dimanche 5 avril 2009

François Bayrou

M. Bayrou : "On conduit la France vers un modèle qui n'est pas le sien"

M.Bayrou affirme que la politique du président de la République s’en prend aux valeurs fondamentales de notre société, et que son entrée dans l’OTAN est une erreur.

J’ai du mal à comprendre quelle est l’influence qu’une France, petite et isolée, peut avoir sur la politique mondiale. Depuis quelques années, elle ne fait que s’agiter et se ridiculiser. Le coq gaulois dans ce qu’il a de plus stupide.

D’ailleurs, ce n’était probablement pas ce que voulait de Gaulle, qu’il est bon de citer en de pareilles circonstances. Il pensait que la France était porteuse d’un message universel, et, par conséquent, qu’il était bon pour la planète qu’elle ne l’oublie pas.

Or, la France a-t-elle encore quelque chose à dire ? Elle ne sait plus à quoi elle croit. Mais accuser le président de la République de néoconservatisme est oublier qu’il a seulement accéléré et projeté au grand jour un mouvement sournois de « libéralisation » vieux de plusieurs décennies.

À ce sujet, je viens d’entendre Henri Guaino, sur RFI. Parlant de l’Europe, il s’en prenait à la croyance selon laquelle le marché pouvait tout régler, de lui-même, sans aucune intervention humaine, sans projet politique, par la simple concurrence. Les réformes que mène le gouvernement, apparentes applications de ces principes, pourront-elles continuer sur la même lancée après de tels propos, me suis-je demandé ?

Compléments :

Sommet du G20 (suite)

Ce que veut faire le G20 est un changement : remettre l’économie en fonctionnement. Que dirait mon expérience si elle voulait s’y appliquer ?
  • Point essentiel : il faut contrôler le changement. Condition nécessaire : écoute de l’organisation, en empathie, sans a priori. Pour le moment, c’est le cas. C’est à la fois remarquable et exceptionnel.
  • Ainsi, on aperçoit l’émergence de difficultés, au coup par coup. Il faut alors les traiter efficacement. Ici, il y a divergence entre Anglo-saxons et Allemands. Les premiers, s’appuyant sur l’expérience de précédentes crises, estiment qu’il faut une relance brutale (dont seuls ils n’ont plus les moyens). L’Allemagne est prudente. Les deux camps ont des arguments solides.
Je penche du côté allemand :
  • Il peut être dangereux de gaspiller toutes ses cartouches d’un coup. J’ai observé qu’il fallait généralement s’y reprendre à plusieurs fois pour réussir. En outre, à frapper trop fort on risque un contrecoup (hyperinflation). Et il est difficile de faire la moindre prévision en économie, trop de paramètres changent d'une crise à l'autre.
  • Surtout, mon expérience me fait croire que les mesures « macroéconomiques » sont peu efficaces, inutilement coûteuses, et, surtout, que leurs conséquences sont difficilement prévisibles. Ce qui est efficace est une intervention directe sur la partie des règles de la société qui causent son dysfonctionnement. Et c’est bon marché. En fait, je ne suis pas le seul de ce point de vue. L’économiste John Galbraith semble dire quelque chose de semblable dans L’économie en perspective : il faut faire sauter la barrière (que l'on doit à Keynes) entre micro et macro économie, car les mesures macro économiques sont impuissantes pour réparer les grands problèmes de la société (exemple le chômage) dont les causes sont micro économiques, et se trouvent dans le comportement de l’homme ou du groupe humain, qui n’est pas celui que lui prête l’économiste classique.
Compléments :

samedi 4 avril 2009

Téléphone chinois

Faut-il se méfier des Chinois quand ils font des cadeaux ?

Le gouvernement chinois ou ses partisans auraient infiltré plus d’un millier de PC, A Chinese ghost in the machine? se demande si l’Angleterre a bien fait de confier son système téléphonique à Huawei.

Remarques :

  • Des amis, travaillant pour Alcatel, me disent que cette société fait des prix tellement faibles qu’aucun concurrent ne sait s’aligner. Il se confirme que l’Angleterre n’a pas peur d’aller au moins disant.
  • Ils me disent aussi qu’ils soupçonnent que l’état chinois subventionne son champion. Si la thèse de l’article est juste, il serait plus correct de penser qu’il a plusieurs clients, l’Angleterre d’une part, ses services secrets de l’autre, et qu’il fait profiter chacun des économies réalisées du fait de l'effet d'échelle. Habile.

Compléments :

De l’inefficacité de la répression

Enseignement à tirer de l’exemple américain (A nation of jailbirds) ?

  • « moins de 5% de la population mondiale, plus de 25% de ses prisonniers »
  • « deux tiers des anciens prisonniers sont arrêtés dans les 3 années qui suivent leur libération », les enfants de prisonniers « ont 6 fois plus de chances que leurs pairs de finir en prison ».
  • Les prisonniers perdent leur droit de vote : si bien que 2% des blancs et 14% des noirs en sont privés.
  • Les USA auraient eu longtemps le même taux d’incarcération que le reste du monde (un pour mille), avant qu’il ne décolle (quand ? avant 1985, en tout cas). La lutte contre la drogue aurait « fait passer l’industrie de l’incarcération en surmultipliée » (500.000 personnes, dont trois quarts de noirs).
  • Un sénateur tenterait de s’opposer au mouvement mais il fait face au « complexe pénitentiaro-industriel (…) qui emploie des milliers de personnes et des armées de lobbyistes ».

Complément :

Paradis fiscaux

Albion moins perfide que je ne le pensais ? Ce que je retiens de Sinking assets :

  • Il se confirme (Des paradis fiscaux) que l’Angleterre grouille de paradis fiscaux : Jersey et Guernesey, l’Ile de Man (pas d’impôt sur les sociétés non financières), « les iles Caïman, par exemple, abritent plus de la moitié des hedge funds non domiciliés dans leur pays d’origine ».
  • En fait, le gouvernement anglais, contrairement à ce que je croyais, va sévir : il profite du mécontentement général pour mettre la main sur l’argent qui lui échappait. « Le ministère des finances envisage d’introduire un code « volontaire » qui demanderait aux banques d’obéir l’esprit autant que la lettre du code des impôts ».

Compléments :

  • Mon diagnostic erroné : Phénix anglais.
  • Obéir à l’esprit d’une loi : risque d’un dangereux précédent, l’Angleterre va-t-elle perdre son âme (Perfide Albion) ?

Inégalités

The Economist (The rich under attack) veut plus d’égalité :

  • « les 0.1% Américains les plus riches gagnaient 20 fois le revenu des 90% les moins riches en 1979, et 77 fois en 2006 ».
  • Résumé des reproches faits à ceux qui se sont enrichis : « les courtiers et les gestionnaires de fonds se sont enrichis énormément en spéculant avec l’argent des autres, mais quand ils ont eu des difficultés, la maison mère, le client et finalement le contribuable ont du payer l’addition » ; « les banquiers et les gestionnaires de fonds ne font rien d’utile (ils) ne font que déplacer l’argent dans le système dans leur seul intérêt (…) au fur et à mesure que la finance grossissait, les banques devenaient de plus en plus grosses – trop grosses pour une faillite, si bien que quand elles ont vacillé, les contribuables ont dû les soutenir ».
  • L’augmentation des impôts est inévitable, compte-tenu des déficits nécessaires à la relance.
  • Inutile de décapiter les riches : leur fortune venait essentiellement de l’exploitation de failles dans le système, que les mesures qui sont actuellement prises vont combler...

Dépression

D’après Be bold le prochain risque est celui d’une dépression :

Logique : vue l’explosion du chômage, le nombre de consommateurs diminue. Il faudrait une action « rapide et décisive des gouvernements ». Les plans actuels seraient insuffisants.

D’ordinaire les économistes nous expliquent que les crises permettent à l’économie de se réorganiser, et qu’une intervention directe (empêcher le licenciement) est, par conséquent, inefficace. Cependant beaucoup d’entreprises disent (l’automobile, l’acier…) qu’elles embaucheront de nouveau quand tout ira bien. Elles seront donc toujours là. D’où le paradoxe : en s’allégeant de leur personnel, elles risquent de déclencher une récession qui les coulera.

vendredi 3 avril 2009

Sommet du G20

Parmi les sujets évoqués durant sa préparation :

  • Régulation mondiale. On en parle beaucoup mais y a-t-il eu des décisions concrètes (« dans les circonstances actuelles il serait inapproprié de les promulguer avant que le rétablissement ne soit solide ») ?
  • Plan de relance mondial. Ceux qui le voulaient (USA, Angleterre) n’en avaient pas les moyens, et ceux qui le pouvaient (Allemagne), avaient peur d’un départ d’inflation. Ces derniers ont gagné.
  • Protectionnisme. Outre des déclarations de bonnes intentions, il y aurait eu accord pour un mécanisme de financement du crédit client (« la plus grande menace au commerce n’est pas le protectionnisme explicite, mais le protectionnisme financier – l’assèchement du crédit client qui finance jusqu’à 90% du commerce mondial »).
  • Endettement de l'Europe de l'est. Important financement pour les pays en développement. Donc en partie pour les pays de l’est, dont la demande, une fois remise en état, pourrait tirer l’économie mondiale. (Et les pays pauvres ?)

Il semble qu’il y ait eu volonté d’unanimité, et que, de ce fait, les plus décidés aient fait passer leurs idées, du moins dans le communiqué final. Mais croyait-on fermement à ce qui a été abandonné ?

Processus efficace (les problèmes ont été identifiés, des solutions leur ont été apportées après débat - exemple d'ordinateur social ?), ou déficit d’idées ?

Compléments :

jeudi 2 avril 2009

Le nucléaire : ne pas se précipiter

Suite d'enquête sur le nucléaire. Une étude américaine apporte un éclairage nouveau au dossier.

Elle semble dire que les centrales nucléaires n’auront pas un impact majeur sur les émissions de CO2 dans les 20 prochaines années. En effet, elles sont longues et coûteuses à construire, longues à raccorder au réseau (10 ans !), elles demandent des fonds (attention à la crise) et un savoir-faire que peu de pays ont… Curieusement la part de l’énergie nucléaire dans la production globale devrait se réduire de 15 à 10% d’ici 2030. En attendant, il serait utile de régler les problèmes de sécurité que pose encore le nucléaire.

Il semblerait, qu’au moins aux USA, on soit passé très près de gros incidents ces dernières années. En particulier pour des raisons de négligence (une « réticence des employés (…) à signaler les problèmes de sécurité »). L'histoire de ces incidents ressemble à ceux de désastres tels que la chute d’une navette spatiale ou l’explosion d’une centrale de BP, 2 cas dans lesquels les enquêteurs ont incriminé la culture de l’organisation (plus favorable à la réduction de coûts qu’à la protection de la vie humaine).

Le nucléaire ne serait-il pas à mettre entre toutes les mains ?

Compléments :

  • Mon livre « transformer les organisations » sur BP et Columbia :

Rapport (août 2003) de la commission d’enquête sur l’accident de la navette spatiale américaine Columbia (février 2003) : « la culture de la NASA est autant en cause dans l’accident que l’isolant (le défaut à l’origine de la catastrophe) », une culture qui, face à des objectifs contradictoires, de coûts, de délais et de sécurité, fait des choix malheureux.

Une déclaration du responsable de l’enquête sur l’explosion d’une raffinerie pétrolière texane de la compagnie BP (15 morts, 180 blessés) : « plus l’enquête avançait et plus nous étions terrifiés de découvrir qu’une telle culture puisse exister chez BP », une culture financière qui s’intéresse peu à la sécurité des hommes.

mercredi 1 avril 2009

Gestion des banques

Une étude de 21 grandes banques montre qu’elles ont vécu dangereusement :

  • Elles ont levé une masse de dettes (1640 milliards$ sur 8 ans) et ont acheté leurs actions.
  • Elles ont aussi distribué énormément de dividendes : 400md$ (un tiers de leur valeur en 2007), y compris récemment. « Il est peut-être difficile de le croire, mais les banques ont à peine diminué leurs dividendes dans les 15 premiers mois de la pire crise depuis la Grande dépression ». « Pour les banques qui anticipaient des pertes, les dividendes étaient payés aux actionnaires au détriment des créditeurs (y compris les contribuables qui finançaient le sauvetage). C’est un pur transfert, en violation de la priorité de la dette sur le capital. » Cela aurait été permis par l’inertie des règles comptables qui s’appliquent aux banques, et qui n’ont pas immédiatement montré la détérioration de leur situation.
  • Finalement, elles auraient tardé à se recapitaliser (jusqu’à ce qu’il soit trop tard) pour éviter de diluer l’actionnariat existant, en premier lieu les dirigeants de la société.

Ce comportement est bizarre parce qu’il ne correspond pas du tout à celui de quelqu'un qui veut sauver son entreprise (ou même au comportement du particulier, qui économise en période difficile). Mais on y trouve deux grandes idées que l’on enseigne en classe d’économie comme une vérité révélée :

  • Tout l’argent qui ne « sert à rien » à l’entreprise doit être donné au marché. Il sait mieux l’exploiter qu’elle.
  • Pour éviter que les dirigeants ne volent les actionnaires, il faut qu’ils partagent les mêmes intérêts, d'où distribution d'actions aux dirigeants. Plus ils en auront, plus honnêtes ils seront.

Ce qui est étonnant est que tout s’est passé comme s’il y avait eu manipulation des règles que nous suivons tous aveuglément (en particulier de celles de la « science » économique), de façon à ce qu’une petite partie de la population puisse dépecer les entreprises, avec notre approbation.

Peut-être que l’appât du gain est tel que l’intérêt tord la raison dans le sens qui lui convient ? Cela ressemble à ce que dit Galbraith du crash de 29 (Crash de 29 : mécanisme) : une sorte de folie collective.

Compléments :