et ma mère, je préfère ma mère ». (La citation paraît discutée)

Ça semble effectivement une idée digne d’un existentialiste. L’existentialiste s’engage dans un combat (exprimé ici par « sa mère »), au pied duquel les idées reçues (si l’on entend « la justice » comme « texte de lois ») doivent s’incliner. C’est ça la liberté de l’homme.

Pourquoi Sartre, autre existentialiste, a-t-il condamné Camus sans jugement ? Ce procédé contraire aux droits de l’homme est-il existentialiste ? D’autant qu’en termes d’engagement, Camus avait une histoire qui aurait dû lui valoir le bénéfice d’un doute. N’avait-il pas a été résistant, alors que Sartre ne s’est découvert un sens critique qu’à la libération ?

À moins que Sartre n’en ait voulu à l’Untermensch Camus de l’avoir ainsi surclassé, et n’ait saisi la première occasion de rabaisser cet exemple désagréable pour sa conscience ? (à creuser)

Compléments :

Ville haute, ville basse

Film de Mervyn LeRoy, 1949.

Simple et efficace avec de beaux personnages. Les bons, qui n’ont ni oublié qu’ils venaient du peuple, ni ses valeurs simples et justes, triomphent des démons tentateurs : beauté arriviste (Ava Gardner) et culture vaine et malfaisante (James Mason).