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lundi 30 avril 2012

Les mal lotis du Front National

Il semblerait que les électeurs du Parti Communiste, aient, à un moment, été des « mal lotis ».

Cela serait aussi le cas des électeurs du Front National. Ils ont cherché à s’éloigner des banlieues difficiles. Malheureusement, ayant peu de moyens ils ont été repoussés dans des zones où la vie est compliquée, notamment parce qu’elles sont loin de tout...

Compléments:

jeudi 12 janvier 2012

Le creuset français : immigration constitutive du modèle français

NOIRIEL, Gérard, Le creuset français, Seuil 2006. Histoire, écrite en 1986, de l’immigration en France.

La notion d’immigration est apparue assez tard, vers 1880, à une époque où être citoyen a commencé à signifier des avantages. (Jusque-là, on était assez indifférent à l’étranger.) Apparaît alors la notion d’identité, les papiers et le processus administratif (kafkaïen) qui va avec.

En fait, la France est, avec les USA, une nation construite sur l’immigration. Cela est, en ce qui nous concerne, une question de résistance au changement. La France a refusé l’industrialisation, et ses emplois ingrats. Elle a voulu demeurer rurale. L’arme de la résistance ? le malthusianisme. La France a concentré ses moyens sur une progéniture volontairement réduite, afin de lui garantir une situation privilégiée. À cela s’est ajouté le pouvoir que lui a donné le droit de vote.

Depuis, l’immigration suit des cycles. En période de croissance, l’entreprise va chercher l’immigré pour remplir l’emploi dont personne ne veut, mais que requiert le changement technologique du moment. Puis c’est la crise. Apparaît alors un discours xénophobe, dont le rite s’est mis au point durant la crise de 1930, et dont la tradition se perpétue depuis sans qu’il corresponde forcément à une préoccupation majeure de la population. L’immigration s’arrête, la dernière vague se stabilise. A son tour, elle va diriger ses enfants vers les meilleurs emplois, créant un nouveau besoin d'immigration.

La France doit à son immigration, qui concerne aussi bien l’agriculture que l’industrie, une grande souplesse, un certain dynamisme, et une main d’œuvre peu coûteuse. En contrepartie elle y a peut-être perdu un stimulant à l’innovation.

Quant au processus d’assimilation, il semble un parcours du combattant. D’ailleurs, beaucoup d’immigrés n’ont fait qu’un passage chez nous. Les immigrés sont amenés par les entreprises et vivent initialement dans des ghettos. Choc culturel : ils traversent brutalement une transition qui nous a demandé des siècles : d’une vie communautaire à une société impersonnelle organisée par une administration bureaucratique. Ce sont les institutions (école, entreprise…) qui assurent leur intégration. Comme aux USA, elle est achevée à la troisième génération. 

lundi 2 janvier 2012

Durkheim et la transformation de notre société

Je n’avais pas bien lu La division du travail social de Durkheim. Son idée est la suivante :
  • Suivant Adam Smith, il y explique que la société moderne est caractérisée par la spécialisation. Si bien que nous sommes tous « organiquement » dépendants les uns des autres.
  • Fin de l’organisation sociale ancienne. Dans laquelle l’homme devait tout à une communauté particulière. Mieux : son histoire ne compte plus, il est avant tout membre d’un réseau.
Ce que je n’avais pas vu est que, s’il en est ainsi, cela élimine les sujets de conflit tels que nationalisme, identité nationale, FN ou immigration.

Est-ce que bien des problèmes actuels ne viendraient pas de ce que certains ont pris cette idée trop au pied de la lettre, et ignorent l'importance de la communauté et du lien social, et que d'autres n'ont pas compris le mouvement des siècles et s'accrochent à une organisation sociale dépassée ?

Compléments :
  • L’idée vient de NOIRIEL, Gérard, Le creuset français, Seuil, 2006.
  • Norbert Elias tente une démonstration pratique de la thèse de Durkheim.
  • Toute la pensée allemande d’avant guerre est l’antithèse de cette idée : elle défend la communauté contre les assauts de la « société » basée sur le contrat. (cf. par exemple, TONNIES Ferdinand, Community and Society, Transaction publishers, 1988.)

mercredi 14 janvier 2009

Le Parti des idées reçues ?

Déclaration d’un dirigeant socialiste au sujet des expulsions d’étrangers en situation illégale par Brice Hortefeux : cela fait plaisir à une partie de l’électorat « proche du Front National ».

Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ? Plus besoin de voter Front National pour représenter le Mal ? Dorénavant, il suffit que l’on puisse être soupçonné de mauvaises intentions pour être passible d’autodafé ?

Mais n’y a-t-il pas quelque chose derrière cette angoisse de l’étranger ? La peur de perdre son travail, ou de ne pas le retrouver, par exemple ? N’était-ce pas sur ce type de peur que jouaient le FN, ou feu le PC (qui promettait de donner au petit capitaliste, le « mal loti », le bien du gros) ? Pourquoi ne pas attaquer la cause plutôt que la conséquence ?

Pourquoi le PS ne comprend-il pas les angoisses du pays ? Leurs raisons ne menacent pas ses membres ? Pourquoi diaboliser une partie, dorénavant indéfinie, de la France, sans autre forme de procès ? Pourquoi ne pas se demander ce qui lui fait peur ?

Le Parti socialiste est-il, comme la Presse, fait de donneurs de leçons ? Qui savent ce qui est le bien et le mal ? Les philosophes de Platon ? Les haut-parleurs du monde des idées, qui n’est accessible qu’à eux ?

Compléments :

jeudi 13 novembre 2008

Discrimination positive : solution à un problème mal posé

J’entends que l’on montre l’élection de Barak Obama en exemple, et que l’on aimerait qu’il y ait plus de représentants de minorités parmi l’élite dirigeante et politique. Des mesures sont réclamées.

Paradoxe. Barak Obama n’a fait l’objet d’aucune discrimination positive, nulle part dans sa vie. Il a fait de brillantes études, parce qu’il était un élève exceptionnel… Et il a été élu, parce qu’il était un candidat exceptionnel. Mauvais argument. Ce qui ne veut pas dire que les minorités n’aient pas besoin d’un coup de pouce. Comment s’y prendre ? Par quota ?

Le quota est une mauvaise solution, parce qu’il déshabille Pierre pour habiller Paul.
La majorité n’est pas homogène. Elle est faite d’une petite élite qui s’auto entretient, et d’une majorité dont la situation est mal assurée. Comme le montre l’exemple américain, c’est cette dernière qui fait les frais de la discrimination positive. Son horizon étant bouché, elle réagit en rejetant ceux qu’à tort elle voit comme la cause des ses maux (les minorités). Et elle tend à aller vers les partis politiques qui semblent l’écouter. Ce sont généralement les partis extrêmes. Le parti communiste a ainsi longtemps été le parti des « mal lotis », c'est-à-dire de petits capitalistes mécontents de leur sort.

Paradoxalement, ce sentiment de société inégalitaire est récent. J’ai passé ma lointaine jeunesse dans le 95. Ma classe de terminale était issue de 3ème génération d’immigrés, ou de 2ème génération de provinciaux venus à Paris (comme les immigrés, le Français était la seconde langue de leurs grands parents). Il y avait des élèves d’origine maghrébine et africaine, et ils étaient promis à des études brillantes. J’avais l’impression que le succès scolaire effaçait la différence. De même qu’aujourd’hui Carlos Ghosn est perçu comme un X-Mines non comme un Libanais.

Ce modèle d’ascenseur social a été démantelé, bien que ses résultats aient été infiniment plus justes que ceux de notre système actuel, les moyens qu’il employait ont été jugés injustes. Il n’est pas possible de le remettre en marche.

Quoi faire ? Poser le problème avant de lui trouver une solution. Ce n’est pas un problème de minorité, mais d’élite. Celle-ci ne se renouvelle plus. Elle s’appauvrit intellectuellement. Elle gère mal le pays, auquel elle ne se sent plus redevable. Et elle bouche tout espoir d’évolution au reste de la population. Elle se donne bonne conscience en offrant ce qui appartient à d’autres pour réparer les injustices les plus criantes (phénomène « Bobo »).

Complément :

jeudi 11 septembre 2008

Parallélisme France USA

La note précédente me ramène à une idée sur laquelle je retombe régulièrement. Les USA et la France se ressemblent étrangement.

Ça m’a frappé lorsque j’ai lu la critique de Christopher Lasch des USA des années 90. On y voyait une société bureaucratique. Comme la France. Dans laquelle les études donnaient le pouvoir. Comme en France. Je n’aurais pas dû être surpris : c’est la thèse des universitaires du management : les USA sont dominés par la grande entreprise qui est une bureaucratie.

Ce livre disait aussi que l’État avait pris en charge ses citoyens, à tel point qu’ils avaient fini par oublier leurs instincts. En quelque sorte, une mère ne pouvait s’occuper de ses enfants sans notice d’instruction. En France aussi, l’État semblait porteur de l’avenir, son école a dissout ses cultures et ses langues locales, uniformisé ses citoyens, qui ont abandonné leurs familles, maintenant inutiles, pour le servir. C’est ce qui est arrivé à ma famille.

Dans les deux cas, lorsque la structure de l’État a faibli, ceux qui y avaient trop cru, se sont trouvés fort dépourvus. Dans les deux cas, l’utilisation judicieuse du système éducatif crée une société de castes : ceux qui ont été à l’université ayant des enfants qui iront à l’université (La France de Dickens?).

Le talon d’Achille des USA est sa production de masse, une technique très particulière, qui a longtemps fait son succès mais qui a été ébranlée par le Lean manufacturing. D’où les difficultés de l’industrie américaine depuis quelques décennies. Quand j’ai fait des recherches pour mon livre « les gestes qui sauvent », j’ai eu la surprise de découvrir que la France avait été, elle aussi convertie à la production de masse :

Histoire de l’industrie en France, de Denis Woronoff (professeur à la Sorbonne, directeur de recherche au CNRS), retrace les changements qu’a subis notre industrie. En particulier les plus récents : en quelques décennies la France a reconstruit une économie qui vivait de ses colonies et avait été anéantie par la guerre. Et cela grâce à un modèle taylorien de la production de masse. Conséquences : un développement de « pays émergent » et l’entrée dans le monde salarié de foules de nouveaux personnels (paysans, femmes, immigrés). Mais aussi « déqualification » du travail et déshumanisation de l’entreprise – d’où la forte participation du monde ouvrier aux manifestations de 1968.

C’est d’autant plus remarquable que le Français a longtemps refusé l’industrie, n’y travaillant qu’à temps partiel, et conservant généralement une activité agricole. C’est pour cela que notre pays n’a pas connu la révolution industrielle anglaise, et que sa classe ouvrière s'est formée tardivement.

Compléments :

  • LASCH, Christopher, The Revolt of the Elites and the Betrayal of Democracy, Norton, 1995.
  • WORONOFF, Denis, Histoire de l’industrie en France du XVIème siècle à nos jours, Le Seuil, 1994.
  • NOIRIEL, Gérard, Les ouvriers dans la société française, Seuil, 2002.
  • GM et Lean manufacturing