- Et si la réponse était que les forces créatrices de la nation ont été emmenées loin des contingences de l’économie réelle et se sont égarées dans un rêve non durable, à la fois financier, mais aussi immobilier et industriel (surcapacité). Bref des secteurs économiques se sont trop développés et ont empêché d’autres plus utiles de naître et de créer des emplois ?
- Mais ce raisonnement américain est-il juste pour la France ? Une étude dont je parle ailleurs explique notre chômage endémique bien plus simplement. L’État d’après guerre a construit des conglomérats dont une partie subventionnait l’autre. Dans les années 80 les hauts fonctionnaires qui les administraient, incapables de développer les activités en perte – car pas formés pour cela, s’en sont débarrassés.
- Pas totalement satisfaisant. Les Allemands, qui semblent avoir eu de meilleurs managers que les nôtres, ont défendu leurs conglomérats. Mais ils ont néanmoins un niveau de chômage comparable au nôtre. Une autre solution est chez Eamon Fingleton : la disparition de l’industrie. Le tertiaire crée le chômage, parce qu’il demande un haut niveau de qualification accessible à peu. En outre, il ne construit pas de solides avantages concurrentiels. L’industrie, elle, permet de conserver des emplois peu qualifiés. Or, l’industrie a fondu en Occident, y compris, semble-t-il, en Allemagne, qui aurait délocalisé à l’est.
- Autre analyse : notre économie, comme l'Amérique mais de façon moins marquée, est excessivement tirée par la demande de notre propre marché. Peut-être faudrait-il l’orienter plus vers les besoins de nos entreprises (gains de productivité) et des pays émergents, marchés excédentaires ?
mercredi 11 août 2010
Économie manquante
dimanche 9 mai 2010
Crise de l’emploi
- Des bénéfices de l’industrie : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.
jeudi 4 mars 2010
Bricolage industriel
"Je lis parfois des interrogations sur ma politique économique : est-elle libérale ? Est-elle interventionniste ? Protectionniste ? A ceux qui s'interrogent, je livre aujourd'hui un principe fondateur de toute la politique que j'ai voulu mener, dès avant 2007, et plus encore depuis : la priorité absolue donnée au redressement de l'industrie française"
- Quelqu’un qui défendait l’industrie à l’époque où cela n’était pas bien vu : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.
lundi 5 octobre 2009
Désert industriel américain
Vision d’horreur :
- L’industrie américaine n’emploie plus que 12m de personnes.
- Sa production vise surtout la consommation intérieure du pays (voitures, BTP), bien qu’il importe 37% de celle-ci (notamment électronique).
- Des 15 principales économies industrielles elle est la moins tournée vers l’exportation.
Tout ceci à un moment où les USA doivent passer d'une économie de la consommation à une économie de l'exportation. Ils ont commencé à rapatrier les emplois délocalisés. Et maintenant c'est au tour du protectionnisme :
“To keep manufacturing, and manufacturing jobs, in the country, it is essential that the US government vigorously enforce our trade laws, especially during hard economic times like we are experiencing now,” said Nucor’s lawyer.
Compléments :
- Informations et citation de Wanted: new customers ?
- Comment on en est arrivé là : Grande illusion.
- La chronique du démantèlement de l’industrie américaine, pour cause idéologique : FINGLETON, Eamonn,Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.
samedi 29 août 2009
Bonus et Goldman Sachs
Discussion hier. Mon interlocuteur me dit qu’un de ses amis, 24 ans, trader chez Goldman Sachs, a reçu un bonus de 150.000€. Il se demande 1) s’il n’est pas en train de s’habituer à ce qu’il ne pourra pas trouver ailleurs ; 2) pourquoi a-t-il un bonus alors que ce n’est pas le cas de l’ingénieur qui a écrit le programme qu’il utilise, ou de celui qui fait la maintenance du réseau télécom : sans eux aucune transaction ne serait possible… ?
Je lui ai répondu que ça illustrait probablement le fonctionnement du capitalisme. Les flux de « valeur » sont comme les rivières, ils passent par des goulots d’étranglement, ceux qui maîtrisent ces goulots peuvent détourner une partie du flux, et ensuite se le répartir. Cette répartition, à l’intérieur de l’entreprise, est une question de rapport de force, de manipulation des rites de l’organisation, pas de talent, de compétence ou d’intelligence.
Compléments :
- On retrouve ici la question de l’oligarchie. L’oligarque est une personne que la société place dans une position qui lui permet de détourner les ressources de la société à son profit. Trou noir.
- Eamonn Fingleton a remarqué que le Japon semble avoir une stratégie systématique de recherche de technologies – goulots d’étranglement. Cependant il les administre de manière sociale (plutôt au profit du Japon que de tel ou tel Japonais).
- Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs.
- Notre société a connu une curieuse évolution : lorsque Michel Bon a pris la tête de France Télécom, je crois que son salaire était de 150.000€...
dimanche 10 mai 2009
Évolution des échanges
La crise révèle comment les modes de production et d'échange ont évolué ces derniers temps :
Pour tirer parti des bas salaires des pays émergents, la fabrication de beaucoup de produits a été décomposée en de multiples étapes et morceaux, ces derniers voyageant dans le monde à la recherche du moins disant.
Ceci explique que les exportations de certains pays puissent couler (Japon), sans qu'ils soient ruinés : ils importent aussi énormément ; leur valeur ajoutée est, relativement, faible. Pour le Japon les exportations auraient baissé de 50% sur un an et les importations de 43%.
Une autre façon de voir les choses est de penser que l’économie mondiale est fragile parce que son développement n'a été qu'opportuniste. Il ne repose pas sur une solide innovation (mais sur l’exploitation du différentiel du coût de main d’œuvre) et est sensible aux aléas (crise énergétique, effet de serre, épidémie…).
Complément :
- Un exemple de coopération internationale, le poulet, par Eamonn Fingleton (cf L’Amérique victime de la globalisation ?) :
The problems are compounded by the rise of a new delicacy which Choate labels "Trans-Pacific Chicken," his term for chicken produced in places like Mexico which, in frozen form, is shipped across the Pacific for processing in China only to be shipped back across the Pacific to the American market. As Choate points out, this modus operandi greatly increases America's vulnerability to the potentially devastating avian flu that has broken out in China in recent years.
mercredi 3 décembre 2008
Pékin défie le monde
Bizarre stratégie. Le reste du monde est en récession et n’a plus de capacité d’absorption. La Chine veut-elle accentuer le désastre ? On avait jusqu’ici échappé au nationalisme à courte vue, la Chine s’est-elle décidée à susciter une vague de protectionnisme ? Ça y est, on est parti pour une crise vraiment méchante ? La Chine est-elle agressive ou stupide ?
Pourquoi ne relance-t-elle pas sa consommation interne, avec ses immenses réserves ? Parce qu’elle ne veut pas les dépenser ? A-t-elle une stratégie délibérée d’accumulation de cash ? Guerre financière ? À l’appui de cette dernière thèse :
- Eamon Fingleton. Il observe que la Chine a choisi de forcer sa population à économiser. Exemple. Imaginons que nous n’ayons pas de sécurité sociale, comme en Chine. Chacun serait obligé d’économiser pour se protéger des coups du sort. Nous dépenserions peu. La plupart d’entre nous mourrions riches. La sécurité sociale, parce qu’elle est une assurance, qu’elle répartit les risques sur des millions de personnes, nous protège beaucoup plus efficacement que nos efforts solitaires, mais en nous demandant beaucoup moins d’argent.
- Vision chinoise très militaire de l’économie. Un ami me disait que le concurrent chinois d’Alcatel avait des comptes totalement opaques, et des prix très faibles. Probables subventions gouvernementales. Par cette pratique, l’Etat chinois peut chercher à détruire les compétences étrangères, pour favoriser les siennes. Mercantilisme qu’abhorrait Adam Smith ?
Et si la Chine croyait que l’Occident n’était qu’hypocrisie ? Que sa règle du jeu est la guerre économique ? Elle est confortée par les critiques que nous nous adressons en permanence, sans voir ce que nos démocraties ont de bien (puisque nous n’en parlons pas) ?
Comment ramener la Chine dans le rang ? Dent pour dent. Rétorsion sélective. La Chine est un pays fragile, très dépendant de la croissance économique et peu entraîné aux crises. Mais cela peut être mal interprété et renforcer les préjugés chinois ! Alors, lui faire des suggestions ? Lui montrer les bienfaits d’une relance nationale ? De systèmes de solidarité sociale ? Lui expliquer qu’il y a beaucoup à apprendre des démocraties ?
Chine : JO : le Chinois ne fait pas de vagues, L’Amérique victime de la globalisation ? et Péril jaune
Dent pour dent comme meilleure stratégie pour se faire des amis : Théorie de la complexité.
vendredi 10 octobre 2008
La filière animale face à son destin
Préparation d’un séminaire avec Patricia Le Cadre directrice adjointe du Cereopa (un cabinet de conseil, membre d’AgroParisTech) et vice-présidente de l’Association Française des Techniciens de l’Alimentation et des Productions Animales. Elle anime le travail d’un groupe de dirigeants d’entreprises de la filière Productions animales. Préoccupation ? Changement. Résistances, leviers.
La filière productions animales découvre le capitalisme
Exercice de prospective, pour commencer. Ce qui pourrait marquer l’avenir de la filière ? Ça peut claquer de partout ! Consommation qui explose ailleurs que dans l’UE, incapacité à suivre. Volatilité et spéculation financière rendent aléatoires approvisionnement ou marché. Risques écologiques et sanitaires. Énergie. Distorsion de la concurrence internationale : protectionnismes, manipulation des règles du commerce mondial, des droits à polluer, des politiques de prévention des risques… Changements brutaux de rapports de force. Incapacité à avoir accès aux financements nécessaires. Innovation, notamment génétique (OGM), qui peut ruiner la profession soit par incapacité d’adaptation, soit parce qu’elle s’est révélée dangereuse et l’a discréditée (à l’image de l’innovation financière de ces derniers temps)… Tout est probable !
J’ai l’impression de lire les travaux de Schumpeter sur le capitalisme. Ainsi que ses conséquences pour l’entreprise :
Les filières animales comme l’entreprise française n’ont plus la protection de l’État. Seule certitude : avenir totalement incertain, et dangereux. L’entreprise doit s’y préparer. Elle doit augmenter massivement ses marges, aujourd’hui inconcevablement basses. Nécessaire surplus pondéral pour résister à la disette. Ensuite, elle doit apprendre les sciences du management et notamment « penser à se vendre » (marketing). L’industrie agricole exporte « souvent les surplus ou ce que ne veut pas le marché français » ! Le degré 0 du commerce. Et elle ignore totalement ses forces. Elles n’ont pas ou peu d’équivalents. C’est, notamment, un remarquable savoir-faire de production, la qualité de ses produits, un système de traçabilité unique.
La dimension du défi est colossale. Exemple. Du jour au lendemain les acheteurs des usines d’aliments du bétail sont devenus des cambistes. Les fluctuations de cours ont atteint des niveaux inconnus jusque là. « Et une erreur peut mettre rapidement en péril leur entreprise (...) En attendant de maîtriser parfaitement les marchés à terme et les options financières, ils coordonnent leurs achats pour éviter une trop forte distorsion de concurrence. »
Le Cereopa sensibilise, forme, aide, accompagne… avec la détermination et l’énergie du missionnaire.
Un cours de stratégie
Mon analyse des stratégies des acteurs de la filière :
- The logic of collective action. Le petit groupe prospère, le grand est exsangue. Face au diktat de la grande distribution, la filière volaille réussit, parce qu’elle est intégrée (3 grands acteurs majeurs). Par contre pour porcs, bovins et leurs producteurs atomisés, c’est la Bérézina. Il y a même le Dilemme de prisonnier : les céréaliers ont profité des hausses de cours, sans vraiment en redistribuer quelque bénéfice aux éleveurs. « Occasion manquée de redorer l’image de marque de notre agriculture nationale, si importante à soutenir face à la rareté des denrées alimentaires. »
- Governing the commons. Grande distribution et producteurs de la Réunion ont compris que leurs intérêts étaient liés. « La Grande distribution, partie prenante de l’interprofession, se préoccupe des intérêts de ses fournisseurs locaux. La hausse des matières premières a été répercutée jusqu’au consommateur final et les éleveurs n’ont pas vu fondre leurs marges à l’inverse de ce qui s’est passé en métropole. » Des coopératives françaises définissent un « territoire », en développent la marque et construisent des partenariats entre les parties prenantes du dit « territoire ».
- Péril jaune, les stratégies qu’Eamonn Fingleton prête aux Chinois. Une multinationale fait face à la menace écologiste. Pas d’affrontement (ou de réforme), elle se sert des lois de la communauté à son profit. Exemple. Elle utilise les codes de l’écologie pour rendre amicales ses unités de production.
L’espace de deux heures, j’ai vécu la transformation d’une économie. Exercice sans précédent.
Compléments :
- Sur Schumpeter : voir les références de Capitalisme et destruction.
- Les outils du pilotage dans l’incertitude : Se diriger dans l’incertain.
jeudi 2 octobre 2008
Lutte à mort
- Une société bureaucratique, car dominée par la grande entreprise, qui est bureaucratique. On n’y progresse que par les études. Le système éducatif étant payant, seule une minorité de pauvres y a accès.
- L’élite qui en sort a adopté, pour son économie, une stratégie de « service ». L'élite se place en intermédiaire entre un marché et une offre atomisés. Pour atomiser l’offre, elle a éliminé ses unités de production et a fait jouer la concurrence entre producteurs mondiaux. Résultat : l’élite s’est enrichie, le reste de la population s’est trouvée en « concurrence parfaite », de moins en moins protégée.
- Aujourd’hui ce modèle, ou au moins sa partie financière, s’effondre. Incompétente élite.
Imaginons que ce modèle soit juste et que le peuple américain tente d’expliquer à son élite, en bloquant le plan de sauvetage du système bancaire mondial, que ça ne peut plus continuer ainsi. Jusqu’où peut-il aller ?
On se trouve ici dans le scénario de toutes les guerres : pour gagner il faut être prêt à mourir… Ce type de lutte à mort est l’étape constitutive de tout groupe solide.Compléments :
- Sur la stratégie de l’élite américaine : Grande illusion.
- Sur la stratégie de services des USA, et ses conséquences : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.
- Sur la séparation de l’élite et du peuple, constatée il y a déjà plus d’une décennie : LASCH, Christopher, The Revolt of the Elites and the Betrayal of Democracy, Norton, 1995.
- Peut-on y voir le destinn de toute société d’individus, non un complot délibéré ? The logic of collective action.
- Sur la constitution des groupes : Lutte de classes.
mardi 9 septembre 2008
Dell, vie et mort
J’entends à la radio que Dell veut vendre ses usines et se tourner vers le service. Les informations ajoutent que ses usines américaines sont peu performantes, et que, déjà, beaucoup sont délocalisées. Je n’ai pas étudié les évolutions récentes de Dell, mais il semble qu’elles pourraient illustrer ce que je crois être le mécanisme de transformation de l’entreprise américaine.
- Après une phase dynamique de création, l’entreprise américaine devient taylorienne (production de masse). Elle se divise en deux, comme dans le modèle de Taylor.
- D’un côté les cols blancs, des financiers ne connaissant pas le métier de l'entreprise, d’un autre côté des cols bleus peu qualifiés. Le principal acte managérial est de réduire le coût de cette main d’œuvre (machines ou délocalisation).
- Des capteurs intelligents sur le terrain, c'est-à-dire des opérationnels le plus qualifié possible.
- Un management capable de « mélanger » les différents signaux qu’il reçoit en une stratégie efficace.
L’entreprise américaine mure n'ayant ni l’un ni l’autre, elle perd son avantage concurrentiel. Par contraste, le Japon a la main d’œuvre la plus coûteuse au monde, un haut niveau d’emploi, et une industrie puissante (qui profite de la demande des pays émergents).
Une hypothèse, culturelle, pour expliquer cette différence. Christopher Lasch observe que l’élite américaine a le sentiment d’appartenir à une élite internationale, pas à la nation américaine. Elle optimise ses intérêts, non ceux de ses concitoyens (d'où logique « lutte des classes »). Au contraire, au Japon, il y a sentiment d’appartenance à une communauté. Lorsqu’elle est attaquée, il y a réaction collective.
Compléments :
- Sur le remplacement de l’industrie américaine par le service : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.
- Sur le cycle de vie de l’entreprise américaine : UTTERBACK, James M., Mastering the Dynamics of Innovation, Harvard Business School Press, 1994.
- Voir aussi : Bill Gates : nettoyage à sec, GM et Lean manufacturing et Service rendu à IBM
- Sur la phase initiale, start up, de la vie de l’entreprise américaine : Aprimo et People Express
- LASCH, Christopher, The Revolt of the Elites and the Betrayal of Democracy, Norton, 1995.
samedi 6 septembre 2008
Le Mal américain
- On ne peut pas survivre dans une économie de marché si l’on n’a rien à vendre. Or, les USA semblent avoir détruit tout ce qui leur permettait de produire. Infrastructures de transport mal entretenues. Études scientifiques mal aimées. Plus d’industrie. Ils parient sur le service. Mais le service s’exporte mal : vous embauchez sur place, et vous ne récupérez qu’une faible marge. Et votre avantage concurrentiel est difficile à défendre (cf. l’offensive des SSII indiennes). Le secteur financier sait se nourrir de l’effort des autres, mais il semble avoir mal supporté l’épisode des subprimes.
- Jacques Mistral observe que la croissance récente a été tirée par la consommation. Les USA achetaient à l’extérieur, mais n’y laissaient qu’une faible marge, le gros du prix du produit allant aux intermédiaires (grande surface, transporteur…). Ce qui faisait vivre beaucoup de petits boulots peu qualifiés. Rien de très durable là dedans.
- Bien sûr, la force des USA c’est l’innovation. Mais elle produit surtout des bulles ces derniers temps. Les USA ont aussi la plus puissante armée du monde. Mais ne s’en servent-ils pas de manière ruineuse ?
- Le pouvoir de nuisance comme gagne-pain : Haïku du métropolitain.
- Sur Jacques Mistral : Jacques Mistral: comment éviter subprime 2.
Démocratie ou dirigisme ?
- Le débat me semble déplacé. La Chine vit une transformation en marche forcée (un changement). Or, le modèle d’organisation le plus efficace, quand on sait où l’on va, est dirigiste.
- Regardez la France d’après guerre, ou le fonctionnement de toute entreprise. Ou l’armée des démocraties. D’ailleurs la description que donne Eamonn Fingleton du comportement de la perverse Chine (référence dans les notes précédentes) correspond exactement aux phases initiales du développement des grandes nations capitalistes : protectionnisme, blocage de la consommation pour favoriser l’épargne, dirigé par l’état vers les industries stratégiques…
- A-t-il raison de dire que la Chine veut imposer un modèle « confucéen » aux USA ? C’est prêter aux Chinois des idées américaines. L’histoire de la Chine est marquée par la cohabitation avec des peuples barbares. Pendant des siècles, elle les a stabilisés en les submergeant de cadeaux, et en invitant leurs princes en Chine (otages qui revenaient chez eux émerveillés de leur séjour).
- N’est-il pas vraisemblable que la Chine ne fait que réagir à l’agression de l’économie de marché ? Qu’elle veut la maîtriser, pour pouvoir ensuite se rendormir tranquillement ? N’est-elle pas en train de « corrompre » l’incorruptible Amérique non pour la dévoyer, mais pour en contrôler les réflexes les plus destructeurs ?
- Sur l’histoire de la Chine : GERNET, Jacques, Le monde chinois, Armand Colin, 4ème édition, 1999.
- La théorie du protectionnisme : LIST, Friedrich, Système national d'économie politique, Gallimard, 1998.
- Le Japon s’est replié sur lui-même, avant d’avoir réussi à contrôler les USA (Voyage à Tokyo). La Chine pourra-t-elle y parvenir ? En tout cas, elle n’a pas longtemps pour cela : comme le Japon sa population va vieillir vite, et perdre son dynamisme : on prévoit qu’en 2040 25% de cette population aura plus de 65 ans (source Wikipedia).
Dangereux Adam Smith
- L’exposé. Une demi-heure d’un bilan apocalyptique de la situation. Course en avant incontrôlée. Conclusion inattendue : il affirme sa confiance en l’avenir.
- Pourquoi ? Lisez son livre. Il y utilise la théorie d’Adam Smith selon laquelle c’est en suivant son intérêt égoïste que l’homme fait le bien, sans le vouloir (c’est la « main invisible » du marché qui canalise son énergie dans le bon sens). Conclusion : plus le Chinois est corrompu, plus vite il sera transformé par les lois du marché.
Péril jaune
- L’Amérique est victime de son idéologie. Elle croit que la richesse s’accompagne de la démocratie, que ses valeurs sont universelles. L’avenir de la Chine ? La culture américaine. Les dictateurs qui la dirigent ? Condamnés par l’histoire.
- La Chine ne l’entend pas de cette oreille. Son arme ? Ce qui ne devrait pas résister au capitalisme : la corruption. Elle prend les américains par leurs intérêts et leur montre que ces intérêts sont de faire ce qu’elle leur dit. Elle a fait des lobbyistes, des grandes entreprises (notamment les grands d’Internet qui lui livrent même les gens qui la critiquent), de la presse… des collaborateurs zélés. Par leur biais, elle manipule le reste du pays. Il sera bientôt confucéen : un pouvoir fort, plus d’opinion indépendante, tous à la botte de l’arbitraire central.
Selective enforcement
- Vous décrétez des lois difficiles à appliquer, accompagnées de punitions terribles. Mais vous ne les faites pas respecter.
- Petit à petit la population se laisse aller à enfreindre vos lois. Échec et mat : si elle vous refuse ce que vous lui demandez, vous avez de quoi l’envoyer au cachot, ou au peloton d’exécution. Dorénavant, elle va aller au devant de vos désirs.
La législation est toujours aussi inégale, aussi arbitraire et aussi dure que par le passé, mais tous ses vices se tempèrent dans l’exécution.
- Considérations tirées du premier chapitre de In the Jaws of the Dragon, livre d’Eamonn Fingleton. (Il trouve la pratique déloyale : les très admirables américains se font prendre au piège dès qu’ils mettent le pied en Chine. Et ils sont transformés en obéissants serviteurs des intérêts du pays. ) Voir aussi : L’Amérique victime de la globalisation ?
mercredi 3 septembre 2008
L’Amérique victime de la globalisation ?
- L’Amérique est victime de la globalisation, des principes en lesquels elle croit le plus. Elle les a imprudemment étendus au monde.
- Son personnel politique utilise les contacts acquis lorsqu’il était en fonction (« corruption légale ») pour faire du lobbying en faveur de groupes étrangers. Il manipule une « élite économiquement illettrée ».
- Au sein de l’OMC les USA n’ont pas plus de poids que n’importe quel autre pays. Pire, le système légal anglo-saxon qu’ils ont imposé est retourné contre leurs intérêts.
- La nourriture que mangent les américains fait le tour du monde, au gré des opportunités économiques. Impossible d’en contrôler l’hygiène.
- L’armée ne sait plus dans quel pays sont fabriqués ses matériels les plus critiques (et si on lui faisait ce qu’elle a fait à l’Irak : y mettre des virus ?)
- La presse, victime d’une course à la concentration, n’est soucieuse que de maximiser ses profits. Or les groupes de presse ont des intérêts communs avec la Chine…
Site Web d'Eamonn Fingleton : http://www.unsustainable.org/index.asp?navID=1
mardi 2 septembre 2008
Voyage à Tokyo
Quand le Japon s'est éveillé...
Je connais mal l’histoire japonaise. Ce que j'en ai retenu :
En 1854 le commodore Perry et ses canonnières ouvrent à l'influence pacificatrice du commerce les portes d’un Japon replié sur lui-même. Il s’ensuit une modernisation du pays. Spectaculaire. Point d'étape : 1905, guerre avec la Russie. Elle est ridiculisée. La modernisation continue, ainsi que l’expansion coloniale. Guerre de 40. Défaite, reconstruction et développement explosif.
Aujourd’hui, le pays est riche, il fait peu de bruit, il est l’ami des puissants sans faire de tort aux autres, le meilleur élève de la classe. Je crois que le Japon s’est constitué en forteresse.
Ce qui m'intéresse dans cette histoire est comment le Japon a évité la dislocation qui aurait dû résulter de l’application de règles extérieures (les lois du marché occidentales) à son équilibre intérieur (« Tragedy of the commons » de Governing the commons). Il a fait un double mouvement.
- Attaque, refus de la domination étrangère.
- Absorption de son savoir en le transformant à la japonaise. Exemple : techniques de production américaines, dont le pays a fait un « reengineering », la raison de son succès industriel (Lean manufacturing).
En 2002, quand j'en suis arrivé aux dernière pages de mon premier livre, une synthèse de mon expérience de terrain, j'ai abouti à une conclusion totalement inattendue. J'avais réinventé les techniques japonaises. (Plutôt, adapté à notre culture.)
Le Changement en France : apprendre le Judo ?
Citation de mon dernier livre (transformer les organisations) :
Le comportement de l’homme peut être de deux types : « rationnel » (typique du Puritanisme), il tend à transformer le monde ; « ritualiste » (typique du Confucianisme), il accepte le monde tel qu’il est et cherche à s’y conformer au mieux. Tout deux sont présents simultanément, mais sont plus ou moins dominants. D’ailleurs, il semble y avoir un parallèle entre eux et l’organisation de notre cerveau : l’aspect ritualiste correspond au fonctionnement du cerveau « animal » ; l’aspect rationnel à celui du cerveau « supérieur ». Ainsi le Ritualisme est une sorte de reflexe du groupe, un mécanisme très efficace dont on ne comprend les résultats qu’avec difficulté. Par exemple : dans certaines traditions, les participants aux sacrifices d’animaux mangent les bêtes sacrifiées : une fonction latente du rite peut-être de réguler la consommation d’animaux ; de même les invitations entre amis, les échanges de cadeaux… renforcent la solidarité du groupe concerné. À l’opposé, la rationalité permet une décision rapide dès que le groupe « comprend » la situation à laquelle il est confronté. Ces deux comportements sont complémentaires : quand l’avenir est flou, l’inconscient collectif est aux commandes, mais dès que le monde devient compréhensible, être rationnel donne un avantage déterminant.J'en tire deux idées :
- La force de l’Occident a été d’avoir poussé très loin le rationalisme, la ligne droite. Mais il se heurte maintenant à la complexité du monde. « Passer en force » n’est plus possible. En quelque sorte, il doit apprendre le judo.
- La science qu’il a développée ne lui montre pas la seule bonne route, comme il le croyait, mais elle l’aide à prendre des décisions judicieuses lorsqu’il se trouve à une bifurcation. Ce que j’appelle « méthodologie ambulatoire » correspond à cela : transformer la science en une aide à la décision de l’homme. C’est ainsi que les Japonais ont transformé le management scientifique de Taylor, et les sciences du management.
En complément :
- Ozu avait raison. Alors que la famille japonaise formait une cellule unie, les générations sont maintenant séparées. Les personnes âgées ont découvert les maisons de retraite.
- Ma vision du Japon comme une forteresse m’a était inspirée par un article d’Eamonn Fingleton (Why the Sun is still rising, 2005, que l’on trouve à l’adresse : http://www.unsustainable.org/), un journaliste américain basé au Japon. Il a remarqué que le Japon contrôlait des « goulots d’étranglement » industriels, des technologies indispensables, des monopoles. Le fait que l’on ne s’en rende pas compte me fait croire qu’il a plus un comportement défensif qu’offensif.
- Les deux types de comportements viennent de WEBER, Max, Sociologie des religions, Gallimard, 2006.
- L’action des principes de l’économie de marché sur les sociétés : POLANYI, Karl, The Great Transformation: The Political and Economic Origins of Our Time, Beacon Press 2001. (Me semble dire la même chose que Governing the commons sous un autre angle de vue.)
- Sur le Lean Manufacturing : GM et Lean manufacturing. Un aperçu des techniques japonaises : BERANGER, Pierre, Les nouvelles règles de la production, Dunod, 1987.
- Un judoka d'entreprise français : Ronald Berger-Lefébure, Animateur du changement.
lundi 25 août 2008
Récession
Il est fréquent, en Allemagne, que lorsque les résultats d’une entreprise sont mauvais, son personnel, cadres supérieurs en tête, acceptent une diminution de salaire. Pas de licenciement. Il semblerait aussi que la Russie (Changement en Russie) ait survécu à la crise des années 90 (PIB divisé par 2) par le troc et la solidarité, les entreprises ayant conservé leur rôle social soviétique. Les communautés dites « primitives » sont bâties sur le principe de la solidarité : elles absorbent les chocs en bloc.
Le comportement des membres de toute communauté humaine est guidé par des règles. Elles sont principalement implicites, inconscientes. Généralement, elles sont efficaces. Mais les événements peuvent les prendre en défaut. D'où cercle vicieux parfois fatal.
Première technique de conduite du changement : transformer un cercle vicieux en cercle vertueux
Tocqueville : « Chaque gouvernement porte en lui-même un vice naturel qui semble attaché au principe naturel de sa vie ; le génie du législateur consiste à bien le discerner ». Le génie du législateur c’est de prendre le cercle vicieux à contre. Keynes : relancer la croissance par la dépense de l’État. Le Brain trust de Roosevelt : organiser des ententes entre oligopoles dominant l’économie ; leur demander d’augmenter leurs prix en échange de l’embauche de personnels.
Mais, dans certains cas, ce n’est pas possible : les règles existantes ne permettent pas la survie. Il faut les compléter. Coup d’œil aux nôtres :
Seconde technique : faire évoluer la culture du groupe
La parole est à Adam Smith. Pour lui Richesse des nations égale biens matériels qu’elles produisent. Progrès ? Produire de plus en plus. En 1776, il avait déjà formulé notre conception du monde (PIB et croissance). Or, elle ne va pas de soi.
- D’ordinaire, nous pensons que notre richesse est notre possession pas notre production. C’est pour cela que l’économie se comporte étrangement. La destruction lui fait du bien : reconstruire, c’est produire. Elle est peu attachée au « capital », même s’il est productif.
- Ce qui n’a pas été touché par l’homme n’a pas de « valeur ». Une étendue de terre ne vaut rien, jusqu’à ce qu’elle soit transformée en dépôt d’ordures.
- Le « capital social », l’ensemble du savoir-faire accumulé par une communauté, ne vaut rien. Toutes les cultures qui ne sont pas assez résistantes sont mises à sac, pour en extirper quelques biens (l’or du Pérou ou les esclaves d’Afrique). Celles qui survivent ne sont plus que l’ombre d’elles-mêmes (la Chine).
Si l’on voulait faire évoluer les règles qui nous guident, comment s’y prendre ?
- Impossible de les éliminer purement et simplement, elles sont dépendantes les unes des autres, et imbriquées dans notre comportement collectif. Les détruire, c’est nous tuer.
- Rester dans leur logique. C’est ainsi que l’on a commencé à donner une « valeur » à ce qui n’en avait pas auparavant (cf. les échanges de « droits à polluer »). Il n’est pas inimaginable de faire cohabiter une croissance échevelée et l’entretien d’un capital partagé.
- Nécessaire consensus global. Ce consensus est possible parce que l’humanité, comme l’entreprise, présente des mécanismes qui permettent à la fois la modification des codes de lois globaux, et la diffusion des nouvelles lois (c’est ce que j’appelle « ordinateur social »).
Sur ces sujets :
- GROSSACK, Irvin M., Adam Smith : His Times and Work, Business Horizons, Août 1976.
- FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.
- Capital social et bien commun : Governing the commons.
- Brain trust et crise des années 30 : GALBRAITH, John Kenneth, L'économie en perspective, Seuil, 1989.
- Une double remarque : 1) une théorie de Richard Dawkins : les règles d’Adam Smith avaient un avantage compétitif sur les règles qui leur préexistaient, elles les ont balayées (DAWKINS, Richard, The Selfish Gene, Oxford University Press, 2006) ? 2) illustration de la théorie selon laquelle la marche du monde ne va pas systématiquement vers une complexité croissante (la richesse culturelle a été remplacée par quelques biens matériels à faible QI) ? (Les changements du vivant.)
lundi 23 juin 2008
Service rendu à IBM
- IBM a été l’entreprise la plus admirée au monde. Ce qui l’a fait est une suite de paris exceptionnellement risqués, sur une soixantaine d’années. Notamment celui des « mainframes », qui lui a assuré plus de vingt ans de monopole. Ce qui l’a défait a été une génération de managers professionnels qui l’ont géré comme un monopole de livre d’économie : maximisation de ses marges, innovation distillée pour en tirer le maximum... Le PC est un succès majeur. Mais la nomenklatura d’IBM le récupère et le gère comme le mainframe : pas question de présenter de versions nouvelles à un rythme trop rapide. Microsoft, Intel et autres Compaq en profitent. IBM ne saura pas les rattraper. Bref, ce qui a ébranlé IBM est la « destruction créatrice » de Schumpeter : l’innovation force le monopole à la remise en cause. C’est ce que Microsoft a retenu de la chute d’IBM.
- La stratégie de Lou Gerstner est-elle admirable ? Elle n’est pas originale : penser que le service doit remplacer l’industrie est une idée partagée par les cercles dirigeants anglo-saxons depuis des décennies. Est-ce comme cela que l’on construit des sociétés durables ? Il est difficile de conserver un avantage concurrentiel à une société de service. Exemple typique : le cabinet de conseil. Qu’un associé parte avec son portefeuille de clients et il saura, du jour au lendemain, construire une entreprise qui n’aura rien à envier, en termes de compétences, à son ancien employeur. La plupart des cabinets internationaux se sont constitués comme cela. Au contraire, l’entreprise industrielle, IBM avant le génial Gerstner, sait répartir son savoir sur chacun des ses personnels. Elle ne peut être copiée : personne ne possède seul la recette de son succès. Mieux, en spécialisant ses personnels, elle tire le meilleur de leurs spécificités. Encore mieux : c’est cette « organisation » qui emmagasine ce que Hamel et Prahalad appellent sa « compétence clé », c'est-à-dire le savoir-faire unique qu’elle a acquis au cours des ans. C’est un cercle vertueux : l’entreprise est de plus en plus forte et unique. Curieux que Jean-Claude Larréché n’ait pas été sensible à cette source de « Momentum ».
Pour en savoir plus :
- Sur la fondation et les malheurs d’IBM : CARROLL, Paul : Big Blues, The Unmaking of IBM, Crown, 1993.
- Sur l’idéologie du service aux USA, ses conséquences et l’avantage concurrentiel de l’industrie : FINGLETON, Eamonn, Unsustainable: How Economic Dogma Is Destroying U.S. Prosperity, Nation Books, 2003.
- HAMEL Gary, PRAHALAD C. K., Competing for the Future. Harvard Business School Press, Édition,1996.
- La division des tâches est le moteur de la richesse des nations selon Adam Smith, étonnant que les anglo-saxons l’oublient si souvent : SMITH, Adam, KRUEGER, Alan B, CANNAN, Edwin, The Wealth of Nations: Adam Smith ; Introduction by Alan B. Krueger ; Edited, With Notes and Marginal Summary, by Edwin Cannan, Bantam Classics, 2003.