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lundi 1 février 2021

Noblesse oblige

Il y a quelques années, j'ai eu l'occasion d'un coup d'oeil à la haute noblesse. On y parle de "cousins", pas tous nobles (la branche paternelle ne l'est pas), et d'ancien régime aussi bien que d'empire. On se marie beaucoup dans ce monde, ce qui est l'occasion de se rencontrer et de parler affaires. Il y a des cousins très riches, et d'autres, victimes de l'ascenseur social, mal en point. Les riches le doivent en partie à leurs relations, celles que l'on entretient lorsque l'on est invité à un mariage, et celles que cultivent les puissants du monde entier, Chine et Arabie saoudite incluses, unis dans des réseaux internationaux.  

Le plus intéressant est ce qui fait, toujours, le noble : la gloire, et la bravoure. C'est un aventurier. Du coup, on peut le prendre pour un commercial ou pour entrepreneur. Mais, à tort, car, généralement, il ne réussit que des exploits sans lendemain. Le roi et la noblesse françaises se sont ruinés, il est comme eux. Il ne compte pas. (La noblesse anglaise est demeurée riche, mais c'est une bourgeoisie à titres.) Tout est perdu fors l'honneur !

Je me demande si ce trait de caractère n'est pas demeuré le nôtre, et si cela n'explique pas pourquoi nous ne "savons pas faire payer notre talent", et pourquoi notre histoire n'est faite que d'envolées lyriques suivies de défaites calamiteuses. Plus de chaleur que de lumière, comme disent les Anglo-saxons ?

mercredi 18 juillet 2018

Privilèges

La princesse de Clèves ? Une histoire de gamins du club Med. Voici mon impression. On y joue au jeu de l'amour et de l'honneur. C'est aussi ce que j'ai ressenti en lisant la biographie de M.Macron. Lorsqu'il devient inspecteur des finances, il est, comme ses camarades, perçu comme un être à part. Il rencontre alors les éminences grises du pouvoir et de l'économie, mais aussi les artistes fameux. Aujourd'hui, il a son palais.

J'ai eu aussi un moment de privilèges. C'était lorsque j'étais à l'université de Cambridge. Je ne faisais que ce qui m'intéressait, et c'est que l'on attendait de moi, et j'étais dispensé des contingences matérielles. Mon collège était fait de ce que le monde compte de plus illustre, prix Nobel ou penseurs essentiels (dont Karl Popper). Et ces gens me prenaient visiblement pour un égal.

Pourquoi suis-je parti du paradis ? J'ai longtemps dit que je me sentais "trop bien". Maintenant, je pense que j'ai eu l'intuition que la vie ce n'était pas cela. Que les privilèges n'apportent pas les vraies joies ?

samedi 10 décembre 2016

Salon de musique

Dans Le salon de musique, Satyajit Ray montre la chute d'un noble indien. Le noble avait un rôle social. Il était l'assurance du peuple contre les catastrophes naturelles, la crise. Surtout ?, c'était un esthète. Sa vie était une œuvre d'art.

Partout dans le monde, le noble semble ferment de la culture. Partout, la société qu'il représentait est détruite par l'inculture, celle du bourgeois et du colonisateur, chez S.Ray. L'inculture, c'est l'individualisme, négation de la dimension collective de l'existence. L'individualiste utilise sa position sociale à son profit. Il devient un oligarque. Ce qui détruit la société, qui ne peut plus fonctionner, et produit la crise. Or, sans société, rien ne marche.

Le développement durable sous-entendrait-il le communisme ? Communisme au sens originel du terme : auto-contrôle de l'individu, de façon à pouvoir maintenir en fonctionnement le "bien commun" qu'est la société. 

(L'individualisme, agent du changement ? En "détruisant" la société, il la force à se "recréer" autrement. Destruction créatrice. Peut-on changer sans crise ?)

jeudi 12 mai 2016

La gauche et la culture

Récemment, j'ai découvert que la "culture" avait été le programme de la gauche. Apparemment, il s'agissait d'établir sur terre un paradis terrestre où l'homme aurait été un intermittent du spectacle. L'aspect pratique de la question ne semble pas avoir été étudié. C'était un acte de foi. 

D'où cela pouvait-il venir ? 
  • Une première hypothèse est : Marx. Si je comprends bien, il aurait envisagé une phase ultime du développement humain ressemblant à ce paradis. 
  • Seconde hypothèse : Malraux. Après guerre, il y eut un fort mouvement culturel gaulliste. La gauche aurait-elle repris, et détourné ?, ce mouvement ? 
  • Un dernier candidat serait l'Ancien régime. J'ai découvert encore plus récemment que le noble avait une mission esthétique. Comme à Versailles il était le metteur en scène d'une œuvre d'art dans laquelle chacun avait un rôle. La guerre, elle même, est un rite. Ce n'est pas tant la victoire qui compte que de s'y comporter avec panache. Tout est perdu for l'honneur. 
Cette dernière hypothèse n'est pas totalement invraisemblable. J'ai dit ailleurs que, dans son combat contre les Lumières et la Révolution, donc le "progrès", la gauche revenait logiquement au modèle de l'Ancien Régime (puisque les Lumières en étaient l'antithèse). Éternel combat de la stabilité (qui sert les intérêts acquis ?) et du changement (le "progrès") ?

à creuser. 

samedi 11 janvier 2014

Les vertus du consultant

Un haut fonctionnaire explique qu'il utilise beaucoup les services de grands cabinets de conseil en stratégie. Pourquoi ? Des prix ridicules. Des gens qui travaillent jour et nuit, et qui savent comment utiliser Powerpoint. Et le contenu ? Rien de neuf. Mise en forme du savoir du ministère. C'est d'ailleurs pour cela que l'administration bénéficie de prix aussi bas. Les consultants réutilisent les informations de la mission.

Dans une nation de seigneurs, seuls l'immigré et le consultant travaillent ?

mardi 22 janvier 2013

Qu’est-ce qu’aimer ?

Le fil de ma réflexion sur ce qu’apprend l’école au Français me conduit à une idée bizarre. « Aimer » aurait deux acceptions.  Ma discussion de communication et changement va d’ailleurs dans le même sens.

L’acception française, d’abord. Elle est basée sur la certitude. Aimer, c’est imposer aux autres ce que nous pensons bien pour eux. Déjà, l’Ancien régime voulait enrichir le paysan par la force, disait Tocqueville !
L’acception que je préfère, et qui est en contradiction totale avec la précédente, part du doute. Elle demande de comprendre l’autre. Aimer, c'est avant tout reconnaître que l'autre est un être complexe. Donc, digne d'intérêt et d'étude. Et ensuite ? Je ne sais pas trop. Il faut chercher...

vendredi 7 décembre 2012

France : demain, une République ?

Nous devons construire la République française. Voilà ce que commence à penser ce blog.

Depuis 89, la République est un idéal qui prend gadin sur gadin. D’ailleurs, c’est pour éviter ses instabilités que de Gaulle a remis en fonctionnement le despotisme éclairé qui est notre marque de fabrique depuis l’Ancien Régime. Mais ce modèle n’est pas adapté aux contraintes économiques modernes. La République, aide à l’initiative individuelle, est bien plus efficace.

Pourquoi n’a-t-elle pas fonctionné jusque-là ? Peut-être, comme le pensais Jaurès et les instituteurs, pour une raison de formation. Nous étions trop dissemblables. La République demande des Schtroumpfs.
Mais est-ce encore le cas ? Il y a eu, terme qui me fait horreur, « massification de l’éducation ». Je constate tous les jours ses résultats dans l’entreprise.

Ce qui me paraît manquer encore, c’est une révolution culturelle de cohésion sociale. Nous avons besoin de prendre conscience qu’en ce qui concerne les valeurs qui comptent le plus pour nous, nous sommes étonnamment homogènes. L’ennemi n’est pas à l’intérieur. Il n’est pas même à l’extérieur. Il y a simplement un avenir à construire. Et nous avons besoin de toutes le bonnes volontés pour cela. 

lundi 20 février 2012

Borloo PDG de Veolia, ou le retour de l’Ancien régime ?

Il semblerait que le patron d’EDF, ami de notre président, ne soit pas content que son successeur chez Veolia mette en cause la stratégie d’expansion qu’il avait décidée pour le groupe. Il voudrait le faire renvoyer. M.Borloo pourrait le remplacer. (Jean-Louis Borloo pressenti pour Veolia - LeMonde.fr)

La France est fameuse pour parachuter des hauts fonctionnaires à la tête de ses multinationales. Beaucoup pensent d’ailleurs que c’est de là que vient l’inefficacité de son économie.

Cependant, il y avait une logique dans le système français. Les dits fonctionnaires étaient supposés avoir des QI exceptionnels, et appliquer la politique de l’État à une entreprise qui n’en était que le prolongement.

Y a-t-il un changement de modèle ? La présidence de la multinationale devient elle une « charge » ? Suffit-il d’être un favori du prince pour la recevoir ? Retour à l’Ancien régime ?

Compléments :

mercredi 15 février 2012

Versailles au crépuscule, les oraisons funèbres de Bossuet

Bossuet, les oraisons funèbres, Édition de Jacques Truchet, Folio classique, 1998.

Pourquoi lire les oraisons funèbres ? Je pensais y trouver des histoires de vies. C’est raté.

L’existence du défunt n’y est évoquée que par ellipses. Reste une tentative de leçon de morale. Bossuet fait une sorte de « psychanalyse existentielle » du mort, afin d’y trouver une expérience qui définisse cette vie, afin de l’utiliser pour édifier la plus haute société de son temps.

Bossuet lutte contre les esprits forts, les libertins sans cesse plus nombreux. Il célèbre des combats d'arrière-garde victorieux : les conversions de dernière minute de quelques hauts personnages, effrayés par la mort, après une vie dissolue. Mais le combat est perdu, car il a accepté, inconsciemment, les règles du jeu de ses ennemis : il raisonne. Et il raisonne curieusement : quoi qu’il soit arrivé au mort, triomphe ou drame, il faut y voir la main de Dieu. Ce qui semble l’amener à justifier tout et son contraire.

Ces oraisons sont-elles celles de l’Ancien régime ?

vendredi 10 février 2012

Souffrance au travail et administration

Ces dernières années j’ai mené des missions dans des secteurs inconnus jusque-là : l’économie sociale et l’administration. J’y ai découvert que l’on pouvait bien plus y parler de « souffrance au travail » que dans le privé. Pourquoi ? Une analyse, qui n’a rien de scientifique :
  • J’ai rencontré pour la première fois cette souffrance il y a un quart de siècle. La société était riche, internationale, en développement explosif, peuplée d’ingénieurs bien payés, et « licenciement » n’appartenait pas à son vocabulaire. J’en ai déduit que la souffrance est essentiellement une question de relations humaines. Il y aurait incompatibilité entre ce qu’exige l’entreprise moderne et le comportement traditionnel du Français (hérité de l’Ancien régime ?).
Mais je crois que, progressivement, l’homme et l’entreprise s’adaptent. L’économie sociale et l’administration sont moins avancées dans cet apprentissage, et pourraient présenter des facteurs aggravants.
  • L’économie sociale : totalitarisme. Elle est peuplée de « militants », porteurs d’une mission quasi divine. Facile, alors, de voir le mal partout. D’où violents conflits personnels. Et désillusions.
  • L’administration : emploi à vie et mauvaise conscience. L’administration manque des méthodes qui permettent à l’entreprise de gagner en productivité. Mais chacun pense que ses dysfonctionnements viennent des individus, supérieur incompétent ou subalterne tir au flanc. On croit qu'il faut les mettre au travail. On veut transformer l’efficacité de l’ensemble par la force, ce qui est impossible. D'où injonction paradoxale faite d'incapacité d'atteindre des objectifs inaccessibles et de conviction d'être inrecasable dans un privé diabolisé.

samedi 24 décembre 2011

Football chinois

Le football chinois serait une caricature de la corruption du pays. Non seulement les matchs sont truqués, mais on peut acheter sa place dans l’équipe nationale… (Little red card)

Ce qui m’a fait penser à notre Ancien régime, durant lequel les charges étaient à vendre.

La corruption serait-elle un usage culturel qui n’est plus adapté aux règles du jeu du moment ?

vendredi 25 novembre 2011

Réforme de l’administration

À partir de quelques expériences, voici un sentiment sur les transformations de l’administration. C’est peu scientifique. Juste, histoire de garder une trace de constatations du moment.
  • Les niveaux opérationnels de l’administration sont touchés par des transformations complexes. Ces transformations correspondent à l’adoption des (« meilleures » !) pratiques de l’entreprise. Mais il n’y pas de travail préliminaire visant à faire évoluer l’organisation antérieure. Les nouvelles procédures sont plaquées sur les unités concernées, à elles de se débrouiller. Du coup on découvre :
  • Un important absentéisme endémique, lié, me semble-t-il, à un système relationnel stressant. Cette situation est en partie due à un encadrement d’ancien régime. Le manager doit son titre à un diplôme et non à une capacité avérée. Souvent, il n’a ni le courage nécessaire à faire appliquer, avec équité, les règles de l’organisation (absentéisme), ni la capacité à organiser le travail de son équipe.
  • Les opérationnels « valides » doivent assumer le gros du changement, sans l’accompagnement qu’ils recevraient dans une entreprise. Ils connaissent donc une nette dégradation de leurs conditions de travail. En outre leurs nouvelles responsabilités, de fait, ne correspondent plus à leur salaire, très bas.
  • Les niveaux supérieurs continuent à manager selon leur « bon plaisir », pour reprendre une expression de Michel Crozier. Cela place les susdits « opérationnels valides » en « environnement incertain », selon l’expression des spécialistes de la prospective.

jeudi 21 juillet 2011

Retour au 18ème siècle

Le pourcent le plus fortuné de l’Angleterre de la fin du 18ème aurait possédé 17,5% des revenus nationaux. (America’s Revolution: Economic disaster, development, and equality | vox) C’est moins que ce qu'a le pourcent le plus riche aujourd’hui aux USA : « le pourcent le plus riche gagne maintenant 24% des revenus, contre 9,9 en 1976 » dit Our Banana Republic.

Ces dernières décennies, l'Occident aurait-il fait un grand pas vers l'Ancien Régime ?

dimanche 17 juillet 2011

Vénalité des offices ?

M. Obama a nommé des dizaines des principaux contributeurs à sa campagne présidentielle à des postes d’ambassadeur, de conseiller du gouvernement, ou dans son gouvernement (…) Marc Bernioff, qui a levé plus de 500.000$ est aussi président de Salesforce.com, une entreprise qui produit un logiciel dont le gouvernement Obama fait un large usage dans ses agences fédérales. Un autre contributeur, Michael Kempner, est le président de MWW Group (…) qui a un bureau de lobbying à Washington. (New Stable of Wealthy Donors Fueled Obama Campaign’s Record Fund-Raising Quarter)
Il est parfois surprenant à quel point l’Amérique moderne ressemble à l’Europe de l’Ancien régime. 

mardi 13 juillet 2010

Familles recomposées

Hier j’entendais débattre de la recomposition de famille chez RFI. Un journaliste écrivain s’étonnait de ce que ses enfants ne se réjouissent pas du bonheur qu’il éprouvait à avoir changé d'épouse. Par ailleurs il reconnaissait qu’il ne pouvait pas aimer les enfants de sa nouvelle femme comme il aimait les siens.

Je me suis demandé ce qu’avaient pu penser ses enfants. Peut-être n’étaient-ils pas contents du nouvel arrangement ? De l’aveu du journaliste, se retrouver dans un couple recomposé ne semble pas confortable. Les parents ont préféré leur intérêt à ceux de leurs enfants, non ?

Mais n’est-ce pas surtout un problème culturel ? 
  • Les enfants vivent leurs premières années dans une famille unie, et en tirent la conclusion logique que c'est ainsi que la nature est faite. Ils semblent justifiés de se sentir dupés lors d'un divorce. 
  • Chez les nobles d’Ancien régime, qui faisaient élever leurs enfants par leurs valets, les époux étaient relativement indépendants (le mariage étant avant tout une alliance entre familles). Les enfants ne devaient pas être étonnés par les fredaines de leurs parents, qu'ils estimaient avant tout pour leur lignage et leurs qualités personnelles. 
Ne serait-il pas logique que, dans un monde où l'individu ne voit rien au dessus de son intérêt personnel, on en revienne à des arrangements du type de ceux de l'Ancien régime ? 

Compléments :

dimanche 14 février 2010

La France en mutation

J’ai commenté chapitre après chapitre, La France en mutation, 1980 – 2005 (Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), une collaboration entre Harvard et Sciences Po. Qu'est-ce que j’en retire ?

Comment sommes-nous passés de ce que Galbraith appelait « la société d’abondance », à la souffrance au travail, la crise du logement, l'acceptation qu'une partie de la population est définitivement inemployable ? Un monde qui ressemble étonnamment à une société qu’il croyait révolue, celle qui avait valu à l’économie, qui la décrivait, le nom de « dismal science ». Une science lugubre qui ne prévoyait que la pénurie.
Dans cette histoire, il n’y a ni héros, ni coupables. C’est tout le système français qui s’est effondré, un système bâti sur le modèle d’Ancien régime. Avec un État omnipotent et théoricien, qui nous considère comme des assistés incapables de savoir ce qui est bon pour eux, veut tout régler et croit à la solution miracle. Faute de conscience de la complexité de la réalité, ses décisions ont une fin calamiteuse. Avec des hauts fonctionnaires qui gèrent des « champions nationaux » sans en connaître le métier. Avec une population d’exécutants sous-qualifiés fruits d’une Éducation nationale incompatible avec l’économie.
De ce fait, notre système d’État providence, basé sur l’école, l’armée, le plein emploi, qui garantissait l’intégration, un revenu, le logement, la protection sociale, l’égalité et plus généralement le respect de nos valeurs fondamentales, a sombré. Il était incompatible avec le coût d’un chômage durable. Il en a résulté un modèle proche du modèle anglo-saxon, parce que notre structure sociale est proche du modèle anglo-saxon.
Cependant la transformation n’a pas été complète : les vestiges de l’ancien système sont demeurés, parce qu’il représente ce à quoi nous croyons. Ce qui rend le fonctionnement de notre société particulièrement difficile.
De là, où faudrait-il aller ? Le Français ne ressemble pas au portrait qu’en font les journalistes et les politiques. Il est « progressiste » et ouvert. Il veut une « économie sociale », qui permette l’initiative individuelle tout en protégeant l’homme de l’anarchie du laissez-faire. Pour atteindre cet objectif, il semble qu’il faille reconstruire une sorte d’Etat providence à l’ancienne mode. En corrigeant ses failles : il doit être capable de résister aux aléas de l’économie. Probablement une forme de la flexisécurité qui a la faveur actuelle des économistes. Donc il faut des Français adaptables parce que bien formés, des dirigeants qui leur ressemblent, et un gouvernement qui apprend à mettre en œuvre les volontés de la nation, selon le modèle de la démocratie représentative.
L’Europe a certainement un rôle à jouer dans cette transformation. Elle doit évoluer vers un modèle fédéral de type américain qui permette de définir démocratiquement des politiques globales et non plus sectorielles.
Compléments :
  • Les 12 chapitres du livre tels que je les ai commentés :
  1. Protection sociale
  2. France et immigration
  3. L’Éducation nationale change
  4. France : guerre des générations
  5. Les relations de travail en France
  6. Le changement de l’économie française
  7. 5ème République et partis politiques
  8. Crise de la représentation politique
  9. Chaos européen
  10. France : crise de gouvernance ?
  11. La régionalisation de la France
  12. Transformation de l’entreprise française

samedi 13 février 2010

Transformation de l’entreprise française

Après-guerre l’économie française est dominée par des conglomérats, des « champions nationaux », qui sont une extension de l’État. Peu capitalisés et fortement endettés, ils sont étroitement contrôlés par l’État, qui régule les flux financiers. Leurs activités rentables épongent les pertes d'activités non concurrentielles dont elles protègent les employés. Le rôle des hauts fonctionnaires, leurs dirigeants, est plus d’appliquer une politique économique, en se coordonnant entre eux, que de développer des entreprises qu’ils connaissent mal.

Ces conglomérats sous-capitalisés et sous-managés sont inadaptés au changement des règles du capitalisme des années 80. Déréglementation et globalisation. La bourse remplace les banques comme moyen de financement, l’échange d’actions devient un véhicule d’acquisition, les investisseurs américains envahissent le monde…

Les conglomérats avaient deux moyens de devenir performants dans un monde dirigé par la valeur actionnaire :

  1. La solution allemande : rendre transparente la structure du conglomérat. Ce qui permet une protection des actionnaires et une allocation optimale des ressources.
  2. La solution française : disloquer les conglomérats en unités spécialisées ; en laissant périr les activités non rentables. Ce choix s’explique par nos caractéristiques nationales. En Allemagne, le personnel est autonome, polyvalent donc facilement adaptable au changement, et bien formé par une formation professionnelle nationale, l’entreprise est, d’une certaine façon, « cogérée ». La France obéit au modèle taylorien : des cols blancs définissent des règles qu’appliquent des cols bleus spécialisés et formés par l’entreprise selon ses besoins. En outre il y a de multiples conflits : les dirigeants et les actionnaires majoritaires n’ont pas intérêt à la transparence allemande : elle profiterait aux employés et aux actionnaires minoritaires. L’entrée en force des investisseurs étrangers, américains surtout (en 2001, plus de 41% du CAC40 appartenait à l’étranger), qui sont favorables à la spécialisation, a accéléré la mutation.

L’État français, qui, jusque-là, réglementait fermement les relations de travail (autorisations de licenciement...), s’est brutalement retiré. Ce qui a permis aux dirigeants de réformer leurs entreprises comme ils le désiraient, sans contrepoids. L’État semble aussi avoir fait une erreur : en essayant de constituer des noyaux durs, des participations croisées susceptibles de protéger les entreprises françaises de prise de contrôle extérieur, il les a affaiblies. Elles manquaient de capital, il l’a immobilisé dans des participations sans intérêt stratégique. Ce qui a facilité les prises de participation étrangères.

Commentaires

Une partie de la population française a fait les frais de cette transformation, mais était-elle parable ? Les faiblesses de l’édifice français sont structurelles : au fond, la France suit le modèle de l’Ancien régime, avec un État qui veut tout gérer, et qui est dépassé par la complexité de sa tâche, une élite superficielle, et une population peu qualifiée, du fait d’un système éducatif inadapté.

Compléments :

  • Ces idées viennent de GOYER, Michel, La transformation du gouvernement d’entreprise (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).
  • La remis en cause du système de Bretton Woods a-t-il été le déclencheur de tous ces bouleversements ?
  • En fait, le gouvernement semble avoir tenté un changement qui aurait permis le sauvetage du modèle français, au moins dans son esprit : Le changement de l’économie française.

vendredi 25 décembre 2009

Bêtes élites ?

Un ami me demande de justifier ce qui me fait croire que notre modèle de société est nuisible au développement de la compétence de nos élites (Alexandre Soljenitsyne). Mon raisonnement :

  • Dans une société d’assistés (l'Ancien régime) les élites doivent faire des prodiges pour maintenir en vie un monde qu’elles tiennent à bouts de bras. Leurs talents se développent donc.
  • Si le peuple n’est pas dans un état larvaire, la tâche des élites se simplifie à tel point qu’elles n’ont plus à développer de compétences. Par contre, la santé de la société demande de compenser cette absence de compétence, et condamne le peuple à l’intelligence. Cercle vertueux.

Compléments :

  • John Stuart Mill fait une observation proche : ce sont les circonstances exceptionnelles qui développent les êtres exceptionnels.

mardi 27 mai 2008

Louis XVI en leader du changement

TOCQUEVILLE (de), Alexis, L’Ancien Régime et la Révolution, Flammarion, 1985. Ce qui m’a frappé lorsque j’ai lu ce livre est que la France actuelle était déjà telle que avant la révolution :
  • Pouvoir extrêmement centralisé, qui s’appuie sur de « grands commis de l’État » qui ont mis sous tutelle la nation. L’État impécunieux règne et divise, il vend et reprend les charges, multiplie les intérêts catégoriels détruisant ainsi tout frein à la montée du despotisme.
  • Etrange proximité entre les principes fondateurs de la Russie soviétique et les idées des « économistes » des lumières (qui ont aussi inventé le laisser faire).
  • Exemple de « conduite du changement » que ne désavouerait pas l’entreprise moderne : les révolutionnaires appliquent à la nation un modèle abstrait, dont la mise en œuvre aura des conséquences inattendues. Un seul point pratique : ils ont compris l’intérêt du pouvoir central construit par les rois : il est capable de façonner une masse d’hommes totalement égaux. Pour atteindre leurs objectifs, il suffit de convertir l’administration royale en en remplaçant la tête.
  • Exemple d'erreur de conduite du changement : Louis XVI avait commencé à réformer son pays, mais en rompant le statu quo, il montre ses malheurs au peuple, jusque-là indifférent. Plus il réforme, plus le sentiment d’injustice grandit. La révolte est inévitable.
Deux observations:
  1. Enseignement pour tous les Gorbatchev du monde : toute organisation est un équilibre, si l’on relâche quelque part la pression, c'est par là qu'elle va exploser. Enseignement qui est aussi vrai pour l'entreprise. Un exemple pour s'en convaincre. Soit une entreprise mal gérée. Ses membres ont adapté leur comportement à cet état de faits : il s’est dégradé en fonction des règles du jeu ambiantes. Mais ils n'en sont pas conscients, l'incompétence de leur management est la seule chose qu'ils voient. Imaginons qu'un dirigeant veuille réformer la société, ses employés vont maintenir leur ancien comportement, continuant à critiquer et à exploiter les failles du système.
  2. Que faut-il faire ? Mettre l’organisation en face d’un miroir pour lui montrer qu’elle n’est pas irréprochable, puis l’aider à trouver le chemin de la réforme. Et, surtout, contrôler le changement.