jeudi 6 juin 2013

Pourquoi nos jugements sont-ils faux ?

Une Australienne s'installe en Amérique. Elle peste contre le pays et ses habitants. Un jour, très préoccupée, elle entre dans sa voiture. Machinalement, elle s'assoit à droite (en Australie, on conduit à gauche). Ne trouvant pas le volant, elle pense immédiatement : quel pays d'escrocs, ils fauchent même les volants !

Cet exemple vient d'un article de la Harvard Business Review. Je le trouve remarquable. Il montre comment fonctionnent nos mécanismes inconscients de décodage de la réalité. Ils reflètent des a priori, ridicules dès que nous sortons de l'environnement qui les a créés, et nous agissons sur leurs injonctions sans même réfléchir.

mercredi 5 juin 2013

La France et la politique des vaches sacrées

J'entendais ce matin France Culture parler des négociations de traités de libre échange entre l'Europe et les USA. Chacun y défend ses intérêts, si possible au détriment de ceux des autres. En particulier les USA, l'Angleterre et l'Allemagne. Et la France ? On peut être surpris qu'un sujet aussi important, qui peut décider de la vie ou de la mort d'un secteur économique, ne soit pas l'objet d'un débat public. Vieille tradition dirigiste ? En tout cas, si j'en crois France culture, contre les pressions de la City ou celles des exportateurs allemands, notre gouvernement combat pour notre exception culturelle !

Voilà qui fournit un extraordinaire moyen de négociation à nos partenaires : vous favorisez mes intérêts économiques ou j'attaque votre exception culturelle ! Que cache la hargne de notre gouvernement à défendre  notre culture ? (D'ailleurs, quelle culture ?) Un lobby ?

De l'usage du sophisme pour réduire le budget de la défense ?

Article sur le livre blanc de la Défense. Si je comprends bien, le gouvernement a trouvé une façon élégante de faire des gains de productivité permettant de réduire le budget de la défense. Il a fait l’hypothèse de collaborations européennes.

Or, elles n’ont jamais fonctionné et ne fonctionneront probablement pas avant longtemps, si elles fonctionnent un jour. Et il le sait parfaitement bien. 

Pourquoi, alors, ne pas regarder la réalité en face ? Et demander aux gens compétents d’être intelligents. C’est-à-dire de concevoir une défense avec les moyens du pays, si possible en évitant de suivre les modes venues des USA, qui ont d’autres ressources que les nôtres. Après tout, les Talibans afghans arrivent bien à leur tenir tête, avec un armement modeste... Et il y a un précédent. Marcel Dassault a conçu de très bons avions avec très peu de moyens… 

Pourquoi achetons-nous des drones ?

L’armée achète ses drones aux USA alors que nous sommes particulièrement gâtés en termes d’industrie de la défense. Qu’est-ce qui a pêché ? La Tribune montre une grande confusion. L’Etat hésite beaucoup ; il cherche à faire travailler ensemble des gens qui ne s’entendent pas ; on veut faire des programmes européens, alors que les armées européennes n’ont pas les mêmes besoins…

Je n’y connais rien, mais plusieurs choses me frappent dans cette histoire.
  • Les drones sont des sortes de maquettes évoluées : un des architectes du programme américain a conçu  dans son garage des équipements à la fois efficaces et peu coûteux . Pourquoi personne n’a-t-il développé un programme sur fonds propres ?
  • Pour cette même raison, quelle était la logique de chercher à fusionner les projets de Dassault et d'EADS ? Pourquoi n’avoir pas fait jouer la concurrence ?
Et si nous étions victimes d’une sorte de ritualisme ? L’Etat, techniquement incompétent, ne rêve que de fusions industrielles glorieuses et de projets européens ; les industriels, techniquement compétents, ne savent qu’attendre les ordres de l’Etat pour mieux l’essorer ? 

mardi 4 juin 2013

Le libre échange sauve le monde de la pauvreté

Grâce au capitalisme et au libre échange, le monde sort de la pauvreté, dit The Economist. Ce qui me laisse dubitatif. Ce qui ne me va pas est la définition même de pauvreté. Les indiens d’Amazonie sont pauvres, nos ancêtres étaient pauvres, les animaux sont pauvres. On est pauvre lorsque l’on n’obéit pas au modèle capitaliste. Tout le génie de l’Occident aurait-il été d’avoir défini le progrès comme le degré d’adhésion du monde à ses valeurs ?

M.Poutine, pour sa part, représente le mal. Il utilise la confrontation avec l’Occident pour se maintenir en poste. Il semble extraordinairement habile, et les Russes particulièrement crédules. « Le nombre de ceux qui croient que la Russie a des ennemis étrangers est passé de 13% en 1989 à plus de 70%. » En France, comme je le soupçonnais, M.Moscovici mène des manœuvres européennes sous-marines : « Quand il est devenu clair, l’année dernière, que la France n’allait pas atteindre l’objectif des 3% - bien avant que le gouvernement l’admette, il a commencé des discussions discrètes avec Olli Rehn, le commissaire européen à l’économie. Les deux hommes, l’un socialiste français, l’autre libéral finlandais, forment un curieux couple, pourtant ils ont construit une « excellente relation » ». En Italie, la coalition gauche, droite a gagné des élections. La montée du parti cinq étoiles est-elle irrésistible ? Et il y a encore du monde pour vouloir rejoindre l’Europe, et la zone euro. Curieusement. C’est maintenant au tour de la Lettonie. Elle veut échapper à « l’emprise de la Russie ». « En adhérant, elle gagnera un siège à la table de négociation, des coûts d’emprunt plus faibles, et elle attirera des investissements étrangers. Et, dites-le doucement, la Lettonie aurait accès aux liquidités de la BCE et aux fonds de sauvetage, au cas où la crise reviendrait. » En échange, la zone euro gagne une plaque tournante du commerce et de la circulation de fonds russes. Mais l’Europe aurait bien mauvaise grâce de se plaindre. N’est-elle pas chargée de tous les pêchés ?

Et maintenant, un voyage chez les bons. La Suède, grande donneuse de leçons économiques et morales, est en feu. « l’économie se débat avec une baisse de la demande de la zone euro et une monnaie forte ». L’Allemagne va-t-elle exporter son modèle d’apprentissage ? Pas simple. « La tradition de coopération entre l’Etat, les syndicats, les employeurs et les écoles a mis des générations pour se construire ». Et il n’est peut-être pas si bon que cela. En effet, il était déjà là lorsque l’Allemagne était en crise et surtout, « il apparaît que les connaissances acquises par un enseignement professionnel deviennent rapidement obsolètes ». Les jeunes espagnols les mieux qualifiés quittent leur pays. Or sa population vieillit vite. Qui va nourrir ses retraités ? En Angleterre, les jeunes partagent les valeurs de The Economist. Ils ne se mêlent pas des affaires des autres et se méfient de la protection sociale, contrairement à leurs parents. Malheureusement, ils ne sont pas prêts à se battre pour leurs idées. The Economist soupçonne que tout ceci est une question de conditionnement. Les USA envisagent de légiférer quant à l’usage des drones. Ils craignent que des nations mauvaises, Chine, Iran, Russie… ne suivent leur exemple et ne se mettent à frapper leurs opposants en dehors de leurs frontières. Mais est-ce bien utile ? L’Amérique ne nous a-t-elle pas simplement rappelé que la loi qui s’applique au monde est celle du plus fort ? Au Japon, les réformes économiques de M. Abe donnent des signes inquiétants. Les taux des obligations d’Etat grimpent alors que le pays est massivement endetté. Apprentis sorciers ? Décidément, M. Abe n’a pas de chance, il voulait faire voter une loi qui lui aurait permis de transformer aisément la constitution du pays, et de revenir à un nationalisme d'avant guerre, mais il ne semble plus pouvoir disposer de la majorité nécessaire. Heureusement, il y a la Chine. Le Japon fait des affaires avec les pays qu’elle inquiète (notamment la Birmanie). 

Technologie de l'information et destruction créatrice. La presse apprend à utiliser les informations véhiculées par les réseaux sociaux. Montée des plates-formes électroniques internationales créant un marché mondial du travail. Risque de « déplacer l’emploi vers les pays pauvres » ? En tout cas, il semble qu’il y ait une tendance au morcellement du travail : « entre un cinquième et un tiers des travailleurs américains sont maintenant des indépendants ou des intérimaires, ils n’étaient que 6% en 1989. » Le marché des serveurs (ordinateurs) change. On utilise des sous-traitants ou on les construit soi-même (Cisco) plutôt que de les acheter chez IBM ou HP.

L’entreprise privée veut conquérir Mars. Elle a trouvé un moyen de pallier son manque de ressources : il y a des volontaires pour prendre des risques. Soit d’un aller et retour sans escale, avec une probabilité d’un tiers de survie, soit d’un aller unique, avec installation. Pour le reste l’argent viendrait des droits de diffusion médiatique de cette forme de « reality show ». Mars n’est-il pas le nom approprié à des jeux du cirque ? 

L’Egypte ou la civilisation qui refusait de changer ?

Implicitement, je pensais que toutes les civilisations avaient envisagé la question du changement. L’Egypte semble une exception. Suite de mon enquête sur l’Egypte et le changement, au département d’égyptologie de la Sorbonne.

Un coup d’œil au vocabulaire égyptien ne permet pas de trouver beaucoup de choses sur le changement. « Transformer », c’est tout. Il est plutôt question d’un mouvement cyclique, peut-être avec une tendance à la défense, plutôt qu’à l’offensive.

L’Egypte paraît avoir été extraordinairement stable. L’art, par exemple, a peu évolué. A tel point qu’il est difficile de le dater. L’Egypte était une sorte de société « organique » faite de rôles spécialisés. Détail curieux : elle n’avait pas de monnaie. Cela devait probablement figer l’Egyptien, dont les échanges « économiques » étaient circonscrits. Il était donc extrêmement dépendant de la société. En particulier il ne devait pas être capable de résister seul à un aléa. En outre, il se serait confiné à un périmètre étroit, en gros la vallée du Nil. C’était une sorte de paradis, un refuge où la famine était inconnue. Le désert figurant l’enfer. Et l’au-delà ressemblait au présent. Ce qui pourrait signifier que l’Egyptien vivait dans l’immédiat. Il était heureux de son sort. Et donc qu’il n’avait pas de raison de changer. 

lundi 3 juin 2013

Manifestations en Turquie et changement mondial ?

J'entends que l'on manifeste en Turquie. Si je comprends bien, on reproche au gouvernement son dirigisme. Mais aussi on en veut au bousculement du mode de vie traditionnel turc par l'économie et ses magasins.

Suède, Turquie, Printemps arabe... Y a-t-il un facteur commun ?

  • Les médias sociaux facilitent l'expression des mécontentements. Il semble même que le bon usage de ces réseaux s'échange entre nations, et s'enrichisse dans l'échange. 
  • Sources de mécontentements identiques ? Changement ? Contre-coup à l'occidentalisation du monde ? Les sociétés traditionnelles sont bousculées autant par la libéralisation de l'économie, et ses conséquences (crises, inégalités...), que par celle des mœurs. A quoi s'ajoute probablement le fait que le principal agent du changement a été un gouvernant dirigiste, qui n'est plus aujourd'hui en phase avec sa création ? 

Tapie et le fonctionnement de l'Etat

J'entendais ce matin parler de l'affaire Tapie par France Culture. Sa fortune semble avant tout avoir été politique. Mitterrand, qui le fait financer à bon compte (i.e. entièrement) par le Crédit Lyonnais, Balladur, qui semble avoir voulu l'utiliser contre Delors, Sarkozy qui aurait plié la justice à ses désirs.

Bernard Tapie est-il un révélateur des fonctionnements de notre élite gouvernante ? Bon plaisir du prince, d'abord, qui ignore les lois et crée celles qui lui conviennent ? Curieux sentiment d'impunité, comme si il pouvait faire ce qui lui convenait sans jamais devoir être inquiété ? Héritage d'un passé où l'élite était coupée de la réalité ou phénomène récent ? Et que dire de ceux qui entourent le prince et qui lui concoctent des dispositifs aussi bancals ? Et si leur ardeur à vouloir aller au devant de ses plaisirs couplée à leur incompétence était une forme de justice immanente ?

dimanche 2 juin 2013

L’Etat a-t-il mis l’entreprise sous morphine ?

Il semble qu’il y ait une sorte de consensus selon lequel il faut casser du fonctionnaire. Car, il est risiblement incompétent. Mais, en dehors de ses rites un peu ridicules, est-ce réellement le cas ? Une de mes collègues de Dauphine, professeur, au sommet de la pyramide de l’enseignement universitaire donc, m’a dit son salaire. Il est inférieur à celui d’embauche de nos étudiants… Est-ce une preuve d’inefficacité ?

Et surtout, les Etats sont ils à l'origine de la crise ? En Irlande ou en Espagne, l’Etat n’était pas endetté, avant qu’il ne secourt ses banques en faillite. Une partie de notre dette actuelle résulte d’ailleurs de la relance Sarkozy de 2008 / 2009. Plus généralement, je me demande si, en France, l’endettement de la nation ne provient pas d’un keynésianisme déplacé.
Public Deficit of France

Alors, le problème est-il l’Etat, comme nous le croyons, ou l’entreprise ? La modélisation à laquelle j’en arrive est la suivante. Notre économie a raté le changement de la globalisation. Elle est structurellement en piqué parce que nos entreprises sont incapables de développer leur avantage compétitif. Les grandes parce qu’elles ne savent plus que réduire leurs coûts, les petites parce qu’elles ne sont pas de vraies entreprises, autonomes et volontaristes, mais des sous-traitants. La perte de notre souveraineté monétaire a probablement amplifié le phénomène. Et l’Etat les a coupées de la nécessité d'une réforme en créant une croissance artificielle. Et il continue à les bercer d'illusions en leur faisant croire qu’il est la raison de leurs maux. Le réveil va-t-il être douloureux ? Ou notre économie va-t-elle crever dans son sommeil ? 

samedi 1 juin 2013

Pourquoi les riches volent-ils les pauvres ?

Je regardais passer les cyclistes, un week-end, et j’ai noté qu’ils paraissaient tous riches. Jadis, seuls les pauvres se déplaçaient à bicyclette. Cela m’a rappelé une réflexion que je me fais souvent : pourquoi les riches semblent-ils voler les pauvres ?

Les riches ne vivent-ils pas à la campagne, alors que c’était jadis le lieu d’une « abjecte pauvreté » selon l’expression de The Economist ? N’y avait-il pas une tradition, en Angleterre, qui voulait que les étudiants des universités aillent affronter les gens des basses castes ?...

Je me demande s’il n’y a pas ici quelque chose des films de Maurice Pialat. Ce que le pauvre a, et que n’a pas le riche, c’est la vie. Mais le riche a les moyens d’acheter ce qu’il n’a pas. Seulement la vie n’est pas une chose. Et ce qu’achète le riche est dénaturé. Personne ne trouve son compte dans cette affaire. Certainement pas le pauvre.

Et si l’on construisait une société qui produise des hommes bien finis ?