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mercredi 15 avril 2015

Arnaud Montebourg vend l'Insead

A peine sorti de l'Insead, où il a étudié 4 semaines, Arnaud Montebourg cumule les emplois. Dans le dernier, il doit multiplier par 10 le chiffre d'affaires de la SSII d'un ministre tunisien.
Son objectif est d'aider à multiplier les ventes par dix en sept ans
Créée en 2002, Talan a connu un développement canon. Aujourd'hui, la société emploie 1000 consultants pour un chiffre d'affaires supérieur à 100 millions d'euros. Surtout, elle vise un chiffre d'affaires à 1 milliards d'euros en 2022. (Huffington Post)
 Et ce en étant présent à quelques réunions chaque année.

Avant, j'ai été ministre du redressement productif pendant plusieurs années, sans résultat, après quatre semaines à l'Insead, je décuple le chiffre d'affaires d'une entreprise. Quelle publicité pour l'Insead. J'ai entendu dire que l'Insead lui avait offert une bourse d'études. C'était de l'argent bien placé.

(PS. La SSII a aussi recruté Michel Combes, le PDG d'Alcatel qui a récemment vendu son entreprise à Nokia.)

mardi 7 janvier 2014

Pourquoi The Economist n'aime pas l'Insead?

J'ai l'impression que The Economist n'a jamais beaucoup aimé l'Insead. C'est étrange, car l'Insead a été un des plus fervents défenseurs de la globalisation. Il a même été un pionnier de la délocalisation. Et son doyen réside désormais à Singapour. Récemment, je me suis demandé s'il n'y avait pas un parallèle à tirer avec l'histoire de Nicolas Sarkozy. Nicolas Sarkozy aurait dû être le meilleur ami de The Economist : n'était-il pas un combattant de la liberté, qui avait fait tomber le Mur de Berlin, et était allé jusqu'à vouloir mettre la princesse de Clèves et la culture française à la benne ? Mais ça n'a pas été le cas.

Et si The Economist voyait l'Insead et M.Sarkozy comme des caricatures de son idéal ? A l'image de ce que pense une démocratie du dirigeant d'une république bananière ? (C'est une mauvaise publicité ? M.Berlusconi en est un autre exemple ?)

mardi 19 novembre 2013

La mondialisation sera-t-elle celle des affaires ?

J'ai publié un billet sur la stratégie de l'Insead qui suscite les commentaires du groupe linkedin des anciens de cette école. L'un est particulièrement inattendu. Il provient d'un des pionniers du campus de Singapour, par ailleurs spécialiste diplômé de conduite du changement. Il explique, en substance, que l'Insead ne pouvait pas s'étendre à Fontainebleau parce qu'il est interdit d'y couper des arbres, et qu'écrire un blog en français est idiot.

Voici ce qu'entend l'Insead par "business school for the world" ? Une culture mondiale unique, celle des affaires ? J'ai bien peur que ce ne soit pas comme cela que la comprennent les Chinois, entre autres. La mondialisation de demain risque d'être une mondialisation de nations et de cultures. L'Insead victime d'une mode de management ?

vendredi 15 novembre 2013

Peut-on sauver l'Insead?

L'Insead a l'air mal parti. Peut-il être tiré de la médiocrité galopante?

Je crois qu'il souffre du même problème que Wikipedia. Il a subi un détournement. Ceux à qui on avait confié ses commandes en ont pris le contrôle. Et ces deux organismes ont la particularité d'être remarquablement isolés des influences extérieures.

A une époque, on parlait beaucoup "d'organisations apprenantes". Je soupçonne que c'est un oxymore. Les organisations doivent apprendre ou périr. C'est peut-être d'ailleurs la qualité première de l'entrepreneur. Il a une capacité exceptionnelle à transformer le revers en leçon. Eh bien, je soupçonne que ce qui manque à Wikipedia et à l'Insead, c'est justement cette capacité. Curieusement, ce sont deux organismes qui sont supposés dispenser le savoir. Peut-être ont-ils cru qu'ils savaient? Peu d'espoir de salut, en tout cas.

mardi 5 novembre 2013

Insead, proie et ombre

Débat sur une plate-forme d'échange de l'Insead (à laquelle je n'ai plus accès suite à une évolution technique à la Obamacare) : le doyen de l'Insead va-t-il quitter la France ? L'histoire de l'Insead mérite un billet. 

A note for English speakers.
As Insead new dean elects to stay in Singapour, this post looks at a paradox. Insead has been founded as the MBA for Europeans. An extraordinary success has ensued. Recently it has chosen to be “the business school for the world”. Since then it has been taken over by European schools that have stuck to their roots. Insead’s future is worrying. It has left a large and rich market for a non existent one. This post makes an assumption. Insead’s problem comes from its professors. Insead has tried to recruit US academics. For obvious reasons it could only get second tier people. (To know Ben Bernanke is the current dean’s apparent main feat of arm…). While Insead should have made its teaching staff in its image, the opposite has happened.  

L'INStitut Européen d'ADministration des affaires fut une innovation. C'était une adaptation du concept de MBA à l'Europe. En fait, c'était une sorte d'executive MBA. Autrement dit un MBA court pour cadre ayant déjà une grosse expérience. En effet, en France et en Allemagne, le cadre est généralement Bac + 5, voire plus (docteurs allemands, corps de polytechnique...), alors qu'il est Bac + 3 aux USA. Succès remarquable. L'Insead a longtemps été LE MBA européen. On y venait, j'ai eu cette impression, lorsque l'on était intéressé par l'Europe. Par exemple certains élèves Japonais avaient préféré l'Insead à Harvard parce qu'ils comptaient mener une carrière en Europe (ou, du moins, leur employeur avait formulé ce projet pour eux).

Puis, changement. L'Insead devient "the business school for the world". Que cela signifiait-il ? Que l'Europe était finie ? Que l'avenir était à la globalisation et à l'Asie ? Ce faisant n'a-t-il pas lâché la proie pour l'ombre ? N'a-t-il pas délaissé un marché, peut-être ringard, mais qui lui était acquis, pour un autre, pour lequel la pâle copie de Harvard qu'il est n'a aucun intérêt, et qui d'ailleurs tend à ne prendre de la globalisation que ce qui l'intéresse ? L'Insead a lâché l'Europe pour Singapour ? Ne s'est-il pas fait voler sa place par des écoles qui n'ont pas eu son complexe de supériorité, et qui se sont adaptées sans renier leurs racines, comme HEC, l'ESSEC, l'IMD, l'IESE ?

Simple erreur stratégique ? Ce qui nous frappait, mes camarades et moi, lorsque nous étudions à l'Insead était le décalage entre le niveau des élèves et celui des enseignants. Les premiers étaient issus des universités d'élite, les seconds étaient, dans le monde des MBA, de division d'honneur. Et si le vice de fabrique de l'Insead avait été son incapacité à construire un corps professoral qui corresponde à son positionnement ? Et si c'était ce corps professoral qui avait mené le changement, en cherchant un terrain sur lequel ses caractéristiques aient été un avantage, alors que c'était lui qui aurait du se réformer ?...

mardi 29 janvier 2013

Angleterre, Europe, Jihadisme...

Quoi de neuf dans The Economist ?

En dehors des règlements de compte de Barack Obama, dont je parle ailleurs, on y voit David Cameron annoncer un referendum à son peuple sur l’appartenance de son pays à l’Europe. C’est pour 2017. Entre temps, il se fait fort d’obtenir des concessions des autres Européens. Apparemment, il aurait tort de se priver, l’Allemagne et la France n’auraient rien à lui refuser. L’Angleterre subit un curieux phénomène. On y travaille de plus en plus, mais on y produit de moins en moins. Parce que le système bancaire ne laisse pas faire les faillites, et n’a donc pas de cash pour les secteurs qui se développent ? Préoccupant ? Serait-ce pour cela que son gouvernement parle autant d’Europe, alors qu’elle ne préoccuperait pas outre mesure les indigènes ?

On parle aussi du jihadisme en Afrique. Il aurait « saisi des doléances légitimes nourries par la pauvreté, la discrimination, et la mauvaise gestion de gouvernements corrompus ». Qu’arriverait-il s’il parvenait à « contrôler les ressources d’un pays entier » ? Un message en direction des USA, qui ne veulent plus entendre parler d’autre part que chez eux ?

Partout, le monde semble partir à gauche. En Israël, d’abord. Mais peut-être aussi en Allemagne. Les prochaines élections pourraient poser plus de difficultés à la chancelière que prévu. Ce qui devrait lui rendre difficile la réforme de l’Europe. Toujours est-il que le système bancaire européen va subir un contrôle allemand. Ce ne serait pas une bonne idée. Les bulles sont locales, et demandent une gestion locale. Quant aux 50 ans franco-allemands ? Vieux couple.

Sinon ? The Economist pense (comme ce blog), que l’avenir d’Apple est derrière lui. Il est maintenant incapable de bouleverser de nouveaux marchés. Dans un univers devenu concurrentiel, il ne fait pas le poids face à Samsung. Il en serait de même du « leader global » que veut former l’Insead. Donner ce titre à une personne lui tournerait la tête. « Si le leadership a une sauce secrète, c’est peut-être l’humilité. Un patron humble comprend qu’il y a des choses qu’il ne connaît pas. Il n’écoute pas seulement les autres grands pontes de Davos, mais aussi le type de gens qui n’est pas invité, ses clients, par exemple. » Décidément le monde bascule à gauche… (Et The Economist rejoint curieusement ce qu’un de mes commentaires disait de polytechnique.)

On a trouvé le moyen de stocker de l’information dans l’ADN. Toute l’information du monde tiendrait dans un camion. Mais le procédé est coûteux, et ne permet pas une lecture / écriture rapide. Approprié pour le stockage à long terme. 

samedi 26 janvier 2013

Le meilleur dirigeant du monde

L’Insead classe les dirigeants mondiaux selon leur performance au long cours. En tête : Steve Jobs. Dans les Français bien classés : Philippe Varin (maintenant dirigeant de PSA).

 C’est étrange. Philippe Varin n’inspire pas, actuellement, une admiration illimitée. Et lorsque j’étais à l’Insead, Steve Jobs était vu comme un raté. On donnait d’ailleurs en exemple son successeur (maintenant oublié). Cette étude est-elle bien scientifique ? Ne masque-t-elle pas une hypothèse qui pourrait être fausse ? à savoir que le dirigeant est seul responsable de la performance de son entreprise ? Qu’il est tout, et que nous, et le reste de l’univers, ne sommes rien ?

vendredi 16 septembre 2011

Projet de société

Présidentielle : quel est le programme des candidats du PS ? (Hollande, Aubry, Montebourg, Royal, Baylet, Valls... Débat télévisé des Primaires socialistes : les programmes des candidats PS passés au crible)

Pendant longtemps ce blog a reproché au PS de tabler sur le mécontentement que ne pouvait que susciter N.Sarkozy. Conséquence inattendue des primaires, ce n’est plus le cas. Ses leaders pensent. C’est honnête, un peu austère, très marqué par l’économie. Mais, j’ai du mal à y voir un « yes we can » ou une « big society », une ligne directrice forte. Exemples :
  • Martine Aubry semble en vouloir aux niches fiscales. Dans ce cas, pourquoi ne dit-elle pas que N.Sarkozy a creusé la tombe de la France avec ses mesures ? Ça serait violent, mais frappant.
  • François Hollande parle d’un curieux contrat intergénérationnel, ou d’embaucher des enseignants… Que cherche-t-il à faire ? Reconstruire une société solidaire, après 4 décennies, au moins, d’un individualisme incontrôlé ? Si c’est le cas pourquoi ne pas proposer un reengineering social ?
Différence culturelle entre la France et les USA ? Lorsque j’étais à l’Insead j’ai été frappé par la façon dont les étrangers organisaient des réjouissances : ils levaient des fonds et louaient une aile de Versailles. Le réflexe du Français était de cuisiner ses plats lui-même. En France, on bricole de petites idées disparates, aux USA on se donne les moyens, et le temps, de les formuler dans un projet de société ? Professionnalisme vs. amateurisme ? 

lundi 4 juillet 2011

Nokia cassé

Mon téléphone Nokia a des spasmes. Il s’interrompt au milieu d’une conversation, et vide sa batterie à grande vitesse. Pourtant, il n’a que deux ans. Je trouvais déjà son ergonomie peu amicale. Nokia ne saurait-il plus fabriquer de téléphones ? Serait-ce de là que viennent ses malheurs ?

Et dire que, lorsque j’étais à l’Insead, Nokia était une société qu’il était recommandé d’admirer, car s’étant miraculeusement transformée à plusieurs reprises dans sa vie. (On admirait aussi les Japonais, par contre Apple était condamné par le corps professoral.)

samedi 7 mai 2011

Entreprise virtuelle

Nathalie Ravidat, de l’Université Descartes, a analysé le concept d’entreprise virtuelle, tel qu’il est défini par les universitaires. Elle a beau le retourner dans tous les sens, elle ne voit pas comment il peut fonctionner. D’ailleurs, tout ce qu’elle trouve d’un peu virtuel est tiré / a été conçu par un « leader », ce qui n’est pas prévu par le concept.

En l’écoutant, j’ai pensé aux cours que j’avais eus à l’Insead, qui me disaient que l’avenir était à « l’adhocratie », que la grande entreprise traditionnelle était condamnée. Et je me suis demandé si tout cela n’avait pas pour origine l’idéologie libérale.

Pendant des décennies les chercheurs ont essayé de prévoir l’avenir et de nous montrer qu’il n’appartenait pas à la grande entreprise bureaucratique mais au marché (à une nuée d’individus coordonnés par la main invisible du marché) ?

Compléments :

vendredi 25 mars 2011

Enseigner en Anglais ?

Le Monde débat : nos universités doivent elles parler anglais pour attirer les étrangers ?

Un article développe une argumentation brillante, contre cette idée trop évidente :
  • La France est la première destination non anglophone des étudiants étrangers. Surtout la France a un marché captif : les nombreux pays francophones. Où iront-ils sinon ? On touche à un des grands théorèmes du marketing : le positionnement. Il est judicieux de trouver une niche rentable pour laquelle on dispose d’un avantage durable. À l’inverse ceux qui veulent se placer sur le marché de l’étudiant étranger illustrent peut-être bien le grand théorème du panurgisme : je le fais parce que les autres le font.
  • Enfin, discrimination, une éducation anglophone désavantage le non anglophone de naissance par rapport à l’anglophone. À l’Insead, j’ai eu accès aux résultats de sélection des élèves, et j’avais noté qu’en ce qui concernait les tests « d’intelligence », les anglophones réussissaient massivement mieux que les autres. (J’en avais déduit qu’ils étaient plus intelligents que nous, par nature…)

mardi 8 mars 2011

La mode est à la diversification

Mes professeurs de l’Insead me disaient qu’il fallait se spécialiser (le marché étant idéal pour allouer les ressources). Maintenant, il semblerait qu’il faille se diversifier. Pourquoi ? Parce que ça a réussi aux multinationales émergentes.

La diversification a l’intérêt de donner à de petites filiales un grand capital de marque, et un financement de grande entreprise. Bien utilisée elle permet aussi des croisements de compétences, or la créativité vient de la différence. Aussi, l’entrepreneur est généralement bien mieux placé que le marché pour reconnaître et financer une belle innovation quand elle appartient à son secteur… Mais ceci est difficile à comprendre par un économiste. 

mardi 21 septembre 2010

Insead indien

L’Institut Européen des Affaires (Insead) change de doyen et choisit, comme Harvard, un Indien.

Imitation ? Poids statistique de l’Inde, pays où l’on est aussi à l’aise dans les sciences du management qu’en informatique ? Son prédécesseur était Américain : l’Amérique n’a plus la cote ? En cette période de crise morale du libéralisme, la culture indienne - qui tempère, certainement, le capitalisme le plus pur par sa sagesse mystérieuse - ne peut qu’être salutaire ? Signe à destination des millions de clients potentiels des pays émergents ? (Qui se préoccupe encore de ces has been d’Européens ?) Et en plus cela fait discrimination positive ?...

En attendant HEC grimpe dans le classement de The Economist et entre dans les 10 premiers. Exemple d’un changement réussi, du modèle français de grande école à celui, américain, du MBA ?

dimanche 31 janvier 2010

L’Europe ne pense pas

Contrairement à la Chine et à l’Amérique, l’Europe n’a pas de stratégie. Elle vit au jour le jour, ou presque. Comment se construit une stratégie ?

La stratégie ne vient pas des gens qui sont au gouvernement. Elle vient des gens qui vont être au gouvernement, elle vient des groupes de réflexion et de la communauté universitaire.

Comment faire que ceux qui correspondent à cette définition, partout en Europe, se mettent à penser, et, surtout, à débattre entre eux ?

Compléments :

  • L’Insead du billet précédent aurait pu être le lieu d’une telle pensée, mais elle a choisi d’appliquer des idéologies préconçues. Economie d'intellect.

Insead

J’ai cru comprendre que l’Insead cherchait un doyen qui soit un « citoyen du monde ». C’est curieux. Initialement l’INStitut Européen d’Administration avait pour objet la formation des managers dont aurait besoin l’Europe qui venait de signer le traité de Rome.

La formule était originale : un MBA d’un an (mieux adapté aux Bac + 5 d’Europe continentale que les 2 ans des MBA américains qui visent des Bac + 3), cours en 3 langues (Français, Anglais, Allemand), ouvert à des élèves expérimentés. L'école est vite jugée comme l’un des meilleurs MBA mondiaux. Exploit à retenir dans les annales du marketing, qui dit la quasi impossibilité d’entrer sur un marché dominé par le capital de marque d’entreprises telles que Harvard. Sauf lorsque, comme pour l’Insead, on a un positionnement original.

Puis, progressivement, les 3 langues ont été remplacées par l’Américain, l’âge d’entrée s’est abaissé, les promotions ont enflé (70 au début, près de 500 aujourd’hui), l’Insead a ouvert des établissements ailleurs dans le monde (d’abord à Singapour), une alliance s’est faite avec Wharton. L’Insead est devenue la World business school (aucun rapport avec la World company des guignols de l’info).

Comment interpréter ce changement ?

  • Mise en oeuvre impeccable d'une vision selon laquelle l’Europe n'est plus rien, l'avenir est à une globalisation américaine tirée par l’Asie ?
  • Parallèle avec Vivendi : transformation d’une entreprise solidement protégée en un groupe ouvert à tous les vents, ayant pour vision d’être le plus gros, pour stratégie d’être un suiveur, et pour mission de satisfaire l’ego de ses dirigeants ?

Compléments :

  • Un professeur de l’Insead révèle leur arriération à des anciens élèves français : L’économie n’est pas une science.
  • En termes de marketing on notera aussi la primauté du marketing sur la qualité du produit, médiocre en ce qui concerne l'Insead.

mercredi 18 novembre 2009

Apprentissage de la télé

Moi qui n’aime pas le changement, je passe ma vie à apprendre de nouveaux métiers. Après le blogging qui occupe désormais une partie de mon temps, voici la réalisation d’émissions pour décideurs TV. Pourquoi ne pas faire comme pour ce blog, décortiquer ce nouvel apprentissage ?

Être en face de plusieurs caméras est stressant, d’autant plus que c’est un direct (le film est monté mais non coupé) différé. Ce qui élimine le stress, c’est de préparer (et aussi l’habitude). Il me faut une très grosse préparation pour me sentir bien.

Pour préparer il faut se donner du temps, et une technique. Pour avoir ce temps j’ai supprimé mon activité d’animation de clubs des anciens de l’INSEAD, et j’ai espacé les sessions d’enregistrement. Quant à la technique, elle s’est construite. Initialement, je me contentais d’un entretien téléphonique avec l’invité pour identifier le sujet de l'émission et le type de questions que j’allais poser. J’étais inquiet de lui faire perdre son temps. Dorénavant, je rédige avec lui un texte d’une page et demi (ce qui correspond à la durée de l’enregistrement). Curieusement, je ne pose pas tout à fait les questions que j’avais prévues, l’invité sort lui aussi du cadre, nous faisons mêmes des découvertes pendant l’entretien, mais l’échange semble fonctionner. Improviser demande une grosse préparation.

Grâce à Thomas Blard, jeune vieux routier de la télé, j’ai appris qu’il fallait que la conversation soit rapide, spontanée, imprévue, si l’on veut que celui qui la regarde ne se lasse pas. Nouvelle difficulté : ma technique d’animation de conférence visait jusque-là à m’effacer derrière mon ou mes invités. Je dois maintenant être beaucoup plus agressif. Pas naturel.

Le plus dur certainement est que je ne peux pas me supporter en images. Pour éviter mon jugement, je me suis toujours vu au travers du regard des autres. Il me semble que pour vivre en société, il faut occuper un rôle qu’elle est prête à accepter. Dans mon cas, mais c’est probablement général, ce rôle n’est pas celui que j’aurais voulu jouer. Je n’aime pas ce que les gens semblent apprécier en moi. Mais il ne faut pas être trop exigeant : trouver une place en société est compliqué, sa nature est secondaire. La difficulté est donc de faire ce que l’on désire (en ce qui me concerne : résoudre des problèmes d’organisation), avec l’image que l’on projette. Beaucoup d’acteurs doivent être dans mon cas, ils rêvaient de rôles de jeunes premiers, ils sont devenus des comiques, mais ils jouent, et c’est ce qui comptait vraiment pour eux.

Dernier problème : regarder la caméra pour s’adresser au spectateur. Totalement contrintuitif.

dimanche 27 septembre 2009

Évolution de l’homme et du blog

Dominique Delmas n’ayant pas pu enregistrer un commentaire, qui infirme une de mes conjectures, voici son texte :
Alors là il faut que tu te penches sur l'évolution des espèces. En très bref, selon mes souvenirs de biologie et de lectures, on part d'une soupe originelle avec beaucoup d'énergie pour aboutir aux premiers acides aminés bases des protéines, elles mêmes bases de la vie. Les premières cellules, de mémoire, sont des algues microscopiques, unicellulaires. Ensuite pour aboutir aux deux mondes distincts que sont le végétal et l'animal, je crois qu'il ne s'agit pas d'un ligne continue d'évolution dont chaque Règne, Embranchement, Classe, Ordre, Famille, Genre Espèce ou, Variété, etc. (le fameux RECOFGERVI) constituerait un maillon, mais plutôt un aboutissement de deux voies de développement tentées par dame Nature, avec à l'intérieur de multiples essais d'évolution et d'adaptation. Donc schématiquement notre algue a évolué, d'un côté vers le monde végétal sans cerveau sans mobilité et avec des stratégies de vie spécifiques, et de l'autre côté, vers le monde animal avec sa mobilité, et ses autres stratégies de développement. Chaque RECOFGERVI marque une étape des tests de la nature pour trouver le meilleur développement et la meilleure adaptation. Là je t'engage à te plonger dans nombres d'ouvrages traitant du sujet mais tu vas redécouvrir toutes les tendances évolutionnistes diverses et variées, sans parler des théories créationnistes, car finalement c'est peut être Dieu qui avec sa baguette magique.... Alors pour ma part le changement dans la nature est le fruit d'essais erreurs multiples qui aboutissent soit à des impasses soit à la poursuite de l'évolution. La différence entre l'homme et l'animal ou la plante c'est que l'homme à la capacité de se projeter et donc d'organiser ou de provoquer son changement contrairement à l'animal ou le végétal sur qui il tombe par hasard, pendant tous ces millions d'années. Voilà quelques réflexions à chaud qui méritent de longues, très longues discussions.
Au fond, ce blog ne fonctionne pas. Je m’épuise à réfléchir seul, alors que je suis totalement inefficace. Je devrais me contenter de lancer des sujets, et laisser la société leur trouver une solution. Mais pour cela encore faudrait-il que ce blog soit lu, ce qui demanderait, outre qu’il ait un sujet intéressant, que je lui fasse de la publicité, comme le disent Hervé Kabla et mes livres de marketing (et peut-être aussi que je change de plate-forme de blog). Pour que fonctionne « l’ordinateur social », il faut une « mise en œuvre du changement », et il n’y a que les cordonniers à être mal chaussés.
Compléments :
  • Et il n’y a pas qu’avec mon blog que je suis un mauvais leader du changement. Je n’ai pas fait grand-chose pour convaincre l’association Insead de modifier son site web soviétique pour qu’il permette que l’on y pose des questions à nos invités ou que l'on commente leurs propos... Dommage, il y a quelques jours je discutais avec Marc Jalabert de Microsoft, qui aurait aimé parler de Cloud Computing. Un forum sur la question aurait sûrement été très riche.
  • Heureusement, il n’y a que moi qui suis incompétent : InnoCentive utilise les techniques de Web social pour résoudre les problèmes qui font caler les entreprises.

mercredi 12 août 2009

Bureaucratique Amérique

J’entends M.Obama défendre sa réforme du système de santé américain et expliquer qu’elle ne signifie pas une intervention bureaucratique. Aux USA état = bureaucratie = gaspillage.

Ce qu’il y a de surprenant c’est qu’on m’a appris à l’Insead, à grands coups d’articles savants, que le mal des USA est la bureaucratie de ses entreprises. Les malheurs de GM viennent de nous rappeler cette simple vérité. Elles sont des monstres rigides, par nature tayloriens, qui ne résistent pas au changement. On rêvait de détruire la grande entreprise (Drucker en tête).

Celui qui fait fortune en Amérique c’est le fonctionnaire privé : grâce à ses diplômes, il est entré chez Goldman Sachs, y a fait carrière, est proche du sommet, et se répartit maintenant les bénéfices que la banque tire de l’exploitation de l'humanité.

Ce qu’il a d’extraordinaire dans cette histoire, c’est le retournement qui s’est produit en 15 ans. La grande entreprise a convaincu l’Amérique et ses universitaires qu’elle était le bien, et que le mal absolu c’était l’état, l’expression de la démocratie, qu’il fallait le détruire lui et ses contrôles.

Compléments :

mercredi 25 février 2009

De la planification au marché

Retour à L’ère de la planification, pourquoi a-t-elle cédé la place à notre « ère du marché roi » ?

Les planificateurs avaient raison

Le diagnostic était juste. Oui, il faut des années pour concevoir une nouvelle voiture, et cela coûte des milliards. Pour cela, il faut donc un marché prévisible. Oui, ce travail est d’une infinie complexité et il ne peut supporter l’intervention d’un manager qui ne le comprend pas (un financier par exemple). Oui, les changements qui ont été apportés à l’entreprise ont été des échecs, qui en ont réduit la durabilité. Oui, la crise nous a démontré à nouveau que l’entreprise devait être indépendante des marchés financiers si elle voulait survivre.

Pourquoi le monde de la planification a-t-il disparu ?

Dans les années 80, on parlait de l’attaque des Japonais, de l’incapacité de la production de masse à y résister. Ça ferait sourire aujourd’hui. Les Japonais ? Tigres de papier ? Le désormais très célèbre Paul Krugman expliquait déjà que le Japon était incapable de gagner en productivité.

Il est aussi possible que les mammouths planificateurs aient subi une crise darwinienne. Peut-être produisaient-ils trop ? La croissance n’est pas infinie, il faut périodiquement savoir se réinventer. (C’est ce qu’ont découvert récemment les banques : il existe un moment où plus personne ne veut emprunter et où une bulle spéculative ne peut plus que se contracter.)

Mais ces mammouths n’ont-ils pas aussi été dynamités de l’intérieur ? IBM, qui a été le premier à tomber, a été victime de la prise de pouvoir d’apparatchiks, alors qu’il était au sommet de sa gloire. Ils ont suspendu son innovation et l’ont géré comme un monopole, avant de trafiquer ses comptes. Depuis, toutes les décennies l'économie américaine et parcourue par des vagues de de créativité comptable, et des scandales qui en résultent.  

Quand j’étais à l’Insead, dans les années 90, on m’expliquait que l’entreprise devait être un chaos innovant et agressif, mort à la bureaucratie rigide ! On me disait que l’investisseur était parfaitement rationnel et qu’il fallait vider les entreprises de leur argent : le marché savait mieux le gérer qu’elles. Et pour transformer l’entreprise, il fallait un « leader », capable de conduire le changement, de détruire les bureaucraties. Le succès populaire des théories sur la conduite du changement vient de là (il a démarré très tôt aux USA).

Galbraith condamnait déjà ces théories, qui sont très anciennes, dans les années 60. Elles ne correspondent à aucune réalité, encore moins à une démarche scientifique. Quand on les a appliquées, on s’est rendu compte qu’il avait raison. Pures idéologies. Idéologies individualistes.

Je soupçonne que la société planifiée, probablement contraignante, est devenue progressivement insupportable à l’homme. Ce qui s’est traduit par les événements de 68 et par la prise de pouvoir d’un management individualiste qui a désossé la grande entreprise pour se nourrir de sa carcasse.

Prise de pouvoir du management financier

Galbraith explique que ceux qui ont le pouvoir sont ceux qui maîtrisent la ressource rare de l’économie.

À l’ère des planificateurs, le monde était dominé par une technologie compliquée, pour la mettre au point, il faut des réseaux de technologues. La technostructure avait le pouvoir.

Aujourd’hui, c’est probablement les organismes financiers qui ont pris le pouvoir. Ils sont dirigés par des MBA, des managers financiers. Les patrons d’entreprise ont été leurs complices. Même formation, mêmes valeurs. Contrairement à leurs prédécesseurs, ils se sont généreusement associés aux succès de l’entreprise (mais, bizarrement, pas à ses pertes : ils conservent d’énormes salaires). Pour ces gens, mettre en avant l’intérêt de l’actionnaire avait un sens. Pas question, bien sûr, d’enrichir l’actionnaire ordinaire, qui, comme le dit Galbraith, n’a aucun pouvoir parce qu’il est éparpillé. Non. Celui à qui cette mesure était destinée, c’était eux.

D’où une hypothèse : la ressource rare était probablement financière. Ces managers ont mis la main sur les circuits d’alimentation financière de l’économie.

Incapables de comprendre le métier de l’entreprise, ils ont mené des stratégies financières à courte vue : elles devaient « libérer sa valeur ». Ils ont rompu avec la logique technique complexe de l’entreprise, se sont désintéressés de ses processus et de ses produits, pour réaliser des économies rapides (délocalisations menées sans aucune méthode, externalisations de fournisseurs internes remplacés par une sous-traitance de crève-la-faim en concurrence parfaite…). À l’image des pionniers d’IBM, ils ont fait un feu de paille des acquis de leurs prédécesseurs. L’identification qui s’était développée entre l’employé et l’entreprise planificatrice s’est dissipée : à quoi cela sert-il de faire la fortune de profiteurs incompétents ?

Compléments :

dimanche 7 septembre 2008

Homme politique et changement

Dans la foulée de ce qui précède : l’homme politique change-t-il facilement ? Il me semble que l’homme politique est double. 
  1. Énorme capacité à avaler des couleuvres, à se plier aux règles les plus irrationnelles pour gagner une investiture et se faire élire. C’est ce qui lui permet d’atteindre le sommet. 
  2. Une fois au pouvoir, il se révèle généralement tout autre qu’on le croyait. Il est porteur d’un idéal qu’il va essayer d’appliquer. C’est probablement cet idéal qui le pousse. Comme une bulle d’air dans l’eau.
J’ai remarqué un phénomène similaire chez les élèves : les meilleurs sont, en grande partie, ceux qui ont compris le fonctionnement du système de sélection. De ce fait, ils ne retirent pas grand-chose de leurs études. Sinon la certitude de leur supériorité. Un étudiant américain, rencontré à l’Insead, disait qu’il apprenait juste ce qui déclenchait la satisfaction de l’enseignant. Le reste du temps il se faisait les amis qui seraient utiles à sa carrière. Il a terminé en tête de classement.

Complément
  • L’idée de la double nature de l’homme politique me vient, outre de mon expérience, de la description que Grand expectations donne des présidents américains.
  • Je crois que l’entrepreneur, que je connais mieux que l’homme politique, a aussi ce profil : il a une forte volonté d’indépendance ; pour l’assouvir, il est prêt à d’énormes transformations. Une fois qu'il a son entreprise, il la modèle à son image.