samedi 10 avril 2010

Angela Merkel

Depuis qu’elle a un allié à son goût, rien ne va plus pour Angela Merkel :
Paradoxalement, la coalition de droite qu'elle espérait et qu'elle dirige depuis quelques mois est un piège. Elle place la chancelière conservatrice dans une situation plus délicate qu'elle ne l'était lors de son premier mandat, à la tête d'une grande coalition avec son traditionnel adversaire social-démocrate (SPD). Elle qui excellait dans l'art du grand écart prenait prétexte de son adversaire-partenaire pour justifier son équilibre indécis. Elle y gagnait l'appui des puissants syndicats. Elle se trouve désormais titillée sur la droite par deux alliés encombrants : les libéraux du FDP et les conservateurs non-libéraux de l'Union chrétienne-sociale (CSU).
Ces difficultés expliqueraient son intransigeance à l’endroit de la Grèce : elle veut regagner l’estime populaire.

Curieux. La pensée de Mme Merkel aurait-elle besoin d’opposition et de temps pour se former ? Elle utilise le groupe pour penser ?

Compléments :

Sauver l’Amérique

The Economist se demande comment sauver l’Amérique.

L’Amérique est présentée non comme le pays dont le comportement irresponsable est à l’origine de la crise – opinion du gros de la planète, mais comme celui qui a tiré le monde par sa consommation. Nous avons tous profité de sa générosité.

Maintenant, l’Amérique doit exporter. Elle redécouvre les bénéfices de l’industrie, le protectionnisme et le rôle de l’État, et la fragilité des activités de service, menacées par des concurrents émergents. Des raisonnements que l’on avait oubliés resurgissent :
les (coûts du travail) comptent beaucoup moins dans les processus qui demandent des investissements lourds tels que la fabrication où la valeur d’un technicien ou d’un ingénieur pourrait dépendre de son efficacité à utiliser un outil de 70m$. Si un ingénieur plus productif peut obtenir 2% de plus de cet outil « ça vaut beaucoup d’employés ».
Alors, comment relancer l’économie américaine ?
  • À court terme, ce sont les entreprises qui exportent déjà beaucoup qui doivent exporter encore plus. L’État doit repérer celles à qui il manque peu pour pouvoir exporter, et leur donner un coup de pouce. Rares sont celles qui réussiront, mais elles suffiront au bonheur du pays.
  • Il serait plus efficace de jouer sur l’offre que sur la demande : s’il y a de la demande pour un produit (par exemple clean tech), l’industrie qui doit la satisfaire se développe. Le gouvernement devrait subventionner la demande et favoriser une baisse des taux de change, pour pousser les exportations.
Recettes qui ne doivent pas marcher que pour l'Amérique...

Compléments :
  • Un dossier est consacré au sujet. Action de l’Etat : Work to be done. Sources de performance économique : Trying harder. Export or die, la question des exportations. Introduction: Time to rebalance
  • Un graphique montre que le taux de change effectif du dollar est déjà quasiment au plus bas depuis plus de 30 ans…

vendredi 9 avril 2010

Pathologie organisationnelle

L’avocat du syndicat SUD, semble retrouver le raisonnement de Durkheim : le suicide est un fait social. Il en déduit que ceux qui sont à l’origine de l’organisation de France Télécom sont à l’origine de la vague de suicides qui y a eu lieu.

Voici ce que l’on disait de cette organisation :
(…) c'est l'individualisation à tout crin qui a coupé la coordination [entre personnels, qui aurait pu éviter des changements néfastes]. Quelques exemples (…). Une décision sans concertation dit qu'un service est réorganisé, tout le personnel de ce service doit postuler sur le poste qu'il occupe s'il veut rester dans le service. Dans cette restructuration on supprime un ou deux postes. Résultat chacun postule et le collègue devient un adversaire pour le poste. Au final, les plus faibles sont exclus du service et on recommence.
D'autre part, la loi dit que l'employeur doit fournir du travail à ses salariés, chez (France Télécom) c'est l'inverse, la direction demande de chercher du travail. Tout est individualisé (évidemment les salaires, promotions, primes, formation, etc.) ce qui rend encore plus difficile ce changement pour des fonctionnaires habitués aux grilles indiciaires.
Pour la coordination, la moyenne d'âge de FT est de 51 ans, avec les services nationaux (...)  qui ont une moyenne d'âge de 41 ans. Ceci veut dire que les services des directions territoriales ont des moyennes de 53 ou 54 ans avec majoritairement des fonctionnaires. Les principaux problèmes de souffrance et de suicides sont dans ces services (…). Dans tous les projets de réorganisation la partie d'accompagnement se limite à la formation. Un exemple sur une réorganisation, ou un site était fermé et le service envoyé à 30km. Dans les personnes impactées se trouvaient des divorcés avec une garde alternée. Du fait de la mobilité ils perdaient cette garde alternée. La direction est tombée des nues quand les syndicats ont présenté le cas. Elle n'avait pas imaginé ce type de problèmes.
[Des syndicats] À FT, les salariés sont plus syndiqués que dans la moyenne nationale, les grèves sont souvent suivies (taux de plus de 25% de grévistes) mais (…) le personnel (et les syndicats) pense qu'il ne peut pas changer les choses, la machine à broyer est trop puissante, les décisions ne sont jamais arrêtées ou amendées, les syndicats n'obtiennent jamais rien dans les négociations (…). Cela a affaibli les syndicats, à quoi peuvent-ils servir, ils n'ont pas de contre-pouvoir dans les négociations?
La seule arme des syndicats et ils l'utilisent et elle fonctionne, c'est l'inspection du travail et la justice. FT est régulièrement condamnée pour des pratiques illégales, les inspecteurs du travail viennent de plus en plus aux réunions de CHSCT et dès qu'ils reçoivent des courriers des syndicats sur des problèmes, ils interviennent très rapidement dans l'entreprise.
Ces techniques de management rappellent celles qui avaient cours à la même époque aux USA. Leur idée directrice, telle qu’exprimée par les consultants et les universitaires, était d’installer le marché dans l’entreprise. C’est ce que l’on voit ici : d’un côté la demande, de l'autre l'offre. Ces techniques dissolvent le lien social et rendent donc impossible la résistance au changement. (D'où leur efficacité.)

Indirectement, SUD chercherait-il à faire condamner le marché comme pouvant nuire au bien être humain ?

Compléments :

La science tuée par l’évaluation

« Partout où il y a indicateurs de performance, il y a encouragement à produire l’indicateur plutôt que la performance (…) beaucoup d’articles publiés dans les meilleurs journaux (scientifiques) sont écrits pour être comptés plutôt que pour être lus ».

Effets pervers : copinage, conformisme, autocitation (auteurs et journaux), résultats tronqués. Les premières victimes du système sont les politiques, qui croient pouvoir s’appuyer sur les experts que désigne ce système d’évaluation.

Compléments :
  • Curieux à quel point le ritualisme peut s’emparer des activités humaines, y compris de celles dont la raison d’être est la rationalité.
  • L’OMS en aurait-il été victime ? H1N1 : pandémie négative.

jeudi 8 avril 2010

Mauvais temps pour les éditeurs

Les éditeurs sont attaqués par les livres électroniques (« 25% des ventes aux USA dans 3 à 5 ans » ?), les téléphones mobiles… Bouleversements en perspective...
Les éditeurs qui survivront à ce qui s’annonce comme une transition périlleuse seront ceux dont les patrons et les employés peuvent apprendre vite à penser comme des impresarios multimédias plutôt que comme des fournisseurs de prose parfaite.
Pas tout à fait d’accord. Comme pour la presse, je crois que les survivants de l’édition auront redécouvert l’essence de leur métier. Et ce métier, s’il n’est pas le papier, c’est la qualité du contenu. En quelque sorte, c’est la « prose parfaite ». C'est aussi la promotion de cette prose.

Et c'est justement ce que certains (http://www.tor.com/) semblent avoir compris : ils utilisent le web social pour créer des communautés de passionnés.

Compléments
  • L’article : E-publish or perish. Les techniques qui s’appliquent aux environnements incertains : Se diriger dans l’incertain.
  • Les libraires, sont eux aussi dans une mauvaise posture. En plus des supports électroniques, ils doivent affronter Amazon (qui aurait saisi 19% du marché américain) et ses concurrents. Le salut serait dans l’offre de nouveaux services (exemple d’un centre de vacances littéraire). Edited out.

L’Angleterre et l’Europe

« Durant mon existence, tous nos problèmes sont venus de l’Europe continentale, et toutes les solutions sont venues des nations anglophones du monde » (Margaret Thatcher). 

Pour l'Anglais, l’UE est une puissance bureaucratique malfaisante qui emprisonne sa liberté. D’ailleurs, l’Angleterre, à commencer par son élite, ignore tout de l’Europe : « Les gens peuvent arriver au sommet dans les médias, dans les affaires ou à la Cité sans ne rien savoir de l’Union Européenne ». Et les conservateurs, qui pourraient bientôt gagner les élections, sont particulièrement mal équipés pour y travailler. Non seulement le système de compromis qui est le mode de fonctionnement naturel de l’Europe leur semble « étrange », mais, en s’étant placés dans un parti eurosceptique, ils se sont coupés de leurs équivalents européens.

Il est difficile de comprendre pourquoi les Anglais ne font pas sécession. En tout cas, s'ils y demeurent, ils veulent l’élargissement de l’Europe, afin d'en faire une zone de libre échange (l’entrée des très libéraux pays de l’Est fut une bénédiction). Ils veulent protéger la Cité de toute réglementation. Ils veulent que leur « parlement ait l’autorité ultime » (pas l’Europe). Ils veulent une exemption de la législation sociale et de l'emploi, de la charte des droits fondamentaux…

Ceci est non seulement contre l’esprit européen, mais, s’il était accepté (et il l’est au moins en partie !), on aurait là une concurrence déloyale vis-à-vis des autres populations européennes.

Je soupçonne que pendant longtemps les gouvernements européens se sont accommodés de cette position, qui leur convenait. Mais que la crise les force à un retour aux valeurs sociales de l’Europe.

L'Europe est un jeu de dupes, entre peuples, et entre électeurs et élus. Elle a été construite à la manière où la politique se conduit en France : en introduisant en douce des mesures qui vont à l’encontre des idées de la nation. Et, comme en France, on se retrouve avec un résultat bancal. Ne serait-il pas temps
  1. que chaque camp se demande s’il est mieux seul ou avec les autres ?
  2. Et, s’il veut appartenir au groupe, qu’il y ait enfin un débat sur ce que nous croyons les uns et les autres, mais aussi gouvernements et peuples. Par exemple, voulons-nous faire de l’Europe une zone de libre échange, voulons-nous renoncer aux droits de l’homme ?... Pourquoi ?

Compléments :

Un carnet de bal

Film de Julien Duvivier, 1937.

Mon vernis culturel me faisait croire à un classique. Mais ai-je vu un chef d’œuvre ? C’est une succession de sketches par des super stars de l’époque. Chacune joue son rôle favori (mon préféré est Jouvet). Et c’est interminable. Alors qu’il me semble que ça se voulait désabusé et léger. 

mercredi 7 avril 2010

Sources de la haine française ?

Je tire le fil de mon idée précédente. Qu’est-ce qui explique la haine que le Français voue au Français ?

Si j’en crois mon expérience du changement, ce que je vois dans l’entreprise, cette haine vient d’un dysfonctionnement organisationnel de notre société. Nous ne parvenons pas à faire ce que nous croyons être notre mission, et nous accusons les autres de nos échecs.

Quel dysfonctionnement ? Une piste à creuser. J’anime un club de dirigeants. J’avais imaginé un fonctionnement extrêmement simple qui permette des rencontres sans demander aucun travail, aucun engagement à chacun. À ma grande surprise, les membres du club veulent en faire une communauté, s’engager dans des actions ambitieuses. Et arrive ce qui devait arriver : personne ne faisant rien, échec piteux des grandes idées, et l’on accuse les autres de nous avoir déçus. (Et l'on m'encourage à sévir.)

Le Français est un homme de théories élégantes et pas de pratique. Il est formé pour être ainsi. Du coup, il en veut à ses semblables de l’échec de ce qui lui semblait évident.

Comment rendre le Français sympathique ? Pour que mon club fonctionne, il faudrait un infime effort de chacun (en gros contribuer à la vie d’un blog). Le jour où il s’y contraindra, le groupe fonctionnera et il donnera à ses membres infiniment plus que ce qu’ils lui ont donné. C’est peut-être pareil pour nous, Français : contribuer au bien de la nation, dans la mesure de nos capacités, corrigerait peut-être ses dysfonctionnements et permettrait la réalisation de nos belles idées. Nous aurions alors de l’estime pour notre équipe qui gagne. 

Logique du collabo ?

En ce moment je rencontre systématiquement l'étrange comportement suivant :

Réformes du gouvernement. Opposition farouche de barons. Soudainement un baron décide de jouer le jeu du gouvernement. On découvre alors qu’il demande de faire à des baronnets ce qu’il reprochait au gouvernement de lui faire.

Ce faisant, il s’est coupé de ses alliés naturels et peut avoir compromis définitivement ses chances de survie.

J’ai fini par me demander s’il n’y avait pas ici une caractéristique de la société française. La haine que nous ressentons pour notre prochain. Elle pourrait expliquer la logique du collabo, ce phénomène français que le monde a tant de mal à comprendre :

Le pouvoir est pris par un être haï, mais vengeur. Le dit pouvoir dénonce les turpitudes françaises et annonce qu’il va les punir : nous reconnaissons notre diagnostic dans le sien et lui indiquons sur qui frapper. 

mardi 6 avril 2010

L’homme plutôt que la société

Vieil article sur la « guerre des talents », doctrine de McKinsey, avec Enron pour champion. Elle voulait que l’homme soit tout, l’organisation rien.

Curieux, mais Enron fut décidément le pionnier de toutes les modes à l’origine de la crise, qu’il s’agisse des innovations financières (notamment des emprunts que l’on fait passer pour des revenus, ou des véhicules hors bilan), ou de traiter les employés comme des stars. Dommage que sa chute ait été jugée trop ignominieuse pour mériter d’être étudiée comme un mal national.

Amusant aussi comme les idées reçues peuvent évoluer rapidement. Au début de ma carrière on disait que « nul n’était irremplaçable »… 

Velib

Je vois le Velib avec des yeux neufs :

Dans un monde où l’on veut réduire la pollution, la production… tout ce que l’on possède et utilise peu pourrait être loué. Les emplois de production seraient ainsi transformés en emplois de service (opérateurs des systèmes d’information qui gèrent le système, réparateurs, livreurs…).

Compléments :

Laissez-faire anglais

L’Angleterre semble l’économie la moins protégée au monde. Ses entreprises se faisant absorber les unes après les autres, avec risque de délocalisation et de perte de savoir-faire national, elle s’interroge sur la validité de cette politique. Intéressantes considérations de The Economist :
  • Même les entreprises américaines sont plus difficiles à acheter que les anglaises.
  • L’Angleterre posséderait beaucoup de multinationales, héritage de son passé colonial. Mais l’actionnariat de celles-ci serait éparpillé (disparition depuis longtemps de l’actionnariat familial). Ce qui les rendrait à la fois prudentes dans leur gestion et des proies faciles.
  • Cependant, l’expérience semblerait indiquer que l’acquisition d’entreprises anglaises par des étrangers n’est pas mauvaise pour le tissu économique local. Certaines ont pour objet le marché en Angleterre et restent donc sur place. Les acquéreurs étrangers peuvent développer les compétences de leurs employés et apporter un savoir faire de gestion nouveau. L’Angleterre continue à attirer des quartiers généraux… Conclusion :
Éducation et compétences, plutôt que le protectionnisme, sont toujours la meilleure façon de sauvegarder les emplois anglais quand des acheteurs étrangers viennent nous rendre visite.  
  • Mais le réel argument en faveur du laissez-faire ne serait-il pas celui-là :
Empêcher les acquisitions pour protéger les emplois anglais saperait le soutien ancien du pays à un marché libre d’acquisition de sociétés, et à la liberté des marchés, plus généralement, ce qui ferait de l’Angleterre un endroit moins favorable aux affaires.
Idéologie ? Pas sûr. Ce n’est peut-être pas un argument absolu en faveur de la liberté des marchés. Mais plutôt un argument relatif. L’Angleterre est la porte d’entrée du marché européen, sans présenter les contraintes continentales. Pour les multinationales, l'Angleterre c’est les bénéfices de l’Europe, sans ses inconvénients. Si l'Angleterre est un pavillon de complaisance, elle n’a peut-être pas besoin de sa propre flotte. 

lundi 5 avril 2010

H1N1 : pandémie négative

Il semblerait que la grippe H1N1 ait pris la place de la grippe usuelle. Combinées elles ont tué moins de monde qu’à l’habitude.

Mais l’erreur a eu des conséquences économiques sérieuses et pourrait prédisposer la population à réagir incorrectement à la prochaine alarme.

Raison de cette déroute ? L’OMS n’a pas évalué le niveau exact du danger avant d’alerter la planète. Conclusion de l’article :
Les décisions contestables de l'OMS montrent que ses responsables sont soit trop rigides soit incompétents, soit les deux, pour apporter les modifications voulues au système d'alerte de pandémie - ce qui ne surprend plus d'une organisation critiquable sur le plan scientifique, arrogante et qui n'a de compte à rendre à personne. Elle est peut-être capable d'effectuer une surveillance sanitaire sur le plan mondial, mais son rôle politique doit être considérablement réduit.
L’OMS : nouvel exemple des méfaits du carriérisme ?

Tea party et web social


Il défend des valeurs conservatrices mais ne vote pas Républicain. En fait, il semble avant tout être « contre ». Il est contre l’establishment, et ne veut pas de leader. Il n’a pas de programme clair. Sa force vient surtout de ce qu’il sait mobiliser la foule (grâce au web social). Mais il n’a aucune organisation interne. Curieusement, s’organiser signifierait même la mort du mouvement. Son atout maître : être spontané ?

Parallèle avec les manifestations françaises ? Quand une mesure ne convient pas au peuple, il se manifeste et fait tomber un ministre. Peut-être en est-il de même aux USA ? Sorte de résistance au changement ? Quand certaines valeurs de la société sont menacées, il y a manifestation de mécontentement ? Moyen de manœuvrer une classe dirigeante qui n’a pas les mêmes intérêts que la classe populaire, mais qui a tous les pouvoirs ?

Compléments :
  • Contradiction avec les thèses de Mancur Olson, selon lequel seuls les petits groupes peuvent construire des coalitions, les grands ayant besoin de contrainte pour cela ? Le web 2.0 donne-t-il aux foules un moyen de coordination à coût si faible qu’il leur est possible de monter des rassemblements éphémères, mais efficaces parce qu’ils frappent à des instants critiques du processus démocratique (élections) ?

Europe de deuxième division

Dominique Strauss-Kahn aurait dit :
"Le risque pour les économies européennes, c'est qu'elles se retrouvent en deuxième division, et non pas en première, avec les Etats-Unis et l'Asie"
Ce qu’un article du monde explique ainsi :
57 % (des exportations) des Etats-Unis sont tournées vers les pays émergents à forte croissance, 23 % seulement vers la zone euro. Et du côté du marché du travail et de sa flexibilité. L'ajustement de l'emploi a été beaucoup plus rapide aux Etats-Unis qu'en Europe, ce qui permet d'y envisager une reprise plus soutenue (162000 emplois ont été créés en mars).
Très bien. Mais tout ceci est structurel. Les entreprises américaines sont conçues pour licencier et embaucher. Elles se renouvellent par la « destruction créatrice » (y compris la leur). Les nôtres sont conçues pour s’adapter au changement et demandent à leurs employés de se couler dans une culture forte. Du coup, les licenciés ne retrouvent plus d’emploi. Idem pour les exportations. Les entreprises ne peuvent par exporter du jour au lendemain, pour cela elles ont besoin, en particulier, de réseaux commerciaux préexistants, comme a su en construire l’Allemagne. Quant aux Anglo-saxons, leurs réseaux commerciaux couvrent le globe depuis des siècles.

Bref, un tel diagnostic est l’équivalent de dire que, pour être champions du monde de basket, il suffit d’avoir des joueurs qui mesurent 3m.

Si l’on veut éviter à l’Europe la seconde division, il faudra la transformer, ce qui demande une vision à long terme, et du temps. Je ne doute pas que nous bénéficierons bientôt des mesures prises par M.Strauss-Kahn, lorsqu’il était au gouvernement.

Compléments :
  • Autre idiotie : l'émerveillement de l'article devant le dynamisme chinois et indien. Pourquoi s’étonner de notre différence de croissance ? Veut-on maintenir les pays émergents dans la pauvreté ? 

Leader de Detroit

La ville de Detroit est dans un triste état. En quelques décennies elle a perdu la moitié de ses habitants, déficit (325m$), maisons abandonnées, fermetures d’écoles (45 en une année)…

Seule solution à ses malheurs, réduire la ville, réinventer son fonctionnement pour qu’il corresponde à son nouvel état. Curieusement, ses habitants considèrent cette réorganisation comme celle d’une entreprise, avec les mêmes termes. On parle d’ailleurs de « changement » comme s’il s’agissait d’entreprise, et on lui cherche un « leader », qui pourrait être le maire de la ville.

L’article : Thinking about shrinking. Et mes remarques :
  • Pourquoi les Américains parlent-ils donc systématiquement de « leaders » ? Ne sont-ils pas les apôtres du laisser-faire, de la main invisible ? Pourquoi leur faut-il quelqu’un pour les guider dès qu’ils envisagent un changement ?
  • Une hypothèse : c’est une société d’individualistes, avec fort peu de règles communes. Par conséquent, le changement les laisse désemparés, d’où risque de mouvement Brownien et nécessité d’un agent de la circulation pour organiser l’effort collectif ?
  • Cela expliquerait-il pourquoi les étudiants me disent sans arrêt que le changement ne peut réussir s’il n’est pas soutenu par le top management ? (Ce à quoi je réponds que je n’ai jamais vu un changement porté par son dirigeant.) Les livres traitant du changement viennent d’Amérique, avec leur contenu nous absorbons leurs biais culturels ?
Compléments :
  • La notion de leader semble effectivement liée à la culture anglo-saxonne, elle entendrait par là le « pasteur », celui qui guide le troupeau.  (Philippe d’IRIBARNE, La logique de l’honneur, Seuil 1993.)
  • Un aperçu de la théorie du leader : Mesurer la capacité au changement d’une entreprise.

dimanche 4 avril 2010

Mort du 3D ?

Il semblerait que Le choc des titans soit un 3D raté.

Notre mode du film 3D pourrait s’achever comme les 2 qui l’ont précédée (1950 et 1980). Les studios se sont jetés sur le 3D, parce qu’il permet d’enfler le prix des places. Or le film doit être conçu avec le 3D en tête, et, ça marche surtout avec l’animation. Conséquence : mort du 3D pour cause de navets ?

Compléments :
  • Je n’ai rien trouvé d’extraordinaire au 3D du Crime était presque parfait d’Hitchcock, et je ne suis pas subjugué par l’avancée technique survenue depuis. 

Geely achète Volvo

Illustration de la stratégie chinoise d’acquisition de compétence occidentale ? Geely, fabricant de voitures qui ne passent pas les normes de sécurité occidentales, achète Volvo, spécialiste de la sécurité, à coups de subventions gouvernementales.

Faut-il avoir peur du Chinois ? Ma théorie du moment est qu’il nous a rendu service.
  • La globalisation de ces dernières décennies ressemblait férocement à une tentative de prise de contrôle de la planète par des oligopoles. Par exemple, les constructeurs automobiles suivaient une même stratégie. C’était la mort de l’innovation. En empêchant cette entente, la Chine pourrait forcer l’industrie occidentale à redevenir intelligente.
  • La Chine semble incapable d’inventer, de nous proposer des produits que nous n’avons pas. D’ailleurs peut-être que le faire demande beaucoup de temps. En conséquence, elle a sans doute raison de partir de notre savoir-faire pour construire le sien. Ce n’est pas nécessairement dangereux pour nous. L’Allemagne et la France construisent toutes deux des voitures, et chacune a trouvé sa place sur le marché automobile. Il n’y a pas de raison qu’il n’en soit pas de même avec la Chine.
L’Occident doit sortir de sa léthargie, et ses patrons doivent montrer qu’ils méritent leur salaire.

Compléments :

The ghost writer

Film de Roman Polanski.

Exceptionnellement, je suis allé voir un film récent. Mais j’ai attendu un peu après sa sortie, que les salles se soient vidées.

Excellent moment. Film construit sur une idée d’une simplicité et d’une élégance surprenantes. Réécriture de l’histoire de Tony Blair, plus vraisemblable que la vraie. Mais qu'en pensera-t-on, une fois Tony Blair oublié ? (D’ailleurs, le film ne perd-il pas de son intérêt quand on ne connaît pas bien la vie de Blair, et de sa femme ?)