jeudi 4 décembre 2008

Et si nous étions des gens sympathiques ?

La France est haïe. Le Français s’évertue à détruire l’image de son pays. Pourtant nous méritons un peu de considération.

Chaque Français accuse ses congénères d’être la lie de l’humanité. L’opposition politique n’a qu’une stratégie : ridiculiser l’ennemi, forcément « le plus bête du monde ». La nation donne le spectacle de l’anarchie : peu de travail, des grèves tonitruantes, des banlieues à feu et à sang…

En fait, nous n’avons rien à envier aux pays étrangers, mais ils prennent plus soin que nous de leur image (et de la nôtre...).

En découvrant la question du nationalisme (Retour du nationalisme), je trouve le nôtre sympathique. Contrairement à l’Angleterre, qui rêve de se placer au centre d’un marché dont elle tirerait les ficelles, et dont nous serions les pions, ou des plus classiques nationalismes chinois, japonais ou allemands, nous n’avons pas d’ambition pour notre peuple (nous en disons suffisamment de mal), mais pour nos idées. Mais, contrairement aux Américains (Consensus de Washington), qui partagent notre amour de la rationalité, nous ne cherchons pas à mettre en oeuvre ces idées. Nous les pensons tellement bonnes qu’elles ne peuvent que s’imposer d’elles-mêmes.

Sur l’art français du changement : Messieurs les Français, changez les premiers.

Retour du nationalisme

Ce blog dénonce les méfaits de l’individualisme. Mais il oublie ceux du nationalisme.

Le nationalisme est un individualisme national. C’est croire que son peuple est élu. Que les autres sont inférieurs. Le nationalisme, qui est une invention récente, a été derrière les effroyables guerres européennes. Et l’Union Européenne a été créée pour le dissoudre, pour le désarmer. C’est pour cela qu’elle a démarré par la CECA, la communauté européenne du charbon et de l’acier : si vous partagez avec votre ennemi la fabrique de vos armes vous ne pourrez plus l’affronter. Mais De Gaulle a coulé la communauté européenne de la défense, la création d’une armée commune. Et, jamais l’Angleterre n’a renoncé à l’affirmation de sa particularité.

On ne parle plus guère de nationalisme aujourd’hui. Il ne fait plus peur. On a peut-être enterré un peu vite la question.

OLIVI Bino, GIACONE Alessandro, L’Europe difficile, Folio, 2007.
THIESSE Anne-Marie, La création des identités nationales, Seuil, 2001.
Global imbalances threaten the survival of liberal trade.

Déséquilibre des échanges mondiaux

Article de Tom Wolf du FT.com du 2 décembre. Monde divisé en deux : d’un côté, un petit club de mercantilistes qui accumule, de l’autre quelques cigales. Les premiers, en refusant de changer de stratégie, menacent l’équilibre mondial et leurs propres intérêts.

  • Premier club : Chine, Allemagne et Japon. Et Opep. (83% des surplus mondiaux.)
  • Second club : USA, Espagne, Angleterre, France, Italie et Australie (70% des déficits mondiaux).

Plus subtilement, il y aurait d’un côté l’Europe avec l’Allemagne et ses débiteurs, et de l’autre le reste du monde : USA face à Chine et Japon.

J’ai déjà parlé de la Chine. Et l’Allemagne ? L’Allemagne, depuis la fin de la guerre, est le citoyen du monde modèle... Et si quelques démons anciens n’étaient pas morts ? Une politique économique nationaliste orchestrée comme une guerre, dont l’enjeu est la destruction des compétences productives étrangères ? Ainsi qu’un mépris des plus grands pour l’incurie du reste du monde ?

L’Europe a servi à contenir ses excès. À chaque tentation (comme lors de sa réunification), elle s’y est investie un peu plus. Aujourd’hui ?

Compléments :

mercredi 3 décembre 2008

Pékin défie le monde

Titre de la Tribune d’aujourd’hui. La Chine veut relancer ses exportations en dévaluant sa monnaie.

Bizarre stratégie. Le reste du monde est en récession et n’a plus de capacité d’absorption. La Chine veut-elle accentuer le désastre ? On avait jusqu’ici échappé au nationalisme à courte vue, la Chine s’est-elle décidée à susciter une vague de protectionnisme ? Ça y est, on est parti pour une crise vraiment méchante ? La Chine est-elle agressive ou stupide ?
Pourquoi ne relance-t-elle pas sa consommation interne, avec ses immenses réserves ? Parce qu’elle ne veut pas les dépenser ? A-t-elle une stratégie délibérée d’accumulation de cash ? Guerre financière ? À l’appui de cette dernière thèse :
  • Eamon Fingleton. Il observe que la Chine a choisi de forcer sa population à économiser. Exemple. Imaginons que nous n’ayons pas de sécurité sociale, comme en Chine. Chacun serait obligé d’économiser pour se protéger des coups du sort. Nous dépenserions peu. La plupart d’entre nous mourrions riches. La sécurité sociale, parce qu’elle est une assurance, qu’elle répartit les risques sur des millions de personnes, nous protège beaucoup plus efficacement que nos efforts solitaires, mais en nous demandant beaucoup moins d’argent.
  • Vision chinoise très militaire de l’économie. Un ami me disait que le concurrent chinois d’Alcatel avait des comptes totalement opaques, et des prix très faibles. Probables subventions gouvernementales. Par cette pratique, l’Etat chinois peut chercher à détruire les compétences étrangères, pour favoriser les siennes. Mercantilisme qu’abhorrait Adam Smith ?

Et si la Chine croyait que l’Occident n’était qu’hypocrisie ? Que sa règle du jeu est la guerre économique ? Elle est confortée par les critiques que nous nous adressons en permanence, sans voir ce que nos démocraties ont de bien (puisque nous n’en parlons pas) ?

Comment ramener la Chine dans le rang ? Dent pour dent. Rétorsion sélective. La Chine est un pays fragile, très dépendant de la croissance économique et peu entraîné aux crises. Mais cela peut être mal interprété et renforcer les préjugés chinois ! Alors, lui faire des suggestions ? Lui montrer les bienfaits d’une relance nationale ? De systèmes de solidarité sociale ? Lui expliquer qu’il y a beaucoup à apprendre des démocraties ?

Chine : JO : le Chinois ne fait pas de vagues, L’Amérique victime de la globalisation ? et Péril jaune
Dent pour dent comme meilleure stratégie pour se faire des amis : Théorie de la complexité.

mardi 2 décembre 2008

La fin de la civilisation

Quand un ordinateur ne répond plus, je coupe le courant. Idem pour l’économie ?

The Economist (The perils of incrementalism) semble penser que les finasseries des économistes ne relanceront pas l’économie. Dans les crises la science est impuissante. Il faut un traitement grossier, brutal, jurassique. Aux chiottes les économistes ! Et le primitif pour administrer le dit remède de cheval : Obama.

Pauvre Irlande

Qu’est-il arrivé à l’Irlande ?

Il y a quelques années un professeur d’économie de l’Insead (L’économie n’est pas une science) se gaussait de la ringardise française et lui donnait l’Irlande en exemple. The Economist (A taoiseach in trouble) présente une courbe de croissance du PIB irlandais : -2,5% en 2008, et -2% en 2009.
Qu’est-il arrivé à l’élève-modèle ? Affaire à suivre.

Thucydide : censuré par l’UE

Le préambule de la Constitution : la citation de la Thucydide qui figurait au début du projet de la convention (« Notre Constitution s’appelle démocratie parce que le pouvoir est dans les mains non d’une minorité, mais du plus grand nombre ») fut supprimée par la CIG à la demande des états les plus petits de l’union. (OLIVI Bino, GIACONE Alessandro, L’Europe difficile, Folio).
Ça se confirme (Parti socialiste et faillite démocratique), une démocratie c’est une communauté définie par des valeurs communes, pas un calcul d’apothicaire.

Messieurs les Français, changez les premiers

Les résistances au changement font l'unanimité dit :
Tout bouge, tout change, tout évolue autour de nous et pourtant tout le monde invoque tout le temps les résistances au changement. La nature humaine est ainsi faite que chacun voudrait bien changer à condition que ce soit l'autre qui commence d'abord.
Pas tout à fait d’accord. Mais pas loin. Je crois que l’attitude du Français au changement est : c’est aux autres de changer. Lui ? Il est parfait. J’ai aussi le sentiment que c’est en train de changer.

Métamorphose du dirigeant français ? et La fin de Tocqueville. Qu’est-ce que la résistance au changement ?

lundi 1 décembre 2008

La fin de Tocqueville

L’Ancien régime et la Révolution, c’était la France d’aujourd’hui. On y voit même les germes de l’URSS. Tous les travaux sur les USA pâlissent devant De la démocratie en Amérique. Mais Tocqueville y prédit un monde partagé entre la Russie et l’Amérique. Une prédiction extraordinaire il y a encore vingt ans. Mais maintenant ?
  • Ailleurs, il décrit l’Amérique latine comme une désespérante anarchie : est-ce toujours le cas ?
  • Encore ailleurs, il observe que la Présidence des USA est conçue pour attirer les médiocres, meilleure garantie contre une dictature. Roosevelt était-il un médiocre ? (D’ailleurs n’était-il pas un rien dictateur ?) Et Obama ? Et les conseillers des présidents sont-ils des médiocres ?
  • Surtout, le billet précédent et quelques autres me font me demander si ce n'est pas la France qui pourrait mieux le faire mentir. La multitude de castes, de petits privilèges, qui la constituent pourraient disparaître sous le rouleau compresseur de la rationalisation mondiale. Une caractéristique du capitalisme selon Max Weber.
Tocqueville et Montesquieu ont été probablement le triomphe de l’esprit systémique propre à la noblesse. Mais le monde est imprévisible, même pour le plus grand esprit.

Compléments :

Métamorphose du dirigeant français ?

Un business case.

Le décor. Filiale française d’un groupe international important.
  1. Acte 1. Le groupe, possédé par un fonds d’investissement, demande à la filiale de gros gains de rentabilité. Son dirigeant refuse d’obtempérer, au motif que la filiale est déjà très rentable (rentabilité double de celle du groupe). Il est sûr qu’on ne peut rien contre lui. On lui dépêche un consultant. Omerta. Aucune information. Mais pas besoin d'être du métier pour évaluer une efficacité économique. Il suffit de comparer ce qui se fait ici et ailleurs, et les moyens que l’on y met. Et l’efficacité française laisse à désirer. Le successeur du dirigeant est sommé de réorganiser la société.
  2. Acte 2. Il va falloir restructurer une entreprise rentable. Les consciences sont mal à l’aise. J’entre en piste, pour quelques conseils. Les dirigeants de la société construisent un plan de changement. On découvre que le marché se transforme rapidement ; que l’entreprise est attaquée de partout ; qu’elle n’est pas là où se trouve la valeur ajoutée. La réorganisation l’amène à se replacer correctement. Et puis le groupe investit massivement en recherche et développement : l’ancienne structure était incapable d’exploiter cette manne. Mais, au fait, cette entreprise était faite de plusieurs PME (concurrentes !), pourquoi n’avaient-elles pas fusionné ? Quinze ans sans changements… Pas étonnant que celui-ci demande une telle révision.
  3. Acte 3. Restructurer ? On creuse le dossier. Se séparer d’un personnel qui a une longue expérience ? En fait, il faut l’amener à déménager. Les conditions de vie qu’on lui propose seront bien meilleures, mais le Français n’aime pas les déménagements ! Le problème s’est transformé. On en arrive à concevoir un très subtil plan de séduction.
    Sur ce, le nouveau Président de la société arrive. La société ne parvient pas à recruter, il lui faut tirer au mieux profit des talents de ses personnels. Pour lui la réorganisation est l’ouverture d’un espace (élimination des cloisons inter PME) qui va permettre de vraies carrières. Voilà comment il pourra développer les compétences nécessaires.

Tentative d'interprétation :

  • Le premier dirigeant. Non seulement il est persuadé d’être plus intelligent que le reste de la planète, mais encore il la défie. Et il se moque des règles internationalement acceptées. D’ailleurs il ne comprend pas que les étrangers obéissent à une autre logique que la sienne. Tête de lard.
    Principe du « bon plaisir » : le Français se taille des monopoles qu’il administre selon sa fantaisie. La médiocrité lui suffit. Ni fait ni à faire, c’est sa devise.
  • S’il a pu longtemps narguer le monde, sa situation actuelle ne le lui permet plus. Conséquence d’un trop long « ni fait ni à faire ». Il est en position de faiblesse. Mais il a eu une attitude tellement détestable que l’on peut se demander si le reste de la planète ne va pas lui faire payer des siècles de frustration, en exterminant son espèce.
  • Mince espoir. Il se transforme. Il commence à savoir se comporter dans le monde. Il a des capacités réelles qu’il va, espérons-le, apprendre à exploiter, et, surtout, à mettre en valeur. On verra enfin ses qualités, et on oubliera peut-être qu’il eut un caractère ingrat.

Une règle pour le guider (Au secours, mon patron est un fonds d’investissement) : faire gagner la stratégie de l’actionnaire, mais en prenant en main sa mise en œuvre, pour qu’elle obéisse aux valeurs de l’entreprise (et du pays). L’optimum économique est un optimum humain disaient mes anciens associés.

J’espère, finalement, qu’il n’en restera pas là. Qu’il ne sera pas toujours le parfait employé d’une multinationale étrangère ; qu’il acquerra le savoir faire-financier qui lui donnera l’indépendance économique.

Autres notes sur le bon plaisir du Français :