mardi 4 août 2009

Plaisirs de la chair

Ce film m’a fait penser à Contes cruels de la jeunesse. Ce n’est pas une coïncidence : ils ont le même réalisateur.

Dans les deux cas c’est la plongée dans l’abîme de personnages maudits. Ça me fait penser au film noir américain de la même époque. Il paraît qu’il faut aussi voir l’influence de la Nouvelle vague.

Est-on trompé sur la marchandise : film japonais ou international ? Ou, image fidèle du Japon de l’époque : traditions violemment bousculées par les cultures étrangères ?

lundi 3 août 2009

Changement au Japon

Un article précise ce que signifie le changement politique qui est en cours au Japon :

  • Ce qui s'y joue n'est pas une simple élection, et le remplacement d'un parti qui a régné 55 ans par son adversaire, inexpérimenté. L’objectif du changement est d’installer le bipartisme.
  • Pour réussir, il faudra réformer une administration qui fait corps avec le politique. Elle devrait opposer une efficace résistance au changement. Mais il y aurait aussi de jeunes générations de fonctionnaires favorables à la nouveauté.
Ce qui m’a surpris dans cette description, c’est à quel point elle est familière, elle ressemble aux changements que je rencontre chaque jour dans l’entreprise française.

Compléments :

  • L'étape précédente de mon enquête sur le changement au Japon : Japon en hiver (2).
  • Un article complémentaire sur la question.

Debray, Bensaïd et la révolution

Hier j’intercepte une discussion entre Régis Debray et Daniel Bensaïd (sur France Culture). Ils évoquent leurs souvenirs d’anciens combattants. Ils se demandent pourquoi la jeunesse moderne n’est plus aussi révolutionnaire que la leur. Voici ce que mon imparfaite mémoire en retient.

  • La révolution, ça s’apprend dans les livres. Visiblement c’est une affaire d’intellectuels.
  • La jeunesse intellectuelle lit autant qu’avant, mais il n’y a plus de courants philosophiques des années 60 pour structurer l’information qu’elle absorbe, lui dire quoi penser et quoi faire.
  • Dans les années 60, l’intellectuel croyait à la vertu rédemptrice de la violence. Cela a passé de mode. Heureusement peut être, mais être révolutionnaire a de ce fait perdu beaucoup de sa séduction.
  • Et il y a le chômage, le mal de notre temps. Pour faire la révolution, il faut être libre d’esprit, ne pas être inquiet pour son emploi.
Paradoxaux révolutionnaires, moutons de panurge, pantouflards et matérialistes, vivant dans un monde abstrait. Pour la bourgeoisie intellectuelle, la révolution est une mode, une distraction ?

Lisbonne et la transformation de l’Europe

Le traité de Lisbonne instituant un Président et un ministre des affaires étrangères peut il résoudre le problème de l’Europe, c’est-à-dire son manque de maturité, sa dépendance aux USA ?

Ce que va donner la mesure en question est difficile à prévoir. Cela dépendra en grande partie de la personnalité des deux élus. Il peut y avoir conflit, l’un peut écraser l’autre, ou nous pouvons hériter d’hommes d’appareil sans envergure. En fait, il ne me semble pas que le problème de l’Europe soit autant une question d’institution que de volonté d’indépendance et de techniques. Prenons deux exemples :

  • La France est l’archétype de l’impuissance, comme l’a montré sa position lors du déclenchement de la guerre d’Irak. Pourquoi ? Parce que ses paroles ne sont pas suivies d’effets, parce qu’elle n’est pas prête à affronter les conséquences de ses gesticulations. La question qui se pose à l’Europe est ici : comment ne pas ressembler à la France ?
  • L’Allemagne, par contre, est écoutée. Or, paradoxalement, contrairement à la France, elle a un régime politique très instable, qui force à coalitions et compromis permanents. Son système parlementaire ressemble d’ailleurs beaucoup à celui de l’UE. Comment s’en tire-t-elle ? Son mécanisme de décision est lent, mais il a l’avantage de produire à la fois une décision et le plan qui permet de la mettre en œuvre. De ce fait, contrairement à la France, l’Allemagne tient sa parole.

dimanche 2 août 2009

Les raisons du succès asiatique

Considérations sur le miracle économique asiatique :

  • Quelques entrepreneurs, mais surtout un état déterminé et terriblement protectionniste, qui profite de la globalisation, sans donner beaucoup en échange.
  • Derrière ce succès, il y a surtout l’Amérique, qui a apporté la technologie et ouvert ses marchés. Jeu de dupes ?
Mais qui a été aussi généreux ? Le peuple américain, ou une élite plus ou moins idéaliste, qui a beaucoup gagné dans l'opération ?

Compléments :

Pour une révolution mondiale

Tocqueville raconte que les révolutionnaires ont regardé l’appareil étatique construit par Louis XIV et ont compris qu’ils avaient là le moyen d’appliquer leurs idées, il suffisait d’en remplacer la tête (L’ancien régime et la révolution). N’en est-il pas de même pour l’édifice construit par l’impérialisme américain ? Ses caractéristiques :

  1. La science gouverne le monde. Les prix Nobel, ou leurs équivalents, inspirent les politiques. On s’étripe par modèles et équations interposées.
  2. Le monde est réglé par quelques institutions, dont la mission est d’imposer à ses populations des valeurs partagées (droit de l’homme, libre échange, etc.).
Sur le fond, ces deux principes me semblent louables.
  1. La science, pour moi, est avant tout un moyen de faire émerger non une vérité absolue, mais la « volonté générale » d’une population, une volonté qui, en plus, a pris connaissance des quelques vérités raisonnablement vraisemblables découvertes par la science.
  2. Je crois que les guerres viennent essentiellement de conflits entre cultures (au sens ethnologique du terme). Les principes qui assurent la cohérence des sociétés sont incompatibles entre eux. Le fait d’amener chaque culture à partager des valeurs fondamentales est un grand pas dans la direction d’une paix mondiale.
La question qu’il reste à régler, la révolution qu’il reste à faire, est qu’aujourd’hui tout cet édifice tend à être dominé par le parasitisme, l’individualisme. Tout est instrumentalisé, à commencer par l’économie, pour garantir les privilèges d’un segment de population qui tire profit du système actuel. Ce n’est pas une classe, au sens marxiste, en ce qu’il n’est pas solidaire. Il ne se retrouve uni l’espace d’un instant que par quelques intérêts communs.

Pour transformer ce système, il suffit de le prendre au mot. C'est-à-dire de démonter les sophismes qui le guident, et qui sont basés sur des techniques de manipulation connues, ce qui ne demande rien d’autre qu’une démarche réellement scientifique.

Le jour, par exemple, ou l’économie aura pris en compte les résultats des sciences, notamment de la sociologie, qu’elle aura compris, avec la physique, que l’avenir est imprévisible… elle dira beaucoup moins de bêtises, et nous nous en porterons sûrement bien mieux.

Compléments :

Crise et cancer

Depuis toujours on soupçonne un parallèle entre fonctionnement du corps et de la société. Peut-être avec raison me suis-je dit en écoutant David Servan-Schreiber, hier, dans une émission de France Culture. Voilà ce que j’ai retenu de la fin de l’émission (j’ai raté le début) :

  • Les cellules du corps essaient toutes de se développer au détriment de l’intérêt général, mais elles sont rappelées à l’ordre par le système de contrôle interne. Le cancer, c’est une cellule qui a réussi à tromper ce système. Cette description ressemble à celle de la crise : la crise comme cancer ?
  • La dépression. Elle a une utilité. Elle amène l’homme à se replier sur lui-même, à moins consommer, à remettre en cause ce à quoi il croit et à réinventer quelque chose de neuf. Ce qui aide l’homme à sortir de la dépression, c’est de lui faire entrevoir une vie différente (l’autre n’étant plus possible) mais très désirable.
Je me demande ce que la politique pourrait apprendre de la médecine. Vraisemblablement elle a le tort de ne travailler aujourd’hui qu’à la réparation de l’ancien système, alors qu’elle devrait s’atteler à chercher une nouvelle identité pour l’humanité, une nouvelle raison de vivre. Quant au cancer, doit-elle le traiter comme le fait la médecine ? Un régime de cheval qui détruit les cellules cancéreuses et tout ce qui a le malheur de se trouver autour ? Espérons pour les financiers que l’idée ne nous passera pas par la tête. Espérons aussi que nous trouverons un moyen pacifique de régler la crise, qui inspirera la médecine.

Compléments :

  • Sur l’utilité de la déprime humaine, et sur le tort que trop d’optimisme fait aux Américains : Stress américain.
  • La crise comme cancer rejoint la thèse de l’économiste Simon Johnson, et celle de Rousseau sur « l’égalité » : Crise : destruction destructrice. Il me semble que ce que l'Amérique appelle innovation est de plus en plus souvent une victoire de l'intérêt individuel sur l'intérêt général. Une manière de cancer.

samedi 1 août 2009

Microsoft et Yahoo

Peut-être que Microsoft et Google ont enfin trouvé un moyen de se faire mal ?

Cette fois-ci l’offensive de Microsoft contre Google semble sérieuse. Bing le moteur de recherche de Microsoft serait adopté par Google. Bing aurait alors une part de marché de 30% aux USA, contre 65% à Google. Avec une telle présence, les annonceurs sérieux ne pourront plus ignorer Microsoft. Ça risque de faire mal à Google.

En échange, Google attaque la clé de voute du succès de Microsoft : les systèmes d’exploitation.

On se trouve dans un des cas de figure où la concurrence peut être bonne. Elle va forcer Microsoft et Google à dépoussiérer leur génie, leur évitant peut-être le sort des dinosaures. Espérons aussi qu’ils vont s’intéresser à nous et à nos problèmes et à la qualité et à l’ergonomie de leurs produits. Mais à l’impossible nul n’est tenu.

Compléments :

Obama dos au mur

« Les quelques prochaines semaines pourraient déterminer le destin de la présidence de Barack Obama » (Crunch time) :

B.Obama a voulu gérer la nation et le monde sans se salir les mains, en se contentant d’orientations vagues et bien pensantes. Mais ça ne marche pas, tous les projets qu’il a lancés menacent d’être des désastres, qui n’améliorent rien mais enfoncent la nation dans le déficit. S’il n’entre pas dans la mêlée, s’il ne mouille pas le maillot, le pire est à craindre. « Il doit descendre de son nuage et se mettre à montrer la voie ». Voilà ce que dit The Economist.

Mais, il n’y a pas que du mauvais : s’il a entre les mains le sort du monde, c’est que les problèmes de ce dernier ne sont pas aussi insolubles que l’on aurait pu le penser.

  1. Ainsi, à mon grand soulagement, The Economist se redécouvre une veine démocratique et explique à M.Obama comment amener Républicains et Démocrates à s’accorder sur un système de santé qui assure tout le monde (objectif du président) sans ruiner le pays (un souci qui n’est pas que républicain).
  2. Plus surprenant, il semblerait que la question israélo-palestinienne ne soit pas désespérée. À quelques ajustements près, susceptibles d’être réglés par une négociation intelligente, les deux camps (ou 3, si l'on tient compte de la division Hamas/Fatah) sont d’accord sur des principes qui puissent fonder un arrangement durable. Ce dont ils ont besoin, c’est d’un catalyseur, d’un négociateur déterminé.

M.Obama n’a pas arrêté de nous parler du changement. Ça tombe bien, le monde est dans une situation favorable au changement, il ne lui faut qu’un « leader du changement » compétent, et M.Obama est dans une situation idéale pour occuper cette position.

Compléments :

  • Une remarque brillante sur ce qui fait croire que le Moyen-Orient est dans une impasse : « En ce moment, les politiciens des deux côtés se définissent par l’extrémisme de leurs opposants les plus déraisonnables ».
  • Ce que j’entends par leader du changement : Mesurer la capacité au changement d’une entreprise.
  • Ce blog est d’accord avec The Economist (pour une fois !) : Obama : charme éventé ? B.Obama doit enfin comprendre que s’il veut qu’un changement réussisse, il doit le contrôler (Contrôlez le changement !).

N.Sarkozy hospitalisé par ses assureurs

J.Hallyday est victime d’une défaillance, ses assureurs lui imposent des examens médicaux exhaustifs (L'assureur de Johnny Hallyday demande son hospitalisation pour examens). Pourquoi n’en serait-il pas de même pour notre président, récent sujet au malaise ?

Mais il n’a pas d’assureur. Ou, plus exactement, son assureur est le peuple français : nous paierons les conséquences de ses faiblesses. Alors, pourquoi n’avons-nous pas les moyens de lui imposer un check up et d’en connaître les résultats ? Probablement parce que nous n’avons pas su nous organiser pour cela. Nous devrions être puissants parce que nombreux, nous sommes faibles parce que divisés.

Compléments :