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dimanche 18 août 2019

Révolution industrielle

Je me suis mis à lire la littérature anglaise du 19ème siècle. Contrairement à ce que je pensais, on y parle des aspects négatifs du progrès. L'air, du fait des fumées de charbon, était irrespirable. La campagne était retournée par les mines de charbon. Le peuple connaissait une pauvreté "monstrueuse" au sens "monstre de cirque". Et ceux qui partaient aux colonies étaient rapidement victimes de maladies tropicales.

Peut être que la vie des nations est comme celle des individus : on ne prend conscience de ses malheurs, et de ses erreurs, qu'une fois qu'ils sont passés ? C'est grâce à cela que l'on parvient à changer ?

dimanche 4 janvier 2015

Ubérisation de la société ou l’homme à la coupe

Epoque fantastique. La mode est à Uber. Le capital risque finance des Uber pour tout. Les services humains (mais pas uniquement) sont achetables en fractionné. Le secret de ce modèle est de contourner la législation et les coûts inhérents au salariat. Et d'exploiter les chômeurs, étudiants ou autres, qui sont prêts à tout. Et elles profitent d’un personnel déjà formé. Tout cela n’a rien d’un avantage concurrentiel durable. En tout cas, si elles durent un peu, il n’y aura plus de droit social, et nous devrons tous nous transformer en micro entreprises, et prendre à notre compte les charges de formation permanente, de marketing, d’assurance, de retraite… Les entreprises du numérique ont découvert que leurs produits pouvaient créer des habitudes. Elles ont maintenant des « designers de comportement ». « Il est de plus en plus facile de manipuler les esprits. » Les milliardaires du numérique sont à l’image des milliardaires du début du siècle précédent, les « robber barons ». Leur caractéristique commune est d’avoir émergé après « deux des périodes les plus égalitaires de l’histoire américaine » et d’avoir « contribué à la création d’une Amérique très différente, divisée en classes et obsédée par l’argent » ; d’avoir exploité les défaillances du marché pour ériger des monopoles ; d’être pris de la folie des grandeurs ; et de croire qu’ils peuvent « résoudre les problèmes de l’humanité ».

Nouvelles de la crise. En Grèce, le risque principal est qu’un gouvernement ne puisse pas se former. L’Espagne se prépare à de nouvelles élections. « L’éruption de Podemos, qui appelle la droite espagnole « l’ennemi » mais méprise l’ensemble de la classe politique, donne le ton d’une nouvelle ère d’affrontement, et a changé le jeu ». En Angleterre, les dettes augmentent et l’immobilier est spéculatif. Et de grandes entreprises font faillite. Les conservateurs ont-ils raison de dire que l’économie nationale est réparée ? Les pays affectés par Ebola semblent se tirer d’affaire. Mais « les gouvernements ont renforcé leur emprise et montrent des inclinations autoritaires rarement vues chez ces trois jeunes démocraties. » Une fois de plus, « ce qui a nuit au monde a profité à l’Amérique. » L’économie américaine se porte à nouveau bien. Ce qui prend à contre-pied les hommes politiques des deux camps ! Il est possible que Sony n’ait pas été piraté par des Coréens mécontents. En tout cas, l’incident « pourrait enfin encourager le Congrès à faciliter le partage d’informations sur les menaces Internet entre entreprises et gouvernement ». Le marché des actions devrait connaître des hauts et des bas. A moins d’une crise aux USA ou d’un durcissement de la politique monétaire.

Les biotechnologies arrivent au secours de l'industrie pharmaceutique. Leurs médicaments coûtent très chers et il est difficile d’en faire des « génériques ». Les systèmes d’assurance santé risquent de passer un mauvais moment. L’Arabie Saoudite veut se diversifier dans l’industrie, en attirant de très grandes entreprises mondiales. The Economist ne croit pas à ses chances.
  
Une réglementation environnementale bien conçue serait favorable aux entreprises performantes et défavorable aux autres. On essaie de transformer l’openspace cloisonné. Il dégagerait du formaldéhyde cancérigène et placerait l’homme dans des conditions de travail qui réduiraient considérablement sa productivité.

L’histoire de l’industrie du Coton ou les démons du capitalisme ? Pionnière de la globalisation, de l’innovation et de la révolution industrielle, « capitalisme guerrier » où tous les coups sont permis : protectionnisme, colonialisme, expropriation, esclavage… 

dimanche 5 octobre 2014

Au secours, l’Etat

The Economist consacre un rapport à la 3ème révolution industrielle. Contrairement aux deux autres, celle-ci détruit l’emploi. Mais aussi le capitalisme. En effet, en produisant une main d’œuvre misérable, elle réduit l’intérêt de l’innovation. On est entré dans un cercle vicieux de perte de productivité. The Economist en appelle à l’Etat. On croirait entendre Martine Aubry. Redistribution ! N’ayons pas peur des solutions radicales : pourquoi ne pas donner un « salaire de vie » à chaque homme ? De quoi vivre, quoi qui lui arrive. (Une solution nationaliste ?)
Des idées pour l'Etat ? Les infrastructures de transport. Emprunter ne coûte rien, et des études montrent que cela crée de la croissance. D’autant qu’en Allemagne et aux USA, cela fait longtemps que l’on n’a rien fait. Faut-il aussi en revenir à la retraite par répartition ? Une étude montre que « les régimes de retraite privés ont eu des rendements négatifs pour l’essentiel du siècle ». (Angleterre, France, Italie, Belgique et Espagne.) Pourquoi l’Occident est-il devenu égalitaire de 1914 à 1970 ? « Retrait de la globalisation. »

The Economist en pince pour Manuel Valls. C’est le Blair français. Mais tout le monde est contre lui. Va-t-il pouvoir mener ses réformes à bien ? Le parlement européen prend du pouvoir. En Angleterre M.Farage prend des voix à gauche et à droite. Mais la flexibilité nécessaire au discours démagogique résistera-t-elle au succès électoral ? Les USA perdraient-ils leur guerre contre l’Etat Islamique ? Ils ont bombardé un des ennemis du dit Etat. Du coup on se demande à quel jeu ils jouent. Ils feraient l’unanimité contre eux. Effrayant. La justice américaine ne fonctionne plus. Elle est entre les mains des procureurs qui jugent selon leur bon plaisir. 95% des accusés plaident coupable pour éviter l’arbitraire d’un procès. Et cela conduit à de graves erreurs : « Entre 1973 et 2004, 46% des condamnations à mort, que l’on a pu prouver prononcées à tort, étaient dues à de faux témoignages de mouchards ». Les procureurs ont un pouvoir colossal, et ne reculent pas devant la manipulation. Et la motivation de plier la justice à ses intérêts est forte « ils espèrent traduire leurs victoires de prétoire en de très rémunérateurs postes d’associé dans des cabinets d’avocats ou en plate-forme électorale pour obtenir des charges publiques. » Hong Kong veut la démocratie. La Chine ne peut tolérer une démocratie en son sein. Ce problème ne semble pas avoir de solution.

Histoires d'entreprises allemandes. Elles achètent des entreprises américaines. L’Allemagne a beaucoup d’argent à placer. Méthodiquement, elle conquiert le monde. Sa très forte culture serait un obstacle aux fusions. Mais elle apprend de ses erreurs. Rocket Internet entre en bourse. Modèle allemand : lancer des start up qui font ce que d’autres font, mais à l’allemande, c'est-à-dire mieux. Les Allemands placent leur argent dans les obligations de leur Mittlestand. Histoire d’amour.

Le monde consomme de moins en moins d’électricité. Le salut des producteurs d’électricité pourrait venir de la voiture électrique. Mais ils ne l’ont pas compris. Les sous-traitants de l’aéronautique se sont concentrés. Du coup, ils sont en position de force face aux fabricants d’avions.

Les dirigeants d’entreprise devraient lire les grands penseurs. « Les grands patrons risquent d’être tellement obsédés par le succès matériel qu’ils en arrivent à ignorer leur famille ou à violer la loi. »

Un odorat mauvais est corrélé à une faible espérance de vie. Les origines du sida remonteraient aux années 20. Un chasseur aurait été contaminé par un chimpanzé camerounais. La maladie a ensuite emprunté les voies du commerce et de l’assistance au développement, et a reçu d’occasionnels coups de pouce des périodes de chaos produites par les guerres d’indépendance. 

mardi 5 novembre 2013

Pourquoi pas de révolution industrielle ?

Mes trois billets précédents sur la destruction destructrice semblent dire que la logique de notre développement a été d'appauvrir les pauvres pour enrichir les riches. Cela ressemble au scénario décrit par Marx. Mais c'est aussi celui de la révolution industrielle. La concentration de capital entre quelques mains a permis un développement sans précédent. Pourquoi cela n'a-t-il pas été le cas cette fois-ci ? Deux hypothèses :
  • Le capital n'a pas été concentré dans les bonnes mains. Ceux qui, cette fois, se sont enrichis sont des salariés, pas des entrepreneurs. Ils ne réinvestissent pas leur capital de manière productive. 
  • Créer peut demander infiniment plus d'hommes et de ressources qu'alors. Les scientifiques de l'époque n'avaient pas besoin de beaucoup de matériel. Et leurs travaux conduisaient facilement à des applications industrielles. Or, la dernière grosse vague d'innovation (y compris Internet) provient de l'effort de guerre, seconde et froide, et de la colossale conjonction de moyens qu'il a suscité. 

dimanche 1 juillet 2012

La sélection naturelle est-elle sociale ?

Pourquoi parlons-nous une langue du sud, alors que nous sommes un pays du Nord ? me suis-je demandé. Parce que les Francs ont choisi d’être les descendants des Romains, porteurs de la civilisation ? Ce qui m’amène à une idée curieuse. Hier, ce qui était admiré était au sud. Aujourd’hui, l’Europe est dominée par les pays du nord, les barbares d’il y a peu. 

D’ailleurs, la fameuse « paresse » que l’on nous reproche n’est-elle pas la manifestation d’un art de vivre évolué ? Les classes dominantes anglaises ne donnent-elles pas l’exemple même d’une telle « paresse » ? Mais le raisonnement doit-il s’arrêter là ? Les civilisations orientales, voire l’Afrique des origines, ne sont-elles pas plus agréables que nos mondes modernes ?

J’en reviens aux théories nazies, qui voulaient que la civilisation, trop douce, soit régénérée par le sauvage ? Ou à Rousseau et Lévi-Strauss, et à leur paradis perdu ? Ou à la théorie de Spencer Wells : plus la société se développe, plus elle contraint l’homme, jusqu’à lui imposer des mutations génétiques ?

À chaque fois que l’homme a été menacé, il a trouvé des solutions sociales à ses problèmes. De ce fait, sa population a crû, mais au détriment de l’épanouissement du grand nombre.

Le plus étrange dans l’affaire, c’est que les ultra-individualistes Anglo-saxons sont probablement les principaux moteurs de cette perte de liberté. Car, d’eux vient la Révolution industrielle, qui a multiplié la population mondiale par plus de 10. Leur élite a certainement profité de l’asservissement de son prochain qui en a résulté. Mais une caste de privilégiés peut-elle se maintenir ? Poussés par leur intérêt individuel, ils font le jeu de la société, qui finira par les égaliser ?

La sélection « naturelle » ne choisit pas les individus pour eux-mêmes, mais pour servir l'espèce ?

jeudi 15 mars 2012

Inventer la roue ne fut pas de la tarte

Sans essieu, la roue n’est rien, et la bonne combinaison entre essieu, roue et chargement n’a pu résulter que d’une sorte de masse critique de découvertes (par exemple outillage métallique de menuiserie) et de conditions favorables (forêts). Un peu comme pour la révolution industrielle, il a fallu des milliers d’années pour les rassembler, et cela n’a eu lieu qu’en un seul endroit (l’Ukraine). Mais, alors, la roue s’est répandue comme une traînée de poudre…

L’invention est sociale ?

Compléments :

vendredi 31 décembre 2010

Révolution industrielle

BBC 4 parlait des « conséquences de la Révolution industrielle », hier matin.

J’en retiens que la transformation s’est faite sans beaucoup de résistance. La campagne est allée à la ville.

Le changement a été radical, pourtant. La vie est devenue urbaine, les machines et les usines sont apparues partout. La population, qui vivait jusque là au gré des saisons, avec pas mal de loisirs, a subi la discipline des horaires industriels. La vie communautaire s’est transformée aussi. Les déplacés créent de nouveaux modes de vie sociale, mutuelles (friendly societies), syndicats, communautés religieuses. Ce qui évite, peut-être, une révolution, non industrielle.

En fait cette période fut effectivement une révolution pour l’espèce humaine. Pour la première fois elle a connu une croissance démographique forte sans qu'elle déclenche une « réaction malthusienne ».

Les conditions de vie de la classe ouvrière étaient-elles abjectes ? Le niveau de vie croit dans la seconde moitié du 19ème siècle. Mais avant ? Les optimistes semblent argumenter que l'abjection était encore plus grande lors des siècles précédents. La Révolution industrielle, d'ailleurs, n’a pas eu que des désagréments. Cependant, il y aurait eu stagnation du salaire des hommes alors que la taille de la famille augmente. L’épouse n’aurait pu apporter de revenu complémentaire, ses emplois traditionnels ayant disparu.

Finalement, d’où est venu le déclin de l’Angleterre, à partir de 1850 ? En partie du libre échange, qu’elle croyait la raison de sa prospérité. Ses concurrents ont acquis à bon compte sa technologie et l’ont développée à l’abri de barrières protectionnistes. L’éducation est surtout coupable. L’Angleterre n’a pas su passer du « bricolage » des temps héroïques à une démarche scientifique, comme l’Allemagne par exemple. Les héritiers des entrepreneurs ont reçu un enseignement classique traditionnel, inadapté au développement de leurs affaires.

Compléments :

jeudi 25 juin 2009

Logique anglo-saxonne

Alan Greenspan: Private market forces are our best hope. En dépit de la crise, il n’y a pas mieux que le marché, parce que l’autre solution, la gestion de l’économie par l’état, a démontré son inefficacité (en union soviétique).

Je suis atterré par la stupidité de ce sophisme. Il revient à dire que nous avons le choix entre la peste et le choléra, et que le choléra c'est très bien parce que la peste tue.

Eh bien non, il n’y a pas que l’Union soviétique et le marché roi. Et les deux sont également hostiles à l'être humain.

S’il y a un enseignement à tirer du passé, c’est que le marché doit être fermement encadré, régulé, et qu’il est totalement incapable de faire face aux besoins les plus importants des sociétés, notamment les guerres ou les catastrophes écologiques, ou même les investissements à long terme (toujours lourdement subventionnés : aéronautique, énergies propres, recherche fondamentale...), dans ces cas le mieux que l’on ait trouvé, aux USA ou ailleurs, c’est la coordination des efforts de la nation par une organisation centralisée.

Compléments :

dimanche 24 mai 2009

Pourquoi la Révolution industrielle ?

Robert C.Allen démontre que, si la Révolution industrielle a eu lieu en Angleterre, c’est que les machines qui ont été sa marque de fabrique n’étaient pas rentables ailleurs.

La Révolution industrielle résulte d’un enchaînement étonnant de faits. L’Angleterre domine l’industrie de la laine, au moment où apparaît un marché européen ; elle se construit un empire que, à l’opposé de ses théories économiques actuelles, elle gère de manière mercantiliste. La population de Londres explose, plus de bois, il faut exploiter industriellement le charbon, qui devient « l’énergie la moins chère au monde ». La demande de main d’œuvre des villes et le commerce international enrichissent énormément l’Anglais, qui change d’alimentation, ce qui force l’agriculture à se transformer pour répondre à cette demande. Main d’œuvre coûteuse, et charbon bon marché : le terrain est propice à l’arrivée des machines. D’autant plus qu’éducation, essentielle à l’invention, et prospérité vont ensemble.

Ailleurs dans le monde ces machines ne sont pas compétitives : ou la main d’œuvre y est mal payée, ou le charbon y est trop cher. Si elles finissent par dominer la planète c’est qu’à force d’innovations, les ingénieurs anglais ont su les adapter aux conditions étrangères.