vendredi 17 avril 2009

Changement et deuil

L’article de Wikipedia sur le changement, dont il est question au billet précédent, ne parle pas que du changement comme un dégel, mais aussi comme un deuil.

Là, ça me semble une erreur. Pourquoi le changement serait-il une perte à laquelle on se résigne ? Non, le changement est un renouveau. Si, probablement, il est juste de parler, pour le début du changement, des premières phases du deuil, un changement réussi, c'est la découverte d'un nouveau potentiel, l’apprentissage d’une nouvelle vie, une nouvelle enfance.

C’est ce qu’a raté la Chine : Chine et Occident : dialogue de sourds.

Changement d’état

Wikipedia consacre un article indigent à changement.

Sa définition de changement : passer d’un état à un autre. Que signifie « état ». La même chose que les états de la matière, solide, liquide, gazeux ? Le changement est une transition de phase ?

Rappel de ma définition. Tout groupe d’hommes est dirigé par des règles, qui « l’organisent ». Le changement modifie ces règles. On passe d’une organisation à une autre.

Il y aurait une sorte d’équivalence entre le groupe humain et le groupe de molécules : une organisation qui régule leurs mouvements. C’est cette organisation qui définirait leur « état ». Ce qui irait dans le sens de Kurt Lewin, pour qui le changement est un « dégel ».

Compléments :

Obama divise

Phénomène rare, Barak Obama semblerait faire la quasi unanimité des Républicains contre lui.

Ce n’est pas courant qu’un tel rejet s’exprime aussi vite, et ce n’est pas le moment.

Barak Obama va-t-il se révéler, en un temps record, une illusion ?

Qui est Barak Obama ?

La créature du dr Geithner

La finance américaine à son sommet.

Le patron de la banque centrale américaine imprime massivement de l’argent, et le fait savoir, pour déclencher une grosse inflation qui va liquider les multiples dettes de la nation. Bien sûr, il pourrait y avoir quelques effets imprévus, comme ceux observés en Allemagne dans les années 30. Mais sans risques, où est le plaisir ? C’est un coup de poker, comme on les aime dans le nouveau monde.

Quand aux grandes banques, elles ont annoncé des résultats particulièrement bons. Mauvaise nouvelle ?

  1. Ils viennent des salles de marché, du « fixed income market », le marché obligataire, de la dette. Pourquoi ? Parce que la crise a liquidé leurs concurrents, les prix remontent ! C'est la rançon du monopole. Ces bénéfices vont leur permettre un tour de passe-passe d’anthologie :
  2. En annonçant leur bonne santé retrouvée, elles dénoncent celle de leurs consœurs, et précipitent leur faillite. Alors que le gouvernement essayait de les sauver. 2 autres effets vont dans le même sens :
  3. Elles vont rembourser les crédits apportés par le gouvernement. Les bonus sont de retour. L'agréable ce joint à l'utile : elles vont pouvoir recruter les équipes de leurs concurrentes.
  4. Le fait que leurs autres activités soient déficitaires signale non seulement que l’économie américaine va mal, mais aussi que les affaires de leurs concurrents (qui n’ont pas de salles de marché) aussi.

Curieux : le gouvernement américain a renfloué l’assureur AIG, pour qu’il puisse honorer ses promesses et payer, par exemple, 12md$ de primes d’assurance à Goldman Sachs. Ce faisant, il a sauvé ses principales banques des conséquences de leurs malversations. Et, aujourd’hui, elles profitent à plein de la crise qu’elles ont suscitée. (Bizarrement Henry Paulson, ancien ministre des finances américain avait été auparavant PDG de Goldman Sachs. Et le chef de cabinet de l’actuel ministre des finances était un lobbyiste de Goldman, qui a tué une tentative de réforme des bonus du sénateur Obama…)

Les apprentis sorciers du gouvernement américain auraient-ils créé une créature monstrueuse dont ils sont devenus les pantins ?

Sources :

jeudi 16 avril 2009

Métamorphose du dirigeant ?

Il y a quelques mois je m’interrogeais sur les caractéristiques des dirigeants des grandes entreprises (Qui sont nos dirigeants ?). Celles-ci évolueraient-elles ?

C’est ce que dit Flight of the locusts. Les fonds « activistes » qui, par une analyse financière, « créaient de la valeur » en mettant en pièces des entreprises, sont en déroute. Résultats : les entreprises redécouvrent les vertus du long terme ; les financiers perdent leur influence ; connaître le métier de l’entreprise devient un atout dans une carrière de manager.

Compléments :

mercredi 15 avril 2009

La pensée en Chine aujourd’hui

La pensée en Chine aujourd’hui, sous la direction d’Anne Cheng, Folio, 2007. Un groupe d’essais par des sinologues importants.

Il évite l’effet hétéroclite que donne d’ordinaire ce type de travail (où chacun tend à parler de ce qui l’intéresse sans considération pour l’impression d’ensemble que cela donne), mais est-ce que cet assemblage pas terriblement exhaustif de travaux est représentatif de ce qui se pense en Chine ? En tout cas voici ce que j’en ai retenu :

Un changement douloureux
L’histoire de la Chine est celle d’un changement extrêmement difficile, et qui est loin d’être fini.
Tout d’abord, la Chine, qui se voyait comme la seule civilisation mondiale environnée d’un chaos informe, a mis fort longtemps à prendre conscience de ce qui lui arrivait, que ces « petits barbares », ces sous-hommes occidentaux, méritaient le moindre intérêt. Ensuite, il semblerait que toute son histoire récente, celle de ses révolutions, ait consisté à chercher la formule magique qui lui rendrait sa place centrale, par un « grand bond en avant ». À chaque révolution, elle a cru avoir trouvé le régime étranger qu'il suffisait de copier pour opérer le miracle.
Ce que la Chine craint plus que tout au monde, semble-t-il, c’est la mondialisation. Probablement parce qu’elle menace ce qu’elle a de plus cher : sa culture.
Elle semble avoir résolu la question en décidant que la force de l’Occident est sa technologie. C’est elle qu’il faut adopter pour revenir à la surface. De ce fait, l’essence peut rester chinoise.
La culture occidentale paraît à la Chine une monstruosité qu’elle tente d’acclimater en essayant d’être le moins contaminé possible. Cette approche théorique du changement fait que la Chine cherche les secrets du succès occidental en aveugle. Elle les attribue à ce qui est le plus visible (la religion, la philosophie…) et elle essaie de le copier, en pensant que ce mélange va régénérer sa culture. Et cela donne des inventions originales : philosophie chinoise, médecine chinoise traditionnelle (inventée ces dernières décennies), nouvelles religions…
Quand à des notions culturelles telles que la « démocratie », mystère complet. Arme de destruction culturelle massive de l’Occident ? Peut-être que chaque nation doit donner sa définition à un tel concept (après tout l’Occident ne s’est pas fait en un jour) ? Et si la Chine devait proposer des modèles alternatifs, mais tout aussi universels ?...
D’ailleurs, ce que nous prenons pour des dissidents (Liu Xiaobo) seraient des champions des valeurs de la Chine éternelle bafouées par un gouvernement indigne, non le prototype d’un citoyen occidental.
La Chine a été conduite à remettre en cause une à une tout ce qui comptait pour elle, pensant à chaque fois que c’était cette part de la tradition qui l’empêchait de s’adapter. Elle a même songé à réformer son écriture. Pourtant, elle semble jouer pour le Chinois un rôle aussi important que celui de la parole (ou plutôt de la raison) dans notre civilisation occidentale.

Le bout du tunnel ?
Le succès récent de la Chine a transformé son point de vue. Dorénavant elle est certaine que c’est sa nouvelle culture qui fait son succès. Et elle pourrait vouloir donner des leçons au monde, n’est-ce pas comme cela que se comporte l’Occident ?

La chine éternelle
Pas étonnant qu’un montage aussi compliqué et théorique soit difficile à saisir pour nous. Rien à voir avec le mystère de l’âme orientale…
D’ailleurs, on entraperçoit dans ces essais ce qui constitue peut-être la Chine éternelle, et ce qui s’entend d’ailleurs mal avec nos valeurs. La civilisation chinoise préfère les proches (« les devoirs décroissent à mesure que l’on s’éloigne du noyau familial »), respecte les anciens, est loyale vis-à-vis de la famille, efface l’individu devant le groupe, a un « devoir de vengeance ». Tout ceci ne colle pas avec nos impératifs « d’amour universel », « d’égalité entre tous », « de lois universelles égales pour tous ».
Bizarrement, elle a pourtant beaucoup à nous apprendre. Elle a découvert il y a bien longtemps ce que notre science ne fait qu’entrapercevoir. Elle a une vision sociologique du monde, le réseau étant plus important que l’individu, qui est façonné par la société. Pour elle le temps n’a pas de sens : en fait la société passe d’une configuration à une autre, l’intéressant est le mécanisme de cette évolution. D’ailleurs contrairement à notre vision fractionnée du monde, elle tend à substituer le continu, chaque situation portant le potentiel de sa transformation.
Elle n’avait pas de réelles religions, et donc de guerres de religions : confucianisme, taôisme et bouddhisme travaillaient main dans la main pour apporter une morale pratique à la population.
Je m’interroge : pourquoi ne semble-t-elle pas savoir utiliser ses forces ? Parce qu’elle n’est pas orientée vers l’action, vers la rationalité au sens de Weber, c'est-à-dire la recherche de l’atteinte d’un objectif ? Ce qui a fait le raffinement de la culture chinoise serait-il une parfaite et subtile maîtrise de règles parfaites et subtiles ? La satisfaction que doivent ressentir de grands maîtres d’échecs s’affrontant ? D’ailleurs, « le barbare qui connaît les rites est un Chinois ». La Chine est avant tout un monde de rites, du statu quo ?

Leçon de changement ?
Quelques réflexions personnelles pour finir. Contrairement au Japon, la Chine n’a pas eu soif d’apprendre de l’Occident (« quitter l’Asie et rejoindre l’Europe »). C’est pour cela qu’elle souffre autant d’une transformation qu’elle fait à contre cœur.
Les psychologues diraient que son deuil n’est pas complet, elle n’a pas trouvé de nouveau sens à sa vie. Au lieu de se réinventer, elle est amarrée à ce qui n’est plus qu’un fantasme. Elle a triché avec le changement. De ce fait, son moteur est faible, elle avance « à l’énergie ». Ne va-t-elle pas s’épuiser, et connaître une nouvelle contraction, un peu à l’image du Japon qui, lui aussi, semble avoir été rattrapé par son passé ?
L’exemple chinois montre aussi les limites de la croyance (culturelle) anglo-saxonne en la globalisation : elle nie la dimension culturelle de l’homme, or celle-ci ne disparaît jamais.

Compléments

Scénario « trou noir » : confirmation ?

Martin Wolf, important journaliste économique du Financial Times, reprend l’analyse de Simon Johnson (Trou noir).

Il dit ne pas être tout à fait d’accord avec lui. Mais je ne vois pas où. Il approuve l’hypothèse d’une oligarchie américaine dominante qui ne veut pas se remettre en cause, alors que le chaos menace. Peut-être, seulement, est-il choqué que Johnson dise que l'Amérique de Lincoln est dans la même situation que la Russie de Poutine : « dans beaucoup d’économies émergentes, la corruption est massive et déclarée. Aux USA, l’influence vient autant d’un système de croyances partagées que du lobbying » ?

En tout cas, le problème reste le même : un pays irréformable. « Les USA sont pris entre la peur de la faillite de l’élite et la répugnance pour les plans de sauvetage du public ». Pour Wolf, il va falloir envisager la faillite.

J'en tire deux observations :

  1. Le gouvernement américain semble dans une situation décrite par le sociologue Merton : il est face à un problème qu’il ne sait pas résoudre. Pour s’en tirer, il est en grand danger de faire appel à « l’innovation », à la triche.
  2. Plus bizarre : la force de Barak Obama c'est d’être capable d’affronter ce type de problèmes et de leur trouver une solution « conforme ». Mais que fait-il ?
Complément :

mardi 14 avril 2009

Eric Rohmer (2)

Le Signe du Lion, premier film de Rohmer (1959).

Ça ne ressemble pas du tout à du Rohmer. Ça ne cause pas, c’est trop long, lourd, triste, inhomogène, sans originalité. Bien sûr, il y a quelques signes avant-coureurs : des débuts de tirades qui auraient pu être littéraires, philosophiques et interminables, mais qui s’arrêtent court ; des moments qui pourraient faire penser que le film aurait pu être un gentil amusement s’il n’avait pas mal tourné. Rohmer ne s’est pas fait en un jour.

L'intérêt du film, peut-être, est qu'il fait comprendre la particularité du style du vrai Rohmer. Il n’aborde que les petits désagréments de la vie, pas le malheur (ici on traite de l’exclusion de la société). L’art de la parole de ses personnages est particulier, il ne peut être, probablement, que le fait d'acteurs non professionnels, sans quoi il est assourdissant, épuisant. Ici, il y a, de temps à autres, quelques acteurs et futurs acteurs professionnels qui jouent comme on devrait le faire dans un film, et ça ne passe pas. C’est trop bruyant, d’ailleurs ils dénotent : ils font acteurs et pas gens comme tout le monde.

Complément :

  • Eric Rohmer (PS. Une recherche me montre que ma découverte de Rohmer date probablement de 22 ans : L’ami de mon amie.)

L’influence disproportionnée de la France

Conservative Anti-European Rhetoric Reflects Distinctive Southern Attitudes rappelle que la France, en particulier, est un sujet de répulsion pour le Républicain américain, un épouvantail qu’il agite avec satisfaction.

Or, semble-t-il, la haine du Français n’est pas générale mais circonscrite aux états du sud.

Ce texte me fait me poser la question suivante. Économiquement, culturellement, militairement, la France n’est rien. Même en Europe son poids est modeste. Comment se fait-il qu’un tel nain puisse attirer autant l’attention sur lui : Chine, USA… ?

Peut-être est-ce son statut passé de grande puissance, qui est un rappel à tous qu’une décadence totale peut frapper brutalement, sans crier gare ? Ou la France permet-elle de donner un avertissement sans frais à de plus dangereux pays : on peut frapper quelque chose qui veut ressembler à une grande puissance, mais qui n’a aucun moyen de riposte ?...

lundi 13 avril 2009

Scénario pour Hollywood ?

Grand classique du film américain tiré d’une histoire vraie (Serpico, American gangster…) : une corruption massive des services de l’état, généralement de la police. Cette fois-ci les cercles gouvernementaux seraient concernés.

Fouad Sassine mène l'enquête et m’envoie des éléments qui complètent ceux que j’avais trouvés la semaine dernière.

  • Un premier article explique que l’affaire Madoff avait été repérée et dénoncée depuis longtemps aux autorités de régulation du marché, qui, bizarrement, n’avaient rien fait. Par ailleurs, Bernard Madoff semblait avoir monté un mécanisme de « lobbying » (corruption ?) efficace.
  • Pour un second article (où l’on retrouve les informations qui apparaissent dans ce blog), on est en face, en ce qui concerne la gestion de la finance américaine, d’une fraude énorme, obéissant au même principe que celle de Madoff, mais infiniment plus importante. Elle est couverte par le gouvernement parce qu'il ne sait pas comment faire autrement.
Effectivement, les techniques utilisées par les banquiers ressemblent à celles d’Enron, or son dirigeant a été condamné à plus de 25 ans de prison, et son auditeur (Arthur Andersen) a été mis en faillite.

On attend le héros.

Compléments :