Compléments:
- La vie à la campagne galère. Le Monde.
- NOIRIEL, Gérard, Les ouvriers dans la société française, Seuil, 2002
Déclaration d’un dirigeant socialiste au sujet des expulsions d’étrangers en situation illégale par Brice Hortefeux : cela fait plaisir à une partie de l’électorat « proche du Front National ».
Qui veut noyer son chien l’accuse de la rage ? Plus besoin de voter Front National pour représenter le Mal ? Dorénavant, il suffit que l’on puisse être soupçonné de mauvaises intentions pour être passible d’autodafé ?
Mais n’y a-t-il pas quelque chose derrière cette angoisse de l’étranger ? La peur de perdre son travail, ou de ne pas le retrouver, par exemple ? N’était-ce pas sur ce type de peur que jouaient le FN, ou feu le PC (qui promettait de donner au petit capitaliste, le « mal loti », le bien du gros) ? Pourquoi ne pas attaquer la cause plutôt que la conséquence ?
Pourquoi le PS ne comprend-il pas les angoisses du pays ? Leurs raisons ne menacent pas ses membres ? Pourquoi diaboliser une partie, dorénavant indéfinie, de la France, sans autre forme de procès ? Pourquoi ne pas se demander ce qui lui fait peur ?
Le Parti socialiste est-il, comme la Presse, fait de donneurs de leçons ? Qui savent ce qui est le bien et le mal ? Les philosophes de Platon ? Les haut-parleurs du monde des idées, qui n’est accessible qu’à eux ?
Compléments :
La note précédente me ramène à une idée sur laquelle je retombe régulièrement. Les USA et la France se ressemblent étrangement.
Ça m’a frappé lorsque j’ai lu la critique de Christopher Lasch des USA des années 90. On y voyait une société bureaucratique. Comme la France. Dans laquelle les études donnaient le pouvoir. Comme en France. Je n’aurais pas dû être surpris : c’est la thèse des universitaires du management : les USA sont dominés par la grande entreprise qui est une bureaucratie.
Ce livre disait aussi que l’État avait pris en charge ses citoyens, à tel point qu’ils avaient fini par oublier leurs instincts. En quelque sorte, une mère ne pouvait s’occuper de ses enfants sans notice d’instruction. En France aussi, l’État semblait porteur de l’avenir, son école a dissout ses cultures et ses langues locales, uniformisé ses citoyens, qui ont abandonné leurs familles, maintenant inutiles, pour le servir. C’est ce qui est arrivé à ma famille.
Dans les deux cas, lorsque la structure de l’État a faibli, ceux qui y avaient trop cru, se sont trouvés fort dépourvus. Dans les deux cas, l’utilisation judicieuse du système éducatif crée une société de castes : ceux qui ont été à l’université ayant des enfants qui iront à l’université (La France de Dickens?).
Le talon d’Achille des USA est sa production de masse, une technique très particulière, qui a longtemps fait son succès mais qui a été ébranlée par le Lean manufacturing. D’où les difficultés de l’industrie américaine depuis quelques décennies. Quand j’ai fait des recherches pour mon livre « les gestes qui sauvent », j’ai eu la surprise de découvrir que la France avait été, elle aussi convertie à la production de masse :
Histoire de l’industrie en France, de Denis Woronoff (professeur à la Sorbonne, directeur de recherche au CNRS), retrace les changements qu’a subis notre industrie. En particulier les plus récents : en quelques décennies la France a reconstruit une économie qui vivait de ses colonies et avait été anéantie par la guerre. Et cela grâce à un modèle taylorien de la production de masse. Conséquences : un développement de « pays émergent » et l’entrée dans le monde salarié de foules de nouveaux personnels (paysans, femmes, immigrés). Mais aussi « déqualification » du travail et déshumanisation de l’entreprise – d’où la forte participation du monde ouvrier aux manifestations de 1968.
C’est d’autant plus remarquable que le Français a longtemps refusé l’industrie, n’y travaillant qu’à temps partiel, et conservant généralement une activité agricole. C’est pour cela que notre pays n’a pas connu la révolution industrielle anglaise, et que sa classe ouvrière s'est formée tardivement.
Compléments :