vendredi 3 juin 2011

Pouvoir de l’homosexualité

À l’époque des premiers essais de traduction par ordinateur « more homosexuality than thought » illustrait la difficulté du projet : les ordinateurs comprenaient « plus d’homosexualité que de pensée ».

En fait, il semblerait qu’il y ait « less homosexuality than thought ». Aux USA, les homosexuels seraient 3,5% de la population. Or, alors que notre expérience s’accorde avec ce chiffre, nous tendons à penser qu’il est bien supérieur (52% des Américains le placent au-delà de 20%). (Gay rights: Gay by the numbers | The Economist)

Il y a longtemps j’ai noté qu’une revendication de l’égalité homme / femme était celle des carrières, quand la notion de carrière n’a de signification que pour une infime partie de la population. Revendication de classe ?

Ne serait-ce pas la même chose pour les homosexuels ? Leur influence viendrait de leur forte représentation dans les classes dominantes de la société ? Notamment dans le milieu artistique, qui forme notre opinion.

Compléments :
  • Ce qui irait dans le sens des théories de Mancur Olson : dans une société individualiste, les minorités liées par un intérêt commun ont un poids démesuré ? L’individualisme porte au communautarisme ? (Et au corporatisme)

Les sources culturelles de la confiance.

Sans confiance, il n’y a pas d’économie performante. Voici ce que disent des économistes (The Habsburg Empire and the long half-life of economic institutions | vox)
Nos résultats suggèrent que l’empire des Habsbourg est toujours visible dans les normes culturelles et les interactions entre les humains et leurs institutions étatiques, aujourd’hui. En comparant les individus à la gauche et à la droite de la frontière, disparue depuis longtemps des Habsbourg, les gens qui vivent dans des lieux qui ont été le territoire de l’empire Habsbourg ont une plus grande confiance en leurs courts et leur police. Cette différence de confiance se transforme aussi en une réelle différence dans la mesure dans laquelle des pots de vin doivent être payés à ces services publics locaux.  
Où les Habsbourg ont régné vivent des peuples qui ont confiance en leurs institutions.

La crise grecque semble venir d’un État totalement dysfonctionnel (La démocratie grecque en crise - Coulisses de Bruxelles, UE). Les fondateurs de la zone euro voulaient-ils nous rendre tous allemands, c'est-à-dire de nous faire absorber la culture de confiance des Habsbourg ?

Compléments :
  • Cette étude s'applique-t-elle à l'Espagne de Philippe II, et au sud de l'Italie ?

Pépé le moko

Film de Julien Duvivier, 1936.

Deux pauvres qui ont voulu faire fortune découvrent qu’ils sont passés à côté de l’essentiel.
D’ailleurs les riches sont moches.

Film à la gloire de la stabilité sociale ?

Toujours est-il que l’image de la colonisation n’est pas celle que nous avons aujourd’hui : c’est une symbiose heureuse de toutes les nations. Et celui qui représente la justice, impartiale mais humaine, est un Algérien.

jeudi 2 juin 2011

Microsoft achète Nokia ?

Rumeur selon laquelle Microsoft achèterait Nokia.

Probablement sans fondement, mais pas illogique. Steve Balmer, le patron de Microsoft, est menacé de liquidation. Tenter un coup d’éclat à risque maximum est un moyen rationnel de sauver sa place dans un monde d’individualistes optimisant leur utilité. C’est ce que semble avoir fait, avec succès, Carly Fiorina, chez HP.

Quant aux politiques, dans ces situations, ils préfèrent généralement déclencher des guerres.  

Angela Merkel bluffe-t-elle ? (II)

« La transformation énergétique n’est ni aussi révolutionnaire que le suggère Mme Merkel ni aussi risquée que le craint l’industrie. »

Pourtant Mme Merkel semble promettre le miracle : pas d’importation des pays nucléarisés, pas d’augmentation de l’émission de gaz à effet de serre.

En fait, la part du nucléaire dans l’énergie allemande a reculé de 30 à 23% depuis 2000, celle de l’énergie renouvelable augmentant de 6,6 à 16,5%. L’Allemagne aurait un surplus d’énergie bon marché.

Une des principales difficultés de l’affaire ne serait pas tant la production que le transport, l’énergie renouvelable étant produite au nord de l’Allemagne. « Des 4500km de lignes nécessaires pour transporter l’énergie renouvelable des (majoritairement septentrionales) sources d’énergie vers les consommateurs du sud, seulement 90 ont été construites. » (Mais les écologistes ne voudraient pas des mâts des lignes à haute tension...) Et il faudra multiplier par 500 les capacités de stockage.

L’Allemagne fermant définitivement 7 centrales, dès maintenant, l’approvisionnement d’énergie allemande devrait connaître quelques moments difficiles. Les objectifs environnementaux pourraient ne pas être tenus. « Mais si quelqu’un peut réussir, c’est bien les Allemands ».

Pourquoi changer d’entreprise est-il dangereux ?

Discussion avec le coach Catherine Fulda. Pourquoi le changement d'entreprise est-il cause d'échec, frustration ou dépression pour un nombre grandissant de cadres brillants ? Pour comprendre ce phénomène curieux, il faut en revenir aux origines :

Les entreprises ont prévu des processus d’acclimatation des jeunes diplômés. Ils passent par des stages, des périodes d’essai, des séminaires d’intégration, on leur confie des missions simples, initialement, puis de plus en plus complexes. En fait, ce sont des processus de socialisation :

Nos comportements sont « programmés » par notre environnement social. Nous n’avons pas besoin de réfléchir pour agir. C’est pour cela que nous sommes extrêmement efficaces, et nous le sommes d’autant plus que nous sommes âgés.

C'est là que l'affaire se complique. Les entreprises françaises ont été conçues pour y faire carrière, pas pour recevoir des personnels expérimentés. Et les dits personnels, qui quittent souvent une société qui n'a pas su reconnaître leur génie, ne s'attendent pas à devoir s'adapter.

Bref, ils arrivent chargés des règles de comportement de leur précédent employeur. Ils constatent alors que « rien ne va plus », ce qui jusque-là avait fait leur succès ne leur vaut que des désagréments. Les conséquences peuvent en être graves : maladies et crises familiales.

Une solution à ces difficultés est le « coaching d’intégration » : aider le nouvel embauché à identifier les hypothèses inconscientes qui risquent de lui jouer de mauvais tour, et surtout à trouver de nouveaux repères.   

Laisser-faire et corporatisme

De tous temps la pensée économique classique a combattu les corporatismes. Or, curieusement, comme on le voit à nouveau aujourd’hui, la déréglementation conduit à leur renaissance.

Les services achats pourraient avoir accéléré le phénomène :
  • En mettant leurs sous-traitants en « concurrence parfaite », ils les ont soumis à une sorte de dilemme du prisonnier. Ceux-ci se sont mis à vendre à perte. En outre les acheteurs ont voulu réduire massivement le nombre de sous-traitants. Résultat : pour ne pas crever, les survivants ont eu intérêt à s’entendre ; comme ils ne sont plus très nombreux, c’est facile. Et, s’ils ne s’entendent pas, il n’en restera bientôt plus qu’un, en situation de monopole. (cf. la sous-traitance automobile.)
  • Les acheteurs jugent les offres qu’ils reçoivent sur des critères quantitatifs (typiquement un prix et un délai). Le sous-traitant réagit en dégradant les critères qui ne sont pas pris en compte (le bœuf aux hormones atteint d’encéphalopathie spongiforme est toujours un bœuf, le spécialiste est remplacé par un stagiaire...). Mais ce n’est pas durable. Le sous-traitant est alors amené, dans la logique des achats, à définir ses propres normes (bœuf bio, auditeur diplômé…). De telles normes tuent l’innovation et l’investissement qu’elles imposent bloque l’entrée de nouveaux concurrents, et, peut-être aussi, amène ceux qui l’on consenti à demander qu'il soit fortement rémunéré, i.e. à vendre cher leurs services (cf. les médecins).

Compléments :
  • Les achats pousseraient soit à tricher, soit au ritualisme, non à une saine innovation ? (cf. modèle de Robert Merton.)
  • Je cite ailleurs Mancur Olson : un monde non réglementé tend à former des oligopoles contrôlant la production d’un bien commun (voitures ou coiffure affro). 

mercredi 1 juin 2011

Nucléaire : Angela Merkel bluffe-t-elle ?

J’entendais hier la radio dire que la volonté de Mme Merkel de se débarrasser du nucléaire était « politique » (i.e. démagogique). C’est aussi ce que pense Mme Lauvergeon.

Effectivement, la fin de vie des centrales commence en 2022, il peut se passer beaucoup de choses entre-temps. Mme Merkel sera partie d’ici là.

Mais, la sortie du nucléaire peut être une formidable chance pour l’Allemagne. Il ne s’agit pas que de rendre rentable une production d’énergie renouvelable qui ne l’est pas, ou d'absorber le coût colossal du démantèlement des centrales,  mais surtout de réduire la consommation du pays. Si l’Allemagne résout les problèmes que cela pose, elle aura un marché énorme. Or, contrairement à beaucoup, son État n’est pas endetté et a les moyens d’investir…

Compléments :
  • Quant à Areva, pourrait-il jouer à la très rentable stratégie de Monsanto (Le triomphe des OGM) : détenir un monopole sur un marché dont personne ne veut ? Pour cela, contrairement, à Siemens, il ne faut probablement pas avoir d’autres métiers, qui pourraient souffrir de la fréquentation. 

Capitalisme et création de valeur

À la campagne on se plaint, depuis longtemps, que les propriétés sont barricadées, et qu’il n’est plus possible de se promener dans les bois ou d’y chercher des champignons. C’est un peu pareil à Paris : tous les points d’arrêt sont devenus payants. Même les trottoirs sont rognés par les boutiques. Faudra-t-il acquitter un péage pour marcher dans les rues ?

En fait, c’est comme cela que fonctionne le capitalisme. En nous appropriant la nature nous lui donnons une valeur et nous faisons grimper notre PIB.

Mais si la terre est entourée de clôture, si l’eau est en bouteille… que reste-t-il à celui qui n’a pas d’argent ? La propriété, c’est le vol ?

Changement de Paul Watzlawick

Watzlawick, Paul, Weakland, John H., Fisch, Richard, Change: Principles of Problem Formulation and Problem Resolution, WW Norton &Co, 2011. Pourquoi n’arrivons nous pas à changer, d’où dépressions et maladies ?

La formulation que nous faisons d’une situation nous enferme dans un cercle vicieux. Et nos efforts pour changer ne changent rien (changement de premier ordre). Le « bon sens » nous trompe. Pour nous en tirer il faut reformuler la situation, changement de deuxième ordre.

Il ne faut donc pas demander « pourquoi » (d’où vient mon mal ?), comme le fait la psychologie moderne, mais « quoi » : dans quelle interprétation dangereuse me suis-je fourré ? Exemples :
  • Changement de premier ordre : j'appuie sur la pédale d'accélérateur ; changement de deuxième ordre : je change de vitesse.
  • Solution erronée : insomnie, se forcer à dormir. (Le sommeil est un acte inconscient qui ne peut être imposé par la raison.) Changement de deuxième ordre : chercher à ne pas dormir.
Il existe trois grands types d’interprétations fausses. Le déni, l’utopie (se donner un objectif inaccessible – par exemple, une vision du bonheur conjugal impossible), et le paradoxe (un objectif contradictoire, tel que « sois spontané »). Pour s’en tirer, il faut :
Une définition concrète du problème en des termes concrets ;
Une analyse de la solution tentée jusqu’à maintenant ;
Une définition claire du changement concret à réaliser ;
La formulation et la mise en œuvre d’un plan qui doit produire le changement.
Parmi les techniques utiles :
  • Parler à celui que l’on veut aider dans son langage et dans sa logique. En particulier, dans celle du résistant au changement : en ne résistant pas à sa résistance, on amène sa logique à sa conclusion, irrationnelle. Le changement est une forme de judo.
  • La confusion. En donnant une formulation inattendue et confuse à une question, on déstabilise la personne, et on la force à sortir de sa logique vicieuse.
  • Un cadre de temps bref.