lundi 12 octobre 2009

Elinor Ostrom

Elinor Ostrom reçoit le prix Nobel d’économie.

Je cite sans arrêt un de ses livres (Governing the Commons), mais il ne m’était jamais venu en tête que le comité Nobel puisse s’intéresser à ce type de travaux.

Décidément c’est un repère de communistes (Obama prix Nobel.)

Remettre la Chine dans le rang

La zone euro est dans une situation inconfortable : la monnaie des pays anglo-saxons est sous-valorisée, et celle de la Chine est elle-même sous valorisée par rapport au dollar, doublement donc par rapport à l’euro. L’Europe est-elle condamnée à la désertification ? La nouvelle science de la spéculation pourrait nous aider (A bubble in Beijing?) :

La Chine est dans une situation propice à la spéculation : « beaucoup de liquidités, faible inflation et forte croissance sont les ingrédients parfaits d’une inflation soutenue du prix des actifs. Et il manque à la Chine un instrument anti-bulle essentiel : la capacité d’augmenter ses taux d’intérêt. »

En outre le réajustement étant inévitable, « le spectre d’un yen fort va temporairement renforcer le risque de bulle spéculative, puisque les capitaux étrangers rentreront dans le pays en anticipation d’un enchérissement de la monnaie. »

Comme dans La guerre des mondes, l’Occident pourrait-il être sauvé par ses maladies ?

Compléments :

  • La spéculation est naturellement causée par un excès de capitaux arrivant dans un pays. Trou noir.

Traité de Lisbonne, ce mystère

Quoi de plus barbant que le traité de Lisbonne ? Eh bien c’est une bombe :

Contrairement à ce que je pensais, le parlement européen n’est pas un bidule informe, mais une machine infernale à nous transformer en fédération. Tous ceux qui y entrent (du moins les partis de gouvernement) perdent leur identité et se fondent dans le combat commun : dissoudre les états et leurs particularités, leur imposer une législation unique.

Or, le traité a donné des pouvoirs nouveaux et forts à l’assemblée européenne. Elle va s'en servir certainement pour mettre un terme aux petits arrangements entre états, au conseil de l'Europe, qui protégeaient leurs intérêts particuliers (la réglementation de la City, peut-être aussi nos exceptions françaises?). Cela au moment même où le nationalisme prend du poil de la bête. Risque de conflit et d’explosion ?

Le traité a aussi installé un président (volonté de la France et de l’Angleterre) et un ministre des affaires étrangères (volonté de l’Allemagne). Mais pour ménager la chèvre et le chou, leurs rôles sont mal définis et empiètent l’un sur l’autre ainsi que sur celui d’autres institutions. Leur contenu va être déterminé vraisemblablement par la jurisprudence et l’exemple des premiers titulaires.

Bref, rien ne va plus, l’avenir de l’Europe peut prendre plusieurs directions : fédération, libéralisme triomphant, débâcle.

Compléments :

  • Finalement nous nous sommes tous cassés la tête pour comprendre la signification du traité de Lisbonne alors qu'il s'agissait peut-être seulement de donner le pouvoir de fédérer l'Europe au champion de cette fédération, l'assemblée européenne. Ne serait-il pas plus démocratique de présenter à l'électeur des modèles possibles pour l'avenir de l'Europe et de lui demander de choisir celui qui lui va, que de recourir à des nuages de fumée comme le font nos politiques ?
  • Le scénario d’avenir libéral : Wake up Europe! (Grand marché européen, réduction du coût des états - mais maintien des nations, extension de l'UE pour stabiliser ses voisins.)
  • L’Europe pourrait être à un tournant de son histoire : Forte Europe ?
  • Suite de ma réflexion sur les « droits de l’homme », je découvre une nouvelle charte des « droits fondamentaux », dont la Grande Bretagne a demandé d’être exclue. The Economist observe que le droit de grève et le droit à des soins préventifs menaçaient d’être « coûteux ».

dimanche 11 octobre 2009

Suicide et libéralisme économique

On se suicide beaucoup en France, pas que chez France Télécom. The Economist explique pourquoi :

Unable to shed staff, firms give employees meaningless jobs instead, to try to nudge them out. And big French firms, many one-time branches of the civil service, have been opened up to market competition, bringing new pressures to perform in the office or factory floor.

Un autre article dit que les conditions de travail se sont partout dégradées, le suicide n’étant que « le bout de l’iceberg » des conséquences qui en résultent.

America’s Bureau of Labour Statistics calculates that work-related suicides increased by 28% between 2007 and 2008, although the rate is lower than in Europe.

Les raisons:

  • La crise, et en particulier les transformations des secteurs des télécoms et de l’automobile.
  • Une recherche de performance croissante, déshumanisée, taylorienne. « Au Japon des entreprises vérifient même que les employés sourient suffisamment aux clients. »
  • Des entreprises qui demandent à la fois un dévouement absolu, de travailler sans compter, mais qui n’hésitent pas à se débarrasser de leurs employés.

Most employees understand that their firms do not feel much responsibility to protect jobs. But they nevertheless find it wrenching to leave a post that has consumed so much of their lives.

Compléments:

M. le maudit

Le PS attaque M. Mitterrand pour un passage d’un ancien livre, et se trouve aux côtés du Front National à défendre les bonnes mœurs.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que le coupable me paraît parler d’une histoire d’amour, de ce qu’il y a peut-être de plus important dans une vie humaine ; d’un être pris, comme dans toutes les tragédies, dans un conflit entre passion et devoir, et qui perd, comme dans toutes les tragédies. Il y aussi l’espoir fou qu’il est peut-être aimé en retour. Est-ce une illusion ?

Je me suis demandé s’il n’y avait pas là quelque chose de l’artiste maudit, que d’ordinaire l’intellectuel de gauche aime à défendre contre la morale bourgeoise.

Au même moment j’entendais la radio dire que le taux de mortalité sur la route a augmenté du fait du relâchement du comportement du conducteur. J’en suis arrivé à m’interroger sur la hiérarchisation des vices.

Compléments :

La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris

Film sur l’Opéra de Paris.

La directrice artistique serait-elle communiste ? Elle parle beaucoup de son corps de ballet, presque pas de ses étoiles, et elle dit à ses danseurs que ce qui fait leur force est moins leur génie individuel que la compétence collective de leur groupe, qui est exceptionnelle, l’une des meilleures au monde. S’ils veulent se défendre, ils doivent la défendre.

Heureusement peut-être le spectacle n’est pas aussi beau qu’à l’Opéra, la caméra introduit un écran avec les êtres vivants qui me semblent le réel intérêt du spectacle. Mais c’est remarquablement bien filmé, à tel point que l’on n’a pas l’impression que c’est filmé. Le mieux, le plus rare, est sûrement les séances de répétition, des séances sans conflit ou surviennent parfois des moments de grâce, qui laissent le maître de ballet sans voix.

À côté de ce monde d’artisans plus que d’artistes, tant ils paraissent rechercher une perfection anonyme, qui vivent en vase clos (aux danseurs, il faut ajouter les accessoiristes et les couturiers), des ouvriers (tous noirs ?) bouchent les fissures d’un bâtiment vétuste, et une cantine aussi mauvaise que toutes les cantines.

samedi 10 octobre 2009

Hold up ?

Les revenus aux USA :

le "Top 1 %" a accaparé sous Clinton 45 % de la croissance des revenus, un pourcentage évidemment déjà élevé mais qui a bondi à 65 % sous George W. Bush (…) en 2007 le Top 1 % a accaparé 23,5 % des revenus, un record depuis 1913 à l'exception de... 1928 (23,9 %) (…) le Top 0,01 %, c'est-à-dire les 14 998 familles qui ont déclaré plus de 11,5 millions de dollars de revenus, possédait 6,04 % du total, soit davantage qu'en 1928 (5,04 %). (…) "Ce ne sont pas des rentiers qui tirent leurs revenus d'une fortune passée, mais plutôt des "working rich", des salariés très bien payés ou des nouveaux entrepreneurs."

Vu l’état de l’économie américaine, on peut se demander si les riches américains méritaient vraiment leur fortune, si une partie de la société n’a pas réussi à en dépecer une autre et si son arme n’a pas été, plutôt que ses compétences supérieures, une habile manipulation des esprits.

Compléments :

Public contre privé

Une étude a été menée pour comparer l’efficacité des entreprises privées employées par l’état et du public (ANPE) dans le replacement des chômeurs.

D’un côté le CVE (public), de l’autre l’OPP (privé)

Par rapport à un accompagnement classique, expliquent les auteurs, "CVE permet d'augmenter de 9 points les taux de sortie dès le troisième mois, tandis qu'à cet horizon, l'effet des OPP est toujours non-significatif. A douze mois, CVE a un impact de 8,5 points et les OPP un impact de 6,4 points". Avantage pour le public, donc. En y regardant de plus près, les chercheurs du Crest ont remarqué que l'accompagnement par un OPP bénéficiait, en revanche, de meilleurs résultats si l'on considérait la reprise d'une activité réduite et non la sortie complète des listes du chômage.

(…) Ils se sont aperçus que l'accompagnement par les OPP, à l'inverse du programme public, ne réduisait pas le nombre de journées d'indemnisation payées. Comment se fait-il que les chômeurs trouvent plus rapidement du travail sans toutefois engendrer d'économie ? "La raison, explique M. Crépon, est que les OPP diminuent les sorties des listes du chômage pour des motifs autres que le retour à l'emploi – maladie, radiation, formation, etc." Le programme fonctionne puisqu'il "apporte une plus-value pour le chômeur", mais du point de vue de l'Unédic, "cette opération a vraisemblablement été coûteuse, puisqu'elle n'a pas réduit le nombre de jours passés en chômage et qu'il a bien fallu payer les OPP", reconnaît M. Crépon.

Le privé serait efficace (mais moins que l’ANPE ?) parce qu'il sait jouer sur la lettre (sortie des listes de chômeurs) pour trahir l’esprit de son contrat (le retour à l’emploi) ?

En outre, on n’a aucune idée des coûts comparés des programmes.

vendredi 9 octobre 2009

Obama prix Nobel

Surprenant. M.Obama est dans une situation très difficile (réforme de la santé, Afghanistan), et il reçoit le prix Nobel.

D’après Barack Obama Prix Nobel de la paix, il aurait été récompensé pour ne pas être George Bush :

En poste depuis moins d'un an, il a déjà fortement infléchi la politique étrangère américaine en optant pour une approche plus consensuelle et multilatérale. "En tant que président, Obama a créé un nouveau climat dans la politique internationale", a déclaré le président du comité Nobel norvégien, Thorbjoern Jagland, soulignant sa quête de solutions négociées.

Le Comité Nobel aurait-il tellement peur d’un retour au statu quo ante qu’il a décidé de noter dans la mémoire du monde, avant que l’histoire présidentielle ne tourne mal, qu’elle avait été marquée par des intentions louables, qui doivent impérativement inspirer les successeurs de M.Obama ?

En tout cas, il semblerait équitable qu’il partage le montant de son prix avec son prédécesseur.

Complément postérieur :

  • Le correspondant de la BBC me semble confirmer que ce prix est un encouragement à M.Obama dans son combat pour faire de l'Amérique un pays civilisé. D'ailleurs, il partage entièrement mon point de vue selon lequel c'est un prix anti-Bush.

Parapluie

Déjeuner un jour de pluie. Le tenancier du restaurant exige mon parapluie. À la sortie il ne l’a plus. Il l’a donné à un client. D’ailleurs il a un déficit de deux parapluies. Il me prête un moche à la place du mien. Que je lui rends le lendemain, après m’en être acheté un bien (même modèle que le disparu).

Et voilà la France. Notre art national est de rationaliser le vol. Notre conscience ne fonctionne que si nous risquons une sanction. Belle éducation. Et qu’arrive-t-il quand ce même Français est au sommet du pouvoir économique ou financier ? Qui vole un parapluie vole quoi ? Je préfère ne pas y penser.