mardi 14 février 2012

Existentialisme et raison

Je trouve inconfortable que l’existentialiste démontre par la raison qu’elle est inutile.

Pourtant, je rencontre souvent cette situation. Définir la stratégie d’une entreprise n’est pas résoudre une équation, mais c’est une sorte de coup de génie qui fait apercevoir une idée à la fois désirable et qui paraît résoudre toutes les questions en cours.

Cependant, « l’acte de foi » des existentialistes m’inquiète. Il me semble que les drames de ces derniers siècles viennent des conséquences imprévues de tels actes de foi.

Même si l’on ne sait pas d’où vient la solution, on doit raisonnablement savoir comment y parvenir.  

lundi 13 février 2012

Syrie : un détonateur ?

Deux mouvements opposés face au conflit syrien font peser des menaces qui vont au-delà, me semble-t-il, des frontières syriennes.

D'une part, l'Arabie saoudite, tout comme Al-Qaida, lancent des appels aux musulmans sunnites pour soutenir ou intervenir en faveur de leurs frères syriens. Cette alliance objective d'un régime politique et d'un mouvement né pour le combattre peut déjà surprendre. Elle s'explique par un réflexe communautaire : les quartiers sunnites de Homs se trouvent sous le bombardement d'un gouvernement (et d'une armée) dominé par les Alaouites, apparentés aux Chiites. Lesquels sont soutenus par l'axe chiite constitué par l'Iran, le Hezbollah au Liban et, en moindre mesure, le gouvernement chiite irakien.

D'autre part, la Russie et la Chine continuent de défendre la dictature syrienne - comme tant d'autres dans le monde - peut-être moins par intérêt que pour éviter un précédent qui auraient des résonances intérieures, surtout en Russie. A l'opposé, l'Occident est tenté par un nouveau schéma à la libyenne. Certains pays arabes, notamment ceux qui viennent d'effectuer leur révolution (vers plus de démocratie ?) condamnent de plus en plus fermement la répression en Syrie. La ligne de fracture, ici, se situe entre la pérennisation de régimes autoritaires ou dictatoriaux et le pouvoir au peuple dans un Etat de droit.

Pourtant, si la situation était aussi simple, on pourrait (?) espérer une solution négociée. Il semble malheureusement que le problème est beaucoup plus complexe, pour deux raisons essentielles.

Première raison : la Syrie est un pays lui-même complexe, dominé en nombre par des Arabes sunnites (environ les trois quarts de la population) mais vivant aux côtés de plusieurs minorités ethniques ou ethnico-religieuses (communautés chiites ismaéliennes dont les Alouites, Kurdes, Turkmènes, Druzes, Assyriens et Arméniens notamment). Ces minorités sont des minorités très significatives voire des majorités à l'échelle de certaines régions syriennes.

Deuxième raison : la nature et les intérêts des pays de la région sont très divers. Pour résumer à très grands traits, les monarchies du golfe souhaitent essentiellement protéger les sunnites et contrer l'Iran et son axe chiite. Certaines d'entre elles, notamment l'Arabie saoudite autour de ses régions pétrolières, ont toutefois de fortes minorités chiites (même une majorité dans le cas de Bahrain). Les gouvernements issus du printemps arabe veulent démontrer qu'ils peuvent promouvoir une forme localisée de démocratie, compatible avec l'islam et indépendante de l'Occident. La Turquie (sunnite) tente, elle, de promouvoir son propre régime, d'affirmer sa puissance régionale, de contrôler les velléités des Kurdes syriens...

Les dynamiques politiques à l'oeuvre, à l'intérieur ET à l'extérieur, me font penser au cas libanais. C'est-à-dire à un nouveau détonateur d'un chaos régional. L'importance et l'enchevêtrement des enjeux peut soit bloquer le changement de régime entraînant une crispation internationale durable, soit à l'inverse provoquer un changement si fort qu'il débordera de manière incontrôlable hors de Syrie.

Pourquoi Sarkozy divise-t-il ?

N.Sarkozy aurait fait l’erreur de penser qu’il a été élu avec les voix du FN, et non avec celles de M.Bayrou. C’est pour cela qu’il serait parti aussi à droite. Voici ce que disait un interviewé de France Culture ce matin.

Les « valeurs » grâce auxquelles M.Sarkozy pensait gagner les élections lui aliènent une partie de l’électorat. M.Chirac avait raison : M.Sarkozy « divise » la France.

Erreur de calcul ? Pas nécessairement. Ce blog a fini par penser que M.Sarkozy est néoconservateur. Il est parvenu à se faire élire parce qu’il a tenu un discours centriste qui masquait la réalité de ses convictions.

Compléments :
  • Début de la réflexion : Sarkozy divise ?
  • En outre M.Sarkozy appartient à l’UMP, ce qui lui apporte mécaniquement des voix, quel que soit son discours.
  • Le mouvement néoconservateur n’a rien de ridicule, c’est un mouvement ayant de solides convictions et qui s’est défini comme une réaction à 68 : La pensée anti 68. Sur le néoconservateur, Neocon, un billet écrit il y a 4 ans, à l’époque où je ne soupçonnais pas que le phénomène puisse être français. Un texte qui résonne curieusement avec les récentes déclarations de M.Guéant.

Souffrances du banquier

Il y a peu on m’a parlé de la Société Générale et de la BNP. On y serait déboussolé. Leurs employés considéraient l’existence comme une croissance sans fin, justifiant des salaires extraterrestres. Confrontés à une activité qui se contracte, ils sont désemparés. Rien de ce qui semblait jusque-là faire leur succès ne paraît fonctionner.

On découvre que la banque a créé une curieuse culture :
" Dans ce milieu, l'argent, c'est la seule reconnaissance, souligne Vincent. Sans bonus, on n'est plus rien. "
" Il n'y a aucune logique sociale ni éthique, confirme le psychiatre Michel Debout. De l'extérieur, ils sont si étrangers à nos préoccupations qu'on a du mal à imaginer qu'ils soient en état de souffrance. Quand on parle de bulle financière, il s'agit aussi d'une bulle qui les sépare du reste de la société. " Les banquiers se cachent pour pleurer - M Magazine
Le pire peut-être dans cette culture, est qu’elle pose l’individualisme comme principe. Aujourd’hui les héros de la finance doivent affronter, seuls, un sort qui les écrase. L'individu ne défie jamais impunément la société ?
" Ils sont de moins en moins nombreux et ont toujours autant de travail, explique Michael Sinclair, psychologue dans une clinique à la City de Londres. Je vois de plus en plus d'employés en dépression, et même des grands patrons. Cet environnement est tellement compétitif qu'ils n'ont pas le droit de montrer le moindre signe d'abattement. Au contraire, ils font la course au "présentéisme". Ils donnent leur vie à leur travail, ça fait partie du deal. Sauf que, maintenant, ils n'ont plus les mêmes garanties, notamment financières. " 

Le top model est surdiplômé

Fini, le top model venu du caniveau. Il serait maintenant surdiplômé. Quant aux mannequinat ordinaire, il serait envahi par un prolétariat international soumis à une concurrence parfaite. (The beauty business)

Le monde des défilés de mode est-il à l’image des transformations de notre société ? Les meilleures positions vont aux héritiers, pour les autres, on fait jouer l’offre et la demande, et les pays émergents, pour en réduire le coût ?

Choisir un président (6) : pratiques anglaises

À côté des théories de mes précédents billets, il y a la pratique. En particulier, celle de l’Angleterre, qui est probablement la plus ancienne démocratie de l’ère moderne. Que ferait l’Angleterre si elle devait choisir notre président ?

Dès le Moyen-âge l’Angleterre semble s’être organisée sur le modèle grec, qu’elle conserve aujourd’hui : 
  • une classe dominante assez égalitaire, ouverte à l’ascenseur social du succès, mais protégée de la dislocation par un système d’héritage contraignant ; 
  • une classe de sous-hommes.
Au 17ème siècle l’élite s’est débarrassée de son roi (devenu, depuis, décoratif) et a adopté un régime parlementaire.

Une des caractéristiques frappantes de ce régime est son mode d’alternance. Depuis l’origine, le parti qui remporte une guerre est remplacé par son opposition. L’Anglais pense-t-il que chaque parti a une spécialité, et que cette spécialité correspond à un type de circonstances donné ? Change-t-on de parti parce qu’il ne peut changer de politique sans perdre la face ?...

Qu’en est-il dans notre cas ? Il est possible que nous voulions à la fois un gouvernement qui puisse rétablir des valeurs de plus grande solidarité, mais aussi qui fasse preuve de détermination et de pragmatisme dans la gestion de la crise.

Compléments :
  • Sur le Moyen-âge : Marc Bloch et Roland Marx.
  • Sur le 17ème siècle : COWARD, Barry, The Stuart Age: England, 1603-1714, Longman, 2011.

dimanche 12 février 2012

Connaissez-vous Change?

Un petit article iconoclaste sur ce blog, pour parler de R&B et de soul music (bien à propos pour la disparition de Whitney Houston). Connaissez-vous le groupe "Change"?
Miracles / Change of Heart

Où va la Syrie ?

Comment les troubles syriens vont-ils finir ?

D’un côté, il y a un peuple résolu, qui n’a pas peur du martyr, de l’autre un président jeune et appuyé par une armée dévouée. Chacun à ses alliés, les nations sunnites pour les uns, l’Iran et la Russie, pour les autres.

L’Occident et Israël ne seraient-ils pas au milieu ? La situation actuelle ne leur serait-elle pas favorable ? Un allié de l’Iran est paralysé, sa défaite mettrait Israël en face d’une union sunnite… Cela explique-t-il notre manque d’empressement à faire cesser l’affaire ?

Compléments :

Changement et systémique : comment rater l’acquisition d’une société ?

À l’époque où les entreprises commençaient à licencier leurs surdiplômés, j’en ai rencontré beaucoup qui pensaient qu’il suffisait d’acheter une entreprise pour retrouver un salaire. (Les autres devenaient coachs ou consultants.)

Ce qui m’a frappé, c’est qu’ils considéraient cet achat comme devant leur apporter une sorte de rente.

En fait, une entreprise, particulièrement en France, est l’extension de son patron. Plus de patron, plus d’âme. Bref, reprendre une entreprise c’est avant tout la réinventer, comme je le dis dans un article. Mais, ce qu’il n’explique pas assez, c’est que cela demande une increvable énergie : non seulement il faut être porté par un projet, mais en plus on doit remodeler un tissu social de pisse-vinaigres en deuil de leur Dieu.

Compléments :
  • Le début de la série sur le changement et la systémique est ici.
  • Je n’aborde pas ici, la question classique de l’échec des fusions-acquisitions. L'erreur systémique est la même : les concevoir comme des problèmes exclusivement financiers, alors que toute la valeur de l’entreprise est dans son capital social. 

Y a-t-il des civilisations supérieures ?

M.Guéant affirme qu’il existe des civilisations supérieures. Question de « bon sens ». Le mien ne s’y retrouve pas. Qu’est-ce qu’une civilisation ? Comment classifier des civilisations ?