mercredi 5 octobre 2011

Comment lire un livre de management ?

On reproche aux livres de management de ne rien apprendre. Curieusement, j’en ai lu un grand nombre et j’en ai tiré beaucoup d’enseignements pratiques. Comment m’y suis-je pris ?

Je ne cherche pas de solutions, mais des problèmes (les fameux paradoxes). C’est en essayant de les résoudre que je progresse. Curieusement, l’ouvrage m’apporte alors des techniques que je n’avais pas vues.

D’ailleurs, j’ai souvent vu commettre l’erreur suivante (souvent par moi, au début de ma carrière). L'homme est persuadé que si l’idée qu’il a en tête n’est pas acceptée par ses pairs, c’est faute d’une formule miracle. Ne la trouvant pas dans l’ouvrage de management qu’il lit, il le juge une escroquerie. 

Boeing et la CFAO

On m'a raconté que Boeing a voulu se passer de Catia, son logiciel de CFAO.

Or, je me souviens que l’acquisition par Boeing de Catia a été un des grands moments de la vie de Dassault Systèmes. Et que Boeing a investi énormément sur ce logiciel, notamment dans un travail pionnier de « dématérialisation ». (Les plans des Boeing sont numériques.)

Que Boeing ait envisagé de courir un tel risque est extrêmement surprenant. Cela s’expliquerait, peut-être, par le fait qu’un cadre ambitieux aurait cherché à prendre la place de ses collègues en montrant qu’ils étaient attachés à un logiciel dépassé… (Ce qui est fort classique.)

Si l’on additionne ceci aux autres malheurs de Boeing, on peut se demander s’il n’a pas été victime d’une attaque de carriérisme aigüe. Le plus surprenant dans l’affaire est que la société soit parvenue à résister et à produire des avions. L'entreprise est formidablement solide ?

Compléments :

Les pays émergents volent notre emploi

Peu d’emplois sont à l’abri de la concurrence des personnels peu payés des pays émergents (surtout pas les intellectuels). Et leurs populations sont immenses. Bientôt nous serons tous, ou presque, au chômage ? (Gurgaon grief)

Ce qu’il y a de curieux dans cette affaire, c’est que d’ordinaire, c’est la spécialisation qui défend de l’externalisation.

Les dernières décennies semblent avoir été une sorte de « déspécialisation ». Les entreprises ont amélioré leur rentabilité non en faisant mieux leur métier (innovation), mais en simplifiant leurs tâches de façon à ce qu’elles puissent être confiées à des personnels émergents peu qualifiés.

Si l'on en croit Adam Smith, on a eu droit à une forme de destruction de PIB ?

mardi 4 octobre 2011

Changement en Angleterre

À l’avènement de M.Cameron, je me suis demandé si sa « big society » n’allait pas rapidement devenir un « big mess », tant sa façon de réformer ressemblait trait pour trait à ce qui rate dans les entreprises, i.e. une inspiration idéologique, une mise en oeuvre en force. (Exemple) Cependant la manœuvre a été habile : elle a rassuré les marchés, alors que le déficit anglais est proche de 10%.

Me suis-je trompé ? En tout cas, The Economist fait un bilan désastreux des conséquences des actions gouvernementales (« débâcle des réformes de santé »…), mais reconnaît la séduction qu’elle exerce sur les marchés. Il suggère une relance. (Many miles to go)

Peine de mort

Tire ta langue de France Culture parlait de peine de mort, dimanche dernier.

L’abolition de la peine de mort me semble une invention récente. Au fond, la peine de mort est associée à des sociétés violentes. Peut-être en est-ce même une caractéristique ? Peut-être disparaît-elle parce que la logique du monde est, de moins en moins, que l’homme doit être un loup pour l’homme ?  

Météo fiable

Un Anglais a eu l’idée de chercher à corréler des règles, généralement tirées du bon sens populaire, avec l’évolution du temps. Après quelques décennies d’effort, il semble avoir mis au point une sorte de système expert plus efficace que les prévisions des ordinateurs. (Intelligent Life, septembre / ocobre 2011, The amateur weatherman who outdoes the professionals.)

L’idée est-elle généralisable ?

Compléments :

lundi 3 octobre 2011

Ayons peur

The Economist nous dit d’avoir peur. La crise est devant nous. « à un moment d’énormes problèmes, les politiciens semblent des lilliputiens. Voilà la réelle raison d’avoir peur ». (Be afraid)

Ce qui n’est pas clair est le type de peur qu’il faut avoir. Crise du type de celle des années 30, ou décennie perdue ?

Coupables ? L’Allemagne pas très résolue. Mais aussi peut-être la France, qui pour pousser un projet (fumeux et dangereux ?) de pilotage de l’Europe par les nations, accepterait, en contrepartie, le point de vue allemand… (Is anyone in charge?)

Le programme de M.Hollande

M.Hollande explique ce qui changerait s’il était élu.

Je ne vois pas grand-chose de renversant eu égard aux inquiétudes actuelles. Certes :
Il a souligné que "celui ou celle" qui remporterait la présidentielle devrait "affronter une situation comme jamais nous avons connue", et prendre "des décisions lourdes sans doute rapidement".
Mais rien de concret, sinon « qu’il s’est préparé ». (Hollande : ce qui changerait avec un président socialiste - LeMonde.fr)

À moins que son message ne soit que rien ne va changer, en dehors du pilote ? Bref qu'il ne va pas céder à la maladie endémique du socialiste : une idéologie simpliste ?

Saint Augustin

J’entendais il y a quelques jours Lucien Jerphagnon parler d’une expérience de Saint Augustin. Ce dernier observait deux nourrissons qui se jetaient des regards assassins, parce que l’un avait le sein de leur nourrice. Voilà qui prouve que l’homme est naturellement mauvais.

Curieusement, j’ai connu une expérience proche, mais que j’ai interprétée différemment de lui. Deux sœurs qui semblaient s’en vouloir à mort, depuis la naissance de l’une d’entre-elles. J’ai pensé que la première, à qui l’on avait laissé entendre qu’elle était fille unique, a trouvé injuste qu’il y ait rupture de contrat. Quant à la seconde, elle a trouvé injuste d’être assaillie de la haine de sa sœur, dès sa naissance, alors qu’elle ne pouvait être coupable de rien.

Bref, l’expérience de Saint Augustin ne dit rien sur la nature humaine, elle ne révèle que ses hypothèses préconçues. Il estime que l’homme est porteur du mal. Pour ma part je soupçonne qu’il a un sens quasi inné de la justice.

Compléments :

dimanche 2 octobre 2011

HP et le mythe du sauveur

Comme dans le village d’Astérix, où le bon poisson ne peut venir que de Lutèce, HP croit que le bon patron doit venir de chez les autres.

Or une étude a montré que plus le patron était réputé (et pouvait négocier un haut salaire), plus il était, en fait, mauvais. 

Le patron est un facteur de succès moins important que l’entreprise et sa culture. (The trouble with superheroes)

Compléments :
  • En fait, HP a choisi une personne qui a échoué par le passé à faire ce qu’elle doit faire maintenant...
  • Mauvaise nouvelle pour la France, dont les grands patrons sortent quasiment tous de l’administration ? Pas forcément : ils ont été des grands commis de l’État, ils peuvent être des serviteurs de leur entreprise et l’aider à développer ses talents, en toute humilité. Mais ce modèle, qui sous-entendait un lien étroit entre l’État et l’entreprise (la seconde exécutant les ordres du premier), mériterait peut-être d’être reconsidéré maintenant que ce lien n’est plus d’actualité.