mardi 10 novembre 2009

Chine et mur

La chute du mur de Berlin semble avoir désorienté les dirigeants chinois qui, jusqu’au bout, ont nié le danger.

Deng Xiaoping, lui, semble ne pas avoir hésité. Il a défini ainsi la stratégie du pays : « construire son économie et éviter les batailles idéologiques ».

Rare exemple de dirigeant visionnaire, qui ne perd pas ses moyens dans l’incertitude ? Toujours est-il qu’il paraît avoir vu juste. Tout est pardonné à celui qui joue selon les règles de l’économie. Et le Parti communiste a conservé le pouvoir pour l’utiliser comme bon lui semble quand la Chine n’aura plus rien à craindre du reste du monde ? (Deng Xiaoping dit : « cacher ses capacités et attendre son heure »).

Compléments :

Démocratie, économie et paix

Depuis quelques temps, j’ai noté que The Economist s’inquiétait de ce que les USA et l’Occident faisaient peu pour promouvoir la liberté politique au sein des pays émergents. Il revient sur ce sujet à l’occasion des vingt ans du mur de Berlin.

Sa conclusion : la globalisation a gagné, la liberté a perdu. Indifférence de l’Ouest. Les milieux d’affaires se satisferaient-ils de régimes peu démocratiques tant qu’ils peuvent commercer avec eux ?

Et si, une fois de plus, ils se berçaient d’illusions ? Et si la globalisation ne fonctionnait pas du fait d’un amour spontané des pays émergents pour le commerce, mais par la main de fer américaine ? Et si l’affaiblissement des USA faisait que le libre échange perde tout attrait ?

Et, alors, serait-on loin de l’affrontement ? The Economist rappelle que la première globalisation s’est interrompue en 1914.

Panne des exportations en France

How French exporters were hit by the global crisis arrive à une conclusion paradoxale :

Nos exportateurs n'auraient souffert de la crise pas tant du fait d’un marché dépressif, que par manque de financement.

Avec un certain humour, il note que cela « (confirme) l’origine financière de la crise ». Autrement dit les banques provoquent la crise en coupant les crédits, sans raison évidente, sinon la peur des conséquences de leurs précédents excès.

Alors, la finance est-elle trop importante pour être laissée au financier ? L’État devrait-il suivre l’exemple des pays émergents et contrôler les flux financiers ? Nationaliser les banques ?

lundi 9 novembre 2009

Mur de Berlin et radio

Surprise ce matin d’entendre un programme unique « mur de Berlin » sur les radios publiques (sauf RFI, qui avait son mur à elle).

Ça m’a fait penser à une grève, ou à la télévision d’état des années 60, où les programmes étaient parfois interrompus par des émissions spéciales. Le service public retrouverait-il son rôle d’éducateur de la pensée populaire ?

Drôle d’anniversaire, d’ailleurs. Il est curieux de parler de la disparition d’un régime, au milieu d’une crise. Tout est par terre, les illusions du communisme, mais aussi celles du capitalisme. Et le monde ne semble pas forcément moins menaçant depuis qu’il est devenu « multipolaire », à pôles aux réactions incertaines.

Et si la question du moment était celle que semblent se poser les ressortissants de l’est : ce qui est le mieux entre être considéré comme un inférieur soumis au risque de chômage dans une société matériellement riche et être un égal à la situation triste mais assurée dans une société dirigiste ?

Le vice est plus stable que la vertu

Dans Prise de décision collective j’observais que notre système de prise de décision était irrationnel au sens où il ne cherchait pas à utiliser le génie collectif. Le plus étrange, peut-être, est notre système politique :

J’imagine que les promoteurs de la démocratie pensaient qu’elle ne pouvait qu’amener le meilleur d’entre-nous au pouvoir. Qu’elle fonctionnerait de manière scientifique, à la recherche d’un optimum collectif qui ne peut se construire que par débat, chacun apportant ses connaissances à la fois uniques et limitées.

Or, c’est presque l’exact opposé qui se passe.

Nous n’avons aucun choix : ce sont les appareils des partis qui décident pour nous. Et ces appareils rivalisent de médiocrité. La gauche, par exemple, ne compte pas être élue parce qu’elle possède un programme qui va faire notre bonheur, mais du fait des vices du gouvernement. Et, comme le notait Tocqueville, le vote ne fait que légitimer cet équilibre entre peste et choléra.

L'arme des deux partis est la manipulation, mais d’un levier différent, social d’un côté, individuel de l’autre :
  1. La gauche a « le monopole du cœur », elle donne des leçons de morale (les « droits de l’homme »). Elle utilise les lois sociales, de notre culture, pour les retourner contre nous, pour nous dicter notre comportement. Ce qui est rapidement inconfortable : elle fait un criminel du Français (cf. le « bourgeois » de 68).
  2. La droite, elle, joue sur notre abjection, sur notre haine de l’autre, sur notre rapacité, et elle les encourage. Elle multiplie les lois qui flattent les intérêts particuliers, ou qui condamnent.
Cet équilibre de la médiocrité est fort stable : il ne permet à aucune autre pensée de surnager. Un journaliste télé me disait, par exemple, qu’il voyait défiler toujours les « cinq cents mêmes personnes ».
À y bien regarder, c'est fort curieux.
  • Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la dictature semble beaucoup moins stable qu’un tel système de frères ennemis. D’une certaine façon, c’est la haine qu'éprouvent les deux camps l'un pour l'autre qui est le moteur de leur union, et qui tue toute opposition.
  • Cette haine permet aux valeurs qu’ils partagent de tenir le haut du pavé (dans ces valeurs, il y a l’individualisme).
  • Ce qui fait la force de chacun est l’hypocrisie. Il fait le contraire de sa profession de foi. Les socialistes se servent des lois sociales contre les intérêts du peuple, les libéraux, eux, des faiblesses de l’homme pour l’asservir.
Faut-il voir ici la main de tel ou tel criminel ? Ou plutôt une caractéristique humaine, une sorte de loi mathématique ? Il est sûrement plus facile d’exploiter les faiblesses de l’homme ou de la société pour réaliser son intérêt personnel que d’utiliser leurs forces pour faire le bonheur collectif.
Compléments :
  • Il est possible que l’on ait là le phénomène de « cartel » dont il est question dans le billet précédent. Le fait que le cartel ne soit pas fondamentalement stable, qu’il puisse être victime de la voracité individuelle, est peut-être une bonne nouvelle… En tout cas, une des valeurs partagées par nos puissants est la science, et elle ne peut que les trahir.

Naissance des cartels

Le cartel est l’ennemi de la théorie économique officielle, puisqu’il rend inopérants les marchés. En conséquence, elle le dit impossible. Ce qui est bizarre puisque l’observation le montre partout.

Une étude semble donner raison aux uns et aux autres :

  • L’individualisme fait que les cartels sont très difficiles à réaliser, par contre s’ils réussissent ils sont durables et efficaces (en gros ils pratiqueraient des prix 30% supérieurs à l’optimum économique).
  • Mais, à moins d’une observation fine, de terrain, il est impossible de prévoir si un cartel va s’établir ou non.

Ma conclusion. On retrouve un résultat de la théorie du chaos : l’impossibilité de prévision, à moins d’une observation parfaite des conditions initiales d’un phénomène. Ce résultat met en déroute à la fois la théorie économique et les prétentions des gouvernements : il n’est pas possible de diriger un état de manière « macro économique », par de grandes mesures qui ignorent la réalité concrète, et qui se désintéressent du contrôle de leurs effets.

Compléments :

dimanche 8 novembre 2009

France et déficit

Dans la suite du billet précédent, j’observe une convergence de points de vue sur le sort de la France. The Economist (Recovery, of sorts), fait un bilan de l’état de l’économie européenne, mauvais. Une exception, la France :

Not so France. Its economy has been the most resilient of the big euro-area countries, because it was the least harmed by the three ills that befell Ireland. Its willingness to use fiscal means to prop up the economy has helped, too. But the commission reckons France’s budget deficit will remain above 8% of GDP next year. A country with so little practice in fiscal discipline will find this hard to correct.

Seul contre tous, N.Sarkozy va-t-il s’entêter ? Ce serait cohérent avec une caractéristique française : celle du grand patron, qui, même au fond du précipice, demeure convaincu d’être dans le vrai, et d’y être seul.

L'étrange changement de M.Sarkozy

Hier j’entends une discussion entre Daniel Cohen et Jean-Claude Casanova. Il y était question des réformes de N.Sarkozy. Elle semblait tellement bien confirmer mes thèses que j’ai cru qu’ils avaient lu ce blog. Effrayant.

N.Sarkozy n’a pas eu le courage de ses convictions. Au lieu de les annoncer clairement et de susciter un débat national. Il louvoie. Les mises en œuvre des réformes sont tortueuses, pas franches. Elles se font donc par miettes. Ce qui les rend inefficaces. Et ce notamment parce que ceux de qui en dépend le succès ont compris qu’ils pouvaient monnayer leur participation très cher. Ainsi, non seulement la réforme des taxis a été un flop, mais ils y ont gagné de nouveaux avantages.

Curieusement, ces réformes réalisent l’envers de ce qu’elles voulaient atteindre. Autre exemple, l’autonomie des universités :

  • Elle a fait de leurs présidents des despotes sans contre-pouvoirs. Ils sont supposés être l’arme d’une méritocratie dont ils sont un contre-exemple.
  • En termes de recherche et développement, la faiblesse de la France est son université, privée de moyens, pas ses entreprises dont l’investissement est comparable à celui de leurs concurrentes. Les réformes gouvernementales devaient redresser ce dysfonctionnement. Or, le gros des subventions (4,5md€) est parti en crédit impôt-recherche, chez les grandes entreprises, qui n’en avaient pas besoin ! L’Université est toujours aussi pauvre, et les grandes sociétés reçoivent une rente de situation…
  • De même on désirait redresser le déséquilibre université, grande école, en ouvrant aux premières l’accès aux fonds de l’entreprise privée. Or ce sont les grandes écoles qui sont les mieux placées pour lever ces fonds, alors qu’elles n’ont que des équipes de recherche médiocres, au mieux.

Étrangement, M.Sarkozy croirait être un efficace réformateur. Peut-être pense-t-il même qu’il fait notre bien à notre insu, et qu’il va nous mettre devant le fait accompli d’une France entreprenante et compétitive, qui aime l’argent et ses entreprises, dont la fainéantise et l’administration ont disparu ?

Ce serait drôle, si cela ne menaçait pas de plomber définitivement le pays, alors que sa part des exportations mondiales ou européennes ne fait déjà que régresser.

Car les cadeaux (sans aucune contrepartie donc) que fait le gouvernement aux gens qu’il juge méritants (TVA des restaurateurs, « grand emprunt »… à quoi on peut ajouter probablement la taxe professionnelle et le crédit impôt recherche), ont une conséquence à long terme concrète, le déficit structurel. Aujourd’hui, le déficit de la France s’expliquerait pour 50md par la crise (manque à gagner), 15md pour le plan de relance, 100md de déficit structurel (récurrent).

En fait, la crise a servi d’excuse à l’augmentation de ce déficit structurel. Ce sera lui l’héritage du gouvernement. Un héritage qui, seul, signifie que nous sommes, de manière incompressible, au double du niveau requis pour rester dans la zone euro.

Compléments :

  • Ce billet est une illustration parfaite, et surprenante, de ce que mes livres disent sur la capacité au maintien du statu quo des organisations. C’est un exemple bien meilleur que tout ce que j’avais pu trouver en près de dix ans de recherche.
  • Les réformes de notre pays vues de l’intérieur, et quelques explications techniques sur ce qui s’y passe : Changement à la française.
  • J'ai quand même un désaccord avec MM. Cohen et Casanova. Et si N.Sarkozy obtenait ce qu'il voulait ? Et s'il ne désirait, qu'apparemment, par exemple, réformer l'Université, mais, en fait, voulait sa mort ? Une fois que l'état sera perclus de dettes, nous n'aurons plus de choix, sinon de le détruire. C'est peut-être le calcul de N.Sarkozy. Sur la crise utilisée pour nous mettre devant le fait accompli de la réforme ultralibérale, et d’un état uniquement bon à être achevé d’une balle dans la tête : M.Sarkozy et l'état, Attali m’a tué.
  • Sur la technique sournoise de la mise en œuvre du changement en miettes : Taxe professionnelle.
  • La logique du déficit heureux : Sarkozy imite Bush ? Après nous le déluge. Et celle de l’évolution du monde (et accessoirement la mienne) Ce blog veut changer le monde.
  • Sur la réforme des universités : Présidence des universités, Dauphine à l’heure romaine, Changement et université.
  • Une fois de plus ce qui me frappe est que le libéralisme est sournois, il ne s’adresse jamais à notre raison, mais cherche à nous manipuler (Conservateur et bolchévisme, Irving Kristol) : ne serait-il pas sûr de lui ? Saurait-il qu’il défend des intérêts catégoriels qui ne sont pas universels ? Croit-il qu’il y a des bons et de la canaille, nuisible ?

Qu’est-ce qui cause les crises bancaires ?

Selon Calomiris on historical crisis lessons ce serait les états. Toutes les crises bancaires sont semblables :

Elles résultent bien moins d’une absence de contrôle ou d’une volonté de laisser-faire, que d’incitations volontaristes à la prise de risque, à la fois du marché, et des banques. En résultent des comportements irresponsables.

samedi 7 novembre 2009

Nanotechnologies

Émission de France Culture, partiellement entendue :

  • D’un côté des sortes de microstructures ou machines, faites atome par atome. De l’autre des modifications du vivant aussi atome par atome.
  • Tout cela serait déjà entré dans notre vie. Notamment des composés d’argent qui permettent de combattre les odeurs (réfrigérateurs…).
  • Le tout ne serait pas sans risques, ces microstructures présenteraient les mêmes caractéristiques que l’amiante, et seraient en passe de polluer beaucoup de choses (eau, air).
  • Par ailleurs 50% des budgets seraient militaires, avec, j’ai cru comprendre, un intérêt pour les applications de ces travaux au cerveau.
  • Globalement aucun contrôle, les nanotechnologies sont le terrain de jeu de sympathiques bricoleurs.

Réflexions :

  • Les nanotechnologies paraissent une sorte d'étape ultime de l’idéologie occidentale : c’est l’illusion de pouvoir reconstruire le monde brique à brique, élément élémentaire par élément élémentaire. Par contraste, la pensée orientale perçoit le monde comme continu, et croit que l’homme doit l’utiliser, s’y inscrire, mais non le modifier.
  • Notre pensée est fondamentalement incorrecte : elle ignore la « complexité » du monde, le fait que la somme des composants n’a rien à voir avec ces composants, et d’ailleurs qu’il n’y a pas de composants insécables. Mais elle a eu des résultats, imprévus (notre science et notre technologie moderne), qui nous ont donné l’avantage sur l’Orient. L’Occident est innovant. D’ailleurs, impossible d’échapper à notre innovation : elle peut donner un avantage décisif. Nous sommes tous obligés de nous y livrer.
  • Pour parvenir à éviter des conséquences désastreuses pour la planète, il faut donc une coordination globale. Or, notre idéologie individualiste n’y est pas propice : elle crée des spécialistes, qui, n’ayant qu’une vision extrêmement réduite du monde (expert jamais sorti de son laboratoire), sont incompréhensibles, et incontrôlables à la fois par la société et par leur propre conscience.
  • Les nanotechnologies pourraient produire, comme les dernières innovations financières, le phénomène culturellement usuel d’une crise de folie américaine ; cette technologie étant aux mains d’apprentis sorciers, il y a de bonnes chances qu’elle suscite rapidement un malheur. Si nous y survivons, nous trouverons l’envie de contrôler notre élan innovateur.

Compléments :

Claude Lévi-Strauss

Je pensais ne rien dire sur Claude Lévi-Strauss n’ayant qu’une vision partielle de son œuvre. Quand même, deux souvenirs de quelques phrases d’une émission que France Culture lui consacrait :

Il semblait obsédé par la disparition des cultures. Le structuralisme aurait eu pour objet de comprendre comment les cultures parvenaient, malgré tout, à se maintenir.

Il n’aurait pas aimé l’art moderne pour cette raison : destruction du métier et de la tradition par l’individualisme débridé.

Compléments :

  • Sur l’art moderne, il semble avoir eu raison : L’art moderne expliqué.
  • Lévi-Strauss et Rousseau : La Dentellière (compléments).
  • Mon intérêt pour le sujet vient de ce que la conduite du changement c’est utiliser les « structures » d’une société (des règles qui guident notre comportement collectif, et qui la maintiennent telle que, tout en lui permettant d’évoluer).

vendredi 6 novembre 2009

Immigration anglaise

L’Angleterre a longtemps pensé qu'une immigration massive était bonne pour la santé de l'économie. Plus de 300.000 nouveaux immigrés y entreraient chaque année. D’ailleurs, c’est un dogme libéral, qui est aussi goûté de la gauche française.

Il semblerait que l’on commence à voir les inconvénients de cette idée. Martin Wolf du Financial Times constate que l’immigration n’a pas que des intérêts, elle a aussi un prix, notamment en termes d’infrastructure. Mais surtout, « La diversité apporte (…) des coûts. Ces coûts proviennent d’une baisse de confiance et du sens des valeurs partagées. De tels coûts sont susceptibles d’être particulièrement élevés quand les immigrants se rassemblent en communautés qui rejettent certaines valeurs de la communauté d’ensemble, la moindre d’entre elles n’étant pas le rôle de la femme dans la société. Il n’est pas déraisonnable de se sentir concerné par de telles divisions. »

Il en veut au gouvernement anglais d’avoir encouragé l’immigration sans avoir au préalable demandé à la nation si elle approuvait ses choix.

Compléments :

  • L’idéologie libérale, de gauche ou de droite, semble oublier qu’il n’est peut-être pas acceptable que des personnes bien intégrées dans leur société deviennent des sous-hommes dans la nôtre. Plutôt que de les encourager à se couper de leurs racines, afin de nous fournir une main d’œuvre sous-payée, ne serait-il pas mieux qu’elles soient heureuses chez elles ? Le combat de toutes les bonnes âmes ne devrait-il donc pas être l’éradication de la pauvreté ?
  • PNUD.

Pierre Moscovici

M.Moscovici a écrit un livre, il en parlait ce matin à France Culture.

N.Sarkozy n’est pas invincible. La France ne l’aime pas. D’ailleurs N.Sarkozy est un mauvais (népotisme, etc.). Le PS peut donc gagner.

Pour que le PS retrouve goût à la vie, il faut que son ennemi soit à terre ? C’est beau de croire ainsi en la force de ses idées !

D’ailleurs, pourquoi M.Moscovici, qui est pourtant doté d’un intellect supérieur (c’est un énarque), ne poursuit-il pas son raisonnement et ne se demande-t-il pas ce qui fait que le PS est, dans l’opinion des électeurs, à des années lumières derrière un président qui a autant de vices et qu’elle aime si peu ?

Compléments :

Intelligent Life

Magazine du groupe The Economist, que je reçois gratuitement, probablement lorsqu’il y a des invendus.

On y parle voitures de sport, hôtels luxueux et pittoresques, destinations lointaines, musées cachés et rares, nostalgie de l’Angleterre passée et de l'heureux temps de ses études…

Le ton, les sujets d’intérêt… sont les mêmes que ceux du journal de l’université de Cambridge. On y entend la voix très particulière de l’aristocratie anglaise, celle qui fréquente les public schools et Oxbridge. C’est à la fois une aristocratie des affaires et une aristocratie intellectuelle. Et The Economist et Intelligent Life représentent probablement chacun un aspect de cette très particulière classe dirigeante.

Compléments :

  • Il est paradoxal qu'une élite qui a une si forte culture prêche le plus libre des libéralismes, une globalisation où l’homme n’aurait pas de nation, pas de famille, pas d'histoire, qui ne serait mû que par son seul intérêt.
  • La classe supérieure anglaise comme classe d’héritiers : Héritage (suite), The September Issue.
  • Une autre vision de cette élite aristocratique : Zardoz.

jeudi 5 novembre 2009

M.Lellouche guerroie en Angleterre

M.Lellouche semble avoir violemment critiqué le projet de politique européenne de M.Cameron, prochain premier ministre anglais. Why have the French gone nuclear with the Tories? se demande pourquoi.

Le problème est franchement compliqué.

La position des conservateurs est jugée modérée par les Anglais, parce que s’ils se plaignent bruyamment de l’UE, ils ne font rien pour la quitter. Mieux, ils ont déjà ce qu’ils demandent. Épisode de grand art politique, qui laisse pantois :

Ils exigent des dérogations par rapport aux lois sociales européennes concernant notamment certains « services publics vitaux » (comme les pompiers). Or les lois européennes prévoient de telles dérogations, mais la Grande Bretagne a choisi de ne pas les appliquer (pour satisfaire ses syndicats) ! Encore plus fort : l’Europe a décidé de ne pas dévoiler le pot aux roses pour ne pas paraître encourager les états à la dérogation !

Qu’est-ce qui explique l'offensive française, alors ? Hypothèse du billet : les Français ont compris qu’ils ne pouvaient travailler avec les conservateurs ; en les attaquant, ils provoquent les anti-européens britanniques qui vont forcer les conservateurs à se radicaliser, les rendant infréquentables par Mme Merkel, qui n’aura plus d’autre allié possible que la France.

Que nos hommes politiques français soient capables d’une manœuvre aussi perverse, brillante et sophistiquée me confond d’admiration.

Compléments :

Jacques Cousteau

Ses films m’ont toujours ennuyé et je découvre avec étonnement qu’ils ont eu un succès international. Peut-être dans une langue étrangère gagnaient-ils en mystère ?

A creature of the shallows dit que Cousteau aurait été moins un plongeur que le réalisateur (talentueux ? au moins malin) d’une œuvre de fiction. D’ailleurs, il paraît vite avoir épuisé les attraits des profondeurs : il venait en hélicoptère sur la Calypso, et passait le plus clair de son temps à faire des conférences, à collecter des fonds, et à entretenir deux familles.

mercredi 4 novembre 2009

Grippe médiatique

Je me disais : curieuse grippe, virus d’un nouveau type, qui sait mieux faire parler de lui qu’aliter la population. D’ailleurs, il ne supporte pas le silence : à peine se fait-il sur son compte qu’on nous annonce une recrudescence de la contagion. Denis Duclos semble penser que cette grippe serait, effectivement, un révélateur de la nature profonde de notre société.

Notre société présenterait des caractéristiques structurelles favorables aux épidémies réelles et médiatiques :

  • Elle est globale, elle empile les hommes, et les pauvres en particulier, dans les villes, sa doctrine du « laisser faire » la prédispose peu à la prévention, bref elle fournit les conditions idéales pour que le « creuset asiatique », zone où cohabitent hommes, volailles et porcs, diffuse au monde les nouvelles souches de grippe qui s’y combinent sans cesse. Or, la peur fait vendre, des journaux aussi bien que des médicaments.
  • Elle serait parcourue d’un « désir mortifère qui travaille aujourd’hui tout sujet de cette société mondiale oppressante et dangereuse, incertaine et désorientée ». C’est cette inquiétude même qui accroîtrait les menaces en nous rendant incapables de nous défendre : « La dérive de nos sociétés vers l’obsession sécuritaire peut (être un risque des plus graves) notamment parce qu’interdisant toute politique de santé raisonnable et concertée ».

Compléments :

  • Des « épidémies sociales » : GLADWELL, Malcolm, The Tipping Point: How Little Things Can Make a Big Difference, Back Bay Books, 2002.

Angleterre hors d’Europe

Jean Quatremer révèle qu’un pays membre de l’UE peut assez facilement en sortir :

Il faut un acte de son parlement ou un référendum. Par conséquent, rien de sérieux ne retient les Anglais, et les conservateurs eurosceptiques qui vont bientôt les gouverner, à l’UE.

Alors, si ces conservateurs ne parlent pas d’utiliser cette procédure, c’est qu’ils trouvent quelque utilité à l’Europe ?

Bertrand Delage

Hier j’ai reçu Bertrand Delage dans Trouble Shooter. C’est un spécialiste du management de projets complexes. Il avait choisi de parler de « design to cost » et de la conception de l’Espace, dans des conditions rocambolesques.

Bertrand Delage cite Saint-Exupéry : « Dans la vie il n’y a pas de solutions. Il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent ». Un principe du design to cost, c’est que le projet ne sera que succession de résolutions de problèmes imprévisibles et, qu’en conséquence, il faut se donner les moyens de les repérer très tôt et des processus puissants de résolution.

La méthode, d’une certaine façon, fait confiance au talent humain, alors que le Taylorisme (qui inspire les méthodes modernes de management) considère l’homme au mieux comme juste bon à appliquer des procédures prédéfinies.

L’histoire était un peu triste. L’Espace était un produit hyper innovant, conçu avec très peu de moyens et en 15 mois (contre plus de 24 aujourd’hui pour une simple nouvelle version d’un modèle existant), comment se fait-il que nous ayons perdu ce savoir-faire ? Comment se fait-il que ceux qui nous l’ont fait perdre soient admirés alors que ceux qui ont conçu l’Espace n'ont jamais été que des anonymes peu considérés ?

Compléments :
  • Note de M.Delage sur le Design to cost.

Réseaux sociaux et entreprise

Une brève de The Economist de cette semaine :
A survey of British employees by Morse, a technology firm, found that 57% of staff use Twitter, Facebook or other social-networking websites for personal use during office hours, sometimes divulging sensitive business information. The average worker spends almost one working week a year on such sites.
Les réseaux sociaux ont un impact économique qui, finalement, n’est pas aussi faible qu’on aurait pu le penser : si j’interprète correctement cet article, ils coûteraient à l’entreprise au moins 2 ou 3% de sa masse salariale.

mardi 3 novembre 2009

Neuromarketing

Grande avancée scientifique : pour savoir ce qui fait acheter un consommateur on lui fait subir un IRM. Que constate-t-on ?

si vous êtes attiré par un produit, c’est parce que vous vous identifiez à lui.

Expérience américaine : les gens préfèrent Pepsi-Cola (test en aveugle) mais achètent Coca-Cola.

Autrement dit le codage culturel est infiniment plus puissant que l’aspiration naturelle. Les caractéristiques du produit vendent moins que la communication.

De cette constatation vient de sortir le neuromarketing, une nouvelle spécialité du conseil, dont l’ambition est de programmer la culture humaine pour que nous consommions un produit donné.

Cela nous promet des lendemains qui chantent.

Compléments :

Taxe professionnelle

Michel Mercier ce matin sur France Culture : le gouvernement n’improvise pas, il s’est donné un an pour trouver de ressources de remplacement pour les collectivités locales.

Par conséquent, si j’ai bien compris, l’État a ajouté 18md€ à ses dettes…

Je suis de plus en plus en train de me demander si je n’avais pas vu juste quand, il y a longtemps, j’ai comparé N.Sarkozy à G.Bush (Sarkozy imite Bush ?) : n’allons-nous pas finir couverts de dettes ?

Il était une fois la révolution

Occasion de quelques réflexions sur Sergio Leone.

Transformation du western en une sorte d’opéra où tout est caricatural : les véhicules, les visages, les exploits… Musique guimauve. Volonté de vanter les valeurs viriles ? En tout cas ici les flash backs me semblent aussi ridicules que ceux d’OSS117.

lundi 2 novembre 2009

Liberté de circulation

The Economist observe que l’Inde a tous les droits de contrôler les entrées de capitaux sur son territoire (mais qu’elle s’y prend particulièrement mal).

Il est regrettable, en bref, que l’argument libéral pour une libre circulation des capitaux ait flanché.

The Economist reconnaît donc que la libre circulation des capitaux, élément fondamental de la pensée libérale, n’est pas un principe absolu. L’excès de capitaux produit la spéculation et la crise.

Ailleurs, il avait aussi reconnu que la libre circulation des personnes n’était pas sans conséquences déplorables.

Louable honnêteté intellectuelle de certains théoriciens du libéralisme...

Allemagne dépensière ?

L’Allemagne annonce des réductions d’impôts. Mais ce n’est pas cohérent avec sa volonté d’équilibre ! Va-t-on éviter une fracture de la zone euro : Allemagne vertueuse, France en joyeux déficit ? M.Sarkozy a-t-il raison de pavoiser ? Pas forcément :

Mme Merkel fait face à une série d’élections, extrêmement mal engagées. Il est possible qu'elle soit en train de jouer une très habile manœuvre. J’entendais, par exemple, RFI annoncer qu’elle avait nommé commissaire européen un inexpérimenté, mais qui détenait une position régionale stratégique.

Quant à la baisse des impôts, elle va rencontrer de formidables barrières : la réforme attaquerait les revenus des états, qui se mobilisent contre ; en outre, la constitution interdit les déficits. De là à y voir une concession au FDP qui ne coûte pas cher...

Si c’est le cas, c’est peut-être une bonne nouvelle pour nous : nous risquons d’être obligés à un peu de rigueur, si nous ne voulons pas être éjectés de la zone euro.

Compléments :

Chiens de paille

Rédiger un blog a des conséquences imprévues. Jadis, je ne retirais des films qu’un vague sentiment. Aujourd’hui, j’y cherche une sorte de logique. À force d’analyser cette logique, j’en suis arrivé à me demander si les réalisateurs (les grands ?) n’avaient pas une seule obsession, chaque film en étant une illustration différente. Cette idée m’est revenue en regardant Chiens de paille.

Tous les films de Peckinpah paraissent raconter la rencontre de deux populations. Elles se révèlent totalement imperméables l’une à l’autre. Et tout se finit par un effroyable carnage. Avec liquidation complète d’un des deux camps.

Une telle vision du monde est-elle compatible avec celle des droits de l’homme, me suis-je demandé ? Pourtant, je suis à peu près certain que la critique intello porte Peckinpah aux nues.

Compléments :

  • Plus curieux, ce qui m’intéresse dans le film est justement ce qui n’est pas compréhensible. Un réalisateur qui n’est que logique est mauvais, à mon goût.

dimanche 1 novembre 2009

Avenir de La Poste

La Poste anglaise est en grève, son service est mauvais, elle doit réinventer son modèle économique, mis à mal par Internet, mais n’y arrive pas… Pour The Economist l’état déplorable de Royal Mail est la démonstration qu’un état est incapable de diriger correctement une entreprise. Le journal est favorable à une privatisation, et laisser ce qui en sort « nager ou couler ».

Comment en sommes-nous arrivés là ?

Il y a quelques décennies, pour une raison que j’ignore, les gouvernements occidentaux semblent avoir pensé qu’il fallait en finir avec l’état providence. Ils ont alors voulu préparer d’anciens services publics à la privatisation. La France, par exemple, a cherché à en faire des champions nationaux. Ce qui a entraîné quelques désastres comme ceux de France Télécom et ses 70md€ de dettes (avant il y avait eu le Crédit Lyonnais, le Crédit Foncier, etc.).

En fait, ce qui échoue aujourd’hui, semble bien être cette politique de conversion du public au privé. Aurait-elle mieux réussi si elle avait été plus complète ? Quand on voit l’état désastreux du rail anglais, de British Télécom, de l’industrie anglaise de l’énergie… le doute est permis.

Derrière cela se trouve une curieuse évolution idéologique. The Economist sous-entend que le secteur public est incapable d’innover. Après guerre on pensait le contraire. On croyait alors que la lumière venait d’en haut, il était donc logique de disposer d’un état bureaucratique pour la diffuser à la nation. Ce point de vue n’a pas été totalement ridiculisé par les faits : les trente glorieuses furent une extraordinaire période d’innovation et d’enrichissement pilotée par l'État. D'ailleurs, en France notamment, l'État a dû réformer une industrie décadente, qui en était totalement incapable de la moindre remise en cause. Bizarrement, The Economist reconnaît qu’en 1990 Royal Mail était un modèle d’efficacité…

Chez nous, l’avenir du service public semble hésiter entre deux voies : soit poursuivre la privatisation jusqu’à son terme soit la laisser dans son état actuel. Aucune de ces solutions ne sont défendables, puisque leur hypothèse initiale (la supériorité du privé) est aujourd’hui remise en cause. Pourquoi pas un débat qui se demanderait, eu égard à ce que l’on connaît de l’état du monde, s’il n’y a pas une (nouvelle) logique de développement de la Poste qui lui est mieux adaptée ?

Compléments :

  • Les réformes de l'après guerre en France, dans l'industrie : WORONOFF, Denis, Histoire de l'industrie en France, du XVIème siècle à nos jours, Seuil, 1998.
Ainsi se vérifiait la logique des nationalisations dans une économie demeurée capitaliste ; elles avaient pris en charge des secteurs en déclin ou à risque pour donner vigueur et profit au reste de l'appareil productif (Jean Bouvier).

Prise de décision collective

Un thème récurrent de ce blog est que notre processus de décision n’utilise pas l’intelligence du groupe, mais au contraire ses faiblesses. Ce billet tente une synthèse des défauts de notre raisonnement collectif, aperçus dans les billets précédents :

Le jugement moral domine la raison

Le débat d'opinion est devenu presque impossible dans notre pays car les déclarations des leaders d’opinion sous-entendent ce qui est bien et mal. Celui qui ne pense pas comme eux ne peut qu’être excommunié.

Or, il me semble que s’il y a un bien et un mal, ils sont à trouver en permanence, à partir de ce que notre culture et notre science nous disent pouvoir être bien ou mal, et compte-tenu du contexte de la décision, toujours unique.

Malheureusement, il est très facile de nous influencer : nous ne nous souvenons plus pourquoi nous faisons ce que nous faisons. Par exemple, je répète souvent que nous avons oublié que ce qui avait été essentiel pour nos ancêtres était la liberté et qu’elle demandait une division des pouvoirs pour qu’ils ne soient pas oppressifs. Aujourd’hui, la liberté a été remplacée par l’économie, principe qui signifie, au contraire, que l’on abatte ce qui protégeait l’homme, au nom de l’efficacité. Le passage de la liberté à l’économie n’a pas fait l’objet d’un choix conscient.

Amnésie

Le vice majeur de l’action gouvernementale en France semble suivre le mécanisme suivant :

  1. on prend une décision ambitieuse (construire un « champion national »),
  2. mais on ne se donne pas les moyens pour la mener à bien,
  3. désastre final, mais on en a oublié la cause et le gouvernement condamne l’incompétence de l’organisation résultante, qui pourtant a fait ce qu'elle a pu, et la liquide.

Plus généralement, nous oublions les raisons de notre situation actuelle, ce qui fait que nous persévérons dans l'erreur. En fait, cette amnésie prend la forme d'une prophétie auto-réalisatrice. Autre exemple :

L’état désastreux de l’économie occidentale est en grande partie due à des erreurs idéologiques, pas à la crise (qui est une conséquence des erreurs) ; or, la crise est utilisée pour justifier la poursuite de la voie ancienne. Particulièrement en France, où nous avons toujours une guerre de retard sur le reste du monde (du fait d’un défaut culturel d’honnêteté intellectuelle ?).

Le biais du jugement humain ou de classe

Ceux qui décident, décident seuls. Or, la capacité à décider correctement, et les connaissances nécessaires pour cela, ne sont pas ce que cherche le processus de sélection de ces leaders (par exemple politiques). Surtout, la connaissance est bien trop disséminée pour qu’un homme seul puisse prendre autre chose que des décisions stupides.

Pire, la classe dirigeante étant devenue extrêmement homogène partage les mêmes visions erronées : il n’y a pas un dirigeant pour sauver l'autre.

Compléments :

  • Les Lumières disaient déjà que l’homme avait été mené en bateau par des coutumes et des croyances. L’usage de la raison, c’était la sortie de l’enfance. J’ai l’impression que l’on est retombé en enfance.
  • La décision morale et ses contradictions : PNUD, Le bon plaisir de la Royale Ségolène.
  • Sous entendre ce qui est bien et mal lorsque l’on fait une déclaration (par exemple « quel est le taux de croissance qui crée de l’emploi », sous entend que la croissance crée l’emploi) est une technique de manipulation appelée « framing » en anglais. MYERS, David G., Intuition: Its Powers and Perils, Yale University Press, 2004.
  • Exemple de manipulation de l’opinion par l’amnésie : Hadopi bis, France : coupures d’électricité ? Autre exemple : le tissu industriel italien, qui pourtant semblait si flexible et efficace, est victime de la crise, à qui la faute : à la crise, ou à certaines entreprises parties chercher à l’étranger leur sous-traitance ? Business cluster.
  • Sur notre guerre de retard, et la rémanence en France d’idées enterrées ailleurs : Crédit Agricole et Société Générale.
  • Notre crise (et les précédentes) illustre les dangers de l’imperfection de l’esprit humain incontrôlé, ou plutôt les dangers que les leviers du monde soient entre les mains d’une classe qui partage les mêmes idées, puisqu’alors ses erreurs deviennent incontrôlables : Crash de 29 : contrôle impossible, Il n’y a pas que les subprimes, Crise : la culpabilité des geeks.

Gomme et crayon

Dans les changements que je croise actuellement, un terme revient souvent, et a fini par me frapper. On me parle de personnels que le changement a rendu inutiles, et qui sont inadaptables, parce que ne sachant utiliser que « la gomme et le crayon ».

J’ai fait plusieurs fois l’exercice suivant : demander à une organisation de définir ce qu’elle était en droit d’attendre des ses dirigeants fonctionnels (marketing, contrôle de gestion…), en définissant au préalable de critères objectifs (par exemple en reprenant ceux que l’on trouve dans les livres de cours), puis noter la performance des impétrants. Résultat ? Un massif zéro pointé. Le contrôle de gestion ne contrôle rien, et le marketing ne fait que répéter que l’entreprise a toujours fait. Et c’est vrai pour toutes les fonctions de l’entreprise.

Notre vision actuelle du changement demande à l’homme de se transformer personnellement, et c’est impossible. C’est à la société de faire ce travail : pourquoi ne s’est-on pas rendu compte plus tôt que gomme et crayon n’étaient pas adaptés ? Maintenant, il faut faire avec ce que l’on a.

Compléments :

samedi 31 octobre 2009

Roulette russe

Ce, qu’en substance, une société de « gestion de fonds » dit de ses faits d’armes :

(X) est l'une des rares sociétés de gestion alternative à ne pas avoir investi dans les fonds Madoff ou dégradé ses termes de liquidité.

Drôle de profession. Imaginons-nous un fournisseur d’énergie nous expliquer que, contrairement à ses concurrents, aucune de ses centrales nucléaires n’a explosé ? Si un gestionnaire de fonds ne vous fait pas perdre tout ce que vous lui avez donné, vous devez vous estimer heureux ?

On comprend mieux que ceux qui n’ont pas fait d’énormes erreurs au cours de l’année méritent une énorme récompense, un gros bonus.

vendredi 30 octobre 2009

France : coupures d’électricité ?

Ça semble vraisemblable cet hiver.

Nos centrales sont en mauvais état, notre réseau n’est pas équipé pour importer de l’électricité (nous sommes supposés être exportateurs), nous sommes massivement équipés de chauffages électriques.

Tentant de voir ici la main d’EDF et du gouvernement. Un nouvel exemple de changement à la française. Le nucléaire est supposé nous apporter de l’énergie bon marché et abondante, EDF promeut le chauffage électrique, puis ce même EDF se lance dans une ambitieuse croissance externe, internationale, dont il n’a pas les moyens, et qu’il mène au détriment du parc installé.

Simple hypothèse.

Business cluster

L’industrie de la formule 1 est dominée par la Grande Bretagne. C’est un domaine dans lequel le facteur clé de succès serait l’innovation, pas le prix. Or, l’Angleterre disposerait d’un réseau extrêmement créatif de petites entreprises (4500 entreprises, 6md£ de CA).

Une industrie sans concurrence et délocalisation ? Pour attaquer ce type de compétence sociale, il faut un investissement à long terme et les ressources d’une nation ? Le marché est insuffisant pour justifier l’intérêt d’un grand pays ? Il est difficile d’y réussir sans un transfert de compétences, apportées par des entrepreneurs désireux de réduire leurs coûts ?

Par contre en Italie ce même genre de tissu industriel, longtemps sa gloire, souffre (Sinking together). Marché plus gros qui attire plus d’appétits ? Avantage concurrentiel moins facile à défendre ? Panne d’innovation ? Manque de solidarité : les plus grosses unités (Benetton) délocalisent leur production, leurs fournisseurs coulent, le savoir-faire du groupe s’évapore ?

Compléments :

  • Les universitaires estiment que ce type de tissu économique, ou Business Cluster, en Anglais, donne un avantage décisif à ses membres. C'est, notamment, ce que dit Michael Porter.

jeudi 29 octobre 2009

L’exemplaire M.Sarkozy

Le Monde parle de la « très coûteuse » présidence française de l’Europe. Il y a des frais somptuaires, mais surtout une invraisemblable désorganisation :

Pour une raison inexpliquée (économies ?) la France a vendu son centre de conférences et doit équiper en urgence le Grand Palais pour le Sommet de l’Union de la Méditerranée. Ça coûte une fortune : pour qu’il soit prêt, on doit travailler jour et nuit, et on ne s’est pas trop embarrassé d’appels d’offres (peut-être n’en avait-on plus le temps ?).

L’article donne un aperçu de notre efficacité relative. Un encart compare l’organisation d’un même événement par la France et par l’Allemagne, 4,2m (2,5 prévus), contre 2m€…

Ça c’est de la conduite du changement à la française ! Tout est dans l’improvisation, et le stress et l’exploit. Et à la fin ? Je serais étonné que le résultat soit parfait. Ce qui est certain c’est qu’il coûte effroyablement cher.

Le gouvernement ne peut que nier en bloc sa ridicule désorganisation. C’est dommage. Parce que s’il y avait réfléchi, il aurait compris la raison des maux de la France. Notre peu d’efficacité, qu’il dénonce tous les jours, a les mêmes causes que la sienne : notre manque d’organisation. Et ce n’est pas en nous menaçant de la Schlag, comme il le fait trop souvent, que la situation s’améliorera.

Compléments :

Le problème du changement en France c’est que « changement n’est pas français ». Nous croyons qu’il suffit de le décréter pour qu’il se réalise. Le gouvernement démolit, mais ne laisse pas à ceux qui doivent reconstruire de notice de remontage. Et ceux-ci n’ont aucune idée de comment ils vont s’y prendre. Ils finissent par faire quelque chose (c’est la force de la France), mais dans des conditions de stress invraisemblables. Et comme les changements succèdent au changement (…) la situation empire fort désagréablement.
En fait, pour éviter ce désastre, il suffit, tout bêtement, de construire un plan d’action de changement (de simuler le changement), puis de le mettre en œuvre. Même dans le cas d’un gros changement, il ne faut pas plus que quelques semaines pour construire ce plan. Ensuite on sait où l’on va. Et il n’y a plus de stress.

Blair ou pas Blair

Quels critères de sélection pour le prochain président de l’Europe ? Un article reprend ce qu’on lit ça et là, mais légèrement différemment :

Tout d’abord, le premier titulaire du poste fera jurisprudence. Autant ne pas se tromper. Ensuite, il y a deux choix :

  1. Soit une star internationale, qui fera que la voix de l’Europe sera équivalente à celle de l’Amérique ou de la Chine. Ce qui signifie Tony Blair, faute de combattants.
  2. Soit un obscur, un homme de compromis permanents que demandent les processus emberlificotés et fragiles de l’Europe. (Il existe une autre définition, semble-t-il équivalente, de cette personne : quelqu’un qui ne fasse pas d’ombre aux autres chefs d’états, ce que des médiocres ne peuvent souffrir.)

Tony Blair a beaucoup contre lui. Outre qu’il appartient à un pays hostile à l’Europe, sa nomination à la tête de l’Europe serait vue comme une provocation par nombre d’Anglais (du type de celles qui déclenchent guerres et schismes) ; il a joué les va-t-en guerre d’Irak ; il n’a rien fait pour rattacher l’Angleterre à l’Europe, à un moment où c’aurait été favorable aux Britanniques (leur culture n’est plus aussi admirée aujourd’hui qu’avant crise) ; il ne comprend rien aux mécanismes subtils et compliqués de l’Europe.

Et moi ? Pas d’opinion tranchée. Et je ne suis pas sûr que les arguments dont il est question ici soient aussi indiscutables qu’on le dit.

  • La jurisprudence sera-t-elle définitive ? Leur fondateur compte beaucoup, mais les organisations savent changer.
  • L’Europe doit elle avoir une voix de star ? Notre fougue nous a joué de sales tours ; il est parfois judicieux d’avoir une attitude au monde modeste, qui sache opportunément exploiter les occasions que lui offre l’arrogance de contrées qui se croient des grandes puissances.
Serais-je, moi aussi, en train d’enterrer Blair ? Non, l’avenir est imprévisible, on apprend par essais et erreurs, c’est souvent (toujours ?) en faisant de grandes erreurs que l’on fait de grandes découvertes. Je suis contre la logique de la médiocrité.

Compléments :

Économie biophysique

La déroute de la théorie économique néoclassique, comme la disparition des dinosaures, laisse la place à de nouvelles espèces. L’économie biophysique, par exemple. Si je comprends bien, son idée est de mesurer si notre emploi d’énergie pour produire de l’énergie est efficace. Si nous consommons plus que nous ne produisons, c’est mal parti. Il semblerait que ce soit le cas pour le pétrole :

Through analyzing historical production data, experts say the petroleum sector's EROI in this country was about 100-to-1 in 1930, meaning one had to burn approximately 1 barrel of oil's worth of energy to get 100 barrels out of the ground. By the 1990s, it is thought, that number slid to less than 36-to-1, and further down to 19-to-1 by 2006. "If you go from using a 20-to-1 energy return fuel down to a 3-to-1 fuel, economic collapse is guaranteed," as nothing is left for other economic activity, said Nate Hagens, editor of the popular peak oil blog "The Oil Drum."

À la vitesse à laquelle nous perdons en productivité, nous devrions avoir des problèmes d’ici moins de 10 ans, et ce quelles que soient les ressources d’énergie qui nous restent.

L’économie semble vouloir sortir de modélisations simplistes qui ignorent les lois naturelles pour se rapprocher d’une évaluation de l’impact qu’ont nos modes de développement sur la survie de l’espèce. Il y a sûrement beaucoup de chemin à parcourir (à commencer par définir ce que l’on veut faire et mesurer), mais il faut bien commencer quelque part.

Compléments :

  • Mon intérêt pour ce sujet vient de mon billet sur le lean manufacturing : cette technique est associée à un système de coûts qui cherche, pour une fin donnée, à choisir les moyens qui gaspillent le moins les ressources naturelles, et l’effort humain.

mercredi 28 octobre 2009

Chine fragile

The Economist publie un rapport spécial sur la Chine. Le moins que l’on puisse dire c’est que ce n’est pas une « force tranquille ».

Pense-t-elle vraiment par elle-même, ou se définit-elle par rapport à l’opinion de l’Ouest ? Elle ne semble pas très assurée, pas très claire dans ses objectifs. Mais c’est cette incertitude même qui est dangereuse, comme son empilage d’armes. Surtout, sa situation interne est explosive :

the next few years could be troubled ones for the bilateral relationship. China, far more than an economically challenged America, is roiled by social tensions. Protests are on the rise, corruption is rampant, crime is surging. The leadership is fearful of its own citizens. Mr Obama is dealing with a China that is at risk of overestimating its strength relative to America’s. Its frailties—social, political and economic—could eventually imperil both its own stability and its dealings with the outside world.

Pour éviter l'explosion, les dirigeants chinois jouent du nationalisme : répression, jeux olympiques et hommes sur la lune… Pour cette politique, l’idéal des droits de l’homme et l’opinion publique occidentale sont l'étincelle près du baril de poudre : « jusqu’à maintenant, l’influence la plus perturbatrice sur les relations sino-américaines a été l’opinion publique et politique en Amérique ».

Mais peut-on reprocher à la Chine de suivre notre exemple ? Nos démocraties ont vécu des siècles de dirigisme puis de nationalisme avant de devenir ce qu'elles sont. Une démocratie ne peut bien fonctionner qu’avec des gens qui partagent l’essentiel, qui ont un « nous » commun.

Pour que la Chine ait un modèle moins dangereux, il faudrait probablement que l’Europe arrive à fonctionner.

Compléments :

Like Mr Obama, (Mr Hu) will vacillate. Copenhagen is likely to be just the beginning of a long, hard, struggle between the two countries over what the other is doing. An often defensive and secretive Chinese bureaucracy up against a bewilderingly complex mishmash of competing interests in America will not make for harmony.

Il y a mieux que la taxe carbone

Il suffirait au citoyen américain de changer un rien son comportement, pour réduire massivement les émissions de carbone du pays, dit une étude :

Based in part on how folks responded to the energy crisis in the '70s, the scientists calculated how many Americans might be willing to reform their energy-wasting ways. And they found that within 10 years, we could reasonably expect to cut our national emissions by 7.4 percent. That much carbon is slightly larger than the total amount put out by France.

Voilà qui rend très relatifs nos efforts français et qui montre à quel point les crises sont plus efficaces que la raison quant il s’agit de nous transformer.

mardi 27 octobre 2009

Séduisante Albion

Hier, je lisais un étonnant discours de David Miliband, ministre des affaires étrangères anglais. Il dit que l’UE a besoin d’un leadership fort, et que ce ne peut être qu’à l’Angleterre de le lui donner. Son argument, si je l’ai compris : c’est le seul moyen pour la Grande Bretagne d’exister encore, c'est-à-dire de conserver son influence internationale, de conquérante du monde.

J’ai trouvé l’idée séduisante :

  1. l’humanité a probablement besoin d’une forte Europe, qui défende des valeurs qui méritent l’attention ;
  2. l'UE manque de leaders charismatiques ;
  3. aurait-on trouvé un moyen d’arrimer l’Angleterre à l’Europe, et ainsi de profiter d’une culture si dissemblable de la nôtre ? (malgré tout le mal que j’en dis !)

Mais peut-on faire confiance à la perfide Albion ? Les Britanniques ne sont-ils pas, justement, des maîtres de la parole, d’un discours séduisant auquel leurs actes n’obéissent pas ?

Compléments :

  • The Economist revient sur M.Milliband : David Miliband makes friends in Luxembourg.
  • Ainsi que Jean Quatremer, qui n’a pas été sensible à la séduction anglaise. Probablement perdue par la traduction. Tony Blair et l'équation européenne.
  • Les Anglais n’ont pas la vision commune de la démocratie. Cependant, à tort ou à raison, il me semble qu’à la tête de l’Europe, ils seraient obligés de tenir compte des opinions de la majorité. Il ne demeurerait que ce que l’Angleterre a de meilleur : sa fougue conquérante.

Ce blog veut changer le monde

Bsa dit : Lentement mais surement vous comprenez que comme disait Jean Gagnepain, au cœur des puissants est le désir de tyrannie. Et oui, les faits parlent d'eux-mêmes les dirigeants ont déclaré la guerre aux peuples. La France est parait-il en 45 place pour la liberté de la presse. Parlant non? Ce qui méritait un plus long développement qu’un commentaire de réponse.

Mon métier a la particularité de me faire côtoyer aussi bien les grands que les petits. Depuis un quart de siècle je suis un « électron libre ». Or, je ne vois aucune différence, il n’y a pas d’un côté les bons et de l’autre les mauvais. Chaque jour, je rencontre plusieurs automobilistes qui passent au feu rouge ou roulent en sens interdit. Il est aisé d’imaginer ce qu’ils feraient à la tête de l’état, idem pour mes colocataires, qui se haïssent tous. Il n’y a même pas de solidarité entre membres d’une famille ou d’un même corps de l’administration, aussi prestigieux soit-il. Celui qui est, un moment, subordonné exècre l’incompétence de son supérieur, ce dernier le lui rendant au centuple.

Ce qui crée cette hostilité, ce sont les dysfonctionnements de notre système qui est en plein changement, et qui fait qu’aucun d’entre-nous n’a les moyens d’accomplir correctement sa mission. Du coup, on en veut au reste du monde.

A contrario, voilà ce que donne un changement, lorsqu’il est réussi : chacun découvre les qualités de l’autre et l’estime ; le dirigeant se débarrasse de ses courtisans, et dirige en direct ses troupes. L’entreprise devient « optimiste ». C’est pour de tels moments que je fais ce métier.

Ce que je commence à voir, c’est que la logique marxiste, qui explique que le peuple crée la richesse du monde, et est exploité par les « capitalistes », a été utilisée, à l’envers, par un remarquable travail de manipulation des esprits. Il nous a convaincu que les pauvres exploitent les riches, sans qui rien ne serait. Aujourd’hui l’économiste socialiste Attali peut dire sans rougir que les taxis bénéficient d’une « rente ».

Cette logique conduit naturellement à détruire l’état, perçu comme un outil de répression par des riches tellement habitués à ses bienfaits qu’ils ne voient pas ce qu’il leur apporte.

En réalité parler de riche et de pauvre, de lutte des classes ?, est faux. Nous voyons partout des tire-au-flanc qu’engraisse un état nourri de nos impôts. Qu’ils crèvent ! Dès que cette idée a gagné les esprits, l’état est condamné. Comme le régime soviétique.

Quand la société met en pratique ces théories, ce que nous fîmes ces dernières décennies, nous nous comportons comme l’a prévu Marx : nous exproprions le faible de son travail, à coup de machines. Cependant, dans notre cas, le bénéficiaire du système n'est pas le possédant marxiste, mais un employé, le « working rich ». Ce n’est pas le capital économique qui fait le vainqueur ou le vaincu, mais, paradoxalement, le « capital social ».

Cependant, l’homme n’est pas idiot, confronté à la faillite de son idéologie il change d’opinion. C’est ce qui est arrivé après la seconde guerre mondiale. Ce qu’on oublie aujourd’hui est que la crise d’avant guerre, les totalitarismes et la guerre, étaient vus par nos ancêtres comme la conséquence du capitalisme. Les états d'après guerre ont été résolument, lourdement, socialistes. Les pays anglo-saxons furent des pionniers de ce mouvement. D’où les lamentations de Hayek dans The road to serfdom, qui sont difficilement compréhensibles aujourd’hui.

En fait, pour le faire changer d'opinion, et de comportement, il ne faut pas que prouver à l'individu son erreur (anxiété de survie), il faut surtout lui montrer une échappatoire (anxiété d’apprentissage).

Ce blog ne croit pas à la méchanceté fondamentale des puissants, et de l’homme en général. Il cherche à comprendre ce qui ne va pas dans la logique de ce dernier, pour lui couper toute possibilité de justification, de lâche rationalisation. Il cherche surtout une « échappatoire », qui lui permette de construire une société durable. Une solution qui satisfasse tout le monde et ne fasse perdre la face à personne. Simple réflexe professionnel.

Compléments :

  • Sur les raisons qui font qu’une société d’individualistes se répartit apparemment en classes : The Logic of Collective Action.
  • Du capital social : Fils d’appareil.
  • De nos techniques de manipulation : Conservateur et bolchévisme.
  • Sur Jacques Attali : Attali m’a tué. Je me demande si le bon élève Attali n’a pas manqué d’esprit critique à l’époque où il étudiait l’économie. A-t-il suffisamment examiné ses hypothèses ? S’est-il demandé si elles étaient compatibles avec le socialisme ?
  • The Economist, héraut du libéralisme, doute : Le marché ne marche pas.
  • Ce qui fait espérer une sortie élégante de notre idéologie actuelle, c’est qu’une société amicale à l’homme l’est probablement aussi à l’économie : Lois sociales et économie de marché.
  • Sur l’expropriation par la machine : Crise occidentale : raisons structurelles.
  • Sur l’après guerre : SASSOON, Donald, One Hundred Years of Socialism: The West European Left in the Twentieth Century, New press, 1998.

Crédit Agricole et Société Générale

Le Monde annonce : Le Crédit agricole veut s'allier à la Société générale. La raison : être aussi gros que la BNP !

Que la France est un pays rafraichissant. Partout ailleurs on se demande comment vivre avec des banques tellement grosses que l’on ne peut leur permettre la faillite, ce qui les rend irresponsables et met la planète en péril. Après avoir tout tenté, on ne voit plus que la solution de 29 : les découper en morceaux, par métiers. Ne pouvant pas user de la force, gouvernements et économistes conçoivent des ruses de Sioux pour les faire exploser de l’intérieur, ou profiter de leur moindre faux pas pour les tronçonner.

Le Crédit Agricole, lui, n’a rien compris et rien vu.

« Avoir une guerre de retard » serait-il une de nos caractéristiques culturelles ? Qu’est-ce qui explique notre autisme congénital ? Notre système éducatif qui nous inculque que ce que nous pensons dans l’isolement de notre cerveau ne peut qu’être la vérité ultime ?

Compléments :

L’art de punir

D’après Mark Kleinman, ce qui cloche dans le système répressif américain c’est qu’il préfère faire souffrir le criminel que réduire la criminalité. S’il avait d’autres ambitions, comment devrait-il s’y prendre pour les satisfaire ?

Pour dissuader, une punition doit être rapide, certaine et sévère (…) il se trouve que des punitions plus légères peuvent être plus rapides et plus certaines.

Autrement dit, frapper fort est rarement une bonne idée.

lundi 26 octobre 2009

Entreprise capturée

Les économistes ont un terme amusant pour expliquer que la rémunération des dirigeants n’ait aucun rapport avec la santé de l’entreprise dirigée, ils disent qu’ils l’ont « capturée ».

Et les banques ne sont pas les seules victimes de piraterie, en Angleterre, les dirigeants des plus grosses entreprises ont compensé la réduction de leurs bonus par une grosse augmentation de leur paie.
FTSE 100 chief executives have received inflation-busting pay rises averaging 7.4 per cent over the past year, almost making up for a 29 per cent drop in their bonuses, according to a report published Monday. (…) Their total remuneration fell just 1.5 per cent in spite of collapsing profits in one of the deepest postwar recessions, it said. Chief executives were still earning, on average, as much as in 2006, when the economy was booming.

Changement à la française

J’ai rencontré il y a quelques temps un journaliste qui avait écrit un livre sur l’impossibilité du changement. Eh bien, il avait tort. La France est sans dessus dessous. Et ce changement a une bizarre caractéristique :

  • Il est théorique et simpliste. Par exemple les CCI, qui s’étaient développées à partir d’un tissu économique, sont maintenant restructurées sur le modèle de l’état français, la région dirige des départements. La commission Attali, semble-t-il, a trouvé que c’était d’une logique aveuglante : ainsi on pourrait faire des synergies et des économies. Cela rappelle la restructuration des syndicats après 68 : ils sont devenus des appareils et ont perdu toute efficacité et la quasi-totalité de leurs adhérents.
  • Mais le clou du spectacle est notre façon de mener le changement. On s'y prend de la même façon que, si, ayant découvert que notre code de la route est irrationnel, nous le supprimions, laissant les automobilistes se débrouiller pour en refaire un plus efficace.

Comment tout ceci peut-il se terminer ? On est dans le cas d’un changement qui n’est pas contrôlé. Plusieurs modèles s’appliquent.

  • Le Français résiste. Aujourd’hui les résistants sont liquidés.
  • La théorie de l’agence. Les économistes ont observé que celui qui est dans l’entreprise a un avantage sur celui qui est dehors (notamment l’actionnaire). Ils ont gagné des prix Nobel à expliquer comment graisser la patte du dirigeant de façon à ce que ses intérêts soient les mêmes que ceux de l’actionnaire. De là la mode du bonus qui marche si fort aujourd’hui. Mais le diagnostic est juste : celui qui est au cœur de l’organisation a un coup d’avance sur le gouvernement, s’il est mal intentionné (« oligarque »), il profitera du changement.
  • Le modèle de Juran. Juran est avec Deming un des experts auxquels les Japonais doivent une partie de leur miracle. Il disait que le risque du changement était le bricolage, les gens ne sachant pas quoi faire ont recours à des mesures de fortune, qui peuvent réserver de mauvaises surprises quelques temps plus tard.
  • Le modèle des Contes du Lundi. On y voit les soldats de 1870 essayer de sauver la patrie pendant que les généraux jouent au billard. Le Français a une grande autonomie et un fort sens de l’intérêt de son pays. Mais c'est rarement suffisant.

Compléments :

  • Industrial Diagnostics. A Systematic Approach to Management Problem-Solving, selected papers n°3, 1957, Juran Institute.
  • Sur le bricolage : Il y a des bombes qui se perdent.