samedi 17 octobre 2009

Héritage et démocratie

Les deux précédents billets me remettent en mémoire la défense par M.Sarkozy de son fils. Il dit qu’il a été élu conseiller général à la loyale, et que son accession à la direction de l’EPAD est légitime.

Oui, mais combien de Français peuvent-ils être élus conseiller général, à 21 ans ? Mes élèves de DESS (encore appelé Master2) de Dauphine ont 21 ou 22 ans, ils ont passé leur temps à étudier (dans ce domaine, ils ont 3 ans d’avance sur J.Sarkozy, qui en a 23) ; et quelle serait la probabilité de succès politique d’un jeune peu diplômé ?

D’après Dominique Rousseau, Tocqueville avait déjà identifié la question :

Il est intéressant de relire Alexis de Tocqueville. A son retour des États-Unis, vers 1830, Alexis de Tocqueville défendait l'introduction du suffrage universel. A ses amis qui le traitaient de fou, il disait en substance : "Ne vous inquiétez pas, le suffrage universel ne fait que légitimer l'exercice du pouvoir par ceux qui l'ont déjà."

Le phénomène ne se limite pas à la famille présidentielle, il est partout en politique, y compris au sein des syndicats. Comment parvenir à une démocratie qui soit réellement représentative ?

Compléments :

  • L’état de mes réflexions sur la réforme de la démocratie : Fils d’appareil.
  • Pour l'importance de la loi dans le renouvellement des élites, voir le billet précédent.
  • Et si Jean Sarkozy était effectivement le meilleur candidat en présence ? Après tout, c’est ce qu’on nous dit. Imaginons que l’on décrive le poste, les capacités qu’il demande et que l’on mette en face le CV des Français, combien seraient jugés meilleurs que celui de M.Sarkozy ? ça se chiffrerait en milliers ? millions ? Bien entendu, il n’y a pas que la compétence intrinsèque de l’homme, il faut aussi prendre en compte des facteurs sociaux dans la sélection : un candidat exceptionnel pourrait ne pas survivre dans l’écosystème de l’EPAD. Ceci donne une curieuse image de nos processus de sélection des plus hautes fonctions de la nation.

Héritage (suite)

En termes de droit de succession, l’Europe des 27 est divisée en deux écoles, d’un côté Angleterre et Pays de Galles, de l’autre le reste de l’Europe et l’Écosse. La logique anglaise est que chaque individu fait ce qu’il veut de sa fortune (« liberté »). Pour les 26+ pays restants, la fortune de l’individu appartient à ses descendants.

D’un côté, l’homme crée ce qu’il y a de beau dans la nature, de l’autre, il ne fait que l’emprunter à ses enfants. Logique individualiste et logique sociale.

Bizarrement, il semblerait que les révolutionnaires français aient pensé que le système anglais, qui était celui de l’ancien régime, permettait au féodalisme de se perpétuer. Probablement parce qu’il évite le morcellement de l’héritage. Cela explique peut-être pourquoi la classe dominante anglaise a été aussi durable (les familles nobles ont toujours d’immenses richesses).

Je soupçonne de plus en plus que la logique individualiste, qui veut que l’on ne doive son succès qu’à son effort, est une logique d’héritiers.

Compléments :

  • Where there's a will there's a row.
  • L'article dit aussi que la même division européenne se retrouve en ce qui concerne les lois du travail : d’un côté on veut qu’elles favorisent la concurrence, de l’autre, qu’elles protègent l’homme. Dans un monde d’héritiers, la « concurrence » s’entend entre « ressources », elle ne concerne pas l’héritier qui doit sa fortune à son talent, à l’élection divine. Dans un monde de laissés pour compte, l’individu est probablement conscient de sa fragilité et de l’incertitude de sa position, et il réclame une protection.

La logique des héritiers ?

Ma première interprétation du cas Jean Sarkozy a fait place à une autre idée. Une intervention de Mme Parisot en est à l’origine : si mes souvenirs sont bons, elle semblait trouver la jeunesse et l’enthousiasme de Jean Sarkozy sympathiques.

Le déséquilibre entre le ton de l’encouragement, les qualités qu’il sous-entendait (quelques centaines de milliers de jeunes s’y reconnaitraient), et l’ampleur des responsabilités revendiquées était inattendu.

D’ailleurs j’ai toujours été frappé par Madame Parisot : contrairement aux anciens grands patrons, austères et secrets, son art du discours et son aspect me font penser au professionnalisme anglo-saxon. Il y a de la « star » en elle.

Il y a autre chose de commun entre nos dirigeants et leurs équivalents américains : ce sont des héritiers. J.Sarkozy, son épouse, Mme Parisot, Mme N.Sarkozy... Et des héritiers qui s'ignorent, parce que leur vie est active et qu'elle est un succès. Ils ne comprennent pas que sans le capital social avec lequel ils sont partis, leurs efforts auraient été vains.

Alors, si notre élite gouvernante se trouve belle et admirable, pourquoi ne jugerait-elle pas naturel que ses rejetons occupent les plus hautes fonctions ? D'ailleurs ne lui appartiennent-elles pas ?

Compléments :

  • La presse étrangère semble croire à un drame de l’isolement : We're in it up to here.
  • Au passage, je note que F.Mitterrand, lui aussi en situation délicate avec l'opinion, est un héritier. Cela peut-il expliquer pourquoi il ne voit pas le monde et ses règles de la même façon qu'elle ?
  • Un exemple d'héritage américain. Et une citation de Paul Krugman :
students with low test scores from high-income families are slightly more likely to finish college than students with high test scores from low-income families.

vendredi 16 octobre 2009

Risque hypertexte

Peut-on interdire les liens hypertextes vers un site ? dit que cette pratique, qui se répandrait, n’a pas de fondement juridique. Un avocat interviewé révèle cependant que le lien hypertexte peut être risqué :

"On ne peut pas faire n'importe quoi avec un lien hypertexte : par exemple, faire un lien pointant vers le site d'une société sur les mots 'bande d'escrocs' peut être assimilable à de la diffamation (…) C'est seulement si le lien est utilisé pour diffamer, parasiter économiquement un site, permettre d'accéder à un contenu en évitant la publicité, par exemple, que l'entreprise peut porter plainte."

Il serait peut être bien, avant de faire quoi que ce soit sur Internet, d’apprendre le droit…

Tensions aux USA

From Wall Street to Main Street to Skid Row pose une question épineuse:

Les banques américaines ont été renflouées au motif que sans cela la crise allait dévaster le pays. Or, aujourd’hui elles font des profits record, mais le chômage est partout (10%, ce qui est beaucoup pour les USA, qui n’ont pas nos systèmes de protection).

Peut-être qu’autrement c’aurait été pire ? Vu de loin, ça ressemble plutôt à un changement qui n’a pas été fait : le statu quo a été maintenu. Le gouvernement américain a attaqué les symptômes mais pas les causes ?

Remis en contexte historique, le phénomène est beaucoup plus curieux. La crise actuelle suit une dizaine de crises locales résultant de la libéralisation par les experts américains des pays émergents. Chaque crise a été circonscrite à une zone géographique mais n’a pas atteint l’Occident, et les USA en particulier. Puis il y a eu la bulle Internet dont les conséquences de l'explosion ont été évitées par le gonflage de la bulle à l'origine de notre crise. Cette fois-ci les USA sont touchés. Avec une exception : leur système financier (plus exactement une partie de celui-ci peuplé d'une sorte d'élite universitaire). Alors, y aurait-il un mécanisme de défense qui protège le système financier américain, représenté par une étroite élite serrée autour du gouvernement ? Ce groupe d'hommes serait-il le moteur de la libéralisation financière mondiale ?

Compléments :

  • Trou noir.
  • L'action du ministère Paulson, telle que vue de l'intérieur du ministère (Chronique d’une crise annoncée), semble confirmer mon dernier paragraphe. Or, l’administration Obama a mis en oeuvre les idées de ses prédécesseurs.

Formation continue

Hier soir, j’étais invité à parler de changement aux étudiants d’un master de Sciences Po, des cadres supérieurs. L’ambiance était très sympathique. Ce type de formation crée des groupes d’entre-aide très utiles par les temps qui courent, ai-je pensé :

Notre problème national est l’isolement de l’individu, qui est pris dans un environnement de travail extrêmement hostile, pour lequel il n’est pas préparé. Appartenir à un tel groupe permet de parler de ses tourments professionnels et de leur trouver des solutions.

jeudi 15 octobre 2009

Fils d’appareil

J’ai entendu M.Fromantin dire que Jean Sarkozy n’a pas de projet pour l’EPAD. D’après ce que l’on m’a expliqué des hommes politiques, ils sont tous ainsi : ils n’ont pas d’objectif pour la nation, ce qu’ils aiment c’est le « pouvoir » : notoriété, grand train de vie, discours, élections, intrigues, coups de théâtre…

Une classe politique peu préoccupée de nos intérêts

Et le résultat n’est pas très bon pour nous. Par exemple, voici ce que je perçois des trois leaders politiques français les plus remarqués :

  1. N.Sarkozy et S.Royal sont faits sur un modèle identique d’agitation brownienne.
  2. M.Aubry (fille de son père) possède une pensée politique qui s’est apparemment épuisée avec les 35h. D’ailleurs ce qu’elle a d’exceptionnel n’est-il pas sa capacité à diriger le PS, en dépit de luttes de factions incessantes, et d’un soutien minoritaire ? Autrement dit sa maîtrise des rouages de l’appareil ?

Jean Sarkozy pourrait être vu comme une illustration de la théorie du capital social de Pierre Bourdieu (selon laquelle la fortune, au sens ancien du terme, d’un homme dépend de sa place dans la société), cependant je me demande si celle de Merton sur la bureaucratie n’est pas plus appropriée :

La politique française victime des partis politiques

Robert Merton avait remarqué que les strates bureaucratiques suivaient des objectifs qui leur étaient propres. C’est le « détournement de but ». Il y avait « ritualisation », le moyen était révéré plutôt que la fin, l’intérêt de l’organisation globale. C’est ainsi que les directions de la communication font de belles campagnes de communication, sans toujours s’inquiéter de l’utilité d’une campagne de communication pour l’entreprise, que les directions techniques aiment la technique pour la technique, etc.

Notre système politique semble fonctionner de même. Il a une existence indépendante de celle de la nation. Il produit des êtres à son image, qui a leur tour le reproduisent. La raison du phénomène, comme pour la bureaucratie, est la professionnalisation. L’homme politique est un rouage d’une organisation, le parti politique.

En fait, le parti est fruit de la nécessité :

  • Pour se faire élire, il faut se faire connaître. Le coût de la publicité nécessaire est colossal.
  • La carrière politique ne peut être que continue, car un politique aura beaucoup de mal à trouver un autre type d’emploi.

Jadis les hommes politiques avaient une fortune, aujourd'hui ils ne l'ont plus, et ont besoin de l'aide d'un appareil.

Or, le parti et ses rouages vont probablement à l’encontre des principes de notre démocratie : nos élus ne devraient-ils pas être une sorte d’échantillon représentatif de la nation, qui exprime ce que Rousseau appelait « la volonté générale » ?

Une politique sans partis ?

Quelques pistes, à creuser, pour éliminer les structures politiques, dissoudre appareils et professionnels :

  • Réduire le besoin d’hommes politiques à plein temps. Découper les fonctions électives, de façon à ce qu’une grande partie d’entre elles soit accessible au bénévolat.
  • Faciliter la publicité aux actions et à la pensée des « meilleurs d’entre nous », probablement des gens dévoués à la cause commune sans être engagés dans la politique professionnelle. Le web social a peut-être des choses à dire sur le sujet.
  • Réduire les coûts de reconversion en fin de mandat électif.

Compléments :

mercredi 14 octobre 2009

Restauration et TVA

Les journaux confirment mon impression : beaucoup de restaurants n’ont appliqué aucune baisse de prix, en dépit d’une réduction de leur TVA de 19,6% à 5,5%.

Une phrase remarquable d’un article du Monde :

Enfin, selon Mme Pujol, une fraction des restaurateurs "estimait que ce taux de TVA – à 19,6 % – était une injustice fiscale" et "ne (se) sent donc pas concernée par de quelconques contreparties". Une injustice dont le coût pour l'Etat est estimé à 3 milliards d'euros.

Voici la France à son meilleur. Ça ne fait ni chaud ni froid au restaurateur d’avoir pris 3md€ au reste de la nation (par an ?). Et en plus à un moment où elle ploie sous les dettes.

Compléments :

  • Autre exemple des vertus françaises.

Portable à l’école

Il paraît que le portable a été interdit aux élèves. La mesure ne semblait pas aller d’elle-même : une mère aurait giflé une enseignante qui avait demandé à une petite fille de se passer de son portable, au motif que la mère voulait pouvoir être jointe immédiatement (France Culture, ce matin).

Elle aurait dû savoir que le portable et toutes ses applications (échange de SMS, accès Internet, triche…) n’est pas compatible avec l’enseignement, et que l’école prend soin de la petite fille aussi bien que sa maman, voire mieux. Celle-ci n’a donc pas à s’inquiéter.

Je me demande si le raisonnement un peu rapide de la mère n’illustre pas l’isolement dans lequel nous vivons. Nous sommes seuls, nous ne profitons pas de l’intelligence collective, si bien que nous sommes victimes de la première idée qui nous passe par la tête. Et c’est ce qui nous rend manipulables par les faiseurs d’opinion. Ils peuvent ainsi démolir les bases sur lesquelles notre société est construite, et que nous avons oubliées, pour servir leurs intérêts.

Crise occidentale : raisons structurelles

Au début des années 90, une lecture obligée en MBA était The Machine that Changed the World. Le livre expliquait pourquoi la production de masse était condamnée car économiquement ridicule. Or, elle a gagné…

Nette supériorité du lean manufacturing…

  • La production de masse (aussi appelée taylorienne ou fordiste), repose sur un découplage entre offre et demande. Les produits sont conçus des années avant d’être vendus, fabriqués par des machines, ou des hommes suivant des procédures (la procédure est le fondement des travaux de Taylor) et mis sur le marché. La publicité sert alors à former les goûts du marché à ce que l’entreprise sait produire.
  • Le lean manufacturing, que lui opposait The Machine that Changed the World, est une philosophie de production dont l’idée centrale est de coller au besoin du client, de lui répondre immédiatement. Pour satisfaire cette exigence, la chaîne de conception / fabrication / vente doit être flexible, ce qui fait employer plus d’hommes, mais des machines moins sophistiquées que dans la production de masse, et élimine les stocks. Contrairement au processus taylorien où l’homme est une machine, ici il a un rôle décisif : les processus sont améliorés par ceux qui les mettent en oeuvre. On profite ainsi de l’énorme capacité d’apprentissage de l’individu et du groupe social (que n’a pas la machine).

Ces procédés conduisent à des améliorations massives de qualité et de productivité par rapport à la production de masse.

… et les raisons de son échec

Or, ces 15 dernières années ont été un retour à la production de masse. Comment une technique économiquement inférieure peut-elle survivre à la sélection naturelle ? Parce que cette sélection a été entre parenthèses :

  • Nous avons vécu deux bulles spéculatives qui ont isolé les entreprises de la pression concurrentielle, d’ailleurs, comme dans le monde des télécoms et de l’automobile, toutes les entreprises ont adopté la même stratégie.
  • En particulier, les dirigeants ont cru que l’ordinateur permettrait de rendre flexible l’organisation. Les logiciels de CRM étaient supposés « orienter client » l’entreprise , les ERP infléchir ses processus internes en fonction du besoin du marché.

La production de masse a un autre atout : l’intelligence est dans la machine. Ceci permet d’une part d’avoir des dirigeants qui ne connaissent pas le métier de l’entreprise (ils achètent des machines), et des ouvriers sans qualification, donc en « concurrence parfaite », donc pauvres. De ce fait, la valeur qui est accumulée par l’entreprise profite massivement aux dirigeants, ce qui n’est pas le cas dans le modèle « lean », évidemment plus égalitaire.

Pourquoi une crise, alors ? Si l’on regarde ce qui s’est passé aux USA, il semblerait que le moteur de l’économie ait été la consommation, nourrie par la dette : les pauvres s’endettaient et les inégalités s’accroissaient. Peut-être parce qu’un tel édifice devient de plus en plus fragile, il a fini par s’effondrer. Aujourd’hui le marché reconstitue ses économies, et n'achète plus, ce qui paralyse le fonctionnement de la nation.

Hiver nucléaire

Le résultat de ce qui précède :

  • Les multinationales, qui avaient parié sur des effets de taille, la délocalisation et la promesse des marchés émergents, ont négligé leur recherche et développement ; ayant cru que les ordinateurs et les consultants géreraient leurs employés à leur place elles ont laissé péricliter le métier qui faisait leur efficacité. Par exemple les audits d’usines que je vois passer montrent des équipes stressées, sous pression, mais des prévisions de fabrication à un jour, production en grande partie inutile (!), stocks gigantesques (et vols), locaux de travail mal tenus et organisés de manière irrationnelle, logiciels de gestion utilisés invraisemblablement (faute de formation ?)… Conclusion : employés laissés à eux-mêmes, démission du management.
  • Les PME ont été dévastées indirectement. Elles sont pour beaucoup des sous-traitants des multinationales. La concurrence organisée par les services d’achat des grandes entreprises les ont mises à genoux et leur ont fait perdre leur savoir-faire (notamment licenciement des personnels les plus coûteux, car les plus expérimentés).

La menace émergente

Si notre tissu économique n'est plus que l'ombre de lui-même, celui des pays émergents se développe à plein régime :

  • Ils sont nationalistes : ils refusent la globalisation qui permet la collusion entre multinationales (l’élimination de concurrence) nécessaire au maintien de la technique production de masse, économiquement inefficace.
  • Ils se comportent comme des entrepreneurs. Ils investissent, innovent, apprennent.

En résumé, que les bonnes volontés à qui il reste un rien de compétence de gestion ou technique se réjouissent : elles ont un champ de ruines à relever ; et il va falloir faire vite. Et le lean manufacturing (en fait, le lean tout court) a de beaux jours devant lui.

Compléments :

  • WOMACK James P., JONES Daniel T., ROOS Daniel, The Machine That Changed the World: Based on the Massachusetts Institute of Technology 5-Million-Dollar 5-Year Study on the Future of the Automobile, Scribner Book Company, 1995.
  • L’exemple du comportement moutonnier de l’automobile : Recomposition de l’industrie automobile ?
  • La révolution précédente de l’automobile avait été l’adoption des techniques de lean manufacturing. Sur le mode projet et la Twingo : MIDLER, Christophe, L'Auto qui n'existait pas : Management des projets et transformation de l'entreprise, Dunod, 2004.
  • Sur le dynamisme émergent, dans les télécoms : Téléphonie mobile et pays émergents.
  • L’Amérique tirée par la consommation, une économie bâtie sur du vent et des petits boulots : Le Mal américain (analyse de Jacques Mistral, au second point). Il ne reste plus rien de l’industrie américaine : Désert industriel américain.
  • Nos dernières années ont vu une augmentation sans précédent des inégalités sociales : Hold up ? et Inégalités françaises ?

mardi 13 octobre 2009

Jean Sarkozy nommé par la gauche

Le plus surprenant dans la nomination de Jean Sarkozy à la tête de l’EPAD est que son père ne craigne pas la publicité qu’elle puisse lui faire.

Il est possible que s’il se sent capable des mesures les plus impopulaires, c’est parce qu’il ne redoute pas son opposition, que la France juge incapable de gouverner.

Or, celle-ci n’a aucune raison de se réformer, et toutes les raisons au contraire de se relâcher, puisque, probablement, elle fonde tous ses espoirs sur un discrédit du gouvernement. (François Holland.)

Selon cette curieuse hypothèse, gauche et droite seraient entrées dans une sorte de cercle vicieux de médiocrité croissante. Et si la nomination de Jean Sarkozy était une manœuvre machiavélique pour ensevelir la gauche ?

Stratégie de Carrefour

Édifiante histoire :

  • Des investisseurs (dont Bernard Arnault) entrent au capital de Carrefour. Leur objectif : vendre ses magasins pour récupérer cet argent par les dividendes. Mais le prix de l’immobilier et l’action chutent.
  • Ces investisseurs, qui possèdent 13% des actions et 20% des droits de vote, voudraient maintenant céder les magasins non européens de la société (Chine, Brésil, etc.), un remarquable succès, pour la ramener au marché européen, qui va très mal. Là aussi, l’idée est de récupérer l’argent de la vente via un (seul) versement de dividendes.

Retour à Carrefour dans l’impasse ?: l’actionnaire indélicat peut détruire l’entreprise. Or, contrairement à l’employé qui fait l’objet d’un long procédé d’acculturation (après sélection), l’actionnaire ne passe pas de test qui garantisse qu’il partage les intérêts de l’entreprise.

Du bon usage des experts

Une citation qu’il est bon de connaître (A goat with medals) :

Winston Churchill’s dictum about experts: they should be “on tap, not on top”.

lundi 12 octobre 2009

Les Américains contre l’état

Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi la crise a rendu l’Américain encore plus fâché avec l’état qu’il l’était auparavant. Je viens de découvrir qu’il avait raison : le fonctionnaire américain tend à être étonnamment riche et peu compétent :

With overtime, one tenth of the police in Massachusetts made more than the governor’s annual salary in 2006, according to the Boston Globe. Including benefits, the average employee of New York City makes more than $100,000, according to Forbes, while some Californian prison guards “sock away $300,000 a year”.

And what do taxpayers get for their generosity? The bad bargains get all the publicity. Union contracts force the postal service to pay thousands of unneeded workers to do nothing. In New York, public-school teachers who can’t be trusted to teach but can’t be sacked either are paid to sit and do crosswords.

L’Américain est-il incapable d’être un bon bureaucrate ? C'est pourquoi il pense que les bureaucraties sont à abattre ?

En tout cas, il y a peut-être une explication à son inefficacité : pour qu’une administration fonctionne, elle demande de ses membres qu’ils fassent passer l’intérêt collectif avant le leur, si ce n’est pas le cas, ils ont un formidable outil pour essorer les ressources de la nation. Une culture individualiste ne peut avoir d’administration.

Compléments :

Elinor Ostrom

Elinor Ostrom reçoit le prix Nobel d’économie.

Je cite sans arrêt un de ses livres (Governing the Commons), mais il ne m’était jamais venu en tête que le comité Nobel puisse s’intéresser à ce type de travaux.

Décidément c’est un repère de communistes (Obama prix Nobel.)

Remettre la Chine dans le rang

La zone euro est dans une situation inconfortable : la monnaie des pays anglo-saxons est sous-valorisée, et celle de la Chine est elle-même sous valorisée par rapport au dollar, doublement donc par rapport à l’euro. L’Europe est-elle condamnée à la désertification ? La nouvelle science de la spéculation pourrait nous aider (A bubble in Beijing?) :

La Chine est dans une situation propice à la spéculation : « beaucoup de liquidités, faible inflation et forte croissance sont les ingrédients parfaits d’une inflation soutenue du prix des actifs. Et il manque à la Chine un instrument anti-bulle essentiel : la capacité d’augmenter ses taux d’intérêt. »

En outre le réajustement étant inévitable, « le spectre d’un yen fort va temporairement renforcer le risque de bulle spéculative, puisque les capitaux étrangers rentreront dans le pays en anticipation d’un enchérissement de la monnaie. »

Comme dans La guerre des mondes, l’Occident pourrait-il être sauvé par ses maladies ?

Compléments :

  • La spéculation est naturellement causée par un excès de capitaux arrivant dans un pays. Trou noir.

Traité de Lisbonne, ce mystère

Quoi de plus barbant que le traité de Lisbonne ? Eh bien c’est une bombe :

Contrairement à ce que je pensais, le parlement européen n’est pas un bidule informe, mais une machine infernale à nous transformer en fédération. Tous ceux qui y entrent (du moins les partis de gouvernement) perdent leur identité et se fondent dans le combat commun : dissoudre les états et leurs particularités, leur imposer une législation unique.

Or, le traité a donné des pouvoirs nouveaux et forts à l’assemblée européenne. Elle va s'en servir certainement pour mettre un terme aux petits arrangements entre états, au conseil de l'Europe, qui protégeaient leurs intérêts particuliers (la réglementation de la City, peut-être aussi nos exceptions françaises?). Cela au moment même où le nationalisme prend du poil de la bête. Risque de conflit et d’explosion ?

Le traité a aussi installé un président (volonté de la France et de l’Angleterre) et un ministre des affaires étrangères (volonté de l’Allemagne). Mais pour ménager la chèvre et le chou, leurs rôles sont mal définis et empiètent l’un sur l’autre ainsi que sur celui d’autres institutions. Leur contenu va être déterminé vraisemblablement par la jurisprudence et l’exemple des premiers titulaires.

Bref, rien ne va plus, l’avenir de l’Europe peut prendre plusieurs directions : fédération, libéralisme triomphant, débâcle.

Compléments :

  • Finalement nous nous sommes tous cassés la tête pour comprendre la signification du traité de Lisbonne alors qu'il s'agissait peut-être seulement de donner le pouvoir de fédérer l'Europe au champion de cette fédération, l'assemblée européenne. Ne serait-il pas plus démocratique de présenter à l'électeur des modèles possibles pour l'avenir de l'Europe et de lui demander de choisir celui qui lui va, que de recourir à des nuages de fumée comme le font nos politiques ?
  • Le scénario d’avenir libéral : Wake up Europe! (Grand marché européen, réduction du coût des états - mais maintien des nations, extension de l'UE pour stabiliser ses voisins.)
  • L’Europe pourrait être à un tournant de son histoire : Forte Europe ?
  • Suite de ma réflexion sur les « droits de l’homme », je découvre une nouvelle charte des « droits fondamentaux », dont la Grande Bretagne a demandé d’être exclue. The Economist observe que le droit de grève et le droit à des soins préventifs menaçaient d’être « coûteux ».

dimanche 11 octobre 2009

Suicide et libéralisme économique

On se suicide beaucoup en France, pas que chez France Télécom. The Economist explique pourquoi :

Unable to shed staff, firms give employees meaningless jobs instead, to try to nudge them out. And big French firms, many one-time branches of the civil service, have been opened up to market competition, bringing new pressures to perform in the office or factory floor.

Un autre article dit que les conditions de travail se sont partout dégradées, le suicide n’étant que « le bout de l’iceberg » des conséquences qui en résultent.

America’s Bureau of Labour Statistics calculates that work-related suicides increased by 28% between 2007 and 2008, although the rate is lower than in Europe.

Les raisons:

  • La crise, et en particulier les transformations des secteurs des télécoms et de l’automobile.
  • Une recherche de performance croissante, déshumanisée, taylorienne. « Au Japon des entreprises vérifient même que les employés sourient suffisamment aux clients. »
  • Des entreprises qui demandent à la fois un dévouement absolu, de travailler sans compter, mais qui n’hésitent pas à se débarrasser de leurs employés.

Most employees understand that their firms do not feel much responsibility to protect jobs. But they nevertheless find it wrenching to leave a post that has consumed so much of their lives.

Compléments:

M. le maudit

Le PS attaque M. Mitterrand pour un passage d’un ancien livre, et se trouve aux côtés du Front National à défendre les bonnes mœurs.

Ce qu’il y a de curieux, c’est que le coupable me paraît parler d’une histoire d’amour, de ce qu’il y a peut-être de plus important dans une vie humaine ; d’un être pris, comme dans toutes les tragédies, dans un conflit entre passion et devoir, et qui perd, comme dans toutes les tragédies. Il y aussi l’espoir fou qu’il est peut-être aimé en retour. Est-ce une illusion ?

Je me suis demandé s’il n’y avait pas là quelque chose de l’artiste maudit, que d’ordinaire l’intellectuel de gauche aime à défendre contre la morale bourgeoise.

Au même moment j’entendais la radio dire que le taux de mortalité sur la route a augmenté du fait du relâchement du comportement du conducteur. J’en suis arrivé à m’interroger sur la hiérarchisation des vices.

Compléments :

La Danse, le ballet de l'Opéra de Paris

Film sur l’Opéra de Paris.

La directrice artistique serait-elle communiste ? Elle parle beaucoup de son corps de ballet, presque pas de ses étoiles, et elle dit à ses danseurs que ce qui fait leur force est moins leur génie individuel que la compétence collective de leur groupe, qui est exceptionnelle, l’une des meilleures au monde. S’ils veulent se défendre, ils doivent la défendre.

Heureusement peut-être le spectacle n’est pas aussi beau qu’à l’Opéra, la caméra introduit un écran avec les êtres vivants qui me semblent le réel intérêt du spectacle. Mais c’est remarquablement bien filmé, à tel point que l’on n’a pas l’impression que c’est filmé. Le mieux, le plus rare, est sûrement les séances de répétition, des séances sans conflit ou surviennent parfois des moments de grâce, qui laissent le maître de ballet sans voix.

À côté de ce monde d’artisans plus que d’artistes, tant ils paraissent rechercher une perfection anonyme, qui vivent en vase clos (aux danseurs, il faut ajouter les accessoiristes et les couturiers), des ouvriers (tous noirs ?) bouchent les fissures d’un bâtiment vétuste, et une cantine aussi mauvaise que toutes les cantines.