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lundi 27 juillet 2015

Vasco de Gama

Un livre qui aurait fait beaucoup de bruit au Portugal. En effet, Vasco de Gama y est une figure nationale, peut-être à l'image des pères fondateurs américains, or, ici, il ne paraît pas héroïque. En fait, il ne paraît pas très clairement. En effet, on a très peu d'informations sur cette période. Et le livre, écrit par un citoyen indien, qui enseigne aux USA et au Collège de France, parle couramment portugais, et apparemment entend aussi l'arabe, est construit sur les textes d'époque.

Les grandes explorations sont un prolongement des croisades. Elles sont d'ailleurs menées par des ordres religieux. Reconquista : les Portugais et les Espagnols chassent les Musulmans de leurs territoires. Puis ils les pourchassent partout dans le monde. Ils espèrent ainsi libérer Jérusalem. Il y a plusieurs raisons, probablement, à cette nouvelle croisade : idéologie, au moins au début, s'enrichir et faire du commerce, mais aussi éloigner des nobles qui sont en conflit permanent avec un pouvoir royal qui veut s'affirmer. 

Gama est un nobliau à qui, semble-t-il, on confie une escadre parce que, n'étant pas très précieux, on peut se permettre de le perdre. Mais il a un coup de chance, et arrive jusqu'en Inde. C'est un rustre, peureux et vaniteux, qui tire avant de réfléchir, et qui massacre beaucoup. Mais, sa réussite lui vaudra le statut de vache sacrée. Quant aux Portugais, ils font triste figure. L'Océan indien est le terrain d'un commerce intense entre des sociétés sophistiquées. Les Portugais y arrivent comme des éléphants dans un magasin de porcelaine. Ils sont étonnamment primitifs. Un curieux mélange d'illumination et de méchanceté. Ils voient des "Maures" (musulmans) partout. A tel point qu'ils prennent les Hindous, puisque ce ne sont pas des Maures, pour des Chrétiens. Surtout, ils sont pauvres. Ils n'ont rien à échanger contre les marchandises de la région. Par nature ou par nécessité ce sont des pirates. Ils viennent dans l'Océan indien pour s'enrichir personnellement. La corruption est ce qui caractérise le mieux les systèmes de gouvernement qu'ils tentent d'installer. C'est leur haine de l'humanité et leur armement qui font leur force ? Greed and fear, comme disent les Anglo-Saxons ? 

Ce qui rappelle les théories nazies. Et si la force de l'Occident avait été une méchanceté d'intellects limités ? Et si c'était le sort des civilisations évoluées d'être victimes des attaques de ce que nous nommons aujourd'hui la "barbarie", sans peut-être comprendre à qui s'applique le mieux ce terme ?

(SUBRAMANYAN, Sanjay, Vasco de Gama, Points Histoire, 2014.)

dimanche 23 novembre 2014

Lutte (désespérée) entre M.Poutine et les forces du marché ?

La Russie serait dans une mauvaise passe. Ses capitaux la fuient. Libérez les forces du marché ! dit The Economist à M.Poutine. Mais, il semble vouloir empêcher l’aliénation de son pays par le dit marché. Pour le contrôler il utilise une clique de copains. Ils sont inefficaces et corrompus. On ne peut rien contre le marché ? Rendez-vous, vous êtes cerné ?

Les sénateurs américains voudraient priver la Russie de SWIFT, le système d’échange interbancaire. Arme extrêmement efficace. Mais The Economist craint qu’en montrant trop ouvertement qu’il est aux mains des forces du bien, celles du mal, Chine et autres émergents ainsi que mafieux et terroristes, n’utilisent d’autres voies. Elles deviendraient alors incontrôlables et inespionnables.

Au sujet de la corruption. Elle toucherait le Portugal. Comme beaucoup d’autres pays en difficulté, il vendrait sa citoyenneté en échange d’investissement dans l’économie locale. Cela conduirait naturellement à la malversation. Vous voulez une augmentation de salaire ? Offrez-vous un consultant spécialisé dans la paie. Uber est un digne représentant des nouvelles sociétés technologiques : tous les coups sont permis pour réussir. Maintenant, il cherche à intimider les journalistes qui ne disent pas de bien de lui. (Demain, il placera un contrat sur leur tête ?) Mais le marché vote avec son argent. L’esprit Silicon Valley a de beaux jours devant lui.

« Plus d’un tiers des sociétés minières et d’exploration sont canadiennes ». Mais leur comportement à l’étranger suscite des mécontentements, ternissant l’image du pays. Son gouvernement est leur ami, parviendra-t-il à les ramener à la vertu ?

En Allemagne, l’heure n’est toujours pas à la dépense. En France, M.Sarkozy refait surface. Mais il a perdu beaucoup de supporters. Mme Mogherini, remplaçante de Mme Ashton, se révèle une femme à poigne. L’Etat Islamique se ferait plus d’ennemis que d’amis. Aux USA, la dépendance à l’héroïne se répandrait. Ce serait les traitements médicaux qui créeraient l’habitude. Le fléau ne touchant plus uniquement les pauvres, le gouvernement va réagir. Après de multiples revers, les transports en communs s’implanteraient au sud des USA. Cela permettrait aux pauvres d’avoir accès à l’emploi. Les institutions tendent à avoir des couleurs politiques. Goldman Sachs est massivement républicain et Harvard massivement démocrate. M.Obama lance un défi aux Républicains, qui le haïssent. Il décide de légaliser 5m d’immigrés illégaux. (Démocratie bloquée = pouvoir dictatorial ?)

L’avenir de l’Amérique latine est sombre. Elle aurait dû profiter de son boom économique pour investir et construire une capacité de production propre. Elle ne l’a pas fait. Maintenant, il est peut-être trop tard. Mais sa population s’est habituée à une vie facile… M.Abe procède à une élection anticipée. Apparemment pour reprendre en main son propre parti, qui résiste au changement, et avoir les moyens de réformer le pays. La Chine a du mal avec ses étudiants. Elle les expédie à l’étranger, mais ils ne reviennent pas. Ou vieux, leur capacité productive derrière eux. Par ailleurs, sa banque centrale imprime beaucoup d’argent, pour relancer l’économie. Mais sans le dire. Les banques centrales, devenues toutes puissantes, ne sont pas plus clairvoyantes que le reste de la population. Comment éviter le panurgisme ?

Les Entreprises polonaises s’étendent à l’étranger. Mais elles sont petites et manquent de recherche et développement pour pouvoir encore avoir beaucoup d’ambitions. Les grandes entreprises montent des fonds d’investissement. Ce qui leur permet d’absorber leurs concurrents potentiels. Les banques devant être prudentes, elles ne prêtent plus. De nouveaux acteurs apparaissent, les fonds mutuels, qui pourraient prendre la partie risquée des emprunts d’entreprise.
La fin de la carte SIM ? C’est ce qu’envisage Apple, depuis quelques temps. Cela permettrait de choisir son opérateur en temps réel. Cela permettrait à Apple de les écrémer et de les remplacer par son monopole. (Décidément, nous vivons à l’heure des trusts ?) Le paiement par terminal mobile semble avoir le vent en poupe. Tout le monde s’y met. La rentabilité de la chose ne paraît pas encore évidente. Les fournisseurs de services aux compagnies pétrolières se concentrent. La baisse du prix du pétrole devrait les affecter. Mais, à long terme, la complexité croissante de l'exploitation pétrolière pourrait leur être favorable. (Sans compter que moins on est nombreux, mieux on peut s'entendre pour rançonner son marché.)

Et si la stagnation mondiale venait du manque de jeunes ? « L’effort simultané de tant de pays de constituer des réserves pour les retraites, combiné à un faible investissement, une baisse de la croissance potentielle, l’austérité fiscale, l’accumulation de cash par les entreprises et l’inégalité (qui laisse une part croissante du revenu national entre les mains des riches, gros épargnants) déprime le taux d’intérêt  qui permet l’équilibre entre investissement et épargne. » Il faudrait mettre les retraités au travail. Il se trouve aussi qu’il arrive un moment où le retraité brûle la chandelle par les deux bouts. Ce qui est bon pour l’économie.

Médecine. On cherche à utiliser les anticorps, en appui aux antibiotiques défaillants, dans la lutte contre les bactéries. 

dimanche 23 mars 2014

Ukraine et liberté des peuples à disposer d'eux-mêmes

Ukraine. L’Ukraine va-t-elle devenir un chaos sous contrôle russe ? Beaucoup de forces centrifuges. Mais volonté populaire d’indépendance. Sanctions contre la Russie ? Ciblées sur quelques oligarques ? Trop d’intérêts en jeu. Ne serait-ce que parce que les ploutocrates de tous les pays font vivre l’Angleterre. D’autant que l’Allemagne, qui dirige l’Europe, a choisi une politique de sanctions incrémentales, qui surtout ne coupe pas les ponts avec la Russie (leçon de 14). En tout cas, il faudrait veiller à rendre l’Europe plus indépendante de l’arme russe : le gaz. En fait, c’est la Syrie qui pourrait faire les frais de l’affaire. Pour ennuyer les Russes, M.Obama aurait été convaincu de se montrer ferme avec M.Assad.

Italie. Course en avant de M.Renzi. Vers où ? En France, Mme Le Pen utilise les élections municipales pour former ses futurs candidats aux législatives. Aux USA, les policiers ont emprunté l’armement et les méthodes des commandos. Effet de la « guerre contre la terreur », et de la mode, encouragé par des conséquences imprévues de la législation, qui permet à la police de se payer sur ses victimes. Les politiciens américains font du « storytelling ». Ils ont découvert qu’une histoire fausse valait mieux que des faits justes. L’Indonésie est en feu. Histoire de faire de la place à la production d’huile de palme.

L’industrie de la musique voit son salut dans le streaming. De même que l’industrie du logiciel voit le sien dans le cloud. Cela transforme la vente en location éternelle. Les équivalents chinois de Google, Facebook, Twitter et autres, viennent lever des fonds aux USA. Peuvent-ils le faire sans perdre l’avantage que leur donne la protection qui est à leur origine ?

Les sièges d’entreprise sont devenus obèses. Résultat de la globalisation, d’Internet et de Sarbanes Oxley. Grandes manœuvres de réduction de frais généraux, et des couches de management. (Va-t-on redécouvrir les vertus du travailleur ?)

Financement de la construction d’infrastructures. Les Etats et les banques ne peuvent plus prêter. Les fonds de pension et les assurances doivent prendre leur place. Ce qui est encore loin d’être le cas. Le prix des actions est artificiel. En cause, la politique de taux bas des banques centrales et ses conséquences. La politique de la FED devient confuse, ce qui n’est pas judicieux. Les « emprunts verts » sont à la mode. La situation économique du Portugal s’améliore. Mais il est exsangue. Manque de compétences, endettement généralisé, banques fragiles…

Mettez un coucou dans votre nid (un parasite, en général ?). Un couple d’oiseaux qui abrite un coucou conserve en moyenne plus de rejetons que celui qui n’en a pas.  

mardi 9 juillet 2013

La crise et ses remous (suite)

Décidément le monde vacille. Ce qui caractérise l’Egypte désormais, ce sont des divisions croissantes. En Europe, les meilleurs élèves de la rigueur, le Portugal et l’Irlande coulent, leurs gouvernements flanchent. Les partis politiques qui ont gouverné l’Espagne depuis son retour à la démocratie souffrent. De nouveaux partis émergent. Mais le PS devrait pouvoir créer une coalition. En Angleterre, ce n'est pas gai. « L’investissement des entreprises a baissé de 34% depuis 2008 ». « La livre a baissé de 25% depuis 2007 (…) pourtant les exportations ont baissé de 1,5% ». Fait unique, le chômage baisse. Cela vient d’une chute des salaires (de 9%), et d’une baisse de productivité. (L’homme devient moins cher que la machine ?) Heureusement, la consommation a augmenté. Ce qui a évité la récession ! Et l’Angleterre voit disparaître ses forêts, victimes de maladies venues d’ailleurs. « La propagation de ces parasites et pathogènes (…) est synonyme de commerce, qui propage les infections comme la prospérité. » L’Angleterre doit aider l’Europe à fermer ses frontières. La France n’échappe pas au jeu de massacre. C’est sa nourriture qui est touchée. Les restaurants trouvent trop cher de cuisiner, et ils sont devenus trop chers pour les Français. « Trois quarts des repas consommés hors de la maison sont maintenant du super bon marché. » France qui n’a pas raté l’occasion de se ridiculiser dans l'affaire Snowden, en dénonçant les USA, mais en bloquant l’avion du président Morales.
The Economist conclut sur l'Europe : « Si la viabilité à long terme de l’euro est assurée, les Européens auront fait mentir l’histoire. » (C'est une étude sur les similitudes entre l'étalon or et l'euro qui le dit. Elle prévoit l’éclatement et quelque variante du nazisme.) 

Au Mali, l’armée française semblerait avoir ramené l’ordre. Mais avoir repoussé les jihadistes ailleurs en Afrique.

La production d’acier mondiale est dans une mauvaise passe, particulièrement en Europe. L’Europe est en surcapacité, et la Chine construit la sienne, dont elle va bientôt déverser la production sur le monde. La rentabilité n’entre pas dans ses calculs. Les aciéristes, peu concentrés, sont pris entre un oligopole de 4 fournisseurs de minerais et un petit nombre de clients. Les Allemands ne veulent pas du nucléaire, mais ils ne veulent pas non plus des câbles à haute tension que suppose le transport de l’énergie des éoliennes de la mer du Nord. Cette installation, extraordinairement coûteuse, ne servira, d’ailleurs, peut-être à rien, ce mode de production d’énergie n’étant pas compétitif. Les Taïwanais, qui « produisent 89% des notebooks mondiaux ainsi que 46% des PC fixes », sont attaqués en haut de gamme par les Coréens, et en bas de gamme par les Chinois. « Les entreprises taïwanaises peuvent s’adapter en très peu de temps. » Effectivement, elles semblent en passe de se réinventer. (Une leçon ?)

LVMH est condamné pour sa tentative de prise de participation dans Hermès. LVMH avait contourné la loi qui demande de signaler le dépassement d’un seuil de prise de participation, en utilisant une stratégie à base d’options. (Pratiques de voyous ? Symbole de la transformation de l'industrie du luxe française ?)

Les champignons seraient les opérateurs de télécom des plantes. 

lundi 15 avril 2013

Le marché a tué notre intelligence

Cette semaine The Economist parle de Margaret Thatcher, « combattante de la liberté ». Mais le Thatcherisme n’a plus rien à voir avec Mme Thatcher. Elle croyait simplement en « la supériorité de l’entreprise privée sur la propriété publique », ses partisans modernes ont transformé ses idées en un mélange d’ « euroscepticisme, de xénophobie, d’amour aveugle des USA, et de méfiance instinctive vis-à-vis de la réglementation, quelle qu’elle soit ». Le plus curieux, je crois, c’est que l’on accorde autant d’importance à Mme Thatcher. Car, ce n’est pas elle qui a fait le printemps libéral. Elle est le fruit d’un changement social. La société occidentale a décidé, en 68 ?, de rejeter le modèle qu’elle avait adopté après guerre. Elle s’est donné les hommes politiques qui allaient avec son nouveau programme.

Curieusement aussi, personne ne semble voir que l'héritage de Mme Thatcher est devant nos yeux. C'est le chaos. Ce qui me frappe en particulier est à quel point le monde est paumé. Le tout marché a balayé toute autre pensée. On ne sait plus par quel bout prendre la crise. En Europe, Mme Merkel est maintenant « en marche arrière ». Elle ne veut plus des mesures de renforcement de l’Europe que jusque-là elle poussait. La Slovénie pourrait suivre Chypre dans la faillite. « Durant des années les banquiers ont prêté de grosses sommes à leurs amis, beaucoup ses sont servis de cet argent pour les entreprises qu’ils dirigeaient, utilisant leurs actifs comme garantie. » Les entreprises sont en faillite, les banques aussi. (Et s'il était temps de se demander pourquoi des pays aussi fragiles sont entrés dans l'UE ?) Et le Portugal, meilleur élève de la rigueur, s’enfonce. Son peuple s’impatiente. Si Mme Merkel ne lâche pas de mou, le pire est à craindre. « Si la croissance ne repart pas, il pourrait arriver qu’un pays décide, comme à l’époque de l’étalon or dans les années 30, que la souffrance des ajustements est pire que le risque de sortir. » Comme souvent lorsque l’on est perdu, on en arrive à des gestes désespérés, ou à réutiliser ce qui a échoué. Au Japon un gouvernement de machos veut relancer l’inflation. Remède de cheval : usage massif de la planche à billets. Personne ne sait ce que ça peut donner. Et si l’inflation faisait exploser le prix de la dette d’un pays surendetté ? Dans la série apprentis sorciers, le Bitcoin. Les informaticiens expérimentent des formes de monnaies électroniques. C’est mondial, et il  n’y a aucune réglementation. Quant à l’Angleterre, elle est incapable de maîtriser ses achats d’armement. Comme aux meilleures heures du Thatchérisme, elle a décidé de les confier au secteur privé. Probablement à une entreprise américaine. The Economist doute qu’il soit plus facile de contrôler une entreprise privée que le secteur public. Et que la mesure soit dans l’intérêt du pays. Je suis d’accord.

Ailleurs dans le monde, M.Obama essaie de détacher les quelques Républicains dont il a besoin pour voter ses lois. Et ceux-ci commencent à découvrir qu’ils ont intérêt à transiger. S’ils demeurent les représentants des blancs, les lois de la démographie vont les rayer de la carte. La CIA reverrait sa mission. Après le 11 septembre, elle a eu à nouveau le droit de tuer. Elle a d’abord eu recours au privé, pour torturer sans procès. Mais M.Obama a mis un terme à ses pratiques. Ce qui l’a forcée à passer à l’élimination sommaire par drone. Du coup, elle n’a plus le temps d’espionner. Ce qui a conduit les USA a être surpris par les derniers développements géopolitiques. Elle devrait donc laisser les meurtres à l’armée et en revenir à son métier d’origine. Au Venezuela, M.Chavez serait remplacé par un naze et une clique inquiétante.

Psychologie de crise, pour finir. Une étude montre que : « un stress quotidien, apparemment trivial, à long terme fait des ravages dans la santé mentale ». Autre héritage du Thatchérisme ?

mercredi 26 septembre 2012

Le libéralisme triomphe en Europe

C’est curieux. Alors qu’il y a une sorte d’accord sur le fait que le libéralisme est à l’origine de notre crise, l’Europe subit une grande cure de libéralisme. Partout, on taille dans les dépenses publiques et les classes les moins riches trinquent. Le Portugal, par exemple, veut transférer une partie des prélèvements salariaux payés par les entreprises sur les salariés.

Magie de l’euro. En dégradant le système d’assurance sociale de son pays, M.Schröder a donné l’avantage à l’Allemagne. Pour « retrouver leur compétitivité » les pays de la zone euro doivent faire de même. Jusqu’à ce qu’ils aient dépassé l’Allemagne. Alors, elle devra utiliser à nouveau le napalm, et on sera reparti pour un tour. Les pays de la zone euro ressemblent à des bagnards enchaînés : quand l’un court, tous doivent le suivre.

Quant à la France, elle est a eu une idée caractéristique de la supériorité des intellects qui nous gouvernent : nous sommes contraints au libéralisme, mais une fois que la France sera prospère, vous verrez, nous ferons du socialisme. Ce sera le Grand soir. C’est probablement aussi ce qu’a dit M.Schröder, autre socialiste.

Où allons-nous finir ? La Catalogne en donne un aperçu. Parmi la série de réformes libérales du gouvernement Rajoy, il y a celle des régions. Comme en France, elles sont à la fois incontrôlables par un pouvoir central couard et fort dépensières, donc endettées. La crise est l’occasion de leur faire rendre gorge, et de les ramener à l’humilité. Mais la Catalogne a trouvé une parade imprévue : son déficit est causé par le système de solidarité nationale. Elle subventionne les régions paresseuses. Il faut détruire l’Etat, et chacun pour soi. Autrement dit, et en toute logique, le libéralisme engendre le libéralisme, le règne de l’individu roi (définition littérale du terme), l’homme contre l’homme.

Hier, j’étais en Allemagne. J’y ai vu une très belle unité industrielle. Ses clients, l’élite de l’industrie allemande, semblent l’adorer. Elle est dirigée par un Espagnol, le héros des projets impossibles est grec, et son directeur industriel est français… 


dimanche 23 septembre 2012

France désemparée, Inde libérale, Chine belliqueuse, calotte fondante...

The Economist félicite la France. Finies les fanfaronnades, son gouvernement embrasse la raison économique. Encore faut-il qu’il passe à l’action immédiatement. Mais peut-être avec un peu moins de brutalité qu’au Portugal, qui se révolte contre la rigueur. L’Inde, aussi, se libéralise. Moins de subventions pour le diesel, les investissements étrangers sont autorisés, la grande distribution internationale va rationaliser le marché indien. Des myriades de petits boutiquiers inefficaces vont mordre la poussière. (On ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs ?)

Les banques centrales ont fait ce qu’attendait d’elles le marché, à savoir exprimer clairement leurs intentions. La FED attaque le chômage, et la BCE défend l’euro. Mais le journal n’est pas satisfait des gouvernants européens. Ils se sont embarqués dans la construction d’une Europe utopique, alors qu’ils devraient se préoccuper des besoins immédiats de l’économie. Et ce n’est pas mieux aux USA. On s’insulte entre prétendants à la présidence, ce qui ne présage rien de bon quand au désamorçage de la bombe budgétaire de fin d’année. Et Romney fait gaffe sur gaffe. Mais cela affecte moins l’électorat que la santé de l’économie. (Je m’interroge : ne serait-il pas utile de chercher une explication à ses gaffes : travestit-il la réalité pour faire plaisir à son public du moment ? Est-il idiot, ou incapable de préparer un dossier ? Demain, prendra-t-il des décisions sans comprendre ce qu’il fait ?...)

La Chine et le Japon vont-ils entrer en guerre pour des îlots inhabités ? Parallèle avec l’Allemagne d’avant guerres, puissance montante et revancharde ?

Grand chambardement dans l’industrie du transport. Internet a remplacé la voiture dans la culture occidentale. Ce n’est plus la bagnole qui fait l’homme. Les émergents continueront à s’équiper, certes, mais vont vite suffoquer sous les embouteillages d’un monde hyperurbanisé. Bref, l’avenir serait à la voiture sans chauffeur, au partage, au vélib et au transport en commun.

EADS va-t-il s’unir à BAE ? Cela dépend des gouvernements européens. Pour ma part, je me demande si ce n’est pas un marché de dupes. Et si le patron d’EADS voulait surtout devenir gros ? Et si, pour cela, il absorbait un BAE vacillant et survalorisé ? D’ailleurs, qu’un si gros morceau de l’industrie aéronautique européenne soit entre les mains d’une seule entreprise n’est-il pas dangereux ? Et si elle faisait faillite ?... Ici, comme pour sa politique économique, notre gouvernement semble désemparé. Se fait-il rouler dans la farine ? En est-il réduit à adopter les idées de ceux qui en ont ? Patrons ici, économistes libéraux, là ?

Pour finir, la calotte glacière bat tous les records de fonte estivale. Le climat mondial pourrait en être bouleversé. Mais rien ne s’est encore passé. L’économie va-t-elle profiter du dégel ? Le comportement des éléments est trop incertain pour cela.  

lundi 18 juin 2012

Dieu et le sens de la vie

Jeudi matin j’entendais un écrivain portugais reprendre l’idée de Dostoïevsky selon laquelle sans Dieu la vie n’a pas de sens. Je n’en suis pas sûr.

Pour moi le besoin de sens est propre à la raison humaine. Sa caractéristique est de mettre tout en lois. De ce fait, elle a besoin, par souci de cohérence, d’une raison supérieure et bienveillante.

Mais ce n’est pas l’unique moyen de lui éviter la folie. En effet, l’homme crée une société rationnelle, à son image. En tenant compte de quelques contraintes, naturelles, il construit, donc, le sens de son existence. D’une certaine façon, elle ne se justifie pas par son passé, mais par son avenir. Il est responsable de son sort. 

vendredi 30 mars 2012

The Economist contre la France

Le précédent article parlait de l’attaque de The Economist contre la France. Voici un certain nombre de raisons pour penser que cette attaque est marquée au coin de l’idéologie irraisonnée :
  • The Economist est un très vieux journal qui a été créé en 1843 pour une croisade : le libre échange. Depuis ses origines, il est très proche des intérêts de la City de Londres. The Economist est une pendule arrêtée, quoi qu’il arrive, il demande plus de libéralisation. Et lorsque cela ne fonctionne pas, comme le note régulièrement ce blog, The Economist accuse l’État et la démocratie d’incompétence.
  • The Economist vote Rajoy et Monti, deux libéraux qui cherchent à faciliter les licenciements dans leurs pays. Là ne semble pas être la solution à nos problèmes à court terme. Pourquoi ? Parce que nous sommes dans un cercle vicieux, et que ces mesures ne peuvent donner des résultats qu’à long terme. Surtout, parce que mettre des gens au chômage en période de crise accélère la crise. L’Allemagne s’en est bien gardée, d’ailleurs. Enfin, parce que le chômage espagnol est en parti dû à des réformes libérales anciennes qui ont rendu précaire le sort d’une grosse partie de la population, le reste étant parvenu à se protéger (la France a subi le même type d’expérimentation, cf. nos nuées d'intérimaires, mais ses conséquences sont moins marquées). D'ailleurs, un licenciement facile n'est pas évidemment bon pour la santé d'une économie. En effet, cela tend à créer une classe de prolétaires sans qualification. Or, depuis Adam Smith, le dieu de The Economist, on soupçonne que ce qui fait la richesse d'une nation, c'est la spécialisation des ses membres qui permet le gain de productivité maximal. Ce genre de réforme ne se fait donc pas en claquant des doigts, sous peine de créer des effets pervers.
  • The Economist nous menace des foudres du marché. Nous sommes surendettés, n’est-ce pas ? Curieusement, l’Angleterre connaît des crises depuis plus de 150 ans, et à chaque fois la City sort le même argument : l’Angleterre ne peut pas se payer un système social aussi généreux (déjà, il y a 150 ans !). Et à chaque fois ça se termine par une dévaluation. L’Espagne et l’Irlande étaient peu endettées et vont très mal. Les USA sont très endettés et vont bien. Le danger vient, curieusement, des amis de The Economist, les marchés financiers. S’ils comprennent qu’ils n’ont rien à gagner en spéculant contre notre dette, nous vivrons heureux. Pour le moment, c’est la BCE et ses mesures « non conventionnelles », qui sont notre garde fou.
  • Notre souci à court terme est donc de relancer notre croissance. Une idée pour cela me semble de faciliter la coopération entre pays européens. Si l’Allemagne, en particulier, se mettait à consommer un peu plus, ça ferait probablement beaucoup de bien à tout le monde, à commencer par l’Allemagne puissance commerçante, qui a besoin de clients en bonne santé… Quant à nos dettes, au poids de notre État… il serait dangereux de prendre des mesures précipitées.
Pour une fois, notre fameuse résistance au changement me semble bénéfique. 

mercredi 2 novembre 2011

Que reproche-t-on à la démocratie ?

Pourquoi reprocher à la démocratie grecque son référendum ? Les Allemands et tous les eurosceptiques ne disent-ils pas que l’Europe n’est pas assez démocratique ? disait France Culture ce matin.

Je me demande si le reproche qui est fait à la démocratie ne vient pas de ce qu’elle est détournée de son fonctionnement normal. Il est soupçonné que les aléas démocratiques connus par l’Europe ces dernières décennies viennent de ce que ses peuples utilisent le vote pour en tirer un profit privé.

Il reste à inventer la notion d’intérêt collectif européen ?

Compléments :
  • L’Irlande, le Portugal et la Slovaquie ont traversé de telles crises. Résultat : ils ont remplacé un parti par un autre, sans changer de rigueur. M.Papandréou aurait-il voulu couper l’herbe sous le pied à son opposition ?

samedi 22 octobre 2011

Islande tirée d’affaires

L’Islande, grande pécheresse, semble bien mieux se tirer d’affaires que le Portugal ou l’Irlande.

Pourquoi ?

Elle n’a pas payé toutes les dettes de ses banquiers. Mais surtout son taux de change flotte. Ses salaires sont, en euros, à 60% de ce qu’ils étaient. (Why Not The Worst? - NYTimes.com)

L’économiste la donne en exemple. Mais qu’en serait-il du monde si on le suivait ?

jeudi 4 août 2011

Rationalité des marchés

Les pays que les marchés pensent les plus certains de faire faillite : La Grèce, le Portugal et l’Irlande sont au sommet, plus risqués que le Venezuela et le Pakistan ; l’Espagne est moins sûre que l’Égypte révolutionnaire. (How much closer a union?)
Raison ? Cacophonie de la communication gouvernementale européenne.

Autrement dit la rationalité des marchés (dont on nous a rebattu les oreilles) est nulle. On les manipule par la propagande.  

dimanche 5 juin 2011

Jean-Claude Trichet

L’économiste anglo-saxon n’a pas de mots assez durs pour Jean-Claude Trichet. En élevant ses taux, la BCE fait l’erreur de Roosevelt en 37, qui avait replongé l’Amérique dans la grande dépression.

Toujours est-il que, dans la tempête actuelle, c’est le seul qui tient un cap. Et ce cap est peut-être celui d’une Europe fédérale.

Nos politiques nous ont fait entrer dans l’euro pour nous forcer au changement. La Grèce et le Portugal, par exemple, sortaient de dictatures et estimaient que l’euro, c’était « jamais plus ça ». Aujourd’hui, nous réalisons que le changement est devant nous. Comment le mener ?

Si mes cours disent juste, pour faciliter le changement, il faut un objectif, une « structure cible ». Jean-Claude Trichet propose un ministère des finances de l’Union, qui décharge les ministères nationaux de ce qui touche aux finances à caractère européen, et mette sous tutelle les pays en difficulté (de même que l’Angleterre a nationalisé ses banques ?).

Mais il faut surtout un « donneur d’aide », un animateur du changement. C’est ce qui me semble manquer le plus aujourd’hui. Les irréprochables Allemands condamnent sans appel (jusqu’au concombre espagnol), le technocratique Trichet rêve d’un pouvoir centralisé.

Compléments :

mercredi 25 mai 2011

Espagne en faillite

L’inquiétude des économistes est qu’une faillite grecque et portugaise entraîne l’Espagne. L’Espagne est une grande économie, il serait difficile d’amortir sa chute. Mais jusqu'ici on pensait qu'il n'y aurait pas de problème espagnol.

Or, les Espagnols sont mécontents de leur pauvreté et veulent faire choir leur gouvernement. Rigueur impossible, faillite certaine ? Vont-ils créer une grande dépression ? (Spain troubles test market nerves) Mais le chômeur espagnol a-t-il d’autre moyen d’améliorer son sort que de menacer la planète d’une crise ?

Le phénomène rappelle l’analyse de Barry Eichengreen : les crises proviennent d’une divergence entre économie et démocratie. D’ailleurs, l’économie cherche les failles de la démocratie pour faire exploser les États et s’enrichir.

Est-ce une forme de lutte entre l’intérêt individuel et l’intérêt collectif ? Le chômeur espagnol demande une nouvelle répartition des richesses, les bénéficiaires de l’équilibre actuel la lui refusent, et, par le biais des mécanismes financiers, cherchent à accentuer leur avantage ?

Comment peut s’achever ce cercle vicieux ? Faut-il une crise qui affecte pauvres et riches pour susciter une prise de conscience collective de l’intérêt de la solidarité ?

Compléments :

lundi 18 avril 2011

Crise persistante

  • Les PIG vont-ils finalement devoir faire faillite ? L’Espagne va-t-elle être touchée ? Les banques européennes, allemandes en tête, vont-elles prendre un bouillon ? (Europe, courting trouble)
  • En tout cas, les peuples européens semblent las de n’avoir pour horizon que le chômage et, en conséquence, votent nationaliste. (Finland rocks the EU)
  • La situation américaine n’a pas l’air fort différente. (US warned on lack of deficit plan)
Nos politiques iraient-elles à l'envers du bon sens, parce que ceux qui les font sont ceux qui devraient se réformer ?

lundi 28 mars 2011

Avenir de la zone euro

Deux opinions semblent s’affronter.
  • Les économistes anglo-saxons estiment que la zone euro ne peut qu’exploser. Raisonnement mathématique : Portugal, Irlande et Grèce ont une dette qui s’accroit plus vite que leurs revenus. Quant à l’Espagne, sa santé dépend de ses exportations et la rigueur de ses voisins ne peut que la condamner à la faillite (Europe's industrial new orders: 3 very different stories | Angry Bear). À cela s’ajoute la volonté de la BCE d’augmenter son taux directeur, à contretemps. (Another year of living dangerously) Ils estiment que la rigueur est une mauvaise médecine et qu'il faut en revenir à Keynes. 
  • De l’autre, les continentaux semblent penser qu’il faut faire ce que l’on doit (rigueur) et ensuite on verra bien.
Qui a raison ? Je me demande si la première pensée n’a pas un bug. J’ai l’impression que l’économie fonctionne comme un trou noir, elle aspire la stimulation sans rien donner. Dans ce cas la pensée continentale serait plus juste : il faudra redémarrer l’économie à la manivelle. Mais la première théorie a alors probablement raison. On ne fera pas l’économie de nouvelles crises, donc ?

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jeudi 24 mars 2011

Les Portugais refusent la rigueur

Les Portugais ne veulent pas de rigueur, leur gouvernement saute. L’Europe et le FMI vont-il devoir les secourir ?

Les Portugais ne vont-ils pas dire, comme les Irlandais, que l’Europe, en particulier, ne leur prête que pour aider ses propres banques qui sont les réelles coupables de leurs malheurs ? Car si la périphérie de l’Europe s’effondre c’est son système bancaire qui s’écroule.

Et la perfide Albion les encourage à secouer le joug d’une France abjecte, qui a entraîné avec elle une Allemagne honnête et travailleuse, mais qui n’a pas compris où était son intérêt.

Dans cette affaire, on n’entend guère les Européens, en particulier le peuple français. Que pensent-ils des causes réelles des difficultés de l’Irlande et du Portugal ? Se souviennent-ils que les grands plans de licenciement d’il y a peu ont été faits au nom d’un libéralisme dont le modèle était l’Irlande ? Sont-ils heureux que leur argent serve au secourisme ? Notre apathie est-elle une bonne position de négociation ?...

lundi 7 mars 2011

Europe en faillite ?

Le poids de la dette est insupportable : Grèce et Irlande n’en peuvent plus. Ce sera bientôt le tour du Portugal.
  • Le correspondant européen de la BBC pousse l’Irlande (Ireland: Time for the Celtic rebel) à jouer de son pouvoir de nuisance pour renégocier ses dettes avec la méchante Europe. Et avec bonne conscience : ne remettent-elles pas en cause une activité qui redémarre grâce aux conditions exceptionnelles faites aux entreprises étrangères (notamment taux d’imposition de 12,5%) ? Ces conditions, elles, ne peuvent être discutées, elles font partie de la culture irlandaise !
  • Pour The Economist, la faillite est inévitable. Mais il faut prendre un minimum d’assurance que le système bancaire européen ne va pas s’effondrer… (Sovereign remedies)
Tout ceci est-il réellement sérieux, ou est-ce une posture de négociation ?

Mais ne serait-il pas temps que l’on se demande comment relancer l’activité de l’Europe, plutôt que de chercher comment ne pas respecter ses engagements ? 

mardi 1 février 2011

Retraite et capitalisation

« la moitié des fonds des fonds de pension d’Europe continentale sont investis en obligations d’État ». Le phénomène est général. Il pose plusieurs intéressantes questions.

Est-il possible, dans ces conditions, à un pays de faire faillite (comme on le recommande à la Grèce, l’Irlande ou au Portugal) ? Le système par capitalisation en est venu à ressembler au système par répartition : une génération prête à la suivante, qui nourrit la première par l’intérêt qu’elle paie. (In debt to Grandpa)

mardi 16 novembre 2010

Fragile Europe

Pourquoi l’Irlande, la Grèce et le Portugal sont-ils à nouveau en situation difficile ?

Outre la dégradation de leurs comptes, Mme Merkel a laissé entendre que le futur système de contrôle de gestion des États européens ne rembourserait pas totalement les créditeurs d’un pays en difficulté. Ce qui a fait peur aux dits créditeurs…

Dilemme du prisonnier ? Mme Merkel est probablement plus préoccupée de l’opinion et de la cour suprême allemandes que des intérêts européens. Mais en cherchant à plaire aux siens, elle affaiblit les pays les plus fragiles de l’union, ce qui pourrait amener les Allemands (et quelques autres) à devoir les renflouer.

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