samedi 31 janvier 2009

Réveillons le dirigisme français ?

L’apathie du gouvernement est bizarre : le dirigisme français pourrait faire des miracles.

Que nous dit-on ? Que si l’on veut éviter la destruction de la planète, il faut moins de carbone, de pollution…

Or, on sait assez bien ce qu’il faut faire pour évitre cet avenir funeste. En outre, l’économie mondiale est à genoux et demande de l’aide. Aux destructions près, la situation est celle de l’après seconde guerre mondiale. Et si c'était le bon moment pour que le dirigisme français (dont les grands commis ont essayé de se transformer, à contrecœur, en fauves du capitalisme mondial) reprenne du poil de la bête ? Dépoussiérons le Polytechnicien ?

Un ami analyste me dit que les énergies renouvelables peuvent créer une grosse activité économique (je vais me renseigner). Le billet précédent parle du nucléaire. Mais il n’y a pas que cela : nos maisons sont mal isolées, j’ai entendu quelque part que les habitations suédoises consomment 25% d’énergie de moins que les nôtres (à climat non comparable !). Pourquoi ne pas faire comme Barak Obama ? Et pourquoi ne pas réinventer aussi automobile et avion ? Ils ne font pas que consommer, ils utilisent des matériaux dont la fabrication est extrêmement polluante. Et l’industrie du papier ? Pourquoi, mieux, ne pas revoir nos modes de vie. Je me souviens d’une mission menée pour le conseil régional d’Alsace, où l’on m’avait dit que, grâce aux technologies de l’information, il était possible d’amener les services publics à côté des administrés, et donc éviter à la fois aux employés (qui animaient des succursales locales et n’avaient plus à aller à Strasbourg) et aux dits administrés de se déplacer. Peut-être que quelques idées de ce type pourraient nettement réduire nos émissions polluantes ? Et fournir le stimulant dont l’économie a besoin ? Voilà un chantier pour nos grands esprits !

J’y vois aussi l’intérêt de passer du macro-économique (des investissements énormes qui se perdent en fumée, ou donnent peu à court terme), au micro-économique, à une intervention là où ça ne va pas.

Je m’interroge. Ne serait-ce pas un moyen de répondre au malaise français, qu’exprime peut-être notre Black Thursday (A time of troubles and protest) ? Les milliards d’Euros de relance, ça ne parle pas. Ce que j’aimerais, c’est que l’on me garantisse que mon emploi ne va pas trépasser. S’il existait des mécanismes qui permettent de donner un coup de main à ceux qui passent un mauvais moment, ça calmerait leurs angoisses.  

Compléments :

  • Le plan de Barak Obama, qui va dans la direction des idées de ce billet, mais avec un pays qui s’y prête moins bien que la France : Relance par l’investissement.
  • Pour adopter une telle politique, le Président de la république doit-il faire le deuil du plan qu’il voulait mettre en œuvre ? (Sarkozy en panne ?) Mais peut-être peut-il combiner ses idées d’efficacité avec une France plus dirigiste ? Peut-être ne s’agit-il que d’éliminer ce qui n’allait pas auparavant, sans le casser totalement ?

Boum nucléaire

Avant de rencontrer Areva, je ne m’étais pas rendu compte de l’énormité des perspectives de l’énergie nucléaire.

Nouvel intérêt pour la question. Et je retrouve un article de 2006 : The Nuclear Option: Scientific American, qui synthétise les travaux d’une commission d’enquête américaine (MIT) :

  • Il semblerait que pour éviter les effets néfastes de l’effet de serre, il faut réduire de 8 milliards de tonne les émissions de dioxyde de carbone, d’ici 2050. Tripler la capacité de production nucléaire permettrait une économie de 0,8 à 1,8 milliard de tonnes.
  • Ce triplement représente une production d’un million de Mégawatts, soit pas mal de centrales (elles produisent un millier de mégawatts, mais on envisage de plus petites tailles – 100 millions). Très bonne nouvelle pour AREVA qui semble dominer le marché.
  • En 2006, le nucléaire n’était pas compétitif face au pétrole et surtout au charbon. Les choses s’inversent si l’on fait entrer dans l’équation des primes à l’émission de dioxyde de carbone. De surcroît, les coûts de construction des centrales pourraient nettement décroître, avec les gains de productivité qui devraient accompagner leur généralisation (les coûts de construction pourraient être réduits de 25%, et la durée de 5 à 4 ans, par ailleurs le prix des équipements pourrait être ramené au niveau de celui des autres centrales).
  • Les risques ? Le texte n’est pas inquiétant. 

Les gouvernements doivent rendre l’avenir prévisible

Décidément Frank Knight, économiste des années 20 oublié jusqu’à peu, revient en trombe…

Olivier Blanchard, économiste en chef du FMI, le cite et reprend les idées de Ricardo Caballero (Nearly) nothing to fear but fear itself) : le monde est figé par la peur. Le banquier ne prête plus, le consommateur ne consomme plus. L’État doit rendre à nouveau le monde compréhensible. En prenant en charge ce que les banquiers croient risqués ; par une politique de travaux, qui garantit l’activité économique et l’emploi, etc.

En particulier tout le monde voulant des obligations d’état, l’état peut en produire beaucoup et s’en servir pour alimenter l’économie, là où personne ne veut aller. Indirectement les investisseurs investissent dans des actifs risqués.

L’idée est intéressante, c’est ce que les économistes appellent un arbitrage : le marché est effrayé, il donne une énorme prime à la sécurité et sous-estime radicalement tout le reste, qui est sous évalué. Il y a de bonnes affaires à faire, pour l’état, et pour ceux qui ne sont pas disloqués par la peur.

Compléments :

  • Texte de Ricardo Caballero sur les raisons et les solutions à la crise.
  • Dans son histoire de l’économie, Galbraith ne consacre que quelques mots à Knight (GALBRAITH, John Kenneth, L'économie en perspective, Seuil, 1989).

L’Asie en difficulté

L’Asie souffre.

Elle est victime d’un double mouvement. Elle était lourdement exportatrice. La chute de la consommation à l’Ouest est un coup dur. Malheureusement ce n’est pas le pire : la consommation interne est aussi déprimée, et ce depuis longtemps, notamment du fait de la récente augmentation des prix de la nourriture et de l’énergie, et de sévères politiques monétaires de contrôle de l’inflation. En pourcentage du PIB, la part des salaires est en recul constant !

Pour se tirer de ce mauvais pas, il est possible qu’elles aient à faire l’exact inverse de ce qu’elles ont fait jusque-là : pousser leur consommation interne. En augmentant les salaires, donc en arrêtant de favoriser les industries capitalistiques (qui emploient peu de main d’œuvre) ; en aidant les importations, et en réduisant les exportations, donc en augmentant les taux de change ! ; en établissant une politique de sécurité sociale qui permette une réduction de l’épargne de sécurité.

Compléments :

La France comme modèle ?

Dans la crise, le modèle français, naguère décrié, retrouve des couleurs (Claire Guélaud, Le Monde du 30 janvier) dresse un tableau flatteur de l’efficacité de notre modèle économique :

En comparaison avec ce qui se fait ailleurs, il semblerait que l’on découvre brutalement que notre système marche vraiment bien : protection sociale (avec redistribution d’un tiers du revenu moyen), système de retraite, déficit budgétaire, tissu économique (qui a su garder son industrie), système bancaire.

Heureusement que la crise est survenue : ce que l’on loue maintenant, hier devait disparaître.

Sarkozy en panne ?

vendredi 30 janvier 2009

Sarkozy en panne ?

Article de Françoise Fressoz du Monde.fr (Nicolas Sarkozy face au syndrome du pays régicide, 28 janvier).

Nicolas Sarkozy doute. Il semble avoir crû que le passage en force était possible, que ses prédécesseurs, échaudés par 68, étaient trop prudents. Il suffisait d’annoncer des réformes, puis de les appliquer.  Et il pensait savoir les réformes dont la France avait besoin. Au début, tout s’est passé comme prévu. Plus maintenant.

Il paraît piégé : il ne peut pas répondre à l’inquiétude en expliquant que « avec son État omnipotent et ses amortisseurs sociaux, la France n’est pas le pays le plus mal armé pour résister à la crise », parce que cela va « à l’encontre de ce qui avait été dit pendant la campagne présidentielle ».

Je me demande si le Président de la République ne se trompe pas :

  1. Il n’est pas possible de prévoir l’avenir. Il faut s’y adapter. Première erreur. 
  2. Seconde erreur : lorsque le passage en force marche, c’est qu’il a détruit ce qui était essentiel à l’édifice.
  3. Je soupçonne que le président de la République a été élu pour sa capacité à mettre en œuvre le changement, pas pour son programme (qui l'a compris ?). Je crois qu’il ferait bien de balayer ses idées préconçues, de ne pas parler en termes de solutions, mais de problèmes, et de discuter avec nous des moyens de les résoudre. Les Français sont des adultes.

Du bon usage de Nicolas Sarkozy

Cause de la crise : le grand déséquilibre

La crise viendrait du mécanisme suivant. Les pays émergents ont retenu de la crise de 97, qui a ravagé le sud-est asiatique, que, pour se protéger des crises, il faut épargner. Pour placer leur épargne, ils investissent sur le marché financier américain. La demande de placements sûrs dépasse l’offre, et l’Amérique se met à inventer des placements pseudo sûrs. Ils ne le sont pas : crise.

Réflexions :

  • Pourquoi la Chine n’a pas été victime des dits placements « pseudo sûrs » ? Probablement parce qu’elle a investi dans ce qui était réellement sûr : les dettes de l'état américain, par exemple. Ce qui signifierait que le reste du marché (notamment les fonds de pension) n’a plus eu que du dangereux à acheter. Non seulement les pays émergents ont suscité la naissance d'une offre risquée, mais en plus ils ont coupé au reste des investisseurs l’accès à ce qui était sans risque !
  • Nouvel échec de la théorie économique. Elle affirme que quand la demande augmente, le prix de l’offre croît. Ce n’est pas le cas. Quand la demande croît, l’offre s’enrichit de produits dangereux, le marché triche.
  • Le déséquilibre se maintient. Une relance par la consommation ne semble pas donc intelligente : la consommation tend à aller vers des produits des pays émergents, donc à entretenir le cercle vicieux. Le problème est plus l’emploi que le pouvoir d’achat. Il vaut probablement mieux que l’Ouest développe sa capacité de production propre (donc son infrastructure), qui fournit de l’emploi, et force indirectement les pays émergents à taper dans leur bas de laine pour soutenir leur économie, et donc à réduire le grand déséquilibre.

Compléments :

  • Sur le mécanisme de la crise : The Economist en petite forme.
  • Sur le mécanisme de triche : Crise financière et lait frelaté.
  • Dans mon premier livre, j’ai donné un autre exemple de l’inefficacité du modèle classique de l’offre et de la demande : quand des entreprises sont en concurrence parfaite, il est rationnel qu’elles trichent et proposent des prix qui sont au dessous de leurs coûts, histoire d’éliminer leurs concurrentes. Si bien que toute l’industrie crève. 

jeudi 29 janvier 2009

La France soigne son image ?

Que penser de ce « jeudi noir » ? 

Il semble être extrêmement populaire puisque deux sondages disent que même les sympathisants de droite lui sont favorables en majorité. D’un autre côté, tous les gens qui sont autour de moi l’ont découvert récemment. Ils ont découvert, en même temps, qu’il était populaire. Je fréquente un segment non représentatif de la population ? Tellement peu représentatif que même les enseignants qui s’y trouvent étaient surpris ?

Comme prévu RFI est en grève. Mais pas le métro. Les lignes proches de chez moi roulent à raison de deux rames sur 3, alors que jusqu’ici toutes les grèves les fermaient totalement, ou presque (j’habite une sorte de Triangle des Bermudes de la RATP). Je m’attendais à faire de la marche à pieds. Des collègues me disent que tout va correctement, et qu’il n’y a pas un chat dans Paris !

Pour essayer d’en savoir plus sur ces sondages, j’ai cherché des informations sur Internet. J’ai trouvé quelques blogs de journaux. Pas grand-chose sur le détail des sondages. Je pensais que les commentaires m’expliqueraient la nature des inquiétudes qu’ils manifestaient. Ce qui m’a surtout frappé est que la plupart de ceux que j’ai trouvés étaient opposés à la grève, et même très virulents. Les arguments favorables me semblaient assez théoriques et conventionnels (« défense du service public »), sans beaucoup d’émotion. En tout cas, rien de ce que je cherchais.

J’entrevois une explication. On apprend lorsque l’on fait des sondages que ceux qui s’expriment spontanément sur un sujet sont ceux qui sont particulièrement motivés par lui (c’est un échantillon biaisé). Il est donc possible que les personnes gênées par la grève (= suffisamment motivées pour écrire un commentaire) soient très énervées, mais qu’elles soient relativement minoritaires. Et que la grève ne déchaîne pas d’enthousiasme communicatif chez ceux qui lui sont favorables.   

Je n’ai toujours pas compris ce que cette grève exprimait réellement. Serait-ce une réaction au billet précédent ?

Quand la Présidence tchèque a voulu construire une œuvre d’art à l’image de l’Europe elle a cherché ce qui représentait le mieux chaque pays. Pour la France ? La grève. Des billets comme le précédent nuisent à cette image. Quelle meilleure réaction que d’organiser un « jeudi noir », d’arrêter l’économie, en plein milieu d’une crise ? Et « Jeudi noir », n’est-ce pas bien trouvé ? Black Thursday est le nom du début du Crash de 29. Ça parle immédiatement à tout Anglo-saxon, et probablement même aux Allemands. Contrairement à l’Anglo-saxon (Greed and Fear), le Français rit des crises, il aimerait même pouvoir les provoquer ?

Qui dira après cela que nous ne savons pas communiquer ?

mercredi 28 janvier 2009

Le Parisien deviendrait-il sympathique ?

Are the Chinese turning the French into Danes? l'affirme.

Une campagne de la mairie de Paris aurait convaincu le Parisien que le seul moyen pour que son industrie touristique résiste à la concurrence chinoise est de devenir sympathique.

L’auteur regrette la disparition d’un art de vivre centenaire.

Affaire à suivre.

L’Etat comme assureur de l’économie

Ricardo Caballero explique que l’état doit décharger les banques de l’incertitude.

Les banques américaines étant susceptibles d’être paralysées par la peur, l’Etat doit jouer le rôle d’assureur en cas d'incertitude imprévisible.

Ricardo Caballero pense qu’ainsi l’économie pourrait éviter la rétraction que l'on dit inévitable. Débarrassée de l’inquiétude, l’économie reprendrait sa vie, là où elle l’avait laissée.

L’idée est un peu étrange. En effet si l’on regarde la théorie de Knight, à laquelle Caballero se réfère, celui qui assure les membres de l’entreprise contre l’incertitude doit récupérer en échange ses profits. Les banques ne feraient plus de pertes et de profits. L’état jouerait donc le rôle de l’entrepreneur, ce qu’il ne sait pas faire. Ce qui semble plus dans ses cordes est une économie dirigée, avec banques nationalisées. Mais ce système ne marche pas très bien hors des périodes de crise. En outre, il peut être pris de tentations incompatibles avec les libertés individuelles.

Compléments :

Chine et Japon : sortie de crise rapide ?

Ce qui semble vertueux aujourd’hui était ce que The Economist dénonçait hier (Early in, early out et Strong as an ox).

  • La Chine devrait se tirer mieux de la crise que ce qui avait fini par se murmurer. Son secret ? La mainmise de l’état sur l’économie. Les banques lui appartenant, elles n’ont pas de vague à l’âme, elles prêtent à qui on leur demande de prêter. Les entreprises d’état n’ont plus le droit de licencier.
  • Quant au Japon, 50% de sa production part à l’exportation. Et elle est spécialisée en électronique et automobile. D’où récession brutale. Mais l’amortisseur social japonais devrait permettre au pays de se redresser rapidement. En particulier les retraités qui prêtaient main forte à l’économie vont revenir à la maison, et ainsi éviter la croissance du chômage. L’avenir semble devoir être peu glorieux : le ressort est cassé, le pays est vieux, il boîte. 

The Economist en petite forme

Commentaire sur un dossier traitant du système bancaire.

The Economist, jadis le champion du libre échange, n’est qu’à un pas du communisme. Il défend le capitalisme par habitude. Le cœur n’y est pas. Nationalisation est partout. Pour sauver la face ? Le journal demande à ce que cette nationalisation ne dure pas trop.

L’analyse de la crise reprend ce qui est apparu ailleurs dans ce blog. Les pays anglo-saxons ont été victimes d’un énorme afflux d’argent qui, comme d’habitude dans ce cas, a suscité une spéculation. La source de ce flux sont les économies des pays en développement qui, échaudés par la crise de 97, ont pensé qu’ils devaient se protéger en accumulant autant qu’ils pouvaient.

Ce qu’il y a peut-être de plus inattendu dans cette analyse est la description du système financier comme un mécanisme à très haut risque, quasiment impossible à maîtriser : « la finance moderne est défectueuse, instable et susceptible à l’excès ».

Il semble impossible d’éviter la crise, que n’importe quoi peut susciter, l’innovation bien sûr, mais même la stabilité qui fait que les prudences s’endorment. Et une fois que c’est parti, plus possible de freiner : « le système élimine ceux qui réfléchissent pour les remplacer par ceux qui croient ». Et alors c’est un concours d’effets pervers. J’en ai découvert de nouveaux. Par exemple un phénomène appelé « réflexivité » : quand tout le monde croit que quelque chose est juste, elle devient fausse. Autre exemple : quand on tente d’éliminer le risque, on le rend plus imprévisible et dangereux.

La finance est éminemment instable parce que « une telle part du métier et de prendre des paris ». « La finance se nourrit de confiance et de défiance et amplifie celui qui croît ».

Que faire ? Pas de solutions très claires « un mélange de stabilité imposée par l’état et d’initiative privée ». Il semble que le mieux que l’on puisse espérer est de « choisir son type de crise ».

mardi 27 janvier 2009

Économie et irrationalité

Évolution des théories économiques.

La théorie économique orthodoxe part du principe que l’homme est rationnel, c'est-à-dire qu’il prend des décisions parfaites. Depuis des années cette idée est attaquée. Mais l’édifice ne vacille pas réellement. Jusqu’à cette crise.

D’un seul coup, l’économiste considère que l’homme est totalement irrationnel.

Rationalité et crise estimait que les investisseurs avaient des seuils ; que la crise leur a fait dépasser ces seuils, si bien qu’ils sont perdus. Il faut leur créer de nouveaux seuils.

Le billet précédent exhume la différence entre risque et incertitude de Frank Knight. L’idée est élégante. Le risque est modélisable par une loi de probabilité. L’incertitude est totalement incertaine. Pour Knight le rôle de l’entrepreneur est d’absorber l’incertitude et c’est pour cela qu’il reçoit un « profit », ce qui reste après que la rémunération du prévisible soit payée. (En gros le profit reçu par Bill Gates, c’est sa fortune moins le salaire dû à un dirigeant).

Pour Ricardo Caballero les investisseurs sont paralysés par l’incertitude. Ordinairement ils l’ignorent. Mais quand elle survient, ils la croient la règle absolue (i.e. la crise ne pourra pas avoir de fin). Comme dans le cas précédent, il faut les débloquer par un gros choc, pour les ramener dans un environnement prévisible.

C’est pourquoi il y a un consensus entre gouvernants et économistes pour annoncer d’énormes plans de relance.

Compléments :

  • Ces théories semblent aller dans le sens d’une de mes constatations : les dirigeants actuels (et les investisseurs) sont des « managers » et pas des « leaders » (ou des entrepreneurs). Voir Qui sont nos dirigeants ?
  • Pour Benoit Mandelbrot, il n’est pas question d’incertitude, mais de risques mal modélisés : Le financier face au risque.
  • Le point commun entre les économistes est qu'ils ont de totales certitudes. Et qu'ils n’hésitent jamais à risquer nos vies pour leurs idées. Aussi, ils ne jurent que par la psychologie : ils n’ont pas encore découvert que l’homme appartenait à une « société » (et donc qu’ils devraient étudier la sociologie – voir une application dans : Crise financière et lait frelaté). 

lundi 26 janvier 2009

Crise financière et lait frelaté

Ricardo Caballero, du MIT, explique la crise (A global perspective on the great financial insurance run : Causes, consequences, and solutions (Part 1), www.vox.eu 23 janvier 2009) :

  • Premier acte : le monde a énormément d’argent à placer. Mais ne trouve pas où investir. D’autant plus qu’il cherche ce qu’il y a de plus sûr.
  • Acte II : les financiers créent massivement du produit sûr, en faisant des mélanges de plus en plus inextricables de réels placements sans risque avec des subprimes.

Cela rappelle le scandale du lait frelaté chinois : le paysan n’arrive pas à répondre à la demande, alors il met des additifs dans son offre. Mort de nourrissons.

Application du modèle d’adaptation de Merton : un changement brutal met l’homme en face d’une problématique à laquelle sa culture l’a mal préparé. Elle lui fixe des objectifs inatteignables (devenir riche, vite), et elle lui impose des moyens peu pratiques pour cela (fournir des placements sans risque, ou traire des vaches), alors il « innove » (au sens de Merton), c'est-à-dire qu’il triche avec le moyen.

Solution du mal ? Faire évoluer la culture. Choisir des objectifs raisonnablement accessibles (vivre confortablement), et procurer des moyens pour ce faire d’utilisation peu compliquée. En particulier, l’homme seul a une faible capacité de résolution de problème, le groupe est nettement plus efficace ; rompre l’isolement de l’homme diminue le risque qu’il fait courir à la société. 

La présentation du modèle de Merton : Braquage à l'anglaise. Allusion à l’épisode du lait frelaté : Bernard Kouchner et les droits de l’homme.

dimanche 25 janvier 2009

La malle de Singapour

En 1930 Hong Kong, c’était l’exotisme, les jonques et le danger. Et de vieux Anglais, qui se sentaient chez eux dans cette Chine « qu’ils avaient créée ».

Jean Harlow y joue une pécheresse au grand cœur (il semblerait que le terme technique soit « floozy », et qu’il se soit appliqué à tous les rôles de sa courte vie), qui tire Clark Gable des griffes d’une aristocrate anglaise raffinée.

Renversement de valeurs ? D’ordinaire la pécheresse trouve la rédemption dans une bonne action qui lui est fatale, mais ne part pas avec le gros lot. Ou rêve américain ? Une femme qui a le courage de quitter son pays, sans rien, à la conquête de l’Est. Sa morale est un peu chancelante, mais elle est là quand il le faut. L’Américain tel qu’il aimait se voir ?

Insondables mystères de l’économie

Pourquoi l'économie devrait-elle se contracter ?

Un consensus se dégage, comme quoi l’économie a vécu au dessus de ses moyens (Dégonflage de l’économie ?, Etat de l’automobile mondiale). Il va dorénavant falloir produire et consommer moins.

L’économiste Jean-Baptiste Say se retourne dans sa tombe. L’économie est un échange : plus les entreprises produisent, plus leurs employés gagnent, plus ils achètent. Cercle vertueux. Produisez toujours plus, n’importe quoi même. Exemple des subprimes : prêt à des insolvables, ils achètent une maison, cela fait grimper le prix de l’immobilier ; grâce à ces gains, ils peuvent à nouveau emprunter, cette fois-ci pour consommer.

Malthus n’était pas d’accord : manifestement, comme aujourd’hui, il y avait des moments où le monde avait trop produit.

Une piste possible. Y aurait-il des limites culturelles à ce processus ? Passé un point la tentation de ne pas respecter les règles du jeu est irrésistible : le consommateur est las de consommer ? Les classes dirigeantes accaparent plus qu’elles ne devraient ? Certains pays accumulent au lieu de dépenser ?

Les crises sont-elles la conséquence de ce phénomène ? Une tentative un moment victorieuse de donner raison à Jean-Baptiste Say, puis le retour à la réalité (donc recul brutal) ?

Capitalisme de don Quichotte ? Doute. À chaque vague, certains s’enrichissent. Certains restent à zéro. Si bien que lorsqu’elle déferle les premiers perdent un peu de hauteur, mais les autres se noient.

Compléments :

BBC assiégée

Les temps changent. Il y a quelques années, on reprochait à la BBC son attitude hostile au capitalisme. Aujourd’hui on s’indigne qu’elle ne relaie pas une demande de donnation aux victimes des derniers affrontements en Palestine.

Son argument ? La BBC se doit d’être impartiale, et elle pense que diffuser l’appel ressemblerait à une prise de position.

Que lui dit-on ? Que son indépendance n’est valable que tant qu’elle ne s’oppose pas à ce qui est manifestement juste.

Pour en savoir plus, un article de la BBC : BBC resisting pressure over Gaza.

La grande manipulation

Quand j’ai démarré le travail qui a conduit à 3 livres et à un blog, mon ambition était petite : parler de techniques de conseil en management. Je ne savais pas où cela allait me mener. Parmi mes découvertes : le détournement des concepts fondateurs de notre culture occidentale.

Les philosophes des Lumières voulaient la victoire de la « raison », l’homme utilisant son cerveau pour décider, seul. Il se dégageait de la dictature des conventions. Le progrès c’était l’émergence progressive de la raison. Le processus du progrès ? La confrontation permanente avec le néant, l’incertitude, nécessaire au mécanisme même de la pensée. Elle est remise en cause, la destruction d’une certitude par une autre.

Aujourd’hui, il semble que deux tendances s’affrontent, qui ont, sur le fond, le même effet.

  1. Pour la pensée anglo-saxonne, qui nous influence grandement, le choix rationnel, c’est obtenir ce que l'individu désire. Le progrès ? La marche de la technologie, qui accumule le bien matériel, et nous endort dans la béatitude d’un avenir tout tracé. La démocratie ? Le libre échange ! Et nos décisions ? Les sciences du management sont, le plus officiellement du monde, des sciences de la manipulation. Les écoles de management enseignent comment utiliser les sciences humaines pour faire nos quatre volontés. Soit en utilisant les lois de notre culture pour déclencher chez l'homme le réflexe désiré, soit, au contraire, en les modifiant pour mettre la société à son service (c’est le rôle de la télévision et de la publicité). Résultat ? Ceux qui ne peuvent se défendre contre cette influence sont transformés en « consommateurs ». La culture qui était supposée infléchir l’instinct pour conduire au bien de l’humanité est maintenant faite à l'image des vices de certains.
  2. Tout Charybde a son Scylla, semble-t-il. Tout TF1, son service public. Notre élite intellectuelle, appuyée par la presse, nous dicte nos idées. Que l’homme prétende penser est indécent. Un événement survient ? L'individu doit avoir une opinion spontanée. Il doit savoir, et savoir comme ceux qui savent qu’ils détiennent la vérité.

Ces deux forces sont convergentes. Elles vont à l’exact opposé de ce qui définit notre civilisation, peut-être même depuis les Grecs : la libre pensée individuelle. Est-ce une étape nécessaire ? Le premier réflexe de celui qui pense par lui-même est d'imposer sa pensée à l’autre ? Sommes nous les petits soldats de deux communautés, sœurs et ennemies, des « libres penseurs » les plus évolués, qui détiennent les leviers du pouvoir et s’affrontent pour la domination du monde ?

Les étapes de ma réflexion :