- Progression vers les Lumières. Et autre livre, plus léger, de M.Villey, sur le même sujet.
vendredi 19 novembre 2010
Le droit et les droits de l’homme, Michel Villey
dimanche 19 juillet 2009
Reluctant crusaders - les USA façonnent le monde
- Le président. Obama semble un idéaliste dans la grande tradition américaine. En même temps, il est un peu plus réaliste que ses prédécesseurs : contrairement à ses engagements de campagne, il a compris que terminer proprement les affaires irakienne et afghane demandera des moyens. Cependant, il ne semble pas prêt à leur accorder le strict nécessaire (= ce qu’il faut pour faire fonctionner des démocraties). Internationalement, bien que convaincu de détenir la vérité, il sait que la suffisance américaine est insupportable au monde. Il joue profil bas.
- Un paramètre déterminant dans la stratégie américaine est le poids relatif des USA. Important, il les pousse au prosélytisme, faible, ils se replient sur eux-mêmes. La croissance de la puissance Chinoise aura-t-elle pour conséquence un nationalisme étroit, un désengagement des affaires du monde ? Obama semble y tendre (cf. sa demande aux Européens de s’occuper de leur sécurité).
- Le paramètre culturel. Le triomphe chinois promet d’être celui de la « barbarie ». C’est un régime dirigiste, qui ne semble croire qu’aux rapports de force, et qui plie les lois de l’économie internationale à son bon plaisir. L’Amérique pourra-t-elle ne pas réagir à la dégradation d'un ordre mondial qui lui est nécessaire ? Choisira-t-elle de continuer à se bercer d’illusions ? Mais le modèle culturel de Colin Dueck est-il valable ? L’économie mondiale était le grand œuvre de la pensée américaine, de ses élites intellectuelles et managériales, de ses prix Nobel. La crise a montré la faiblesse de l'édifice. C’est pour cela que le pays a tant de mal à envisager autre chose qu'un replatrage.
- J’avais remarqué le paradoxe selon lequel un pays replié sur lui-même est une menace mortelle pour l’Amérique : Démocratie américaine.
- Ce texte explique les certitudes qu’ont les néoconservateurs et sur la nature desquelles je m’interrogeais (Neocon) : fondements du modèle de société américain = bien. C’est ce qu’ils auraient retenu des leçons de Leo Strauss (Droit naturel et histoire / Strauss).
- L’ère Clinton et ses réformes de l’économie mondiale, et la série de crises qui l’a accompagnée : Consensus de Washington.
- Une précision sur ce que l’Amérique entend par démocratie, et qui ne correspond pas à la définition que nous en avons. La démocratie américaine est une version ultra light du concept : c’est le strict minimum qui permette au marché de fonctionner. Il semble même que quelques règles explicites bien choisies puissent suffire à encadre l’activité humaine, ce qui évite à l’homme, vu comme un mal absolu, de mettre ses pattes sales dans les rouages de l’univers. (HAYEK (von) Friedrich A., The Road to Serfdom, University of Chicago Press, 1994.) Application: The Economist : anti-démocratique ?
- Attention, le talon d’Achille de l’Amérique est le doute : Sarah Palin et Gregory Bateson.
lundi 29 décembre 2008
Disparition des poissons
Je ne sais pas si ce qui est dit dans l’article de Susannah F.Locke (Stock-Market Strategy Halts Fishing Collapse, www.sciam.com, 26 décembre) peut s’appliquer à la presse, mais on a peut-être trouvé un moyen de sauver les poissons…
Donner des permis annuels aux membres d’une pêcherie conduit à une disparition de ses poissons. Mieux : chaque pêcheur reçoit le droit de pêcher une proportion d’un quota général fixé chaque année par une organisation régulatrice, en fonction de la santé des espèces locales, et a le droit d'acheter et vendre ses parts comme bon lui semble.
On a transformé son intérêt du court au long terme. On a fait des bancs de poissons un bien commun (Governing the commons).
samedi 9 août 2008
Et Dieu créa l'Anglo-saxon
- Les USA avaient acheté Guantanamo avec l'idée qu'ils n'auraient pas à y appliquer les droits de l'homme: il ne s'agit pas d'un territoire américain...
- Fin du 18ème - début 19ème, noblesse et bourgeoisie anglaises s'unissent. Le peuple revendique des droits. On lui répond qu'ils ne sont pas faits pour lui.
- Les noirs américains connaissent la même mésaventure au lendemain de la seconde guerre mondiale.
Mais qui dit que les droits doivent-être universels ? Biais français. Il est possible que la pensée anglo-saxonne soit d'un autre moule. Max Weber dresse un parallèle entre capitalisme et valeurs d'une variante du Puritanisme, qui veut que Dieu donne le succès terrestre à l'élu. Celui-ci devant le remercier en cultivant son talent. Autrement dit, la classe économique a été élue, et elle doit produire le plus possible. La croissance économique est un remerciement.
Il n'est pas certain que l'Anglo-saxon se reconnaisse encore dans ces idées. Mais il se peut qu'il pense toujours que son succès économique lui donne des droits particuliers, qui ne s'appliquent pas à des êtres moins méritants. Le philosophe Locke, d'ailleurs, ne justifie-t-il pas l'organisation sociale de son temps par le droit naturel ? La raison dit qu'il est bien que le monde soit tel qu'il est.
Références :
- Stuck with Guantanamo, The Economist, 19 juin 2008.
- THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966.
- PATTERSON, James T., Grand Expectations: The United States, 1945-1974, Oxford University Press, 1996.
- Locke : Droit naturel et histoire.
- WEBER, Max, L'Ethique protestante et l'esprit du capitalisme, Pocket, 1989.
vendredi 4 juillet 2008
Droit naturel et histoire
- Tout d’abord, le droit naturel n’est pas nécessairement prescriptif, ce n’est pas un programme qu’il faut suivre pour faire le bien, c’est plutôt « une hiérarchie universellement valable de fins » qu’il faut chercher à atteindre (Platon / Aristote).
- Le deuxième grand moment du droit naturel sont les Lumières. En France comme en Angleterre, on interprète les préjugés de son groupe social comme des lois universelles. Un basculement se produit. D’un seul coup, l’individu a tous les droits. « Droits de l’homme » doit s’entendre en opposition à « devoirs ». L’homme n’a pas de devoirs, il est totalement indépendant de la nature. L’univers est là pour être exploité, sans arrière pensée (Hobbes).
- L’ethnologue Malinowski montre que les « sauvages » qu’il étudie bâtissent des mythes pour justifier leur édifice social. De même Locke construit-il un montage d’une grande complexité pour justifier les droits de propriété des possédants de son époque.
- Une idée semble faire l’unanimité dans la société anglaise d'alors, elle est au cœur des travaux d’Adam Smith, fondateur de la science économique : ce qui fait le bonheur universel c’est la poursuite de son intérêt égoïste par l’individu.
- Burke, qui partage beaucoup de ces points de vue, s’élève contre l’usage radical qu’a fait la révolution française des conclusions tirées par les penseurs français de l’analyse du droit naturel. La théorie est dangereuse, le comportement de l’homme doit être guidé par des usages construits par la prudence des siècles.
- En dehors de cette dernière prudence, ces idées sont au cœur de l’économie moderne, des sciences du management, de la gestion des entreprises et des nations. Tocqueville disait que les principes qui organisent les sociétés ont leurs vices et que gouverner consistait à les éviter. Bien des problèmes que nous rencontrons aujourd’hui sont liés aux « vices » de la pensée qui fonde notre monde. En voir les origines permet de mieux les comprendre.
- MALINOWSKI, Bronislaw, Magic, Science and Religion and Other Essays, Waveland Pr Inc, 1992.
- TOCQUEVILLE (de), Alexis, De la démocratie en Amérique, Flammarion, 1999.
