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vendredi 2 avril 2021

Cercle vicieux français

"nos entreprises subventionnent leurs concurrentes étrangères. Les conséquences industrielles sont catastrophiques : sous-investissement, repli vers le milieu et le bas de gamme. Ou tout simplement, pour les entreprises assez puissantes, délocalisation de la production" (Article.)

Cette politique aurait été lancée par le couple Giscard / Chirac, en 74, et poursuivie ensuite. Son idée étant d'acheter l'électeur en essorant l'entreprise. Aurait-elle tué la poule aux oeufs d'or ?

(Mais le mal français viendrait de loin : "faiblesse déjà ancienne des entreprises françaises en matière de fonds propres, leurs médiocres performance en termes d’excédent brut d’exploitation, les choix industriels « faciles » de productions taylorisées sans grande valeur ajoutée, le déficit commercial récurrent et la pratique non moins régulière des dévaluations".)

lundi 30 septembre 2019

Le bilan du président Chirac

La personne qui m'a annoncé le décès du président Chirac pensait qu'il n'avait rien fait. C'est aussi le sentiment que j'ai eu en lisant le billet nécrologique que lui consacre Hervé Kabla.

Peut-être peut on penser qu'il avait dissous le parlement pour avoir les moyens de réformer la France, mais que son échec aux élections l'a convaincu que la France ne voulait pas de réformes. Si c'était le cas, était-ce condamnable ? J'en suis arrivé à me demander si le mal du pays n'était pas les réformes qu'on lui a fait subir et qui, toutes ou presque toutes, ont donné le contraire de ce que l'on en attendait. Et un élu n'est-il pas là pour faire ce que désire le peuple ?

Mais ce n'est pas tout. J'ai découvert, par le plus grand des hasards, qu'il n'avait pas été loin de remettre en ordre la SNCF. Ce qu'il avait fait avait été renversé ensuite, pour des raisons tactiques. Il n'était donc pas impuissant comme on l'a dit. Mais, aussi, peut-être que l'esprit du temps se prêtait à de tels changements.

Qu'en conclure ? L'homme est bien peu de choses, la société, et son humeur du moment, presque tout ?

vendredi 27 septembre 2019

Jacques Chirac

Décès de Jacques Chirac.

De ce que j'en ai entendu dire, c'était un séducteur, au sens premier du terme, qui se serait mis en quatre pour rendre service, et un homme incapable de décider, qui changeait d'idée avec le dernier qui avait parlé. C'était surtout un "animal politique". D'une énergie extraordinaire, son mobile était le pouvoir, au sens où il voulait être président. Et, une fois là, y rester. Parce que, pour certains, cette vie de palais, de voyages, de réceptions, d'intrigues... est une drogue.

Comme on le dit souvent, dans de tels cas, c'était peut-être le dernier de son espèce.

L'annonce du Financial Times :
"Jacques Chirac, former French president, has died aged 86. A former mayor of Paris, he was head of state for 12 years from 1995 to 2007, veering between bombastic nationalism, crypto-socialism and wary liberalism."

lundi 23 décembre 2013

L'art de la politique

Le camp de NKM se divise disait-on hier. Je me demande si Mme Chirac ne lui a pas donné un bon conseil. Elle a vanté les mérites de Xavière Tibéri, qui avait "un mot pour chacun".

Le mal de NKM est peut-être aussi celui de Barack Obama (à qui l'on a conseillé de s'inspirer de Johnson). Gros QI mais faible QE. Or, la politique est faite par des hommes, à commencer par ceux de son camp. On ne peut pas réussir si on ne connaît par les lois, implicites et mouvantes, qui guident leurs comportements. Pour les découvrir, il faut certainement beaucoup d'humilité. Et pour les utiliser, pas mal de subtilité. Car, comme le rappelle l'exemple de Mme Tibéri, elles sont aux limites de la légalité.

jeudi 17 janvier 2013

Les caractéristiques émergentes du dirigeant

En 30 ans d’existence professionnelle, il me semble avoir vu apparaître un nouveau type de dirigeant. Et cela dans tous les domaines : entreprise, politique, fonction publique. J'ai même assisté à sa prise de pouvoir. Une tentative de présentation de ses caractéristiques.

Le haut fonctionnaire
Le dirigeant d’antan était un gros diplômé de type haut fonctionnaire. Il avait une caractéristique que les psychologues ont trouvé chez l’homme (trop) rationnel : l’incapacité à décider. Mais peut-être n’était-ce pas son rôle ? Il était supposé appliquer les ordres de l’Etat ? C’était un technocrate.

Émergence du dirigeant nouveau
Un nouveau dirigeant a émergé des profondeurs, poussé en grande partie par une sorte de ressentiment. 
Il a fait des études. Mais le système ne l’a pas jugé digne de rejoindre l’élite. On s’attendait à ce qu’il intériorise le mépris que l’on avait de lui. Il s'est jugé victime d'une injustice. Il s'est même dit qu'il détenait la vérité, qu’il devait l’imposer à une complexité incompréhensible, et donc inutile.
Ne pouvant emprunter les voies ordinaires de l’ascension sociale, il a pris des chemins de traverse. Sa force ? Ses faiblesses ! D’une part l’élite sous-estime son petit CV, et pense pouvoir le manipuler pour nuire à ses ennemis, d’autre part, n’étant pas encombré par la rigueur intellectuelle, il produit des idées trompeusement séduisantes. Il est aussi proche de l’idéal américain : focalisé sur un objectif très étroit, pour lequel il donnerait sa vie, il a une énorme énergie, et une capacité de leadership et de décision remarquable.
Nicolas Sarkozy est une forme d’idéal type de ce nouveau dirigeant.

Un esprit non systémique
On a dit de Nicolas Sarkozy qu’il était un Jacques Chirac en sueur. Il est possible qu’il en soit de même de cette nouvelle race de dirigeants. Elle a foi en son énergie : « qui veut peut ». Elle ne comprend pas que le monde est « complexe ». Elle prend toute résistance pour de la mauvaise volonté. Intuitivement, elle est convaincue de la justesse des hypothèses du modèle libéral anglo-saxon.
Quel sera son avenir ? Va-t-elle s'adapter ? Couler avec nos navires ? Laisser la place à un autre type de dirigeant ?

mardi 1 mai 2012

L’amical Jacques Chirac

Nathalie Kosciusko-Morizet, hier, faisait de la prospective :
La question est de plus en plus claire : voulez-vous, avec François Hollande, la régularisation massive des sans-papiers, le droit de vote des immigrés, des impôts pour tout le monde, subir le sort de la Grèce et l'Espagne, avec 25 % de chômage, des retraites qui baissent, les salaires des fonctionnaires amputés ?
C’est une polytechnicienne, son avis doit être scientifique. Ce qui m’a amené à regarder l’article que lui consacre wikipedia.

En dehors du fait qu’elle descendrait de Lucrèce Borgia, on y apprend que Jacques Chirac (qui vote Hollande et 25% de chômage, d’après ce que l’on dit) a été à l’origine de sa carrière. En 2002, elle est suppléante d’un député qui devient ministre. Ce qui fait d’elle un député. Ça ressemble à ce qui est arrivé à F.Baroin.

Dommage que nous ne soyons pas tous les amis de M.Chirac. Nous serions députés. Il n’y aurait plus de chômage. 

vendredi 20 avril 2012

François Baroin

FULDA, Anne, François Baroin, le faux discret, Jean-Claude Lattès, 2012. Après la lecture de ce livre, François Baroin demeure un complet inconnu. Intrigant.

C’est la mort de son père qui fait la carrière de François Baroin. Michel Baroin était un homme qui ne laissait personne indifférent, petit haut fonctionnaire qui avait pantouflé à la GMF et Grand Maître du Grand Orient qui connaissait les hommes politiques de tous bords. À sa mort, François Baroin est tout jeune. On lui demande de défendre le livre posthume de son père chez Bernard Pivot. Jean-Pierre Elkabbach l’y repère et lui offre un poste à Europe 1. Mais c’est surtout Jacques Chirac qui désire assurer l’avenir du fils de son ami. Il lui trouve d’abord une députation (François Baroin a 27 ans). Une carrière de porte parole et de ministre s’ensuit.
Il a les capacités, il travaille, il attrape bien la lumière. Mais moins le son. (…) Le problème de François Baroin c’est que l’on ne sait pas aujourd’hui quelles sont ses idées, ni même s’il en a.
François Baroin est un politique habile, sans arrêt réélu. Ministre consciencieux, il paraît avoir le talent de comprendre ce qu’il faut dire d’un dossier pour ne pas paraître idiot. Talent de porte parole, qu’il a été toute sa vie ? Mais, a-t-il un combat ? Au mieux semble-t-il avoir hérité quelques convictions de son père, très diluées.

Alors, « François Baroin, homme politique contemporain, reflet d’une époque peu épique » ? Certainement, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’ira pas loin, me semble-t-il. Car, contrairement à ses collègues, il mène sa barque sans être empêtré dans des idéologies, des ambitions ou des complexes de supériorité démesurés. Il me paraît modeste et insubmersible. 

lundi 13 février 2012

Pourquoi Sarkozy divise-t-il ?

N.Sarkozy aurait fait l’erreur de penser qu’il a été élu avec les voix du FN, et non avec celles de M.Bayrou. C’est pour cela qu’il serait parti aussi à droite. Voici ce que disait un interviewé de France Culture ce matin.

Les « valeurs » grâce auxquelles M.Sarkozy pensait gagner les élections lui aliènent une partie de l’électorat. M.Chirac avait raison : M.Sarkozy « divise » la France.

Erreur de calcul ? Pas nécessairement. Ce blog a fini par penser que M.Sarkozy est néoconservateur. Il est parvenu à se faire élire parce qu’il a tenu un discours centriste qui masquait la réalité de ses convictions.

Compléments :
  • Début de la réflexion : Sarkozy divise ?
  • En outre M.Sarkozy appartient à l’UMP, ce qui lui apporte mécaniquement des voix, quel que soit son discours.
  • Le mouvement néoconservateur n’a rien de ridicule, c’est un mouvement ayant de solides convictions et qui s’est défini comme une réaction à 68 : La pensée anti 68. Sur le néoconservateur, Neocon, un billet écrit il y a 4 ans, à l’époque où je ne soupçonnais pas que le phénomène puisse être français. Un texte qui résonne curieusement avec les récentes déclarations de M.Guéant.

vendredi 10 février 2012

Sarkozy divise ?

Un universitaire américain juge que M.Sarkozy adopte les thèmes de la droite américaine.

Alors qu’il se donnait une apparence respectable, jusque-là, M.Sarkozy vient, de manière surprenante, de prendre une ligne identique à celle des (maintenant discrédités) néoconservateurs américains. Supériorité de notre civilisation, démontrée par le « bon sens », attaque contre les parasites (chômeurs, immigrés, pauvres…), les plaies de la société, qu’il s’agit de « punir »…

Dans le film La conquête le personnage de Jacques Chirac disait au personnage de Nicolas Sarkozy qu’il ne pourrait pas être élu parce qu’il « divisait ». Notre président en est-il revenu à sa nature ? A-t-il décidé de disparaître dans un feu d’artifice final ?

Compléments :

mercredi 14 septembre 2011

Pots de vin africains

Un avocat, conseiller de M.Sarkozy, accuse MM.Chirac et Le Pen d’avoir reçu de l’argent africain. Curieuse affaire : les faits sont prescrits, et il n’a pas de preuve à montrer. Et pourquoi maintenant ? (Accusations de Bourgi : le parquet de Paris ouvre une enquête - LeMonde.fr)

Et si cela renforçait le FN, qui ne vit que de publicité ? Et érodait la base gaulliste de M.Sarkozy, offusquée que l’on s'en prenne à un dirigeant historique, apparemment affaibli par la maladie ? 

mardi 16 août 2011

France : confusion des partis politiques

Nos partis politiques nous représentent mal. Aurais-je trouvé une explication à ce paradoxe ? Le film de ma réflexion.
  • Des chercheurs constatent que le Français serait une sorte d’individualiste solidaire, un entreprenant aux idées « progressistes ». Ça n’a rien à voir avec ce que nos partis disent de nous.
  • Ses valeurs correspondent à celles d’un parti disparu : le parti radical.
  • Un portrait de la France fin dix-neuvième montre ce parti encastré entre une forme de PS, et une forme d’ultra libéralisme économique, apparemment plus extrême que son équivalent anglo-saxon moderne.
  • J’ai soupçonné que le Gaullisme avait repris les idées d’un radicalisme à bout de souffle. Que J.Chirac ait des idées radicales en serait-il une confirmation ?
D’où mon hypothèse du moment : nos idées auraient peu changé depuis le dix-neuvième ; mais nos partis ne disent pas ce qu’ils sont. En gros :
  • le PS est correctement situé,
  • les Gaullistes devraient être en position radicale, c'est-à-dire centrale. Dans cette hypothèse, leur rôle est de faire que le pays n’explose pas sous les rivalités idéologiques extrêmes (« Rassemblement pour la République » correspond bien à ce programme),
  • N.Sarkozy n’est pas un Américain égaré, comme je l’ai cru à tort, mais un représentant d’un courant libéral historique. Ce courant représente probablement les professions « libérales » et un grand patronat qui a peut-être disparu avec la guerre (pour cause d’obsolescence de ses usines ou de collaboration ?).
Compléments :
  • Sur l’obsolescence de l’industrie : WORONOFF, Denis, Histoire de l'industrie en France, du XVIème siècle à nos jours, Seuil, 1998.

vendredi 29 juillet 2011

Rad-soc Chirac

Je trouve par hasard un extrait du livre d’Anne Fulda sur Jacques Chirac.

Il y apparaît beaucoup plus complexe et riche qu’on ne le croit d’ordinaire. Au fond ce serait un « radical socialiste ». Ce qui va peut-être dans le sens de ma thèse selon laquelle le gaullisme serait une forme de radicalisme.  Mais, sa version actuelle ne semble pas très agissante. Radical-contemplatif ?

lundi 30 mai 2011

Quel avenir pour DSK ?

Hervé Kabla pense que DSK renaîtra. (Et si DSK revenait dans la course avant la fin de l’année? | Kablages) J’ai aussi tendance à croire que les hommes politiques sont insubmersibles.

Mais DSK est-il un homme politique comme N.Sarkozy, F.Mitterrand ou J.Chirac ? Est-il animé de la même envie de pouvoir qu’eux ? Est-il un aussi subtil manœuvrier ? (En tout cas, moins que S.Royal.)

Et puis, l’affaire dont il est accusé n’est-elle pas de celles qui ruinent définitivement les images de marque ? Beaucoup d’hommes politiques, français ou non, sont de grands séducteurs, ce que l’on peut comprendre comme une forme d’affection professionnelle. Ce que l’on dit de DSK, chimpanzé en rut, ressortit à une maladie honteuse.  

mardi 2 février 2010

Protection sociale

La France change beaucoup plus qu’on ne le dit. Sa conception de la protection sociale s’est transformée du tout au tout en quelques décennies :

Changement de principes

Sa finalité initiale était « l’intégration » de la nation, et notamment des pauvres. Cela signifiait une logique de plein emploi et un système d’assurance sociale payée par le salarié sur son salaire (logique de l’assurance). La préoccupation du système était la lutte contre le chômage, dont l’outil était l’augmentation des prestations sociales (d’où augmentation de la demande, qui tire l’économie - Keynésianisme). Les rôles étaient bien définis : l’État s’occupait du politique, le patronat de l’entreprise et le syndicat des institutions de protection sociale.

Aujourd’hui, une partie importante de la population dépend du RMI qui est alimenté par l’impôt, donc contrôlé par l’État et la France qui travaille est régie par un système mixte assurance sociale, assurance privée. L’anxiété nationale n’est plus le chômage, mais l’inflation, l’outil d’intervention est la relance par l’offre et la rigueur budgétaire (Monétarisme).

Les étapes du changement

Transformation progressive :

  • Le système initial est rongé par l’augmentation de ses coûts : crise, chômage, mais aussi rapide augmentation des services offerts par l’assurance sociale. Il réagit selon sa logique : en augmentant les recettes (primes d’assurance, donc prélèvements sociaux sur les salaires) - la réduction des coûts aurait été inacceptable aux syndicats ; puis en retirant du service les personnes les plus âgées (retraite ramenée de 65 à 60 ans). Deux relances keynésiennes (Chirac et Maurois) sont des échecs.
  • C’est alors que l’Europe entre en lice. Ses principes fondateurs semblent être « Monétaristes », à l’opposé de ceux qui prévalaient jusque-là dans les États européens. Leur adoption signifie l’impossibilité des déficits sociaux. C’est l’excuse (?) que trouvent alors les gouvernements pour attaquer les dépenses des systèmes sociaux.
  • Progressivement de victimes de la crise, ces systèmes sont perçus comme sa cause. On dit alors que l’augmentation des cotisations pèse sur la compétitivité des entreprises et crée le chômage ; que ces systèmes ne prévoient pas le cas du chômeur ; que la gestion paritaire encourage l’irresponsabilité.
  • Les prestations sociales sont réduites, l’appel au marché augmenté (complémentaires…), les exclus du système sont pris en charge par les allocations de revenu minimal alimentées par l’impôt (CSG), la protection sociale échappe de plus en plus aux syndicats et ses coûts sont contrôlés par l’Assemblée.

Le mécanisme du changement

Ces changements auraient été introduits « à la marge » puis étendus. Si bien que les tenants de l’État providence ne se sont pas méfiés. Il est aussi possible qu’il y ait eu marché de dupes, les intérêts que chacun y trouve étant contradictoires. Surtout ce changement est l’histoire de la construction d’un consensus, ses acteurs (notamment les syndicats, la CFDT ayant joué les premiers rôles) s’étant convaincus qu’il était le seul possible. Cette communauté d’idées serait-elle favorisée par le fait qu’ils passent leur existence ensemble, commission après commission, et finissent par penser la même chose ?

Commentaires

Voilà un constat qui me laisse avec plus de questions que de réponses :

  • Il semblerait que les théories économiques ne ressortissent pas à la science, mais à l’idéologie. Le Keynésianisme serait favorable au « peuple », le Monétarisme au « capital ».
  • Il n’y en aurait pas une qui serait meilleure que l’autre, mais toutes les deux aboutiraient à un monde particulier. Par exemple, l’application du modèle favorable au « capital » (à la production) semble de tous temps générer une population d’exclus, qui sont pris en charge par la collectivité (les paroisses pour le capitalisme anglais original, l’État et le RMI aujourd’hui).
  • Leur succès ne serait donc pas une question de lois de la nature, mais de volonté. Si nous avons renoncé à l’État providence, c’est que nous n’en voulions plus ? Peut-être aussi, comme le dit cette étude, nous n’avons pas compris où nous nous engagions, et n’avons pas fait les efforts nécessaires à la survie d'un modèle qui était incompatible avec un chômage élevé. (La solution à ce problème serait-elle la « flexisécurité » ?)
  • Ce texte pose la question du rôle de l’Europe. Elle semble avoir été conçue sur un modèle « monétariste », selon le consensus qui prévalait parmi les élites mondiales. De ce fait, il leur était facile d’arguer des contraintes européennes (à l’origine desquelles elles étaient) pour mettre un terme aux États providences nationaux, incompatibles avec elles.

Compléments :

  • L’origine de mes réflexions : PALIER, Bruno, Un long adieu à Bismarck ? Les évolutions de la protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.
  • Une autre vision de l’impact de l’Europe sur l’organisation des nations : Chaos européen.
  • Le renouvellement de la logique des principes d'une société par une idée, apparemment inoffensive, rappelle ce que dit Les Lumières.

5ème République et partis politiques

L’histoire de la 5ème République est bâtie sur un conflit : de Gaulle voulait un régime présidentiel qui mettrait un terme définitif au « régime des partis », alors que la constitution est parlementaire. Marier la carpe et le lapin a été un changement de plusieurs décennies :
  • Les partisans d’un système exclusivement parlementaire ou exclusivement présidentiel sont successivement éliminés (les partisans du parlement en 62, de Gaulle en 69).
  • Pompidou et Mitterrand voient une solution au dilemme : un affrontement droite / gauche conduit par de grands partis de gouvernement, dirigés par un présidentiable, qui briguent la majorité à l’assemblée.
  • L’émergence de ces partis se fait d’abord par un rassemblement en deux camps, puis par une sorte de sélection naturelle pour la domination de son camp, dont les manœuvres principales consistent à le faire perdre (les Communistes trahissent les Socialistes en 78, J.Chirac fait de même avec V.Giscard d’Estaing en 81).
Aujourd’hui, ce système est menacé par un émiettement de l’opinion, une multitude de partis se spécialisant dans des thèmes fortement mobilisateurs pour certains citoyens (environnement…), les principes fondateurs des grands partis ne leur permettent pas de traiter correctement ces sujets, qui, d’ailleurs, les divisent.

Compléments :
  • GRUNBERG, Gérard, L’adaptation du système des partis (1965 – 2006) (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).
  • Sur cette cohésion française qui a pour conséquence paradoxale de produire l’éparpillement des voix : France : crise de gouvernance ?

dimanche 3 janvier 2010

Le changement de l’économie française

Les relations de l’État français et de son économie sont une sorte d’exception mondiale. C’est notre chance : elles font l’objet d’études scientifiques sans rapport avec notre importance économique. CULPEPPER, Pepper D., le système politico économique français depuis 1985 (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), tente d’analyser le changement que notre pays a connu depuis 1985.

Système de coordination des acteurs économiques

Il attaque la question sous un angle original : qu’est-ce qui guide les acteurs de l’économie ?

  • Dans le modèle anglo-saxon, c’est le marché.
  • Dans le modèle d’Europe du nord, c’est une coordination entre acteurs : constitutions de groupements d’entreprises (reliées par des contrats) ; organisations patronales et de salariés puissantes ; co gestion du système éducatif.

Jusque dans les années 80, l’économie française était dirigée par l’État. Un « plan » donnait la direction dans laquelle il voulait aller. Il influençait l’économie parce qu’il distribuait le crédit et qu’il nommait les patrons des grandes entreprises, qui venaient de la haute administration. Par ailleurs, l’école publique était le seul outil de formation du Français. Elle produisait « l’élite méritocratique » nécessaire au fonctionnement de l’administration, puis, par ordre de classement : les citoyens ordinaires et une main d’œuvre peu qualifiée (formation professionnelle pour les mauvais élèves) absorbée par une industrie « fordiste » peu exigeante.

Le changement

Pour une raison qui n’est pas entièrement claire, le gouvernement a décidé de faire évoluer ce système. La cause est peut-être européenne :

En créant les conditions d’une économie française compétitive au cœur de l’Union Européenne, les décideurs publics français se sont aperçus que l’emprise croissante des marchés rend de plus en plus difficile la tâche de diriger le développement économique.

Le changement semble alors avoir pris trois directions :

Les noyaux durs

Il y a eu une volonté (par le gouvernement Chirac, après les privatisations de 86 – 88) de création de conglomérats de grandes entreprises, autour de deux réseaux bancaires, protégés par des participations croisées des investissements étrangers et de la pression du résultat à court terme. Mais les dirigeants de ces entreprises ont dénoué ces alliances : ils cherchent leurs capitaux sur le marché financier, ont fait entrer des fonds d’investissement (surtout anglo-saxons) dans leur capital, ont retiré tout pouvoir au petit porteur, se sont versés des stocks options. Dorénavant leurs intérêts sont les mêmes que ceux de leurs principaux actionnaires. Modèle anglo-saxon.

La formation professionnelle

La prédominance écrasante de l'Education nationale dans la filière professionnelle a longtemps plombé la réactivité du système aux besoins de qualifications sur le marché du travail et aux demandes des associations patronales. Tant que les entreprises ont pu absorber des travailleurs semi-qualifiés ou non qualifiés, l'administration a pu maintenir son contrôle sur le système.

L’idée de la réforme était d’utiliser les régions pour coordonner la collecte d’informations afin d’orienter l’enseignement. Les entreprises auraient accru leur investissement dans la formation en alternance. Ce mécanisme était fondé sur des institutions cogérées où représentants du patronat et des salariés auraient débattu des besoins de l’économie locale.

Or, syndicats et patronat n’ont pas les connaissances nécessaires. Les conseils généraux sont donc impuissants. Seules les grandes entreprises sont organisées pour influencer le processus.

Parallèlement, l’ENA est devenue une « business school », qui place ses élèves au sommet des entreprises privées (alors que le Français ne rêve que d’entrer dans l’administration !).

La réduction du temps de travail

Contrairement à ce que je pensais, l’idée d’échanger réduction du temps de travail contre souplesse et emplois ne vient pas de M.Aubry mais d’A.Juppé (Loi Robien). Si M.Aubry est associée à la mesure, c’est parce qu’elle l’a rendue obligatoire.

Comme dans le cas précédent, le gouvernement tablait sur une négociation à l’amiable entre représentants des salariés et du patronat. En fait, faute d’organisations adéquates, elle a été impossible, et les grandes entreprises ont utilisé leur force pour assouplir les règles qui s’appliquaient à elles et, surtout, pour transformer les négociations qui auraient dû être sectorielles, en négociations d’entreprise.

Coordination à la française ?

Résultat du changement ? A-t-on un nouveau modèle de coordination de l’entreprise ?

  • Pas du tout. Le changement a été conduit par les acteurs les plus forts : d’une part la grande entreprise, d’autre part l’inspection des finances de l’ENA. Il a débouché sur un modèle d’organisation mû par le rapport de forces grande entreprise / salariés, qui n’est pas tourné vers les réalités économiques.
  • Plus exactement, c’est la capacité de nuisance qui caractérise le fonctionnement de la France : l’Etat, le patronat, les syndicats... peuvent bloquer une mesure, mais ils ne peuvent rien imposer.
  • Aujourd’hui les forces en présence sont d’une part la grande entreprise et d’autre part le rejet de l’économie de marché par le pays, l’attachement à la réglementation du travail, et à la négociation.

Commentaires

Curieuse analyse.

  • Contrairement à ce que je croyais, le gouvernement semble avoir voulu réformer la France sur le modèle allemand (et pas anglo-saxon). Par contre, ce qui lui est arrivé correspond parfaitement à ce que donne le changement non contrôlé : ce sont les acteurs auxquels la société place en position de force qui imposent leur marque au changement (cf. Glasnost).
  • La mise en œuvre de la réforme reposait sur la fiction d’acteurs sociaux capables de négocier entre eux, donc d’être dans un rapport de force équilibré. Or, le modèle de la France bureaucratique, d’assistanat, n’a pas permis le développement de telles organisations. De même, je me demande si les « champions nationaux » qui émergent de cette transformation sont équipés pour affronter la concurrence internationale : les hauts fonctionnaires qui les dirigent étaient formés pour appliquer les directives de l’Etat, comment vont-ils faire sans elles ? Croissance externe suicidaire (cf. Crédit Lyonnais, France Télécom, Vivendi, EDF…) ?
  • Gauche et droite ont suivi la même ligne (y compris en ce qui concerne la réduction du temps de travail !). Cela signifie qu’il n’y a probablement ni gauche, ni droite, mais une élite qui partage les mêmes idées, à quelques détails de mise en œuvre près.
  • S’il y a déni de démocratie (ces réformes n’ont pas été discutées), il n’est pas certain qu’il y ait conflit de points de vue entre notre élite et son peuple. Au fond, elle cherche à rendre l’économie nationale efficace, tout en respectant nos valeurs (protection du travailleur). Ce qui manquerait au gouvernement c’est une sorte de degré 0 de savoir-faire de mise en œuvre du changement. Est-ce l’hypothèse selon laquelle il doit faire notre bien contre notre volonté qui empêche son acquisition ? La première étape de la réforme de son art du changement est de nous considérer comme des responsables, et de nous expliquer pourquoi il fait ce qu'il fait (ce qui nous éviterait de le démolir) ? Ce qui n’est pas simple : il nous a habitués à ne pas l’être !

Compléments :

  • Cette étude corroborerait-elle Les réformes ratées du président Sarkozy : bonne direction, mauvaise mise en œuvre ? N.Sarkozy exemplifie ce mal français, mais ne lui a-t-il pas ajouté une dimension de type néo conservatrice, étrangère à la culture du pays ? N’a-t-il pas, aussi, transformé en techniques systématiques ce qui, jusque-là, était manœuvres inconscientes (cf. son double discours) ?

samedi 5 décembre 2009

Politique : victoire du silence

Depuis quelques mois mon estime pour Martine Aubry est en hausse. Bizarrement, je ne sais pas ce qu’elle fait. Elle est calme, posée... ? Une stature de chef d’état ? Surprise : je ne suis pas le seul dans mon cas.

Plus curieux : moins un homme politique parle, plus il est haut dans les sondages : Dominique Strauss-Kahn, Jacques Chirac, Martine Aubry, François Fillon.

Effet Sarkolène ? Et si le Français était usé par l’activisme brownien de notre Président et de son ex principale opposante ? S’il voulait un retour à l’ancien régime ?

Compléments :

jeudi 2 juillet 2009

Attentat de Karachi

De la "fable" de l'attentat de Karachi, par Eva Joly s’interroge sur la logique des réformes gouvernementales à la lumière de l’enquête sur l’attentat de Karachi. Je vois à cet attentat un autre intérêt pédagogique :

Une thèse possible est qu’il a résulté du mécanisme suivant :

  • Jacques Chirac coupe les versements de commissions occultes au gouvernement pakistanais, contreparties d’un contrat militaire. Ces commissions donnent lieu à des rétro commissions qui alimentent la campagne d’Edouard Balladur. Subtil.
  • Conséquence imprévue, les militaires pakistanais rappellent la France à ses devoirs par un attentat « terroriste ».

Cette histoire mériterait d’être vraie. Parce qu’elle illustrerait un trait aussi caractéristique de la France que la perfidie est propre à l’Angleterre. Une manœuvre élégamment traitresse, un évident échec et mat, conçue par une élite pétrie de sa supériorité intellectuelle, pour servir ce qu’elle croit l’intérêt supérieur (le sien), et qui nous explose à la figure. Par la faute d’une incompréhensible omission du dit esprit supérieur.

C’est de là que nous tenons l’image d’un peuple arrogant et stupide.

mardi 14 octobre 2008

Green power

Ma plongée dans le monde agricole est pleine de découvertes. D’après les statistiques de The Economist (Pocket World in Figures, 2009), le secteur agricole représente 2,1% du PIB français. Pas beaucoup. Mais son pouvoir est bien plus grand que sa taille. Il a su tirer parti des réseaux sociaux qui constituent une nation. Deux exemples :

  • Le politique. Le cas de la Corrèze. Ce département d’environ 200.000 personnes (l’équivalent du 15ème arrondissement) a donné à la France, ce dernier demi-siècle : un président du conseil (Henri Queuille), un président de la République (Jacques Chirac), un président de la Commission européenne (Jacques Delors). Le maire de Tulle (François Hollande) est premier secrétaire du parti socialiste depuis 11 ans. On peut imaginer que les intérêts de la poignée d’actifs de ce département âgé sont bien représentés.
  • L’économie sociale représente 10% du PIB national : coopératives, mutuelles, le Crédit Agricole... Ces entreprises ont été constituées au 19ème siècle sur les idées des socialistes utopistes, qui voulaient créer des entreprises démocratiques. Le pouvoir y est détenu par des administrateurs, qui sont élus parmi leurs adhérents. La population agricole y est fortement représentée.
Comment l’agriculture utilise-t-elle ce pouvoir ? Pour défendre le statu quo ?

Si c’est le cas, elle doit être prudente. À l’époque où je travaillais à la stratégie FAO de Dassault Systèmes, j’avais lu que le protectionnisme français avait été fatal à notre industrie de la machine-outil, qui avait un moment dominé le monde. Au lieu de développer ses forces elle s’était endormie.

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