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samedi 27 juillet 2013

Surpopulation = problème du monde ?

Un commentaire pose la question suivante : "je pense que tous les problèmes actuels de la planète viennent du fait de la surpopulation..." C'est un des thèmes qu'a rencontrés ce blog. Tentative de synthèse :
  • La thèse de la surpopulation, malthusienne, revient régulièrement. En particulier aujourd'hui. J'ai cité Les limites à la croissance, mais aussi les travaux de MM.Ray et Séverino. La croissance démographique semble un des moteurs du capitalisme. Un moteur qui pousse au crime.
  • Mais, est-ce vraiment la taille de la population qui est intenable, ou sa façon de se comporter ? MM. Braungart et McDonough montrent que notre développement produit des déchets toxiques. C'est ce qui ne va pas. Mais on pourrait faire autrement. Des travaux plus classiques expliquent aussi, que sans toucher à notre confort, nous pourrions consommer colossalement moins.
  • Dennis Meadows a attiré mon attention sur le concept de résilience. J'en suis arrivé à penser que la résilience est la capacité d'un système à se transformer avec le changement, même s'il est imprévu, à en profiter. La résilience ce n'est pas encaisser sans dommages.  La résilience doit être construite. Un système qui a cette capacité est peut être "apprenant", pour utiliser un terme en faveur dans les années 90.
Comment construire une organisation apprenante ? Une piste ?
Je crois que si, à la naissance de son enfant, une mère pouvait demander à sa marraine la fée de le doter du don le plus utile, celui-ci devrait être la curiosité. (Eleanor Roosevelt, citée par Jean-Jacques Auffret).

mercredi 17 avril 2013

Croissance = appauvrissement ?

Intéressant article de MM. McDonough et Braungart. Nos techniques agricoles détruisent le potentiel productif de la terre. Par exemple, le phosphate. En arrosant le sol, on l'appauvrit en phosphate. Car il a la particularité de se combiner avec ce qu'il trouve sur son passage. Il devient donc inexploitable et peut produire des désastres écologiques. Il faut aller en chercher d'autre dans les mines. Cercle vicieux.

L'erreur que nous commettons semble avant tout une erreur de raisonnement. Nous avons une comptabilité de production, et non de stock, de potentiel. Et notre production détruit les ressources qui nous sont nécessaires. Par contre, les processus naturels, eux, suivent la logique du renouvellement.

Si j'en crois l'article, adopter cette logique ne serait pas une grande révolution. (Par exemple notre urine contient 50% du phosphate dont a besoin notre corps, et on sait le récupérer.) Cela pourrait résoudre beaucoup de problèmes modernes. En particulier énergétiques.

vendredi 22 juin 2012

Une société sans mal peut elle exister ?

Je me demande si un grand nombre de gens que je lis n'ont pas fini par penser que seule une catastrophe peut nous débarrasser de notre addiction au mal, ou des vices de notre société. (Suite de ma réflexion.)

J’en doute. Une société post chaos serait probablement un monde à la Mad Max. L'idée du mal y aurait un net avantage concurrentiel, d’autant plus que ce qui bloque la croissance aurait été éliminé, la planète ayant été vidée d’une partie de sa population. Comme le dit The Economist, les crises renforcent le capitalisme.

Elinor Ostrom a mieux à proposer :

Sauvés par Elinor ?

Elinor Ostrom s’est intéressée à la gestion d’un « bien commun » par une population. Elle s’est rendu compte que quelques règles permettaient de la réaliser (voir compléments). Dans notre cas, le « bien commun » est peut-être « Gaia », l’écosystème planétaire condition de la prospérité de l’espèce.

Ce qui me frappe en lisant « Cradle to Cradle » est que nous commençons à avoir un des éléments nécessaires au modèle d’Elinor Ostrom. À savoir une forme de modélisation de l’interaction entre l’homme et la nature : aujourd’hui nous produisons des déchets nuisibles, alors qu’il faudrait qu’ils soient utiles, que ce ne soit pas des déchets. Et, nous avons les moyens de passer d’un mode de fonctionnement à l’autre.

Bien sûr, mettre en place un tel système est un changement (au sens de ce blog) extrêmement complexe. La crise de la zone euro n’est certainement qu’une aimable plaisanterie en comparaison. Mais, au moins, nous avons une lueur au bout de notre tunnel.

Compléments :
  • Lecture obligatoire : Governing the commons.
  • Autrement dit le bug de fonctionnement de l’espèce humaine est de croire que la mort doit suivre la naissance, alors qu’une espèce peut-être éternelle et se réincarner continument. (L’éternité me semble un peu longue, disons plutôt quelques milliers d’années.)
  • Quant à notre avenir il pourrait réaliser les rêves de Rousseau et de Lévi-Strauss : une communauté en équilibre avec son écosystème. Mais une communauté mondiale, non pas une tribu.
  • Quand au mal, il ne faut pas l’attaquer, ou le déplorer, mais l’ignorer. Il a fait son temps.

jeudi 21 juin 2012

Régler la crise de l’énergie

« Cradle to cradle » ne règle pas la crise de l’énergie. Ou, plutôt, il semble penser que cela se fera pas à pas, et que l’on finira par en revenir au circuit énergétique qui alimente le reste de la nature.

C’est probablement juste. Si ce qu’il appelle « le produit comme service » est adopté, tout un tas de choses pourront devenir quasi éternelles. Par conséquent, la production mondiale et, corrélativement, son besoin d’énergie se réduiront massivement. Nous entrerons dans le domaine de compétence des énergies renouvelables.

Il y a 30 ans, j’ai fait une étude sur l’énergie solaire, à laquelle on croyait beaucoup à l’époque. Curieusement, cette étude, qui n'était qu'un exercice scolaire, n’a aujourd'hui rien de ridicule. J’avais constaté que ce que l’on appelle maintenant les clean tech étaient à des années lumières de produire une part significative de nos besoins en énergie. Par contre, en adoptant des recettes aussi vieilles que le monde, il était possible de réduire massivement notre consommation. Par ailleurs, les pays en développement avaient de faibles besoins en énergie, qui pourraient être satisfaits par des techniques rustiques et anciennes.

mercredi 20 juin 2012

Le mal est-il le moteur du capitalisme ?

Notre société est convaincue que l’homme est porteur du mal. Cela le pousse à « faire le mal », à se comporter de manière irresponsable. Je n'arrête pas de retomber sur cette thèse:
  • Elle est avancée par Sumantra Ghoshal comme cause de la bulle Internet. Il montrait que l’économie et les sciences du management faisaient l’hypothèse que l’individu devait être contrôlé, qu’on ne pouvait pas lui faire confiance. 
  • On la retrouve chez Marshall Sahlins et dans « Cradle to cradle », dans une formulation – nous nous aveuglons pour ne pas agir - proche des idées de Jean-Baptiste Fressoz (qui, lui, ne parle pas de mal).
Croire l’homme porteur du mal, a pour conséquence, disent les auteurs de « Cradle to cradle », que, tout occupé à sa repentance, il ne peut être révolutionnaire. Et si c'était là que se trouvait l'avantage concurrentiel de cette idée dans la sélection naturelle des idées ?
  1. En période de chaos (moyen-âge), cela permet à l’homme d’accepter un sort qu’il ne peut pas changer ; 
  2. cela fait aussi les affaires du puissant, dont les prérogatives ne sont pas menacées.
Mais, le coup de génie du mal a peut-être été le passage du catholicisme au protestantisme: 

Si l’autre est le mal, nous faisons son bien en lui infligeant les pires peines, par exemple en tirant de plus en plus de productivité de lui – la croissance, principe n°1 de l'économie – ou de richesses de la nature. Le mal est le moteur de l’innovation !

D’ailleurs, punir l’espèce humaine, n’est-ce pas le seul moyen de ne pas être le mal ? N'est-ce pas, aussi, faire le travail de Dieu ? Ne voyons-nous pas sa satisfaction dans les énormes récompenses matérielles qu'il nous octroie ? se disent peut être les maîtres du monde.

Alors, faut-il croire, au contraire, que l'homme est porteur du bien ? Il me semble plutôt que l’homme n’est ni bien, ni mal. L'existence précède l'essence, qui est sociale : l'homme n’est rien, a priori, il se construit en construisant le monde. Et, à mon avis, il ferait bien d’éviter le mal comme principe architectural…

Compléments :
  • Ghoshal, Sumantra, Bad Management Theories Are Destroying Good Management Practices, Academy of Management Learning and Education, 2005, Volume 4, n°1.

mardi 19 juin 2012

Du berceau au berceau, pour éviter le désastre écologique ?

J’enquête : peut-on éviter Apocalypse 2030 ? Une thèse surprenante (BRAUNGART, Michael, MCDONOUGH, William, Cradle to cradle, remaking the way, we make things, Vintage, 2008). Best seller, en Chine en particulier ; ses principes sont appliqués par de grandes entreprises, et la Hollande en ferait un usage systématique… Et nous, alors ? Ce que j’en retiens :

Pourquoi détruisons-nous la nature, et menaçons nous la survie de notre espèce ? Parce que nous faisons le contraire de la nature. Elle ne crée pas de déchets. Ce que produit une espèce est utile à une autre. La particularité de l’homme est de générer de la toxicité. En grande partie parce qu’il mélange ce qui ne devrait pas l’être. Pire, pour produire 1, il détruit 20.

Les effets pervers de la réglementation et de l’écologie

Le plus étrange est que nous dépensons des trésors d’ingéniosité pour nous masquer le danger :
  • Notre réglementation est contournée dans tous les sens. Par exemple, par la sous-traitance aux pays émergents, qui n’appliquent pas nos normes. Du coup les produits que nous utilisons émettent des particules extrêmement dangereuses. L’air intérieur de notre habitat serait particulièrement vicié. Autre exemple : l’amiante est interdite pour les disques de freins, elle a été remplacée par un produit plus dangereux encore !
  • Mais l’être le plus nuisible est l’écolo. Tous ses bons sentiments ne servent qu’à nous abuser. Par exemple ? Le recyclage de produits qui n’ont pas été prévus à cet effet a des conséquences redoutables.
  • Et il y a aussi cet écoterrorisme intellectuel, qui veut nous convaincre que l’homme détruit la planète, qu’il doit s’excuser d’exister. Il nous paralyse, alors qu’il faudrait au contraire réagir vigoureusement.
En fait, les principes mêmes de notre société semblent viciés. La Révolution industrielle est née dans un pays qui croyait que l’homme et la nature sont le mal. Peut-être pour les punir ? la forme de société qui en a résulté uniformise et détruit tout.

Parce que notre civilisation croit au mal, elle fait le mal ?

Devenons créatifs et heureux

Comment se sauver ? Suivons les lois de la nature : concevons des produits dont les déchets nourrissent le vivant, comme le fait un arbre. Principe fondamental. Fin du gaspillage des ressources naturelles. 

Surtout, la nature encourage la diversité. Une diversité riche, c’est une vie forte. Et, la force d’une espèce, plutôt que la simple capacité d’adaptation darwinienne, c’est son aptitude à s’insérer et à tirer parti au mieux de son environnement, des interrelations avec son écosystème. Enfin, la nature aime la redondance : c’est ce qui fait sa résilience, mais aussi lui donne la capacité d’innover.

Deux idées complémentaires. Tout d’abord, le « produit-service ». L’idée est de n’avoir que la jouissance d’une voiture, par exemple. Le fabricant en a la propriété. Si bien qu’il la conçoit pour qu’elle soit, elle ou ses composants, quasi éternelle. Idem pour un détergent.

Ensuite. Exploiter au maximum la diversité locale. Cela a pour avantage supplémentaire de forcer à la responsabilité : on paie plus facilement ainsi pour les conséquences de ses actes.

Non seulement l’homme n’a plus à s’en vouloir d’être en vie, mais il devient créateur de diversité. Achetez ce livre !