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mercredi 29 juillet 2020

Virus et immigration

Article de Politico. Des migrants sont acceptés par Malte : 
« 65 de ces 85 migrants ont été testés positifs. » (...) c’est un pic d’infections (difficile) à traiter pour un pays de moins d’un demi-million d’habitants. Et cela n'assouplira pas de sitôt la position dure de Malte sur la migration - bien au contraire.
Plus loin, il est dit :
Le ministre allemand du travail (...) propose aujourd'hui des règles d'interdiction de travaux de sous-traitance dans les abattoirs allemands. Les entreprises doivent, dans leur cœur de métier, «autoriser uniquement les employés à travailler dans l'abattoir» (...) Cette décision marque probablement la fin de la pratique allemande d'externaliser les emplois les plus difficiles de l'industrie de la viande à des personnes employées temporairement par des sous-traitants. Les flambées locales de la pandémie de coronavirus parmi les travailleurs saisonniers des usines de transformation de la viande ont fait pencher le débat allemand vers l'interdiction. 
Immigration, sous-traitance : revirement radical des pratiques de l'Europe fondée sur le "libre échange" ? 

La liste des changements imposés par l'épidémie est sans fin. 

(Autre paradoxe : il semble appliquer le programme de Mme Le Pen, sans qu'elle en reçoive le crédit.)

dimanche 17 mai 2020

L'énigme du libre échange

Dans son introduction à L'économie politique de Friedrich List, Emmanuel Todd observe que c'est le libre échange qui a ruiné l'Angleterre victorienne, et qui ruinait l'Amérique, à l'époque du Japon triomphant, dans les années 80 et 90, à laquelle il écrit. Les nations fortes ont protégé leurs industries naissantes.

Comment justifier, dans ces conditions, la pratique du "libre échange" ? Une question à se poser alors que l'UE semble aujourd'hui le dernier bastion de cette idéologie ?

Emmanuel Todd note aussi un fait curieux. En dehors de Friedrich List, aucun auteur sérieux d'économie n'est autre chose que libre échangiste ! Ce qui, en retour, le justifie !

Emmanuel Todd commet-il une erreur ? Tous les membres d'une "nation" ne pensent pas forcément appartenir à une nation. Ils suivent leur intérêt, et celui-ci peut être de faire la fortune d'une autre nation. C'est comme cela que Colbert a fait venir en France le savoir-faire qu'elle n'avait pas.

Mais peut-être que les "libres-échangistes" sont différents des personnes attirées par Colbert. Ils ne semblent pas vouloir s'installer quelque-part en particulier. Ils sont citoyens du monde. Ils ressemblent aux monarques de l'ancien régime qui, tout en se faisant la guerre, étaient parents, et avaient des liens plus forts entre eux qu'avec leurs sujets ?

lundi 9 décembre 2019

PC chinois

Le Financial Times annonce que l'Etat chinois a demandé à ses services de remplacer ordinateurs et logiciels étrangers par de la production locale.

Conséquence de la politique de M.Trump ? Ou tendance mercantiliste (impérialiste ?) naturelle du gouvernement chinois ?

Cela pourrait bien vouloir dire que le temps de la "supply chain" et des délocalisations est fini. Les grandes "régions" économiques vont-elles devoir se recentrer sur leur demande locale, illico presto ?

vendredi 6 septembre 2019

Les enjeux du libre échange

Il est beaucoup question d'accord de libre échange. Une émission de France Culture expliquait que les gains que l'on pouvait en tirer étaient au mieux très faibles. C'est pourquoi ils sont difficiles à comprendre par les opinions publiques.

En fait, l'enjeu ne serait peut être pas économique. Les invités de l'émission parlaient "d'idéologie". Ceux qui les promeuvent sont des "croyants" ? Car, ce qui se joue ce sont, surtout, des rapports de force culturels. La pollution, les droits de l'homme, les OGM et le boeuf aux hormones font partie de l'accord, et seraient peut être son véritable intérêt. D'ailleurs, cela peut basculer d'un côté ou de l'autre : le Canada peut renoncer au boeuf aux hormones, ou l'Europe peut y être contrainte...

Même sur le plan économique, les choses ne sont pas évidentes, d'ailleurs. Car, disent les cours d'économie, c'est "l'avantage comparatif" qui compte dans l'échange. Un accord avec l'Amérique du sud, par exemple, pourrait être bon pour son agriculture, et mauvais pour son industrie (et inversement en Europe). Or, le problème endémique de l'Amérique latine, c'est justement d'être incapable de sortir son économie de l'exploitation de ses ressources naturelles...

Voilà qui est ennuyeux. Les accords de libre échange en cours de négociation ou récemment conclus seraient-ils un nouveau déni de démocratie ? Ne serait-il pas bien, de temps à autres, que l'on s'interroge sur les idées que nous suivons aveuglément ?

dimanche 17 juin 2018

Défi Trump

M.Trump lance une guerre commerciale tous azimuts. Mme Merkel risque de devoir chercher des acheteurs de Mercedes qui ne soient pas américains. Les Grecs et les Italiens ?

Pour qu'ils en aient les moyens, il faudrait peut-être qu'elle crée les conditions nécessaires à ce que les Allemands achètent ce qu'ils produisent...

(Si cela se fait, M.Trump aura réussi un changement que beaucoup d'économistes, italiens et grecs, appelaient de leurs voeux.)

samedi 21 mai 2016

ISDS

ISDS et TTIP. TTIP : traité de libre échange européen. ISDS : possibilité pour une entreprise qui a un différend avec un Etat de demander l'arbitrage d'un tribunal privé. 

La France est contre l'ISDS. En quoi un tribunal privé pourrait-il avoir le pas sur la voix du Peuple ? Mais uniquement quand il s'agit des Américains. Car lorsqu'il est questions de nos entreprises et des pays de l'est, la France est favorable à un arbitrage privé. 

Tout cela, en dernière analyse, semble une question de confiance. Nous considérons les pays de l'est comme des républiques bananières, et il en est de même de USA vis-à-vis de nous.

mardi 16 juin 2015

Faut-il avoir peur du traité de libre échange avec les USA ?

L'Amérique négocie un traité de libre échange avec la Chine et un autre avec l'Europe. Une fois de plus ce traité ne provoque aucun débat chez nous. Notre démocratie est dans un état inquiétant. Pourtant, il agite les Allemands et les Américains. Les Allemands s'inquiètent de tribunaux qui permettraient à l'entreprise d'imposer ses intérêts aux démocraties. Les Américains ont peur du chômage et des délocalisations. Car, ils ont constaté que la libéralisation des échanges ne leur avait été guère favorable.

Quelle est la motivation de ces mesures ? Un intérêt économique démontré ? Pas évident : ce que l'on aplanit ce n'est pas des droits de douane mais des normes culturelles. Un baroud d'honneur des idéologues du libre échange ? Peut-être en ce qui concerne l'Europe. Mais pour les USA, il semble surtout que ce qui intéresse M.Obama, ce soit le Pacifique. (Il paraît nous considérer comme des "has been".) Il est en guerre avec la Chine, et veut lui imposer sa loi. Sa stratégie : s'il construit une puissante alliance avec les pays de la région, la Chine devra se plier à ses lois. Ce qui explique que le petit peuple ne se retrouve pas dans ses manœuvres. D'autant qu'il a choisi, pour "conduire le changement", la démarche du donneur de leçons, si j'en crois Paul Krugman. Ce qui explique peut-être que les élus démocrates lui aient fait mordre la poussière

dimanche 26 avril 2015

Immigration en Europe : mort par chaos ?

Enquête sur les boat people de l’Europe. Ils viennent des zones de conflit (Syrie), et de pauvreté (Mali). (Mais peut être pas d’extrême pauvreté, car il faut pas mal d’argent pour faire le voyage.) Leur nombre n’est pas en augmentation significative. S’ils meurent plus, c’est peut-être parce qu’en attaquant les bateaux des passeurs, l’Europe les force à prendre des embarcations de fortune. C’est aussi parce que l’Italie a mis un terme à son programme Mare Nostrum, qui repêchait les embarcations en difficulté. On lui reprochait d’encourager l’immigration. On pense maintenant que ce n’était pas le cas. Il permettait simplement d’éviter des morts. Alors pourquoi ne pas adopter le dispositif qui a permis la prise en charge mondiale des boat people vietnamiens ? Parce que l’Europe donne un tel spectacle de désorganisation lamentable que personne n’a envie de l’aider. (Quant aux Australiens, ils empêchent les boat people d'approcher de leurs côtes. Ils les auraient découragés.)

L’Europe, justement. Portrait en regard de MM.Schäuble et Varoufakis. Chacun ressemble à l’image que donne son pays. M.Schäuble est un invalide digne et droit. M.Varoufakis, un dilettante hypocrite, qui s’occupe fort peu de son ministère des finances, trop occupé à gagner de l’argent sur le circuit des célébrités et à mener la vie de la jet set. La Grèce est proche de la sortie. Les fonds spéculatifs ne croient plus à ses chances. L’impact de son départ, pour l’Europe, serait limité. Ce serait même une bonne opération pour les marchés financiers. Mais elle peut gagner du temps en payant ses salaires avec des reconnaissances de dette.  Quant à la France, son problème est la flexibilité de l’emploi, dit The Economist. Avec un euro inflexible, l’emploi doit s’adapter. Or, la France, contrairement à l’Allemagne, protège l’emploi en place. D’où chômage et précarité. MM.Hollande, Valls et Macron savent ce qu’il faut faire mais ils sont bloqués par la résistance du système (politique ?). Ils font donc du Schröder en sous marin. Ils facilitent les licenciements, notamment en réformant la justice. Et ils réduisent les charges patronales. De manière à ce qu’elle ne puisse pas être détectée, la manœuvre a été divisée en petits morceaux. Mais peut-elle être efficace dans ces conditions ? Et l’Angleterre, ne devrait-elle pas être notre modèle ? Voilà un pays qui a fait de la flexibilité de l’emploi sa loi fondatrice. Eh bien tout va mal, et M.Cameron, qu’interviewe The Economist, s’en fiche. L’Europe tape sur Gazprom. Message : M.Poutine est un tigre de papier. Les USA, depuis la guerre du Vietnam, ont maintenu la paix en Asie. La Chine en a profité pour se développer. Ce qui lui donne les moyens d’éliminer l’influence américaine… Quant au Japon, la protection américaine l’a infantilisé. Aux USA aussi M.Obama essaie de faire passer ses traités de libre échange en douce. Comme en France, son parti n’en veut pas, mais il a l’appui tacite de son opposition. Et il y a des tas de candidats à l’investiture républicaine. Pas que l’on compte être élu, mais parce qu’un coup de pub est toujours bon pour une carrière.

La Chine, Eldorado de la bagnole occidentale, c’est fini. Le marché se contracte. Maintenant surcapacité et guerre des prix. Cela va être fatal aux producteurs locaux. Mais ce n’est pas grave. Ce n’est pas le véhicule, mais le composant qui compte aujourd’hui. Les compagnies aériennes occidentales, c’est fini. Après le low cost, qui va attaquer le long courrier, les « connecteurs » mettent le dernier clou à leur cercueil. Emirates, Etihad, Qatar et Turkish Airlines emploient, comme l’Ouest, la technique de la subvention massive. Mais eux sont riches. Et leurs aéroports, contrairement à ceux de l’Ouest, sont à des emplacements stratégiques.

Il y a une grosse spéculation sur la dette d’entreprise. Cela devrait claquer l’année prochaine en Europe, et un peu plus tard en Amérique. (Attention, M.Drahi ?)

Les sciences du management n’ont plus que de vieux gourous. 

lundi 5 mai 2014

Les forces de l'Amérique : armée et dollar ?

Et si la force de l'Amérique n'était pas l'innovation, ou son économie ? Mais le dollar, et ses bons du trésor, qui rendent possible l'économie de marché ? Et une armée formidable, qui maintient le calme ? Ou, plutôt, qui permet au "système" économie de marché, dont l'Amérique est le grand bénéficiaire, de fonctionner ? Alors, contrairement à ce que pense M.Obama, l'Amérique est condamnée à régler la circulation mondiale ? Et cela a un bien faible coût, en regard des avantages qu'elle tire du dit système ? me suis-je demandé en lisant le dernier numéro de The Economist.

(Dans le même ordre d'idées : le paradoxe de Triffin.)

lundi 31 mars 2014

USA : champion de l'interdit ?

La plupart des Etats membres ont enregistré en excédent commercial avec les USA, en 2013. L'Allemagne (+52md€) a continué à avoir l'excédent le plus important, suivie par l'Italie (15md), et la Grande Bretagne (9md) dit le Financial Times
L'Europe exporte beaucoup plus vers les USA qu'elle n'importe. Curieusement, l'entreprise américaine, que nous admirons tant, n'a rien de formidable. D'ailleurs, la façon dont le traité de libre échange en cours de négociation est perçu en dit peut être long sur le sujet. Chez nous on parle de bœuf aux hormones et d'OGM, aux USA, on a peur de perdre des emplois.

Et si les USA étaient les champions de l'innovation, effectivement ? Une innovation qui signifie aller au delà de ce qui est permis ?

mercredi 29 janvier 2014

Traité de libre échange : faut-il avoir peur ?

L'UE négocie un traité de libre échange. Certaines opinions publiques s'inquiètent, du coup, la commission européenne
va lancer une large consultation sur la disposition la plus critiquée, notamment en Allemagne où l’opinion publique est vent debout, celle qui prévoit la création d’un tribunal arbitral qui permettra aux entreprises de poursuivre les Etats si elles estiment que le traité n’est pas respecté. Un tel tribunal existe déjà dans le traité de libre échange entre le Mexique, les Etats-Unis et le Canada et il a permis, par exemple, à des sociétés américaines de poursuivre le Québec qui a annulé unilatéralement les permis de recherche de gaz de schiste dans la vallée du Saint-Laurent.
La question est curieuse. Notamment parce qu'elle révèle des différences culturelles majeures :
  • L'opinion allemande semble suivre le débat, et intervenir. Mais quid de la France ?
  • En Europe (continentale de l'Ouest ?), le mal c'est l'entreprise, la multinationale et ses lobbys, prêts à tous les coups bas ; l'Etat, c'est la voix du peuple, de la démocratie, le rempart contre le mal. Aux USA, le mal c'est l'Etat, la bureaucratie, qui étouffe l'initiative individuelle, dont l'expression même est l'entreprise (même si celle-ci est une super bureaucratie !).
  • La justice est elle-aussi vue différemment par eux et par nous. Pour l'Américain, c'est la justice qui fait la loi (cf. ce qui se passe actuellement avec Obamacare). Chez nous, c'est le peuple. L'Etat est souverain. (Et la justice est le fait d'hommes, influençables par les lobbys.) Voici ce que je trouve chez wikipedia, au début de l'article sur le conseil constitutionnel :
Le général de Gaulle avait pour souci d'éviter ce qu'il considérait comme une dérive américaine aboutissant à une forme de « gouvernement des juges » : pour lui, « la [seule] cour suprême, c'est le peuple ».
En résumé : cette négociation porte-t-elle sur le commerce ou sur la culture ? (Cherche-t-elle à modifier notre constitution, sans consultation ?) Où sont nos hommes politiques français ?

dimanche 15 décembre 2013

2014 : rien ne va plus ?

En lisant The Economist, je me demandais si 2014 ne pouvait pas voir quelques bouleversements sérieux. Et si l’Inde élisait un homme dangereux ? « Un populiste avec un passé inquiétant et un bon bilan économique. » Le rodéo politique italien se poursuit. Je me demande s’il ne reproduit pas notre troisième République. En tout cas, on semble vouloir s’acheminer, comme chez nous, vers le bipartisme. (Ce qui me semble une idée antidémocratique.) Aux USA, Républicains et Démocrates se sont enfin entendus sur un budget fédéral. Apparemment en jouant sur les mots pour masquer leurs concessions réciproques. Le libéralisme allemand serait en berne, il ne correspond pas à une tradition du pays. Le président turc s’en prend aux forces religieuses modérées. L’Ukraine est toujours aussi incertaine, le peuple (une minorité occidentalisée ?) est dans la rue, mais, pour le reste, cela semble une bataille entre oligarques. Étrange Thaïlande : d’un côté, un parti, représentant le petit peuple, a le pouvoir de gagner les élections, d’un autre, l’opposition a la force de renverser le gouvernement. En Syrie, le démantèlement du stock d’armes chimiques serait un succès, mais la sortie des dites armes dépend de la capacité de M.Assad à dégager des routes, et à gagner des guerres… Finalement, Israël est « désorienté ». « les jeunes Israëliens ont oublié le projet commun des pionniers (…) idem pour les entrepreneurs qui ont fait des fortunes dans les glaces et l’électronique. » Le nouveau dictateur nord coréen fait regretter son père. 

Le peuple chinois ne veut pas des OGM, mais son gouvernement a décidé qu’ils étaient bons pour lui. Résultat de la crise ? Brutalement des négociations de libre échange se dégèlent. Le « Doha round » de l’OMC d’un côté (démarré en 2001), Europe Mercosur de l’autre. Curieusement, les entreprises utiliseraient un prix (coût) du carbone dans leurs calculs d’investissements. Et il serait beaucoup plus élevé que celui des marchés - qui, par ailleurs n'arrivent pas à se mettre en route. (L’entreprise meilleure pour notre santé que la démocratie ? Ou que le marché ?) Tom Enders veut faire d’EADS une entreprise normale, qui ne suit que son intérêt et pas celui des gouvernements qui l’ont financée. Et les dits gouvernements vont le laisser faire. Gaz de schiste et USA, phénomène curieux. Le pays n’est pas capable d’écouler le type de pétrole produit (le marché n’est pas équipé pour l’exploiter), du coup son prix baisse, ce qui menace sa production… Pourquoi les fusions et acquisitions échouent-elles ? Parce qu’elles échappent à la rationalité. Il faut gagner à tout prix.

Science. La nouvelle science de l’épigénétique montre que l’alimentation du père peut avoir une conséquence sur la constitution de l’enfant. Les journaux scientifiques appliquent d’autres critères de sélection que ceux de la qualité de la recherche. Mais, d’une manière générale, l’homme, qu’il soit ordinaire, scientifique ou autre, n’est pas rationnel, il tend à « interpréter les artefacts d’une certaine façon ». Et les requins pourraient savoir ce qu'ils font quand ils attaquent l'homme. 

dimanche 24 novembre 2013

L’Amérique, arbitre du bon goût

Quant il le veut, M.Obama peut bien faire. The Economist rejoint mon opinion. Et si M.Obama comprenait enfin que l’Amérique a un rôle décisif à jouer dans le monde ? Certes, elle a commis l’erreur de ne pas entendre le conseil du général de Gaulle. Il lui avait pourtant bien dit que le défaut des superpuissances était de croire que tout pouvait se régler par la force. Mais rester prostré serait dangereux. L’Amérique est toujours forte et sans équivalent. Et, sans son action régulatrice, l’humanité pourrait aller dans une direction qui n’est favorable ni à ses intérêts ni à ses valeurs. 

Par ailleurs, l'Amérique est au centre de deux négociations de libre échange. Curieusement, elle pourrait ne pas les signer. Les Républicains sont favorables au repli. La Chine semble bien partie pour de grades réformes libérales. Elle irait jusqu’à permettre les ONG et une justice indépendante. Quant au Mexique, malgré de bonnes intentions, il ne va pas assez loin dans cette même libéralisation. Il devrait ouvrir ses ressources pétrolières aux étrangers. En Allemagne, Mme Merkel est empêtrée dans les négociations de constitution d’un gouvernement. En Italie, un morceau du parti de M.Berlusconi se détache. Va-t-il rejoindre celui du premier ministre et constituer quelque chose qui ressemble à l’ancienne démocratie chrétienne ?

Rapprochement avec l'Ukraine, une bonne affaire pour l'Europe ? L’Allemand économise, mais n’achète pas d’actions. Pourquoi les lois américaines font elles des milliers de pages ? Parce qu’il y en a peu, si bien qu’on essaie d’accrocher à celles qui ont une chance de passer, tout ce qui ne pourrait être voté, sinon. « Freeport ». Ce sont des zones de transit indéfini qui permettent aux biens qui s’y trouvent d’échapper aux impôts. Les gens riches y entassent leurs trésors. C’est un savoir-faire suisse qui s’exporte partout dans le monde.  

Nokia débarrassé de ses terminaux reprend du poil de la bête. Son métier principal est la construction de réseau. Il pourrait acheter Alcatel, en panne d'intelligence. Les chantiers navals coréens et Singapouriens vont bien, eux aussi. Ils ont choisi la qualité, ce qui a mis en déroute la Chine et ses faibles coûts de main d’œuvre. L’A380 a coûté 15md€ à Airbus, le marché pour ce type d’appareil n’est pas encore visible.

Les gourous du management se posent la question de la complexité, et l’enseignement de l’économie redécouvre l’étude des travaux fondateurs. Quant aux retraites, une solution qui permettrait d’éviter les promesses intenables, mais aussi l’incertitude des retraites par capitalisation. Une partie serait assurée, l’autre dépendrait de paramètres susceptibles d’évoluer. Mais le tout serait mutualisé, et non individuel. 

Histoire. Grâce à une meilleure organisation, l'Angleterre a défait la France de Napoléon. (The Economist ne semble pas avoir remarqué qu'il y avait d'autres pays que l'Angleterre qui se battaient contre la France. A moins, qu'il ne les considère comme les marionnettes anglaises ?)

lundi 9 septembre 2013

La responsabilité de l'Europe dans la crise financière

Les Européens racontent qu'ils sont les innocentes victimes de la crise, alors qu'ils y ont massivement contribué. Voici ce que dit The Economist dans une publication qu'il destine aux étudiants.

Il me semble qu'il y a une façon de réconcilier les deux points de vue. Le "libre échange" qui est, justement, le combat de The Economist. Dans les années 90 on nous a parlé de nouvelle économie et de consensus de Washington. Le marché avait gagné, il fallait tout déréglementer pour lui laisser les mains libres. C'est ce que le monde a fait, l'Europe continentale en tête. La crise est la constatation que ce modèle ne marche pas. Dans ces conditions il y a, comme avec le nazisme, deux types de responsabilités. Celle de ceux qui ont été à l'origine du concept, et celle de ceux qui ont collaboré à sa mise en oeuvre.

mardi 23 juillet 2013

Impuissance française et libre échange

L’assemblée nationale rédige un rapport préparatoire aux négociations de libre échange entre l’Europe et les USA. Étonnant. C’est un peu le libre échange, l’Amérique, et l’UE pour les nuls. Une sorte de mémoire fait par un étudiant de Master. Et on y voit des députés observant leur sujet avec un étonnant détachement. Voici ce que j’en retiens :

Pourquoi cette négociation ? Jusque-là, l’Europe ne voulait entendre parler que de traités multilatéraux. Mais ils ont été bloqués par les émergents. Du coup, on se tourne vers le bilatéralisme. Il est surtout dit que l’initiative viendrait de M.Barroso (d’après des commentaires de députés), pour raisons personnelles. La commission, d’ailleurs, utiliserait « un double langage ». Ce qui expliquerait l’embarras français ? Pourtant elle a toute latitude pour négocier. Face à l’infâme Barroso, on espère semble-t-il le contrepoids du parlement européen, personnification du bien.

Qu’en attend-on ? Apparemment la justification du projet tient à une étude. Elle est basée sur une modélisation. Aucun lien avec la réalité ? En tout cas ce qui bloque les échanges n’est pas le tarif douanier mais la norme non tarifaire. Or, attention, ces normes ne sont pas forcément volontairement protectionnistes. Elles peuvent refléter des « préférences collectives ». (Voici un nouveau concept. Contrepoison à l’économie néolibérale ? Mais admettre une dimension sociale dans l’existence n’est-il pas une implicite remise en cause du primat des droits de l’homme me suis-je demandé ?) Elles peuvent aussi émaner de différences culturelles. Par exemple les normes de sécurité sont définies par la « puissance publique » en Europe, alors qu’aux USA on joue de « l’auto certification » qui suppose la responsabilité individuelle. Comment unifier des cultures ?

Implicitement, il me semble aussi que l’on y voit une tentative de sortir le libre échange de la définition de l’économie néoclassique. Le libre échange n’est pas toujours bénéfique. Pour cela il faut que la concurrence soit juste, et qu’aucun parti ne dispose d’un avantage excessif. Ce qui n’est pas le cas pour l’énorme industrie de défense américaine, ou dans des secteurs où se trouvent des « disparités des coûts de production, liées notamment à l’exigence des normes sociales, environnementales et de bien être animal ». Autrement dit, les Américains se fichent des droits de l’homme. Contre attaque ? Le rapport rappelle qu’ils sont non négociables. Le libre échange doit aussi être limité par des considérations d’intérêt national : « souveraineté alimentaire », « équilibre du territoire »…   

Une fois de plus, décidément rapport très ethnologique, la culture va compter. En effet, en Europe, c’est la tête qui fait les lois. Aux USA, elles viennent d’en bas, de l’industrie et de ses intérêts. En outre, la parole de l’Etat fédéral n’engage pas les Etats fédérés ! Autrement dit, seule l’Europe est contrainte par cette négociation ?

Il est aussi dit clairement que l’arme des USA est l’hypocrisie. L’Amérique présente ses intérêts comme étant ceux du monde. (Exemple : pourquoi les OGM ? parce qu’ils sont appuyés par des « preuves scientifiques » - on notera que ceci ne vaut pas pour le réchauffement climatique.) Et elle n'est intéressée que par ce qu'elle peut gagner. En outre, l’Europe attaque la négociation en position de faiblesse. En effet l’Amérique ne désire que l’Asie. Sans compter que l’Europe est divisée. Outre le bon Barroso, il y a l’Angleterre, qui aimerait utiliser ces négociations pour démanteler ce qui ne lui va pas dans les lois européennes. Et l’Allemagne, et ses exportateurs. La France ? Stratégie CGT ? Elle laisse la négociation se faire. Mais elle n'y participe pas. Autruche ?

On parle, bien entendu, beaucoup d’agriculture, qu’il s’agit de défendre. Et aussi de culture. Mais là, mystère. Tranchant avec le reste du texte, pas de pédagogie. La culture, c'est sacré ? Il est peu question de nos autres industries. Lobbys à l'oeuvre ?

A tort ou à raison, ce qui me frappe dans ce document est l’extraordinaire manque de leadership français. La France semble incapable de penser. Et encore moins d’agir. 

dimanche 14 juillet 2013

Traité de libre échange et conduite du changement

L'Europe s'engage dans la négociation d'un traité de libre échange. Quels sont les enjeux ? Voici ce qu'en dit un rapport de l'assemblée nationale :
Une étude d’impact a également été commanditée par la Commission européenne, étude selon laquelle un tel accord pourrait entraîner une hausse allant jusqu’à 28 % des exportations européennes vers les États-Unis (soit une hausse de 6 % de l’ensemble des exportations européennes). L’étude annonce aussi un gain potentiel allant jusqu’à 119 milliards d’euros par an pour l’Union européenne et 95 milliards pour les États-Unis, soit un supplément de revenu disponible de 545 euros pour chaque famille européenne et 655 euros pour chaque famille américaine. Ce gain ne serait pas obtenu aux dépens du reste du monde, qui connaîtrait aussi un surcroît de revenu suite aux effets d’un accord transatlantique. Ce gain ne serait pas non plus obtenu aux dépens des travailleurs européens et américains et, en particulier, la libéralisation du commerce transatlantique n’accroîtrait que marginalement la rotation de l’emploi (0,2 % à 0,5 % seulement des travailleurs européens pourraient être amenés à changer d’emploi en conséquence de ce processus). 
(Mais) quand bien même les gains économiques susmentionnés se réaliseraient, il convient de les relativiser car cela représenterait au mieux à terme, si l’on prend le cas de l’Union européenne, un surcroît global de PIB de l’ordre de 0,5 %, gain étalé sur de nombreuses années et donc quasi-imperceptible.
Surprise : les ambitions du traité sont extraordinairement modestes. Cela signifierait-il que nos gouvernements sont tellement désespérés qu'ils ne savent plus à quel saint se vouer ?

Mais, surtout, n'y a-t-il pas un risque de type euro ? C'est-à-dire n'apercevoir que trop tard les conséquences négatives de la décision ? Pour les éviter, il serait judicieux de contrôler le changement. C'est à dire de ne pas s'en remettre à des modèles théoriques pour estimer les gains possibles. Mais comprendre physiquement comment ils vont être obtenus. Et mettre en route un processus de vérification qui va permettre de s'assurer que l'on obtient ce que l'on veut. Et, si ce n'est pas le cas, que l'on revoie le dispositif d'échange.

jeudi 20 juin 2013

Traité de libre échange : la France négocie

Paris a sans doute grillé toutes ses cartouches en se battant pour l’exception culturelle. «Cela fait partie, avec le siège du Parlement à Strasbourg et la politique agricole commune, des constantes politiques françaises», se justifie un diplomate hexagonal, tout en reconnaissant qu’il va désormais être difficile d’agiter le veto français pour défendre la réglementation sur les OGM ou les normes sanitaires. «La Commission a bien joué avec l’exception culturelle : elle a pour longtemps cornerisé les Français», admire un diplomate européen. (L'article.)
 La France négocie un traité de libre échange. Un tel traité, par définition, définit des lois qui contraignent notre démocratie. Or, nous y entrons dans une position étonnante. Face à l'Amérique et à ses lobbys, l'Europe est divisée. Sauf en ce qui concerne la France, haïe de tous. Dans ces conditions, on aurait pu s'attendre à ce que notre gouvernement rassemble nos forces derrière lui. Pas du tout. Aucun débat. Il part au combat la fleur au fusil. D'ailleurs, il n'a même plus de fusil.

mercredi 5 juin 2013

La France et la politique des vaches sacrées

J'entendais ce matin France Culture parler des négociations de traités de libre échange entre l'Europe et les USA. Chacun y défend ses intérêts, si possible au détriment de ceux des autres. En particulier les USA, l'Angleterre et l'Allemagne. Et la France ? On peut être surpris qu'un sujet aussi important, qui peut décider de la vie ou de la mort d'un secteur économique, ne soit pas l'objet d'un débat public. Vieille tradition dirigiste ? En tout cas, si j'en crois France culture, contre les pressions de la City ou celles des exportateurs allemands, notre gouvernement combat pour notre exception culturelle !

Voilà qui fournit un extraordinaire moyen de négociation à nos partenaires : vous favorisez mes intérêts économiques ou j'attaque votre exception culturelle ! Que cache la hargne de notre gouvernement à défendre  notre culture ? (D'ailleurs, quelle culture ?) Un lobby ?