lundi 17 novembre 2014

M.Mélenchon, la Révolution et les jeux

M.Mélenchon s'en prend à un jeu vidéo qui donne le beau rôle à la royauté. (Si j'en crois ce que j'ai entendu, il reprend l'interprétation de la Révolution qui a cours en Angleterre depuis cette époque.) Les invités des Informés de France Info étaient d'accord pour dire que M.Mélenchon était un âne. Notre jeunesse sait faire la part des choses. Arrêtons de l'insulter. 

Ce qui m'a surpris est que personne ne s'émeuve de ce que, si M.Mélenchon a raison, ce jeu est une tentative de manipulation, qu'elle réussisse ou non.

Les manipulations marchent-elles ? Il y a une bonne trentaine d'années, un professeur du primaire me disait avoir été étonné de constater que ses élèves portaient désormais des prénoms américains, des prénoms de héros de séries télé. Plus récemment, une avocate m'expliquait qu'elle devait sans arrêt rappeler à ses clients qu'ils n'étaient pas dans le système judiciaire américain. 

Non seulement, la manipulation marche, mais elle a un nom : "soft power". Et tous les hommes politiques y ont recours.

Rosetta et la conquête de l'espace

La sonde Rosetta m'a fait m'interroger. Admiration, pour commencer. Arriver à repérer une comète de quelques km dans l'immensité interplanétaire, la rattraper et s'y poser, que notre science est magnifique !, me suis-je dis. Mais tout n'a pas marché.

Ce qui a fonctionné, c'est la mécanique classique, la cartographie de la comète, qui a permis une simulation d'atterrissage. Ce a foiré, ce sont les instruments qui devaient assurer l'amarrage à l'objet volant. 


Ceci me semble montrer que, le spatial, c'est compliqué. (C'est ce que vient de découvrir Richard Branson, d'ailleurs.) Mais aussi qu'il faut une grosse expérience pour que tout fonctionne correctement et que, du fait du coût de ces expéditions et du manque d'intérêt pour ce type de projet, on n'en fait pas assez. 

Je me suis aussi demandé si ce n'était pas un coup de pub. La recherche publique est menacée par l'entreprise privée. Elle doit se battre pour exister. Surtout, je crois que la sonde Rosetta est le résultat d'un travail patient de recherche fait par des anonymes. Je ne suis pas sûr que nous ne laissions pas notre héritage péricliter. Pire, je soupçonne que le secteur privé veut utiliser cet héritage pour s'enrichir, sans payer son dû à la société, et sans contribuer à son développement. 

dimanche 16 novembre 2014

Le monde résisterait-il à la globalisation ?

Cette semaine The Economist se penche sur le Pacifique. Pourquoi n’a-t-il pas remplacé l’Atlantique dans les échanges mondiaux ? Peut-être, manque de valeurs communes. Européens et Américains sont d’accord sur l’essentiel. C’est la méfiance qui domine les relations entre la Chine, ses voisins et l’Amérique. A tel point qu’il est difficile de savoir s’ils cherchent la coopération ou s’ils se livrent une guerre larvée. Exemple. Chine et USA viennent de signer un accord concernant l’effet de serre. Mais la Chine ne s’est engagée à rien, et les Républicains comptent bien vider les engagements de M.Obama de leur contenu. Chine (en mer de Chine) et Russie (en Ukraine) se comportent de la même façon : actions indétectables par les démocraties occidentales. Quand on réalise que ces actions ont un sens, il est trop tard. Fait accompli.

Globalisation et résistance au changement
Le capitalisme a mauvaise presse. C’est la faute des banquiers. Mais aussi : « Pays riche après pays riche, de gouvernements de gauche ou de droite, la plus grande crainte des électeurs est que les revenus des classes moyennes stagnent et que l’emploi à vie est mort. Instinctivement les politiciens mettent la situation au compte des folies de leurs opposants. » Le problème : la globalisation, qui ne fait que s’accélérer, est à l’œuvre. Il ne sert à rien de la nier.
Mais est-elle aussi bien assurée que cela ? Nouvel élément dans la donne mondiale : l’effet du gaz de schiste sur la politique des USA. Auront-ils la motivation nécessaire à continuer à assurer leur rôle de gendarme du monde ? Sans cela quid du commerce mondial ?

Le tourisme social existe-t-il ? Les statistiques montrent qu'il y a deux types d’immigrés : ceux qui profitent du système social, sans y avoir contribué, et ceux qui travaillent et qui apportent plus qu’ils ne coûtent. D’autant qu’ils connaissent moins le chômage que les autochtones. (Peut-on dire qu’ils leur ont pris leur emploi ?)

Dans un vote qui ne compte pas, les Catalans choisissent l’indépendance. Avenir du pays ? Des partis protestataires semblent avoir le vent en poupe. Les politiques en place, corrompus, ne vont pas survivre aux prochaines élections. (Chaos ?) En Italie, M.Renzi semble manœuvrer pour transformer le régime de coalition italien en système à grands partis. Il permettrait les réformes aujourd'hui impossibles. En Europe, par son comportement excessif, M.Cameron s’est coupé de ses alliés traditionnels, l’Allemagne et les pays du nord. Danger : les forces du mal (à « l’accent français ») pourraient gagner l’Europe. Mais la situation n’est pas désespérée. Retour des djihadistes en Europe. Ils ne sont pas dangereux. Ils ont été détruits par leur expérience. Il faut les aider à se réinsérer. Le risque vient de ceux qui ne sont pas partis. L’économie africaine est abattue par Ebola. La maladie est circonscrite à quelques pays. Mais, pour nous (pour ceux qui font l'économie mondiale ?), l’Afrique est un bloc. 

Attention ! Nouvelle vague de fusions acquisitions. Cette fois-ci le danger ne vient pas de ce que les entreprises suivent une mode, mais de « valorisations (qui) atteignent petit à petit des niveaux qui donnent le vertige ».

La France, bon élève de la globalisation ? Elle possède 7 des 25 meilleurs jeunes économistes mondiaux, M.Tirole a reçu le prix Nobel, M.Picketty est une star. A l’étranger, Sodexho et Atos sont des leaders du marché de la gestion des ex services publics (prisons et services sociaux). Un marché sur lequel il y a beaucoup de coups à prendre. Le téléphone mobile permet aux pauvres des pays pauvres d’avoir accès aux services financiers.

De l'intérêt économique des bonnes actions
Aux USA, les châtiments corporels sont permis à la maison et à l’école (quasiment une exception mondiale). La science constaterait que « leur donner la fessée rend vos enfants idiots ».  

Pour une fois, ce compte-rendu se termine bien. Il y aurait une solution à la question des SDF. Leur donner un logement. Et, surprenant, c’est rentable. Car le SDF coûte très cher en soins d’urgence.

(PS. Je découvre qu'un journaliste de The Economist a la même interprétation que moi de ce que dit son journal.)

Laisser-faire et autocontrôle

L’idéologie du laisser-faire (le libéralisme de droite) prétend qu’il n’y a qu’un choix entre elle et le totalitarisme de l’Etat. Faux, il y a aussi l’autocontrôle. La main invisible de la société contrôle le comportement de ses membres. Et l’Etat n’est qu’une partie, ayant une autonomie limitée, de ce dispositif de contrôle.

Exemples d’autocontrôle social ? Code de la route, qui fonctionne avec peu de gendarmes. Mais aussi politesse, ou langage, ou même mode vestimentaire. Et, en moins réussi, Wikipedia. Là où les lois ne sont pas respectées, c’est que l’autocontrôle est difficile. La loi efficace (appliquée scrupuleusement) est celle qui s’appuie sur des forces sociales favorables. Il est dommage que nos législateurs ne l’aient pas compris.

(Et l’autocontrôle a son prix Nobel.)

samedi 15 novembre 2014

Analyse systémique de la crise

Cette crise est un cas d'école de systémique ! La politiques des banques centrales a l'effet opposé de celui qui était prévu. 

Pourtant tout part d'un principe en béton. Une quasi tautologie. Il ne s'agit même pas d'économie, mais de bon sens. Les banques centrales créent de la monnaie pour pousser l'inflation. Effet évident : si vous avez une masse monétaire de x et des prix p, avec 2x les prix sont 2p. (Puisqu'il y a toujours les mêmes choses à acheter avec deux fois plus d'argent.)

Or cela accélère la déflation ! Pourquoi ? Parce que les banques centrales achètent des emprunts d'Etat, ce qui fait baisser le rendement de ceux-ci. L'argent va donc se placer ailleurs, notamment dans les actions. En quittant le pays, il fait baisser le taux de change. Avantage concurrentiel pour les entreprises locales. Mais le supplément de rentabilité obtenu n'est pas réinvesti. Et les pays étrangers, confrontés à cette concurrence, doivent baisser leurs coûts salariaux. Déflation. Et demande d'aide à leur banque centrale... 

Où est le bug ? C'est que la société ne crée plus, elle détruit, elle brûle son patrimoine. Irresponsabilité comme principe de vie. Les banques centrales, en prétendant résoudre seules les problèmes du monde, ne font qu'encourager cette irresponsabilité. La crise n'a pas une cause économique, mais humaine

(C'est ce que dit Mme Merkel. Malheureusement, son pays a réagi à ses propres problèmes par des mesures déflationnistes : il est devenu compétitif par réduction de salaires, délocalisation, et diminution de ses investissements productifs. Aujourd'hui nous n'avons que des exemples de ce qu'il ne faut pas faire. Y compris, d'ailleurs, chez des économistes hétérodoxes comme Paul Krugman.)

Suis-je un sociologue ?

While economics is about how people make choice, sociology is about how they don’t have any choice to make. Bertrand Russel.
Citation qui me fait comprendre que je suis proche des sociologues. Ce qui m'intéresse le plus sont les forces qui déterminent l'action humaine, les "systèmes" qui gouvernent nos comportements. Ces forces nous manipulent pour que nos actions les servent. Elles nous "aliènent" aurait dit Marx. Nous sommes leurs idiots utiles. Ce qui est effrayant.

vendredi 14 novembre 2014

Pays de la bêtise calme ?

Une idée me frappe en lisant l’œuvre des Lumières et des pragmatistes. Les uns voulaient la victoire de la raison, les autres de l’intelligence. Dans les deux cas, il s’agissait d’éduquer nos esprits et de les dégager des superstitions. Or, nous avons explicitement rejeté ces idées.

Et si la bêtise avait gagné ? C’est, au fond, ce que petit à petit, ce blog découvre. Beaucoup de ce que nous croyons est faux. Le retour en force de l’intérêt borné, d’un libéralisme des cavernes, nous a amené, pour le justifier, à nier la science, et à en saper les bases. Les superstitions sont revenues en force. Et elles sont sciemment entretenues. 

Suis-je un pragmatiste ?

Je crois avoir trouvé, enfin, la famille de pensée à laquelle me rattachent mes travaux. C'est inattendu. Ce n'est pas du tout là où je cherchais. L'idée m'est venue par une succession de hasards...

C’est le pragmatisme. C’est un courant philosophique fondamental attribué généralement à Pierce, James et Dewey (1850 – 1950), mais qui a des champions actuels. C’est la philosophie associée à / suscitée par la démarche scientifique (au sens méthode). Il a eu pour application pratique la systémique courant psy (cf. l'école de Palo Alto et Paul Watzlawick). Elle est effectivement très proche de mon expérience. 

Il est aussi possible qu’il se rattache à des mouvements bien plus anciens. Par exemple, les Chinois estiment qu’il est quasi identique à leur pensée traditionnelle, une morale de l’action. Il est aussi possible que les « vrais » sophistes grecs aient été « pragmatiques ». Sans parler de Kant


jeudi 13 novembre 2014

Christian Kozar et le vol de la bécasse

Comment se fait-il que Christian Kozar ait réussi aussi facilement des changements aussi compliqués ? Au fond, voilà la question que cet homme-là me pose.


Sa réponse me semble être que ce qui bloque le changement est un « démon ». Le démon est enfoui dans l’inconscient collectif. De là, il dicte un comportement erroné à l’entreprise et au dirigeant. Plus exactement, ce démon ce sont des idées reçues héritées du passé. Elles sont désormais inadaptées et dangereuses. Le passé fait dérailler le présent ! Illustration :

Christian Kozar dit à celui qui veut mener un changement de rupture : n’attendez pas la fin du tunnel, il n’y a pas de tunnel ; la vérité vient d’en bas ; la bonne stratégie : une idée qui plaît immédiatement ; maîtrisez la technostructure ; expérimentez ; c’est à l’organisation de résoudre les problèmes organisationnels.

Cela vous paraît évident ? Eh bien c’est l’exact inverse de ce que nous faisons, et de ce que nous enseigne l’Education nationale ! (A tel point que je me demande si le rôle de l’Education nationale n’est pas de nous maintenir dans le rang, en nous donnant des réflexes tellement faux que toutes nos tentatives pour changer échouent !)

Donc, il faut « changer sa façon de penser ». Or c’est très difficile de modifier un cadre de référence inconscient. Mais peut-être pas pour Christian Kozar. N’a-t-il pas la curieuse capacité à ne pas faire ce que l’on attend de lui ? Et pourtant, cet ancien officier est toujours respectueux de l’esprit des lois. C’est cela « le vol de la bécasse ». La bécasse ne va jamais où on s’attend qu’elle aille. Pourtant elle atteint son but. Et, notamment, parce que le chasseur est incapable de la toucher !

(Quelques informations sur Christian Kozar : ici. Et un approfondissement de cette discussion : .) 

Master of the universe, tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la finance...

Film de Marc Bauder. J'ai vécu en parallèle du monde dont il parle. J'ai entendu tout ce qu'on dit ici. Mais je ne l'avais pas rassemblé. Bref, voilà le film par excellence qui vous expliquera, simplement, comment fonctionne une banque depuis que la finance innove. 

Ça commence dans les années 80. Des Américains bizarrement accoutrés viennent expliquer aux natifs les innovations financières, les options. Au début, il n'y a qu'une poignée de convertis. Car seuls les jeunes s'adaptent aux ordinateurs. Mais, petit à petit, tous sont contaminés. Jusqu'aux collectivités locales, qui se jettent, comme des moutons, dans la spéculation.

Film anthropologique. Intimité des banquiers, qui vivent nuit et jour, vacances comprises, entre eux. Ils ont leurs crèches, où leurs enfants sont élevés par la banque. Et leur personnel de maison. Personnel sans lequel ils ne pourraient pas passer leurs nuits à travailler et leurs jours loin de leurs foyers. Oui, ils ont vendu leur âme à la banque ! Ils sont sa chose. Ils ont un signé un pacte avec elle : fidélité totale, critique inconcevable. Faust au petit pied ? 

Et leçon de lavage de cerveau totalitaire ! Les individus sont coupés, totalement, des réalités. Ils ne voient de l'extérieur que des écrans d'ordinateur. Et, ils sont hyper spécialisés. Et sous la menace permanente du licenciement. On élimine 10% des effectifs chaque année. (Une technique très en faveur chez les consultants dès les années 90.) Dans ce monde on ne fait pas de vieux os. Mais on finit riche. Grande différence avec l'URSS.  

Et ça marche. Tout ces gens se transcendent. Ils se sentent les "maîtres de l'univers". Et ils le sont. Car ils abattent les nations, l'Europe et pourquoi pas le monde. Ce n'est pas sorcier. Vous achetez un emprunt d'Etat qui n'a plus de valeur. Et vous forcez son émetteur à payer le principal, plein pot. (L'Argentine vient de faire les frais de ce procédé, remarquera-t-on.) Vous commencez par la Grèce, puis le Portugal, l'Espagne, l'Italie... arrivé à la France, l'euro, c'est fini ! Car c'est cela qu'est devenu le métier du financier. C'est la fameuse innovation qui l'a transformé. Les options permettent "d'assurer la maison du voisin" dit le film. La finance c'est assurance-mort : vous-vous enrichissez du malheur des autres ! Dans ces conditions, peut-on résister à la tentation de le provoquer ?

Eh oui, la finance, création de l'homme, s'est retournée contre l'homme. Pourtant, il serait facile de l'arrêter. Elle est contrôlée par une poignée d'individus est-il expliqué. Mais ce sont des irresponsables. Pas de chance.