dimanche 4 octobre 2009

Limites d’Obama

Obama a plaidé pour la candidature de Chicago et a été immédiatement éliminé. Chicago n’avait aucune chance de victoire finale, mais les commentateurs se demandent si ce n’est pas un revers pour B.Obama.

En tout cas, ils estiment tous qu’il compte trop, voire exclusivement, sur son charisme. Étant trop impliqué dans les politiques qu’il veut, dès que l’une s’enlise, plus rien n’avance. La réforme de la santé pourrait être son Vietnam.

Compléments :

  • Conseil. Le président Obama est face à un problème de mise en œuvre du changement. Il existe d’excellents livres sur le sujet.
  • Un des multiples commentaires sur le flop olympique : The boundaries of Brand Obama.
  • Une conséquence de l’inexistence d’Obama : The Atlantic gap.

Élections allemandes

A black-yellow (and purple) triumph :

  • Il y a peu de chances qu’il se passe quoi que ce soit de neuf en Allemagne dans le proche avenir. Les commentateurs britanniques semblent s’être donné le mot : ce qui caractérise Angela Merkel, c’est la « prudence ». Or, son parti a perdu pas mal de voix aux dernières élections (seule la popularité personnelle de Mme Merkel a évité désastre ?), elle doit se méfier de tout ce qui lui ferait perdre de l’altitude dans les prochaines élections (calme plat jusqu’en mai, si je comprends bien), et il y aurait un consensus selon lequel la politique qu’elle a menée jusque-là est là bonne.
  • Ses nouveaux alliés ont surtout été élus pour leurs compétences de gestionnaires, meilleures que celles des socialistes de la précédente coalition.

Résumé de la crise du socialisme en Europe ?

  • La majorité d’entre nous est d’accord pour dire que, faute d’avoir trouvé une meilleure idée, nous sommes dans un monde régi par les lois de l’économie. Ce qui pose deux problèmes : la performance économique, et sa victime naturelle, la solidarité.
  • Les partis de « droite » apportent les seules réponses à peu près crédibles à ces deux problèmes.
  • Les partis de gauche semblent totalement absents, agrippés à une éthique des valeurs qui n’intéresse qu’eux.

Compléments :

Représentativité

J’entends dire : 86% des Français en faveur de l’euthanasie, les députés sont majoritairement contre, le sujet est entre les mains d’experts (médecins).

Je ne sais pas ce que valent ces statistiques mais elles semblent d'accord avec John Stuart Mill : nos représentants ne nous représentent pas. Au mieux, ils se représentent, eux, des gens issus d’un milieu très particulier, celui des politiciens professionnels, qui ne connaissent de la vie que les appareils des partis.

La poursuite de ma pensée confucianiste me fait me demander si le malaise actuel ne vient pas de ce que les membres de la société n’occupent pas la place qu’ils méritent. D’ailleurs c’est ce que l’on observe dans l’entreprise : quand ses membres ne font pas ce qu’ils devraient, elle va mal. Les dirigeants pensent que leur rôle est de dire à leurs équipes comment faire leur travail, alors qu’elles sont plus compétentes qu’eux. Du coup, logiquement, elles en déduisent qu’elles sont dirigées par un imposteur. En fait, ce que l’on demande au dirigeant c’est qu’il « organise » le travail de ses équipes, en particulier qu’il ôte ce qui pourrait les gêner. Comme un gendarme qui facilite la circulation (mais qui ne prétend pas nous enseigner la conduite).

Il en est probablement de même de la politique : nous ne voulons pas prendre leur poste aux puissants, nous leur demandons seulement d’organiser la nation de manière à éliminer ses dysfonctionnements, et de ne plus nous donner de leçons.

Compléments :

On vient de découvrir le patron de PME

Annonce d’un séminaire de l’École de Paris :

Pour leur mémoire de fin de scolarité au Corps des mines, trois jeunes sont partis en enquête : qu'est-ce donc qu'un patron de PME ? En effet, si la littérature est prolixe sur les PME, le patron de PME est, lui, mal connu. Ayant pu rencontrer de nombreux patrons, ils ont pris conscience des contradictions que ceux-ci doivent surmonter, entre narcissisme et altruisme, proximité avec le personnel et poids des relations sociales, rôles d'homme-orchestre et risque d'incompétence, volonté d'autonomie et dépendances de toutes sortes. Il semble alors que les patrons s'installent à la longue dans une zone de confort, un puits de potentiel, dont il est difficile de sortir. Cela les amène à s'accommoder, contrairement aux patrons allemands, d'une petite taille et d'une faible croissance. Comme Peter Pan, se refusent-ils à grandir pour ne pas perdre les avantages de la petitesse et de la sympathie que cela permet d'attirer ?

Ces trois ingénieurs m’ont fait penser à Arielle Dombasle dans un film de Rohmer : « oh une laitue ! ».

Après les Indiens découverts par Christophe Colomb, les laitues par Arielle Dombasle, maintenant c’est au patron de PME d’avoir le droit d’exister. Car rien ne vit s’il n’a pas été découvert par l’élite de l’élite de notre nation (le Corps des Mines : les dix premiers du classement de sortie de Polytechnique).

Ceux sans qui rien n'est viennent juste de finir leurs études. Près d’un quart de siècle avec pour seule compagnie des livres. Leur horizon va désormais être l’administration. C’est probablement pour cela que si la « littérature » ne parle pas du patron de PME, celui-ci n’existe pas. Ce sont les livres qui définissent la réalité. Et c’est pour cela que cette élite intellectuelle, que la conscience du caractère miraculeux de ses dons rend humble, peut juger les petits ridicules d’hommes qui ont passé leur vie à transformer le monde.

Grand souffle d’air frais pour un blog qui ne parle que de changement : fenêtre sur un groupe social qui, mieux que la vénérable société chinoise, s’est maintenu à l’état fossile.

samedi 3 octobre 2009

60 ans de République populaire de Chine

Cet anniversaire me ramène à l’héritage de Mao. Ses intentions me paraissent différentes de celles qu’on lui prête :

Le projet de Mao : réinventer la culture chinoise

D’une certaine façon il aurait voulu transformer la culture chinoise. Culture étant à prendre au sens ethnologique, c'est-à-dire de règles guidant le comportement collectif. Qu’il ait échoué ou réussi est presque secondaire par rapport à ce qu’il a été capable de faire. Tout seul, il a mis en mouvement des centaines de millions de personnes dans un extraordinaire exercice d’apprentissage collectif, la création de nouvelles règles culturelles.

  • Le grand bond en avant, c’était montrer qu’il ne tenait qu’à la volonté du peuple uni d’atteindre les performances du meilleur des capitalismes.
  • La révolution culturelle porte bien son nom. Mao parvient à faire que le peuple dise ce qu’il a sur la conscience, à partir de là, il procède à une « rectification ». Il fait « rééduquer » ceux qui pensent mal, selon lui.

Mao, souverain confucianiste

L’efficacité du procédé est bluffante. Un exemple. Il décide d’éliminer les hirondelles, le fléau des récoltes paysannes. Il faut empêcher que les hirondelles se reposent. Pendant plusieurs semaines les Chinois se lèvent la nuit pour effrayer les hirondelles. Réussite totale. (Des conséquences imprévues ont montré alors que l’hirondelle était utile, mais c’est une autre histoire.)

C’est une illustration extraordinaire des principes confucianistes, du rôle et du pouvoir du « bon » souverain dans une société bien organisée. Quasiment sans rien faire, de sa chambre, Mao mettait chaque année tout un peuple en furie, puis le renvoyait chez lui.

Pourquoi avoir voulu tuer le Confucianisme, pensée supérieure ?

Et pourtant, Mao a voulu éliminer la pensée confucianisme qu’il pensait coupable de l’arriération chinoise. Je me suis longtemps demandé s’il avait raison, tant la pensée confucianiste semble remarquable. Deux exemples :

  1. Si on veut la comparer à quelque chose d'occidental, c’est probablement à la « raison pratique » de Kant (les Chinois condamnant bien plus vigoureusement que Kant, la « raison pure » occidentale, et ne voulant, même, pas en entendre parler). Or la philosophie de Kant est le système philosophique dont a besoin la mécanique classique. Alors que nos autres philosophes ont généralement cherché à construire un système qui justifiait la société qui leur plaisait (la bureaucratie prussienne pour Hegel, le monde des boutiquiers pour Smith, la communauté villageoise pour Rousseau).
  2. Pour la pensée chinoise l’équivalence masse énergie est évidente depuis quelques millénaires. En effet, dans un monde qui passe du vide à la matière et retour, il y a fatalement un principe de continuité, l’énergie.

Tuer le confucianisme pour mieux le réinventer ?

Mais, avec le temps, j’ai fini par penser qu’une pensée trop parfaite devait finir par se suffire à elle-même et empêcher toute remise en cause. Le Confucianisme était bien un handicap.

Mais, pour autant, la remise en cause devait elle prendre la forme que lui a donnée la Chine ?

Je l'ai critiquée parce qu’elle nous caricaturait. De la recherche du principe des choses et du non agir, elle est passée à la croyance aveugle dans la force, dans le massacre de la nature pour la plier aux désirs de l’homme. Mais, me suis-je dit récemment, l'apprentissage n'est-il pas toujours maladroit, au début ? Ne va-t-il pas devenir bien vite plus malin ? Finalement, la Chine ne parviendra-t-elle pas, en un temps record, à s'approprier, au sens confucianiste du terme, notre culture, à en faire une seconde nature ?

Peut-être que Mao a eu raison : ce qui faisait la faiblesse de son pays était un manque d’ego, de volonté d’imposer son empreinte au monde. Elle devait s’extraire du confucianisme. S’extraire pour mieux le réinventer.

Compléments :

  • Mes idées sur les projets de Mao pour la Chine viennent de : SHORT, Philip, Mao: A Life, Owl Books, 2003.
  • Sur la pensée chinoise en général, et sur la pensée confucianiste en particulier : Pensée chinoise / Cheng
  • Un livre cité dans un précédent billet (La pensée (actuelle) en Chine / Cheng) dit que la pensée chinoise est une « pensée pragmatique » plus exactement que pratique.
  • Si je me suis intéressé (mollement) à la pensée chinoise, c’est qu’en écrivant la conclusion de mon premier livre je me suis rendu compte que je répétais quelque chose que j’avais vu quelque part. Après recherche, il s’agissait d’un fondement de la pensée chinoise (le LI). Cette réflexion sur la correspondance entre mon expérience et ce que je comprends de la pensée chinoise (Changement et pensée chinoise) m’a conduit à l’idée du dernier paragraphe de ce billet.
  • Imposer son empreinte au monde est le principe fondateur de notre pensée occidentale. Par conséquent, il est probable que Mao ait bien trouvé le germe qui manquait à la civilisation chinoise pour répondre au défi que lui lançait la nôtre.

Turcs et Arméniens

J’écoutais tout à l’heure une discussion sur le massacre des Arméniens par les Turcs. La cause semble en être la « modernisation » de la Turquie, ou peut-être son occidentalisation.

  • Au milieu du 19ème siècle, elle décrète l’égalité de tous. Ce qui ne plaît guère à la majorité turque, qui voyait jusque-là les Arméniens comme de sympathiques inférieurs. D’autant plus que les Arméniens, étant commerçants ou artisans, acquièrent, du coup, une forme de supériorité par leur richesse.
  • Deuxième épisode, qui conduit au massacre et au déplacement de population (juste avant la première guerre) : le nationalisme. Être moderne c’est construire une nation, et nation, si on lit correctement l’histoire de l’Occident, c’est un peuple homogène. Donc il faut se débarrasser de tout ce qui refuse cette homogénéisation.
  • Troisième épisode. Les Turcs, probablement avec un fond de raison, ont estimé que la question arménienne était utilisée par l’Occident et la Russie pour démembrer leur pays. Pas question d’affirmer une quelconque responsabilité dans ces conditions.

Probable nouvel exemple d’enfer pavé de bonnes intentions, de danger de l’application d’une idéologie bien pensante dont on ne mesure pas les conséquences. Bref, le changement tel qu’on le pratique partout, à commencer par l’entreprise.

Peut être aussi nouvel exemple de notre perfidie, ou de notre schizophrénie. C’est parce qu’elle a appliqué nos valeurs que nous rejetons la Turquie au nom de leurs conséquences.

vendredi 2 octobre 2009

Téléphonie mobile et pays émergents

The Economist consacre un dossier (Mobile marvels) à l’histoire de la téléphonie mobile dans les pays émergents (3/4 des mobiles mondiaux). Où l’on voit l’économie de marché à son meilleur :

Alors que l’on ne parle que de gratuité chez nous, chez les pauvres tout est payant. Sans compter que les plus grands succès ont été remportés sur quelques uns des marchés les plus incertains du globe. Et c’est pour cela que les entreprises de télécom ont fait preuve de génie là bas et pas chez nous. Elles rendent des services inestimables aux populations locales (météo ou conseils pour les paysans, transferts d’argent voire services bancaires (Beyond voice)…), et elles ont réduit leurs coûts en faisant preuve d’une créativité exceptionnelle : locations de téléphone, partages d’infrastructure… (Eureka moments.)

D’où émergences d’entreprises redoutablement efficaces. Les opérateurs indiens (The mother of invention) sont les champions de l’optimisation des coûts, ils sous-traitent tout (y compris à IBM dont les produits étaient si chers jadis !), partagent tout. Les équipementiers chinois (Huawei et ZTE) sont d’une immense inventivité. Ils devraient rapidement vider le marché de sa substance et faire table rase de leurs concurrents. Il semblerait même qu’ils soient trop rapides pour les aides de leur gouvernement (Up, up and Huawei). L’avenir est au tout Internet mobile (Finishing the job), ce qui promet de nouveaux trésors de créativité.

Mais le mieux c’est que cette innovation aurait élevé le niveau de vie de ceux qui ont pu en profiter.

Et nous là dedans ? Ce qu’il y a de surprenant, c’est que si tous ces gens semblent fort intelligents, ce qu’ils font n’est quand même pas très compliqué. Pourquoi sommes-nous à l’arrêt ? J’en suis revenu à une théorie qui semble se vérifier :

L’Ouest est dirigé par une élite de managers financiers, qui se figurait à la tête du monde. Elle pensait que le marché d’avenir était à l’Est. Donc non seulement elle pouvait se désintéresser de l’Ouest, mais encore elle devait délocaliser sa production pour jouir des coûts les plus faibles. Cette stratégie n’a pas eu les effets escomptés. Le marché de l’est est fermé à nos produits. Les transferts de technologie massifs, intelligemment exploités, ont rendu beaucoup d’industries locales non seulement autonomes mais surtout bien plus efficaces que les nôtres. D’autant plus que notre management financier, qui pensait avoir trouvé avec les délocalisations sa botte de Nevers, a asséché l’innovation occidentale. L’Ouest se retrouve donc avec un tissu économique anémié, et une population (donc un marché) appauvrie, d’autant plus que celle-ci doit alimenter un plan de relance qui permette à son élite d’éviter les conséquences de ses erreurs.

Il serait bien que cette élite arrête de jouer contre son camp.

Compléments :

Après nous le déluge

La France contre l’euro ? la France se vautre définitivement dans le déficit, alors que l’Allemagne choisit la rigueur, la zone euro va péter...

Ce billet fut une révélation. J'ai compris que la crise a été un extraordinaire moment de libération pour nos politiques.

Ils ont vécu un interminable âge des ténèbres, des années passées, sans conviction, à mal équilibrer des budgets (que Raymond Barre brûle en enfer !). Un exercice contre nature d’une cruauté insoutenable. Le royaume de France n’a-t-il pas toujours été en faillite ? Sa vie n’a-t-elle pas toujours été insouciante, en dehors des crises et des révolutions ?

Mais, voilà le retour des temps bénis. Le déluge est désormais après nous. Plus besoin de travailler, d’administrer les comptes de la nation. D’ailleurs le succès électoral est assuré : un emprunt par ci, une baisse de TVA sans contrepartie par là… Et quand nous serons en crise ? La relance ! Vive Keynes !

Compléments :

jeudi 1 octobre 2009

Capital risque

La performance réelle du capital risque me prend par surprise. On y dit que le capital-risque américain est triomphant (et que le nôtre, européen, aurait besoin de s’en inspirer).

Je pensais le contraire. Un article que je citais dans un billet estimait à un tiers le nombre de fonds de capital risque qui allaient disparaître aux USA, les fonds gérés étant divisés par 2. Je connais du monde dans ce métier, et il n’est pas heureux. D’ailleurs la dernière fois que j’ai rencontré un capital risqueur, la semaine dernière, il cherchait un emploi.

Il est certain que l’industrie du capital risque américaine est forte. Mais est-elle efficace ? Je ne parle ici que du domaine que je connais : les technologies de l’information.

  • On oppose généralement le capital risque à l’état. Or, les deux sont composés des mêmes types de personnels. C'est-à-dire de gens qui ont été sélectionnés pour leurs diplômes. Les risqueurs de capitaux n’ont pas construit leur fortune sur leurs investissements, mais sur notre crédulité. D’ailleurs, comme le montrent chaque bulle, ce sont des moutons.
  • Quelle est la rentabilité des investissements que fait le capital risque ? Pendant la bulle Internet, les fonds qui ont fait de bonnes affaires étaient ceux qui avaient vendu leurs participations (souvent à leurs collègues) avant le crash du Nasdaq. Il est probable qu’il en a été de même récemment (voir le billet que je cite plus haut). D’ailleurs, qu’est-ce que leurs investissements ont apporté d’entreprises durables au monde ? La start up donne rarement une entreprise, le plus souvent elle est absorbée par une multinationale, ce à quoi elle survit rarement. J’ai donc la ferme intuition que la contribution sociale du capital risque moderne, prise sur le long terme, est nettement négative. Le capital risque sert au mieux à faire passer de l’argent de la poche du public dans celle des employés des fonds. Et il a eu l’effet pervers de convaincre les entrepreneurs qu’ils devaient faire rapidement fortune. Une génération d’entre eux ne rêve que de retraite à 40 ans. Quelle est la qualité, la solidité de ce qu’ils ont créé, dans ces conditions ? Était-il si honteux de vouloir fonder une belle société pour ses petits enfants (plus exactement « a great company for my great grand children »), comme le pensaient les inventeurs d’IBM ?

Compléments :

  • Goldman Sachs donne un des plus extraordinaires exemples du détournement de fonds que fut la bulle Internet : la mise en bourse de start up qui pour la plupart ne furent pas plus qu’un feu de paille, a rapporté à cette banque d’énormes bénéfices.
  • Il me semble qu’il faut revoir les méthodologies de valorisation des entreprises technologiques. Traditionnellement leur valeur est celle du cash actualisé qu’elles génèrent pendant quelques années + une « continuing value » qui est, traditionellement, la valeur de la dernière année supposée se répéter jusqu’à l’infini. (COPELAND, Thomas E., KOLLER, Tim, MURRIN, Jack, et McKinsey & Co, Valuation: Measuring and Managing the Values of Companies, John Wiley & Sons Inc, 2000.) L’expérience montre qu’il n’y a pas de « continuing value » dans l'IT. Ce sur quoi parient sans doute le capital risque et l’entrepreneur est qu’un gogo gobe l'idée d'une « continuing value » et surpaie la société, qui crèvera peu de temps après l’achat.

Efficacité de France Télécom

Un journaliste a mené une enquête sur les conditions de travail chez Orange. Un article parle de son livre et dit :

Depuis 2002, chaque salarié de France Télécom change de poste tous les vingt-sept mois en moyenne et de lieu de travail tous les trente mois, assure-t-il. Les conséquences ? Un nombre alarmant de suicides, un taux de démissions qui monte en flèche (4,4 % des départs en 2005 et 15,3 % en 2008). Et, en moyenne, presque un mois d'arrêt maladie par salarié en 2008 !

Un mois d’arrêt de maladie par an, c’est l’équivalent d’environ 10% de l’effectif hors jeu. (Il y a 180.000 personnes chez FT.) Et quelle est l’ambiance et l’efficacité de travail dans ces conditions ?

Je ne sais pas si cette enquête est correcte. Mais si elle l’est, elle révèle un gaspillage dramatique. Imaginez que vous possédiez une PME et que vos employés soient dans cet état : vous n’en dormiriez plus. Votre entreprise n'aurait aucune chance d'être compétitive.

Pourquoi n’est-ce pas le cas des dirigeants de France Télécom ? Ils sont protégés des lois du marché par un quasi-monopole, ce qui leur permet de s’abstraire des réalités ?