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jeudi 28 juillet 2022

La plaisanterie


J'ai achevé ma pile (petite) de Kundera. Cette fois, il s'agit de son premier roman. 

Kundera a un style efficace, économe en mots et précis. Ici, le début est relativement conventionnel, et même un rien pesant. Cela s'allège sur la fin. Mais ce peut être une question de traduction : Kundera dit s'être rendu compte que son traducteur de l'époque trahissait ses textes ; il a repris la traduction, mais peut-être pas totalement ? 

Toujours est-il que l'on retrouve les thèmes usuels de ses livres. Ronde de personnages, qui, déjà ne se comprennent pas. Histoires parallèles qui préparent un dénouement final, en quelques heures. Mais pas de drame. Rien n'est sérieux chez Kundera. 

Cette fois, nous commençons dans l'immédiat après guerre. La Tchécoslovaquie adhère avec enthousiasme au communisme. L'université est aux mains des étudiants. Ils jouent à la comédie de la révolution. Ridicules et terrifiants. Un des leurs commet ce qui, dans un monde communiste, est le pêché originel : une plaisanterie. Dans une parodie de procès stalinien, il est chassé du paradis par ses amis. Plus d'études et cinq ans de travail dans une mine. Années certes difficiles, mais, une fois de plus, avec Kundera la vie n'est pas sérieuse. Bien loin de "l'Histoire" hégélienne et marxiste, elle est une "plaisanterie". "L'univers est né d'un éclat de rire de l'infini", disait Proudhon. 

Quinze ans après, une nouvelle génération de jeunes est là. Elle ne comprend plus rien au communisme et à ses purges, et ne s'intéresse qu'au jazz et à l'auto stop. Même la vengeance n'a pas de sens : le Torquemada d'hier est devenu sympathique. 

De livre en livre, l'absurde de Kundera change de nuance ? Après guerre, c'est le bonheur fou des jeunesses communistes, ensuite les années folles du printemps de Prague, et puis un naufrage progressif dans la grisaille, avec, pour purgatoire final, la France ?

jeudi 16 janvier 2020

La crise de la démocratie

Pourquoi la démocratie est-elle en crise un peu partout ? Parce qu'elle est retombée sur son point faible : la légitimité de sa représentation. Voilà ce que l'on entend.

Depuis la Révolution, on se casse les dents sur le problème suivant : le peuple est souverain, comment déléguer sa souveraineté sans qu'elle se retourne contre lui ?

En économie, on appelle cela le "problème de l'agence". Je confie mon argent à quelqu'un pour qu'il en fasse quelque chose, comment puis-je m'assurer qu'il ne m'escroquera pas ?

Eh bien, s'il y a, régulièrement, du "dégagisme" dans l'histoire des démocraties, c'est que, justement, les "représentants" se transforment en "souverains". Le dégagisme, qui existe aussi bien en démocratie que dans l'entreprise est la façon, peu élégante certes, et pas très efficace, de faire régner la démocratie.

Comment souvent, il est probable que le problème soit mal posé. Une souveraineté ne peut pas se déléguer. La souveraineté est un "bien commun", elle doit être contrôlée et exercée par tous... C'est le véritable communisme.

samedi 9 novembre 2019

Berlin défait le mur

Faut-il se réjouir de la chute du mur de Berlin ?

Ne doit-on pas à la terreur qu'inspirait la menace soviétique une prospérité, un confort et une égalité que l'on n'aurait pas eus, à l'Ouest, si l'on n'avait pas craint que les pauvres ne soient tentés de devenir rouges, le fameux "effet domino" ? Depuis, les démons sont de retour ? Le "désenchantement de la démocratie", dont parle un précédent billet, ne vient-il pas de là ? Encore pourrait-on se dire que l'on a libéré les gens de l'Est, mais, à les entendre, ils regrettent le passé...

Ce que nous dit le mur de Berlin est peut-être, finalement, que notre système mondial possède un vice constitutif, que le théoricien produit la catastrophe, et que Berlin n'est pas une solution, mais un problème à résoudre.

vendredi 23 mars 2018

Fin de l'histoire ?

Le progrès pourrait-il s'arrêter ? Les dix mille ans passés sont étranges. Peut-on continuer à ce rythme encore dix mille ans ? Je soupçonne ce qui suit, que j'aurais bien du mal à justifier :

Le moteur du changement, durant cette période, fut la "raison". La caractéristique première de cette raison, c'est la communication à longue distance. Elle donne donc à l'homme un atout social : l'espèce humaine peut se coordonner. Mais, il semble qu'elle ait aussi provoqué l'illusion de l'individualisme. Illusion qui a conduit à la "destruction créatrice". Elle débouche aujourd'hui, paradoxe apparent ?, sur Internet, le réseau de communication universel par excellence. La société d'individus est devenue totalement interdépendante ! Il est possible que l'on soit en train de prendre conscience de la course folle qu'a été le progrès. Et que cela nous conduise à l'arrêter. L'état stable serait le communisme. Pas au sens URSS, mais à celui d'Elinor Ostrom. C'est-à-dire d'une gestion collective de ce qui est nécessaire à la collectivité (cf. le code de la route).

De tels états stables auraient existé pendant quelques siècles ou quelques millénaires chez certaines collectivités humaines plus ou moins isolées. (Les pygmées, par exemple, peut-être les Egyptiens anciens ou encore les Chinois, à certaines périodes.) Par ailleurs, il n'est pas sûr que nos dix mille ans aient été une durée de changement rapide. On peut imaginer que c'est le temps qu'il faut à une espèce pour s'adapter à la niche écologique qu'elle vient de découvrir. (Cf. le dinosaure "devenant" oiseau.)

mercredi 4 janvier 2017

70 et 68

La biographie de George Sand rappelle une vérité que l'on a peut-être oublié : en ces temps là, l'existence de l'ouvrier était abjecte. L'enfant travaillait dès qu'il le pouvait, dans des conditions déplorables, ce qui nuisait gravement à sa santé, à sa croissance, et à sa vie. Ce qu'a montré 70 et la Commune, c'est qu'il n'y avait pas que cette France là, qui était essentiellement parisienne. La France de l'époque était rurale, et pas fondamentalement mécontente de son sort. 

Problème de changement, qui s'est produit à répétition depuis, notamment en 68 ? Pour qu'il réussisse, il ne doit pas considérer uniquement certaines parties de la population, mais son intégralité.

samedi 3 décembre 2016

Qu'est-ce que le communisme ?

Toutes les théories compliquées concernant les transformations sociales peuvent peut-être s'exprimer simplement... Appelons "superstructure", ou chose publique, tout ce qui permet à l'individu de vivre en société. Exemples : le code de la route, ou la politesse. Alors, cette superstructure peut être soit contrôlée par en bas, comme c'est le cas de Wikipédia, soit par en haut, comme pour beaucoup d'entreprises. Dans le premier cas, il s'agit du "communisme", au sens réel du terme (non soviétique), dans le second, c'est "l'oligarchie". 

En fait, ce qui est en jeu est la définition "d'homme". Dans le premier cas tous les hommes sont des êtres humains (droits de l'homme), dans le second il y a deux races d'hommes. Le communisme est l'état naturel d'une société, mais il ne se fait qu'entre égaux. Liberté, égalité, fraternité...

vendredi 12 décembre 2014

Marx : mauvais génie du communisme ?

Le libéralisme actuel repose sur un argument ultime. Sans marché pas de liberté. C’est une idée de nos philosophes des Lumières (les physiocrates et Condorcet). Le raisonnement est le suivant, l’Etat est l’ennemi de la liberté. L’économie fournit des lois « naturelles », qui permettent de s’en dispenser. « Laisser faire ». (Voir ROSANVALLON, Pierre, Le modèle politique français, Seuil, 2004.) 

Aujourd'hui, le laisser-faire s’appelle monétarisme. Friedman, qui disait que ses hypothèses pouvaient être fausses, ses théories étaient justes, nous a convaincus qu’il suffisait de jouer sur la création de monnaie pour éviter le bain de sang révolutionnaire. Voilà pourquoi les banques centrales sont les Maîtresses de l’Univers.

Parce qu’elle prétend libérer l’homme sans marché, la politique est l’ennemie de cette forme de libéralisme. La politique, au sens grec, c’est le citoyen qui décide du sort de la cité. Et qui produit des lois. Et ces lois, si elles sont bien conçues, fonctionnent par autocontrôle. C’est ainsi que l’on conduit à droite, de crainte d’un accident. En fait, grecques ou pas, il se trouve que, depuis toujours, les communautés humaines ont géré leurs « biens communs » (ou « républiques ») par autocontrôle (Voir, OSTROM, Elinor, Governing the Commons : The Evolution of Institutions for Collective Action, Cambridge University Press, 1990.)

On en arrive donc au communisme. Pourquoi associons-nous à ce mot l'image terrifiante du totalitarisme ? La Faute de Marx, probablement. Il a été l'idiot utile du capitalisme. (Peut-être pas aussi idiot que cela : il a connu une célébrité de rock star.) En disant aux exploités qu'ils prendraient l'argent des riches il leur a permis de vivre d'utopies, de se bercer d'illusions et de ne rien faire d'intelligent pour réformer un système qui leur était défavorable. En dévastant l'Europe de l'Est, sa théorie a créé pour l'Ouest un ennemi effrayant. Ce qui a amené ses populations à protéger le statu quo
Karl-Marx-Monument in Chemnitz.jpg

5ème colonne ?

jeudi 28 février 2013

Qu’est-ce que notre changement a de nouveau ?

Petit à petit, je me suis intéressé à ce que nos ancêtres pensaient du changement. Le concept est présent partout. Et les ethnologues disent que le propre des sociétés humaines est de changer, et même de changer étonnamment vite.

Mais je crois qu’il y a quand même quelque chose de nouveau dans ce domaine. Le changement étudié jadis était celui de la nature, des saisons, des cycles économiques. Il était subi par l’homme. Depuis la Renaissance, il me semble que l’homme cherche, explicitement, à changer le monde. Dans un premier temps, il a conçu des utopies (cf. Thomas More), puis il a essayé de les réaliser par une sorte de tour de passe-passe (despotisme éclairé et bureaucratie, Révolution de 89, Nazisme, Communisme soviétique, Thatchérisme). Maintenant, on commence à se dire qu’il ne suffit pas de vouloir pour pouvoir. Il existe des techniques pour faire bouger les sociétés…

jeudi 7 février 2013

Du licenciement boursier

Hier, j’entendais un avocat communiste parler (France Culture). Apparemment, il combat les licenciements pour raison économique. Faire respecter le droit me semble une bonne idée. Mais je doute que ce soit efficace pour éviter les licenciements. Leur cause est généralement la mauvaise gestion de l’entreprise combinée à un environnement difficile. Et, lorsqu’ils surviennent, il est trop tard.

Dans une entreprise, l'employé joue beaucoup plus gros que l’actionnaire. Il risque sa vie, au moins qu'une partie soit bousillée. Le meilleur service que pourraient lui rendre les syndicats serait probablement d’aider le dirigeant d’entreprise à ne pas faire d’erreurs. A mon avis.

Un livre sur ce que sont devenus les syndicats.

A qui appartient l’entreprise ?

Une théorie qui a eu beaucoup de succès dit que l’entreprise appartient à quelqu’un. Les communistes pensaient qu’elle appartenait aux travailleurs, les néoconservateurs aux propriétaires. Même démonstration dans les deux cas : si je pars, la société coule.

Ce qui ne prouve rien, sinon que tout le monde est utile.

Mais, si l’on veut à tout prix un critère de propriété, pourquoi ne pas adopter celui de Salomon, dans le jugement du même nom : l’entreprise appartient à celui qui se sacrifie pour elle ? Pas à celui qui menace de la quitter.

mardi 17 avril 2012

Capitalisme et destruction créatrice

Heureusement que ni notre peuple, ni nos journalistes ne lisent la presse anglo-saxonne. Ils seraient effrayés, et, vraisemblablement, planteraient les têtes du patronat et des économistes sur leurs piques.

En effet, pour cette presse, le bien, le moteur de l’économie, c’est la « destruction créatrice ». Autrement dit les transformations qui renouvellent le capitalisme, par l’innovation. Mais si elles profitent à une poignée d’entrepreneurs et aux élites qui s’allient avec eux, elles forcent le reste de la population à des transformations féroces. L’individu ordinaire doit être capable de se muer, après un licenciement sauvage, de terrassier en biologiste, s’il ne veut pas finir dans une poubelle.

J’ai constaté que ce type de changement est comme la médecine : dangereux. Il est préférable de ne l’utiliser qu'en dernière extrémité. D'où ma question : peut-on construire l’avenir de notre espèce sur une succession accélérée de transformations, dont chacune peut mal finir ?

Curieusement, on oublie que Schumpeter, à qui l’on doit la fameuse destruction créatrice, pensait que l’humanité la trouverait inacceptable, et qu’elle finirait par mettre au point une forme de communisme.

Compléments :

dimanche 18 mars 2012

Le port de la drogue

Film de Samuel Fuller, 1953.

Jean Peters arpente les taudis de New York en fourreau blanc, et sert de punching ball aux hommes du coin.

L’amour et la lutte contre le communisme sauvent un petit escroc, sur le point de prendre perpète.

Mais pourquoi ce titre ? D’après Jean Tulard (Guide des films), la VF du film parlait de drogue, et pas de communistes. Diaboliser le rouge ne devait pas faire recette en France, alors. 

dimanche 12 juin 2011

L’OTAN désespère l’Américain

Les Américains se désespèrent de l’irresponsabilité européenne : pourquoi l’Europe ne veut-elle pas payer sa propre défense (i.e. l’OTAN) ? (BBC News - Robert Gates on Nato's dim future)

Cela ne viendrait-il pas de ce que la dite défense a été voulue, ainsi que l’UE d’ailleurs, comme une barrière contre la montée du communisme ? Un moyen de nous éviter de devenir un domino rouge ?

Comme ils nous ont traités comme des assistés, nous-nous comportons comme tels ? 

mardi 14 décembre 2010

ISO 26000 : mise en œuvre

Problème : une profession voit son salut dans le développement durable. ISO 26000 a été conçu pour guider ce changement. Premières réflexions sur sa mise en œuvre.
  • ISO 26000 est une méthode lourde et exhaustive, qui ne colle pas au peu de temps dont nous disposons mes interlocuteurs et moi. Du coup, j’ai décidé d’utiliser ISO 26000 pour guider l’amélioration continue du comportement de l’organisation. (Idée 0.) En attendant, il faut franchir, vite, une première étape marquante, qui donne très envie de poursuivre, en montrant où l’on va. Comment faire ?
  • Première idée. Décrire son rôle. La question fondamentale de la RSE (développement durable appliqué à l’entreprise) est : quelle est ma responsabilité (par rapport à la société et à la nature) ? Comment dois-je modifier mon comportement pour l’assumer ? Eh bien, notre première responsabilité est de tenir notre rang dans la société !
  • Seconde idée. Quelles sont les forces qui transforment le monde ? Quelles sont les impacts qu'elles peuvent avoir sur mes « parties prenantes », sur la nature et la société ? Quelle peut être mon influence sur leur sort ? Dans quel sens pensé-je qu’il est bien, moral, que je l’exerce ? Cette simple question permet d’obtenir un résultat rapide, sans appliquer l’usine à gaz 26000. (Mais c’est l’esprit d’ISO 26000.)
  • Troisième idée. Comment dois-je faire évoluer ma « gouvernance », avec les moyens du bord, pour mettre en œuvre les actions envisagées ?
Tout cela a une conséquence imprévue. En travaillant à long terme, on voit apparaître d’inattendues opportunités économiques. On en tire une stratégie, qui conduit fermement la décision quotidienne. Du coup, plus de tentation de décision aveugle et suicidaire imposée par « le marché ».

Compléments :
  • Remarque. L'esprit de cette démarche s’oppose à celle des deux idéologies qui ont fait notre histoire récente. Le communisme voulait recréer la société. L’idéologie occidentale du progrès donnait la nature à l’homme pour qu’il la façonne. Ici on observe dans quel sens va l’histoire. Puis on cherche à lui faire emprunter l’embranchement qui nous convient le mieux. Pour cela on utilise les outils et techniques apportés par le « progrès ». Il n’aura pas été vain ?

mardi 19 octobre 2010

Internet et communisme

La propriété serait out, et la location in. Combinaison de préoccupations écologiques et d’Internet, de plus en plus de biens sont partagés, et construits pour durer. Le modèle Vélib c'est l'avenir. The business of sharing.

Curieux. Je croyais la propriété une valeur fondamentale de la culture anglo-saxonne. Irait-on vers une forme de communisme prévu ni par Marx, ni par Schumpeter : un communisme où plus rien n’appartiendrait à personne, y compris l’État ? À l’exemple des entreprises dont la propriété est éparpillée entre des nuées d’actionnaires ? 

dimanche 18 juillet 2010

Polyandrie

La coutume de la polyandrie se perdrait.

La logique de faire épouser à une femme les hommes d’une même famille était qu’ainsi la terre de ces derniers n’était pas morcelée.

Au fond, notre société a évolué de l’immobilier au mobilier, vers une sorte de communisme : nous possédons de moins en moins de biens durables propres. 

dimanche 20 juin 2010

Obama le rouge (bis)

Un article confirme le malaise que suscite B.Obama chez beaucoup d’Américains :
La droite américaine n’a pas vu le vrai défaut de M.Obama. Il n’est pas un « socialiste », mais il ne comprend pas le monde des affaires. Même les directeurs généraux de gauche se plaignent qu’il n’exprime pas assez d’estime pour le capitalisme, et qu’il n’est pas sur la longueur d’onde de ceux qui le pratiquent. On fait entrer les patrons pour la photo, puis on les oublie. C’est une chose d’exiger des réparations de BP, c’en est une autre de le traiter comme un envahisseur étranger. Il a de l’intérêt pour l’économie et la technologie, mais pas pour la manière de gagner de l’argent.  
En fait, tout ceci me frappe comme étant un peu communiste. Le communisme c’est un capitalisme d’État. C’est un grand intérêt pour la science et la technologie, pour une production à outrance, mais une défiance envers l’enrichissement privé. C’est aussi très français : après guerre l’administration gérait l’économie et la petite entreprise était vue comme une sorte de « variable d’ajustement » un peu magouilleuse et pas très propre (cf. les travaux de M.Crozier sur la bureaucratie). B.Obama serait-il de l’espèce des planificateurs d’après-guerre ?

mercredi 11 novembre 2009

N.Sarkozy dernier des libéraux?

Une curieuse pensée m’est venue en lisant Poudre de Berlin pinpin d’Hervé Kabla :

D’après ce que j’ai cru entendre N.Sarkozy aurait été au pied du mur de Berlin quand il est tombé. Beaucoup en doutent (l’événement a surpris jusqu’à H.Kohl). Ce n’est pas cela qui me frappe, mais l’importance que M.Sarkozy donne à cette chute.

En ce temps, égoïstement, je pensais déjà que notre problème était les crises successives que nous rencontrions, la médiocrité des relations de travail auquel je n’étais pas préparé, et, plus généralement, l’absence de quelque chose qui puisse faire croire à un avenir radieux. La fin du communisme n'apportait pas de solution.

Ce que l’on a du mal à imaginer en Europe, c’est que les libéraux américains, et Nicolas Sarkozy ?, ont vu là un moment unique de l’histoire mondiale : la défaite du mal, la promesse de l’arrivée du Christ sur terre, et du millénaire de bonheur qui doit le suivre, comme chacun sait.

Le comportement de M.Sarkozy me fait m’interroger : serait-il le dernier des Mohicans, le plus Américain des Américains ? Son insistance d’avoir été là le jour J, quitte à être ridicule, la célébration du dit jour par un programme unique de la radio d’Etat, ne signifieraient-ils pas qu’il n’a pas compris qu’il n’y a pas lieu de se réjouir ? Que ce en quoi il croît s’est effondré aussi brutalement que le communisme ? Aurions-nous élu un extraterrestre ?

Compléments :
  • Aux USA, l’illusion s’est appelée, un moment, la Nouvelle économie. Voici ce qu’en disaient, avec beaucoup de franchise, des gens très importants : The New Economy, what it really means, Business Week, Stephen B. Shepard, 6 novembre 1997.
  • À l’extérieur c’était le Consensus de Washington.
  • Quand les libéraux étrangers doutent (Démocratie, économie et paix), M.Sarkozy réforme avec entrain et sereine conscience (L'étrange changement de M.Sarkozy).
  • En me rappelant la très démonstrative affection de M.Sarkozy pour M.Bush et l’Amérique, je pense à un passage de La promesse de l’aube : Romain Gary prend le train pour partir au front, sa mère manifeste bruyamment son enthousiasme patriotique ; ce qui fait dire à un appelé que l’on voit bien qu’elle est étrangère. M.Sarkozy aurait-il une vision idéalisée, d’enfant, de l’Amérique et du libéralisme, un enthousiasme tellement naïf et débordant qu’il paraît un peu gênant, inconvenant, aux membres de sa patrie d’adoption ?

mardi 10 novembre 2009

Chine et mur

La chute du mur de Berlin semble avoir désorienté les dirigeants chinois qui, jusqu’au bout, ont nié le danger.

Deng Xiaoping, lui, semble ne pas avoir hésité. Il a défini ainsi la stratégie du pays : « construire son économie et éviter les batailles idéologiques ».

Rare exemple de dirigeant visionnaire, qui ne perd pas ses moyens dans l’incertitude ? Toujours est-il qu’il paraît avoir vu juste. Tout est pardonné à celui qui joue selon les règles de l’économie. Et le Parti communiste a conservé le pouvoir pour l’utiliser comme bon lui semble quand la Chine n’aura plus rien à craindre du reste du monde ? (Deng Xiaoping dit : « cacher ses capacités et attendre son heure »).

Compléments :

lundi 9 novembre 2009

Mur de Berlin et radio

Surprise ce matin d’entendre un programme unique « mur de Berlin » sur les radios publiques (sauf RFI, qui avait son mur à elle).

Ça m’a fait penser à une grève, ou à la télévision d’état des années 60, où les programmes étaient parfois interrompus par des émissions spéciales. Le service public retrouverait-il son rôle d’éducateur de la pensée populaire ?

Drôle d’anniversaire, d’ailleurs. Il est curieux de parler de la disparition d’un régime, au milieu d’une crise. Tout est par terre, les illusions du communisme, mais aussi celles du capitalisme. Et le monde ne semble pas forcément moins menaçant depuis qu’il est devenu « multipolaire », à pôles aux réactions incertaines.

Et si la question du moment était celle que semblent se poser les ressortissants de l’est : ce qui est le mieux entre être considéré comme un inférieur soumis au risque de chômage dans une société matériellement riche et être un égal à la situation triste mais assurée dans une société dirigiste ?