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jeudi 19 juin 2014

Fusion RFF SNCF : enquête

Que penser de la fusion RFF, SNCF ? Pas facilement compréhensible cette affaire. On sépare RFF et SNCF, puis on les fusionne. Dans l'entreprise, on appelle ça une "mode de management". C'est la gestion par l'idéologie. Tentative (pas très satisfaisante) d'enquête :

97, il y avait l'idéologie du marché. Il fallait séparer les rails des trains, de façon à ce que le monopole de la SNCF soit attaqué par d'autres entreprises. Cela produirait le meilleur des mondes. Baisse des prix et innovation. Résultats :
  • Les cheminots résistent (probablement pour ne pas perdre leur statut, RFF étant apparemment de droit privé). Le gouvernement, libéral, lâche. Si bien qu'ils n'ont pas été transférés chez RFF. Et que RFF est une toute petite société, qui doit sous-traiter la quasi totalité de son activité à la SNCF... Cela semble surtout avoir produit ce que produit dans le privé une telle stratégie : le dilemme du prisonnier. Une forme d'irresponsabilité. L'envers de ce qui était recherché. Au lieu d'une quête de rentabilité par l'innovation, on s'enrichit en escroquant l'autre. D'où à la fois négociations interminables et augmentation injustifiée des coûts pour la collectivité, qui, en dernière instance, doit régler les factures. (Je tire ces informations d'ici.)
  • Et la concurrence ? Le rail est naturellement monopolistique. Dans ces conditions, comment garantir qu'en remplaçant l'esprit du service public par celui de l'enrichissement de l'actionnaire, on n'en arrive pas à la situation du marché de l'énergie en Angleterre ? Plus du tout d'investissement, et des prix usuraires ? 
Bref, la réforme mettra probablement un terme à l'irresponsabilité. C'est un mieux. Mais pas une solution. Le problème de la SNCF, c'est la dette. Or, la réforme de 97 était un tour de passe-passe, qui transférait la dette de la SNCF à RFF. En revenir à la situation précédente améliorera-t-il les choses ? Ne faut-il pas attaquer le cœur du problème ? D'autant que cette réforme accouche d'une "usine à gaz"...

Quant aux syndicats, ils ne s'opposeraient pas à la fusion, mais, plutôt, voudraient un retour à la SNCF d'avant. Ils semblent craindre que, cette fois, il y ait réellement privatisation. L'argumentation est difficile à saisir. Surtout, c'est maladroit. J'ai l'impression que cette grève fait beaucoup de mécontentement alors qu'elle est peu suivie. Elle fait perdre de la crédibilité aux syndicats. N'est-il pas extrêmement dangereux de crier "au loup", prématurément ? 

lundi 22 juillet 2013

Entreprise et modèle du marché

Il faut bâtir l’entreprise sur le modèle du marché. Voilà ce que j’ai souvent lu. Il se trouve qu’un investisseur l’a réalisé. Il a repris une entreprise de grande distribution. Il l’a coupée en petits morceaux, pour qu’ils entrent en concurrence les uns avec les autres, façon marché.
Il a créé ce modèle parce qu’il s’attendait à ce que la main invisible du marché donne les meilleurs résultats. Si on demandait aux dirigeants de la société d’agir égoïstement, disait-il, ils dirigeraient leurs divisions rationnellement, ce qui profiterait à la performance globale.
Résultat ? D’étonnants effets pervers. Par exemple, il a fallu équiper chaque unité d’un comité de direction complet. Ce qui coûte cher. On a donc réduit le salaire du management intermédiaire. Les unités sont entrées en guerres les unes avec les autres. Chacun a essayé de faire porter ses coûts par les autres, et personne n’a plus voulu investir dans ce qui pourrait rapporter au groupe…

C’est beau l’idéologie… 

mercredi 23 novembre 2011

Criminalité et systémique

Massacres entre gangs de Boston. Racaille irrécupérable, pensait la famille Bush et quelques autres.

Un universitaire a découvert qu’il n’y avait là que des gens ordinaires, pris dans une logique de violence dont aucun ne pouvait se tirer seul.

La police est intervenue brutalement. Message : nous troublerons vos affaires tant que vous vous entretuerez. Les violences se sont apaisées. (The power of jaw-jaw)

Dilemme du prisonnier et conduite du changement… 

samedi 12 novembre 2011

Cercle vicieux bancaire

Pour réduire leurs risques et se conformer à ce que leur demandent les pouvoirs politiques, les banques européennes vendent les dettes européennes, et ne prêtent plus à l’économie et au particulier. Ce faisant elles précipitent la crise, et augmentent leurs risques de faillite. (Les banques européennes attaquent la zone euro - Coulisses de Bruxelles, UE)

Mais peuvent-elles faire autrement ? Classique dilemme du prisonnier.

Dans ces conditions, y a-t-il une autre solution qu’une nationalisation ? 

dimanche 16 janvier 2011

Zone euro en faillite

The Economist suggère à la zone euro de mettre en faillite les pays de sa périphérie. Ils sont incapables de payer les dettes qu’ils entassent. En toute logique, il vaut mieux liquider maintenant que lorsque la situation aura empiré.

Je vois mal la technique de conduite du changement à adopter...

Même si le système bancaire européen est plus solide qu’il y a quelques temps (d'après The Economist), il est probable qu’il passera un mauvais quart d'heure (sans compter qu'il n'y a pas que les banques, il y a aussi les assurances vies et autres fonds de pension, ainsi que quelques nations !). Il demandera certainement un coup de main des pays encore solvables, qui s’enfonceront un peu plus dans le rouge. D’ailleurs comment éviter que certains ne refusent de payer l’addition et demandent à ceux qui ont voulu la faillite (ce ne peut être que la France et l’Allemagne) de les rembourser ? La zone euro c’est le dilemme du prisonnier fait continent.

L’anxiété de survie des nations n’est pas suffisante pour qu’il y ait un mouvement collectif, me semble-t-il. D’ailleurs la défaillance n’est pas la seule solution possible. Nous pourrions nous demander comment relancer notre croissance collective, notamment par le commerce interne à l’UE. Et il existe aussi la solution anglo-saxonne : une dévaluation massive, accompagnée d’une inflation forte. 

jeudi 6 janvier 2011

Tensions aux USA ?

La démographie rendrait, à moyen terme, les USA plus républicains que par le passé.
  • Mise à la retraite du baby boom, des retraité dont l’opinion s’est formée à l’époque de Reagan. Ils auraient un fort pouvoir de lobbying qu'ils utiliseraient essentiellement pour faire augmenter les dépenses qui les concernent et éviter celles destinées aux autres classes de la population (d’où leur hostilité aux réformes d’Obama).
  • Les États républicains ayant vu leur population croître vont avoir un pouvoir électoral accru.
Quelle conséquence cela aura-t-il ? La seule stratégie des Républicains actuels semble être de liquider M.Obama. Contrairement à ce que l’on aurait pu penser, il est possible que le système législatif ne soit pas paralysé : il y a accord unanime sur ce qui est nuisible pour le pays. (Variante du dilemme du prisonnier ?)

La situation sera-t-elle longtemps tenable ? Les marchés vont-ils longtemps tolérer que le pays ne réduise pas son déficit ? « L’état déplorable des finances des Etats et des municipalités pourrait être le déclencheur d’une perte de confiance. »

Compléments :

mercredi 15 décembre 2010

L’économie en 2011

Zone euro en mode rigueur et ne parvenant pas à restructurer ses dettes nationales. Amérique qui ne sait que dépenser et qui va finir par le payer. Pays émergents en surchauffe.

Tout ceci pousse les flux financiers dans le mauvais sens. Ils empirent la situation.

« Une économie mondiale divisée pourrait faire de 2011 une année de chocs destructeurs ». (Three-way split.)

Compléments :

vendredi 10 décembre 2010

Chaos neigeux

Un peu de neige. La France est paralysée. Cause ? 
  • Un interviewé par la radio, hier. RGPP, les services de l’État n’ont plus de moyens.
  • Ce matin, on me dit que les services de l’État voulaient montrer qu’ils n’avaient plus de moyens.
Cela illustrerait-il ma version du dilemme du prisonnier, résultat d’un changement mal mené ? Non seulement le changement démolit l’organisation collective, mais, surtout, il donne le signal de la destruction à ceux qui en sont membres ?

Compléments :
  • Hervé Kabla observe des comportements anarchiques, chaos immédiat. Ce matin une personne m’expliquait comment elle avait organisé la sortie en bon ordre d’une autoroute bloquée. Le secret du succès du changement : l’entraide. 

dimanche 28 novembre 2010

Dilemme du prisonnier

J’explique habituellement que le changement ordinaire provoque le « dilemme du prisonnier ». Il casse les règles de coordinations entre individus et les amène à décider en fonction de leur seul intérêt.

L’expression vient de la théorie des jeux. Elle montre deux garnements qui ont fait un mauvais coup. Ils sont interrogés par la police. Si aucun ne parle, ils s’en tirent bien. Or, leur intérêt individuel est d’avouer. Résultat : prison.

En fait, je crois que le dilemme du prisonnier est au dessous de la vérité. Dans cette situation, l’homme ne va pas se contenter d’avouer, il va chercher à enfoncer son partenaire en allant jusqu’à inventer des crimes qu’il n’a pas commis. Les deux faisant la même chose, ils vont écoper de beaucoup plus que ce qu’ils méritaient.

Il me semble que c’est cela que provoque un changement mal mené. Une destruction étonnamment accélérée de l’organisation qui le subit. Curieusement, cela ressemble au cancer. 

vendredi 26 novembre 2010

Effets du changement

Une unité subit un changement. Avant, les équipes s’entraidaient. Maintenant c’est pire que le contraire.

Non seulement c’est chacun pour soi, mais on profite de la faiblesse de ses collègues (notamment des nouveaux embauchés). Par exemple, à leur insu, on leur délègue ce dont on ne veut pas. Et lorsqu’ils s’égarent, on ne le leur dit surtout pas.  

Cela peut envoyer très rapidement un employé par le fond. Lorsque celui-ci gère les clients de la société, on risque de vite le rejoindre.

Je n’avais jamais réalisé à quel point un changement mal mené pouvait être vicieusement destructeur. Et combien l’entraide était la condition nécessaire de son succès. 

lundi 8 novembre 2010

Changement aux USA

Le résultat des récentes élections américaines crée une situation qui s’apparente au dilemme du prisonnier :
  • Les Républicains ont été élus pour en découdre avec Obama.
  • Par contre, ils ne peuvent rien faire sans lui. Et, s’ils ne s’entendent pas entre eux, plusieurs décisions critiques pourraient ne pas être prises, détériorant un peu plus les affaires du pays et de ses habitants :
Un accord sur le déficit sera impossible. Un blocage sur les réductions d’impôts de Bush fera qu’elles expireront, d’où brutale augmentation des impôts, par défaut. Sans nouvelles aides du gouvernement fédéral, les États en situation financière tendue vont licencier leurs employés et réduire leurs prestations l’année prochaine.  

jeudi 22 juillet 2010

Émotion et raison

Animation d’un séminaire dans le cadre de la réforme des chambres de commerce.

L’idée de la réforme est d’organiser les chambres dans une logique régionale (elles s’étaient développées, depuis le 16ème siècle, comme un prolongement d’un tissu économique).

Ce que j’en avais vu jusqu’ici était curieux : une sorte de vent de panique semblait courir sur les CCI. Résistances au changement, coups de Jarnac, trahisons, dépressions et résignation à l’injustice du sort, paralysie et attentisme, impression de fin de monde…

Or, dans la région à laquelle je viens de rendre visite : aucune angoisse. Le changement est une sorte de non événement. Et la réforme sera effective au 31 décembre, avant même le coup d’envoi officiel de sa mise en œuvre. Plus curieux : tout ce qu’ailleurs on agitait comme excuse pour ne rien faire est ici raison d’action urgente. D’ailleurs cette région a trouvé des solutions simples et élégantes à tous les problèmes qui semblent insolubles ailleurs (plus exactement elle ne s’était pas rendu compte qu’il y avait problème, avant que je lui explique ce qu’on en disait ailleurs). Notamment, elle a construit un comité de direction constitué des dirigeants généraux des chambres. (Ailleurs, on envisage un pouvoir régional fort, alors que la région avait jusqu'ici un rôle de représentation auprès de l'État : un changement complexe.)

Cette très bizarre différence de comportements pourrait illustrer quelques-unes de mes thèses :
  • La première étape du changement est l’émotion. La plupart des CCI françaises lui sont encore soumises. Or, les CCI sont faites de gens remarquables sous quelque angle qu’on les observe : expérience, diplômes, réussites passées… l’homme est plus un être d’émotion que de raison. 
  • Le changement est un sport d’équipe. L’homme seul est perdu face à lui. Dans cette région les dirigeants de chambre se sont unis et affrontent le changement en groupe. Ils sont confiants. Impression de force tranquille. Ailleurs, chacun traverse seul la perturbation, et se replie sur lui-même. D’où dilemme du prisonnier, et stress. 

mercredi 12 mai 2010

Effet pervers de la subvention

Histoire entendue il y a quelques temps : un fournisseur étranger décroche un appel d’offres à pertes auprès d’un client français, grâce aux subventions touchées pour implanter une usine sur le territoire d’un département. Ce qui met l’ancien titulaire du contrat, qui avait une usine à proximité, en situation difficile. Commentaire : « on a déshabillé Pierre pour habiller Paul ».

Ce qui me ramène à une observation de C.K.Prahalad : la microrégulation produit la corruption. Ici il est vraisemblable que la conséquence de la subvention n'était pas mesurée, du moins immédiatement. J'imagine cependant que la subvention visait à faire de la publicité au pouvoir politique local. Il avait donc une faible incitation à en considérer les externalités. Bref, l’intérêt individuel a été plus fort que l’intérêt collectif. Une variante du dilemme du prisonnier.

Or, le gouvernement semble microréguler dans tous les domaines. Un dirigeant, par exemple, me disait que chaque fait divers se produisant dans un secteur particulier lui valait un fonds d’aide particulier. Curieusement ce dont il parlait ressemblait à la « législation au fait divers » dont on se plaint dans le domaine public. Serions-nous en train de plomber notre économie ? Tomberions-nous dans le travers de la précédente administration américaine dont ce type de microrégulation est accusé d’avoir criminellement alourdi les dépenses de l’État ?

Mais il y a une manière positive de voir les choses : suffirait-il à la France de rationaliser sa réglementation pour libérer de grandes richesses ?

mardi 1 septembre 2009

Déséquilibre durable ?

Des chercheurs analysent le comportement des pays émergents (Fear of appreciation in emerging economies). Ils montrent que la stratégie de dévaluation de leur monnaie, un des coupables soupçonnés de la crise, est là pour durer.

Cela semble signifier que :

  • Les pays émergents veulent maintenir en excédent leur balance du commerce. Et, si j’en crois la radio, le Japon veut se joindre au bloc asiatique.
  • L’Amérique (et l’Angleterre), qui veut exporter sa crise, ne peut le faire que vers l’Australie, la Nouvelle Zélande, et la zone euro, pays de banque centrale non interventionniste.
  • Cela donne un « dilemme du prisonnier ». En dehors de l’Australie, la Nouvelle Zélande et la Zone Euro, chacun essaie de parasiter l’autre. En particulier, l’attitude des pays émergents force le reste du monde au déficit. Ce qui n’est pas viable. Tout ceci ne peut se terminer que par une crise ?

Quelques réflexions :

  • Il n’est pas certain que la crise survienne rapidement : la logique des pays émergents est d’acheter la dette des ex pays développés, ce qui encourage ceux-ci à ne pas se réformer.
  • Zone euro = dindon de la farce ? Elle prend la crise de plein fouet, va-t-elle adopter un front uni ? (La logique allemande, par exemple, n'est-elle pas celle de l’excédent ?)
  • Alors, avenir hostile qui ne sera pas tendre pour les faibles ? La France devrait-elle reprendre un peu de force, une pensée un rien autonome, redevenir un petit peu une nation ? Mais le peut-elle encore ? Alors, à chacun de prendre son sort en main ?

Compléments :

mardi 4 août 2009

OGM, science et démocratie

Il n’est plus possible de faire d’études scientifiques sur les OGM sans l’accord des fabricants de semences (Monsanto, etc.). Et ils ont un droit de publication sur ce qu’ils tolèrent. Les scientifiques du secteur ne pouvant pas dénoncer ces pratiques sans risquer leur carrière, c’est Scientific American qui le fait : l’article.

Curieuse dérive du monde des entreprises : elles se rendent incontrôlables. Triomphe de l’intérêt individuel sur l’intérêt collectif. Et démonstration des dangers d’une recherche financée par l’entreprise.

Peut-être aussi illustration d’une de mes intuitions. De plus en plus ce que l’entreprise appelle « innovation » est un exercice de parasitisme social. Le mécanisme est celui que j’ai décrit : le dilemme du prisonnier. Autrement dit, Monsanto et ses pairs ont réussi (pas forcément consciemment) à faire que l’intérêt des gardiens de la société (les scientifiques) soit de trahir leur mission.

Compléments :

lundi 13 juillet 2009

Les origines du déficit de la sécu ?

Le dépistage du cancer de la prostate fait-il plus de mal que de bien ? me semble avoir mis le doigt sur quelque chose qui pourrait expliquer pourquoi notre santé nous coûte de plus en plus cher :

  • Le dépistage du cancer de la prostate se fait de plus en plus tôt. On dépiste beaucoup, mais on n’est pas sûr que ce soit finalement un bien : le dit cancer tue lentement, et le traiter démolit la vie de la victime.
  • Ce type de problème semble être derrière l’état calamiteux du système de santé américain : une amélioration du diagnostic qui fait voir ce qu’on ne voyait pas auparavant, et une volonté de zéro risque, qui conduit à un acharnement thérapeutique et à des vies gâchées.
  • On a là un curieux cercle vicieux : d’un côté cette pratique enrichit le médecin, de l’autre ne pas y souscrire risque de lui valoir des poursuites. C’est un exemple de dilemme du prisonnier : si le médecin optimise son intérêt propre, il minimise celui de ses patients et de la collectivité. La profession médicale (à commencer par les laboratoires) a trouvé un formidable moyen de ruiner la société.
Compléments :
  • Sur la médecine américaine : Le marché contre l’homme.
  • La France n’aurait-elle pas intérêt à se pencher sur ce type de comportements avant de s’en prendre à la couverture sociale ? (Système de santé français.)
  • Aurait-on là un moteur du capitalisme moderne ? Si une entreprise parvient à contraindre une profession à un tel dilemme du prisonnier (aléa moral), elle est riche. Serait-ce ce qui a été tenté avec les OGM, et ce qui a été réussi avec les différentes bulles financières ?

samedi 16 mai 2009

Hadopi quater

Mes associés de GM2 disaient que « l’optimum économique est un optimum humain ». Ma réflexion sur Hadopi, dont je tire la ficelle depuis quelques billets, me fait me demander si, une fois de plus, ils n’avaient pas raison.

Si Hadopi est votée aujourd’hui et pas hier, c’est que les fournisseurs doivent imaginer que leurs risques sont limités : le marché est peut-être saturé en équipement haut débit ? Oui, mais leurs futures affaires, n’ont-elles pas besoin du moteur du contenu, et d’un moteur de plus en plus fort ?

Tout ceci ressemble au dilemme du prisonnier. Pour remettre sur pied l’industrie du contenu, taper sur le marché final va se retourner contre tout le monde. L’industrie du contenu ne sortira pas pour autant de son apnée, et celle du contenant risque de boire la tasse. En pleine crise, ce n’est guère judicieux. Mais comment organiser le transfert du contenant vers le contenu, en environnement fortement favorable au parasitisme ? C’est un sujet pour The Logic of Collective Action. J’en retiens 3 scénarios :

  1. On arrive à rendre tout ce beau monde solidaire, à créer une communauté. Cela peut-être fait par la force, par une loi, ou par la prise de conscience soudaine d’un intérêt commun (de même qu’une communauté se constitue quand des individus constatent qu’ils épuisent un bien commun).
  2. Il existe d’énormes acteurs du contenant, qui sponsorisent seuls le contenu, parce qu’ils ont moins à perdre ainsi qu’à se préoccuper de parasitisme. Le parasite profite de leur effort gratuitement. Mais cette solution est moins performante que la précédente, parce que c'est une société égoïste : la presse et le cinéma seront pâlots, l’industrie du contenant peu dynamique.
  3. Il y a dissolution du tissu économique concerné et des compétences acquises au cours des décennies. Un oligopole se constitue sur ses ruines. Le résultat ressemblera probablement à ce qu’ont dû être les royaumes barbares par rapport à la civilisation romaine.

lundi 19 janvier 2009

Individualisme

Un point sur l’avancement de mes réflexions concernant l’individualisme. Il me semble à la fois une caractéristique de notre temps, et une (la) cause de nos difficultés actuelles.

Tout d’abord l'individualisme est une caractéristique sociale. Nous sommes tous plus ou moins individualistes. Pas de coupable, ou tous coupables.

Dilemme du prisonnier

Avant de créer ce blog, j’étais arrivé à la conclusion que l’individualisme suscitait le dilemme du prisonnier : quand l'individu est guidé par son intérêt, il fait le mal de la société, donc le sien, à long terme (exemple : 12000 Américains passés par les armes). Ce mécanisme est lié à celui de l’aléa moral, la non solidarité du tissu social, qui permet les crises (Crises et risque).

Lutte des classes

The logic of collective action m’a laissé voir que l’individualisme pouvait amener à des stratégies plus complexes, conduisant une minorité à exploiter une majorité. Et une organisation de la société en classes.
À ce point on a un « individualisme dans l’espace ».

Lutte des générations

Mais ce que semble montrer l’analyse de la crise, c’est que l’individualisme joue aussi dans le temps. On peut lire les événements récents comme la conséquence de notre désir de faire payer à nos descendants nos excès. Dans ces conditions, la science économique ne serait qu'une rationalisation de ce désir, un moyen de justifier nos penchants asociaux.
  • Tout ce qui est abondant, ou plus exactement ne passe pas par les mains de l’homme, est gratuit. Or, c’est aussi ce qui a le plus d’importance pour nous : l’eau et l’air, par exemple. De ce fait, ils sont gaspillés. Jusqu’à ce qu’il n’y en ait plus. C’est alors qu’ils acquièrent un prix (eau minérale).
  • De ce fait nous pouvons déshériter nos enfants, consommer en toute bonne conscience leur héritage. Et les bulles spéculatives permettent à un groupe social de s'enrichir au détriment de ses semblables.
L’innovation, au moins telle qu’on l’entend aujourd’hui, ne serait donc pas la création de quoi que ce soit d’important pour l’humanité, mais un vol de ce qui aurait dû lui revenir. Et ce à très grande échelle (mise en danger de l’espèce humaine ?). L’innovation c’est le vol ? La science économique serait-elle un moyen de faire sauter les garde-fous qui évitaient un gaspillage éhonté ?...

Parasitisme des structures sociales

L'individualiste ramène tout à lui. En particulier il parasite toute l’infrastructure sociale (cf. service public), parce que ces organes sociaux ont un énorme pouvoir, et qu'il veut le détourner à son profit. (Comme illustration, voir la description de Tawney du protestantisme comme protestation contre le détournement d'un organe social, l'Église, au profit de quelques-uns.)

Le marché en otage

Probablement, les marchés n’ont rien de mauvais en eux-mêmes. Mais ils ont été infiltrés par l’individualisme, qui les utilise pour à son profit. Aujourd’hui, par exemple, ils semblent attaquer tout ce qui est fragile. (Les investisseurs parient contre la reprise économique, Les marchés parient sur l'explosion de la zone euro.)
Alors il devient une arme qui disloque une société et permet d'en extraire de grandes richesses pour celui qui en tire les ficelles. D'ailleurs, s'il a eu une telle faveur dans le monde anglo-saxon, n'est-ce pas parce que certains de ses groupes sociaux l'ont mis à leur service ? 

Sciences de la manipulation

Par ailleurs l’individualiste est un as des sciences humaines, dont il se sert à des fins de manipulation. Il exploite les règles qui gouvernent nos comportements pour nous mettre à son service (cf. le succès des « sciences de l’influence » aux USA – exemple : Totalitarisme et management).

Ceci semblerait déboucher sur l’utilisation naturelle de ce que Bateson a appelé le « double bind » (Double contrainte et stretch goal) : utiliser la lettre des lois pour en trahir l'esprit. Les deux ne sont pas sur le même plan : la lettre est de l’ordre de la raison, du conscient, alors que l’esprit est de l’ordre de l’inconscient.

Par exemple, nous ne savons pas pourquoi nous montrons du respect à telle ou telle personne (aux personnes âgées, à un supérieur, un client…) ; mais ce respect a sa contrepartie (reconnaissance, protection…) ; l’individualiste ne va pas accomplir sa partie du contrat, alors que notre inconscient nous fera faire la nôtre. Nous trouverons cela injuste, sans savoir l’expliquer, ou nous défendre. (Perfide Albion.)

Typologie de l'individualisme

Y a-t-il différents individualismes, ou plusieurs niveaux ?
  • L’individualisme français ou le « petit chef » (Le petit chef, mal français). Il veut imposer aux autres, ce qui lui passe par la tête (ce faisant, il réalise mécaniquement un « double bind » : d’un côté le respect qui lui est dû, de l’autre l’imposition de son arbitraire).
  • Pour l’Anglo-saxon, ou « Greed and Fear ». Il oscille entre un désir aveugle, et une peur incontrôlable. Ce désir est-il de consommer, ou de posséder ? Il est certain que la possession joue un rôle fondamental dans la pensée anglo-saxonne.
Le Français semble obéir au principe de l’honneur (cf. d’Iribarne), reliquat social ? L’Anglo-saxon aurait réussi à se dégager de cette dépendance ? Il ne dépendrait plus, dans son modèle ultime, que de ses instincts primaires ? Individu à l'état pur ?

lundi 30 juin 2008

12000 Américains passés par les armes

FAGAN, Jeffrey, SUGARMAN, Stephen D., How gun makers can help us, Los Angeles Times, 29 juin 2008.Chaque année 12000 Américains sont victimes d’une arme à feu. Mais les fabricants d’armes locaux évitent toutes les poursuites en responsabilité. La Cours suprême américaine a d’ailleurs jugé que le second amendement donnait le droit à la possession d’une arme.
  • Dilemme du prisonnier : l’intérêt à court terme de l’individu, posséder une arme à feu, est mauvais pour la société. Et donc pour l’intérêt à long terme de l’individu, dont l’espérance de vie est fonction inverse du nombre d’armes à feu.
  • Solution de l'article : utiliser ce qui est familier à l’Américain pour résoudre la question : les lois du marché. Mesurer le nombre de morts causées par les armes de chaque fabricant ; lui donner un taux de mortalité objectif ; pénalité s’il dépasse, bonus sinon, possibilité d’échanger sa capacité excédentaire à tuer.
2 conclusions :
  • Difficile d’aller contre la culture d’un pays.
  • Mais elle n'est pas un obstacle au changement.
Pour d’autres exemples de l’influence de la culture sur l’homme :
  • Mémoire de MBA d’un contrôleur de gestion d’une entreprise de distribution. Culture : pilotage par ordinateur de ses points de vente (des batteries d’indicateurs mesurent tout ce qui est mesurable). Il constate que leur performance est liée aux caractéristiques de leurs équipes. Au lieu de formuler sa recommandation ainsi, il propose d’ajouter des indicateurs prioritaires concernant ces caractéristiques : l’indicateur n’est-il pas le seul langage que comprend le responsable de point de vente ?
  • ELIAS, Norbert, La civilisation des mœurs, Pocket, 2003.
  • Un aperçu de l’impact qu’a pu avoir la culture sur les mœurs sexuelles occidentales : MALINOWSKI, Bronislaw, Sex and Repression in Savage Society, Routledge, 2003.

jeudi 27 mars 2008

Jacques Delpla et la Commission Attali

Jacques Delpla, à peine sorti des réflexions de la Commission Attali, a exposé au Club économie sa vision de la réforme de la France.

D’une certaine façon c’est un adepte de ce que j’appelle le « Feedback de groupe » : il veut nous mettre en face de nos turpitudes. Quelles sont-elles ? Nous sommes des privilégiés. Plus exactement nous avons tous des « rentes » : nous bloquons la concurrence, d'où surprofits. En fait, nous nous tirons dans les pieds : à cause de ces rentes, la société est globalement inefficace, et nos rentes sont inférieures aux revenus que nous donnerait une société fonctionnant harmonieusement (cf. Le Dilemme du prisonnier de la Théorie des jeux). Son idée est de racheter ces rentes. Vu le raisonnement ci-dessus, le retour sur investissement ne peut qu’être positif.

Pour en savoir plus:
  • DELPLA, Jacques, WYPLOSZ, Charles, La fin des privilèges : Payer pour réformer, Hachette Littératures, 2007.