samedi 4 juillet 2009

Good morning England

J’ai profité de la fête du cinéma pour m’extraire de mon blog et des salles d’art et essai que je fréquente d’habitude. Premier dans la série des films à 3€ : Good morning England (traduction française de The Boat that Rocked).

Il m’a réconcilié avec la musique de la fin des années 60. Replacée dans le contexte de l’époque, j’ai compris qu’elle était le signal d’une libération d’un monde rigide, pesant, et constipé, matérialisé par la BBC, et l'Etat socialiste anglais. Surprenant à quel point la musique est liée à la société : chaque étape de l’évolution sociale a ses états d’âme et la musique qui les traduit.

Plus intéressant, pour moi, est ce que l’on entraperçoit. Les radios pirates ne vivaient que grâce à la publicité. De même que les missionnaires et les explorateurs ont été les précurseurs des colons occidentaux, les gentils héros du film, les groupes de rock et de pop qu’ils défendent, amènent dans leurs bagages la publicité (la propagande moderne, celle qui nous fait à l’image de la production de nos usines). C’est probablement pour cela que je n’aime pas cette musique de mon enfance : dans mon esprit les Beatles sont associés au matraquage publicitaire.

Paradoxe de 68 ? Victoire d’un individualisme forcené qui a amené avec lui le « big business », le tout marché, aujourd’hui en crise ?

vendredi 3 juillet 2009

Prix du pétrole et spéculation

On s’en doutait, mais il semble bien que la spéculation ait un effet énorme sur le prix des matières premières :

Un trader vient d’être pris la main dans le sac. À lui tout seul, il a fait monter le prix du baril de 2,5$ (de l’ordre de 3% à 4%), en une heure. Plus intéressant : il a déclenché un mini mouvement de spéculation dont l’effet total plus que double le sien (10%?).

Il y a peut-être ici un mécanisme déjà décrit par Galbraith au sujet de la crise de 29, et qui pourrait expliquer la rationalité des mouvements spéculatifs : lorsque les traders sont à l’affut d’une évolution du marché, celui qui arrive à la déclencher profite magnifiquement, s’il vend au sommet de la mini-bulle, du mouvement qu’il a lancé.

Compléments :

Les bloggers sont sympas

« Ce n’est probablement pas une coïncidence si tous les bloggers que j’ai rencontrés sont des gens extraordinairement gentils ». Un blogger des origines fait un point sur l’évolution de la profession :

  • La mode du blog c’est fini, plus d’espoir de gloire, de succès rapide et immense. Le blog est devenu une affaire de niche, de spécialité, de petites communautés retranchées. On ne lit plus les blogs des autres, on ne leur fait plus référence… Rédiger un blog impose une cadence inhumaine : les bloggers survivants sont des désintéressés (d’où la citation).
  • Pourquoi faire un blog, aujourd’hui ? Traiter d’un problème particulier, construire un réseau de spécialistes, prendre des notes pour un prochain livre, laisser une trace de sa vie à ses descendants, s’amuser.

Ce sont effectivement les raisons de vivre de ce blog.

Chômage aux USA

Un article note que le chômage américain pourrait rester accroché à 10/11% pour les années à venir (le double de son taux usuel) :

Mauvaise nouvelle : pour rembourser la dette des USA, il faut beaucoup de travailleurs qui paient des impôts. Début d’un cercle vicieux ?

Je me demande s’il n’y a pas ici une conséquence imprévue d’une grande idée des précédentes années : il fallait faire sauter les protections sociales qui empêchaient le développement harmonieux de l’économie, l’allocation optimale des ressources. Seulement cette idée oubliait les crises : sans protection l’entreprise détruit le marché dont elle a besoin pour vivre.

Le modèle initial faisait probablement l’hypothèse d’un découplage de l’économie, c'est-à-dire que les USA, notamment, pourraient se relancer rapidement par une habile politique monétaire, qui les ferait profiter du dynamisme des marchés en bonne santé. Or, il n’est pas impossible que ceux-ci aient refusé cette logique et cherchent à s’isoler (par exemple : Le protectionnisme avenir de l'économie ?).

La leçon vaut aussi probablement pour l’Europe : elle est mal partie si elle n’arrive pas à remettre rapidement ses populations au travail. Et il est douteux que le « laissez-faire » soit une option.

jeudi 2 juillet 2009

Emprunt national : le naufrage ?

Enfin un avocat de l’emprunt présidentiel. Édouard Balladur :

L’emprunt a de multiples dangers mais un atout : M.Balladur, lui-même, a fait un tel emprunt il y a 15 ans. Il a été massivement souscrit. C’était donc un succès. CQFD.

Or le problème est justement là : ce dont on a peur est que l'emprunt soit une excellente affaire, et qu'il appauvrisse le contribuable et la nation au profit d'une minorité de souscripteurs.

Recette balladurienne : je brade la propriété de la nation, on se l’arrache, c’est un succès ?

Attentat de Karachi

De la "fable" de l'attentat de Karachi, par Eva Joly s’interroge sur la logique des réformes gouvernementales à la lumière de l’enquête sur l’attentat de Karachi. Je vois à cet attentat un autre intérêt pédagogique :

Une thèse possible est qu’il a résulté du mécanisme suivant :

  • Jacques Chirac coupe les versements de commissions occultes au gouvernement pakistanais, contreparties d’un contrat militaire. Ces commissions donnent lieu à des rétro commissions qui alimentent la campagne d’Edouard Balladur. Subtil.
  • Conséquence imprévue, les militaires pakistanais rappellent la France à ses devoirs par un attentat « terroriste ».

Cette histoire mériterait d’être vraie. Parce qu’elle illustrerait un trait aussi caractéristique de la France que la perfidie est propre à l’Angleterre. Une manœuvre élégamment traitresse, un évident échec et mat, conçue par une élite pétrie de sa supériorité intellectuelle, pour servir ce qu’elle croit l’intérêt supérieur (le sien), et qui nous explose à la figure. Par la faute d’une incompréhensible omission du dit esprit supérieur.

C’est de là que nous tenons l’image d’un peuple arrogant et stupide.

Logique de l’emprunt

Pourquoi notre gouvernement a-t-il décidé d'un emprunt ? Un article m’enlève mes dernières illusions :

  1. Non, l’emprunt envisagé par l’état n’est pas un bon moyen de le financer. Il peut trouver beaucoup moins cher ailleurs. L’emprunt est une très mauvaise nouvelle pour le contribuable, et la nation.
  2. Il va faire un rééquilibrage des revenus, des 90 à 95% qui ne souscriront pas vers les 5 ou 10% qui souscriront.

Seule explication que je puisse trouver : ces 5 ou 10% sont un segment capital pour la réélection présidentielle.

Si cette explication est juste, ce billet complète le précédent. Il parlait de l’irrationalité du marché, et de ce que l’homme tendait à suivre des règles sociales. Eh bien, il existe quelques rationnels au sens économique du terme, des personnes qui optimisent leur intérêt égoïste à court terme. Ils sont au sommet de l’état.

mercredi 1 juillet 2009

Irrationalité du marché

Un article explique les bulles spéculatives au moyen de la science de l’irrationalité humaine. Remarque inattendue : les autistes sont rationnels !

En fait, la rationalité telle que postulée par la théorie économique n’est pas humaine :

  • Mon expérience de plus de dix années de bulles me montre que les acteurs de l’économie les reconnaissent. Ils savent aussi que, d’un seul coup, tout ce qui jusque-là empêchait de s’enrichir est écarté. Ils ont l’occasion d’une vie de faire fortune. D’ailleurs, ils peuvent s’enrichir en phase de dégonflage, mais à condition de l’avoir vu arriver. Quelques financiers m’ont avoué que la période de fin de bulle est particulièrement excitante : il faut réaliser ses gains avant d’être pris par l’éclatement. Tout cela me semble rationnel, même si ce n’est pas prévu par la théorie économique.
  • La théorie économique trouve irrationnel, notamment, que l’homme se comporte comme un mouton, ce que la psychologie appelle « validation sociale ». Or, cela veut dire que l’homme suit les règles de la société. Il sait qu’en les respectant il fera le bien collectif, qui est aussi le sien. Il est rationnel, mais de manière plus intelligente que ce que prévoit la science économique.

Je n’en dirai pas autant de l’administration Obama, d’après l’article, elle semble rejouer le film de la phase spéculative ascendante, durant laquelle des génies des mathématiques pensaient prévoir l’avenir. Obama s’est entouré d’universitaires qui veulent rendre l’homme rationnel, en le manipulant !

Compléments :

I suspect there is a flaw in this argument. This article supposes men are (imperfectly) optimising some kind of personal utility functions.

When you read Galbraith on the Great Crash or live through one or two speculative bubbles and interview traders, you realise that they follow common implicit rules. For example when in a bubble you know you have very little time to make a lot of money. “Moral hazard” is rational. A few days ago, a trader managed to raise oil prices by 3 or 4% in one hour. However he was not alone: his colleagues had expected something. Their collective move increased oil prices by something like 10% (see 'Rogue broker' blamed for oil spike / Financial times July 3rd).

We are social beings and we spontaneously create, and follow, social rules. Students of complexity say that organisation “emerges”.

What seems irrational when a human being is taken separately becomes rational when he is seen as a member of a society, of a “team”. It is rational to follow social rules (e.g. London stock exchange’s “my word is my bond”), because in doing what is good for the group we do what is good for us; And because it is more efficient to do so than following our own selfish interest.

As long as economists and policymakers don’t give up the fiction of a rational man and don’t start reading sociology, it seems likely we’ll keep on having crises.

Clean tech

Hier le club économie recevait Torben Sommer, certainement un des meilleurs experts des « clean tech ». Quelques souvenirs :

  • L’énergie éolienne pourrait couvrir jusqu’à 40% des besoins d’énergie du monde. Dors et déjà, elle fait travailler 10% du Danemark.
  • Dans les zones ensoleillées, l’électricité solaire est proche du prix des autres énergies. En France le taux de retour sur investissement du panneau solaire est de 10% (du fait des subventions de l’état), soit 25% avec « effet de levier » financier.
  • On reparle du Chinois. Il a rejoué le coup du lait frelaté : à un moment il a manqué de silicone pur pour les panneaux solaires. Il l’a mélangé avec du silicone pas pur… Aujourd’hui, le panneau solaire chinois est extrêmement bon marché. Pourtant, en dehors de la main d’œuvre, il achète tout à l’ouest…
  • La France semble bénie des dieux : côtes ventées, leader mondial du verre (Saint Gobain), Lafarge toitures, Alsthom… Et pourtant rien ne bouge dans ce monde. Il semblerait que leurs équipes soient convaincues de l’opportunité, mais que leur top management n’ait rien compris. Dommage, les clean tech fournissent énormément de grands et petits emplois, non délocalisables (beaucoup de service). Torben Sommer estime, à partir de l’exemple danois qu’elles pourraient occuper 5% de l’emploi français ! Mais handicap : l’énergie en France semble beaucoup moins chère qu’ailleurs. EDF vend l’énergie qu’elle produit trois fois plus cher en Angleterre qu’en France, par exemple.

Deux réflexions sur ce dernier paragraphe.

  1. Si la déréglementation de l’énergie triple les prix de celle-ci où est la performance tant vantée de l’entreprise privée ? (Une analyse plus détaillée : Que donnent les déréglementations ?)
  2. Notre pays fut dirigiste. Il s’est engagé dans de grands projets tels que les centrales nucléaires, l’équipement téléphonique, les autoroutes… Aujourd’hui il semble devenu muet, son cerveau s’est vidé (Style de Sarkozy). Quand est-ce arrivé ? Pourquoi ? À approfondir.

Saint Madoff

Je lisais dans les Échos que l’on soupçonne que Bernard Madoff aurait pu siphonner 170md$. C’est de l’ordre de grandeur de la dette de la France, ou de la richesse d’un pays qui est entre le 35ème et 50ème rang mondial. Comment une personne peut-elle détourner une telle somme, alors que des centaines de millions d’autres, en travaillant vaillamment, et en joignant leurs forces, ne parviennent pas à réunir autant d’argent ?

Le phénomène ressemble singulière au wu wei chinois, au non agir : si vous avez compris le principe du système (LI), vous en obtiendrez ce que vous en désirez, sans effort (c’est aussi l’idée d’effet de levier). Seul le « saint » peut atteindre à cette connaissance ultime. Madoff aurait-il été un saint du capitalisme ? Il en a tellement bien compris le principe qu’il l’a vidé de sa substance, quasiment sans effort.

Et pied de nez à la Chine. Elle a perdu son âme pour nous copier, résultat : politique du bras de fer et du passage en force, soit l’Occident à son plus idiot. Si elle avait appliqué les recommandations de ses pères, elle aurait cherché à comprendre le principe du capitalisme. Aujourd’hui, elle serait riche et paresseuse, elle dirigerait le monde du bout des doigts.