mercredi 16 mai 2012

Obama président gay ?

Obama est le premier président gay selon Newsweek. Il s’est prononcé pour le mariage homosexuel.

Risqué en période électorale ! me suis-je dit. Inattendu de la part d’un Obama, machine à calculer ! Eh bien, j’ai changé d’avis. Raison : un article sur une star gay qui se transforme en propagandiste d’Obama, pour la communauté latino.

Et voilà ce à quoi il m’a fait penser. Les anti-gays ne voteront probablement jamais pour Obama, ils sont le cœur du Tea Party (et apparemment de l’électorat de Nicolas Sarkozy). Or, si les gays sont peu nombreux, ils représentent une part disproportionnée des leaders d’opinion et des riches, et leur cause est celle de la gauche démocrate, qui trouve Obama trop à droite.

Risqué mais tactiquement génial ? 

Cadillac contre Mercedes et Audi ?

Il y a quelques temps, j’ai entendu dire que Cadillac voulait copier Audi (A8) et Mercedes. J’ai pensé que Cadillac cherchait à devenir une marque globale. Mais avait-elle une chance face aux Allemandes ?

Erreur, une fois de plus. Ce que vise GM, c’est la Chine. Là-bas on aime ce qui est «  gros et clinquant ». (Unstretched limos)

Intelligente stratégie, probablement. 

Pour un socialisme préhistorique ?

Lors du débat Sarkozy, Hollande, le premier a dit au second que l’Espagne était en faillite après de longues années de gouvernement socialiste. Un raisonnement approximatif dont M.Sarkozy a la spécialité.

En effet, l’Espagne a suivi le même chemin que l’Angleterre. Dans un premier temps un gouvernement libéral (Thatcher, Aznar), puis un socialisme qu’applaudit The Economist, parce qu’il a adopté l’économie de marché, et veut l’encourager. Un socialisme qui aimerait être Margaret Thatcher à visage humain. Mais qui confond une bulle spéculative avec une croissance vigoureuse, et redistribue des bénéfices imaginaires. D’où dettes. (Voir la fin de ce billet.)

Et si un retour à un socialisme non réformé par l’économie avait du bon ?

mardi 15 mai 2012

Filiation du néoconservatisme

Il y a quelques temps j’ai découvert que la France avait généré son propre courant néoconservateur, avec ses propres philosophes, dont MM. Finkielkraut et Manent. Des gens dont je trouve, par ailleurs, la pensée accessible bien que profonde.

Ce que j’ai compris du néoconservatisme se ramène a peu de choses : le droit naturel, et, plus exactement, le fait que les valeurs auxquelles tient le néoconservateur (d’où son nom) sont le bien absolu.

Aux USA, les philosophes de ce mouvement ont été Léo Strauss et Alan Bloom, un de ses élèves. Or, curieusement Léo Strauss et Hannah Arendt, un nom qui revient dans chaque phrase d’Alain Finkielkraut, ont eu pour professeur Martin Heidegger. Or, Heidegger enseignait effectivement le droit naturel, à savoir que la culture allemande était la culture d’origine, pure, de l’espèce humaine. Heidegger, et ses relents sulfureux, serait-il à l’origine du néoconservatisme ? 

Probablement pas, Ayn Rand, qui est une autre source du néoconservatisme, semble avoir atteint la même conclusion par ses propres moyens. D’ailleurs pas besoin d’être diplômé de Normale sup pour penser que l’on a raison et que les autres ont tort…

Compléments :

Copiez, n’innovez pas !

Les fortunes ne vont pas à l’innovation mais à la copie. Apple, par exemple, n’a rien inventé, il n’a fait qu’améliorer. Et les exemples sont légions. (Pretty profitable parrots)

D’ailleurs des gens comme Pasteur ou Fleming n’ont-ils pas été à l’origine de la médecine moderne ? Qu’est-ce que ça leur a fait gagner, en comparaison avec ce que les laboratoires pharmaceutiques en ont tiré ?

Et c’est vrai de tous les scientifiques : leur vie se résume souvent à la découverte d’une formule, qui est enseignée à des bambins même pas reconnaissants ! Et que dire des artistes ?

Voici un vice du capitalisme que n’avait pas vu Marx ? Ce qui motive l’inventeur est la reconnaissance (posthume !) de la société, pas l’argent. Le capitalisme fonctionne sur le principe de l'exploitation, qui, par définition, n'est pas durable ? 

Et si l’on dépoussiérait le modèle des 30 glorieuses ?

Je lis à longueur de colonne des journaux anglo-saxons que seule l’initiative privée est efficace. Démonstration : l’Etat, manifestation de la volonté d’un individu, ne peut que prendre des décisions erronées. Tout cela est un exemple de ce que les psychologues appellent « framing », une forme de manipulation, qui sous entend ce qui est bien et mal. Hypothèses implicites ? L’individu c’est le mal, le marché fait le bien. Mais aussi, la seule alternative au modèle de l’économie de marché est l’État soviétique. Ce raisonnement me semble avoir des failles :
  • Les grandes banques commettent erreur sur erreur (malversation sur malversation ?), et menacent la planète.
  • Aux USA (au moins), les entreprises, du fait de leur complexification, demandent des employés diplômés, qu’elles ne trouvent pas. D’où chômage pour les autres.
Bref, l’initiative individuelle semble conduire une partie de l’humanité à l’exclusion, et, paradoxalement, ne pas produire l’optimum économique. 

Mais il y a pire. Pour cette pensée, l’économie génère le bonheur. Il faut donc optimiser sa performance. C’est pour cela que les journaux de management expliquent au dirigeant comment tirer le meilleur de leur personnel. Aliénation économique aurait dit Marx : l’homme est l’esclave de l’économie.

Que cette vision du monde ait pu s’imposer est étrange : elle ne nous est pas du tout consubstantielle. Dans la France de mon enfance, on ne se définissait pas par son travail, mais par sa vie privée. (Le fameux « temps libre » honni de M.Sarkozy.) Cette France répartissait l’emploi de façon à ce que tout le monde en ait un. Et son État n’était pas nécessairement incompétent, pour la bonne raison qu’il n’était pas poussé par les intentions que lui prêtent les néolibéraux. D’ailleurs, il existait aussi une économie privée, variable d’ajustement selon Michel Crozier. Obtenait-on ainsi un optimum économique ? Mais, en quoi a-t-on besoin d’une innovation maximale ? Nous vivrions aussi bien avec moins de cochonneries.

Bien sûr, si ce modèle n’a pas survécu, c’est qu’il avait des défauts. Peut-être faudrait-il essayer de les comprendre, et de les corriger ? (Et si son plus gros défaut avait été une rigidité qui le préparait mal au changement ?)

lundi 14 mai 2012

La France de Sarkozy

Une analyse de qui vote pour qui au premier tour des élections présidentielles montre que l’électorat de Nicolas Sarkozy a des caractéristiques très particulières :

Il est économiquement libéral, anti-État et fort conservateur dans ses valeurs (nettement plus que le FN).

Cela ressemble à la politique de M.Sarkozy. Et, finalement, elle était encore moins populaire que je le croyais : notamment, il a fait des fonctionnaires ses bêtes noires, alors que le gros des Français semble les défendre.

L’UMP serait-il devenu l’Union pour les Valeurs de Neuilly ?

Quant à l’électorat FN, il paraît surtout durement touché par la crise. Ce qui pousse à se demander si, pour le reste, ses idées ne seraient pas plus des réactions à sa situation (expulser les immigrés, ou la peine de mort) que de véritables convictions.

Fermons nos centrales nucléaires ?

Je fais remarquer à un collègue, soucieux de l’avenir de la PME française, que le programme de François Hollande semble lui être favorable. Il me répond qu’une personne qui veut fermer 50% du parc nucléaire n’aime pas la PME.

Bizarrement, j’avais cru entendre, lors du débat présidentiel, que seul Fessenheim était concerné. Mais, à la réflexion, il serait une bonne chose que mon collègue ait raison. Pourquoi :
  • L'énergie nucléaire est dangereuse. La probabilité d’un Fukushima français, ou pire, n’est pas nulle. Et que dire d’un Armageddon iranien, pakistanais ou jihadiste ?
  • Il n’y a pas de source de remplacement de l’énergie nucléaire. Le seul moyen d’y survivre, selon moi, est de réduire notre consommation d’énergie. Pour ce faire, nous sommes contraints d’être innovants, et c’est bon pour notre économie. Mais, pour cela, le changement doit être préparé et coordonné.
Compléments :

Le coefficient multiplicateur du geste amical

On donne un petit coup de main à des pauvres, pour les encourager à quelques modestes améliorations de leurs pratiques. Résultat inattendu : ils s’enrichissent sans proportion avec ce qui était attendu. (Hope springs a trap)

Pourquoi ? La pauvreté pousserait à la dépression. Le pauvre serait convaincu que son sort est désespéré. Du coup, il ne saisit pas ce qui pourrait être à portée de sa main. L’aide lui fait voir le monde différemment, et lui donne envie de se battre.

Et s’il suffisait d’un peu de gentillesse pour sortir de la crise ? Une nouvelle idée de l’aide au développement ? Réécriture de Keynes et de sa relance par l'offre ?

Et si la démographie expliquait le cours de l’histoire ?

J’ai été surpris par l’argument d’Olivier Ray, l’autre jour. Il reprenait en grande partie l’analyse de ce blog de l’aspect cyclique du libéralisme, mais en ajoutant un élément que je n’avais pas vu : la démographie. Le 19ème siècle comme notre époque ont été marqués par un afflux de main d’œuvre (notamment des pays émergents dans notre cas). 68, par ailleurs, a été le résultat du baby boom.

Il est possible, me suis-je dit, que les structures sociales explosent sous la pression. Du coup, la dimension individuelle de la société prend le dessus. Ce qui fournit un territoire favorable à la fois aux forces libérales (de droite), et libertaires (de gauche). En effet, paradoxalement, elles sont relativement plus solidaires et mieux organisées que la nuée d’individus qui résulte de la dislocation sociale. Et, surtout, elles sont monomaniaques. Il s’ensuit un cercle vicieux, le libéralisme appelant à de plus en plus de déréglementation, et les mouvements libertaires à détruire l’ordre social.

Les libéraux et les libertaires ne sont donc pas la cause de la dislocation sociale, mais une sorte de conséquence. Ce seraient la peste et le choléra, les pathologies opportunistes, d’une société dont le principe est individualiste (cf. « les droits de l’homme »). 

L'individualisme en lui-même n'a probablement rien de mauvais. Ce qui ne va pas est cette dislocation de la maison commune, par exploitation ou destruction. Pour éviter le chaos, il faut recréer l'édifice social, i.e. retendre des liens entre les individus : morale d’entraide, redistribution…

Compléments :