mercredi 21 mars 2012

Bombe des retraites

Il y a quelques années, on nous ventait les mérites de la retraite par capitalisation. Finalement, il ne semble pas que ce soit le nirvana.

Depuis une décennie, les actions rapportent moins que les obligations. Ce n’était pas prévu par les entreprises anglo-saxonnes qui se sont engagées à verser une retraite à leurs salariés. Les fonds qu’elles ont constitués sont sous capitalisés. D’ailleurs, les salariés qui ne sont pas couverts par un tel système ne sont pas mieux lotis.

Compléments :
  • Source : Too much risk, not enough reward
  • Une élégante façon de résoudre la question est, pour l’entreprise, la faillite. Alors, l’Amérique va-t-elle compter bientôt beaucoup de pauvres vieux ? Je doute que l’État américain les laisse totalement démunis, en tout cas. Ce qui signifie que sa dette n’est pas proche de l’extinction… Un livre traitant du sujet : Retraites américaines.

De l’erreur de la spécialisation

Adam Smith croit que la marche du monde va vers la spécialisation de l’individu, c’est ainsi que nous produirons de plus en plus et serons de plus en plus riches. Émile Durkheim pense qu’une société de spécialistes ne peut qu’entraîner interdépendance, puisque chacun a besoin de l’autre pour vivre.

Tout ceci est erroné, selon moi. Comme l’a noté Robert Merton au sujet des bureaucraties, l’homme spécialisé perd de vue les intérêts supérieurs de la société, il y a « détournement de but » (displacement of goals en VO). Illustration : le banquier américain.

J’en déduis donc que l’existence de chacun doit être conçue pour qu’il puisse se mêler aux autres et comprendre leur point de vue. Ce qui n’empêche d’ailleurs pas une spécialisation. Mais pas celle de la tour d’ivoire.  

mardi 20 mars 2012

Toulouse ou l’âge des ténèbres ?

Une personne, hier, me tient le même langage qu’un interviewé de France culture : la tuerie de Toulouse a suscité une grande émotion parce qu’elle a touché une école juive. Mais qu’aurait-on dit s’il s’était agi d’une école non confessionnelle ? me suis-je demandé.

Ce blog en est arrivé à supposer que l’esprit des Lumières était « l’Humanité ». L’Europe du 18ème, après la boucherie des guerres de religion, a cru que le seul moyen de ne plus s’entrégorger était de considérer que l’homme était premier et les idées (idéaux, idéologies…) secondes. Les Lumières ne voulaient plus que l’on puisse dire avec Bossuet : « J’ai le droit de vous persécuter parce que j’ai raison et que vous avez tort ». (Citation empruntée à Tzvetan Todorov, L’esprit des Lumières.)

Ces dernières décennies cette idée a été remise en cause. Le néoconservatisme, qui croît à un « droit naturel » (c'est-à-dire qu’il y a des gens qui ont raison et d’autres tort) en est un exemple.

Mais est-ce nouveau ? Avant lui le PC n’avait-il pas récupéré l’Humanité (le journal) de Jaurès pour en faire le fanion de la lutte des classes ?

Faire connaître les Lumières à l’humanité est un combat sans fin ?

Compléments :

La Grèce fait faillite

La Grèce a réussi à se débarrasser de 100md€ de dette, ce qu’ailleurs on appelle une faillite, sans que cela fasse de vagues. Les dettes que possédait la BCE auraient eu un traitement de faveur. (The wait is over)

Est-ce suffisant ? En tout cas, cela montre que l’Europe peut faire preuve de pas mal de pragmatisme, et compenser en partie l’inflexibilité de son taux de change interne… 

Les inégalités causent-elles les crises ?

Les économistes semblent divisés : la croissance récente des inégalités de fortune est-elle la cause ou la conséquence de la cause de la crise ? (Inequality and crisis: The usual suspect | The Economist)

En tout cas, les inégalités ne semblent plus une bonne chose, disent-ils. C’est une remise en cause radicale de la pensée dominante de ces derniers temps, qui voulait que l’enrichissement du riche fasse celle du pauvre.

À ce sujet, une observation curieuse. L’obsession des banques centrales a été la maîtrise de l’inflation. Pour ce faire elles sont parvenues à contenir les augmentations de salaire du petit peuple. Par contre, les gros bonnets n’étaient pas soumis à un tel contrôle, ce qui leur a permis de s’enrichir.

Le monétarisme serait-il l’expression de l’intérêt des magnats de l’économie ?

Cloclo

Film de Florent Emilio Siri, 2012.

Je n’ai jamais aimé les chansons de Claude François. Elles sont même une sorte de mauvais souvenir de ma toute première enfance, durant laquelle la radio les hurlait. Lorsqu’il a disparu, j'ai eu l'impression que c'était de grande vieillesse, comme Pascal.

C’est une bande annonce qui m’a fait voir le film. Claude François m’y a fait penser à Nicolas Sarkozy. Inattendu.

Et l’impression s’est maintenue. Lui aussi a une énorme énergie, du toupet, une volonté increvable de réussite matérielle, pas très française, un amour du bling bling, une capacité étonnante à se transformer avec les goûts du marché, à « l’innovation », un certain manque de culture, une revanche à prendre sur la vie et de grosses désillusions sentimentales, qu’il a bien cherchées. Lui aussi exerce une forte attraction sur les uns et une toute aussi forte répulsion sur les autres. Et, j'allais oublier, il est petit et porte des talonnettes...

Et, heureusement, on n’entend que des courts morceaux de ses chansons. 

lundi 19 mars 2012

Toulouse: le populisme peut-il tuer?

Série de meurtres. D'abord des militaires qui, d'après ce que l'on dit, n'auraient pas été blancs, maintenant des Juifs.

Comme dans le cas du massacre de Tucson, où les outrances de Mme Palin avaient été dénoncées, est-il possible d'incriminer les thèmes choisis par la campagne présidentielle ? Les politiques désignent-ils leurs cibles aux déséquilibrés ?

L’Espagne se moque de Mme Merkel ?

Le très respectable gouvernement conservateur espagnol annonce qu’il ne tiendra pas ses engagements. Ne se croirait-on pas chez les Grecs ? Mais rien ne se passe. Qu’en déduire ?
  • La rigueur est enterrée : la crise n’était pas une question de déficit public? Les marchés ne punissent pas les paniers percés: depuis que la BCE imprime de la monnaie, la dette de fait plus les criminels ?
  • La discipline économique de Mme Merkel est, corrélativement, ridiculisée. Au mieux, elle s’applique aux États sans défense (la Grèce et la Belgique), et à quelques masochistes libéraux (Angleterre, Irlande)? Avons-nous vécu un grand moment d’hypocrisie ?
  • La crise économique a été résolue par les manœuvres à la Goldman Sachs de la BCE ? Leçon de courage pour les générations futures ?
Compléments :

La banque contre la société

La banque américaine peine à recruter tant son image est mauvaise. Elle découvre que le salaire n’est pas tout, que l’estime de l’autre compte au moins autant. (Wall Street's Latest Campus Recruiting Crisis Sparked by Goldman Controversy)

L’histoire de la finance illustre-t-elle le fait que l’individu ne peut échapper à la pression sociale ?

D’ailleurs, les banques ont été contraintes d’augmenter leurs fonds propres, ce qui devrait avoir un effet vertueux : meilleure garantie contre le risque ; moins d’argent à parier sur des projets hasardeux (ces projets étant les derniers à trouver un financement).

Cependant, les salaires de la profession ne paraissent par prêts de revenir à leurs niveaux antérieurs. N’y a-t-il que l’impôt pour les y inciter ? (Inequality: The gap widens, again | The Economist)

Campagne du troisième type

N.Sarkozy nous promet de rejouer la bataille de Poitiers et de dissoudre l’Europe, F.Hollande fait de vagues déclarations généreuses, sans cohérence apparente. Ce que cette campagne présidentielle a d’étrange est qu’elle ne semble s’intéresser à rien de sérieux.

Éduquer la raison humaine était le projet de J.Jaurès, et des instituteurs de la 3ème République… M.Hollande aurait-il perdu son âme ? Ou, M.Sarkozy l’a-t-il pris au piège de sa propre tactique, celle de l'irrationalité ?

Il se peut d’ailleurs que, pour une partie de la population, un homme qui s’agite et vocifère, ce soit bien. « C’est un des nôtres » ? Le contenu ne compte pas ? Que N.Sarkozy puisse faire « peuple » est extraordinaire quand on pense à ses origines. Quel talent ? (Mais pas unique : c’était aussi le cas de George Bush.)

Par contraste, François Hollande semble transparent. Cela ne veut pas dire forcément qu’il n’a pas de conviction. Mais, contrairement à N.Sarkozy qui crée l’événement, il paraît évoluer au gré des vents, c’est l’autre qui lui fournit l’énergie dont il a besoin. Yin et Yang ?