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dimanche 11 octobre 2015

Chronique polytechnicienne

Serge Delwasse tient une chronique polytechnicienne sur le blog d'Hervé Kabla. Il choisit des événements apparemment secondaires de l'histoire de Polytechnique pour les disséquer avec un sens du détail fascinant. Dernièrement, il s'est attaqué à l'affaire Dreyfus. Auparavant il y a eu Borotra et l'attitude de l'élite pendant la dernière guerre. A l'occasion d'un billet sur Yves du Manoir, on découvrait qu'un de ses ancêtres n'a pas engagé les navires qu'il commandait lors de la bataille de Trafalgar : y aurait-il eu résistance passive au sein des troupes révolutionnaires ? On a aussi parlé de grève à Polytechnique et de bien d'autres sujets anecdotiques et pourtant curieusement révélateurs de leur époque et de notre société. 

Cela ressemble aux nécrologies de The Economist. The Economist profite de la disparition d'un illustre inconnu pour explorer l'évolution de l'humanité. C'est probablement ce que fait Serge Delwasse. 

mardi 24 juin 2014

Réformer le permis de conduire ? chiche !

Comme de temps à autres, ce blog ouvre ses billets à Serge Delwasse. Aujourd'hui, il réforme le permis de conduire :

Le ministre de l'Intérieur vient d'annoncer une réforme du permis de conduire centrée sur deux axes : l'externalisation de l'examen théorique d'une part, et l'avancement de l'âge de la conduite accompagnée d'autre part. Immédiatement, les syndicats d'examinateurs ont... appelé à la grève ! nous ne sommes pas en France pour rien. Pourtant, cette nouvelle réforme sera, une fois de plus, bien inutile. Nous proposons ici de réellement transformer ledit permis de conduire.

La quadrature du Cercle
Le monde a changé. Si l'on vit très bien - par exemple à Paris - sans voiture, il est difficile de vivre sans le permis. Celui qui n'a pas de permis est perçu comme un infirme, voire un (quasi-)délinquant privé de son permis pour des motifs peu avouables : vitesse, alcool, drogue. Et pour travailler, en province, il faut être autonome. Il importe donc que le permis soit le moins cher possible, rapide et
D'un autre côté, la société souhaite, à raison, des routes plus sûres. On a donc successivement rallongé la durée de l'examen, augmenté le nombre d'heures de conduite pour passer in fine à 20, augmenté objectivement la difficulté du théorique. On parle maintenant de rajouter une épreuve de secourisme...
Enfin, l'Etat ne souhaite pas augmenter significativement le nombre d'examinateurs. Economies obligent..

Les chiffres sont violents
En 2011, par exemple :
  • 740 000 personnes ont atteint l'âge de 18 ans (source insee)
  • 85 000 permis ont été invalidés ou annulés (source ministère de l'intérieur)
  • 742 000 permis B ont été délivrés,
    • pour un coût moyen de 1500 euros (source insee)
    • avec, en moyenne 35 heures de conduite et de 1 à 9 mois
    • et un taux de réussite à l'examen de 55%
Certains vont se former en Lozère, où les délais sont plus courts et le trafic moins complexe qu' à Paris, d'autres en Espagne. Ce sont néanmoins environ 80 000 personnes qui se sont retrouvées sur le marché du travail sans permis. Si l'on multiplie par 45, durée moyenne d'une carrière, on parle d'un déficit à terme de permis de 3,5 millions. A comparer avec les 450 000 (source ONISR, 2010) conducteurs réguliers... sans permis.

Une réforme inutile de plus
Que propose le ministre ?
  • externaliser l'examen ou employer des retraités - sorte de réservistes du ministère de l'intérieur : artifice permettant de ne pas embaucher, mais ne générant aucune économie réelle
  • réduire la durée de l'examen pour passer de 12 à 13 par jour : certes, mais pourquoi l'avoir augmenté il y a 10 ans ?
  • passer la conduite accompagnée de 16 à 15 ans. Type même de la mesurette qui n'aura aucun effet.
Il faut donc trouver de nouvelles idées, j'en propose deux.

Offrir le théorique à tous
Jusque dans les années 60, l'école, quand on la quittait, vous donnait les armes nécessaires pour vous débrouiller dans la vie : vous saviez lire, écrire, compter.
Jusqu'en 1996, beaucoup de jeunes passaient le permis lors de leur service militaire.
Aujourd'hui, les jeunes ne font plus leur service, et on ne peut se débrouiller dans la vie sans savoir conduire. Par ailleurs, l'examen théorique est le type même de l'examen difficile, totalement anti-instinctif, où le bachotage et la concentration sont indispensables. C'est donc à l'école - en fait le collège - de prendre cette formation à sa charge. Sur quel modèle ? Les établissements passent des contrats avec une ou plusieurs auto-écoles. Ainsi ces dernières ne perdent pas de chiffre d'affaires. Et l'examen est inclus dans le brevet (passé en moyenne à 16 ans). Ainsi, on ne trouverait plus de gens, sachant conduire mais roulant sans permis pour cause de théorique trop difficile.

Apprendre la conduite sur simulateur
Comment faire ? Agréer un ou plusieurs logiciels, tournant sur un PC avec un ou deux écrans.
Quel impact ? Les 30 heures actuelles pourraient passer à 40, dont 30 de simulateur. Le coût du permis serait divisé par deux. Les moins doués pourraient "faire du rab", à un tarif raisonnable. Le taux de réussite à l'examen n'en étant qu'amélioré. Les auto-écoles verraient leur chiffre d'affaires baisser sensiblement, mais pas leurs marges, le coût marginal de l'heure de simulateur étant quasi-nul (un instructeur pouvant superviser plusieurs élèves à la fois.

Pas possible ? Si l'on peut apprendre à piloter un avion de chasse, un A380, un TGV, voire un pétrolier, sur simulateur, il me semble difficile de soutenir que ça ne serait pas possible pour une voiture. Cela vaut en tous cas le coup d'essayer...
Car crash 1.jpg

« Car crash 1 » par ThueTravail personnel. Sous licence Public domain via Wikimedia Commons.

samedi 7 juin 2014

De l'incapacité du gouvernant à juger

Dans l'affaire Alstom, le gouvernement a négligé les intérêts du petit porteur. Cela va avoir des effets à long terme fâcheux. Ainsi parlait Serge Delwasse.

Peut-on faire la même remarque sur l'affaire BNP ? L'action gouvernementale semble réflexe. Elle ne prend pas en compte toutes les dimensions de la question. Et, surtout, pas ses conséquences à long terme. Cela me rappelle la législation "au fait divers" de M.Sarkozy. Mais aussi une décision de Mme Royal, qui avait, semble-t-il, éjecté un chanteur d'un festival, au motif qu'il parlait mal des femmes. (Mais quid de la liberté de parole ? Et, surtout, de la capacité de jugement du peuple ? Qu'arrive-t-il à une nation dont le peuple est considéré comme un animal ? La victoire de la démagogie ?...)

Or, comment la justice procède-t-elle ? Elle fait une enquête, pour commencer. Et elle est longue. Et elle est à charge et à décharge. C'est à dire qu'elle doit prendre en compte tous les aspects de la question. Puis, il y a le jugement à proprement parler. D'un côté des techniciens du droit, de l'autre des représentants de la société. La justice naît du débat démocratique. 

Et si nous, et notre gouvernement, devions réapprendre à juger ?

mercredi 30 avril 2014

Delwasse, Detoeuf et Alstom

Les péripéties que connaît Alstom rappellent à Serge Delwasse l'oeuvre d'Auguste Detoeuf...

"Si tu veux bloguer un truc rigolo, citation de Detoeuf (X1902), fondateur d'Alstom, dans le meilleur bouquin de management qui soit (http://www.amazon.fr/Propos-O-L-Barenton-confiseur/dp/2708107704) :
"le patriotisme industriel est un sentiment désintéressé qui se manifeste de deux façons : en ce qui concerne les ventes, par les fournitures au Gouvernement ; en ce qui concerne les achats, par la préférence donnée à l'industrie nationale. Le patriotisme industriel est sans limite en ce qui concerne les fournitures au Gouvernement ; il est limité, en ce qui concerne les achats à l'industrie nationale, à une différence de 5% avec les prix des fournisseurs étrangers"
tu peux d'ailleurs faire remarquer qu'Amazon a classé ce bouquin dans "histoire de la gastronomie" ! "

vendredi 11 octobre 2013

Repos le dimanche

Le débat qu'a lancé Serge Delwasse sur le travail du dimanche illustre deux phénomènes curieux :
  • Au fond, nous sommes tous pour le travail le dimanche. Mais pour les autres. Ou avec augmentation de paie. Mais si la mesure passe, il sera alors logique que ce soit les chômeurs qui en profitent. Et les payer pas cher sera tout de même mieux qu'une fin de droits. Résultat ? Fin des jours de repos garantis, et une baisse globale des salaires. Y aura-t-il augmentation des emplois ? Pas sûr. Car si les employés sont appauvris, ils n'achèteront plus. Spirale de la déflation. 
  • Le dimanche n'est pas très laïc. En outre, ce n'est pas pratique pour tout le monde. Voilà ce que dit Serge Delwasse. Mais un autre dispositif ne ferait-il pas plus de malheureux ? Si j'ai appris quelque chose de mon expérience du changement, c'est que l'enfer est pavé de bonnes intentions.  D'ailleurs, que le dimanche n'ait pas une origine laïque est-il un crime ? Notre histoire est faite de réinterprétations des traditions pour de nouveaux usages. La plupart des fêtes religieuses n'ont-elles pas une origine païenne ? 

mercredi 9 octobre 2013

La réforme de la jupe

L'habit de la Polytechnicienne est devenu un uniforme. Elle a échangé la jupe pour le pantalon. Et elle porte le sabre. Notamment. Dans un article étonnamment documenté, le talentueux Serge Delwasse analyse ce changement passé inaperçu.

Après le mariage pour tous, l'uniforme pour tous ? Victoire d'un conservatisme d'arrière garde sous couvert de lutte contre le sexisme ?...

(La revue de Polytechnique a sa page facebook. Peu "aimée" apparemment. Les Polytechniciens seraient-ils imperméables aux réseaux sociaux ?)

vendredi 4 octobre 2013

Travail du dimanche : et si la France se souvenait qu'elle est laïque ?

Ce blog ouvre ses colonnes à Serge Delwasse et à son art consommé de la systémique... La parole est donc à Serge. Il vous interpelle :

La tentation est grande de mettre un grain de sel décalé dans la controverse de la semaine. Controverse d'autant plus stérile qu'elle oppose deux camps qui sont en réalité le même : celui de la France laïque, pour laquelle le dimanche DOIT être un jour comme les autres, et celui de la France sociale, pour laquelle le repos dominicale est une avancée majeure.

L’auteur se doit tout d’abord de rappeler quelques évidences si évidentes qu’elles passeraient pour des tautologies au yeux d’un observateur serein, s’il en existait un…
  1. Le repos hebdomadaire est une avancée sociale majeure fait par Moïse, au second millénaire avant JC
  2. Le choix du dimanche comme jour de repos coïncide avec l’adoption du christianisme comme religion officielle par Rome
  3. Le repos hebdomadaire est une nouvelle conquête sociale du monde ouvrier en 1906, après quelques décennies d’un 19ème siècle industrieux et anticlérical
  4. Le week end de deux jours généralisé (même pour les écoliers) est une avancée majeure dans l’ensemble du monde, de la seconde partie du 20ème siècle.
Qui dit interdiction de travail le dimanche dit fermeture des magasins. Ceci posé, un certain nombre de dérogations existent, et ont été rajoutées en un millefeuille que je ne me hasarderai pas à essayer de décrire, mais qui est abondamment analysé par les commentateurs :
  1. La sécurité et la santé
  2. Les services publics de transport
  3. L’alimentation
  4. Les week-ends précédant certaines fêtes
  5. Les zones touristiques…
  6. Les zones commerçantes mais pas touristiques… 
A ce stade, il me semble important de résumer :
  • Chaque salarié a un droit à deux jours de repos consécutifs dans une semaine
  • Ces deux jours de repos consécutifs ont pour but de se reposer et de passer du temps avec les siens, il est normal que ce soit de préférence un jour qui serait le même pour tous, choisi par convention, et qui peut s’appeler dimanche
  • Si on peut éviter que cela ait des répercussions sur les usagers et/ou les clients, c’est mieux
  • Si l’on peut encourager une économie vacillante, ce n'est pas mal non plus.
  • Et surtout, si l’on peut trouver un système qui nous fait passer, une fois de plus, pour un pays qui se repaît des combats d’arrière-garde, c’est encore mieux. Le temps de Jonathan Liddell et des Chariots de Feu où celui-ci refusait de courir le dimanche pour ne pas offenser le Seigneur est révolu. La Premier League anglaise de football fait jouer le dimanche et Wimbledon, temple du conservatisme, a successivement envahi les deux dimanche de la quinzaine - celui de la finale, puis le premier.
Maintenant, plaçons-nous du point de vue du salarié, celui à qui l’on veut interdire de travailler pour préserver ses avantages acquis. Sait-on qu’il y a un certain nombre de gens qui :
  • Sont mariés avec des boulangers – ou des boulangères, dont la boulangerie ferme le mardi, et préfèrent donc être de repos le mardi ?
  • N’ont pas d’enfant à l’école, et préfèrent partir en week-end quand il n’y a personne ?
  • Sont juifs et préfèrent ne pas travailler les vendredi et samedi ?
  • Sont musulmans et aimeraient aller à la mosquée le jeudi soir et le vendredi ?
  • Ne sont rien et aimeraient simplement gagner un peu plus ?
Ce qui est manifeste, c’est que, la loi posant le principe du dimanche comme jour de repos, elle offre un biais chrétien. La loi de 1905, dite de séparation des Eglises et de l’Etat  est pourtant claire : « La République […] garantit le libre exercice des cultes (art 1) [et…] ne reconnaît […] aucun culte (art. 2) … », je suggère au gouvernement, au nom de la laïcité, de déférer l’ensemble des lois prohibant le travail du dimanche devant le Conseil Constitutionnel. Une QPC habilement suscitée devrait faire l’affaire. Les Sages n’auront d’autre choix que de reconnaître que le Dimanche est le jour du Seigneur chrétien et que l’interdiction d'ouverture le dimanche viole la laïcité de la République. Ainsi, la banalisation du travail du dimanche serait imposée aux syndicats, au nom d’un principe républicain pour lequel ils se sont battus. Ouf, la grève générale est évitée ! 

Chaque entreprise choisirait ainsi ses deux jours de fermeture en fonction de son marché, de ses contraintes, ou, tout simplement du mode de vie de son dirigeant. C’est si simple… Mais c’est ici que cela devient compliqué, le diable se logeant comme d’habitude dans les détails. Comment concilier cette liberté nouvelle avec le souhait bien légitime pour le plus grand nombre de ne pas changer son rythme de vie ? il suffirait de faire un subtil distingo entre la notion d’horaires de travail – qui, rappelons-le, sont du ressort du chef d’entreprise – et de jours de travail. Les jours de repos deviendraient un élément essentiel du contrat de travail. Les nouveaux contrats comprendraient deux jours de repos obligatoire – qui n’existent pas aujourd’hui, aussi surprenant que cela puisse paraître, en droit du travail – et seraient librement négociés entre le salarié et son employeur. Une fois le contrat signé, ce dernier ne pourrait pas, s’il ne l’a pas prévu, modifier les jours de repos. 

L'étape suivante serait de supprimer un certain nombre de jours fériés (ascension, pentecôte, assomption, toussaint) en les intégrant au couple congés/RTT et nous aurons, grâce à la laïcité, un pays dont les magasins sont ouverts quand les clients souhaitent faire leurs courses…

vendredi 13 septembre 2013

Sauvons les associations d'anciens élèves ?

Les associations d'anciens élèves sont en danger. Cri d'angoisse de Serge Delwasse.

Les échanges qui s'en sont suivis m'ont amené à réfléchir à la question. Au fond, la notion d'association est antinomique avec l'esprit post 68. L'ère du temps est au chacun pour soi. D'ailleurs le libéralisme économique n'a pas de mots assez durs pour les associations d'anciens élèves. En effet, elles sont propices aux ententes entre copains (ou plutôt, camarades), donc à produire des "rentes". Pour que l'économie fonctionne il faut flinguer les rentiers, et toutes leurs corporations. A commencer par les corps d'Etat (en grande partie émanations de polytechnique et de l'ENA). Voici ce que dit, par exemple, Jacques Delpla, éminent économiste.

mardi 6 août 2013

Comment changer Polytechnique ?

Hervé Kabla et Serge Delwasse veulent transformer Polytechnique. L’un aimerait que l’on y apprenne un peu mieux à gérer une entreprise, l’autre qu’elle devienne la World Business School, qui propulse ses élèves au sommet du monde. Mais ne faudrait-il pas se demander pourquoi avant de dire comment ? Quelques observations, pour commencer :
  • On me parle d’entreprises où il faut être X-Mines pour avoir un poste de management (y compris DSI !). Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela ne semble pas donner aux dîtes entreprises un avantage flagrant. L’Etat juge même prudent de les protéger de la concurrence.
  • Je lis un livre qui affirme que notre élite est persuadée que nos grandes entreprises sont excellentes. Ceux qui les fréquentent de l’intérieur ne sont pas d’accord. Notre élite semble totalement coupée de la réalité.
  • Récemment, je me suis penché sur les grands noms des mathématiques françaises. Tous ou presque avaient été majors de Polytechnique ou de Normale Sup. Hier, les polytechniciens construisaient des ponts et des phares, et inventaient des canons.
La force de Polytechnique est d’avoir été une école d’ingénieurs d’élite. C'est-à-dire de gens capables d’appliquer le meilleur de la science à des problèmes pratiques concrets et nouveaux. Le polytechnicien, comme le normalien d’antan, travaillait de ses mains. Il méritait ses promotions par son labeur. Il est devenu un noble d’ancien régime. Ce ne sont plus ses réalisations qui comptent, mais sa naissance (i.e. son entrée ou sa sortie de Polytechnique, selon son rang de classement).
Polytechnique doit-il devenir MIT ? Pas tout à fait. Car Polytechnique a une autre spécificité : elle n’est pas liée à l’intérêt privé, mais à l’intérêt général. Le privé construit désormais des ponts et des canons. Mais il ne sait qu’exploiter ce qui a été trouvé ailleurs. Or, le monde est face à des problèmes de survie extrêmement complexes. N'auraient-ils pas besoin d’ingénieurs non marchands ?

vendredi 25 mai 2012

Qu’est-ce qu’un leader du changement ?

La science du management anglo-saxonne étudie en long, en large, et en travers, les caractéristiques des « leaders », c’est-à dire des personnes qui réussissent à transformer les entreprises. Et si je m’y mettais ?

mercredi 2 septembre 2009

Conseil gratuit (suite)

Point sur la question de la rémunération du conseil après à un débat qui s’est tenu on et off blog.

  • Le conseil à obligation de moyens est payant. Hervé Kabla explique qu’il faut faire entrer le « conseil » que l’on veut donner dans une appellation que le marché a l’habitude d’acheter. Autrement dit, il faut faire du conseil un produit (= quelque chose dont, notamment, les coûts sont connus). Serge Delwasse illustre cette idée par l’exemple de la voyance, un type de conseil payant.
  • Le conseil à obligation de résultat n’est pas payant. Alain Vaury remarque que l’entreprise qu’il dirigeait ne faisait pas payer les conseils de ses équipes d’experts, de très loin les meilleurs du secteur, la vente de produits payaient leurs services. Cet exemple se retrouve souvent : agro-alimentaire, chimie, contrôle technique… D’ailleurs, la réponse à appel d’offres des consultants est la partie fondamentale de la mission, et elle est gratuite. Il en est de même un peu partout. Dans ce cas, le conseiller dépense sans compter ; l’entreprise atteint la rentabilité en répercutant le coût du conseil sur ses produits.
  • Jean-Noël Cassan dit prudence : les donneurs d’ordre ont pris l’habitude de recevoir le conseil gratuit, et d'acheter le produit au moins disant. D’ailleurs, on m’a dit que les acheteurs de l’automobile tendaient à faire circuler les réponses à appel d’offres de leurs sous-traitants. Bien entendu, une telle stratégie n’est pas durable, mais elle l’est suffisamment pour faire capoter quelques fournisseurs.

Les participants au débat retrouvent les arguments de MM. Arrow et Krugman (les économistes sont moins sots qu'on ne le pense ?) :

  1. Certains services obéissent à la logique du marché. Ils ont à la fois un prix et un coût bien définis.
  2. D’autres non. Ils apportent des bénéfices « incalculables », mais les coûts qu’ils entraînent le sont aussi. Ils ont une logique que ne comprend pas le marché. Par exemple celle de l’échange de services. Cette logique a ses lois (exemple : lien à long terme entre les « contractants » pour éviter l’effet de JN.Cassan), qui ne sont pas incompatibles avec celles de l’économie (financièrement, tout le monde s’y retrouve).

Compléments :

  • Pour K.Arrow, dans son étude du secteur médical, l’équivalent du conseil à obligation de résultat - urgences, hôpital en fin de vie…- est gratuit pour le patient, le médecin étant rémunéré par un salaire. Le praticien du secteur privé, lui, vend un « produit », qui est une visite durant laquelle il fait subir une procédure prédéfinie à son client. Kenneth J. ARROW, Théorie de l'information et des organisations, Dunod, 2000. (Chapitre : Incertitude et économie du bien être des soins médicaux.) Sur MM. Arrow et Krugman : Le marché nuit gravement à la santé.
  • En fait, ce n’est pas tel ou tel donneur d’ordre qui est fiable, mais telle ou telle culture (qui inclut client et fournisseur) : un ancien employé de Michelin a tenté de vendre ses secrets à un concurrent japonais, ce dernier à immédiatement alerté Michelin (Comment l'espion de Michelin a raté son coup).

jeudi 4 juin 2009

Retournement et transition

Serge Delwasse critique et complète ma classification management par intérim / chasse de tête / conseil :

Le manager de retournement (qu’il appelle « manager de combat ») se distingue du manager de transition, parce que le manager de transition apporte essentiellement ses compétences pendant une durée donnée (comme un pianiste apporterait ses compétences à un orchestre). Le manager de retournement, lui, aurait pour but de transformer l'entreprise.

jeudi 23 avril 2009

Trouble shooter

Émission de decideurstv (chaîne Internet de Thomas Blard). Le principe :

La conduite du changement par l’exemple.

Savoir conduire le changement est devenu impératif pour le manager. Cette série d’émissions est faite de « business cases », on y rencontre des problèmes (dilemmes) qui se posent à tout manager, et que généralement il traite mal (bricolage) ou pas du tout.

Nos invités, des dirigeants, des consultants, des cadres… ont su trouver à ces questions des solutions élégantes, souvent inattendues, mais qui ne demandent aucun moyen. En une dizaine de minutes, ils exposent un problème qui s’est posé à eux, la solution qu’ils ont trouvée, et ils la généralisent en quelques recommandations, ou « gestes qui sauvent ».

Les deux premiers invités :

  • Mickaël Maindron de Feeloë. Sa spécialité est la « boîte noire ». La direction des systèmes d’information qui bloque un changement : non seulement elle le refuse, mais elle est opaque, et parfois objectivement incompétente. L’enseignement du cas qu’il a choisi est un peu inattendu. Même quand on est sous une énorme pression, que l’on manque de temps, on doit commencer par souder la DSI, lui « apprendre » son métier (il appelle cela « l’auto-école »). Quand on s’y prend bien cette phase se déroule en même temps que la première étape du projet et peut aller relativement vite. À tel point qu’il n’y a pas d’impact visible sur la durée du projet. Et, une fois soudée, l’organisation est efficace et le projet est sur des rails.
  • Serge Delwasse. Son exemple est peut-être encore plus surprenant. Dans de nombreux cas, des problèmes qui semblent désespérés (ici une production qui n’arrive pas à répondre à ses commandes, d’où une entreprise très mal partie), résultent de dysfonctionnements internes mineurs et mêmes ridicules (a posteriori) : généralement de problèmes de communication ; mais que les techniques qui viennent à l’esprit quand on parle de communication ne marchent pas (organiser des réunions, jouer sur les organigrammes, essayer de « convaincre »…) ; et qu’il faille en utiliser à la fois de plus simples et de plus radicales (en tout cas de plus inattendues !).

mercredi 26 novembre 2008

La crash stratégie de l’automobile française

Discussion avec Serge Delwasse, DG de Panhard, et Denis Debaecker, directeur associé de Vinci consulting. Et suite du billet précédent.

Serge remarque que lorsqu’il y a échec d’un modèle automobile français c’est presque toujours par méconnaissance du marché. Quand aux Allemands, leurs contre-performances sont techniques (modèle trop lourd…).

Denis : les Japonais évitent l’erreur française en nommant comme patron de projet des spécialistes techniques et en les immergeant dans leur marché (le patron du programme Lexus a commencé sa mission par 100.000km passés avec des automobilistes américains). De ce fait, ils connaissent les besoins du marché et sont écoutés des techniciens, leurs anciens collègues.

Curieusement, c’est le chemin que j’ai suivi chez Dassault Systèmes : j’étais responsable des « algorithmes généraux », je suis parti à la direction de la stratégie de la société, où j’ai essayé de comprendre le marché. S’intéresser au client était difficilement concevable pour mes collègues. Mais ils m’ont toujours considéré comme un original sympathique. C'est probablement pour cela qu'ils ont suivi mes recommandations.

mercredi 9 juillet 2008

Serge Delwasse et résistance au changement

Serge Delwasse me semble avoir un profil paradoxal. Serge Delwasse est un dirigeant d'entreprise. Avec une particularité. Il n'a pas son pareil pour redynamiser une société. Pour la sortir de ce qui est ou menace d'être un cercle vicieux dangereux. Il y parvient en faisant ce qui semble l’opposé du bon sens le plus évident. Par exemple, une entreprise est au bord de la faillite, il augmente les salaires de ses employés.

  • Ce n’est pas sa capacité à avoir une vision systémique qui m’intéresse ici, mais le fait qu’il semble être le type de dirigeant pour lequel l’entreprise française est bâtie et que l’enseignement français ne fabrique plus : le « dirigeant de droit divin ». Qu’est-ce ? C’est Napoléon, un dirigeant qui à la fois sait où aller, et comment y aller. Il n’utilise pas les techniques qui font le gros de mes livres. Il regarde ses collaborateurs dans les yeux et leur dit ce qu’ils ne voulaient pas entendre. Sa persuasion, et sa connaissance des ressorts humains, fait qu’il est convaincant et qu’on le suit.
  • Serge Delwasse m’a aussi amené à réfléchir à la résistance au changement. Je crois qu’il y en a deux types :

  1. Le premier est un test. C’est lui qui fait tomber les gouvernements. Le Français veut savoir si celui qui veut le changement est déterminé à le mener à bien. En quelque sorte, il procède à un tir de semonce (par exemple, il organise une manifestation). Si le leader du changement tient bon, le Français comprend qu’il est sérieux. Sinon il a bien fait de ne pas bouger.
  2. Le second correspond à une résistance véritable. Pour le comprendre il faut avoir recours à ce que je nomme le « grand théorème du changement », le résultat théorique le plus important en ce qui concerne les techniques de changement. Celui que vous devrez avoir retenu quand vous aurez tout oublié. Voici de quoi il s’agit : pour que l’homme (ou le groupe humain) change, il faut qu’il y ait « anxiété de survie ». On l’obtient par la menace ou la stimulation. Mais l’anxiété de survie ne suffit pas, ou rarement. Car se développe avec elle « l’anxiété d’apprentissage » : l’homme ne voit pas comment il va faire pour changer. Pour le faire bouger il faut abaisser cette anxiété d’apprentissage (sans réduire l’anxiété de survie). Comment ? En aidant l’homme non à trouver la solution à ses problèmes, mais la méthode qui lui semble adaptée à leur résolution. Pour cela, il a besoin d’un « donneur d’aide ».
  • Serge Delwasse est dubitatif. Certains employés sont des cas désespérés. Ils ne trouveront jamais la méthode qui leur permettra de réaliser ce qu’on attend d’eux. C’est vrai, mais alors il faut faire ce qu’il fait : les placer là où leurs compétences sont adaptées. C’est aussi ça l’art du donneur d’aide.

Références :

  • Pourquoi l'organisation résiste au changement : Qu’est-ce que la résistance au changement ?
  • Sur le dirigeant pour lequel l'entreprise française est conçue : IRIBARNE (d’), Philippe, La logique de l’honneur, Seuil, 1993.
  • Les anxiétés viennent d’Edgar Schein : SCHEIN, Edgar H., The Corporate Culture Survival Guide, Jossey-Bass, 1999.
  • De même que le « donneur d’aide » : SCHEIN, Edgar H., Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.
  • Pour une autre personne qui semble avoir le profil du « dirigent de droit divin » : Christian Kozar et le Reengineering de l’économie ...