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samedi 21 mai 2022

Aliénation ?

La coopérative a éradiqué le paysan, lit-on dans La forteresse agricole. Inattendu. Je pensais que la coopérative avait été, au contraire, un succès du monde paysan. D'ailleurs, n'est-ce pas une idée de Proudhon ? 

En fait, le phénomène a quelque-chose d'évident. Les coopératives sont dirigées par des salariés. Ceux-ci se sont convaincus d'une certaine vision du progrès. Elle rendait obsolète le paysan. 

Ce phénomène est bien connu dans l'entreprise. 

Et s'il avait touché le pays dans son intégralité ? Et si nos gouvernements successifs avaient adopté une vision de l'avenir (peut-être même que nous approuvons, parce que nous n'en voyons pas les conséquences) incompatible avec l'existence de leurs électeurs ? Et si cela expliquait l'état du pays ? 

(En particulier, le grand nombre de personnes "en recherche de sens".) 

mardi 10 mai 2022

La véritable économie sociale

L'économie sociale a un vice. Elle est conçue pour être l'application de la démocratie à l'économie de marché. Les adhérents à une association, à une coopérative, à une mutuelle, élisent un bureau, qui gère la société. Seulement celle-ci est faite de salariés. Et, bien souvent, ce sont eux qui dirigent l'entreprise, de même que nos fonctionnaires ont mis la main sur notre République. 

J'ai rencontré un cas qui mérite considération, il y a quelques années. Saretec, un des principaux groupes d'expertise auprès des assurances, semble avoir trouvé une solution au paradoxe ci-dessus. Ses salariés sont aussi ses actionnaires. Le PDG est un expert coopté par ses pairs. Et il est solidement encadré par son conseil d'administration. Les élections au conseil d'administration sont un événement essentiel de la vie de l'entreprise. 

Le plus intéressant est la façon dont la société s'est constituée. Elle a absorbé de petits cabinets, en procédant en deux temps. Dans un premier temps, Saretec prend en charge les fonctions administratives du cabinet acquis. Si, après quelques années, les deux entités constatent qu'elles s'entendent, Saretec achète la société, et les membres de celle-ci prennent des parts de Saretec. 

Une source d'inspiration ? 

dimanche 7 novembre 2021

Grandeur et mystère de l'entrepreneuriat social

En Lozère, une association assure le transport des personnes qui ne peuvent pas se déplacer par leurs propres moyens. (Article.) Elle fait oeuvre de service public. Car il est défaillant. 

Avec un peu d'intelligence et les ressources existantes, on fait des miracles.

C'est de l'optimisation, donc, probablement, de surcroît, particulièrement efficace et économe. 

Ce qui laisse un mystère entier. Celui du bénévolat et de l'émergence de telles initiatives. Car elles requièrent autant de génie et de détermination que l'entrepreneuriat, mais ne rapportent rien. Et, en effet, il se trouve que cette association a inventé Blablacar en même temps que Blablacar !

dimanche 10 octobre 2021

Tiers lieux : la France libérée ?

J'ai commencé par entendre parler, il y a déjà des années, de Fab Lab, puis, depuis quelques-temps, de "tiers lieux". (Article.) On dit que c'est extraordinaire. Mais, j'ai parcouru un rapport sur le sujet qui m'a laissé sans voix. Chaque tiers lieux est particulier, et ses succès sont de l'ordre de l'anecdote. Encore une mode sans lendemain ? 

Ce qu'il me semble :

  • Cela répond certainement à un besoin. Peut-être de prendre son sort en main, peut-être de collectif. Une forme de réaction au néolibéralisme, à la méritocratie, à la "supply chain" mondiale qui fait de nous un rouage, toujours trop coûteux, et à tout ce qui fut notre quotidien ces dernières décennies ?
  • C'est "la France libérée", au sens de "l'entreprise libérée" ?
  • C'est une expérimentation à très grande échelle. Il s'agit maintenant de trouver le moyen de partager les succès des uns et des autres pour qu'ils inspirent tout le monde. 

lundi 13 septembre 2021

David et Goliath, l'association et la technocratie ?

Une association concurrence la SNCF, et elle prétend, bien que toute petite, être la plus efficace. L'effet d'échelle, qui a justifié toutes les stratégies de nos grands patrons serait-elle prise en défaut ? L'association mobilise le génie humain, la technocratie fait le contraire ? 

Ce que cette histoire a d'intéressant est qu'elle était le modèle qu'avaient en tête probablement beaucoup de Français avant la guerre de 40. Ils voyaient la France comme un juste milieu entre l'individualisme et le communisme. Un individu "très libre", avec une couche sociale, très fine. Un monde d'associations. Mais tout cela a été balayé par l'Etat technocratique, paternaliste, et massif. 

lundi 30 août 2021

L'ère des associations ?

Petit débit Internet ? Opérateurs ne sont pas intéressés ? Une coopérative a monté un réseau radio et pense même poser de la fibre. Créer un opérateur serait-il plus simple qu'on ne le dit ? (Article.)

Et si beaucoup de problèmes avaient de telles solutions ? Et si les gros monstres qui prétendent devoir leur efficacité à leur taille n'étaient finalement pas du tout efficaces ? A un moment où le pays constate sa "perte de souveraineté" et le coût croissant de ses services publics, associons-nous ? 

lundi 29 mars 2021

Temps bien peu sociaux

Qu'est-ce que l'économie sociale ? Les coopératives, les mutuelles et les associations. 

Mais c'est plus que cela. C'est un principe. Un "bien commun" est géré par une collectivité au profit de tous. C'est ainsi que les enseignants ont créé la MAIF, pour les assurer, ou la CAMIF, pour grouper leurs achats. Une particularité de l'économie sociale est la façon dont elle est administrée : démocratiquement. Ceux qu'elle doit servir élisent des représentants, que l'on appelle des "politiques". 

Et c'est aussi pour cela que la SNCF, France Télécom, EDF, Gaz de France, La Poste... sont d'autres exemples d'économie sociale. Pour pouvoir se déplacer, téléphoner, avoir de l'énergie ou correspondre, à bon marché, les Français ont mis en commun leurs moyens. 

Aujourd'hui, on constate que cette économie sociale au sens large est en crise. Pourquoi ? Les "politiques" qui devaient en exercer le contrôle ont-ils joué leur rôle ? Nous ont-ils fait le coup des oligarques russes ? Et si, tout simplement, l'individu avait oublié qu'il appartenait à une "société" ? 

mercredi 15 mai 2019

Le poids de l'Etat se justifie-t-il ?

L'Etat coûte cher, donc il est mal géré. On s'est habitué à cette idée.

Mais qu'est-ce que l'Etat ? C'est en partie le service public. Et le service public ressemble à ce que les instituteurs ont fait en créant la CAMIF et la MAIF : des moyens communs pour obtenir des biens qu'ils n'auraient pu obtenir individuellement. Or, nous demandons quasiment tout à ce service public : assurance, santé, éducation, transports, énergie, sécurité, respect des lois... D'où Etat lourd.

Le propre du privé c'est l'irresponsabilité, en effet l'innovation demande la prise de risque, le saut dans l'inconnu. Le propre du public, c'est la responsabilité. C'est la gestion de biens communs. Domaine de "l'économie sociale". La CAMIF et la MAIF étaient bien gérées parce qu'on leur en demandait peu, et que leur métier était simple, et que leurs personnels avaient une éthique adéquate (contrôlée par le système).

Pourquoi l'Etat ne va pas ? Parce qu'on le gère comme une entreprise, et non comme un bien commun ?

samedi 9 mars 2019

Fédération soviétique des Gilets jaunes

Quel pourrait être la suite du mouvement Gilets jaune ?

Le rond-point qui est l'âme du mouvement, si j'en crois un anthropologue. Un besoin majeur du Gilet jaune est celui de la reconstitution du lien social ; il s'établit, sur le rond-point, une régulation qui ne se trouve pas dans la manifestation : le groupe de Gilets jaunes repousse les personnalités dont les opinions sont susceptibles de le diviser (les militants syndicalistes ou de partis extrêmes, les professionnels du changement social).

Et si le rond-point devenait association ? Cela permettrait de structurer le mouvement, et d'éviter les débordements. Ces soviets pourraient ensuite se fédérer. Vive Proudhon ?

mardi 30 août 2016

Lactalis

Affrontement entre Lactalis et ses fournisseurs de lait. Caractéristique française qui fait beaucoup pour le renom de notre pays : l'affrontement violent.

Ce serait une question de rapport de forces. Lactalis essorerait ses fournisseurs. Ce qu'en dit wikipedia montre une société agressive, qui se développe par croissance externe. Les agriculteurs seraient-ils victimes d'un monopole ? Si oui, pourquoi le gouvernement l'a-t-il laissé s'installer ? Parce qu'il pense que l'intérêt du pays demande des "champions" ?

Mais, pourquoi les agriculteurs réagissent-ils si tardivement ? Parce que seule une crise existentielle peut les réunir ? Et pourquoi les coopératives n'ont-elles pas pu les protéger ? La coopérative est une organisation démocratique qui a pour mission de faire que l'optimum économique soit aussi humain. Or, ces coopératives sont devenues des monstres. Elles aussi se veulent des "champions" ? Nouvel exemple du diktat de la "logique économique" ? Mais aussi preuve qu'il est très difficile en France d'avoir le sens du bien commun ?

(Apparemment, le lait français serait plus cher que dans le reste de l'Europe. Peut-être y est-il plus industrialisé que chez nous ? Y aurait-il, finalement, une forme de résistance agricole, victorieuse, au changement ?)

lundi 3 août 2015

Libérer une entreprise...

Hyacinthe Dubreuil (billet précédent) et la nouvelle mode de l'holacratie posent la question de "l'auto organisation" de l'entreprise. C'est un problème très ancien, puisqu'il est consubstantiel, par exemple, à l'existence des coopératives. Or, celles-ci ne sont pas faciles à mettre en oeuvre. Autrement dit, ce qu'affirment ces théories ne va pas de soi. 

Que dit la science ?
Elinor Ostrom a étudié les conditions de succès de l'auto organisation. Comme dans les exemples que donne Hyacinthe Dubreuil, elle dit que c'est le groupe qui doit avoir la volonté de s'auto-administrer. Ce type d'organisation ne peut pas lui être imposé. D'où les difficultés que rencontre l'économie sociale. (J'y ai quelques amis et y ai travaillé : c'est un panier de crabes.) Elinor Ostrom me semble identifier deux conditions favorables à la réussite d'un tel projet :
  • Une nécessité ressentie par tous, une question de survie. Par exemple, épuisement d'une zone de pêche.
  • Une sorte de modèle mathématique à paramétrer pour résoudre le problème. Par exemple, un système d'exploitation tournante des dites zones de pêche. 
A cela on peut ajouter ce que dit Dubreuil : il semble qu'il doive y avoir un "leader". Mais il doit appartenir au groupe. Fut-ce le cas de Favi, exemple toujours cité d'auto organisation : J.F. Zobrist était "un des nôtres", pas un patron extérieur ?

Inscrire le changement dans la culture ?
Au fond, l'entreprise allemande, sans faire appel au modèle de l'auto-organisation, en semble proche... Quid de la question de la culture française ? Son individualisme n'empêche-t-il pas l'auto organisation ? En fait, on retrouve chez Dubreuil et chez Proudhon le même rêve. Peut-être aussi chez Camus. Correspond-il à une tradition française ? Y a-t-il dans notre culture des formes de communautés auto organisées ? Dubreuil cite l'Imprimerie nationale. Peut-être aussi des confréries artisanales ? Des communautés paysannes ? Les Gaulois face à César ?...

vendredi 8 mai 2015

Sauver l'économie sociale

Et la résilience est la solution de la crise, dit Dennis Meadows. Or résilience = solidarité (ou écosystème). Et l'expression de la solidarité, c'est l'économie sociale. Mais, elle est en difficulté. Pourquoi ? 2 suspects :
  1. L'Etat. Il a perverti tous les dispositifs de solidarité. Alors que ceux-ci doivent partir d'en bas. Il les a construits sur son modèle. Une tête, ignorante, donneuse de leçons. Une base supposée exécuter. Regardez les syndicats, ou les chambres de commerce, et vous comprendrez de quoi je parle. 
  2. L'économie sociale, elle même. Elle a les mêmes défauts que la démocratie, depuis ses origines grecques. A savoir, le pouvoir est pris par une minorité de "professionnels" de la politique (les riches, oisifs, à Athènes). Et ces professionnels forment un système qui ne sert que ses intérêts. Surtout, il prétend penser pour la nation. (Résultat : Oligarchie d'incapables ?)
Comment se tirer d'affaire ? 
Un exemple à suivre ? Les syndicats au temps de leur efficacité ? Le mécontentement partait d'en bas, et le syndicat lui permettait de s'organiser. Application :
  • Anti de Gaulle. La structure (Conseil d'administration) exécute mais ne prétend pas penser. Conséquence : auto-contrôle de l'organisation par ses membres. 
  • Auto-contrôle : les fonctions d'administration doivent être simplifiées, afin qu'elles puissent être divisées entre et exercées par chacun de ses membres, en plus de leur activité ordinaire. Là où la répartition des tâches ne va pas de soi (par exemple, on contrôle ce que l'on consomme), l'attribution doit être faite par tirage au sort, pour éviter l'arbitraire humain. Mais l'auto-contrôle doit être bâti dans le système, de manière à le rendre résilient à la prise de pouvoir.

samedi 5 octobre 2013

Société d’irresponsables ?

Un directeur général quitte une grosse association. Son travail a consisté à la faire entrer dans les temps modernes. Il lui a apporté, notamment, les pratiques de l’entreprise privée. Il a aussi renouvelé ses sources de revenus. Le tout en peu de temps et dans des conditions difficiles. Au moment où il part, il découvre un spectacle curieux. Les membres du conseil d’administration et ses anciens collaborateurs s’emparent de ses projets, et se disputent ses fonctions. Chacun étend ses prérogatives, on recrute, on investit… selon son bon plaisir et sans prendre en compte les contraintes de la réalité, ou même du droit. Mais tout ne se passe pas comme prévu. Les ambitions rencontrent vite celles des autres et se contrarient. Brutalement, on se met à regretter le directeur général. Et s’il n’avait pas été qu’un sadique ? Et si les contraintes qu’il mettait aux projets individuels avaient une raison ? Et si, sans arbitre, il ne pouvait y avoir de jeu ?

En écoutant cette histoire, je me suis demandé si elle n’était pas une métaphore de celle de notre société. On nous a dit (un de mes instituteurs en tête) que nous devions libérer notre génie. Toutes les contraintes étaient scélérates. Nous avons haï les détenteurs du pouvoir. Ah que le monde serait meilleur, si l’on était à leur place. C’est ce qui nous est arrivé. Et aujourd’hui nous sommes effrayés par notre propre irresponsabilité. Mais il n’y a plus personne pour nous protéger de ses conséquences.

Mais aussi, ne peut-on pas reprocher à Charles de Gaulle et à sa génération d’avoir conçu une société d’irresponsables ?

vendredi 24 mai 2013

Le marché et la France

C’est fou comme il est difficile de faire des affaires en France ! J’anime un petit groupe d’entrepreneurs. Il se heurte à des quantités d’obstacles. Tout d’abord, chacun est très compétent dans son domaine, mais n’est absolument pas un vendeur. D’ailleurs, le vendeur efficace est une denrée inconnue en France. Ce qui, au fond, n’est pas grave : les entreprises n’achètent pas aux gens qu’elles ne connaissent pas. Quant à utiliser les médias, comme dans les livres de marketing, pour se faire connaître, c'est impossible : la presse hait ceux qui ont quelque-chose à vendre. Eh puis. Il y a des jours fériés, des vacances interminables, qui semblent s’échelonner toute l’année…

Cela nous pousserait à vouloir tout démolir. Ce qui serait dommage, car, au fond, nous y tenons. Mes amis entrepreneurs ne sont-ils pas les premiers à prendre d’interminables vacances ?, par exemple.

Je me demande s’il ne faut voir ici un coup de génie des Anglo-Saxons. Ils nous ont convaincus que le monde était un marché, et que nous devions être des commerçants. N’y parvenant pas, nous nous sommes mis à détruire notre pays et sa culture, pour qu’elle devienne le no man’s land que doit être une place de marché ?

Devons-nous en revenir aux penseurs de l’économie sociale ? Ils désiraient que l’homme profite des bénéfices de l’économie, sans s’avilir.

mercredi 5 décembre 2012

Attali, la Maginite et l’économie sociale

Pourquoi parle-t-on des 600 personnes de Florange, qui ont un salaire, dont beaucoup sont proches de la retraite et à qui l’on pourrait, de toute manière, payer une reconversion, et pas des 50.000 nouveaux chômeurs mensuels ? disait Jacques Attali, ce matin, à France Culture. Pire, pour conserver ces emplois il est question de centaines de millions d’euros ! On pourrait payer beaucoup de monde avec tout cet argent !
Pourquoi la France s’entête-t-elle a refuser le changement ? Pourquoi ne reconnaît-elle pas que certains métiers disparaissent ? Qu’il faut aider ceux qui les faisaient à trouver un nouvel emploi en leur donnant les moyens d’acquérir la formation nécessaire ? (Flexisécurité.)

Serais-je d’accord avec Jacques Attali ? Si l’automobile, par exemple, est à l’article de la mort, c’est parce qu’elle n’a pas pris les bonnes décisions au bon moment. Si elle l’avait fait, il n’est pas dit qu’elle n’emploierait pas plus de monde aujourd’hui, qu’hier… Maintenant, il est trop tard. Toute résistance est vaine. C’est parce que la France refuse le changement, qu’elle en est victime. Elle est paralysée par le syndrome de la ligne Maginot, ou de l’autruche.

Le noeud du problème est peut-être bien notre conception du rôle de l’Etat. Du despotisme éclairé que décrit Tocqueville, dirigiste, bureaucratique, taylorien, il doit passer à la République, autre nom de l'économie sociale. Autrement dit, il ne doit plus nous imposer une ligne de conduite rigide, mais être le donneur d’aide de l’initiative individuelle.

Je suis à peu près certain que le petit peuple est prêt pour cette grande transformation. C’est dans la tête des grands fauves qui nous gouvernent que doit se faire le changement. Pour la première fois depuis Louis XIV, un gouvernant doit admettre qu’il n’est pas omniscient. Jacques Attali, ingénieur des Mines et inspecteur des finances, sera-t-il l’hirondelle qui fait le printemps ? 

vendredi 21 septembre 2012

François Hollande, la France, le changement

Jeanne Bordeau analyse les mots de la presse :
Si le mot duel était le mot de l'univers politique jusqu'au 8 mai, le mot levier est dans le secteur économique un mot qui monte :
« Contrats de générations : l'autre levier pour l'emploi », Ouest France
« Transition énergétique : un levier pour relancer le secteur du BTP », chefdentreprise.com
Mais des mots plus inquiétants apparaissent : alarme, pessimisme, désespoir… En revanche, changement est tombé rapidement en désuétude…
Normal ou anormal ?
François Hollande aurait-il anesthésié le changement ? Mais le changement dont parlait la presse était-il celui qui intéresse ce blog ? En tout cas, contrairement à ce que l’on dit, la France est capable de changer sans crise : en préparation d’une « Université », j’ai réalisé quelques entretiens avec des dirigeants de cabinets d’expertise, et j’ai constaté que cette profession avait connu un changement étonnant ; son histoire est instructive...

Autrefois, l’expertise était une profession libérale. Dans les années 80, une poignée de moutons noirs a pensé que cette situation n’était pas durable. Voilà ce que j’ai compris de leurs raisons : la profession, atomisée, était sous la coupe des compagnies d’assurance ; une expertise demande généralement plusieurs spécialités, on devait les trouver dans un cabinet ; l’exemple anglo-saxon montre les intérêts d’un cabinet organisé rationnellement.

Ils ont dû affronter une résistance colossale. Mais ils ont réussi à constituer quelques alliances. Etrangement, la situation s’est alors brutalement retournée. En peu de temps, le cabinet traditionnel a quasiment disparu. Plusieurs raisons ont été avancées : il est plus facile d’imiter que de créer ; les grands cabinets ont un avantage concurrentiel, qui a forcé les petits à chercher l’alliance ; les assureurs ne veulent plus s’embarrasser d’une multitude de fournisseurs.

Mais attention, ce changement n’allait pas de soi. Car les gens qui forment les nouveaux cabinets, sont ceux qui leur résistaient hier ! L'expert est un féroce individualiste, et c'est, peut-être, cela qui le rend efficace dans son métier. Il a donc fallu construire des organisations qui présentent la rationalité d’une société anonyme classique, mais qui laissent une grande autonomie à leurs membres. Les formules gagnantes sont proches des dispositifs adoptés par le conseil, et, plus curieusement peut-être, de l’économie sociale.

Il se trouve qu'une étude récente affirme que ce type d'organisation, possédée par ses salariés, est particulièrement résistante à l'adversité. Et même qu'elle fonctionne de manière anticyclique, recrutant les personnels que d'autres licencient. Devrions-nous nous inspirer des experts ?

dimanche 20 mai 2012

Le retour du service public?

La société cotée serait KO. Étonnant article de The Economist.

Elle est victime du court termisme, et des tendances prédatrices de ses dirigeants. Elle a été vaincue par les entreprises d’État, les sociétés familiales, et l’économie sociale. Ces organisations voient loin et ont emprunté aux entreprises cotées ce qu’elles ont de bon. Elles ont su s’adapter au changement. (The big engine that couldn’t)

Mais c’est le portrait même du modèle français d’après guerre ! Et c’est le constat d’échec de la déréglementation des années 90 ! Avons-nous été idiots de démanteler notre service public ? Les employés de France Télécom ont-ils souffert pour rien ?...

Pas si simple : notre modèle a été incapable de s’adapter au changement, contrairement à l’entreprise allemande. (Transformation de l’entreprise française) Notre haute fonction publique, qui se considère comme une élite intellectuelle, ne ferait-elle pas bien de se poser quelques questions ?

Compléments :

vendredi 11 mai 2012

Internet peut-il révolutionner une fédération professionnelle

Le cas : une fédération d’entreprises de service. Le métier des ses adhérents est en danger. Ils souffrent d’un déficit d’image colossal. Leurs clients cherchent à réduire leurs prix, ce qui entraîne un risque de dégradation de service, donc de disparition d’un métier qui aura perdu toute sa compétence. Comment fédérer des gens qui sont partout sur le territoire, autour d’un projet commun ? Comment montrer au monde ce qu’ils apportent réellement ?

Réponse ? Si la fédération est capable « d’une prise de parole engagée », alors les médias sociaux peuvent faire des miracles pour elle. Si c’est le cas, la vidéo lui dit comment procéder.

mardi 17 avril 2012

La meilleure façon de marcher

Film de Claude Miller, 1975.

Une colonie de vacances en 1960. Autres temps, autres mœurs. L’époque était sexuellement coincée.

Mais ce qui ne change pas est l’exploitation de la différence, transformée en infériorité. Et la solution du problème : être fier de ce que l’on est. 

mardi 6 mars 2012

Qu’est-ce que la liberté ?

Les radicaux semblaient avoir le salariat en horreur. Un peu ridicule, non ?

Peut-être pas. Être salarié c’est avant tout appliquer les règles d’un autre. C’est donc ne pas être libre. Une situation que refuse le libéral, et qui est difficile à supporter pour tout homme.

Cela explique probablement pourquoi le salarié cherche à réduire son temps de travail. Et pourquoi le patron tend à faire le contraire : il est beaucoup plus libre dans son entreprise que chez lui.

Qu’est-ce que la liberté, alors ? Peut-être suivre les règles que l’on s’est données.

C’est pour cela que les radicaux aimaient les coopératives, peuplées d’égaux, et que l’économie de marché est populaire chez certains : les commerçants n’ont de comptes à rendre à personne.

Mais la bureaucratie aussi peut être un territoire de liberté : Michel Crozier ne dit-il pas que chacun y a une sphère personnelle qu’il administre selon son « bon plaisir » ?

Alors, la liberté peut trouver son bonheur partout, à condition que les règles du jeu soient acceptées par tous, et non imposées par la force ?

Compléments :