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mardi 2 avril 2019

Serge Tchuruk

Huawei fait penser à Serge Tchuruk, le dirigeant d'Alcatel. Serge Tchuruk est probablement l'exemple même de ce que provoque la technocratie française lorsqu'elle dirige une entreprise. Dans un secteur qui a produit Apple, Foxconn, et Huawei. Alcatel est allé, de manière extraordinairement déterminée, exactement à contre-courant, jusqu'au naufrage. Idéal-type du cercle vicieux systémique.

Le plus intéressant, ici, est la question de la responsabilité. Imaginons que vous ayez été un des employés d'Alcatel victimes de cette stratégie. Vous auriez peut-être vécu des moments difficiles, mais vous auriez votre conscience pour vous. Et, surtout, si vous êtes parvenu à retrouver une situation, vous avez le sentiment d'avoir vécu une aventure. Vous êtes fier de vous. Mais, qu'il doit être désagréable de vivre, à perpétuité, dans la peau du capitaine qui est allé droit sur l'iceberg !

mardi 17 juillet 2018

Faire fortune dans l'électronique

Bientôt, il n'y aura plus que Foxconn et Amazon, me disait un ami. Une entreprise qui fabrique, et l'autre qui distribue.

Il y a quelques décennies, le dirigeant d'Alcatel se défaisait de ses sites de production. Alcatel a disparu, tué par la concurrence chinoise. Jamais les entreprises de fabrication d'électronique n'ont été aussi fortes. D'ailleurs, me disait cet ami, ce qui a fait la fortune des beaucoup d'entrepreneurs du secteur c'est d'avoir repris, à vil prix, les usines d'Alcatel et de ses collègues. Même phénomène que celui qui a enrichi les oligarques russes.

Car Alcatel n'a pas été original. Il était à la mode à l'époque, partout, de la pharmacie à l'automobile, en passant par le pétrole, de se débarrasser de sa production, pour la confier à des sous-traitants. Il y avait toute une théorie qui allait avec.

Si l'on a quelque chose à reprocher à quelqu'un, c'est peut-être à notre Education nationale. Elle fait croire à son élite qu'elle a une pensée originale, alors qu'elle n'est qu'un mouton ?

mardi 1 septembre 2015

Alcatel ou le nécessaire changement du dirigeant français ?

Et si j'avais eu raison ? J'ai soupçonné que le dirigeant d'Alcatel avait vendu la société faute de savoir comment la redresser. Aujourd'hui, il en part. L'affaire révèle, au passage, un effet pervers des stock options. Une vente d'entreprise conduit mécaniquement à une augmentation radicale du prix de l'action. Le dirigeant, rémunéré en actions, a tout à gagner à vendre sa société. C'est aussi l'intérêt des actionnaires. Est-ce celui de l'entreprise ? Et, plus largement, de la société ? 

Cette histoire soulève surtout la question de notre modèle français d'administration des grandes entreprises. Le dirigeant d'Alcatel appartenait au corps des télécommunications. C'est un corps de hauts fonctionnaires auquel on a, principalement, accès à la sortie de polytechnique. Toutes nos grandes entreprises sont dirigées par de tels hauts fonctionnaires. Cela nous vient de l'après guerre, et aurait été conçu sous Vichy. En ces temps, l'Etat planifiait l'évolution de la France, et le haut fonctionnaire mettait en oeuvre ce plan. C'était un exécutant. Un des objectifs de l'époque était le plein emploi. La planification a disparu, pas le haut fonctionnaire. Curieusement, comme on le reproche aujourd'hui au dirigeant d'Alcatel, il semble avoir changé de façon de faire : il n'assure plus le plein emploi, mais il licencie. Il pense que l'entrepreneuriat consiste à réduire des coûts. 

Comment ce modèle peut-il changer ? Faut-il brûler le haut fonctionnaire en place publique ? Mais lui trouverait-on un remplaçant ? Partout notre système privilégie le manager, l'exécutant, par rapport au leader, celui qui, par définition, sait réussir le changement. La transformation de notre modèle national ne semble, donc, pas pouvoir se faire par miracle. Par remplacement de quelques brebis galeuses. Surtout, pour bien diriger une entreprise il faut de l'expérience. Seuls les hauts fonctionnaires ont pu l'acquérir. 
La sélection naturelle semble notre dernier espoir. De hauts fonctionnaires peuvent se révéler des leaders, et réussir. Leur exemple sera imité. Plus vraisemblablement, le démantèlement de nos grandes entreprises pourrait laisser la place à des PME emmenées par de vrais patrons. En espérant que les dîtes grandes entreprises ne partent pas avec le savoir-faire qui permet de créer les petites... 

dimanche 19 avril 2015

Alcatel sacrifié ?

Pourquoi le gouvernement se réjouit-il de voir Alcatel absorbé par Nokia alors qu'il ne veut pas que l'on touche à Dailymotion, dit, comme beaucoup, The Economist. L'un n'est-il pas une pépite de savoir-faire et l'autre une bulle d'air ?, a-t-on envie d'ajouter. 

Notre gouvernement vit peu-être une histoire d'amour avec la Silicon Valley, mais il est aussi possible qu'Alacatel ait été dans un état désespéré. Il fallait s'en débarrasser à tout prix ? Mais Nokia va-t-il si bien que cela ? 

(Le dirigeant d'Alcatel, qui, avec M.Montebourg, fait aussi la promotion d'une SSII, va-t-il rester dans le nouveau groupe ? Si oui, il pourrait avoir eu la tentation de brader sa société, si l'on en croit des travaux faits sur ce type de situation.)

mardi 14 avril 2015

Nokia absorbe Alcatel

Nokia achèterait Alcatel. L'idée serait d'être, avec Huawei et Ericsson, un des trois acteurs dominants du marché mondial. L'acquisition d'Alcatel marquerait le redressement de Nokia, mais aussi le succès de sa stratégie.
So far the Finnish company’s gamble on telecoms equipment is paying off. For the third quarter of last year it reported its first year-on-year sales increase in more than three years.(FT)
Pechiney, Arcelor, Alstom, Alcatel, Lafarge ? Les grandes entreprises françaises disparaissent les unes après les autres. A moyen terme cela va poser la question d'un transfert à l'étranger d'un savoir-faire qui a demandé des siècles pour se construire, et du vide qu'il va laisser. A court terme cela pose la question de leur management, et des options qu'ont choisies l'Etat et ses représentants. Ainsi que la qualité de ces derniers : car ils semblent avoir été surclassés par leurs collègues étrangers.

(En attendant, le gouvernement ne se dit soucieux que des quelques milliers de personnes qu'Alcatel emploie en France...)

lundi 24 juin 2013

Monde agité

Quelques nouvelles du monde et de l’économie.
Nouveau président iranien. Apparemment, c’est la même chose, mais à visage humain. Manifestations au Brésil. « Les marches sont un signe que (les Brésiliens) découvrent qu’ils paient des impôts et qu’ils méritent des services publics corrects, et pas uniquement des stades flambant neufs. » En Afghanistan rien ne va plus. Un équilibre peut-il être trouvé entre les forces en présence ? À savoir l’armée afghane, les Talibans basés au Pakistan, les résistants locaux, les combattants venus de l’extérieur, et l’aide américaine. Au Baloutchistan voisin, le terrorisme fait rage. Histoire compliquée entre Sunnites, Chiites et généraux.  En Syrie, M.Obama ne veut pas intervenir, mais il a la main dans l’engrenage. En Afrique, il semble suivre une politique discrète, mais judicieuse, contrairement à celle de M.Bush, qui tendait à s’enflammer pour des régimes peu recommandables. Le premier ministre turc a choisi la confrontation, avec son peuple et le reste du monde. Mais la démocratie pourrait avoir gagné, tout de même. L’économie russe aurait vécu de ses acquis, dévaluation et sous capacité. Elle s’essouffle faute d’investissements. L’Angleterre tente « un changement radical de la culture bancaire » : la criminalisation des fautes de management. The Economist craint pour l’avenir de la City. Par ailleurs, les Polonais reprochent à l’Angleterre la légèreté de son attitude vis-à-vis de l’Europe. Dommage. A l’opposé de la position française, ils étaient ses alliés naturels. M.Barroso, en dépit de ses louables convictions libres échangistes, s’est mis trop de monde à dos pour pouvoir continuer à diriger la commission européenne. Réforme des retraites, en France. M.Hollande avance lentement et prudemment. Curieusement The Economist trouve que c’est un vice quant il s’agit de lui, et une qualité quand cela concerne Mme Merkel.

Les « attaques par déni de service » sont en croissance sur Internet. Une des causes en serait la faible protection des serveurs, qui peuvent ainsi être utilisés par les pirates pour relayer leur offensive. Le groupe Murdoch a survécu aux scandales anglais et s’est enrichi. Par ailleurs, les groupes de presse mondiaux se débarrassent de leurs acquisitions exotiques pour se concentrer sur ce qui a les meilleures perspectives. (Le câble aurait le vent en poupe.) Alcatel (dont le prix de l’action a baissé de 86% depuis 2006) suivrait l’exemple de ses concurrents, et se spécialiserait dans le transport de données à haut débit. Les transformations à faire sont douloureuses. Les licenciements devraient être massifs. « La souffrance est loin d’être finie. » Les cimentiers vont mieux, le marché est bon, et ils ont fini par absorber les malencontreuses acquisitions qu’ils avaient faites. Mais ça ne devrait pas durer. En Italie, l’industrie de la mode pourrait disparaître, faute de travailleurs qualifiés. Le G8 s’en prend à l’évasion fiscale. Mais, vue l’importance qu’a pris le phénomène, l’exercice est difficile. Les économistes découvrent qu’ils ne peuvent pas négliger l’influence, colossale, des très grandes entreprises dans leurs calculs.

Finalement, ce serait la guerre avec le Japon, plus que l’invasion occidentale, qui aurait réveillé la Chine. 

lundi 24 décembre 2012

2013 (et quelques suivantes), année système D

Curieux que l’on ne parle pas de ses grandes entreprises. Or, leurs difficultés racontent une toute autre histoire que celle du « choc de compétitivité ».

L’automobile, dont nous avons été un des pionniers mondiaux, pourrait bien être rayée de notre territoire. Alcatel est à la limite du dépôt de bilan. Air France et Veolia sont-ils en très bonne santé ? Quid de l’industrie des télécoms, depuis la quasi faillite de FT : dynamique et conquérante ? Et l’assurance ? Et Carrefour ?...

Avez-vous envie d’acheter une voiture française ? Ces entreprises internationales, pour la plupart, ont mal fait leur métier. Et pour une raison qui paraît bien être un vent de folie libérale. Autrement dit, croire que l’on pouvait dépenser sans créer. N’est-ce pas ainsi qu’il faut lire le succès des déréglementations des années 90 (FT ? SFR ?...) ? La stratégie d’Alcatel ? Et celle de Carrefour, miné par des activistes ?...  D’ailleurs, si elles tiennent encore, est-ce en dépit de la France, ou grâce à elle ? Ne se nourrissent-elles pas quelque peu de leur monopole local ? Ne peuvent-elles pas compter sur notre gouvernement en cas de faillite ? La France n’est pas une exception : comme ailleurs, les bénéfices y ont été privatisés, et les pertes socialisées. D’ailleurs, l’Etat fut aussi victime de l’irrationnelle exubérance du moment. Il a dépensé sans compter.

Morale de l’histoire ? « Travaillez, prenez de la peine… ». La Fontaine plutôt que Gallois. La formule miracle, c'est fini. On va devoir reconstruire ce que l’on a, mais sans moyens. Avec la menace permanente de l’effondrement d’une multinationale, et de sa récupération par l’Etat. Avec dégradation corrélative de ses comptes. Et accélération du cercle vicieux de la rigueur.

Bref, il va falloir faire des exploits avec des bouts de ficelles. Après le libéralisme anglo-saxon, le système D français ?

mercredi 13 mai 2009

The digital home

Deux dirigeants d’Orange et de Thomson viennent parler au Club Télécom du numérique à la maison. Réflexions (pas forcément liées à ce qu’ont dit les intervenants) :

  • Ce que veut le marché c’est le « contenu » (informations, films…), or il ne veut pas payer pour. Ce pourquoi il paie est ce qui ne l’intéresse pas : le terminal ou le tuyau. Ces derniers ont réussi un extraordinaire hold up : ils nous ont convaincu que ce que devaient faire les premiers était gratuit. Aujourd’hui, ils sont mal à l’aise : si les fournisseurs de contenu crèvent, que faire ? Investir dans un contenu privé, comme le fait Orange ? J’en doute : ce sera toujours une infime partie du trafic. Faire donner le gouvernement pour qu’il nous force, désormais, à payer pour le contenu que nous utilisons (Hadopi) ? Je ne crois pas qu’il y ait de bonnes solutions. Nous sommes dans un temps de troubles. Ceux qui ont semé le vent vont récolter la tempête (et nous avec). Je leur conseille de lire mon billet sur ce sujet.
  • Contrairement à Schumpeter, je ne crois pas que l’entreprise bureaucratique soit fatalement douée pour l’innovation. Il existe des entreprises qui le sont, comme Bosch (et probablement l’industrie allemande) ou Apple. La plupart des autres (les opérateurs de télécoms, les constructeurs automobiles) ne font qu’exploiter un quasi-monopole. Certes elles se renouvellent (voix sur IP, téléphonie mobile…), mais en se copiant les unes les autres. La logique de ce modèle est grégaire. Par contre, il est dangereux de changer de métier ou de se tromper de modèle : de se penser innovateur quand on est monopole (Alcatel, qui a vendu ses usines, et Thomson, qui a vendu télévisions et écrans).

Compléments :

  • L’histoire d’Internet et de la gratuité : Hadopi bis

samedi 4 avril 2009

Téléphone chinois

Faut-il se méfier des Chinois quand ils font des cadeaux ?

Le gouvernement chinois ou ses partisans auraient infiltré plus d’un millier de PC, A Chinese ghost in the machine? se demande si l’Angleterre a bien fait de confier son système téléphonique à Huawei.

Remarques :

  • Des amis, travaillant pour Alcatel, me disent que cette société fait des prix tellement faibles qu’aucun concurrent ne sait s’aligner. Il se confirme que l’Angleterre n’a pas peur d’aller au moins disant.
  • Ils me disent aussi qu’ils soupçonnent que l’état chinois subventionne son champion. Si la thèse de l’article est juste, il serait plus correct de penser qu’il a plusieurs clients, l’Angleterre d’une part, ses services secrets de l’autre, et qu’il fait profiter chacun des économies réalisées du fait de l'effet d'échelle. Habile.

Compléments :

lundi 15 septembre 2008

Tirer le meilleur des dangers de l’innovation

J’ai entraperçu sur le Blog de Bertrand Duperrin une intéressante réflexion sur Twitter, une application Web2.0 utilisée par les jeunes cadres branchés. Il estime que l'entreprise devrait faire quelques expériences avec Twitter pour voir s’il ne pourrait pas en sortir ce que la Bulle Internet appelait un usage intéressant. Il soulève habilement une (la ?) question capitale pour l’entreprise :

L’économiste Joseph Schumpeter a fait observer que le moteur du capitalisme était l’innovation, et qu’elle avait pour conséquence la « destruction créatrice » : elle forçait l’entreprise à se transformer pour ne pas disparaître (Amazon et Destruction Créatrice). C’est la raison pour laquelle il pensait que l’avenir du monde serait une sorte de communisme. Seuls les monopoles peuvent survivre aux crises du capitalisme. Les monopoles finiraient par se réunir. Mais monopole ne veut pas dire inefficacité : la destruction créatrice les oblige à rester vifs.

L’innovation est donc, fondamentalement, un danger pour l’entreprise. Non seulement parce qu’elle menace celui qui ne l’adopte pas, mais aussi parce qu’elle fait perdre la tête à beaucoup. Elle leur fait anticiper des bénéfices qui ne sont pas au coin de la rue. Ce dont profitent quelques aventuriers à la recherche d’une fortune rapide. La Bulle Internet en a été la démonstration. Sans même évoquer la nuée de start up ou Worldcom, de très grandes entreprises comme France Télécom, Vivendi ou Alcatel ont vécu un épisode « d’exubérance irrationnelle » désastreux. La France est parfois sensible à la folie. Mais généralement totalement fermée à l’innovation (Amélie Faure, France et innovation). Ce qui est dangereux. Comment la guérir ?

En expérimentant. Par exemple, en dédiant ce que j’ai appelé des « Instituts Pasteur » à la veille et à l’analyse de l’innovation (Institut Pasteur et innovation). Leur but étant, avant tout, d’essayer de tirer le maximum de l’idée. Si elle ne tient pas : elle n’était pas bonne. Et si le marché ne se développe pas immédiatement ? On aura acquis un savoir qui permettra de l’exploiter le jour où il sera mûr (c’est la stratégie dite de « l’option » - Se diriger dans l’incertain).

Pour un aperçu de la folie Internet : CASSIDY, John, Dot.con: How America Lost Its Mind and Money in the Internet Era, Harper Perennial, 2003.

mardi 9 septembre 2008

Alcatel, notre Dell

Un ami consultant me fait remarquer qu’Alcatel, dont on annonce la nouvelle équipe dirigeante cette semaine, a fait ce que je reproche à Dell (Dell, vie et mort) : fermeture de ses usines.
Plus que du service (projets de télécommunication). Et 3 révélations :

  1. Un avantage concurrentiel qui ne crève pas les yeux du client. Guerre de prix.
  2. La main d’œuvre prend une part déterminante dans le prix des services d’Alcatel. Avantage aux pays en développement.
  3. On travaille plus efficacement dans une entreprise de sa nationalité, délocaliser ne gomme pas les différentiels de coûts…
Erreur stratégique ? Pas forcément. J’ai dit que Dassault Aviation était étonnamment performante. Pourquoi ? Parce que Marcel Dassault avait compris ce qu’était un avion, ce qu’il fallait pour le construire. Et c’est pourquoi, par exemple, à 94 ans ses remarques portaient encore juste. Par contraste si le manager ne comprend pas son entreprise. Que peut-il en tirer ?