lundi 4 mars 2013

Europe : le temps de la dislocation ?

Un article, qui était ce matin dans la Tribune, mais n'y est plus, parlait de coup d'Etat en Espagne. Certains militaires ne seraient pas heureux du séparatisme catalan. Mais ce n'était pas le plus intéressant. Ce que l'article rappelle surtout est que la crise a révélé, comme en Italie (cf. billet suivant), à quel point l'Espagne est fragile, voire pourrie.
Le taux de chômage dans le pays est autour de 26%, avec un taux de chômage des jeunes qui est à près de 60% selon les derniers chiffres. L'actuel gouvernement est aux prises avec un scandale massif de corruption qui semble toucher tous les niveaux de décision au sein du Partido Popular et, enfin, le 23 janvier dernier, l'Assemblée de Catalogne a déclaré solennellement que la région est une "entité légale et politique souveraine". En d'autres termes, la Catalogne est prête à faire sécession. Bref, l'Espagne est au bord du précipice même si on l'oublie trop souvent.
Et il faut ajouter que le roi, qui a évité le précédent coup d'Etat, serait discrédité.

La situation est d'autant plus étrange que le pays a perdu une grande part de sa souveraineté, maintenant entre les mains de l'Allemagne et de la BCE, bien loin des événements.

Les pays européens vont-ils se disloquer ? L'euro fut-il une invention d'apprentis sorciers ?


Clowns italiens et autres histoires

The Economist traite MM.Grillo et Berlusconi de « clowns ». Sans pour autant se montrer inquiet outre mesure, me semble-t-il. La BCE peut maintenir l’Europe à flots. Et M.Grillo n’est pas sans intérêts. Justement ceux qui l’ont fait élire. Il a capté un besoin de la nation (de toutes les nations ?). Un ras le bol des politiciens de carrière, qui ne suivent que leur intérêt. Ses députés devraient voter les lois au coup par coup, et non selon une stratégie prédéfinie. Il faut surtout relâcher l’austérité, pense The Economist. Reste à convaincre l’Allemagne.

L’Angleterre est dans la mélasse. Elle ne sait qu’importer. Sa devise n’a pas fini de sombrer. Le prix de sa dette va-t-il augmenter ? Non, ça va mal partout. En tout cas, peut-être son gouvernement devrait-il faire quelques investissements en infrastructures pour relancer ses affaires ? Dans la série « l’Angleterre aime l’Europe », The Economist est allé à la rencontre des fermiers anglais. Celui qui est interviewé révèle que sans la PAC, « il aurait gagné sa vie seulement durant 5 de ses 21 années de ferme ». On tolère que la France laisse aller son déficit un peu plus longtemps.

Aux USA l’impact du séquestre n’est pas encore clair. The Economist encourage le pays à exporter du gaz, pour se faire de l’argent. Mesure que bloquent les industriels, qui ont peur d’une augmentation des prix de l’énergie, et les écologistes anti-gaz de schiste.

Décidément, The Economist aime l’Afrique. Tout y va beaucoup mieux. Mais sa fortune est essentiellement une question de ressources naturelles. Elle sera durable si elle réussit un changement. Elle doit mettre à profit l’exode rural et une démographie galopante, et éviter qu'ils ne se transforment en une pauvreté explosive. The Economist encourage le continent à créer un marché commun.

La situation iraquienne est extrêmement confuse. Tensions dans tous les sens. Mais le pays semble résister. Quant au Hezbollah, la guerre civile syrienne le met dans une situation délicate. Comment soutenir son dictateur d'allié sans perdre sa légitimité de défenseur du faible ? Que va devenir l’Asie centrale après le départ américain ? Outre l’Afghanistan et le Pakistan, 5 ex républiques soviétiques sont fragiles. « La guerre, elle-même, est une partie du problème, la violence, l’extrémisme religieux et le trafic de drogue conduit par des seigneurs de guerre qui en ont résulté ne respectent pas les frontières ». La Chine pourrait être amenée à calmer une instabilité qui menace ses intérêts économiques.

Entreprises. Hypocrites ? Yahoo veut rapatrier ses employés à distance. Les réseaux sociaux, c’est très bien pour les autres ? En tout cas, il paraît que des études montrent que travailler à la maison améliore la productivité de l’entreprise. Les fonds d’investissement sont partis pour une bulle spéculative. Ils ont 1000 milliards à placer. Et, en plus, à un moment où les entreprises sont chères. L’industrie de la défense européenne devrait fusionner. Cela ferait énormément baisser le coût de sa production. D’autant que le budget européen est réduit de 200 à 170md. Mais, politiquement, c’est compliqué. Les projets communs vont donc se multiplier.
Comment faire qu’une entreprise soit gérée dans son intérêt ? Un actionnariat dilué n’est pas bon pour sa santé. L’actionnaire se vendant au plus offrant. Il n’y aurait peut-être pas de panacée, de structure éternelle. « Différentes sortes d’entreprises sont bonnes pour différentes choses. Les entreprises anglo-saxonnes sont bonnes pour prendre des décisions difficiles. Les entreprises continentales pour faire des investissements à long terme. Les partenariats sont bons pour susciter la loyauté (…) Il serait mieux que (les politiciens) encouragent la diversité, puisque des écosystèmes divers sont bien plus robustes. »
Éternelle question. La machine va-t-elle mettre l’homme au chômage ? On en parle beaucoup aux USA. Apparemment, la question serait mal posée. Un des principaux moteurs de la modification de l’emploi occidental, l’élimination des qualifications intermédiaires, était dû aux délocalisations. La main d’œuvre émergente ayant perdu ses bas salaires, les entreprises occidentales vont recommencer à employer leurs concitoyens et à investir pour les faire gagner en productivité.
Pourquoi les Américains ont-ils défait les Allemands. Ces derniers étaient supérieurs dans leur art de la guerre, en particulier dans leur « capacité de se relever d’un revers et de contre-attaquer ». C’est le complexe militaro industriel américain qui a gagné, et en particulier ses ingénieurs du BTP de marine. Ils ont bétonné sa marche vers la victoire. 

dimanche 3 mars 2013

De la démocratie sociale en France

Apparemment des députés de la majorité parlent de démocratie sociale. Ce qu'ils entendent par là est mystérieux pour moi. Mais il y a quelque-chose qui me semble juste :
 "Aucune réforme économique ne peut s'inscrire dans la durée sans un dialogue social permanent" et "la qualité de ce dialogue est un élément essentiel de la compétitivité du pays"
Le problème de la France est une disjonction entre peuple et dirigeants. Le peuple se méfie de son gouvernement. Ce qui rend quasi impossible le moindre changement. Or, les problèmes du pays viennent en grande partie de ce que notre environnement a massivement changé, et que nous sommes restés inertes. Nous subissons donc la loi de l'étranger, qui n'est vraiment pas dans notre intérêt.

La France ne pourra bouger, et bouger intelligemment, que si elle est solidaire. Et, à défaut d'un dirigeant de droit divin capable de formuler une vision dans laquelle la nation se reconnaisse, type de Gaulle, le meilleur moyen pour ce faire et de favoriser le partage de la prise de décision. Ce qui semble être ce que l'on entend par démocratie sociale.

Malheureusement, nous ne sommes pas Allemands. Un des fondements de notre culture est le conflit. Nous sommes formés pour cela. C'est quasiment un réflexe pavlovien. Et pas uniquement de la CGT.  Mais surtout, ce qui nous manque est le sens pratique allemand. C'est d'ailleurs ce qui me fait croire, comme la CGT, qu'un accord de flexisécurité va se traduire par une augmentation du chômage, et une dégradation de la compétitivité du pays. Car la flexisécurité sous-entend de pouvoir former et replacer les personnels licenciés. Or, nous n'avons aucun dispositif pratique pour ce faire. Son adoption risque donc de conduire à des vagues de licenciements, à une dépression générale de la consommation, mauvaise pour l'entreprise, et à un gonflement des charges de l'Etat, qui devra payer une cohorte supplémentaire de chômeurs.

La démocratie sociale ce n'est pas que de belles paroles, c'est surtout de l'action concrète. Et, dans ce domaine, le Français est invraisemblablement handicapé.

DSK et Marcela Iacub

Cette semaine mon attention tombe sur Nouveau scandale alimentaire, il y a du porc dans le DSK. Pour des raisons apparemment alimentaires, l’intellectuelle Marcela Iacub dévoilait la rusticité de DSK et de ses mœurs sexuelles. J’ai pensé d’abord que le pauvre DSK était une illustration de ce que l’on est toujours puni par là par où on a pêché. D’ailleurs, il se plaignait que sa confiance ait été trahie par celle qui l’avait séduit. DSK en rosière abusée par un pervers. C’était inattendu.

Mais j’ai trouvé plus intéressant. Je crois me souvenir que France Culture a présenté Marcela Iacub comme une égérie de la lutte pour la libération de la femme. Le meilleur monde s’affronterait donc. Cette affaire lèverait elle enfin un pan de voile sur la vie de notre élite ? Malheureusement, le pan est vite retombé. On a immédiatement entendu dire que l’affaire était abjecte, que la presse française était atteinte du mal anglais. Dommage. Je crois que les Anglo-saxons ont raison. Le citoyen doit être informé de qui sont ceux qui veulent le diriger. Comme pour les plats préparés, il faut de la traçabilité en politique. Le plus intéressant n’est d’ailleurs pas tant leur vie privée que l’hypocrisie qu’elle peut révéler.

Et j’ajoute que l’omerta qui protège notre classe dirigeante n’est pas bonne pour elle. Car, sachant que ses turpitudes seront cachées, elle est encouragée à se laisser aller au vice.

samedi 2 mars 2013

Pourquoi la science a-t-elle sombré dans la médiocrité ?

J’ai l’impression mal définie que la science et l’attitude que nous avons à la science ont changé du tout au tout en 50 ans.
  • Dans mon enfance, la science était fascinante. Elle apportait le confort, la sécurité, mais peut être encore plus, elle était conquête de l’inutile, exploration de l’inconnu pour le seul intérêt de la découverte. Elle était curiosité intellectuelle avant d’être utilitaire. Aujourd’hui, elle est dominée par l’économie, « dismal science » s’il en fut. Elle ne considère que le présent, le connu, le moche. La recherche est à la fois intéressée, donc irresponsable, et médiocre. Elle suscite la méfiance.
  • Une autre chose curieuse est que la science que j’ai étudiée était incompréhensible. La mécanique quantique ou la relativité défient la raison. Mais il en est de même du moindre théorème mathématique, ou même des algorithmes que j’utilisais au début de ma carrière. On démontrait qu’ils marchaient. Mais comment avait-on pu avoir une telle idée ? C’est d’ailleurs le principe même de la systémique ou de la théorie de la complexité. Vous assemblez des individus, et alors « émerge » quelque chose qui n’a rien à voir avec eux : un comportement de groupe (un banc de poissons par exemple). Or, aujourd’hui, plus rien ne fait boom. Nous sommes devenus linéaires. Nous entassons, et rien de génial ne se passe plus.
Et si la science, elle aussi, « émergeait » ? Dans une société d’individus solitaires comme la nôtre, n’y aurait-il plus la masse critique de talents combinés qui lui est nécessaire ? Scientifiques de tous les pays, unissez-vous ?

vendredi 1 mars 2013

Faut-il abandonner l’euro ?

Qu'est-ce que la crise de l’euro ? Une démonstration par l’absurde qu’une monnaie commune demande quelque chose qui ressemble à une nation. Il lui faut une forme de solidarité financière entre constituants géographiques. Il n'est pas possible que l'un s'enfonce dans la pauvreté pendant que l'autre ne fait que s'enrichir. Mais aussi une organisation du pouvoir qui paraît juste. Une région ne peut pas en diriger une autre, sans le consentement de cette dernière.

La zone euro n’a rien de tout cela. Elle a conservé son fonctionnement national, l’Allemagne, en particulier, impose ses intérêts, sans vouloir en payer le prix, c’est-à-dire aider ses camarades en difficulté. Et surtout sans avoir la légitimité démocratique pour cela. Et, avec l’Angleterre, on atteint le sommet de l'absurdité : elle se joue de  la zone euro, l’élargit par exemple, sans même lui appartenir.

Maintenant, imaginons que tous les pays de la zone euro décident de revenir à leur ancienne monnaie, en bon ordre, cela serait-il un drame ? Cela ne ferait-il pas beaucoup de bien aux pays du sud ?

La création de la zone euro ne serait-elle pas une forme de trahison de la démocratie ? N'avait-elle pas pour but de mettre les peuples européens dos au mur ? De les forcer, par la crise, à constituer une nation ? Et s’il était temps de changer de méthode ? De se demander ce que signifie appartenir à une union monétaire ? Quels en sont les bénéfices ? Si, oui ou non, chaque nation est prête à en respecter les lois ?

(Sur les concepts fondateurs de l'Europe : idée d'Europe.)

Pourquoi mes goûts ont-ils changé ?

Jadis, les livres du 18 ou du 19ème siècle me parlaient. Plus maintenant. Pourquoi ? Depuis quelques temps je me pose cette question.

J’en suis arrivé à penser que j’ai été influencé par notre société. Elle nous m’a mis dans la tête des critères de jugement absolus, ce qui est bien et mal. Du coup, les temps anciens me paraissent ridicules. Quand j’étais jeune, j’entrais dans un roman ou un film en absorbant ses règles sociales implicites. 

jeudi 28 février 2013

Comment gagner de l’argent dans une banque ?

Voici un moyen certain d’être bien payé, si vous travaillez pour Wall Street. Trouvez un excellent ami dans une banque concurrente ou dans un hedge fund, et faites l’un contre l’autre un gros pari. Dans un an, l’un d’entre-vous aura fait un gros profit et aura beaucoup gagné. L’autre aura perdu, et peut-être été viré. La somme de vos profits sera nulle. Mais la somme que vous aurez reçue ne le sera pas. Partagez-là.
Et, en plus, plus on a fait perdre d’argent à son entreprise, et plus on a de chances d’être à nouveau employé. A supposer que l’on ait encore envie de travailler. Mais il y a mieux

Qu’est-ce que notre changement a de nouveau ?

Petit à petit, je me suis intéressé à ce que nos ancêtres pensaient du changement. Le concept est présent partout. Et les ethnologues disent que le propre des sociétés humaines est de changer, et même de changer étonnamment vite.

Mais je crois qu’il y a quand même quelque chose de nouveau dans ce domaine. Le changement étudié jadis était celui de la nature, des saisons, des cycles économiques. Il était subi par l’homme. Depuis la Renaissance, il me semble que l’homme cherche, explicitement, à changer le monde. Dans un premier temps, il a conçu des utopies (cf. Thomas More), puis il a essayé de les réaliser par une sorte de tour de passe-passe (despotisme éclairé et bureaucratie, Révolution de 89, Nazisme, Communisme soviétique, Thatchérisme). Maintenant, on commence à se dire qu’il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Il existe des techniques pour faire bouger les sociétés…

mercredi 27 février 2013

Le talent est-il social ?

Je me rends compte que les chansons qui me plaisent sont antérieures aux années 70. Mais que leurs auteurs ont parfois survécu (par exemple, Aznavour ou Nougaro). D’autres ont arrêté de chanter (Brel), prématurément.

Du coup, je me suis demandé si le talent n’est pas plus une question de stimulation sociale que de caractéristique personnelle. L’artiste comme interprète ?