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mercredi 5 janvier 2022

La réinvention de la 3ème République

Il y a des changements qui réussissent. Le programme de la 3ème République en est l'exemple même. Seulement, la réussite a été si parfaite que ceux qui le portait, les radicaux, n'ont plus rien eu à dire, et ont disparu. (Référence.)

Selon Nassim Taleb, les institutions récentes ont une faiblesse : leur espérance de vie est fonction de leur ancienneté. Et c'est ce que l'on constate avec les nôtres : elles n'étaient pas résiliantes. Ascenseur social, grandes écoles, intégration, égalité, laïcité, démocratie... rien n'a tenu le choc. 

Et c'est pourquoi, probablement, Kant et quelques-autres pensaient et pensent que l'amélioration est préférable à la révolution. 

Maintenant, il est possible que le modèle de la 3ème République corresponde toujours à une aspiration de la population. (Ce qui explique pourquoi elle résiste à ses gouvernements, qui ont prétendu que le problème était ce modèle, et qui ont voulu imposer des alternatives ?)

Alors, parviendrons-nous à améliorer nos institutions, afin de remettre durablement à flots notre idéal ?

lundi 13 septembre 2021

David et Goliath, l'association et la technocratie ?

Une association concurrence la SNCF, et elle prétend, bien que toute petite, être la plus efficace. L'effet d'échelle, qui a justifié toutes les stratégies de nos grands patrons serait-elle prise en défaut ? L'association mobilise le génie humain, la technocratie fait le contraire ? 

Ce que cette histoire a d'intéressant est qu'elle était le modèle qu'avaient en tête probablement beaucoup de Français avant la guerre de 40. Ils voyaient la France comme un juste milieu entre l'individualisme et le communisme. Un individu "très libre", avec une couche sociale, très fine. Un monde d'associations. Mais tout cela a été balayé par l'Etat technocratique, paternaliste, et massif. 

lundi 8 octobre 2018

M.Macron ou la méprise ?

L'élection de M.Macron a été un rejet de l'homme politique traditionnel. Et l'opposition demeure la meilleure alliée de notre président. Lorsqu'elle le dénonce, elle rappelle à l'opinion qu'il n'y a, toujours, aucun choix.

Pourtant, il y a peut-être eu un, très faible, espoir déçu. Nous découvrons que M.Macron est un libéral jurassique. Quelque chose qui semblait avoir disparu avec MM. Blair et Clinton. Or, il aurait pu être autre chose. Une relecture du radicalisme, ou de la "troisième gauche". Un élève de Paul Ricoeur.

Cette pensée, qui a forgé le pays, est très proche du libéralisme, mais ce n'est pas du libéralisme. C'est un individualisme farouche, mais un libertarisme solidaire. On y aime l'entreprise, au sens projet noble et aventureux ("venture" en anglais), mais pas le salariat (perte de liberté). L'Etat y est vu comme un danger totalitaire. Il est donc maigre, et contrôlé. La différence avec le libéralisme moderne, c'est que l'on n'y célèbre par les "premiers de cordée" à la Ayn Rand. L'être d'exception n'est pas un démiurge, ultra riche, il est dévouement à la cause public, à la Pasteur. En effet, les hommes y naissent et y demeurent éternellement égaux. Et, donc, les réformes n'y sont pas imposées, elles font partie d'un projet national, désiré par tous.

jeudi 17 novembre 2016

Démocratie directe contre démocratie représentative

La France a toujours été mal à l'aise avec la démocratie représentative. La raison en est qu'elle instaure des "corps intermédiaires". Ceux-ci, hommes politiques, syndicalistes, conseils d'administration de mutuelles, fonctionnaires... accaparent le pouvoir (sous une apparence d'affrontement ?) et maintiennent un statu quo qui les arrange, mais qui n'est plus adapté aux circonstances du moment. Ils deviennent une oligarchie et empêchent le changement nécessaire.

D'où l'idée de la démocratie directe. C'est le concept originel de la démocratie : le citoyen gère, en égal, les affaires de la cité. La France a une façon originale de concevoir la question. C'est l'association. Ni individualisme, ni collectivisme. Clémenceau : « défenseur de l’individu, de l’entreprise individuelle, il ne peut accepter le triomphe de l’individualisme. Car l’individu fait partie d’un corps social (...) en même temps, il ne peut accepter le communisme (…) l’individualisme absolu, expression de la barbarie, le socialisme collectiviste est un déni de l’individu, mais les responsabilités de l’État social doivent être reconnues. » 

La démocratie directe peut exister dans une démocratie représentative. Il suffit que le citoyen ait les moyens, lorsqu'il est mécontent, de déclencher un mouvement collectif qui fasse bouger le système, pacifiquement !, en dépit des intérêts qui tentent de le bloquer. (Leader du changement.)

samedi 13 août 2016

Nous sommes tous radicaux !

Nous sommes tous des radicaux ! M.Valls se réclame de Clémenceau. E.Macron de M.Rocard. M.Rocard et S.Hessel de P.Mendès-France. 

Le radicalisme, c'est la poursuite de la Révolution par des moyens pacifiques. C'est le peuple qui pense et décide, et non "l'élite", comme aujourd'hui. Mais c'est un peuple qui embrasse le monde et ses évolutions, et ne se replie pas sur son passé, comme propose de le faire le FN. C'est le régime qui a dirigé la France depuis qu'elle est une République, et jusqu'à la 5ème, retour du monarchisme refusé par Mendès-France. Le radical est une sorte de protestant, ou d'anarchiste, au choix. Il aime la liberté. Il veut des gens qui soient formés à l'exercice de la pensée, afin qu'ils n'aient pas besoin de lois pour se guider. Une France radicale serait une France aux institutions légères, dans lequel l'économie sociale, l'association, jouerait un grand rôle. Pas un État providence. 

Mais suffit-il de se dire Radical pour l'être ? Les radicaux modernes n'auraient-ils pas absorbé des idées qui contredisent leurs principes ?

lundi 20 octobre 2014

Evolution politique de la France

Comment modéliser la situation politique de la France ? Voici où ce blog m'amène :
  • La France a été longtemps radicale. En fait jusqu’à de Gaulle. Le radicalisme n’est rien d’autre que la mise en œuvre des idées de la Révolution. Je pense qu’il correspond toujours à l’esprit de la nation. 
  • Les partis de gouvernement actuels me semblent représenter les privilégiés d’hier. D’ailleurs, ils sont ouvertement « anti Lumières » (cf. le postmodernisme de gauche) :
    • D’un côté N.Sarkozy à repris le combat de « la première droite » de la classification de René Rémond (les possédants), la seule à s’être toujours opposée à la Révolution.  
    • De l’autre, la gauche a repris le discours moraliste de l’Eglise catholique (aucun lien avec la religion du même nom) dont l'objet est d’assurer le statu quo en convainquant le peuple qu’il porte une faute originelle (le colonialisme). 
  • Mais le radicalisme est aussi un individualisme, et les égos qui le constituent l’empêchent de rassembler ses forces pour gouverner dans le respect de l'intérêt général. Aujourd'hui, le radicalisme, c'est aussi bien Bayrou, Borloo, Loos, Morin, Rama Yade que Valls ou Rocard.
  • Faute d'union, ses thèses ont été récupérées par le FN, défenseur de tout ce qui est national.
Sacre-coeur-paris.jpg


« Sacre-coeur-paris ». Sous licence CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons.

mercredi 28 août 2013

Pourquoi les Radicaux ne gouvernent-ils pas la France ?

Les valeurs des radicaux sont les valeurs de la France. (En fait, le rédicalisme est la mise en oeuvre des idées de la Révolution.) Pourquoi la France n’est-elle pas gouvernée par les Radicaux comme elle l’a été jusqu’à de Gaulle ? Voilà la question que je me suis posée en découvrant l’histoire du parti radical.

La vie de Clémenceau vient de me faire comprendre la faiblesse du parti radical. C’était un parti d’individus. Une fois que le projet du parti a été mis en oeuvre, ils n’avaient plus rien pour les tenir ensemble.

De Gaulle a occupé leur place par une solution monarchiste. Puis le pouvoir a été saisi par deux machines de masse, gauche et droite. Ce n'est pas très représentatif, mais c'est solide. Et cela a laissé de l'espace libre au FN.

vendredi 9 août 2013

Clémenceau

« Homme d’affrontement, qui n’est lui-même que dans le conflit », Clémenceau ressemble à ces anarchistes ou ces révolutionnaires qui passèrent leur vie à défier la société. Il connaît la prison très jeune, il est toujours endetté, il va de combat en combat, c’est d’ailleurs un duelliste redouté, et un tribun sans égal. Et il ne cherche pas le pouvoir. Pendant longtemps il est celui qui fait tomber les ministères. Il n’arrive au gouvernement qu’âgé. Il s’est fait énormément d’ennemis. Mais lui n’a de rancœur vis-à-vis de personne. Il n’en veut qu’aux idées, pas aux hommes. Et il fait passer l’intérêt général avant tout.

C’est l’homme de l’affaire Dreyfus. Il est ministre de l’intérieur, « premier flic de France », à un moment où le « pays (est) en proie à l’agitation sociale et à la menace de désagrégation ». Car c’est alors que « l’unification (de la gauche socialiste) se produit sur la base radicale de la lutte des classes », qui légitime la violence comme moyen d'action. Puis il est « le père la victoire », en 17 au moment où la France et l’Etat major sont saisis par le défaitisme. Sa vie est aussi faite de revers. Pendant la Commune, il tente une conciliation. Il ne parvient ni à empêcher la peine de mort, ni à faire renoncer la France au colonialisme. Et les accords qu’il fait signer après guerre ne seront pas respectés.

Surtout, il semble avoir été pris dans une guerre fratricide. Lui-même va être le fléau de Gambetta et de Ferry, « conservateur déguisé en républicain ». Avant d’être pris à parti par Jaurès. « Le plus grand faux pas de la carrière de Clémenceau » aura été de ne pas parvenir à s’entendre avec le parti socialiste. Ce qui conduit « les socialistes (à prendre) le monopole de la revendication sociale, alors même que leur ligne révolutionnaire les éloignait du pouvoir ». « La gauche radicale n’a guère le sens social. » « Déjà s’amorce l’évolution qui fera du radicalisme le représentant attitré des classes moyennes, des petites villes et des villages mêmes. »

A quoi croyait-il ? à la liberté individuelle. Elle a pour condition la République, et le progrès (« confiance irrésistible dans l’idéal de la raison et des Lumières »).

Son idéal ? Individualiste farouche « contempteur de l’autorité », « il veut la République, toute la République, la République de Clémenceau c’est d’abord la liberté. » Liberté ? « (Ce qu’il veut faire dans ses écrits) : c’est chanter la vie, c’est magnifier l’action, c’est exalter la joie d’être, contre les philosophies et les religions de la misère et de la chute. » « La parole ne peut être que vain bruit, sans action. »

Sa stratégie ? « lutter contre les monopoles, les privilèges patronaux (…) préparer l’abolition graduelle du prolétariat (…) vieil idéal de la Révolution, celui du petit propriétaire libre. »

Le moyen ? « Le salut passait à ses yeux par la ville, l’instruction, les études » : « Ouvrir l’enfant aux sensations de vérité, de bonté, à la pitié des êtres, aux sentiments de compassion humaine, d’où jaillit le noble élan de secours. » « Délivrer l’homme de l’ignorance, l’affranchir du despotisme religieux, politique, économique et l’ayant affranchi, régler par la seule justice la liberté de son initiative, seconder par tous les moyens possibles le magnifique essor de ses facultés, accroître l’homme en un mot, en l’élevant toujours plus haut. » Le service militaire est « le prolongement de l’école ».

Ses combats en découlent : « défenseur de l’individu, de l’entreprise individuelle, il ne peut accepter le triomphe de l’individualisme. Car l’individu fait partie d’un corps social (...) en même temps, il ne peut accepter le communisme (…) l’individualisme absolu, expression de la barbarie, le socialisme collectiviste est un déni de l’individu, mais les responsabilités de l’Etat social doivent être reconnues. » « Il n’a d’ennemis que ceux qui violent la loi. »

Il croit au « droit des peuples ». Il aime la France parce qu’elle porte son idéal, c’est un  « grand peuple, celui qui avait allumé pour le monde entier la torche de la liberté. » « La France, autrefois soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de la liberté, toujours soldat de l’idéal. »

Le livre : WINOCK, Michel, Clémenceau, Librairie Académique Perrin, 2011.

mercredi 3 octobre 2012

La logique de l’intellectuel

La logique de l’intellectuel (de gauche ?) serait que l’opprimé est fatalement un juste. J’ai saisi cette idée au hasard d’une émission de France Culture dont j’ai attrapé une minute, dans la confusion, d’où l’approximation de la citation. En tout cas, la modélisation semble étonnamment puissante.

Elle pourrait expliquer bien des paradoxes. Par exemple, pourquoi le Juif est-il un bon quand il est dans un camp nazi, et un mauvais quand il est Israélien ? Pourquoi la famille Rom peut-elle être l’antithèse des droits de l’homme mais aussi l’image du bien absolu ? Pourquoi a-t-il fallu les printemps arabes pour que l’on découvre qu’il y avait oppression et misère au Maghreb, sinon parce que d’anciennes colonies ne peuvent qu’être le bien ?

Où est l’intellectuel dans tout ceci ? Il combat du côté des opprimés. Mais alors en opprimant les oppresseurs, il en fait des justes, et est le mal ? Ne serait-il pas plus logique de périr en martyr non violent ?
Et si la nature de l’homme était d’opprimer quand il le peut ? Le bien n'existerait pas ?

Question finale : l’intellectuel en est-il un ? En effet, penser est le contraire d’obéir mécaniquement à des règles sommaires. Défaite des Lumières, des philosophes, de la Révolution, de la 3ème République, des instituteurs, des radicaux puis du socialisme de Jaurès, dont le combat a été justement de nous apprendre à penser par nous-mêmes, en dehors des coutumes et autres règles qui nous préexistent ? 

samedi 12 mai 2012

La fièvre hexagonale, les grandes crises politiques 1871 – 1968

Livre de Michel Winock, Points histoire, 2009. Pourquoi la France est-elle une poudrière ?

Peut-être parce que nous sommes fondamentalement intolérants. Nous devons cela à notre passé catholique. Avec l’amour des principes absolus. Chez nous, il n’y a pas de place pour le compromis, celui qui ne pense pas comme nous doit disparaître.

Peut-être aussi parce que la logique de notre société est féodale, avec un État hyper puissant, mais sourd, dysfonctionnel parce que morcelé, et donc fragile, et une nuée de petits propriétaires qui oscillent entre une passivité bovine et la révolte.

Nos gouvernements tendent à exclure, voire à diaboliser, une partie de l’électorat. Ce phénomène, combiné à des dissensions internes qui les paralysent, conduit à des bouffées de colère qui prennent la forme de tentatives de coups d’État.
  • La Commune. La commune ressemble à un règlement de comptes, qui serait à la fois une guerre de religion et une sorte d’expiation de la défaite de 70 (comme en 1940 ?). Paris est évacué, puis ce qui reste de sa population est massacré. Début de notre tradition de l’affrontement sectaire ? À noter qu'un troisième parti, les radicaux,  a essayé de jouer les médiateurs entre les adversaires. Débarrassé de son aile gauche, il va désormais pouvoir dominer la politique française.
  • 16 mai 1877. 1877 semble être la réelle naissance de la 3ème République, et la défaite finale de la monarchie. Le 16 mai s’affrontent Mac Mahon, président de la République et orléaniste, et la chambre, de gauche. C’est elle qui gagne. La gauche aura une majorité durable. Mais, si ses partis  parviennent à s’allier pour gagner les élections, ils se haïssent trop pour pouvoir gouverner. Ce qui conduit à un régime faible, et à une droite qui se sent minorité opprimée, et qui est prête à tous les coups tordus.
  • Le Boulangisme. La République ayant fait des exclus, en 1887, ils vont tenter de se venger. Ils trouvent dans le général Boulanger le chef charismatique dont ils ont besoin. Mais il ne sera pas à la hauteur de l’événement. Début des mouvements de masse et populistes.
  • L’affaire Dreyfus. En France, il est normal d’être antisémite, mais pas de condamner un innocent. C’est peut être ce qu’il faut retenir de l’affaire Dreyfus. C’est aussi la naissance, et la première victoire, des « intellectuels ». Mais c’est certainement la droiture de quelques officiers de l’armée qui mérite d’être remarquée.
  • 6 février 34. Les forces coalisées d’une droite revancharde et du PC profitent de l’affaire Stavisky pour attaquer un gouvernement de gauche dysfonctionnel, mais soutenu par le peuple. Ça ne marche pas mais cela conduit à une forme de guerre civile larvée et suicidaire. La gauche prétextera d’une lutte contre le fascisme, qu’elle croit français, pour ne pas apporter les réformes nécessaires au gouvernement, et ignorer la montée du nazisme.
  • 10 juillet 40. Paul Reynaud aurait pu être l’homme de la situation. Mais il manque de souffle. Pétain et surtout Laval profitent de l’éternelle faiblesse du régime pour faire un coup d’État et imposer leur vision médiocre, et revancharde, du monde.
  • 13 mai 58. Guerre d’Algérie. Cette fois-ci l’armée se croit une mission, elle aussi a des comptes à régler. Le gouvernement en place, comme d’habitude, est trop divisé pour pouvoir réagir. De Gaulle arrive, transforme la constitution, et règle le problème, endémique, d'instabilité gouvernementale.
  • Mai 68. Mai 68 est l’histoire d’une sorte de baby boom étudiant mondial, mais qui, en France, va, en se heurtant à la rigidité de la société gaulliste, exploser.  

mardi 6 mars 2012

Qu’est-ce que la liberté ?

Les radicaux semblaient avoir le salariat en horreur. Un peu ridicule, non ?

Peut-être pas. Être salarié c’est avant tout appliquer les règles d’un autre. C’est donc ne pas être libre. Une situation que refuse le libéral, et qui est difficile à supporter pour tout homme.

Cela explique probablement pourquoi le salarié cherche à réduire son temps de travail. Et pourquoi le patron tend à faire le contraire : il est beaucoup plus libre dans son entreprise que chez lui.

Qu’est-ce que la liberté, alors ? Peut-être suivre les règles que l’on s’est données.

C’est pour cela que les radicaux aimaient les coopératives, peuplées d’égaux, et que l’économie de marché est populaire chez certains : les commerçants n’ont de comptes à rendre à personne.

Mais la bureaucratie aussi peut être un territoire de liberté : Michel Crozier ne dit-il pas que chacun y a une sphère personnelle qu’il administre selon son « bon plaisir » ?

Alors, la liberté peut trouver son bonheur partout, à condition que les règles du jeu soient acceptées par tous, et non imposées par la force ?

Compléments :

mercredi 9 novembre 2011

La République des instituteurs

Livre de Jacques et Mona Ozouf, Seuil 1992. Qui étaient les instituteurs qui exerçaient entre 1871 et 1914 ?

Il y a quelque chose de la Conquête de l’Ouest dans ce livre. L’Amérique en aurait fait un film.

On y aurait vu le miracle de l’enfant de pauvre qui réalise les rêves de ses parents. Il s’affranchit de l’avilissement d’un ordre féodal. Premières années de travail : solitude, pauvreté, et bêtise hostile de l’église. Mais il tient bon. Mérite et abnégation le font triompher. Par « l’aménagement modeste et acharné du présent », il transforme sa société en la nôtre.

Comme dans la Conquête de l’Ouest, on verrait aussi que le monde qui a remplacé les espaces de ses exploits, avec ses villes, ses voitures, sa pollution, son matérialisme aveugle… n’est pas celui qu’il désirait.

Que voulait-il ? Une nation d’hommes libres. Et, pour cela, il fallait émanciper leur pensée, en leur apprenant à raisonner. Il voulait leur donner l’égalité, celle du mérite qu’apporte un travail acharné. Et une fraternité, qui était le solidarisme. Il croyait au « progrès de la raison » « qui mettrait fin à tant d’injustices et de misères ». Formidablement pacifiste, il fut Républicain, puis Radical, puis Socialiste. Son  Dieu était Jaurès : il avait fait du socialisme un humanisme, lui retirant ses dangereuses folies idéologiques (lutte des classes, sectarisme, communisme…).

Qui était-il ? Un individualiste farouche que l’injustice révolte. Et peut être avant tout un rare exemple d’une vocation qui réussit. Tout dans sa vie et dans l’influence qu’il a reçue est allé dans une même direction.

Comment voit-il le monde des années 60 ? De Gaulle est une sorte d’antéchrist. L’antithèse de tout ce à quoi il a cru. La société de l’époque ? Un matérialisme fade, plus d’idéaux. Les instituteurs modernes ? Des paresseux dont le militantisme d’agités a trahi son combat et a donné raison à ses ennemis. « Il ne reste rien de mes efforts » dit-il.  

jeudi 29 septembre 2011

Gauche radicale ?

J’entendais il y a quelques temps Martine Aubry reprocher à M.Sarkozy de diviser la France.

La gauche bougerait-elle en direction du centre, en position radicale ? S’éloignerait-elle de ses idéologies fondatrices ? Évolution tactique ou changement fondamental ?

Compléments :
  • Il me semblait que nos politiques considéraient que le Français était un sale réactionnaire. La droite en déduisait qu’il fallait encourager ses turpitudes, la gauche préférant les contenir en lui donnant des leçons de morale.
  • La France radicale.

mardi 16 août 2011

France : confusion des partis politiques

Nos partis politiques nous représentent mal. Aurais-je trouvé une explication à ce paradoxe ? Le film de ma réflexion.
  • Des chercheurs constatent que le Français serait une sorte d’individualiste solidaire, un entreprenant aux idées « progressistes ». Ça n’a rien à voir avec ce que nos partis disent de nous.
  • Ses valeurs correspondent à celles d’un parti disparu : le parti radical.
  • Un portrait de la France fin dix-neuvième montre ce parti encastré entre une forme de PS, et une forme d’ultra libéralisme économique, apparemment plus extrême que son équivalent anglo-saxon moderne.
  • J’ai soupçonné que le Gaullisme avait repris les idées d’un radicalisme à bout de souffle. Que J.Chirac ait des idées radicales en serait-il une confirmation ?
D’où mon hypothèse du moment : nos idées auraient peu changé depuis le dix-neuvième ; mais nos partis ne disent pas ce qu’ils sont. En gros :
  • le PS est correctement situé,
  • les Gaullistes devraient être en position radicale, c'est-à-dire centrale. Dans cette hypothèse, leur rôle est de faire que le pays n’explose pas sous les rivalités idéologiques extrêmes (« Rassemblement pour la République » correspond bien à ce programme),
  • N.Sarkozy n’est pas un Américain égaré, comme je l’ai cru à tort, mais un représentant d’un courant libéral historique. Ce courant représente probablement les professions « libérales » et un grand patronat qui a peut-être disparu avec la guerre (pour cause d’obsolescence de ses usines ou de collaboration ?).
Compléments :
  • Sur l’obsolescence de l’industrie : WORONOFF, Denis, Histoire de l'industrie en France, du XVIème siècle à nos jours, Seuil, 1998.

vendredi 29 juillet 2011

Rad-soc Chirac

Je trouve par hasard un extrait du livre d’Anne Fulda sur Jacques Chirac.

Il y apparaît beaucoup plus complexe et riche qu’on ne le croit d’ordinaire. Au fond ce serait un « radical socialiste ». Ce qui va peut-être dans le sens de ma thèse selon laquelle le gaullisme serait une forme de radicalisme.  Mais, sa version actuelle ne semble pas très agissante. Radical-contemplatif ?

lundi 30 mai 2011

Haine française

Paradoxe (billet précédent). Comment se fait-il que la politique française ait été dominée par un radicalisme qui prônait la concorde nationale, alors qu’aujourd’hui nos partis semblent chercher à nous monter les uns contre les autres ?

Nous ont-ils trahis ?

Ce n’est pas ce qui ressort de L’étrange défaite de Marc Bloch : on y voit qu’en 40, comme maintenant, le Français haïssait le Français. Avons-nous (enfin ?) les politiciens que nous méritons ? 

La France radicale

Nordmann, Jean-Thomas, La France radicale, Gallimard, 1977.

Pendant très longtemps le parti radical a dirigé et s’est identifié à la France. Quelques-uns des thèmes qui marquaient sa pensée :
  • Individu. Le radicalisme veut « le libre essor de l’individu », son épanouissement.
  • Peuple. Le radicalisme idéalise le peuple, la « souveraineté populaire ». La manifestation de la volonté du peuple est le suffrage universel.
  • Nation. Le radical est amoureux de la nation, émanation du peuple. Chaque nation a un génie propre. Celui de la France est à l’image de sa géographie, diverse et équilibrée, et de sa ruralité constitutive. Il a la caractéristique particulière de « clarifier la pensée des autres nations ».
  • Association. Les hommes choisissent librement de constituer une société. L’association est l’organisation sociale par excellence (pas l’entreprise, qui repose sur un contrat déséquilibré, imposé).
  • Éducation. L’éducation tient une « place centrale » dans le programme radical. Dont un des grands combats sera sa démocratisation. C’est le « premier devoir de l’État ». C’est elle qui doit réaliser « l’épanouissement de l’individu », surtout, « son ascension proportionnée à ses mérites ».
  • Révolution. Le radicalisme est l’héritier de la révolution de 89 et des Lumières.
  • Raison, science et progrès. Le radicalisme se veut « l’extension à la politique de la philosophie rationaliste ». Il pense que la science et la raison montrent à l’homme la voie du progrès de l’humanité. La science est le fondement d’une morale qui n’a plus besoin de la religion.
  • État. Le radicalisme veut le gouvernement du peuple par le peuple. L’État doit faire régner la volonté générale contre l’intérêt privé. Il doit assurer la justice contre le laisser faire, en particulier nationaliser les monopoles (notamment les chemins de fer et les assurances). Mais le radicalisme se méfie des excès de l’autorité. Il se veut un contre-pouvoir, « institutionnaliser la révolte ».
  • Propriété privée. Le radicalisme défend la propriété privée « garante de l’autonomie individuelle ». Mais il la voit comme une étape de l’histoire humaine.
  • Assurance. L’homme doit être assuré contre les aléas de la vie, la nature même de la société est de lui fournir cette assurance.
  • Salariat. Le radical veut supprimer le salariat, résultat d’un contrat déséquilibré, il veut le remplacer par l’association.
  • Impôt progressif. Pour pouvoir financer le système d’assurances dont a besoin l’homme, et l’État, il faut un impôt. Cet impôt doit être progressif pour « corriger les inégalités ».
  • Église. Le parti radical s’est longtemps défini par rapport à son hostilité à l’Église, dont les valeurs sont « diamétralement opposées » aux siennes.
  • Colonialisme. Les radicaux conçoivent le colonialisme comme un messianisme, selon un thème central à leur pensée, celui qui sait doit enseigner à celui qui ne sait pas.
  • Haine. « Parti qui s’oppose à la haine », en particulier, il ne peut comprendre la lutte des classes socialiste. Il pense que les luttes entre partis sont fécondes. Il croit à la « franchise et à la liberté d’expression ».
  • Harmonie, paix et conservatisme. Le radicalisme est un mouvement pacifiste, qui cherche une amélioration continue et progressive, qui ne veut ni guerre ni révolution, et qui craint plus que tout les guerres fratricides.
  • Parti. Le parti radical s’identifie à la démocratie républicaine, et à la nation. C’est à la fois un parti assez lâche et qui « encadre la nation » par ses organisations locales solidement enracinées dans les « intérêts locaux ». 
Commentaires :

Ce qui est étonnant dans cette description c’est à quel point elle colle aux aspirations de la France d’aujourd’hui, et à quel point certaines idées radicales sont révolutionnaires (l’appel à la haine est le point commun de nos partis politiques).

Pourquoi le radicalisme a-t-il disparu ? La raison et le progrès ont fait long feu ? Le positivisme n’a été qu’une illusion ? La nation n’a pas donné ce que l’on en attendait ? Peut-être aussi que le radicalisme a été victime de ses succès : il a gagné tous ses combats, il ne pouvait plus être que conservateur, médiocre ? Ce que dit Camus des radicaux :
Ces hommes, petits dans leurs vertus comme dans leurs vices, graves dans leurs propos, mais légers dans leurs actions, satisfaits d’eux-mêmes mais mécontents des autres, non décidément nous ne voulons pas les revoir.

mardi 24 mai 2011

DSK consentant

L’affaire DSK se dirigerait vers un rapport sexuel entre adultes consentants.

Je me demande si, longtemps, cet argument n’aurait pas été irrecevable en France. Les héritiers de la République et de Rousseau pensaient qu’il ne pouvait pas y avoir contrat entre un oligarque et une chambrière, qu’un contrat entre forces disproportionnées est fatalement léonin.

Il est vrai qu’encore avant, trousser les domestiques était certainement un signe d’une robuste constitution. Serait-ce cela le néoconservatisme : un retour vers l'Ancien régime ?

Compléments :

jeudi 14 avril 2011

Logiques politiques

Le Nouvel Économiste, sur la logique de quelques politiques importants :
  • Martine Aubry : « remédier aux injustices sociales, sa spécialité ».
  • Jean-Louis Borloo, il s’adresse « aux déçus du Sarkozysme, inquiets du socialisme ». Selon mes hypothèses, ce serait bien un « radical-socialiste », mais l’auteur de l’article (Michèle Cotta) n’envisage qu’une alliance à droite. 

dimanche 10 avril 2011

Le renouveau du radical socialisme ?

L’évasion de Jean-Louis Borloo me fait me demander s’il n’y a pas reconstitution d’une forme de mouvement radical socialiste.

Cette tendance semble avoir joué un rôle fondamental dans notre histoire. Et peut-être même représenter un trait de caractère qui nous est propre : un individualisme qui considère qu’il a besoin de la société pour lui fournir la justice.

Pourquoi a-t-elle disparu ? S’est-elle compromise dans la collaboration ?...

En tout cas, j’ai l’impression que de Gaulle représentait un courant proche des radicaux : il voulait représenter la France, ce qui supposait qu’elle n’avait plus besoin de partis politiques. Aurait-il récupéré le courant radical, qui ne s'en serait pas relevé ?

Puis Pompidou et Mitterrand ont décidé que le modèle gaulliste n’était pas viable et qu’il fallait lui substituer le bipartisme que nous connaissons aujourd’hui. Est-ce la conséquence de leurs origines ou celle de leur évolution ? Les valeurs de ces partis sont majoritairement individualistes. Marché de dupes ?

(à creuser)

Compléments :
  • LACOUTURE, Jean, De Gaulle, Seuil, 1985.