Voilà que l'on parle de réouvrir une ligne ferroviaire entre Lyon et Bordeaux. Relier Lyon à Bordeaux par Paris serait plus rapide, mais il y aurait d'autres avantages.
Lesquels ? Renforcer les échanges économiques entre villes qui sont sur le trajet, et donc renforcer les entreprises locales et susciter de nouvelles implantations ? Favoriser le tourisme : la ligne fait penser à un chemin des écolier au coeur de la France ?...
Autre curiosité : elle serait administrée par une coopérative.
Fin de l'Etat jacobin, cela commence ? Les régions prennent en main l'aménagement de leur territoire ?
En tout cas cela pose la question de l'équilibre économique du projet, puisque l'on entend qu'il coûte très cher d'entretenir une ligne de chemin de fer, d'autant que, faute d'effet d'échelle, le matériel risque d'être acheté au prix fort. (A moins que la SNCF-Etat jacobin ne soit très inefficace.)
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lundi 15 juin 2020
samedi 17 mars 2018
Gratte ciel
Deux gratte-ciels à La Défense, dit-on. Cela fait longtemps que le projet a été lancé. Mais il a du mal à démarrer. (Ils grattent peu : 320m seulement, c'est modeste.)
Et la question des transports, me suis-je demandé. Les voix d'accès à la Défense me semblent proches de la saturation... Phénomène Velizy ? De l'utilité d'un minimum d'aménagement du territoire ?
Et la question des transports, me suis-je demandé. Les voix d'accès à la Défense me semblent proches de la saturation... Phénomène Velizy ? De l'utilité d'un minimum d'aménagement du territoire ?
vendredi 4 septembre 2015
SNCF et la bataille du bus
La bataille du rail ridiculisée par celle du bus ?
M.Macron conduit le changement. Le bus attaque le train. La SNCF semble avoir décidé que la meilleure défense était l'offensive. Elle va mettre des bus partout. Mais elle n'est pas la seule. Les monstres du transport vont utiliser les grands moyens. Stratégie : "mettre beaucoup de bus sur les routes rapidement pour capter la demande". Transdev, Flixbus (allemand), Megabus (anglais). Comme lors de la libéralisation des télécoms, cela va-t-il faire des victimes ? Sans compter que les routes du covoiturage sont visées. Des start up pourraient elles boire un bouillon ? Certains trajets ferroviaires vont-ils être liquidés ? Le contribuable va-t-il devoir renflouer la SNCF ? Quid des embouteillages ? De la pollution ?...
Étrange que cette idée ait été lancée au moment où la France organise la COP21 ? On devait avoir besoin de bus pour transporter ses participants...
dimanche 29 juin 2014
Après la tempête libérale, un monde exsangue ?
Révolution dans l’enseignement
supérieur. Les MOOCs vont transformer l’enseignement supérieur. Pas
vraiment parce que ça marche, car ce n’est pas au point (« il faut que la pédagogie des MOOCs s’améliore
très vite »), mais parce que l’éducation supérieure est en faillite. Raison ? Inflation monstre de ses coûts, notamment salariaux. Et aussi
parce qu’on lui en demande de plus en plus. Notamment une formation continue de
la population. Les MOOCs devraient surtout bouleverser les universités les
moins prestigieuses. Les autres devraient conserver un enseignement
traditionnel. Le Brésil, en exemple ? L’enseignement public, gratuit, y
est aux mains des riches. Une énorme entreprise privée s’est emparée de la
formation supérieure des moins favorisés. D’où nécessité de réduire les coûts
par reengineering de l’éducation.
Dossier spécial Pologne. La Pologne comme modèle ? Très rapide développement, elle n’a
pas subi la crise de 2007. Pour une fois la subvention de l’UE (plus de 200md€ !)
semble avoir été bien utilisée. Mais, à quel prix ce succès ? La Pologne est
en voie de désertification. Les jeunes la fuient. Le taux de natalité y est
extraordinairement faible (1,3). L’économie repose sur la sous-traitance (donc
de bas salaires ?) et ne semble pas avoir trouvé de moteur propre. Etrangement,
l’Espagne ressemble à la Pologne. Son
économie redécollerait. Mais le pays paraît exsangue, sans beaucoup de garde
fous contre une violente rechute. En France, M.Valls porte le boulet Hollande. La
marque de fabrique de M.Renzi : on ne comprend pas ce qu’il fait, mais on
a envie d’y croire. Le mouvement comme stratégie ? The Economist, pense,
finalement, que M.Juncker est un bon bougre et qu’il faut lui laisser une
chance. Aux USA, l’infrastructure de
transport est en ruine. Elle n’a quasiment pas évolué depuis les années 60.
50% des ponts doivent être remplacés. Boeing propose des avions à ailes
pliables, de façon à ce qu’ils entrent sans dommages dans des aéroports d’un
autre temps. « La plupart des
systèmes de contrôle aérien sont moins sophistiqués que la technologie d’un
smartphone. » Il va falloir augmenter les impôts… En
Iraq, les alliances changent. Les intérêts du moment font que les USA, l’Iran
et M.Assad font un bout de chemin commun. Face à eux, Al Qaïda rassemble les
perdants et les pauvres. Et ils sont nombreux dans la région.
Alstom serait l’avenir
de GE. GE se transforme. Ses activités financières occupaient une part très
importante de ses affaires. La crise de 2007 a montré que c’était dangereux. Sans
compter que Jack Welsh semble avoir fait du ENRON pour gonfler le prix de l’action.
GE redevient donc industriel, international, innovant. Et semble décidé à être
un des grands du logiciel. Les pays du golf tentent un hold up sur le transport
aéronautique. Cas particulier du Qatar : sa stratégie est d’entrer en minoritaire
dans des compagnies et de les aider à se transformer.
« Les marchés financiers ressemblent de
manière inquiétante à ceux de 2007 ».
Après le gaz de schiste, voici le schiste bitumineux. Les réserves sont colossales. De nouvelles
techniques permettraient d’éviter les risques écologiques qui jusque-là avaient
empêché son exploitation.
Bis repetita ? Richard Nixon aurait dû son élection au
rejet par l’Amérique d’en bas d’une Amérique de gosses de riches manifestant
pour les droits civiques. Sa tactique fut de parler à l’instinct, pas à la
raison.
lundi 19 août 2013
The Economist contre Internet
Qu'arrive-t-il à The Economist ? La semaine dernière il
reconnaissait qu’avoir donné le pouvoir aux hommes d’affaires était une erreur.
Cette semaine, trois articles s’en
prennent à Internet.
On y lit que l’usage de Facebook cause la déprime chez les adolescents :
chacun n’y parlant que de ses triomphes cela renvoie le lecteur à sa
médiocrité. (« L’émotion la plus
fréquemment suscitée par l’usage de Facebook est l’envie. ») La
relation directe, au moins, nous met en face des hommes tels qu’ils sont. On y
lit aussi qu’Internet produit stress et désorganisation, avec pour premières
victimes les créatifs. Tout d’abord parce que le traitement des mails prendrait
un quart de la journée, en moyenne. Mais surtout parce que l’homme vit en
permanence son travail. Bref, on pensait utiliser Internet au service de l’homme,
et c’est le contraire qui s’est produit. « Il y a certainement des raisons d’en faire beaucoup moins – de rationner
les emails, de réduire le nombre de réunions, de se débarrasser de quelques
dirigeants excessivement zélés. Depuis quelques temps s’impliquer dans son
travail a un retour sur investissement négatif. Il est temps d’essayer une
stratégie bien plus radicale : prendre du recul. » Mais ce serait surtout en dehors de l'entreprise que la perte de productivité produite par Internet serait la plus violente. Internet a remplacé l’emploi fixe traditionnel, par un emploi précaire,
peu productif. « Les
auto-entrepreneurs (40% de la création d’emploi en Angleterre) travaillent plus longtemps – 6 % de plus
que les employés – mais leurs revenus horaires moyens sont moins de la moitié
de ceux des employés. » Internet a aussi « transformé certaines branches de l’économie – la vente de détail, la
musique et l’édition, par exemple -, en grande partie en détruisant des modèles
économiques existants. » « Internet,
par opposition (à l’usine), semble
atomiser la force de travail. En donnant un plus grand contrôle au possesseur
de capital, il pourrait expliquer pourquoi les profits aux USA sont au plus
haut depuis l’après guerre. »
Pour le reste, pas grand-chose de neuf. L’Egypte semble partie pour un scénario algérien. Que ce soit du côté
des frères musulmans ou de celui de l’armée, l’affrontement stimule, en quelque
sorte, les forces du mal. Des composants extrêmement dangereux, masqués
jusque-là, s’affirment et s’affrontent. Inde
/ Pakistan. L’économie pousse les deux pays à s’entendre. Mais c’est tout. L’avenir ?
Peut-être des « décennies de
troubles – « une série de crises ponctuées par l’apathie » ».
En attendant, l’Inde construit une marine de guerre moderne avec porte-avion,
et sous-marins nucléaires. Israël
modifierait sa politique d’implantation. De la Cisjordanie, elle irait vers le Néguev.
Mais, une fois de plus, c’est au détriment des populations locales (Bédouins).
Israël, par ailleurs, relâche une poignée de prisonniers, en signe de bonne volonté. Ce qui n’est pas suffisant
pour les Palestiniens, pour qui les prisons israéliennes ont quelque-chose d’un
rite de passage (« 750.000
Palestiniens sont passés par les prisons israéliennes (depuis 1967) » « 5071 Palestiniens seraient derrière les
barreaux, pour des actes de violence ou de subversion à motivation politique. »).
Pour sa part, l’Amérique, est le premier incarcérateur mondial, loin devant la
Chine. « Un Américain sur 107 était
derrière les barreaux, en 2011 – le taux le plus élevé au monde – et un sur 34
était sous « surveillance correctionnelle » (soit sous les verrous,
soit sous probation, soit en liberté conditionnelle). Un noir a 3,6 fois plus
de chances d’aller en prison en Amérique qu’en Afrique du Sud, en 1993, juste
avant la fin de l’Apartheid. » Mais le pays a décidé de se réformer. « Le coût élevé de la prison a attiré l’attention
à la fois de la gauche et de la droite. » La vertueuse Suède pourrait passer à gauche. Le
parti au gouvernement est pris entre une montée du chômage (8%) et un mouvement
anti immigration.
L’industrie des
médias commencerait à profiter d’Internet. Les revenus passeraient de « produits
physiques » au numérique, téléchargement et streaming, de la vente à la
location. (Remarque : aux USA, les livres électroniques représenteraient 30% des
ventes totales.) Aussi, l’industrie sortirait de ses activités traditionnelles.
« Les journaux entrent dans de
nouveaux métiers tels que le marketing et les conférences. » Quant aux fonds activistes ils en ont après
les entreprises de haute technologie, comme Apple. Pourquoi ? Parce qu’elles
sont remplies d’un argent qu’elles ne savent pas utiliser. Et qu’elles ont du
mal à changer assez rapidement (cf. Microsoft). Qui a tué par le glaive… ?
L’Europe cherche à développer le fret ferroviaire.
Pour cela, il s’agit d’aménager des « corridors » aux travers de l’Europe.
Mais cela coûte cher, demande des collaborations entre Etats, et, de toute
manière, le rail est moins flexible que la route. En tout cas, il semblerait
que ce marché doive-t-être dominé par les chemins de fer allemands. Pour sa
part, un entrepreneur américain envisagerait de construire des trains sous
vides.
Et les groupes d’oiseaux n’entreraient pas en collision en
se posant, parce que, grâce à leur capacité à repérer le champ magnétique, ils
adoptent tous le même angle d’atterrissage.
lundi 20 mai 2013
Renaissance de l’impérialisme japonais ? Europe, au bord de la dislocation ?
Le Japon, paralysé et malade, devient brutalement le
meilleur élève du libéralisme. Et ses réformes à la cosaque semblent réussir.
Que lui est-il arrivé ? Qu’est-il arrivé à son premier ministre ? Son
précédent mandat n’avait-il pas été pitoyable ? Sursaut d’orgueil. La
Chine menace le Japon de disparition. Alors, le Japon veut en revenir à ce qui
a fait sa gloire. Ce qui signifie tenter le tout pour le tout, pour se tirer de
son marasme économique. Et éliminer de sa constitution l’influence occidentale.
Inquiétant ?
Quant à l’Europe, elle passe un mauvais quart d’heure. L’Angleterre
est sur la pente glissante de la sortie. David Cameron est de plus en plus
fermement contraint par le jeu politique à tenir ses promesses de référendum. D’ailleurs,
les liens commerciaux du pays avec l’Europe s’affaiblissent (mais représentent encore
50% de ses exportations). En Allemagne, la coalition qui pourrait sortir des
élections est incertaine. Un nouveau parti vient d’émerger, à
droite de Mme Merkel. Il demande la fin de l’euro (mais pas de l’UE). L’idée
pourrait marquer l’opinion, et le dit parti empêcher les alliés naturels de
Mme Merkel d’obtenir les minima pour être représentés. Et les pays européens
vont-ils longtemps tolérer leur perte de souveraineté ? Ici, la BCE
propose son « aide en échange d’une
approbation de l’austérité et de réformes structurelles. » « Cela semble
du chantage à certains électeurs de nations débitrices. » Là, le
gouvernement d’Andalousie découvre qu’il ne peut pas aider des sans-logis, du
fait de l’accord de renflouement des banques espagnoles. L’Europe est partout en récession. Elle est à l’image
de son marché de l’immobilier : « les
performances contrastées du marché de l’immobilier reflètent et renforcent la
tendance générale vers une économie mondiale à trois vitesses. Les marchés sont
généralement forts dans les économies émergentes, en rapide développement. Le
redressement du marché immobilier américain va contribuer à soutenir la reprise
engagée par ailleurs. Le mal affectant de nombreux marchés immobiliers
européens est une raison supplémentaire pour laquelle l’Europe est à la traîne. » Aurait-elle été plombée par la BCE de M.Trichet ? Une comparaison avec Fed et Banque d'Angleterre, montre que la BCE a curieusement voulu combattre une inflation inexistante, par des taux élevés. Et a insisté pour « demander que les gouvernements réduisent leurs déficits en échange de son assistance ».
Rien ne va plus en Iran. Lors des prochaines élections, le
clan du président va devoir faire face à deux gêneurs. M. Rafsanjani et un
poulain de M.Amadinejad. L’Amérique latine se divise entre les bons, l’Union
du Pacifique, libres-échangistes, et les mauvais, membres du Mercosur, socialistes.
La piraterie se déplacerait, de la Somalie, tenue en respect par l’armada de l’économie
mondiale, au delta du Niger. Aux USA, les Républicains cherchent de mauvaises
querelles à M.Obama. Histoire, à nouveau, de le paralyser. L’international n’est
pas porteur. L'interventionnisme de l'Etat, si.
Il y a tout de même de bonnes nouvelles. Les élections
pakistanaises semblent éloigner le risque de chaos (en particulier terroriste). Le parti de la
famille Bhutto serait en perdition.
Poussées par les politiques monétaristes des banques
centrales, les actions s’envolent. L'entreprise Sony perd beaucoup d’argent. Elle est
attaquée par un activiste américain. Il veut lui faire vendre ses studios. Mais
ses difficultés viennent de la perte de sa créativité. Drame japonais. La commission européenne
part en guerre contre les panneaux solaires et les équipementiers télécom
chinois. (Je m'interroge: manœuvre de l’Allemagne et de la France ?) Une étonnante histoire de changement. Le conteneur aurait été
une révolution ! Il aurait transformé l’économie mondiale, en facilitant
le transport des biens : « plus
gros bateaux (…) réduction massive du temps passé dans les ports (…) réduction
par deux du voyage porte à porte (…) réduction du pouvoir de négociation des dockers, et du
nombre de grèves (et) des pertes pour vol (…) De plus grands ports, moins
nombreux (…) il a été possible d’échanger économiquement un plus grand nombre
de biens (…) les chaînes d’approvisionnement ont pu devenir plus complexes et plus
généralistes. » Et cela aurait permis le miracle des pays émergents :
ils n’auraient eu qu’à utiliser ces nouvelles routes, pas à en construire de
nouvelles.
Revue de livres. L’humour juif serait récent, associé à la culture Yiddish, et
politesse du désespoir. Ce n’est pas les tensions internationales qui
disloqueront la Corée du nord, mais la différence de niveau de vie avec le sud. Alors, attention au chaos (au moins régional) qui va s’ensuivre. Peut-être
faudrait-il hâter la dislocation, par la technique utilisée contre l’URSS ?
Personne n'est intéressé. L’Egypte ancienne, société stable et hiérarchisée, n’avait pas besoin de
monnaie. « La monnaie a été l’instrument
qui a permis aux sociétés postérieures de se libérer de l’ordre social et de
devenir individualistes. Avec l’argent est arrivée la spéculation et ses
crises financières endémiques. » Solution ? Les Etats ne
devraient plus assurer les flux financiers. Payer pour ses erreurs éliminerait
spéculation et crise.
jeudi 21 juin 2012
La Grèce fait appel aux Cosaques ?
Aperçu du fonctionnement du chemin de fer grec :
l’OSE (2500 km dont une bonne partie en voie étroite) n’assure que 0,5 % du transport passager et 2,5 % du transport fret. Surtout, alors que ses recettes ne sont que de 100 millions d’euros par an, ses dépenses atteignent 1 milliard d’euros annuellement (…). La dette cumulée de l’OSE atteint au moins 10 milliards d’euros (soit 400 millions d’euros d’intérêts par an, ce qui représente quatre fois ce qu’il perçoit en revenus). (…) La raison de cette gabegie ? Les salaires des quelque 5000 employés qui pèsent 300 millions d’euros. (…) le salaire moyen hors charges sociales des heureux cheminots grecs s’élève à 47.000 euros par an (…) certains conducteurs de train (quasiment vides) touchent plus de 100.000 euros par an. En dix ans, les salaires ont augmenté de 50 % sans aucune augmentation de la productivité... Le coût de l’entretien d’un réseau ubuesque (…) explique le reste de ce déficit abyssal. (Les coulisses de Bruxelles.)
Effet de l'entrée dans l'euro ? En tout cas, l’État grec n’a pas le courage de réformer son chemin de
fer. Il pourrait le donner aux Chinois ou aux Russes. Eux savent se faire
respecter…
dimanche 20 mai 2012
Communication et changement : définir un objectif
Mon billet précédent sur la communication est un
peu trompeur. Car il existe des dirigeants qui savent réaliser le changement
par le verbe. D’ailleurs, ils n’ont pas besoin d’agence de communication pour
cela. Comment font-ils ?
Pour commencer, voici le problème à
résoudre. Un exemple, au moins. Depuis des années, je fais faire l’exercice du paradoxe aux
participants à mes cours. Je leur demande si quelque-chose les a frappés dans
une entreprise pour laquelle ils ont travaillé, dans leur vie quotidienne, dans
la politique… et s’ils peuvent trouver à ce « paradoxe » une logique. Effectivement,
beaucoup de choses les ont frappés. Leur explication ? Incompétence ou malhonnêteté.
Ce résultat s’applique à mon cas. Des expériences
simples montrent que ces participants me croient spontanément incompétent et
malhonnête. Il en est de même dans l’entreprise : à de rares exceptions près,
tout nouveau plan est interprété comme une preuve d’incompétence ou de
malhonnêteté.
Et maintenant, un exemple de réussite. Je donne, ailleurs
dans ce blog, l’histoire
de Christian Kozar, à l’époque directeur général du Courrier de la Poste.
Il a eu à fermer ses centres de tri. Changement,
dangereux, alors que des conflits, infiniment plus modestes, paralysaient
périodiquement la société ? Pourtant, les syndicats ont adhéré au plan. Christian Kozar leur a expliqué qu’il fallait des « centres de tri internationaux ». Les centres de tri doivent se trouver aux nœuds des réseaux
de transport mondiaux, alors qu’ils étaient placés « à côté de gares où les
trains ne s’arrêtaient plus ». L’argument était imparable.
Ces exemples illustrent deux résultats fondamentaux :
- La communication ne doit rien cacher. La pratique française qui consiste à dissimuler les nouvelles susceptibles de mécontenter le personnel a des effets désastreux. Non seulement il n’est pas dupe, mais, bien pire, il invente une interprétation de ce qu’il ne connaît pas fondée sur l’incompétence et la malhonnêteté de ses dirigeants.
- Au contraire, prouver que le changement est un défi qu’il faut relever dans l’intérêt collectif met spontanément l’organisation en mouvement.
Et voici comment formuler l’objectif d’un
changement et pourquoi cela est aussi difficile. En effet, un objectif est bien
défini si vous êtes si bien convaincu de son intérêt pour la collectivité que, en
conséquence, vous ne redoutez le regard de personne. D’une certaine façon vous
devez être prêt à périr pour votre cause. L’organisation le verra. Elle saura
que vous êtes honnête. Reste à lui démontrer que vous êtes compétent.
Pour cela, il existe une technique pour définir un objectif au changement. Elle est en trois composants.
- Objectif quantitatif symbolique, qui traduit indirectement la raison profonde de la transformation.
- Analyse objective et indiscutable de la situation actuelle, telle que perçue par l’organisation.
- Raisons (indirectes) qui feront le succès du changement. Ces raisons sont de deux ordres. Les compétences que l’organisation a démontrées ; les moyens que vous lui apportez pour réussir le changement.
mardi 28 février 2012
Costa : et un bateau à la dérive…
Un bateau échoué, un
autre à la dérive, est-ce un hasard, ou la compagnie Costa est-elle victime
du syndrome
BP ?
Rien de ce
qui est dit sur elle ne laisse penser que sa culture ait fait passer l’argent
avant la sécurité de ses passagers. Cependant, il semblerait que le dernier
incident soit déjà survenu. Peut-être le type de navire qu'elle emploie pose-t-il des problèmes
nouveaux ?
mardi 14 février 2012
Réforme des taxis et libéralisme
Comme évaluer la virilité d’un économiste libéral ? À sa volonté de déréglementer la profession de taxi.
Son argumentation ressortit au simple bon sens, dirait M.Guéant. Les taxis sont des « rentiers ». Si on leur imposait une concurrence parfaite, on aurait une création immédiate d’emplois peu qualifiés, et un transport facilité. Simple question de courage, dirait M.Sarkozy.
Pas si sûr. The Economist explique que la déréglementation des taxis pose des problèmes de mise en œuvre extrêmement complexes. En fait, la réglementation actuelle résulte avant tout de tentatives successives de corriger les excès d’un marché libre. (A fare fight)
En outre, si je ne prends pas le taxi, c’est qu’il est généralement plus lent que les transports en commun. J’imagine qu’une réforme des taxis devrait aussi s’accompagner d’une modification de l’infrastructure routière.
Dans ces conditions, pourquoi un tel acharnement ? Parce que l’économiste libéral n’aime pas voyager en transports en commun ?
mercredi 4 janvier 2012
SeaFrance peut-il survivre ?
Le gouvernement semble favoriser la transformation de SeaFrance en Scop. Ce que l’on présente comme une manœuvre habile. (L'aide du Gouvernement à SeaFrance : un cadeau empoisonné pour les salariés ?) L’entreprise a-t-elle une chance de survivre ?
D’après ce que je comprends, les difficultés de SeaFrance viendraient d’une réduction de son marché (-30% de passagers en 10 ans), de la disparition du duty free, de la baisse de la livre, et peut-être de charges salariales – françaises – particulièrement élevées. (Le Figaro - Conjoncture : Gros temps pour les ferries) Il semble donc qu’il y ait un nouveau « modèle économique » à trouver. Passe-t-il seulement par une réduction de coûts ? Ou par l’innovation (la recherche de nouvelles lignes ou de nouveaux services) ?... Une petite entreprise peut-elle survivre seule dans un métier qui demande de faire d’énormes investissements et qui doit donc inspirer confiance aux banques ?
Autre question : une Scop est-elle plus facile à manœuvrer qu’une entreprise « normale » ? Pas forcément.
L’économie sociale pose des problèmes humains extrêmement compliqués. En fait, le dirigeant exécute mais ne décide pas. La stratégie et les orientations viennent du conseil d’administration, démocratiquement élu. Or, si l’on appelle ses membres des « politiques », ce n’est pas pour rien…
De surcroit, l’économie sociale n’est pas aussi durable qu’on le dit parfois. Elle est même en cours de changement. Elle est longtemps intervenue sur des niches qui n’intéressaient pas le privé. Aujourd’hui, elles tendent à être envahies par la concurrence. Si bien que l’économie sociale doit rationaliser ses procédures de travail et emprunter de plus en plus ses méthodes de management à l’entreprise privée. Ce qui demande une forme de compétences et de talents qu’elle ne possédait pas traditionnellement. Cette rationalisation s’accommode mal des relations humaines traditionnelles (un DG du secteur parle, par exemple, de « salariés militants »).
Compléments :
Compléments :
mardi 15 novembre 2011
Conteneur
Curieusement les transporteurs de conteneurs agissent à l’envers de l’Europe. Ils sont en surcapacité, mais ils achètent des bateaux toujours plus gros, histoire de faire des économies… (Shipping: Economies of scale made steel | The Economist)
Compléments :
- Il faut 13 personnes pour diriger un bateau de 400m. En imaginant qu’elles fassent les 3 x 8, ça ne fait jamais que 4 personnes en même temps… à quand une course en solitaire des portes-conteneurs ? Ou un porte-conteneurs automatique, comme le métro ?
dimanche 2 octobre 2011
Cancer du poumon
La nature de la pollution change. La « particule fine » a le vent en poupe :
Les particules fines sont constituées de poussières issues des pots d'échappement. Elles proviennent aussi de l'usure des pneus, des garnitures de freins et d'embrayage, de terre en suspension, mais aussi du chauffage domestique. Elles provoquent des problèmes cardiovasculaires, de l'asthme ou des cancers des poumons.
vendredi 2 septembre 2011
Agressif Chinois
Cosco est un gros armateur chinois. Il y a quelques années, il a conclu des contrats de location, élevés par rapport à ce qui se fait aujourd’hui. Il a décidé de ne plus respecter ses engagements. (Can pay, won’t)
C’est étrange. La culture chinoise a la réputation d’être parvenue aux extrêmes de la subtilité et du raffinement, et pourtant le Chinois moderne se comporte comme le pire des rustres. Et de surcroît en opposition avec ce que prêchent Confucianisme et Taoïsme.
C’est étrange. La culture chinoise a la réputation d’être parvenue aux extrêmes de la subtilité et du raffinement, et pourtant le Chinois moderne se comporte comme le pire des rustres. Et de surcroît en opposition avec ce que prêchent Confucianisme et Taoïsme.
D’où cela vient-il ? Gros lourdaud, incapable de se tirer des pièges dans lesquels il s’est mis ? Interprétation fautive des règles du jeu occidental ? La Chine se comporte comme elle croit que l’Occident le fait ? Ou modèle de Kurt Lewin, qui dit que l’individu qui est à l’extérieur d’un groupe ne voit qu’une caricature de ses règles ?
Compléments :
dimanche 31 juillet 2011
Changement dans le métro
Depuis des années, le métro parisien est un chantier.
Pour la première fois de mon histoire d’usager de la RATP, j’ai vu des stations fermées et des correspondances suspendues. Ce qui m’a démontré, une fois de plus, à quel point j’étais peu adapté au changement : mon emploi du temps en a été totalement déboussolé.
La poussière retombe. Qu’en ressort-il ? Une surprise : rien.
Depuis mon enfance, je suis habitué à un métro innovant : métro sur pneu, ligne 14… D’ailleurs, il n’est pas que le moyen de transport du parisien, c’est aussi celui du touriste. En cela il est l’image de la France, et de la Ville Lumière.
Cette fois-ci, je ne perçois pas ce que le passager ou le standing du pays y ont gagné. Difficile de voir en quoi les stations ont été rénovées, sauf, peut-être, FDR, qui a maintenant l’aspect d’une boîte de nuit. Le système de portillons de la ligne 1, bientôt automatisée, parait « low cost ». Et les rames, dont beaucoup sont branlantes, connaissent de plus en plus d’incidents.
Un changement « orienté client » ?
dimanche 24 juillet 2011
Brésil, France, champion national
Près de 80% des transports collectifs hors Ile de France sont assurés par seulement deux sociétés.
Curieusement, cela rappelle la situation brésilienne : un petit nombre de champions nationaux essorent le marché local, au motif que c’est leur base de conquête du monde. Et, même histoire dans les deux pays : ces entreprises sont passées du public au privé.
Le champion national est-il dans l’intérêt général ? Pas nécessairement. Selon la logique de portefeuille de la matrice BCG, la France est une vache à lait (faible croissance, part de marché dominante). Autrement dit, elle sert à alimenter l’expansion internationale.
mercredi 25 mai 2011
Marché et emploi
Progressivement une idée a émergé de ce blog. Et si nos politiques avaient voulu transférer les services publics au privé, simplement pour créer de nouveaux marchés ? Car le marché, quel qu’il soit, c’est le bien. C’est ainsi que le système de solidarité sociale est devenu privé (assurances). De même pour la santé, l’école, les transports, l’énergie, les télécoms, la sécurité...
Dans ce raisonnement la qualité ne compte pas. Par exemple le système de santé américain, qui a poussé le plus loin ce concept coûte très cher, mais a de mauvais résultats en termes de santé. Pas grave : un marché prospère, hautement technologique, est né. Il y a une demande pour une médecine nuisible ! De même qu’il y a une demande pour une nourriture malsaine. Dans ces conditions pourquoi intervenir ?
Jean-Baptiste Say ne disait pas autrement : la logique du marché est de produire le plus possible, ce que l’on produit n’a aucune importance.
Si le marché raccourcit notre vie, nous éduque mal… peut-être peut-il nous garantir un emploi ? Les périodes durant lesquelles on lui a laissé la bride sur le cou (ère victorienne, avant guerre, dernières décennies), ont produit richesse d’un petit nombre et misère pour beaucoup. Au contraire, seul le dirigisme, la « technocratie », a été associé au plein emploi.
Mais le marché est créatif ? Nos grands créateurs sont des Newton, Pasteur, Fleming, Curie, Einstein… enfouis dans des laboratoires. Ou encore les gouvernements en guerre, qui font faire des pas de géant à l’économie, et dont la dernière création est Internet.
Schumpeter avait-il vu juste lorsqu’il disait que l’entrepreneur combinait d’une nouvelle manière des moyens de production existants ? Pour que son talent s’exprime, il a besoin d’un substrat que ne fournit pas une économie de marché ?
Serait-il temps d’examiner notre idéologie du tout marché, et de se demander si elle ne doit pas évoluer ?
Compléments :
- Say, Jean-Baptiste, Cours d’économie politique et autres essais, Flammarion, 1996
- Schumpeter, Joseph A., The Theory of Economic Development: An Inquiry into Profits, Capital, Credit, Interest and the Business Cycle, Transaction Publishers, 1980.
- The Economist me rejoint : l’économie de marché de l’Amérique moderne est incapable d’amener un homme sur la lune, ou de conquérir l’espace.
vendredi 6 mai 2011
Marine à voile
Je me demande depuis longtemps, si nous ne devons pas utiliser la nature plutôt que chercher à la plier à notre paresse intellectuelle. Pourquoi ne pas en revenir à la marine à voile, plutôt que de ne jurer que par des horaires fixes, par exemple ?
J’ai peut-être été entendu : les cargos pourraient être tirés par des cerfs-volants…
Compléments :
Compléments :
- En revoyant cet article, je me demande si l'on ne peut lire son titre comme un mauvais jeu de mots sur les démêlés de Mme Le Pen avec l'Islam...
lundi 2 mai 2011
Chômage structurel aux USA
Les USA sont aux prises avec un très fort chômage structurel, de type européen. Il toucherait particulièrement les faibles et intermédiaires qualifications, les hommes et les noirs.
Parmi les raisons : éducation en recul et des entreprises très innovantes, mais qui ne conservent que les travaux à valeur ajoutée sur le territoire national et sous-traitent le reste à l’étranger. (Still full of ideas, but not making jobs)
Comment y remédier ? Intervention de l’État : subventionner les emplois à basse qualification, former les sous-qualifiés, fournir des emplois publics, éviter d’emprisonner à tour de bras. (Decline of the working man)
Le marché ne serait-il pas capable de produire le plein emploi ? Aurait-il besoin de la main visible de l’État pour ce faire ?
Compléments :
- Non seulement les USA n’investissent plus pour aider leur population à trouver un emploi mais leur infrastructure de transport est dans un état pitoyable : embouteillages monstres, trains (ultra lents) et avions en retard (Life in the slow lane). Le pays aurait-il vécu à crédit pendant les dernières décennies ?
vendredi 8 avril 2011
Transport rail, mer
Conférence sur l’avenir du transport rail, mer. Des 3 interventions, je retiens :
- Le rail et le fret connaissent un boom partout dans le monde. On parle de 1000md$ d’investissement. Les grandes voies du commerce transcontinentales (par exemple celles de la soie) se couvrent de chemins de fer. Nouveauté : les modes de transport ne sont plus concurrents mais interconnectés. Les Allemands sont très présents : on parle d’un « Berlin Shanghai », Hambourg équipe son « hinterland »… Mais où est la France ? me suis-je demandé.
- Le transport maritime a une mauvaise image mais il est essentiel (plus de 90% des volumes transportés). Il est en crise par excès d’offre. Son avenir ? Peut-être les autoroutes de la mer ? En tout cas le transport du charbon, qui est l’énergie de demain matin. Quant aux ports français, les plus gros sont à la centième place mondiale, coulés par le « conservatisme des professionnels ».
- Le Grand Paris. Je découvre que le projet avait pour but « d’analyser l’ouverture de Paris sur le monde », et d’éliminer ses handicaps. Un débat public a permis de découvrir qu’il venait en concurrence avec le projet Arc Express de la Région Ile de France, et qu’il ne répondait pas aux attentes des usagers (rénover les transports existants). Résultat louable : les hommes politiques concernés ont accepté de se parler, le projet est devenu Grand Paris Express, fusion des deux projets initiaux, et prendrait en compte les besoins des usagers. Ce miracle est-il dû aux talents d’animateur du changement du préfet Leblond, qui a dirigé le débat ?
En écoutant ces exposés, j’ai pensé, à tort ou à raison, que la France est en dehors du coup. Au moment où elle aurait besoin d’un afflux d’oxygène, son organisation sociale se comporte comme un nœud coulant. J’ai aussi pensé, une fois de plus, que le gouvernement communiquait mal. On n’entend parler que d’Islam, d’identité nationale… des projets apparemment utiles (Grand Paris) nous semblent une preuve de son incompétence. Ce qui est curieux est qu’au fond nous sommes probablement dirigés par une immense majorité de gens intelligents ayant une vision juste des problèmes du pays, pourtant nous sommes paralysés et nous donnons au monde une image de stupidité.
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