dimanche 15 septembre 2013
Poutine sauve Obama
dimanche 19 décembre 2010
Premier geste du changement
dimanche 28 novembre 2010
Dilemme du prisonnier
dimanche 30 août 2009
Cancer et crise (suite)
When a cell’s controls break down, chaos is unleashed, Scientific American de Septembre :
Le corps ressemble à la société : il y a division des tâches. Comme les hommes et les organisations, les cellules et les organes sont spécialisés, ils ont une fonction précise qu’ils doivent réaliser à la lettre. Cela est permis (notamment ?) par un système de contrôle complexe, qui, en particulier, réglemente la division cellulaire. Le cancer démarre par une attaque du système de contrôle.
À y bien réfléchir, les changements sociaux se font de la même manière. Ils attaquent en premier le système de contrôle social. Le mouvement pour l’égalité des femmes, ou des homosexuels, par exemple, a commencé par n’être qu’un débat d’idées. Puis, une fois la société convaincue, une fois que les règles qui pilotaient ses comportements ont été modifiées, elle a commencé à se transformer : ses « cellules » ont changé de comportement. Il en est de même pour Goldman Sachs et les banquiers : ils ont commencé par faire évoluer le système de contrôle financier, avant, dans un second temps, d’en tirer parti.
Compléments :
- L’exemple de Goldman-Sachs : Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs. Dans ce cas, les « cellules » ont influencé le système de contrôle mondial (en l’incitant à modifier ses lois), en est-il de même pour les cellules humaines ? Ont-elles un pouvoir sur le système de contrôle, et peuvent le faire évoluer ? Est-ce que leurs « intentions » peuvent être soit « sociales » (faire le bien du groupe), soit parasitaires (faire son bien propre, au détriment de celui du groupe) ?
- Le fait que le changement parte de la théorie, avant d'atteindre la pratique, explique le curieux phénomène décrit par Edgar Schein et Norbert Elias : il y a un décalage entre ce que nous affirmons bien et notre comportement ; nous sommes fondamentalement hypocrites.
dimanche 16 août 2009
Loi des rendements décroissants
Une caractéristique des avocats du libéralisme économique, c’est que leurs actes démentent leurs théories. De même que le marché (la bourse) ne se comporte pas comme un marché de livre d'économie (plus une action monte, plus on l’achète, et inversement), la loi des rendements décroissants ne s’applique pas à Goldman Sachs. Goldman Sachs gagne toujours plus (Dr Strangelove and Mr Goldman Sachs). Et Goldman n’est pas le seul : comme Scarface, l’entreprise américaine semble dire « The sky is the limit ».
Comment expliquer ce paradoxe ? Réflexions aléatoires :
- L’économiste Frank Knight dit que la loi des rendements décroissants doit être vraie, sinon tout l’édifice des sciences économiques s’effondre. En effet, c’est parce que les rendements décroissent que tous les facteurs de production ne sont pas égaux, que l’un est meilleur qu’un autre et qu’on peut le choisir. Autrement dit, c’est une loi qui fait l’hypothèse de l’individualisme.
- Par conséquent, il est possible qu’elle ne s’applique pas parce que nous ne sommes pas dans un contexte individualiste mais social. La particularité de la société est 1) que les individus ne suivent plus leur instinct, mais les règles du groupe 2) que le groupe donne à l’homme, sans effort, accès à des ressources inaccessibles à ses capacités individuelles.
Il ressemble à un piéton qui entrerait dans une voiture, et qui ne serait plus contraint par ses limites propres. Et qui, parce qu’il aurait trouvé un moyen d'éviter les radars (cas de Goldman Sachs), se croirait pouvoir pousser sa vitesse à l’infini, de ce fait terminant dans un platane.
La faiblesse de la société est que son système de règles a des failles ; qu’on peut en pousser certaines à l’absurde, si d’autres ne sont pas en permanence inventées pour l’éviter. La limite sociale n’est pas la capacité individuelle, mais celle du groupe (la voiture dans l’exemple), groupe qui, soumis à l'absurde du traitement Goldman Sachs, se disloque.
J’en reviens au parallèle entre économie et cancer. Est-ce parce que la cellule suit elle aussi les règles du groupe, et plus les siennes propres, qu’elle n’est pas limitée par ses limites naturelles et part à la conquête de l’espace ?
Conjectures vaseuses ?
Compléments :
- KNIGHT, Franck H., Risk uncertainty and profit, Dover, 2006
mercredi 12 août 2009
Bureaucratique Amérique
J’entends M.Obama défendre sa réforme du système de santé américain et expliquer qu’elle ne signifie pas une intervention bureaucratique. Aux USA état = bureaucratie = gaspillage.
Ce qu’il y a de surprenant c’est qu’on m’a appris à l’Insead, à grands coups d’articles savants, que le mal des USA est la bureaucratie de ses entreprises. Les malheurs de GM viennent de nous rappeler cette simple vérité. Elles sont des monstres rigides, par nature tayloriens, qui ne résistent pas au changement. On rêvait de détruire la grande entreprise (Drucker en tête).
Celui qui fait fortune en Amérique c’est le fonctionnaire privé : grâce à ses diplômes, il est entré chez Goldman Sachs, y a fait carrière, est proche du sommet, et se répartit maintenant les bénéfices que la banque tire de l’exploitation de l'humanité.
Ce qu’il a d’extraordinaire dans cette histoire, c’est le retournement qui s’est produit en 15 ans. La grande entreprise a convaincu l’Amérique et ses universitaires qu’elle était le bien, et que le mal absolu c’était l’état, l’expression de la démocratie, qu’il fallait le détruire lui et ses contrôles.
Compléments :
- Décidément, je pense que la grande entreprise américaine se comporte comme une tumeur cancéreuse (Crise et cancer, OGM, science et démocratie). Je me demande comment les USA vont se tirer de cette mauvaise passe.
- L’analyse d’un économiste américain : Trou noir, et Crise : destruction destructrice.
- L’Amérique est le pays où il y a le moins d’entrepreneurs : Entrepreneur n’est pas américain. Galbraith le disait déjà il y a 50 ans : The Industrial State / Galbraith.
- Pourquoi la France et l’Amérique tendent à être des bureaucraties : Nous sommes tous des Américains !
mardi 4 août 2009
OGM, science et démocratie
- Le dilemme du prisonnier dans le cas du cancer de la prostate : Les origines du déficit de la sécu ?
dimanche 2 août 2009
Crise et cancer
Depuis toujours on soupçonne un parallèle entre fonctionnement du corps et de la société. Peut-être avec raison me suis-je dit en écoutant David Servan-Schreiber, hier, dans une émission de France Culture. Voilà ce que j’ai retenu de la fin de l’émission (j’ai raté le début) :
- Les cellules du corps essaient toutes de se développer au détriment de l’intérêt général, mais elles sont rappelées à l’ordre par le système de contrôle interne. Le cancer, c’est une cellule qui a réussi à tromper ce système. Cette description ressemble à celle de la crise : la crise comme cancer ?
- La dépression. Elle a une utilité. Elle amène l’homme à se replier sur lui-même, à moins consommer, à remettre en cause ce à quoi il croit et à réinventer quelque chose de neuf. Ce qui aide l’homme à sortir de la dépression, c’est de lui faire entrevoir une vie différente (l’autre n’étant plus possible) mais très désirable.
Compléments :
- Sur l’utilité de la déprime humaine, et sur le tort que trop d’optimisme fait aux Américains : Stress américain.
- La crise comme cancer rejoint la thèse de l’économiste Simon Johnson, et celle de Rousseau sur « l’égalité » : Crise : destruction destructrice. Il me semble que ce que l'Amérique appelle innovation est de plus en plus souvent une victoire de l'intérêt individuel sur l'intérêt général. Une manière de cancer.
lundi 13 juillet 2009
Les origines du déficit de la sécu ?
Le dépistage du cancer de la prostate fait-il plus de mal que de bien ? me semble avoir mis le doigt sur quelque chose qui pourrait expliquer pourquoi notre santé nous coûte de plus en plus cher :
- Le dépistage du cancer de la prostate se fait de plus en plus tôt. On dépiste beaucoup, mais on n’est pas sûr que ce soit finalement un bien : le dit cancer tue lentement, et le traiter démolit la vie de la victime.
- Ce type de problème semble être derrière l’état calamiteux du système de santé américain : une amélioration du diagnostic qui fait voir ce qu’on ne voyait pas auparavant, et une volonté de zéro risque, qui conduit à un acharnement thérapeutique et à des vies gâchées.
- On a là un curieux cercle vicieux : d’un côté cette pratique enrichit le médecin, de l’autre ne pas y souscrire risque de lui valoir des poursuites. C’est un exemple de dilemme du prisonnier : si le médecin optimise son intérêt propre, il minimise celui de ses patients et de la collectivité. La profession médicale (à commencer par les laboratoires) a trouvé un formidable moyen de ruiner la société.
- Sur la médecine américaine : Le marché contre l’homme.
- La France n’aurait-elle pas intérêt à se pencher sur ce type de comportements avant de s’en prendre à la couverture sociale ? (Système de santé français.)
- Aurait-on là un moteur du capitalisme moderne ? Si une entreprise parvient à contraindre une profession à un tel dilemme du prisonnier (aléa moral), elle est riche. Serait-ce ce qui a été tenté avec les OGM, et ce qui a été réussi avec les différentes bulles financières ?
lundi 16 mars 2009
Commentaires sur affluent society
Que m’inspire The affluent society de John Galbraith ? (voir Société d’abondance.)
Bien vieilli ?
Galbraith parlait d’une autre époque que la nôtre. De son temps, la technostructure dominait le monde. La planification régnait. Mais, sur le fond, son analyse est actuelle. Ce qui n’allait pas s’est maintenu, c’est le reste qui s’est dégradé.
- La menace qui plane sur notre société est la dette, et l’inflation. Et effectivement nous avons vécu une ère d’hyper inflation. Simplement nous ne nous en sommes pas rendu compte : elle a touché l’immobilier, le monde financier et la valeur des entreprises, pas les biens de consommation.
- Notre société est tirée par les exigences d’une production compulsive : nous vivons les yeux rivés sur la croissance de l’économie ; nous respirons quand le PIB augmente, quand nous produisons « plus ».
- Cette production exige que nous soyons conditionnés à consommer l’inutile, voire le nocif, et ce de manière croissante.
- Le secteur public est fondamental, insuffisamment financé, l’individu subit les conséquences de ce déséquilibre, notamment parce que le plus pauvre est élevé pour n’être que consommateur.
- Ce que cherche l’homme, le critère ultime d’évaluation d’un modèle social, c’est la « sécurité », pas la richesse matérielle.
Lavage de cerveau
Enorme sentiment de manipulation. Sans discussion, sans débat, nous avons basculé d’une société de citoyens « liberté, égalité, fraternité », à un monde réglé par les lois du marché.
Pour cela, il suffisait de nous persuader que le service public, c’était le mal, l’inefficacité, et que le secteur privé était le bien, ce qui créait de la richesse pour tous, qui engraissait le paresseux.
Il y a encore trente ou quarante ans, le Français était sûr de l’efficacité de son administration. L’élite de la nation, c’était le Polytechnicien et l’instituteur, agents de l’état, modestes, peu payés, mais jouissant d’une immense reconnaissance, presque plus pour le sacrifice financier qu’ils consentaient à la nation que pour l’excellence de leur intellect. Le symbole de la transformation que nous avons subie : partout des écoles de commerce et de management. Jadis méprisées, elles couvrent désormais le territoire et forment ceux qui ont les plus belles carrières.
L’ultralibéralisme, la théorie de la misère, a un grand mérite, qui explique probablement son succès : il permet au riche de s’enrichir en toute bonne conscience et convainc le pauvre qu’il n’a aucun droits sociaux.
De l’abondance à la misère
Galbraith pense que, grâce au progrès technologique, il y a eu passage d’une société de la misère à une société de l’abondance mue par une volonté de sécurité (emploi, revenus). Je soupçonne une faiblesse dans son raisonnement.
Le modèle de la misère, qui est celui qui inspire les textes d’économie, est revenu ces dernières décennies. C’est le « Consensus de Washington». Il a produit partout les mêmes résultats : augmentation du niveau de vie moyen et apparition de la pauvreté, de « l’insécurité ».
L’étude du CREDOC que je cite ailleurs n’illustre-t-elle pas ce fait ?
J’en tire la présomption suivante. Il existe un modèle de la pauvreté, ou plutôt de la rareté, et un modèle de l’abondance, ou plutôt de la sécurité, et ils sont en grande partie indépendants de notre capacité de production, contrairement à ce que pensait Galbraith. Ils trahissent probablement des états d’esprit différents : individualisme ou solidarité.
J’irai cracher sur vos tombes
Cette réflexion m’amène à Boris Vian, et au livre qui a le titre de ce paragraphe. Il s’y révolte contre le racisme américain. Mais le sentiment qu’il dénonce est-il réservé au noir ? N’est-ce pas plutôt la manifestation d’un cancer qui peut frapper tout homme (le marchand et l’Anglo-saxon y étant prédisposés) ? Un cancer qui ne lui fait voir de l’existence que les grosses Mercedes et les grandes maisons ? Qui le pousse à désirer la mort de tout ce qui représente le non matériel : l’homme, la société, et la joie de vivre, le noir et la mère de famille ?
Compléments :
- La technostructure : L’ère de la planification.
- L’étude du CREDOC : Inégalités françaises ?
- Comment le petit entrepreneur américain (tel que le parti républicain le fait parler) justifie qu’il est bien de laisser crever son prochain : Propagande américaine.
- Une traduction en Français : Pour un salarié adaptable ?
- Sur l’éducation du citoyen pour la consommation (et par la télévision) : Médiamorphose.
- Ce que la société anglo-saxonne a d’abjecte (ce que dénonce Boris Vian) est qu’elle massacre volontiers celui qui est sans défense, comme l’a montré le combat des noirs pour leurs droits (voir PATTERSON, James T., Grand Expectations: The United States, 1945-1974, Oxford University Press, 1996.), et comme le prouvent de multiples incidents quotidiens (Inquiétante Amérique).
jeudi 1 janvier 2009
Cancer du poumon
Un responsable de l’office de prévention du tabagisme, ce matin à la radio :
Quand le gouvernement veut intervenir, il est efficace. Quand il a augmenté le prix du tabac, la consommation a baissé significativement ; quand le tabac a été exclu des lieux publics, la consommation passive a baissé significativement. (Qui a dit que la France ne changeait pas ?)
Alors ? Le gouvernement étant aux prises avec le lobby des buralistes ne veut plus agir.
Suggestions :
- La méthode Delpla et Wyplosz (Jacques Delpla et la Commission Attali) : puisque le cancer du poumon coûte cher, la France fait une économie en réduisant le nombre de fumeurs. Il est rentable de compenser le buraliste de ses pertes. Difficulté : cela fait un manque à gagner dans la comptabilité publique, qui n’a pas encore adopté l’innovation qui a fait fureur aux USA ces dernières années : la comptabilisation des revenus futurs.
- La tactique de lutte contre le lobby des armes américains (12000 Américains passés par les armes) : attribuer à chaque fabriquant de cigarettes (à chaque buraliste ?) un droit à tuer, leur permettre d’échanger ces droits. Malheureusement, il est plus difficile d’attribuer un cancer à un fabricant ou à un buraliste, qu’une mort à une arme.
Pour ma part, je trouverais sympathique que les buralistes proposent spontanément à l’État de l’aider dans la lutte contre le tabagisme, en échange d'un financement. Et leur conscience y gagnerait en tranquillité.
