vendredi 6 avril 2012

L’université détruite par l’argent ?

On me parle du salaire d’un professeur d’université, l’autre jour : 120.000€.

C’est beaucoup et peu. C’est énorme par rapport aux usages français, mais c’est faible par rapport à ce qui se pratique aux USA. Pour ce prix, on a un international de seconde zone. Un Indien ou un Chinois. Les Français ne sont pas supposés assez bons. À moins qu’ils aient enseigné aux USA, mais alors ils y restent, car l’Amérique sait retenir les gens exceptionnels.

Va-t-on vers une inflation salariale monstre dans l’université ? Mais si l’on adopte les salaires de l’Amérique, il faut aussi prendre son modèle. Le coût d’une licence dans une bonne université est de l’ordre de 200.000$.  Un Master coûte de l’ordre de 100.000$ de plus. Avec de tels prix, l’Amérique est parvenue à rendre héréditaire sa classe supérieure. Était-ce le projet de notre gouvernement ?

Compléments :

Système immunitaire collectif


Lorsqu’une fourmi est attaquée par des fungi, ses congénère lui viennent immédiatement en aide, en absorbant une partie des dits fungi.

Cela permettrait à la première fourmi de ramener l’attaque à un niveau que son système immunitaire sait traiter, et cela immuniserait le reste de la colonie. Elle aurait donc une forme de système immunitaire collectif.


Au fond, il en est de même des humains : lorsqu’un individu est attaqué, la société conçoit un vaccin pour protéger les autres. 

Guerre des générations

L’inattendu du travail de Dominique Delmas sur Konrad Lorenz est la révélation que les années 60 ont été pour certains l’annonce de la fin du monde. Cela paraît étrange, aujourd’hui, qu’une période de paix et de plein emploi, de bonheur tranquille pour beaucoup d’Occidentaux, ait pu susciter une telle angoisse.

Peut-être y a-t-il là une loi de la nature ? Celle appelée par les scientifiques « du jeune et du vieux con » ?

Lorenz dénonçait la génération de la consommation, qui, elle-même, l’accusait d’avoir une guerre mondiale et un génocide sur la conscience. Aujourd’hui, nous condamnons la génération Y, qui nous demandera demain des comptes quant au chômage auquel nous l’avons livrée…

Mais ne sommes nous pas les parents de nos enfants, ne nous doivent-ils pas leurs vices ? Et, à l’envers, ne leur remettons-nous pas les clés du monde, donc, s’ils périssent, n’en seront-ils pas plus responsables que nous ?

Et si la haine intergénérationnelle était un moyen de ne pas assumer ses responsabilités ? Et si nous devions nous préoccuper de faire changer le monde, plutôt que de nous insulter ? Et si nous étions enfin responsables ?

jeudi 5 avril 2012

Pourquoi nous insultons-nous ?

J’ai observé ce que dit Dominique Delmas dans La dialectique de l’expert. Lorsque que l’on plonge au cœur des disputes humaines, on trouve une solution qui satisfait tout le monde. Cette solution n’est pas un compromis mais une amélioration nette et inattendue de l’ordre préexistant.

Alors, pourquoi n’utilise-t-on pas la « dialectique » plus souvent ? Deux observations personnelles :
  • Les personnes qui sont les plus critiques de la société, en France et dans d’autres pays latins, sont les moins prêtes à faire bouger les choses.
  • Ce blog a noté à plusieurs reprises qu’aux USA et en Angleterre, il était usuel de s’en prendre à l’État ou à l’Europe, tout en en dépendant de plus en plus de lui, ou sans vouloir la quitter.
Deux exemples de stratégies « innovantes » (au sens de Robert Merton, i.e. tricher) : s’en prendre à l’autre permet de se masquer ses faiblesses, ou de masquer à la société des manœuvres que la morale réprouve ? 

La justice est-elle relative ?

Dominique Delmas cite un juriste allemand qui affirme péremptoirement qu’il existe un droit naturel, propre à tous les peuples. La justice est universelle et, au fond de nous, nous savons ce qui est juste.

Pascal disait pourtant : « Vérité en deçà des Pyrénées, mensonge au-delà » (repris de Montaigne.) Pour beaucoup d’Américains, le riche crée la richesse, l’impôt est un vol, et celui qui en profite, le pauvre, un criminel. Pour beaucoup de Français, le riche doit sa richesse aux imperfections de la société et il est « juste » qu’elle la redistribue. Pour certains, il est juste que l’individu se sacrifie pour le groupe, pour d’autres, l’homme a des droits inviolables. Pour d’autres encore, les droits de l’homme ne s’appliquent pas de la même façon à tous. Par exemple, en Angleterre les prisonniers perdent le droit de vote.

En bref, la notion de justice est probablement universelle. Par contre ce qu’elle recouvre ne l’est pas. Chacun voit midi à la porte de son expérience et des intérêts de son milieu. Plus exactement, la justice correspond probablement aux règles de cohésion du groupe auquel on appartient. 

Les provisions de Margaret Thatcher

Crise de 1974. Margaret Thatcher, qui est alors membre du cabinet fantôme conservateur, est « démasquée » pour avoir « stocké une énorme quantité de conserves ». Elle explique qu’elle doit l’idée à un certain Jim Slater :
interrogé sur le ton de l’amusement sur ce qu’il faut faire dans la situation actuelle, sa réponse avait été : de grosses provisions de conserves de haricots, une bicyclette, de l’or et un fusil. (Tiré de KYNASTON, David, City of London, Chatto et Windus, 2011.)
Au fond, Margaret Thatcher était un esprit simple qui pensait affronter les forces du mal. C’est probablement ce qui a fait sa force : une caricature d’idéologie à laquelle elle croyait dur comme fer. 

mercredi 4 avril 2012

Les photos nuisent aux jolies filles

Apparemment, une jolie fille a tout à perdre à mettre sa photo sur son CV. Pourquoi ?

Parce que les recruteurs sont des femmes… (Don’t hate me because I’m beautiful)

Pourquoi le divorce ? Le mariage est contre nature

Au moment où j’entrais dans un restaurant, un soir il y a peu de temps, un jeune homme ouvrit brutalement la porte, l’air dur et fermé. Une jeune femme sur ses talons, ses poings lui martelant le dos, hurlait : « Pauvre type ! Reviens, je veux que tu sois gentil avec moi ! ». Cette supplication poignante et contradictoire illustre le schéma que suivent le  plus souvent les couples en difficulté. Elle demande un engagement, il se replie sur soi.
En préparant un cours sur la systémique, j’ai retrouvé cette citation de Daniel Goleman.

Le divorce s’expliquerait en grande partie parce que l’homme et la femme réagissent différemment à l’émotion. La femme tend à l’exprimer, l’homme à l’éviter. La relation homme femme est donc, paradoxalement, instable par nature, et peut très facilement entrer dans une forme de cercle vicieux.

Mais pourquoi découvrons-nous seulement ce phénomène aujourd’hui ? me suis-je demandé. Parce que le mariage est un phénomène social en perpétuelle réinvention. L’intimité qui est demandée aujourd’hui au couple est une nouveauté sans précédent, une sorte d’abstraction contre nature. Du coup, les individus doivent faire face à des situations pour lesquelles ils n’étaient pas préparés. 

Compléments :
  • Pour une histoire du mariage au cours des âges : COONTZ, Stephanie, Marriage, a History, Penguin books, 2005. Et la citation de Daniel Goleman : GOLEMAN, Daniel, Emotional Intelligence, Bloomsbury, 1996.
  • Et si le seul mariage stable était homosexuel ?

Despair

Film de Rainer Werner Fassbinder, 1978.

Théâtre filmé, mais comme on le filme rarement. C’est une sorte de chorégraphie. La caméra tourne autour des acteurs en passant, curieusement, derrière les murs et les cloisons. Étonnant succès technique. Les mouvements des acteurs eux-mêmes semblent calculés pour faire rencontrer à chacune de leurs actions une partie du (très esthétique) décor probablement lourde de sens.

Quant à l’argument, il semble que l’on y parle d’une sorte d’aristocrate qui apparemment veut faire une œuvre d’art de sa vie, et qui, pour cela, tue le seul être humain de la pièce. Tout ceci sur fond d’une représentation conventionnelle de la montée du nazisme. Faut-il y voir une parabole ?

Bref, trop intello pour moi. 

mardi 3 avril 2012

La dialectique de l’expert

Connaissez-vous le métier d’expert auprès des assurances ? Je vais vous l’expliquer en un cas, comme à Harvard. Vous y verrez qu’il n’a rien à envier au Juge Ti, selon Christophe FAURIE.

Tout commence par l’appel du service sinistre d’un assureur. L’entretien est bref. L’expert repose le combiné. Il relit ses notes. Il a tiré un dossier explosif.

Le dossier
Les parties prenantes du sinistre :
l'assuré : un sous traitant d'un fabriquant de produits pharmaceutiques étranger
le tiers : le laboratoire pharmaceutique
l'assureur à deux têtes : le siège et l'agent local
et l'expert en Responsabilité Civile

Le résultat de l'expertise initiale :
L’origine du sinistre est rapidement connue, acceptée et assumée : une contamination bactérienne sur un lot sur lequel le sous-traitant est intervenu
la relation contractuelle entre les deux partenaires étant clairement établie, la prestation définie, le prix convenu, la responsabilité du sous traitant est donc évidente.

Ça se complique
Reste la définition de l'indemnité à verser au tiers.

L'expert découvre un accord contractuel entre les deux partenaires. Il définit les modalités d'indemnisation en cas de litige. Cet accord a été respecté et le fabricant indemnisé. Pour ce dernier le dossier est clos.
L'expert indique que cet accord n'engage pas l'assureur du sous traitant et qu'il souhaite donc en connaître la teneur pour évaluer l'indemnité due.

Le fabricant ayant déjà été indemnisé et voulant protéger ses secrets de fabrication filtre ses informations à l'expert. Celui-ci doit calculer alors avec impartialité une indemnité sur la base des informations connues et de l’état de l’art du métier. Résultat : le sous-traitant serait remboursé du tiers de l’indemnisation qu’il a payée.

Et ça devient explosif
  • l'assuré (le sous traitant) est furieux et menace de ne plus livrer son donneur d’ordre.
  • l'agent d’assurance prend peur : le contrat vendu à son assuré (le sous traitant) était-il inadapté?
  • le fabriquant se braque : pas question de livrer les modalités de calcul de ses prix de revient
La dialectique de l’expert
Et voilà, on est revenu au début du cas : l’assureur appelle un nouvel expert pour démêler la pelote.
Le dit expert interroge les protagonistes de l’affaire. Voici ce qu’il apprend :
  1. L'agent redoute de perdre son client, et sa réputation. Il critique le premier expert.
  2. Le fabricant, première rencontre : êtes vous sûr d'être bien protégé par votre accord contractuel pour tout sinistre???
  3. L'assuré (le sous traitant) : je veux travailler avec le fabricant mais pas avec un accord inadapté.
  4. Le fabricant, deuxième rencontre. L’entreprise utilise un procédé très particulier qui consiste à travailler avec des souches bactériennes vivantes. Ce travail sur le vivant impose de la souplesse au mode de fonctionnement du fabricant.
Résultat :
L’expert réalise alors que le contrat auquel s’accroche le fabricant n’est pas dans son intérêt. Soit le sinistre porte sur des petites quantités, et l'accord contractuel est pénalisant pour le sous traitant et le fabricant peut être attaqué (enrichissement sans cause). Soit le sinistre est important, et le fabricant est très mal protégé.

Curieusement, on trouve alors une solution mutuellement satisfaisante.
Le fabricant renonce à son accord type, et accepte que l’indemnisation se fasse « à dire d'expert selon la réalité du sinistre » (c'est-à-dire en utilisant le calcul initial fait par l’expert). Ce faisant, il est soulagé de s’être tiré d’un contrat dangereux.
L'assuré est ravi, il peut reprendre sa collaboration sur des bases certaines et justes.
L'agent a pu démontrer à son client qu’il était efficace et son contrat adapté.
Le siège de l'assureur est soulagé d’avoir évité une crise.
Le premier expert est heureux que sa compétence ait été reconnue.

Et voilà, les mérites de la dialectique ont été à nouveau démontrés, se dit le second expert. N’est-ce pas comme cela que l’on construira un monde durable ?
Mais le dossier explosif menace l’expert, comme l’insecticide l’abeille… sa vie est une vigilance sans fin.