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lundi 16 octobre 2017

Through the Brazilian wilderness

Un roman d'aventure digne de Jules Vernes. 1913, Théodore Roosevelt, qui a quitté quelques temps plus tôt la présidence des USA, s'engage, avec un de ses fils et pour la science, dans la découverte de territoires brésiliens inconnus. Il va notamment mettre sur la carte un affluent (de 1500km) du principal affluent de l'Amazone. L'expédition se fait dans des conditions effroyables, mais avec courage et dignité. Pluies incessantes, attaques de multitudes d'insectes vicieux, noyades dans des rapides, indiens menaçants, mutinerie, malaria... Si j'en crois wikipedia, le président mourra quelques années plus tard des maladies contractées lors de ce voyage.

Théodore Roosevelt est un amoureux fou de la nature et un remarquable écrivain. Rien ne lui échappe. Il décrit la faune et la flore de manière simple et précise. Il fait aussi de discrètes considérations sur la science et la vie. En particulier, il remarque que le comportement des espèces n'est pas génétiquement déterminé. Il semble différer selon les circonstances. Par exemple, dans certains endroits, les pumas sont mangeurs d'homme, mais pas ailleurs. Il montre, encore, que l'animal ne cherche pas toujours à se fondre dans son environnement. Souvent, il fait le contraire. Ce livre est aussi un regard sur la société brésilienne. C'est une société où les races se mélangent. Certes, le colonisateur portugais y a l'avantage, mais ce n'est pas l'Amérique. Surtout Roosevelt y parle du progrès et de la conquête par l'homme de la nature. Finalement, c'est une leçon de vie. Les actes de Roosevelt sont conformes à sa pensée. Pour l'humanité, la science et la gloire ?

samedi 27 juillet 2013

Surpopulation = problème du monde ?

Un commentaire pose la question suivante : "je pense que tous les problèmes actuels de la planète viennent du fait de la surpopulation..." C'est un des thèmes qu'a rencontrés ce blog. Tentative de synthèse :
  • La thèse de la surpopulation, malthusienne, revient régulièrement. En particulier aujourd'hui. J'ai cité Les limites à la croissance, mais aussi les travaux de MM.Ray et Séverino. La croissance démographique semble un des moteurs du capitalisme. Un moteur qui pousse au crime.
  • Mais, est-ce vraiment la taille de la population qui est intenable, ou sa façon de se comporter ? MM. Braungart et McDonough montrent que notre développement produit des déchets toxiques. C'est ce qui ne va pas. Mais on pourrait faire autrement. Des travaux plus classiques expliquent aussi, que sans toucher à notre confort, nous pourrions consommer colossalement moins.
  • Dennis Meadows a attiré mon attention sur le concept de résilience. J'en suis arrivé à penser que la résilience est la capacité d'un système à se transformer avec le changement, même s'il est imprévu, à en profiter. La résilience ce n'est pas encaisser sans dommages.  La résilience doit être construite. Un système qui a cette capacité est peut être "apprenant", pour utiliser un terme en faveur dans les années 90.
Comment construire une organisation apprenante ? Une piste ?
Je crois que si, à la naissance de son enfant, une mère pouvait demander à sa marraine la fée de le doter du don le plus utile, celui-ci devrait être la curiosité. (Eleanor Roosevelt, citée par Jean-Jacques Auffret).

dimanche 24 juin 2012

The Economist excommunie François Hollande

The Economist n’a pas de mots assez durs pour condamner les intentions de M.Hollande. En particulier celles qui taxent les grandes fortunes et condamnent les licenciements. Il prédit une fuite des « créateurs de valeur », et un chômage de masse.

vendredi 11 novembre 2011

Technocratie victorieuse

Grecs et Italiens se cherchent des dirigeants technocrates. Démocratie perdante. Voilà ce que j’ai cru entendre dire par quelqu’un de France culture.

En tout cas, en guerre, les démocraties ont toujours été dictatoriales, comme l’Angleterre de Churchill ou l’Amérique de Roosevelt. 

dimanche 14 août 2011

Pour une nouvelle récession ?

Les journaux anglo-saxons ne parlent que de « double dip », d’une nouvelle récession pour les USA, mais aussi pour l’Europe.

La cause : la rigueur. Roosevelt avait déjà fait l’erreur en 37. Il a voulu réduire le déficit d’une Amérique qu’il croyait sauvée. Elle a alors replongé dans la crise.

Curieusement, un article dit que c’est peut-être cette crise qui a sauvé l’Amérique. (Financial Aftershocks With Precedent in History - NYTimes.com)

Raisonnement systémique ? Pour sauver le patient, il faut prendre le bon sens à contre-pied ? Et si la crise était une question de comportements dangereux (notamment des financiers) que seule une crise pouvait amener à se réformer ? (cf. billet précédent.)

Compléments :

dimanche 5 juin 2011

Jean-Claude Trichet

L’économiste anglo-saxon n’a pas de mots assez durs pour Jean-Claude Trichet. En élevant ses taux, la BCE fait l’erreur de Roosevelt en 37, qui avait replongé l’Amérique dans la grande dépression.

Toujours est-il que, dans la tempête actuelle, c’est le seul qui tient un cap. Et ce cap est peut-être celui d’une Europe fédérale.

Nos politiques nous ont fait entrer dans l’euro pour nous forcer au changement. La Grèce et le Portugal, par exemple, sortaient de dictatures et estimaient que l’euro, c’était « jamais plus ça ». Aujourd’hui, nous réalisons que le changement est devant nous. Comment le mener ?

Si mes cours disent juste, pour faciliter le changement, il faut un objectif, une « structure cible ». Jean-Claude Trichet propose un ministère des finances de l’Union, qui décharge les ministères nationaux de ce qui touche aux finances à caractère européen, et mette sous tutelle les pays en difficulté (de même que l’Angleterre a nationalisé ses banques ?).

Mais il faut surtout un « donneur d’aide », un animateur du changement. C’est ce qui me semble manquer le plus aujourd’hui. Les irréprochables Allemands condamnent sans appel (jusqu’au concombre espagnol), le technocratique Trichet rêve d’un pouvoir centralisé.

Compléments :

lundi 28 juin 2010

De Gaulle et Churchill

Il a longtemps été dit que de Gaulle avait un comportement que Churchill trouvait irritant (sentiment largement partagé, d’ailleurs).

J’entendais tout à l’heure une émission qui donnait une explication intrigante de ce désagrément.

À partir du moment où l’Amérique est entrée en guerre. Churchill a dû obéir à Roosevelt, ce qui l’a contraint à renier des engagements qu’il avait pris auparavant avec les Français. La seule présence de De Gaulle lui rappelait son statut de puissance de second rang. Ce qu’il n’aimait pas. Exemple de conditionnement pavlovien ?

mardi 2 février 2010

Redépart de crise ?

Paul Krugman est extrêmement mécontent du réflexe populiste de B.Obama, qui parle de rigueur à un moment où l’économie n’a pas sorti la tête de l’eau.

Il y voit la répétition de l’erreur commise par Roosevelt en 37, qui avait replongé le pays dans une crise dont elle croyait émerger.

L’économie serait-elle enfin capable de faire des prévisions ?

jeudi 10 septembre 2009

Obama et l’Europe

Chronique de France culture qui semble dire que les relations Obama / Europe sont fraiches. Il aurait beaucoup plus d’intérêt pour les « puissances de demain » que sont l’Inde et la Chine.

  • Risque-t-il de négliger (ou de nuire à) un ami, pour s’attirer les bonnes grâces de pays qui lui sont fondamentalement hostiles ?
  • Faut-il voir dans son comportement l’attitude instinctive d’une certaine classe américaine (notamment Roosevelt et l’élite politico-économique clintonienne) qui assimile l’Europe au mal, à un passé révolu, et les BRIC (la Russie en moins depuis l’arrivée de Poutine) à des pays jeunes, simples et rationnels, des pays qui ressemblent à l’Amérique, et avec qui l’on peut faire des affaires ?

Compléments :

lundi 27 juillet 2009

American visions of Europe

HARPER, John Lamberton, American visions of Europe, Cambridge University Press, 1994.

Le livre examine les idées de trois dirigeants américains. Elles représentent les trois principaux courants de pensée qui s’affrontent dans la tête et les actes de la diplomatie américaine quand il est question d'Europe.

Une Europe schizophrène

Pour commencer par la fin, le problème que l’Europe pose aux Américains est « comment protéger le reste du monde – au moins leur propre expérience politique et sociale – des tendances destructrices de l’Europe, pas nécessairement pour sauver l’Europe elle-même. »

Ils n’ont pas trouvé de solution à la question : « les États unis semblent déchirés entre deux remèdes possibles : d’un côté, essayer de continuer à circonscrire l’autonomie des puissances européennes et de maintenir le degré de tutelle sur les affaires européennes auquel ils se sont habitués ; de l’autre, favoriser une plus grande initiative européenne, quelle qu’en soit la conséquence. »

Les Européens de tout bord partagent cette hésitation, entre union et nationalisme, autonomie et besoin de protection (américaine). Pas besoin d’aller chercher plus loin les raisons de l’état actuel de l’UE ?

Franklin Delano Roosevelt ou la mise hors service de l'Europe

FDR voit l’hémisphère occidental comme un sanctuaire de valeurs fondamentales, divisé entre une Amérique jeune et vertueuse, et une Europe décadente et corrompue. Il veut sauver le monde de l’Europe. Pour cela, il va la dissoudre en une multitude d’Etats tenus en respect par URSS et Grande Bretagne qui joueront à diviser pour régner. L’Amérique, une fois revenue à son habitat naturel, à ses affaires, contrôlera cet ensemble à distance.

À ce dispositif s’ajoute un directoire mondial, dont les USA seraient le pivot. Il est composé de 4 gendarmes : USA, Chine, URSS et Grande Bretagne. S’il méprise cette dernière, il la conserve pour des raisons de solidarité anglo-saxonne. Il estime la Russie et la Chine (qui s’annonce comme une marionnette) des Etats neufs et rationnels, à l’image des USA, avec lesquels il est possible de s’entendre pour refaire le monde.

Sa stratégie consiste à jeter l’Amérique dans la guerre le plus tard possible, de façon à ce que les combattants soient tellement épuisés qu’ils n’aient plus rien à lui refuser. Cependant, il doit intervenir avant que l’un d’eux (à commencer par la Grande Bretagne) ait pris le dessus : l’Europe ancienne renaîtrait alors.

Il abandonne l’Europe de l’Est, qu’il méprise, à l’URSS, laisse l’armée polonaise se faire massacrer, pour ne pas être désagréable à Staline, et espère que l’Allemagne se disloquera et reviendra à la multitude d’Etats microscopiques qu’elle était avant 1870.

Mais cette révolution culturelle, dont l’ampleur ridiculise celle de Mao, rencontre l’entêtement des faits. La vieille Europe refuse de renoncer à son âme, Staline n’est pas aussi amical que prévu, et l’opinion publique américaine veut la liberté pour les peuples libérés. FDR meurt opportunément.

George F.Kennan ou l’Europe a son meilleur

George Kennan est un diplomate. Contrairement aux deux autres personnages, il connaît bien l’Europe du nord et la Russie (il parle allemand et russe, et est marié à une Norvégienne). D’une certaine manière il est l’opposé de FDR : pour lui l’Europe représente la culture et l’esprit face à l’uniformisation matérialiste américaine. Il faut l’aider à trouver le destin qu'elle mérite.

Il doit son heure de gloire à l’invention du « containment ». Il pensait que l’URSS était une étape provisoire dans l’histoire de la Russie ; il fallait donc l’aider à poursuivre sa transition. Alors, elle deviendrait un contributeur essentiel au développement de l’Occident. Réussir cette transformation était simple. L’URSS reculait devant la force, elle était instable, et la mort de Staline lui poserait de grands problèmes. Il fallait la soumettre à une pression externe qui amènerait sa population à se réformer d’elle-même.

Il voulait construire le monde en 3 sphères. D’un côté les Anglo-saxons, de l’autre la Russie, et enfin une Europe sans Angleterre (elle cherche traditionnellement à la disloquer) dont le moteur serait une Allemagne qui lui apporterait son dynamisme entrepreneurial et fédérerait des pays de l’Est anarchiques, ramenant ainsi l’URSS en Russie. L’Europe fournirait à l’Allemagne l’espace que réclamait une énergie créatrice jusque-là contrariée, d’où guerres. Pour maîtriser cette Allemagne réunifiée les nations européennes seraient obligées de construire une fédération forte. C’était l’idée hitlérienne qui n’aurait pas déraillé. Une fois l’édifice en place, les troupes américaines pourraient revenir chez elles, de ce fait réduisant l'hostilité ressentie par l'URSS - hostilité nécessaire à sa cohésion. C'était la théorie des dominos, prise à l'envers.

La vision de Kennan s’est heurtée à des obstacles. L’administration américaine pensait que l’URSS avait besoin d’une zone d’influence ; le plan Marshall a voulu faire une Europe à l’image, matérialiste, des USA ; les Européens étaient effrayés par une Allemagne réunifiée, et trop irresponsables pour faire autre chose que d'utiliser leurs faiblesses pour soutirer des aides aux USA.

Dean G.Acheson ou la solution médiane

Dean Acheson est le ministre des affaires étrangères des débuts de l’Europe. Contrairement aux deux autres, il ne semble pas avoir d’idées bien arrêtées sur l’avenir de l’Europe. C’est aussi un Américain de plus fraiche date (son père est né en Angleterre), qui ne partage pas l’anxiété de « l’entanglement » européen (cette obsession vient de Washington qui a fait promettre à ses descendants de ne jamais se compromettre dans les affaires des autres). Au contraire il croit en la nécessité d’une relation entre USA et Europe. C’est un avocat qui semble avoir le profil du « donneur d’aide » des sciences du changement : il essaie d’aider ceux avec qui il travaille à résoudre leurs difficultés. Il s’appuie sur ce qui compte pour ses interlocuteurs.

Le consensus alors est que le salut européen passe par l’union. Devant la faiblesse européenne, il est convenu que les USA soient un leader, pendant quelques années. Acheson va tenter de réaliser ce plan. Il en sortira épuisé. Non seulement les Etats européens n’ont aucune motivation pour l’union, mais encore on craint qu’ils ne s’effraient de la faiblesse américaine (notamment lors de ses difficultés coréennes), ou de ses velléités de les abandonner, et n’optent pour la neutralité. La question est résolue lorsque les nations européennes prennent l’initiative de demander aux USA une aide militaire permanente. Paradoxalement l’OTAN est un succès diplomatique français.

La CECA est un succès inattendu qui redonne un peu de courage à Acheson. Il tente alors d’amener l’Europe à constituer une armée (CED). Après une exténuante série de rebondissements (par exemple, la France essaie de faire payer le surcoût qu’entraîne le projet par les USA), un apparent succès (conférence de Lisbonne), la CED est rejetée. Les Européens savaient depuis le début qu’elle ne passerait pas. Ils auraient abusé Acheson pour lui soutirer des avantages. En fait, ce qu’Acheson a réussi est ce que les nations européennes ont voulu. Du moins est-ce ce que pense l’auteur.

Héritage

Les 3 tendances précédentes semblent influencer tour à tour la politique américaine. La tendance Acheson, d’une Amérique relativement impliquée en Europe, qui y a un rôle de leader, domine. Mais il y a des instants Kennan, par exemple à l’époque Brzezinski, de retrait des troupes américaines d’Europe. Et aussi des impulsions FDR, à la fois à l’époque Kissinger, mais aussi lorsque l’Amérique a cru convertir au libéralisme de marché les pays émergents, en abandonnant une vieille Europe irrécupérable.

Commentaire : leçon de changement ?

Leçon de conduite du changement ? Tous les trois ont échoué, parce qu’ils ont voulu, à des degrés divers, passer en force, imposer à des peuples une vision qu’ils ne partageaient pas ?
  • Roosevelt paraît le parfait apprenti sorcier qui veut manipuler le monde sans rien en connaître.
  • Kennan connaît la culture des pays européens, et croit que le nazisme et le communisme ont un revers honnête vers lequel il est possible de faire basculer l’Europe et la Russie. Voilà les bases mêmes des techniques de conduite du changement : utiliser les hypothèses fondamentales de sa culture pour amener un groupe dans une direction désirée (cf. Edgar Schein). Mais c’est un homme de conviction, de mots, et pas d’action. Or, le facteur clé de succès du changement c'est son contrôle.
  • Quant au donneur d'aide Acheson, s’il n’a pas réussi ce qu’il voulait, il a peut-être été le catalyseur d’un changement colossal, sans précédent. En peu d’années l’Allemagne est redevenue souveraine, l'Europe a enterré des siècles d'hostilité, les Européens de l'Ouest ont trouvé la sécurité, l’OTAN a été créé, ainsi que la CECA, le fondement de l’UE. D’ailleurs l’UE n’est-elle pas, du point de vue américain, un compromis idéal ? Un moyen terme optimal entre les idées de Kennan et celles de Roosevelt ? Suffisamment forte pour contribuer à la résistance au communisme, suffisamment prospère pour être un grand partenaire économique des USA, suffisamment divisée pour ne pas pouvoir présenter de danger pour les USA, qui en tirent facilement les ficelles ?
Quant aux Européens pourquoi sont-ils entrés dans ce montage ? Les USA, inconsciemment, ont-ils fait émerger la classe dirigeante et les régimes politiques que demandaient leurs plans ?

Compléments :

dimanche 5 juillet 2009

Paul Jorion

Paul Jorion est interrogé par France culture. Ethnologue belge, qui a longtemps enseigné aux USA, et qui s’est installé récemment en France, il aurait prévu l’actuelle crise.

Système financier qui ne se réformera pas tant que sa réforme sera confiée à ses membres ; Obama, loin d’être un second FD Roosevelt, ne fait rien ; par conséquent une décennie au moins de crise devant nous ; elle sera l’occasion probable de la renaissance d'un débat intellectuel mort de certitudes. L’avenir serait à la solidarité, après une ère de cupidité agressive, qui nous promettait une fin rapide et peu glorieuse.

Complément :

jeudi 11 juin 2009

Crise : destruction destructrice

Simon Johnson propose une explication de la crise américaine (mère de la crise mondiale) : la destruction des règles qui assuraient l’équilibre des pouvoirs entre organismes économiques. Le phénomène se reproduit périodiquement ; si l’on en croit l’histoire, il faudra 10 ans pour reconstruire cette infrastructure de règles. C’est intrigant :

  • L'idée d’une législation qui cherche à maintenir l’équilibre des forces rappelle la théorie de Rousseau selon laquelle il ne peut y avoir de liberté sans égalité, égalité étant justement entendue au sens de Simon Johnson : égalité de forces (et non au sens de l’égalitarisme moderne).
  • Pour moi la crise vient du manque de solidarité du tissu social (la société occidentale est individualiste), qui est périodiquement pris de passions et de peurs (« greed and fear »), incontrôlables de ce fait. M.Johnson aurait une vision un peu plus organisée de la société que la mienne. Pourquoi pas.
  • La théorie de Simon Johnson est corroborée par Galbraith, notamment, qui observe que les classes économiques cherchent en permanence à court-circuiter les règles qui les contrôlent de manière à déconnecter l’économie de la réalité. Les crises, dans ces conditions, correspondraient au succès périodique d’attaques de parasitisme.
  • L’idée de la reconstruction du tissu social prenant une décennie rejoint les observations de John Kotter concernant la rénovation de la culture d’une organisation qui demanderait une quinzaine d’années. Mais cette rénovation a-t-elle commencé ? Une erreur concernant M.Obama est qu’il n’est pas un « leader » du changement désiré par M.Johnson. Certes il a parlé de changement pendant sa campagne, mais ça n’en fait pas Roosevelt. En effet, il a commencé à batailler en 2006, époque de béatitude capitaliste. Son projet était probablement celui de Tony Blair : pousser le marché au maximum de son efficacité (il est entouré de prix Nobel) mais en répartir les profits d’une manière plus socialiste que par le passé (= changement). C’est pour cela qu’il replâtre. Il est donc possible que la réparation n’ait pas commencé, et que les palliatifs utilisés ne fassent que la rendre plus difficile.

KOTTER, John P., Leading change, Harvard Business School Press, 1996.

jeudi 1 janvier 2009

Méfiez-vous de l’Occident

Le paradoxe est l’outil du changement. Et parmi les paradoxes du moment, il y en a un énorme : 3 hommes heureux. Les USA ont élu un président rayonnant, Barak Obama ; Gordon Brown a retrouvé le sourire ; et Nicolas Sarkozy ne s’est jamais senti aussi bien.

Et si cette crise montrait la force de ces nations, que l’on avait enterrées un peu vite ?

On les accuse de tous les maux (colonialisme, impérialisme…). D’ailleurs elles sont condamnées mécaniquement par la puissance des pays émergents, qui ne se privent pas d’annoncer leurs ambitions. Que la vengeance sera douce !
Elles attendent leur fin avec résignation, écrasées par le sentiment de leur culpabilité et de leur fragilité. Nous sommes des loosers. Faux.

Le monde a adopté nos valeurs : la démocratie, l’économie de marché, la science, les droits de l'homme (l'individualisme)… Elles étaient tellement naturelles pour nous, qu’elles le sont devenues pour lui. À tel point qu’il nous a chassés en leur nom. Et maintenant, il se rend compte que quels que soient nos vices, les siens sont bien plus grands. Le Président Mugabe n’est qu’un exemple d’une règle qui ne semble pas avoir d’exceptions. D’ailleurs, les nouveaux pays mercantilistes, qui pensaient se venger de nos méfaits avec nos armes, pourraient se trouver piégés par elles. Auraient-ils dévoilé leurs batteries trop vite ?

La force de l’Occident est qu’il s’est, en partie, immunisé contre les maux qu’il crée. Conformément aux traveaux de psychologie de l’optimisme, la crise le stimule. Regardez MM. Brown, Obama et Sarkozy.

Le monde doit apprendre à nous respecter, parce que nous sommes redoutablement dangereux. Nous sommes les barbares des temps modernes. Nos innovations dévastent le monde comme jadis les hordes mongoles. Et nous sommes indispensables : nous sommes les plus avancés dans la maîtrise des ficelles que nous avons inventées, et qui règlent la vie de la planète. 

Compléments :
  • Digression sur le cas français. Bien que nous soyons les ennemis héréditaires de l’Angleterre et ayons des relations ambigües avec l’Amérique, notre culture est la plus proche de la leur que l’on puisse trouver. Notamment en termes d’individualisme.
    Et nous avons une caractéristique qui exaspère l’Anglais : renaître de nos cendres, au moment même où il pensait s’être débarrassé de nous.
    Ce n’est pas uniquement vrai des victoires du XV de France. Ça a aussi été le cas à Valmy ou une armée de gueux, d’un pays en proie à l’anarchie, a mis en déroute la coalition des armées européennes. Et en 40 lorsque de Gaulle, général provisoire auquel la BBC avait accordé une pièce, seul et sans amis, et que Roosevelt a toujours pris pour un fantoche, a reconstitué une puissance venue d'un autre âge (Tome 2 du De Gaulle de Jean Lacouture). La France n’est jamais aussi forte que lorsqu’elle est humble, convaincue de sa médiocrité.
  • Optimisme. Le leader du changement est stimulé par l’échec (!). Un exemple : Sarkozy en leader du changement. Autre exemple et références aux travaux de Martin Seligman : Lyon et Fiorentina.

lundi 1 décembre 2008

La fin de Tocqueville

L’Ancien régime et la Révolution, c’était la France d’aujourd’hui. On y voit même les germes de l’URSS. Tous les travaux sur les USA pâlissent devant De la démocratie en Amérique. Mais Tocqueville y prédit un monde partagé entre la Russie et l’Amérique. Une prédiction extraordinaire il y a encore vingt ans. Mais maintenant ?
  • Ailleurs, il décrit l’Amérique latine comme une désespérante anarchie : est-ce toujours le cas ?
  • Encore ailleurs, il observe que la Présidence des USA est conçue pour attirer les médiocres, meilleure garantie contre une dictature. Roosevelt était-il un médiocre ? (D’ailleurs n’était-il pas un rien dictateur ?) Et Obama ? Et les conseillers des présidents sont-ils des médiocres ?
  • Surtout, le billet précédent et quelques autres me font me demander si ce n'est pas la France qui pourrait mieux le faire mentir. La multitude de castes, de petits privilèges, qui la constituent pourraient disparaître sous le rouleau compresseur de la rationalisation mondiale. Une caractéristique du capitalisme selon Max Weber.
Tocqueville et Montesquieu ont été probablement le triomphe de l’esprit systémique propre à la noblesse. Mais le monde est imprévisible, même pour le plus grand esprit.

Compléments :

mercredi 1 octobre 2008

And now the Great Depression

L’économie : on ne change pas une équipe qui gagne.

And now the Great Depression de Barry Eichengreen (www.voxeu.org 28 septembre 2008) me conforte dans une de mes idées. Comment gérer l’économie de marché ? J’ai l’impression que la chose est tellement compliquée que dès qu’elle se dérègle elle part dans une vrille mortelle. Lui dicter son comportement est impossible. Le mieux que l’on puisse faire est de chercher ce qui se dérègle et de le ramener à son état antérieur. Pendant la crise de 29 les prix dévissent. Roosevelt les regonfle par l’inflation. Aujourd’hui, les banques ont accumulé des actifs à risque. Il faut les en débarrasser de façon à ce que l’économie soit ramenée à son état antérieur. Au moins on sait qu’il fonctionnait.

Le rôle de l’État avec l’économie serait-il celui du parent avec l’enfant qui apprend la bicyclette ? Laissez faire, mais être prêt à une intervention rapide en cas de manœuvre hasardeuse ?

Compléments :

vendredi 19 septembre 2008

L'Amérique segmentée

Le neocon du billet précédent me ramène à un autre sujet favori : les élections américaines.
Si je reprends les conclusions de mes précédents billets, je vois apparaître
deux segments dans la population américaine. J’écarte de mon analyse les minorités du pays (les noirs, les indiens, les latinos…).
  • L’élite. Elle a fait des études dans les meilleures universités. Elle veut faire le bien du peuple, qu’elle juge inapte à la réflexion. Elle est soit « bien pensante » (démocrate), soit déterminée à en découdre pour imposer les valeurs universelles de l’Amérique par la force (néoconservateur). Elle ressemble beaucoup aux intellectuels des Lumières : elle est pétrie d’idées théoriques qu’elle a pêchées dans la culture de son milieu. Et elle rêve de les appliquer. Alors qu’elle n’a aucune expérience pratique.
  • L’Américain moyen. Ronald Reagan ou Sarah Palin. Il a quelque chose d’un « self made man ». Il s’est fait. C’est son succès, sa confiance en soi et en les USA qui lui tiennent lieu de discours. Comparé à celui de l’élite, il paraît simpliste. « Le peuple le plus bête du monde » disent les Guignols de l’info. C’est certainement l’opinion de l’élite. Cette opinion explique aussi pourquoi le membre de l’élite est, finalement, un mal aimé. Généralement, il doit se contenter de tirer les ficelles du Président en place.
Les Présidents républicains et quelques démocrates (Truman, Johnson) sont proches de l’Américain moyen. Les Présidents démocrates qui échappent au modèle (Roosevelt, Kennedy, Clinton) ont pour caractéristique majeure une séduction extraordinaire.