samedi 14 février 2009

Crise aux USA : décodage

Barak Obama promet des centaines de milliards à l’économie. L’optimisme ne repart pas. Pourquoi donc ?

Axel Leijonhufvud, un économiste, propose une explication. Les bilans des entreprises et des ménages étaient déséquilibrés. Ils vont utiliser l’argent de Barak Obama pour rétablir l’équilibre. Et comme ils ont été douchés par la crise, ils vont pêcher par excès de prudence. Les subventions du gouvernement américain sont donc une goutte d’eau dans une mer d’inquiétude. Il donne trois exemples, qu’il est bon de connaître quand on veut parler avec des économistes :

  1. La crise japonaise. Une bulle immobilière (1990). Le gouvernement n’intervient pas directement sur les sources de déséquilibre. 15 ans de léthargie. Scénario probable d’évolution de l’Amérique.
  2. La crise suédoise (1992). Action musclée du gouvernement qui nettoie le système bancaire, en « fermant les banques insolvables et en isolant les actifs à risque ». Mais aussi en dévaluant sa monnaie ce qui stimule les exportations.
  3. La crise de 1930 : la guerre renfloue les entreprises, à tel point qu’elles sont suffisamment solides pour traverser la crise qui aurait dû résulter de l’arrêt des dépenses militaires.

« Quand tout le secteur privé a l'obsession de l'épargne, le gouvernement doit être dépensier ».

Ce qui semble inquiéter l’Amérique est que l’équipe Obama ne dépense pas bien. Elle apporte de l’argent, mais pas suffisamment : elle semble parier sur une reprise de l’investissement privé, qui ne viendra pas. Il faut faire du suédois : une quasi nationalisation. Mais nationalisation n’est pas américain. Le marché serait rassuré par une nationalisation dont il ne veut pas entendre le nom.

Si Barak Obama évite le scénario japonais, dit Axel Leijonhufvud, il y a risque de départ d’inflation. Et là le sort des USA sera entre les mains de leurs créditeurs, dont les prêts sont actuellement faiblement rémunérés.

Compléments :

vendredi 13 février 2009

L’Hôpital atteint du Mal anglais ?

Les étranges conséquences des lois du marché.

Hôpital français métamorphosé par la Tarification à l'Activité, selon Hippocrate, réveille-toi, l'hôpital est devenu fou !, par Christophe Trivalle

Notre travail n'est plus de soigner mais de remplir des lits ! Les médecins sont devenus des gestionnaires qui doivent rentabiliser au mieux chaque malade.

Fascinant : les lois du marché font instantanément de l’homme une marchandise. Notre morale et nos beaux principes n’offrent aucune résistance à sa main invisible.

Compléments :

De l’art du management

Siemens issues ban on external advisers annonce :

Europe’s largest engineering group, has underlined the challenge facing management consultants in the recession by ordering a ban on their use in a move it hopes will save it about €300m ($386m).

Siemens employait pour 300m€ de consultants pour rien ? Mais comment y prenait-on donc des décisions ? Mais, au fait,  quid de la décision d’éliminer ces consultants ? A-t-elle été longuement murie ? Ou était-ce une dépense qui ne résistait pas ?

Notre vie est entre les mains de l’économie, dont de tels dirigeants tirent les ficelles. Rassurant ?

jeudi 12 février 2009

Combattre l’anxiété d’apprentissage présidentielle

Suite de ce qui précède. Dans le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy (Ensemble tout devient possible) se trouve la flexisécurité : le chômeur est payé 90% de son salaire et soumis à un programme de requalification musclé qui lui permet de trouver très rapidement un poste.

Pourquoi a-t-on enterré cette mesure ? N’est-elle pas particulièrement adaptée à la situation actuelle ?

  • Elle coûte cher ? Pas forcément : avec un système de réorientation et de formation efficace, le chômeur ne reste pas longtemps inactif.
  • Mais a-t-on un tel système ? Je soupçonne qu’avec un peu de bonne volonté on devrait pouvoir stimuler la demande d’emplois et aider l’offre à s’orienter correctement (n'y a-t-il pas d’énormes agences de l’Etat dont c’est la fonction ? Ne sommes-nous pas un pays dirigiste ?). Le plus problématique est peut-être la formation professionnelle. L’enseignement français tend à être théorique. Mais il a sûrement fait des progrès ces dernières décennies. 
  • D’ailleurs, l’urgence de la situation et notre faculté nationale à nous transcender dans une telle circonstance ne sont-elles pas des conditions favorables à une amélioration rapide et décisive de son efficacité ? Et notre président n’a-t-il pas le talent d’animateur qu’il faut à un tel changement ?

Complément :

Communication présidentielle

La France a l’image d’un pays protectionniste. Mais l’est-elle plus que d’autres ?

Elle a une industrie automobile qui souffre. Ce qui n’est pas le cas d’autres pays. Elle la secourt, ce qui semble une pratique acceptée. En échange, ceux qui apportent les ressources nécessaires (les contribuables français) semblent justifiés de demander qu’elles ne soient pas utilisées contre leurs intérêts. Tout à fait inacceptable ?

La République tchèque, grande bénéficière des délocalisations, s’indigne. Au nom de quoi ? D’une économie de marché qui a commis de grandes fautes ? Ses règles ne sont-elles pas, au moins provisoirement, suspendues ? D’ailleurs pourquoi ne parle-t-on pas plus des dysfonctionnements de la présidence tchèque de l’UE ? (voir le blog : Coulisses de Bruxelles, UE.) Et pourquoi, si la France veut être protectionniste, n’est-elle pas plus discrète ? Pourquoi semble-t-elle avoir le chic de se faire des ennemis ? (La Chine est un autre exemple : La Chine ne nous aime pas.) Et particulièrement les citoyens du monde qui ne semblent pas les plus irréprochables ?

Justification de la thèse que The Economist avançait lors de la prise de présidence de l’UE par la France (French connection) : gesticulations de notre président en direction de son opinion publique ? Pense-t-il qu’il faut nous payer de paroles, quitte à ce que notre image en pâtisse ? 

Serait-ce un pis-aller, masquant le désarroi d'un dirigeant pris de court par une situation imprévue (Sarkozy en panne ?) ? Anxiété d’apprentissage ?

mercredi 11 février 2009

Réformons la réforme

Les réformes de l’université et la formation des enseignants. Suite d' enquête.

En termes de conduite du changement, zéro pointé.

  1. La réforme est vue comme une attaque personnelle par beaucoup (en premier lieu par ceux qu’elle veut aider ?) : "Ce pouvoir nous méprise et veut nous humilier", "ils veulent notre peau comme Thatcher a eu celle des mineurs anglais". La fracture universitaire, par Gérard Courtois
  2. Pour L'université française, malade du localisme et du corporatisme, par Guy Burgel le mécontentement des enseignants est une réaction de défense normale de toute communauté menacée dans sa légitimité et dans sa dignité. (…) L'université n'a pas besoin d'un retour du jacobinisme ni d'une cure immédiate d'indépendance, mais d'abord de la considération matérielle et morale de la nation, autant que d'une prise de conscience interne de ses forces et de ses faiblesses. On ne réforme pas une société simplement par la loi, mais par l'espoir en soi et la confiance des autres. C'est ce dont manquent le plus les universitaires.

Si la réforme passe, ceux qui doivent la mettre en œuvre se considéreront comme des vaincus, au mieux comme des méprisés. Brillante manœuvre !

Mais, au fait, à quoi servent ces réformes ? Valent-elles le mal qu'elles nous donnent ? Au milieu d’une crise ? Le gouvernement n’aurait-il pas mieux à faire ailleurs ?

Sur l’objectif quantifié de la réforme, rien. Mais sur ses dysfonctionnements, beaucoup. Exemple. Formation des professeurs : parents d'élèves, si vous saviez... explique que les nouveaux enseignants n’auront plus le loisir d’apprendre à enseigner. On compte sur leurs talents pédagogiques naturels. Enseignant : seul métier qui ne s’apprend pas ?

Sommes-nous gouvernés par des apprentis sorciers, ou ces réformes ont-elles des mérites que nous ne voyons pas ? Mais pourquoi le gouvernement ne nous a-t-il pas dit ce qu’il en attendait ? Peut-être aurait-on pu en discuter et lui donner quelques conseils quant à la façon de les réaliser ? D'ailleurs, n’est-il pas étrange qu'il considère les enseignants de l’université et les chercheurs, l’élite intellectuelle du pays, comme indignes d’une explication honnête ? Notre président s’affirme courageux. Pourquoi ne nous expose-t-il pas la raison de cette réforme ? En quoi elle va améliorer notre existence ?

Après bruit et fureur entre en scène une médiatrice. Elle semble bien accueillie. On va négocier.

Réagissant aux déclarations de Mme Bazy-Malaurie, Thierry Cadart, secrétaire général du SGEN-CFDT, a évoqué un "tournant" et l'ouverture d'"une vraie négociation". "On a en face de nous une personne ouverte au dialogue et qui nous dit qu'elle n'a pas d'a priori", s'est réjoui Yves Markowicz (Sup' Recherche UNSA), même s'il demande toujours "une réforme substantielle du décret"(Universités : nouvelle journée de mobilisation prévue le 19 février)

Mais ne  manque-t-il pas quelqu’un dans cette négociation ? Nous. Un accord entre gouvernement et enseignants prendra-t-il en compte l’intérêt réel de la nation ? Peut-on connaître cet intérêt sans le moindre débat ?

L’erreur est humaine. N’est-il pas temps que le gouvernement se demande comment ne pas la répéter ? Qu’il s’interroge sur ce que signifie gouverner une démocratie ? Sur la façon de mener une réforme dans un pays de gens dignes de respect et responsables ? Qui sait ? Peut-être découvrirait-il alors que ses prédictions sont auto-réalisatrices : nous considérer comme des êtres humains nous rend intelligents ?

Complément :

La presse et son avenir (suite)

Exposé de Jean-Dominique Prétet, qui dirige le groupe l’Alsace.

  1. Surprise : l’optimisation des moyens de production de l’Alsace est poussée très loin. A tel point que le groupe a été un des 2 ou 3 premiers au monde à adopter certaines technologies. Les gains de productivité sont importants (réduction d’effectifs de 150 personnes sur 600).
  2. Ce qui permet l’équilibre du groupe est son offre de gratuits. Malheureusement, elle est attaquée par la crise.
  3. L’offre Internet de l’Alsace a un succès respectable, mais perd de l’argent.
  4. Transformation permanente : nouvelles machines (j’apprends que la PQR est mieux équipée que les journaux américains !) ; couleur, format de journal régulièrement renouvelé ; diversifications (avortées) dans la radio, la télévision locale (pour tirer profit d’une grosse pénétration du câble), etc. énormément d’efforts, maigres résultats.

Jean-Dominique Prétet, malgré tout, est optimiste : il n’y a jamais eu autant de besoin d’information ; la Presse a toujours fait preuve d’un énorme dynamisme, elle arrivera sûrement à trouver une solution. Mais laquelle ?

Je m’interroge :

  • Cela va-t-il dans le sens de ma thèse : le moyen (gain de productivité) est privilégié, mais pas la fin (l’information) ? Certes, mais le taux de pénétration du titre est bon (52 voire 57%), y compris chez les jeunes. Peut-on faire beaucoup mieux ?
  • Et s’il y avait de trop gros investissements ? Mal français : nous attendons trop de la machine. Le meilleur compromis n’est pas machine sophistiquée + très peu de personnel, mais machine rustique + personnel un peu fourni.
  • Et les changements de format permanents ? Mode inutile, qui ne sert à rien ? Mais pas possible de s’y soustraire sans paraître poussiéreux ? Alors, faut-il trouver un moyen de la suivre à coût moindre ? Ne pas la voir comme une possibilité de gain (donc investissement), mais comme une perte sèche dont-il faut minimiser le montant ?

À suivre.

Ce qui manque à la presse ? De véritables entrepreneurs, Avenir de la presseFaire réfléchir les élites et former les massesMal de la presse.

mardi 10 février 2009

Château de cartes II

Scary if true : décidément, ce n'est pas robuste un système financier mondial.

Il semblerait que le 18 septembre dernier, le Fed ait in extremis évité une « panique bancaire électronique », qui est passée à deux doigts d’anéantir le système financier américain et, avec lui, le système financier mondial.

Château de cartes

Oséo se désintéresse des start up : début d’explication ?

Reprenant les informations du blog d’Olivier Ezratty (Oséo se désintéresse des start up ?), le Monde enquête (Les petites sociétés innovantes se sentent abandonnées) :

Effectivement, Oséo a significativement réduit ses crédits aux start up...

"Dans deux ans, quand l'économie redémarrera, la France souffrira d'un trou démographique de start-up", redoute M. Ezratty.

Les équipes d'Oseo Innovation en sont convaincues. Leurs dirigeants n'ont plus la main sur le personnel distribuant les aides en région. Celui-ci est rattaché à Joël Darnaud, un professionnel de la banque qui applique les méthodes de ce secteur. La distribution d'aides rapporte une prime à celui qui l'octroie. Ce qui incite à faire du chiffre, sans forcément s'attacher à la qualité du dossier, au caractère réellement innovant des produits et services dont il est censé financer l'élaboration.

La France serait-elle atteinte du mal anglais ? Lois de la concurrence et service public.

L’appareil, mal français

Je poursuis le fil de ma pensée : pourquoi « l’appareil » est-il si commun en France, de l’État à l’entreprise, en passant par le syndicat ?

Solution simple décrite très tôt par les sociologues (cf. Max Weber). L’appareil, c'est-à-dire la bureaucratie, est le résultat naturel de la rationalité : si vous savez où doit aller votre entreprise ou votre pays, il faut qu’ils soient organisés pour mettre en œuvre votre programme. Fonctionnement hiérarchique : le dirigeant décide, l’organisation exécute.

Mais la bureaucratie est aussi le résultat de l’individualisme. Si vous pensez avoir raison, vous êtes ramené au cas précédent.

La France est pleine d’appareils, parce qu’elle est pleine de gens qui ont raison. De ce fait, ils bâtissent des organisations à leur gloire. C’est pour cela que nos appareils reprennent le modèle de celui de Louis XIV, à peine amélioré par la Révolution (cf. Tocqueville, l’Ancien régime et la Révolution).

Le fil de ma pensée : Sociologie des syndicats, Les appareils créent l’idéologie.