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samedi 11 novembre 2017

Clémenceau

On fête Clémenceau...

Ce qui a caractérisé Clémenceau, c'est quelque-chose de quasi unique pour un politique. Un courage extraordinaire. Pendant la Commune, il est entre les Communards et les Versaillais, au milieu des combats. Et il sauve bien des gens de la mort. Dont Bienvenüe, l'homme du métro. Le guerre de 70 amène les Radicaux au pouvoir. Il ne lâche sur rien. C'est un duelliste redouté.  Il fait tomber les gouvernements. Puis, lorsqu'il arrive au ministère de l'intérieur, il devient "le tigre". Il se révèle homme d'ordre. Il met un frein à la criminalité galopante. Mais, surtout, il arrête les grèves. Ce qui lui vaut la haine des socialistes. Paradoxalement, alors que Jaurès est pacifiste, il encourage la révolte, lorsqu'il s'agit d'usines. En 17, Clémenceau est appelé pour reprendre en main les affaires de la nation. Il met de l'ordre dans un haut commandement pitoyable. On le voit beaucoup dans les tranchées. Pourtant il est déjà bien vieux. Et plutôt que de chercher une victoire par KO, il signe tôt un armistice. Il veut mettre un terme à la boucherie. Finalement, il est victime d'un coup bas politique, qui l'amène, dégoûté, à prendre sa retraite. Alors, il écrit un ouvrage sur les merveilles du progrès, et de la vie.

La fin d'une époque ?
S'il était libertaire, il mettait l'intérêt collectif avant tout. Et, avec lui, ce n'était pas la marge (riche ou pauvre), la minorité, qui comptait. Son idéal c'est le peuple. Homme des Lumières, il veut sa liberté. Et celle-ci est une liberté de pensée. Les chaînes dont il faut la libérer, à l'époque féodale comme aujourd'hui, ce sont celles d'une morale qui condamne l'individu avant même qu'il soit né, pour le mettre au service des pouvoirs héréditaires. Cela s'appelle pêché originel, hier, ou repentance pour cause de colonialisme, aujourd'hui. (Sachant que, à nouveau exceptionnel, il fut anticolonialiste.) Parler de Clémenceau, c'est enterrer 68.

(Biographie.)

dimanche 22 avril 2018

Clémenceau Macron ?

M.Macron a adopté la technique de Clémenceau. Il interpelle ses opposants et lutte pied à pied pour défendre ses idées. C'est une hypothèse. Et, en outre, comme Clémenceau, il fait respecter la loi, dans les universités ou ailleurs.

J'entendais l'autre jour des journalistes débattre de son dernier débat avec des journalistes. Ils disaient, d'une certaine façon, que M.Macron, paradoxalement, en revenait aux principes de la démocratie. Car la 5ème République n'a rien de démocratique. Ce qui est compatible avec mon hypothèse Clémenceau : Clémenceau fut le champion de la démocratie parlementaire, l'homme dont les discours à la Chambre renversaient les gouvernements.

Et si, après M.Trump, M.Macron faisait advenir le rêve du démocrate militant, que celui-ci a été incapable de réaliser lorsqu'il était au pouvoir ?

(L'émission de France Culture dont il est question plus haut avait retrouvé un étrange enregistrement de la préparation d'une interview de G.Pompidou par J.M.Cavada. Ce dernier, non seulement expliquait ce qu'il allait demander, mais ne savait plus que faire pour ne pas froisser le président...)

vendredi 9 août 2013

Clémenceau

« Homme d’affrontement, qui n’est lui-même que dans le conflit », Clémenceau ressemble à ces anarchistes ou ces révolutionnaires qui passèrent leur vie à défier la société. Il connaît la prison très jeune, il est toujours endetté, il va de combat en combat, c’est d’ailleurs un duelliste redouté, et un tribun sans égal. Et il ne cherche pas le pouvoir. Pendant longtemps il est celui qui fait tomber les ministères. Il n’arrive au gouvernement qu’âgé. Il s’est fait énormément d’ennemis. Mais lui n’a de rancœur vis-à-vis de personne. Il n’en veut qu’aux idées, pas aux hommes. Et il fait passer l’intérêt général avant tout.

C’est l’homme de l’affaire Dreyfus. Il est ministre de l’intérieur, « premier flic de France », à un moment où le « pays (est) en proie à l’agitation sociale et à la menace de désagrégation ». Car c’est alors que « l’unification (de la gauche socialiste) se produit sur la base radicale de la lutte des classes », qui légitime la violence comme moyen d'action. Puis il est « le père la victoire », en 17 au moment où la France et l’Etat major sont saisis par le défaitisme. Sa vie est aussi faite de revers. Pendant la Commune, il tente une conciliation. Il ne parvient ni à empêcher la peine de mort, ni à faire renoncer la France au colonialisme. Et les accords qu’il fait signer après guerre ne seront pas respectés.

Surtout, il semble avoir été pris dans une guerre fratricide. Lui-même va être le fléau de Gambetta et de Ferry, « conservateur déguisé en républicain ». Avant d’être pris à parti par Jaurès. « Le plus grand faux pas de la carrière de Clémenceau » aura été de ne pas parvenir à s’entendre avec le parti socialiste. Ce qui conduit « les socialistes (à prendre) le monopole de la revendication sociale, alors même que leur ligne révolutionnaire les éloignait du pouvoir ». « La gauche radicale n’a guère le sens social. » « Déjà s’amorce l’évolution qui fera du radicalisme le représentant attitré des classes moyennes, des petites villes et des villages mêmes. »

A quoi croyait-il ? à la liberté individuelle. Elle a pour condition la République, et le progrès (« confiance irrésistible dans l’idéal de la raison et des Lumières »).

Son idéal ? Individualiste farouche « contempteur de l’autorité », « il veut la République, toute la République, la République de Clémenceau c’est d’abord la liberté. » Liberté ? « (Ce qu’il veut faire dans ses écrits) : c’est chanter la vie, c’est magnifier l’action, c’est exalter la joie d’être, contre les philosophies et les religions de la misère et de la chute. » « La parole ne peut être que vain bruit, sans action. »

Sa stratégie ? « lutter contre les monopoles, les privilèges patronaux (…) préparer l’abolition graduelle du prolétariat (…) vieil idéal de la Révolution, celui du petit propriétaire libre. »

Le moyen ? « Le salut passait à ses yeux par la ville, l’instruction, les études » : « Ouvrir l’enfant aux sensations de vérité, de bonté, à la pitié des êtres, aux sentiments de compassion humaine, d’où jaillit le noble élan de secours. » « Délivrer l’homme de l’ignorance, l’affranchir du despotisme religieux, politique, économique et l’ayant affranchi, régler par la seule justice la liberté de son initiative, seconder par tous les moyens possibles le magnifique essor de ses facultés, accroître l’homme en un mot, en l’élevant toujours plus haut. » Le service militaire est « le prolongement de l’école ».

Ses combats en découlent : « défenseur de l’individu, de l’entreprise individuelle, il ne peut accepter le triomphe de l’individualisme. Car l’individu fait partie d’un corps social (...) en même temps, il ne peut accepter le communisme (…) l’individualisme absolu, expression de la barbarie, le socialisme collectiviste est un déni de l’individu, mais les responsabilités de l’Etat social doivent être reconnues. » « Il n’a d’ennemis que ceux qui violent la loi. »

Il croit au « droit des peuples ». Il aime la France parce qu’elle porte son idéal, c’est un  « grand peuple, celui qui avait allumé pour le monde entier la torche de la liberté. » « La France, autrefois soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de la liberté, toujours soldat de l’idéal. »

Le livre : WINOCK, Michel, Clémenceau, Librairie Académique Perrin, 2011.

samedi 13 janvier 2018

Clémenceau

Clémenceau était fameux pour ne rien laisser passer. Quand il était interpellé, à la chambre, il reprenait un à un tous les arguments de ses adversaires. Il était aussi fameux pour ses duels. Apparemment, son art du discours ne lui suffisait pas toujours pour convaincre.

Pour qu'une société fonctionne correctement, il faut discuter de tout, sans quoi des raisonnements fautifs peuvent s'amplifier en mouvements de foule dévastateurs. Mais comment y parvenir sans en arriver aux mains, comme Clémenceau ? Si l'on savait répondre à cette question, le gouvernement n'aurait pas à écrire de lois sur les "fake news".

(Le lieutenant Colombo, ou Edgar Schein et son "humble inquiry" ont peut-être une partie de la solution. Mais il n'est pas simple de les imiter.)

(Clémenceau de référence.)

dimanche 4 février 2018

Clémenceau

Il est difficile de juger les gens. Clémenceau, par exemple, aurait été une trublion. C'est un médecin qui semble avoir peu pratiqué. C'est un orateur exceptionnel. Son verbe fait tomber les gouvernements. Il arrive tardivement au pouvoir, au ministère de l'intérieur. Une grève. C'est un homme de gauche. Il est du côté des ouvriers. Mais, il trouve qu'ils vont trop loin. Il fait intervenir la troupe. Il se révèle un homme d'ordre. C'est l'histoire de la "fameuse brigade du Tigre", feuilleton de ma jeunesse, dont je n'avais pas compris le titre. Il semble qu'alors régnait l'incurie en France. Clémenceau, homme de progrès, y met un terme en inventant la police moderne, scientifique et équipée du dernier cri de la technologie. Voilà un changement réussi, dont on ne parle pas souvent.

Jaurès est quasiment l'opposé de Clémenceau. Et pourtant leurs idées semblent très proches, notamment en termes d'éducation (qui doit libérer l'homme). Jaurès, c'est le pacifiste, qui meurt en martyr. Il est non marxiste. Et pourtant, il encourage les actions violentes des ouvriers. C'était aussi un grand bourgeois, le rejeton d'une famille d'amiraux...

mercredi 4 février 2015

Tous libertaires ?

J’entends sans cesse le mot « libertaire ». Michel Onfray est libertaire. Et il admire Camus. Or, Hannah Arendt admirait Camus. Elle admirait aussi Clémenceau, grand nom du radicalisme, radicalisme qui a appliqué pacifiquement les idées de la Révolution. Elle admirait encore Rosa Luxembourg, et là on en arrive probablement à un Marxisme non totalitaire. Les Proudhon et les anarchistes tels qu’Elisée Reclus étaient aussi des libertaires ! Et Foucault et les postmodernistes, auxquels se rattache la gauche de pouvoir moderne, se disent libertaires ! Or Foucault est tombé amoureux de Hayek, le pape du néolibéralisme. Le néolibéralisme, mouvement libertaire ! Il en est de même des multimilliardaires du numérique. En particulier du patron d’Uber. Comment s’y retrouver ?

Typologie
Je propose deux critères de sélection.
  • L’attitude à l’homme. Suis-je humaniste ? C’est-à-dire, suis-je convaincu que les hommes sont égaux, parce qu’ils partagent une même essence (l’Humanité), ou qu’il y a des inférieurs et des supérieurs, des élus et des damnés ?
  • L’attitude à la société. La vois-je comme une force d’oppression, qu’il faut détruire, ou comme une mère qui doit donner à l’individu ce dont il a besoin pour exprimer son potentiel ?



HOMME


Egal
Inégal
SOCIETE
Destructeur
Foucault et le Postmodernisme
Néolibéraux
Les milliardaires du numérique
Les oligarques.
Formateur
Elisée Reclus et les anarchistes français
Camus, Clémenceau et les Radicaux
Le protestantisme luthérien

Nous ne sommes pas tous libertaires
Alors, tous libertaires ? Il est possible que l’humanité soit à nouveau segmentée en 2. Critère : attitude à la société.
  • Est-elle première, supérieure à l’homme, ou, au contraire, 
  • est-ce un outil que l’Homme doit utiliser pour servir ses intérêts ?
Toute la question du changement, mon sujet, est là. Le changement est l’art de transformer la société pour qu’elle convienne à l’homme. C’est aussi ce que les Grecs entendaient par « politique ».

PS. Du bon usage de la case
Peut-on mettre les gens en cases ? Certainement pas. En fait, tous ces mouvements sont proches. Le protestantisme, en particulier, semble un paramètre déterminant. Hayek et Elisée Reclus étaient protestants (Elisée Reclus aurait dû devenir pasteur). Hayek, dans La route vers la servitude exprime des idées similaires à celles de Reclus, à savoir que la société est faite de gens de confiance. Ce qui est une idée protestante, à l’œuvre en Allemagne : la société donne une éducation qui rend l’homme capable de bien se comporter. Mais ce n’est pas que protestant. Clémenceau et Jaurès pensent de même, d’où les Hussards noirs français…

Bref, les cases, ça ne marche pas. Mais c’est pratique pour simplifier un problème !

vendredi 9 août 2013

Double France ?

En lisant la biographie de Clémenceau (billet précédent), je me demande si la France n'est pas double.
  • D'un côté, il y a une sorte de France individualiste et batailleuse. Ses ancêtres (culturels à défaut d'être génétiques) sont gaulois. C'est la France de Clémenceau. Peut-être aussi de De Gaulle. 
  • A côté d'elle se trouve la France de la lutte des classes. Faite de possédants et de leur main d'oeuvre. Héritage de la révolution industrielle ? Du féodalisme ? Le socialisme ayant pris la place de l'église pour conserver la masse dans sa condition ? (Le Marxisme ne reprend-il pas le message catholique : le bonheur est dans un autre monde ? En faisant croire à l'Éden communiste, n'enlève-t-il pas à l'homme le désir d’améliorer son sort ici-bas ? Et l’action violente, à laquelle il pousse parfois, n'est-elle pas contre-productive ?)    

samedi 24 septembre 2016

Qui est M.Hollande ?

M.Hollande, le faux-jeton qu'on aime haïr ? Il est de gauche au sens "possédés" de Dostoïevski. N'a-t-il pas commencé sa mandature par une augmentation massive des impôts ? Par de nouvelles réglementations ? C'est un inspecteur des finances, l’Himalaya de l'incompétence satisfaite de soi, qui n'écoute rien. Ne dit-il pas que l'histoire reconnaîtra ses mérites, donc qu'il n'a rien à faire de notre avis ? Il a le physique du jouisseur. Il sourit bêtement. Il a une voix mièvre, de "couille molle", selon une expression que l'on prête à Mme Aubry. En voulant jouer les colonialistes au Mali, hypocrite gauchiste !, n'a-t-il pas attiré le Jihad en France ? N'est-il pas le jouet de Mme Merkel, qui le tient en lui autorisant un déficit qui lui est nécessaire pour acheter sa réélection ? Dans ce pacte avec le diable, ne s'est-il pas engagé à appliquer la politique Merkel ? Et faire le jeu des populismes ? etc. 

Méfions-nous des préjugés ? 
Mais M.Hollande a appelé MM.Valls et Macron. Ils sont au socialisme ce que l'eau est au feu. Et si, plutôt que de nous préparer un mauvais coup, il avait agi comme un président normal ? Élu à gauche, il a suivi l'exemple de Mitterrand. Notamment au Mali. Puis, il a vu que ça ne marchait pas. On disait que la gauche française n'avait pas fait son coming out blairien. Alors, il a appelé la tendance Rocard, la gauche de marché. 

J'entendais un enregistrement de M.Jospin parlant à des mécontents. Courageusement, il leur expliquait que ce qu'ils disaient n'était pas juste. Ce qui les rendait fous. M.Hollande a peut-être mal interprété cet incident. C'était bien de dire la vérité. Mais il aurait aussi fallu chercher à comprendre, au delà de son expression, les raisons du mécontentement. M.Hollande a-t-il cru que la vérité n'était pas bonne à dire ? Alors qu'il aurait fallu faire comme Clémenceau en 17 : se demander ce qui n'allait pas dans le pays ? Ensuite, il aurait peut-être eu, comme Clémenceau, quelques idées simples et pertinentes ? 

Quant à nous, méfions-nous des préjugés ?

mercredi 27 août 2014

Valls II, Sarkozy II, The Economist I, recomposition de la politique française ?

Gouvernement Valls II. Étonnant à quel point on y retrouve The Economist. 

The Economist apprécie beaucoup M.Valls qu'il compare depuis toujours à M.Sarkozy. Probablement avec une préférence pour M.Valls, M.Sarkozy étant insupportable, et manquant de fiabilité. L'environnement du président est aussi fort intéressant. Sa conseillère, Laurence Boone, est l'économiste que The Economist interviewe lorsqu'elle veut se renseigner sur la France. Le nouveau ministre et ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée, M. Macron ne m'est pas connu. The Economist l'adore. Il vient de chez Rothschild. Il est un fils de notables. Un peu comme la nouvelle compagne de notre président. C'est aussi le cas de l'homme à qui M.Macron était associé à l'Elysée : Nicolas Revel, fils de Jean-François et de Claude Saraute, elle même fille de Nathalie. 

Par ailleurs, on sait rarement que The Economist est très favorable au mariage pour tous et, plus généralement, à des valeurs que l'on associe maintenant à la gauche. Notamment à l'immigration. Cela vient de ce qu'il pense qu'il est "interdit d'interdire", que l'individu doit faire ce qu'il veut. The Economist est un journal à tendances libertaires, au sens où il croit à un homme sans morale, sans lien social. Le Marché permet ce miracle. En cela il rejoint les idéaux de la gauche de pouvoir, qui est postmoderniste. Proximité d'autant plus grande que cette gauche apprécie de plus en plus les mérites de l'argent, car elle découvre qu'elle est capable de se reproduire. Les Revel font des Revel ou des Ricard et les Touraine des Touraine. Idem pour les Bourdieu. L'ancienne barrière méritocratique qui faisait que le normalien n'avait pas d'enfants normaliens est tombée. (S'il ne fait pas de normalien, au moins est-il sûr de faire un énarque ou un producteur de cinéma.)

La France de Mme Thatcher ?
Ce gouvernement ressemble donc aux gouvernements Blair / Brown. S'il a les mêmes conséquences, la France de demain devrait être l'Angleterre d'aujourd'hui. C'est à dire, toujours selon The Economist, transfert de richesse du particulier vers l'entreprise ; destruction de la sécurité sociale qui profite au "paresseux" ; peu de chômage mais masse de travailleurs pauvres (la notion de chômage ne voulant plus rien dire) ; et "Français de souche" comme déclassés

Le retour du PC ?
Face à cette prise de pouvoir de la caste des héritiers (renommée par elle-même "élite") semble se reconstituer une représentation du "peuple" (au sens "masse"). A droite, il y a le FN. A gauche M.Montebourg retrouve des accents du PC. En effet, le PC, comme le FN, voit le peuple comme une "masse". Ce qui compte est l'emploi. Et ce qui fournit l'emploi c'est l'industrie de "masse". Le PC est donc l'allié naturel d'une forme de grand patronat paternaliste. 

Et de Clémenceau et de De Gaulle ?
La question qui se pose est : va-t-il y avoir reconstitution des ex partis radicaux, héritiers de la révolution et qui ont été à la tête de la République pendant l'essentiel de son existence ? Credo individualiste et moral. Mais parti instable, du fait de cet individualisme.

Peut-il y avoir un renouveau du Gaullisme, qui était supposé consolider les failles du radicalisme ? Alliance entre un dirigeant charismatique et le peuple ? Peu probable. Même de Gaulle a échoué.

Confusion
Ce qui est certain, c'est qu'il y a une grande confusion. On ne sait plus de quoi l'on parle. Les tendances politiques ont été parasitées par leurs opposés. Par exemple, M.Valls se présente comme un radical, descendant de Clémenceau, alors qu'il me semble Thatchérien. De même le PC a été infiltré par les Trotskystes et les Gaullistes par les néoconservateurs... Elles vont devoir se reconstituer à tâtons. Avec l'écueil permanent de querelles d'ego, qui font prendre un ami pour un ennemi (et un parasite pour un ami)...

(A noter que le chaos n'est pas certain : la France a la capacité de s'unir, derrière des valeurs communes.)

dimanche 15 décembre 2013

Qui suis-je ?

Une des observations de ce blog est qu’aucune idée n’est innocente. Elle est le reflet d’une vision du monde. Et, si elle est acceptée, elle a la capacité de transformer le monde selon cette vision. Cette idée vient de la systémique. Nous sommes des morceaux de systèmes, et partout où nous nous arrêtons, nous tentons d’installer notre système avec nous.

Quel est mon système ? Une piste m’a été donnée par Hannah Arendt. Pourquoi diable quelqu’un qui me ressemble aussi peu semble-t-il réagir comme moi ? Et si j’avais quelque chose en commun avec elle, et avec les gens qu’elle estimait, notamment Clémenceau, Camus et Kant ?

Je soupçonne que le point commun de tout ce monde est qu'il est sorti du peuple, grâce à l’éducation, mais sans couper ses racines (contrairement à Sartre, qu’Hannah Arendt méprisait). Peut-être que cela le place à égale distance du « collectivisme » de l'intellectuel, qui asservit le peuple par l’idée, et de l’individualiste, parasite social. C’est du moins ainsi que Clémenceau semblait se définir.

Si le système est celui de Kant, c’est peut-être un système « scientifique ». Il considère que le monde est incertain. Qu’il faut être sur le qui-vive (doute). Et que l’union fait la force. C’est un système qui reconnaît qu’il a besoin des autres systèmes. Et, même, que leur « conflit » est une dynamique nécessaire. (Cf. la vision qu’a Kant du fédéralisme.)

A suivre. En tout cas étrange exercice. Lire les autres, pour décoder sa propre pensée. 

jeudi 19 avril 2018

M.Macron et la dispute

M.Macron semble avoir un talent rare. Il aime disputer avec ceux qui ne partagent pas son point de vue. "Vous avez vos questions, j'ai mes réponses", disait Georges Marchais. Presque toujours, la discussion politique est une confrontation de monologues. La raison en est que, sans une prudence de tous les instants, il est facile de faire des erreurs fatales. Mme Le Pen, lors du débat télévisé de la présidentielle, en donne l'exemple. Voilà pourquoi :
  • Le "framing". C'est ce qu'a tenté Mme Le Pen. Il s'agit d'induire une réponse par la formulation de la question. Mme Le Pen a violemment attaqué M.Macron. Elle s'attendait à ce qu'il devienne agressif, et qu'il perde la face. Il a désamorcé l'attaque, en lui disant "pourquoi tant de haine ?". Son procédé s'est retourné contre elle. Peu de gens seraient capables de cette manoeuvre. 
  • Le bien et le mal. Nous sommes si sûrs d'avoir raison que la contradiction est impossible. Du coup, nous perdons nos moyens lorsque l'on ne nous tient pas le discours attendu. Comme Condorcet, nous devenons des "moutons enragés". Ce qui nous amène au point suivant :
  • La politesse. Nous sommes formés pour éviter le conflit. D'une part, cela nous amène à avaler des couleuvres. D'autre part, celui qui perd son sang froid perd la face. Mais la politesse n'excuse pas tout :
  • La paresse intellectuelle. Le psychologue Robert Cialdini dit que la seule chose que l'homme optimise, c'est son cerveau. Il l'utilise le moins possible. Nous ne sommes pas formés à décortiquer en temps réel la parole d'un interlocuteur. Retour au premier point, et sensibilité à la manipulation. 
D'ou, trois questions pratiques :
  • La force de M.Macron ? M.Macron est peut-être l'idéal de Socrate et des existentialistes : un homme qui a trouvé ce à quoi il croit. Comme Clémenceau, il a peut-être des principes chevillés au corps, et ces principes résistent à l'examen. Parmi eux se trouve, qui sait ?, celui selon lequel l'autre peut être convaincu par le raisonnement. 
  • Indestructible Macron ? Clémenceau, ne l'était pas. Par exemple, il lui est arrivé, dans un discours brillant, de faire sauter son propre gouvernement. (Mais c'était peut-être un acte manqué : il était épuisé par sa tâche.)
  • Comment devenir Macron ? Entraînement ? "Accouchement" à la grecque, façon Socrate ? Il faut se confronter au bain glacé de la contradiction, pour parvenir à ce qui est stable en soi ?

mardi 30 juillet 2019

Compromis n'est pas français

Je lisais une interview d'une politicienne allemande. Elle faisait du compromis l'équivalent de la prudence chez les Grecs : l'art ultime du dirigeant.

Son incapacité au compromis n'a-t-elle pas tué la 3ème République ? Elle se voulait une vraie démocratie représentative. Le débat des représentants du peuple décidait de tout. Or ces débats produisaient une instabilité chronique. Deux types d'hommes semblent y jouer un rôle fatal. D'une part ce que l'on appelle toujours des "politiques", c'est à dire des jouisseurs qui exploitent les turpitudes de la nation. De l'autre des "purs", comme Clémenceau avant qu'il devienne ministre, prêts à tout faire sauter pour une virgule mal placée.

L'Allemand pense que l'Allemand est quelqu'un de bien. En conséquence, il ne peut avoir totalement tort. Serait-ce cela la recette du compromis... et de la démocratie ?

samedi 5 février 2022

Premier 12000

Douze millième billet de ce blog. Comme à chaque millier, je m'interroge sur l'art de bloguer. 

Dans ce domaine, je dois être une sorte de dernier des Mohicans, qui blogue dans le désert. Le blog a été une mode comme les réseaux sociaux, les objets connectés, l'intelligence artificielle et bien d'autres. 

Je me souviens, en ces temps héroïques, d'avoir rencontré une journaliste que je terrifiais. J'imagine qu'on avait imposé à elle et à ses collègues de tenir un blog. Or, elle produisait, dans la douleur, un billet par semaine, alors que j'en écris plusieurs par jour. Et que je n'y consacre que quelques heures le samedi, en revenant du marché. Comment cela pouvait-il se faire ? Elle, héritière des Clémenceau et des Zola, de tous ces gens qui ont fait la gloire du journalisme français, et moi, petit rien du tout ? 

Peut-être est-ce comme cela que se font les révolutions ? Il y a le créateur, qui avait le talent, et l'héritier, qui a la position. Et l'héritier défend ses privilèges, en écrasant le talent ? Jusqu'à ce que cela ne soit plus possible ?

jeudi 1 septembre 2016

Les forces du chaos

Pourquoi notre pays donne-t-il le spectacle détestable du chaos ? A force de lecture j'en suis arrivé à une hypothèse originale. La France aurait quatre composants, regroupés en deux familles. 

La famille 1 serait formée par les forces de l'individualisme. Il s'agit de ce que l'on appelle conventionnellement la gauche (au sens socialisme) et la droite (au sens possédant) mais aussi les "sans culotte", une composante du peuple qui "casse tout", cheville ouvrière de la Terreur, et des grèves les plus violentes. Ces trois composants s'opposent tout en étant des alliés de fait. Leur arme est le chaos.

La seconde famille est la "classe moyenne". Elle met l'intérêt collectif au dessus de l'intérêt individuel. Elle est traditionnellement représentée par le parti radical. 

Il est possible que le radicalisme, tel qu'on peut le lire dans l'action de Clémenceau ou dans la laïcité, ait été une tentative pour maîtriser les tentations conflictuelles de la France. Son moyen était essentiellement "l'ascenseur social". Il s'agissait de créer une élite dirigeante issue du peuple qui administrerait prudemment le pays, en se souvenant de ses origines, dans l'intérêt collectif.

mardi 9 juillet 2019

Instabilité française

La cinquième république a pour cause notre instabilité. Durant la 3ème république, les gouvernements valsaient sans arrêt. Le général de Gaulle est revenu à un régime semi monarchique. Il ne donne pas satisfaction : un homme seul, et a fortiori un homme politique, a-t-il les capacités pour gouverner seul une nation ?

La 3ème république a probablement été construite sur le modèle des démocraties antiques. Or, ces démocraties n'étaient pas stables. Les décisions étaient prises sur des coups de tête d'une foule enflammée par un orateur. C'est ce qui semble être arrivé à la 3ème république. Le discours de Clémenceau, que l'on prend d'ordinaire pour un homme à poigne, a fait sauter moult gouvernements, y compris un des siens !

Et si ce qui manquait à l'assemblée nationale était un procédé de décision collectif efficace ? Et hop, on passe à la 6ème république ?

(Exemple de technique efficace ?)

lundi 2 novembre 2020

Identité de la France

Il y eut le temps de "l'affiche rouge", où l'on venait en France pour se faire tuer pour ses idées, il y eut un temps où ce fut une "land of opportunity", et maintenant, on y vient pour tuer ses habitants. 

Si l'on nous en veut, c'est peut-être parce que, sans qu'on le sache, nous avons une identité propre. Quelque-chose qui choque. Quelle pourrait-elle être ? Le fameux "universalisme", dont mes amis étrangers me parlent souvent, avec un sourire condescendant ? Mais qui sait encore de quoi il s'agit ? Et si c'était quelque-chose d'enseveli dans notre inconscient collectif, qui nous dirige sans que nous le sachions ?

(Clémenceau et la France : c’est un « grand peuple, celui qui avait allumé pour le monde entier la torche de la liberté. » « La France, autrefois soldat de Dieu, aujourd’hui soldat de la liberté, toujours soldat de l’idéal. »)

samedi 18 février 2017

Qui est Emmanuel Macron ?

Weber semble avoir formulé la question que nous pose M.Macron. Ethique de responsabilité ou éthique de conviction ?

La fiche wikipedia de M.Macron montre un homme de conviction. On y voit même une sorte de quête spirituelle extrêmement originale dans le monde politique. Il a fait des études de philosophie aux côtés des plus grands, après une formation scientifique, il a participé à Esprit... Il semble s'inscrire dans une "troisième" voie propre à notre culture, entre capitalisme et communisme. Ce n'est pas le militant sorti du rang ordinaire. 

Considérer la colonisation comme crime contre l'humanité est cohérent avec ces convictions : Humanité est une invention des Lumières, et Clémenceau était farouchement opposé à la colonisation. Mais agiter un terme aussi fort avec toutes ses menaces implicites s'apparente à une provocation.

Art du Trump ? Quelque-chose qui ressemble à une sortie de route, mais qui permet de faire parler de soi, et touche une sensibilité de l'électorat, ou plutôt d'un électorat décisif pour l'élection, que personne n'avait vue ? Cela révélerait un talent exceptionnel, et inattendu. 

(A suivre)

mardi 14 décembre 2021

Tolérance

La France a la particularité d'être un pays où l'on se hait. (Suite du billet publié à la même heure, hier.)

Cela est très probablement culturel. Notre enseignement, en particulier, nous serine qu'il existe à tout problème une bonne solution, et qu'elle est unique. On dit que c'est un héritage du catholicisme. 

Comment remédier au mal ? C'est la tolérance, probablement. Henri IV. 

Comment la réaliser ? Probablement par la complexité. Le monde est complexe, il n'y a pas une seule bonne solution. Pour autant, on n'est pas démunis. On peut trouver une voie dans laquelle on a envie d'aller, à condition de mettre à contribution le talent de la société, "l'intelligence collective". 

Au fond, la tolérance est ce que n'a pas su réussir la troisième République, en particulier Clémenceau et Jaurès. Certes on s'y affrontait, on y parlait brillamment, mais pour abattre l'autre. Cela a débouché sur un régime faible et instable, qui s'est fait balayer par les Nazis. 

Or, il n'y a pas de tolérance, s'il n'y a pas admiration de l'adversaire, justement pour son art et sa pugnacité. Deux militaires s'entre-tuant sont peut être plus tolérants que deux Français modernes. 

mercredi 23 juin 2021

Le socialisme est-il un colonialisme ?

Michel Rocard aurait cherché à faire la lumière sur la culpabilité du gouvernement français au Rwanda. Cela révélerait une ancienne ligne de fracture du PS entre colonialistes et anticolonialistes. (Article de Telos.)

Voilà qui est surprenant. On imagine mal un socialiste colonialiste. Il est vrai que la colonisation a été une idée de gauche. Clémenceau était bien isolé quand il s'y est opposé. Ensuite, pendant la guerre d'Algérie, c'était la gauche qui était au pouvoir. Et que F.Hollande ait envoyé des troupes au Mali m'a beaucoup étonné, en son temps. Mais tout de même. 

Y aurait-il dans certains courants de gauche un mythe nationaliste ? Ou, une forme de doctrine de la compassion ?... Extrêmement mystérieux. 

lundi 31 octobre 2016

La méthode socratique

Socrate faisait découvrir à son interlocuteur qu'il avait, au fond de lui, la vérité. D'après les témoignages que l'on donne de sa technique, il paraît qu'il pouvait faire aboutir son interlocuteur à tout et son contraire.

On dirait aujourd'hui que la méthode socratique fait émerger notre "connaissance tacite". Cette connaissance n'a probablement rien d'une vérité divine. C'est plutôt ce que notre expérience nous a permis d'accumuler, inconsciemment. Certaines choses nous paraissent "évidentes", alors qu'elles sont incompréhensibles pour le reste du monde. Socrate nous permet de les exprimer et donc de les partager.

La technique de Socrate est utile. Mais comment éviter la manipulation ? Technique Clémenceau ? "La guerre est une affaire trop grave pour la confier à des militaires." Il s'agit de ramener l'univers que l'on ne connaît pas (statistiques ou art militaire) à ce que l'on connaît. Alors, on sait tester la cohérence du propos. Si vous découvrez que ce que Socrate vous dit conduit, dans votre monde, à une impossibilité, c'est que Socrate se trompe !