mardi 16 février 2010

AIR

France Culture parle de l’Agence Internationale de Remplacement. Si vous découvrez que vous avez pris deux engagements pour une même date, AIR peut vous remplacer à l’un de ces rendez-vous (aux deux ?).

Extraordinaire idée marketing ! Elle répond à notre principale caractéristique nationale : incapacité congénitale à tenir ses promesses.

L’euro comme cheval de Troie ?

À partir du moment où il y a solidarité dans la zone euro, les pays n’ont plus le droit de faire ce qu’ils veulent. Les autres nations peuvent leur demander des comptes.

Par conséquent, la zone euro n’a pas besoin que d’une économie commune, mais aussi d’une politique partagée…

L’économiste B.Eichengreen se demande si l’adoption de l’euro n’a pas été le Cheval de Troie du fédéralisme. Manœuvre d’un as du changement ?

Compléments :

  • Comme moi, il a l’air de dire que le Cheval est allemand, mais aussi qu’il serait malvenu que l’Allemagne oublie ses responsabilités dans la crise de l’euro :

But Germany is not innocent of responsibility for this crisis. It demanded an extraordinarily independent and unaccountable central bank that is now running an excessively tight monetary policy, aggravating the plight of the PIIGS (Portugal, Ireland, Italy, Greece, and Spain). Germany’s enormous current-account surplus aggravates their problems further. Germany has also done too little in terms of fiscal stimulus to support the European economy.
Germany has benefited enormously from the creation of the euro. It should repay the favor. It should push for the creation of an emergency lending facility, and for political integration to make that feasible. It should provide more fiscal support. And who better to press for a more accountable European Central Bank?

Armée turque

L’armée turque joue un rôle très particulier :

Elle semble dépositaire des valeurs fondatrices du pays. Et elle tend à penser, comme le gouvernement français, qu’elle sait mieux que le peuple ce qui est bon pour lui. Mais elle s’éloignerait de la politique.

Compléments :

  • En passante, je note que la Turquie est dans la rubrique « Europe » de The Economist (de même que la Russie).

Modèle nordique

Le modèle nordique semble mieux résister aux crises, et fournir à ses membres un cadre de vie plus civilisé, que le nôtre. Quelles en sont les caractéristiques ?

Contrairement au modèle anglo-saxon, qui joue sur les mécanismes monétaires pour adapter l’économie au changement, les pays nordiques comptent sur la plasticité du tissu social. Elle est rendue possible par un partage des risques (protection sociale) aussi large que possible, reposant sur un « contrat social » qui évite à la population de céder à la panique lors d’une crise, ce qui laisse à ses gouvernants le temps de réfléchir. La clé de voûte du système est « l’investissement dans le capital humain », une formation qui maintient en permanence la qualification des citoyens en fonction des besoins de l'économie. Quant au gouvernement, il doit « sauvegarder le compétitivité (du pays), et la durabilité des finances publiques », notamment en évitant déficits et dettes.

Compléments :

lundi 15 février 2010

Wall Street et la Grèce

L’Europe, que l'on croyait rétrograde, est à la pointe de l’innovation : depuis une décennie, Goldman Sachs et les banques américaines font des miracles pour masquer ses déficits :

Elles ont utilisé des techniques identiques à celles qui firent la notoriété d’Enron pour faire passer des emprunts pour des revenus.

En novembre dernier Goldman Sachs aurait proposé au gouvernement grec de réitérer l'exploit…

Compléments :

Grèce

Les Grecs vont-ils résister à la rigueur gouvernementale ?

Apparemment non : il semblerait qu’il y ait accord sur le fait qu’il faut réformer le pays ; une réforme serait acceptable si elle est juste (notamment si elle frappe le citoyen en fonction des avantages qu’il a tirés de l’ancien système). Le danger viendrait de minorités extrémistes.

Avenir de l’Europe

D’après Paul Krugman, rétablir l’équilibre entre les économies de la zone euro nous promet quelques années effroyables :

What we’ll probably see over the next few years is a painful process of muddling through: bailouts accompanied by demands for savage austerity, all against a background of very high unemployment, perpetuated by the grinding deflation I already mentioned.
It’s an ugly picture. But it’s important to understand the nature of Europe’s fatal flaw. Yes, some governments were irresponsible; but the fundamental problem was hubris, the arrogant belief that Europe could make a single currency work despite strong reasons to believe that it wasn’t ready.

L’euro, nouvel exemple de l’éthique de la conviction, qui ignore les conséquences de ses actes ?

Jeunes et alcool

N’ayant pas d’enfant, j’ai échappé aux maux de la jeunesse. Mais je suis rattrapé par ce que l’on m’en dit. Les jeunes se shooteraient à l’alcool bon marché. Cela expliquerait-il le comportement un peu bizarre et absent de mes élèves que me signalent aussi d’autres enseignants ? D’où vient ce problème nouveau pour moi ?

Les jeunes ont adopté un mode de consommation d’alcool « anglo-saxon ». En fait ce ne serait que l’expression juvénile de l’inquiétude d’une société qui fait une des plus grosses consommations d’antidépresseurs au monde. Leurs parents, et leurs exigences, sont un agent majeur de cette anxiété. La famille l’est aussi du réconfort : la fête familiale c’est l’alcool. Consommer de l’alcool c’est appartenir au groupe.

Pour soulager l’enfant de sa dépression, le « marché » fait preuve de merveilles d’inventivité marketing (cf. les « alcopops »). Il transforme en un consommateur de plus en plus gros, un client de plus en plus jeune.

Compléments :

  • Le moteur du (de notre) capitalisme serait-il la crainte ? Je me pose à nouveau la question. Grippe médiatique.

dimanche 14 février 2010

Tensions européennes

Et si le pire ennemi de l’eurozone était l’Allemagne ?

Il y a quelques années elle est parvenue à réduire les salaires de sa population de façon à prendre l’avantage sur ses concurrents. En fait, plus généralement, les pays de la zone euro ont vu les salaires de leurs ressortissants augmenter de manière très différente. Ce qui semble à l'origine des problèmes qu'elle connaît actuellement. Et ce qui semble promettre des ajustements douloureux, y compris pour la France.

Illustration : un graphique donné par Paul Krugman, qui pense que le meilleur moyen de nous tirer de ce mauvais pas serait un peu d’inflation.

Compléments :

1618

J’ai pris du retard sur ma centaine. Qu’est-ce qui l’a marquée ?

Son grand moment aura été l’étude, chapitre après chapitre, de La France en mutation. J’en retiens que mes théories sont plus justes que mon instinct. La France ne s’est probablement pas effondrée du fait d’une conspiration, mais parce qu’elle ne pouvait faire autrement. La mise en cause de Bretton Woods a produit une crise que notre système d’État providence bismarckien et surtout son mode de fonctionnement issu de l’Ancien régime ne savaient pas résoudre. L’individualisme forcené et ses théories de droite ou de gauche ne l’a pas démoli mais elles se sont trouvées être la seule solution de remplacement qui s’est présentée alors. Contrairement à ce que nous croyons, nos gouvernants seraient plus bêtes que méchants ? Quelques illustrations :

D’ailleurs le pouvoir nuit gravement à l'honnêteté intellectuelle : Hypocrisie des puissants.

L’Europe serait elle aussi en mutation ? Le monde prend conscience que sa désorganisation, qui était favorable à la régulation par le marché, lui est nuisible. Elle a besoin de devenir une puissance solidaire vis-à-vis de ses membres, coordonnée par un débat démocratique, qui conçoit des stratégies et qui les met en œuvre. Une Europe fédérale à l’Américaine. Bizarrement ce sont les Anglo-saxons qui sont les moteurs de la transformation :

  • L’élite anglaise pensait dominer un monde globalisé. La crise a fait rater son décollage. Et elle se retrouve dans une Angleterre pluvieuse et ruinée (par ses soins). Elle compte maintenant sur l’Europe comme marche-pied vers son destin.
  • B.Obama ridiculise les gouvernants européens, pour les contraindre à parler d’une seule voix.

Quant au reste du monde développé, il n’a rien à nous envier :

Les malheurs d’Haïti m'a fait me demander pourquoi la décolonisation a produit des pays qui ne se développent pas. Parce que nous ne sommes pas des « donneurs d’aide » ?

J'ai aussi suivi des travaux sur la réglementation de la finance : Basel 3. En fait, la meilleure santé des banques est un leurre. Va-t-on vers la réinvention d’un nouveau système de régulation mondiale, après destruction : Ça va péter ?

Le feuilleton Obama s'est poursuivi. La perte d’un sénateur amène un changement de stratégie à 180°. Populisme à l’intérieur et mercantilisme à l’extérieur ? Est-il vexé du revers qu’il a subi et veut-il se venger d’une planète indigne de lui, en caricaturant N.Sarkozy ?

La chronique culturelle pour finir :

  • Les Lumières. Notre société serait-elle renouvelée par des idées innocentes dont nous ne voyons pas les conséquences avant qu'elles l'aient mise sens dessus dessous ?
  • Tristes Tropiques : Claude Lévi-Strauss, don Quichotte bien de son temps ?

La France en mutation

J’ai commenté chapitre après chapitre, La France en mutation, 1980 – 2005 (Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), une collaboration entre Harvard et Sciences Po. Qu'est-ce que j’en retire ?

Comment sommes-nous passés de ce que Galbraith appelait « la société d’abondance », à la souffrance au travail, la crise du logement, l'acceptation qu'une partie de la population est définitivement inemployable ? Un monde qui ressemble étonnamment à une société qu’il croyait révolue, celle qui avait valu à l’économie, qui la décrivait, le nom de « dismal science ». Une science lugubre qui ne prévoyait que la pénurie.
Dans cette histoire, il n’y a ni héros, ni coupables. C’est tout le système français qui s’est effondré, un système bâti sur le modèle d’Ancien régime. Avec un État omnipotent et théoricien, qui nous considère comme des assistés incapables de savoir ce qui est bon pour eux, veut tout régler et croit à la solution miracle. Faute de conscience de la complexité de la réalité, ses décisions ont une fin calamiteuse. Avec des hauts fonctionnaires qui gèrent des « champions nationaux » sans en connaître le métier. Avec une population d’exécutants sous-qualifiés fruits d’une Éducation nationale incompatible avec l’économie.
De ce fait, notre système d’État providence, basé sur l’école, l’armée, le plein emploi, qui garantissait l’intégration, un revenu, le logement, la protection sociale, l’égalité et plus généralement le respect de nos valeurs fondamentales, a sombré. Il était incompatible avec le coût d’un chômage durable. Il en a résulté un modèle proche du modèle anglo-saxon, parce que notre structure sociale est proche du modèle anglo-saxon.
Cependant la transformation n’a pas été complète : les vestiges de l’ancien système sont demeurés, parce qu’il représente ce à quoi nous croyons. Ce qui rend le fonctionnement de notre société particulièrement difficile.
De là, où faudrait-il aller ? Le Français ne ressemble pas au portrait qu’en font les journalistes et les politiques. Il est « progressiste » et ouvert. Il veut une « économie sociale », qui permette l’initiative individuelle tout en protégeant l’homme de l’anarchie du laissez-faire. Pour atteindre cet objectif, il semble qu’il faille reconstruire une sorte d’Etat providence à l’ancienne mode. En corrigeant ses failles : il doit être capable de résister aux aléas de l’économie. Probablement une forme de la flexisécurité qui a la faveur actuelle des économistes. Donc il faut des Français adaptables parce que bien formés, des dirigeants qui leur ressemblent, et un gouvernement qui apprend à mettre en œuvre les volontés de la nation, selon le modèle de la démocratie représentative.
L’Europe a certainement un rôle à jouer dans cette transformation. Elle doit évoluer vers un modèle fédéral de type américain qui permette de définir démocratiquement des politiques globales et non plus sectorielles.
Compléments :
  • Les 12 chapitres du livre tels que je les ai commentés :
  1. Protection sociale
  2. France et immigration
  3. L’Éducation nationale change
  4. France : guerre des générations
  5. Les relations de travail en France
  6. Le changement de l’économie française
  7. 5ème République et partis politiques
  8. Crise de la représentation politique
  9. Chaos européen
  10. France : crise de gouvernance ?
  11. La régionalisation de la France
  12. Transformation de l’entreprise française

samedi 13 février 2010

Allongement des retraites

Arrivée en masse de retraités, la durée de vie augmente, catastrophe imminente. Sondage : 59% des Français ne veulent pas d’un allongement du temps de travail. Pourtant c’est une solution évidente à la question. Paresse et résistance au changement ?

Avant d’allonger leur temps de travail, il faut mettre les gens au travail. Sinon la mesure revient à réduire, massivement, le montant des retraites. Or, nous avons un des plus faibles taux d’emploi des plus de 50 ans des pays « développés ». Ensuite, il faut adapter les conditions de travail à l'âge des travailleurs. Aussi, peuvent entrer en jeu des raisons de justice sociale, la fameuse guerre des générations dont on parle de plus en plus.

Toucher aux retraites n'est jamais facile. Mais les pays qui ont mené à bien une ou plusieurs réformes importantes ont pris le temps de négocier (quatorze ans en Suède pour la réforme de 1998). Ils ont proposé des compensations pour les perdants potentiels, notamment les personnes ayant des carrières atypiques (principalement des femmes et les personnes les moins qualifiées). Et ils ont clairement posé la question de la solidarité entre les générations qui appelle un effort des plus jeunes retraités, relativement aisés.

Message des sondages : le gouvernement doit apprendre à réformer le pays autrement que par décret ?

Compléments :

Changement et crise

La période actuelle est peut-être une démonstration des vertus de la crise :

  • L’Europe est critiquée de toute part : Obama méprise sa désorganisation, les Chinois l’ont ridiculisée à Copenhague, la zone euro n’arrive pas à tenir en équilibre
  • Du coup, elle est obligée de se réformer. Sortira-t-elle de la crise plus unie et plus efficace ?

Compléments :

Transformation de l’entreprise française

Après-guerre l’économie française est dominée par des conglomérats, des « champions nationaux », qui sont une extension de l’État. Peu capitalisés et fortement endettés, ils sont étroitement contrôlés par l’État, qui régule les flux financiers. Leurs activités rentables épongent les pertes d'activités non concurrentielles dont elles protègent les employés. Le rôle des hauts fonctionnaires, leurs dirigeants, est plus d’appliquer une politique économique, en se coordonnant entre eux, que de développer des entreprises qu’ils connaissent mal.

Ces conglomérats sous-capitalisés et sous-managés sont inadaptés au changement des règles du capitalisme des années 80. Déréglementation et globalisation. La bourse remplace les banques comme moyen de financement, l’échange d’actions devient un véhicule d’acquisition, les investisseurs américains envahissent le monde…

Les conglomérats avaient deux moyens de devenir performants dans un monde dirigé par la valeur actionnaire :

  1. La solution allemande : rendre transparente la structure du conglomérat. Ce qui permet une protection des actionnaires et une allocation optimale des ressources.
  2. La solution française : disloquer les conglomérats en unités spécialisées ; en laissant périr les activités non rentables. Ce choix s’explique par nos caractéristiques nationales. En Allemagne, le personnel est autonome, polyvalent donc facilement adaptable au changement, et bien formé par une formation professionnelle nationale, l’entreprise est, d’une certaine façon, « cogérée ». La France obéit au modèle taylorien : des cols blancs définissent des règles qu’appliquent des cols bleus spécialisés et formés par l’entreprise selon ses besoins. En outre il y a de multiples conflits : les dirigeants et les actionnaires majoritaires n’ont pas intérêt à la transparence allemande : elle profiterait aux employés et aux actionnaires minoritaires. L’entrée en force des investisseurs étrangers, américains surtout (en 2001, plus de 41% du CAC40 appartenait à l’étranger), qui sont favorables à la spécialisation, a accéléré la mutation.

L’État français, qui, jusque-là, réglementait fermement les relations de travail (autorisations de licenciement...), s’est brutalement retiré. Ce qui a permis aux dirigeants de réformer leurs entreprises comme ils le désiraient, sans contrepoids. L’État semble aussi avoir fait une erreur : en essayant de constituer des noyaux durs, des participations croisées susceptibles de protéger les entreprises françaises de prise de contrôle extérieur, il les a affaiblies. Elles manquaient de capital, il l’a immobilisé dans des participations sans intérêt stratégique. Ce qui a facilité les prises de participation étrangères.

Commentaires

Une partie de la population française a fait les frais de cette transformation, mais était-elle parable ? Les faiblesses de l’édifice français sont structurelles : au fond, la France suit le modèle de l’Ancien régime, avec un État qui veut tout gérer, et qui est dépassé par la complexité de sa tâche, une élite superficielle, et une population peu qualifiée, du fait d’un système éducatif inadapté.

Compléments :

  • Ces idées viennent de GOYER, Michel, La transformation du gouvernement d’entreprise (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).
  • La remis en cause du système de Bretton Woods a-t-il été le déclencheur de tous ces bouleversements ?
  • En fait, le gouvernement semble avoir tenté un changement qui aurait permis le sauvetage du modèle français, au moins dans son esprit : Le changement de l’économie française.

vendredi 12 février 2010

Salaires des patrons (suite)

J’ai l'intuition que les grands patrons ont considérablement augmenté leurs salaires ces dernières décennies. Juste ? En tout cas, probablement vrai pour les USA :

Entre 1936 et 1939, la rémunération moyenne des 150 dirigeants les mieux payés des 50 plus grandes entreprises américaines représentait 82 fois le salaire moyen. Entre 1960 et 1969, ce ratio était tombé à 39. Mais, après l'élection de Ronald Reagan, en 1980, ce ratio est remonté en flèche, pour atteindre 187 durant la décennie 1990 et culminer à 367 au début des années 2000 ! Cette envolée est liée en particulier au développement d'un mécanisme de rémunération qui n'existait quasiment pas avant les années 1950, mais qui concerne aujourd'hui 90 % des patrons américains : les stock-options.

Pour les patrons français, je n’ai pu rien trouver d’équivalent, mais la tendance est au moins similaire :

En 1989, la révélation du salaire du président de Peugeot - 36 fois le smic - avait créée une onde de choc à travers la France. Vingt ans et une crise financière plus tard, les 50 principaux dirigeants du CAC 40 touchent en moyenne 240 fois le smic, révèle jeudi une étude du cabinet d’analyse financière PrimeView pour le magazine économique "Capital".

Ces augmentations ne seraient dues à rien d’autre qu’à un rapport de forces favorable aux grands dirigeants (et à certains de leurs salariés, comme les traders) :

Les managers (ont fait) alliance avec les investisseurs institutionnels, acceptant notamment, via les stock-options, de lier leur sort à celui du cours des actions.

Sort lié à l’action ? Il semblerait surtout qu'il y ait corrélation négative. Une analyse d’un échantillon de 90 sociétés :

Les 9 actions qui ont le plus progressé depuis 2001 (+ 640 % d'appréciation moyenne) sont celles des 9 patrons les moins bien payés (203.000 euros en 2008) Et les 9 actions suivantes, pour leur gain au cours de la même période (+ 160 %) correspondent au deuxième groupe des patrons les moins bien rémunérés (236.000 euros en 2008). A l'autre extrême : les 9 actions les moins performantes (76 % de dépréciation moyenne depuis 2001) sont celles des 9 patrons les mieux payés en 2008, avec 675.000 euros en moyenne. Et le deuxième groupe des actions les moins performantes (-54 %), rassemble le deuxième groupe des patrons les mieux payés (438.000 euros ).

Pour s'enrichir significativement, le patron doit dépecer sa société ?

Compléments :

  • Ce qui a suscité la réflexion : Salaire des patrons, Sarkozy et les salaires. Au passage j’apprends que les arguments de MM Sarkozy et Obama sont de bien vieilles ficelles. Pour que le supérieurement honnête et intelligent Obama utilise de tels sophismes grossiers, c’est qu’il doit désespérer de l'intelligence humaine…

L'un des arguments les plus utilisés pour justifier les niveaux de rémunération très élevés des PDG consiste à considérer qu'ils jouent désormais dans la même catégorie que les acteurs, les chanteurs ou les sportifs. Ce raisonnement ne tient guère la route. Tout d'abord, à de rares exceptions près, les PDG les mieux payés, gagnent nettement plus que les people les mieux rémunérés. Mais surtout, si les stars gagnent beaucoup d'argent, c'est en fonction de leur capacité à engendrer des flux de revenus colossaux sur leur seule activité, sous forme de billets de cinéma, de spectacle ou encore en associant leur image à des publicités. Rien à voir, même s'il y a aussi toujours des "petites mains" derrière le succès des stars, avec le succès d'une entreprise fondée sur le travail, la créativité, l'engagement et l'efficacité de dizaines de milliers de personnes.

Performance scolaire et composition des classes

En quoi la composition d’une classe influe-t-elle sur les résultats d’un élève ?

  1. Y a-t-il ou non présence importante du segment le moins doué de la population (les 5% les plus bas) ? Si oui, il y a une nette baisse des résultats de tous les élèves.
  2. Y a-t-il a beaucoup d’élèves brillants ? Si oui, c’est favorable aux filles brillantes et défavorable aux garçons brillants.

Ce dernier résultat s’expliquerait par une aptitude naturelle aux stratégies sociales chez les femmes, non présente chez les hommes.

Compléments :

jeudi 11 février 2010

Salaire des patrons

B.Obama reprenant les propos de N.Sarkozy justifie le bonus d’un patron de banque en le comparant à celui d’un sportif.

Les commentateurs locaux notent que les dits athlètes n’ont ni créé une crise mondiale, ni été sauvés par les contribuables, pas plus qu’ils ne vivent grâce aux subventions de l’État.

Nos hommes politiques sont-ils capables de réfléchir, ou ne font-ils que capter des modes qui courent ça et là ?

Christophe Faurie

Il y a quelques mois Thomas Blard a fait de moi une interview. Je ne me souvenais pas de ce que j'avais dit, l’entretien n’ayant pas été préparé, et moi ayant répondu sans beaucoup de réflexion aux questions posées, un peu surprenantes. Y avait-il un thème à ressortir de mes propos ? me suis-je demandé. J'ai donc regardé la vidéo de l'interview.

En fait, je n’en sais toujours rien. Je ne me suis pas vraiment écouté. J’étais tout au spectacle. C’est extraordinaire à quel point Thomas passe bien. On ne s’invente pas journaliste. Quant à moi, je me trouve beaucoup mieux que ce que j'attendais. Un peu savant nimbus, certes, mais s’il fallait refaire cet entretien, je ne suis pas sûr que je répondrais aussi bien. Suis-je le seul à en comprendre le sens ? Je finis par croire, comme le groupe Anvil, que dans certains cas on n'a de responsabilité que vis-à-vis de soi...


Trouble shooter par DECIDEURS TV

mercredi 10 février 2010

La régionalisation de la France

LE GALÈS, Patrick, Les deux moteurs de la décentralisation, concurrences politiques et restructuration de l’État jacobin, in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006. Difficile de savoir quoi penser de la régionalisation française :

C’est un mouvement paradoxal. On pourrait le croire issu d’une pensée libérale, visant à dissoudre l’organisation bien propre de l’État jacobin pour donner le pouvoir à l’individu. Or, commencé dans les années 60, il a été majoritairement porté par la gauche, et il a conduit à un alourdissement préoccupant du poids public. Car, si, ailleurs dans le monde, il y a eu « décentralisation de la pénurie », probablement du fait du poids politique de leurs élus, les collectivités locales ont obtenu les moyens de leurs nouvelles responsabilités. Aujourd’hui elles représentent « plus de 70% de l’investissement public ». Curieusement, la dislocation n’a pas signifié victoire du libéralisme : les pouvoirs locaux semblent être des mini  États providence cherchant à s’arroger les prérogatives de l’État. Avec peut-être l’émergence (préoccupante) « d’oligarchies » public-privé. L’État aurait été repoussé à un rôle de stratégie et de contrôle, surtout financier (le ministère des finances est un gagnant de la régionalisation). Cependant les structures traditionnelles (commune, département, Sénat) ont résisté, ce qui ne clarifie pas le paysage.

Commentaires

J’en suis réduit aux questions :
  • La régionalisation aurait-elle été l’expression des ambitions des potentats locaux, désireux de se constituer une République personnelle ? Reflète-t-elle un besoin de la population ?
  • La régionalisation semble avoir augmenté le poids des dépenses publiques. Mais ces dépenses sont devenues difficilement contrôlables, du fait de leur dispersion. Ce système délocalisé est-il efficient, n’aurait-on pas de synergies à réaliser en recentralisant un peu la France ?
  • N’y a-t-il pas risque de déséquilibre entre acteurs locaux, les plus forts accroissant sans arrêt leur avantage au détriment des plus démunis ?
À creuser.

Pauvre Angleterre

Après l’Amérique, c’est un autre modèle du libéralisme qui semble en un peu moins bonne forme qu’on ne le croyait :

Les Britanniques sont depuis des siècles des soulards et des bagarreurs, mais aujourd’hui leur comportement autodestructeur reflète en partie la perception que leur vie ne vaut pas beaucoup. Quand aux enfants qui ont des enfants, il y a des preuves ailleurs que si les filles reçoivent une meilleure éducation – pas seulement sexuelle, mais aussi dans des domaines susceptibles d’améliorer leurs chances de trouver un travail – elles ont moins de chances d’être enceintes avant 16 ans. Cependant, en dépit du discours officiel sur l’amélioration continue des résultats d’examen, la Grande Bretagne commence à chuter dans les classements internationaux d’efficacité éducative.

How broken is Britain?

Compléments :

mardi 9 février 2010

Qu’est-ce qui pousse le PS ?

France et immigration m’a fait découvrir que pour la gauche la lutte contre la discrimination vis-à-vis des immigrants était une cause quasiment religieuse.

J’en suis même arrivé à me demander si elle n’inventerait pas cette discrimination si elle n’existait pas. J’ai été particulièrement surpris de la sorte de Blitzkrieg menée par Martine Aubry, convaincant l’Europe de voter une loi sur la discrimination, qu’elle a cherché ensuite à nous imposer. Pour ne pas nous avoir consultés, elle devait être particulièrement sûre de son fait.

Ce soir j’entendais le fondateur de L’Harmattan, qui parlait de son engagement, lui aussi quasi religieux, dans la décolonisation. Et l’idée suivante m’est venue : est-ce que ce qui pousse l’intellectuel socialiste n’est pas une vision du « bien », des valeurs à faire entrer dans la société quel qu’en soit le coût pour les peuples du monde ?

N’est-ce pas pour cela que la décolonisation a joué un rôle aussi fondamental dans l’imaginaire de gauche : les anciennes colonies étaient des terrains d'expérimentation de son idéologie ?

Mais alors n’y a-t-il pas contradiction entre un PS qui se voit comme devant nous apporter la lumière, et le rôle d’un parti de gouvernement qui doit représenter la volonté du peuple ? À moins que l’intellectuel socialiste ne pense que cette volonté ne s’exprime qu’un instant : quand nous lui donnons notre vote ?

Compléments :

La France arme l’URSS

Pourquoi la France vend-elle des bateaux à la Russie ? se demandent les Anglo-saxons avec consternation. Il y a toujours quelque chose de honteux à être français.

Et pourtant nos actes ont peut-être une explication simple : la France ne peut vendre à personne d’autre que la Russie, simplement parce que sur les marchés honorables, elle est écrasée par l'influence politique américaine. Or, il se trouve qu’à un moment où l’Amérique nous déverse sa crise, en dévaluant sa monnaie, notre économie a plus que jamais besoin de débouchés.

Les Anglo-saxons sont les champions absolus du bien, tout ce que nous pouvons faire ne peut qu’être mal. Ils devraient en prendre conscience et aussi comprendre que nous pourrions un jour leur être utiles, et nous laisser un peu de leur « bien » pour survivre…

Compléments :

  • Comment l’Anglo-saxon a su mettre le bien à son service : Perfide Albion.

Le Chinois est économe

Le Chinois est économe, et cela déséquilibrerait le système financier international. Pourquoi épargne-t-il ? Explication d’un économiste :

Parce qu’il préfère les garçons. La corrélation entre le déséquilibre garçons / filles (122 à 100 à la naissance) et le taux d’épargne semble avéré.

Sensibiliser le Chinois aux droits de la femme pourrait rétablir l’équilibre de la finance mondiale ?

Anne Sophie Cruque-Merle

Anne-Sophie Cruque-Merle est DG de 6AM. Sujet de notre conversation : dans le domaine de la pub, Internet va-t-il tuer la télé ?

Selon toutes les mesures d’impact, dit-elle, Internet semble équivalent à la télé. Et parfois c’est bien mieux (ça a rajeuni l’image de Tati, par exemple). Toutes les populations paraissent également touchées. Par exemple, les retraités seraient une cible particulièrement intéressante : ils verraient Internet comme un lien avec leurs petits enfants ; surtout ils ne sautent pas de page en page comme les jeunes, mais les parcourent avec soin, et seraient plus joueurs et disposeraient de bien plus de temps que ces derniers.

Internet est surtout deux fois moins cher que la télé (cela sera-t-il toujours le cas si la demande augmente ?). Les multinationales de la grande consommation pourraient ainsi réduire massivement leurs budgets publicitaires, un des principaux postes de leurs dépenses. Cela donnerait, aussi, accès à la discipline reine de la communication à de plus petites entreprises. Le marché de la publicité va-t-il grossir ?

Mauvaise nouvelle pour les télévisions ? Quid des agences de communication ? Beaucoup pourraient subir le sort de la presse : Internet signifie une réactivité (mesures d’impact en quasi temps réel, qui demandent des modifications des publicités) qu’elles n’ont pas ?

Compléments :
  • Les réseaux sociaux sembleraient être propices à la publicité.
  • La femme serait-elle l’avenir du management ? Je suis frappé par le talent des dirigeantes que je rencontre. Esprit de décision, courage, compréhension des mécanismes humains qui mettent en mouvement les organisations : portrait de leader du changement ? Une femme doit être un champion du changement pour émerger ?

lundi 8 février 2010

Soviétique Amérique

« L’Amérique a projeté une image de modernité, de supériorité technologique, cachant un honteux petit secret. Derrière le chrome, ça tombe en ruines. (…) Beaucoup d’Américains ne voyagent pas beaucoup et peuvent ainsi croire leur propre propagande ». Voici ce que dit le correspondant de la BBC à Washington, qui a été privé d’électricité pendant 48h.

Raison ? Fils électriques aériens, si bien que dès que le temps se gâte, ils sont coupés.

C’est étrange comme cette description ressemble à celle que l’on aurait pu faire de l’URSS, il y a quelques décennies. C’est aussi bizarre que l’on ait pu nous donner en exemple de tels pays pendant aussi longtemps, et que nous ayons pu croire ce que l'on nous disait.

Crise mondiale ?

L’euro est attaqué, et si les USA devaient venir à son secours ?

Car tout le mécanisme de sortie de crise des USA et de la Grande Bretagne repose sur une monnaie sous-évaluée et sur un euro surévalué (le Yuan étant sous-évalué par rapport au dollar). La baisse de l’euro fait donc les affaires de l’Allemagne et de la France, qui n’ont aucun intérêt à intervenir, mais compromet celles du couple anglo-saxon, qui est d’autant plus fragile qu’il n’a pas consolidé ses banques. Bien entendu, tout étant lié, cela pourrait se terminer par une catastrophe globale, mais, à court terme et pour une fois, la situation est favorable à l’Europe.

Amusant que ce qui pourrait être l’action égoïste de quelques organismes financiers américains puisse retomber sur le nez de leur nation, et finalement sur le leur. (Sur le nôtre aussi, mais il y a parfois un sentiment de justice à périr avec les criminels – c’est probablement ça la vengeance.)

Compléments :

Anvil

Film sur un groupe d’Heavy metal oublié.

Début de succès dans les années 80, puis plus rien. Mais le groupe continue d’exister, de déconvenue en échec, fidèle à ses valeurs, en jouant pour le plaisir, et en vivant de petits boulots.

Plongée dans une culture inconnue, celle des rockers vieillissants. Accoutrements et comportements provocants semblent appartenir à la révolte de la jeunesse. Chez des vieux le spectacle est pitoyable. Tentative désespérée d’arrêter le cours du temps ? Pourtant, il suffit qu’ils montent sur une scène pour que leurs ridicules disparaissent. Où l’on découvre aussi que ces affreux peuvent être des gentils profondément pacifiques et respectueux.

dimanche 7 février 2010

Différences culturelles

RFI parlait ce matin d’Ukraine et d’USA :

  • En Ukraine, le peuple semble se désoler de la corruption généralisée et regretter le temps de la rigueur soviétique (de Staline ?).
  • Aux USA, c’est le contraire : on craint l’État et la réglementation, même si elle vise à protéger l’individu des banques. La liberté individuelle est au cœur de la culture nationale.

La culture (au sens ethnologique du terme) est un paramètre déterminant de tout changement, les gouvernants feraient bien d’en tenir compte.

Banques contre Europe

« une grande banque d’investissement américaine (qui a bénéficié du plan de sauvetage des banques US) et deux très importants hedge funds seraient derrière les attaques contre la Grèce, le Portugal et l’Espagne. » dit Les marchés financiers américains attaquent l'euro.

Ces organismes financiers profiteraient de la panique qu’ils ont déclenchée. Croient-ils réellement à la dissolution de l’Europe ? Ou leur suffit-il que les marchés y croient suffisamment pour réaliser de belles affaires ?

Cet article m’a rappelé les techniques utilisées par les financiers de 29, décrites par Galbraith. Les financiers d'hier et d'aujourd'hui semblent posséder un savoir-faire qui leur permet de manipuler le marché selon leur intérêt du moment. Au fond, ils ne voient pas les hommes qui sont derrière lui, pour eux il s’agit d’exploiter un phénomène abstrait. Et ils se pensent extrêmement intelligents quand ils réussissent. C’est une « innovation ».

Réglementer la finance internationale peut-il réussir tant que les banquiers n'ont pas pris conscience des conséquences humaines de leurs actes ?

Compléments :

Politique Économique Européenne

Comment éviter que la zone euro ne se disloque sous des forces centrifuges ? Je reviens au billet que m’avaient suggéré les idées de Paul Krugman :

  • Il est plus facile d’augmenter ses revenus en situation de monopole que de concurrence parfaite : il me semble que l’Europe devrait coordonner sa politique économique de façon à encourager chaque pays à développer ses compétences locales, pour acquérir un avantage unique qui lui permette de mieux s’ajuster aux déséquilibres occasionnels entre membres de la zone (et protéger les salaires de ses citoyens). Si l’on suit l’argument de P.Krugman, il est aussi sûrement nécessaire d’uniformiser les politiques sociales de l’eurozone, et de favoriser la solidarité entre États.
  • Il est aussi probable qu’il faille que les États acquièrent des techniques d’ajustement de leurs économies (« conduite du changement ») qui ressemblent à celles que possèdent les entreprises, i.e. microéconomiques et non uniquement macroéconomiques.

En tout cas, l’adoption de l’euro semble signifier qu’il faut poursuivre le chemin du fédéralisme à l’américaine, et de l’intégration.

Complément :

Guerre des générations

Attente : je jette un coup d’œil à Challenge, le salaire des vedettes de la musique. Surprise : les mieux payées sont des antiquités (Johnny n°1), dont je pensais que beaucoup étaient oubliées depuis longtemps.

Explication d’un ami journaliste : les vieux chanteurs ont un public de vieux, donc riches, qui achète des CD et ne télécharge pas frauduleusement leurs chansons, comme le font les jeunes.

Pour lui ce n’est qu’un exemple de la lutte des générations qui se prépare, et qui va faire rendre gorge aux soixante-huitards, coupables d’avoir détruit la solidarité nationale à leur profit.

Compléments :

samedi 6 février 2010

L’Angleterre découvre l’Europe

L’Angleterre est dans une bien mauvaise passe économique, et si elle réduisait les coûts de son armée en effectuant des synergies avec l’armée française, devenue amicale depuis qu’elle appartient à l’OTAN ?

L’idée suivante semble faire son chemin en Angleterre : elle n’a plus les moyens de son destin, le seul véhicule approprié à son rayonnement, nécessairement planétaire, est l’Europe. Une Europe qui n’est pas un chaos régulé par le marché, mais une puissance respectée, qui parle d’une seule voix.

Compléments :

Panique boursière

Beaucoup de chômage aux USA, l’économie ne démarre pas. En Europe, la Grèce inquiète, puis on a peur pour le Portugal, puis pour l’Europe du Sud, et si la zone euro explosait ? Alors ce serait le chaos pour les économies anglo-saxonnes qui battent de l’aile. Les marchés s’affolent.

Caractéristique des marchés : des poussées de fièvre aléatoires ? Greed and fear ? Ils se sont emballés alors que rien ne laissait entendre que les causes structurelles de la crise avaient été éliminées, maintenant ils paniquent à contre-sens. Voilà ce qui se passe lorsque l’individu s’affranchit de la société et prétend ne suivre que son seul intérêt, il devient irrationnel. Il est dirigé par son instinct. Il est primitif.

France et immigration

Comment la législation française a-t-elle évolué en ce qui concerne le droit des immigrants ? GUIRAUDON, Virginie, L’intégration des immigrés ou la politique de l’esquive, réformer sans changer de modèle ? in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.

L’étude montre que la notion d’ethnicité est commune à la droite et à la gauche. L'immigré est délinquant pour la droite, victime pour la gauche (images, d’ailleurs, relayées par les journaux). Mais la culture française lui est imperméable, son principe est que les Français sont égaux et que c’est à l’immigré de prouver qu’il veut rejoindre la communauté. L’outil d’intégration, ce sont les institutions de l’État providence (« insertion dans le marché du travail et leur participation dans les organisations sociales »). Comme elles sont en désarroi, l’immigré souffre. Cependant notre législation demeure étonnamment efficace pour donner les mêmes droits sociaux aux nationaux et non nationaux.
« par hasard, des populations issues de l’immigration sont de facto les bénéficiaires (proportionnellement) privilégiées des politiques dirigées contre l’exclusion sociale » puisque « la coïncidence entre leurs propres caractéristiques et les critères socio-économiques utilisés leur permet d’en bénéficier, sans que ces populations soient explicitement ou exclusivement ciblées ».
Par contre, il n’en est pas de même pour le droit politique, il demeure lié à la citoyenneté.
De ce fait, les partis politiques sont forcés de transformer la France en dissimulant leurs intentions :
les décideurs ont mis au point plusieurs stratégies d’esquive, pour que les électeurs ne puissent pas identifier facilement le responsable des réformes, soit en cherchant à obtenir un consensus large, soit en réduisant la visibilité des réformes
La gauche semble avoir été la plus habile à ce jeu. Elle a fait évoluer l’esprit des lois dans le sens d’une obligation de la nation à intégrer les immigrés (« lutte contre les discriminations » du gouvernement Jospin) ; Martine Aubry a exploité la montée de l’extrême droite en Autriche pour susciter un débat européen, et ensuite faire entrer en droit français ce qui en avait résulté (la mesure a été prise en un temps record, notamment parce que « la directive a été adoptée sans que les services ministériels susceptibles d’émettre des réserves aient été consultés »), à savoir les principes du droit britannique. Mais l’administration, l’INSEE en premier aurait résisté à cette attaque contre l’égalité. À la fin de l’étude (2005), il semble qu’il y ait un retour européen vers l’assimilation (l’immigré doit chercher à s’intégrer à la communauté d’accueil).

Commentaires
Je n’avais pas réfléchi à la question du traitement des immigrés avant de lire cette étude, et j’étais convaincu qu’il y avait discrimination. Ce texte m’amène à me demander si des Français de souche placés dans de mêmes conditions ne subiraient pas le même sort.
  • J’ai été frappé de voir que les personnels des SSII que je fréquente sont en énorme proportion d’origine maghrébine. Le conseil n’est-il pas un métier bien payé et intéressant ? Est-il indigne des Français de souche ? Ceux-ci demandent-ils trop ? Je n’ai pas d’explications.
  • Les immigrés de première génération que je connais et qui sont diplômés de grandes écoles font de très belles carrières (je précise que je ne connais pas Carlos Ghosn). À l’envers, d’après ce que me dit un ami issu du 93, ses camarades d’école, et son frère, Français de souche, vivent un chômage permanent et s’émerveillent « qu’il s’en soit sorti ».
Est-ce que ce qui cause les problèmes qui affectent ce que nous appelons maintenant des « minorités ethniques » ne vient pas de ce que la machine à intégrer les pauvres (l’école, l’armée et l’entreprise) a fait faillite ? D’ailleurs, est-ce que, comme le dit une citation ci-dessus, notre modèle donne « par hasard » les mêmes droits aux personnes qui se trouvent dans de mêmes situations ? Ou est-il tout simplement efficace ? Ne faudrait-il pas le faire fonctionner comme il devrait plutôt que d'essayer de le transformer ?

Compléments :

vendredi 5 février 2010

Euro erreur ?

L’euro pose des problèmes difficiles à résoudre. L’exemple de l’Espagne :

  1. Situation : une bulle immobilière produit une augmentation des salaires ; à la disparition de la bulle, ils ne sont plus concurrentiels. Pas de possibilité de dévaluer l’euro pour les ramener au niveau de ceux des économies voisines.
  2. Contrairement à la fédération américaine, les coûts de protection sociale ne sont pas répartis sur l’Europe, et les chômeurs espagnols ne peuvent pas aller trouver du travail dans un autre État.

Une monnaie unique demande-t-elle une fédération qui dissolve les nations ? En tout cas, elle semble forcer les économies européennes à marcher au même rythme, ce qui pose un curieux problème de conduite du changement, qui aurait peut-être dû être envisagé lors de l'adoption de l'euro.

Compléments :

Olympien général

Interview du général commandant les forces françaises en Afghanistan.

Surprenant. Je lis d’ordinaire la situation afghane dans les journaux américains, et je n’y vois que bruit et fureur, généraux qui critiquent le pouvoir politique et leur armée, signes avant coureurs d’un nouveau Vietnam…

Là, on a un homme modeste, calme, qui fait son travail, pas facile certes, mais qui avance, finalement comme prévu. Et qui ne demande rien à personne. Et qui essaie de comprendre la très compliquée culture afghane.

La réussite de ce processus passe par l'amélioration des conditions de vie. Encore faut-il pouvoir s'ouvrir les portes de la société afghane. Les clés se trouvent d'abord dans la multiplicité des liens entre les personnes et la constitution de réseaux qui interagissent en permanence. Elles résident ensuite au sein de l'autorité coutumière, fondée sur le pouvoir de la parole et la sagesse des anciens. En Afghanistan, tout commence et tout finit par des shuras, assemblées locales où les uns exposent leurs doléances et les autres expliquent leurs intentions. Le relais des sages, appelés "anciens" ou "barbes blanches" transmet les décisions qui se répercutent jusqu'au cœur de la population par les innombrables connexions qui unissent individus et communautés.

Mais ce sont des propos de spécialiste du changement !? L’armée française en « donneuse d’aide » ?

Compléments :

Le Suspect

Film de Richard Siodmak de 1944.

Le héros du film, marié à une épouse acariâtre dont il ne peut divorcer, est aimé, en dépit de sa bedaine et de son âge avancé, par une délicieuse beauté pleine de fantaisie. Pourquoi sacrifier un bonheur aussi extraordinaire au diktat social ? J’imagine que le père de famille de l’époque a dû se le demander. Les règles de la société ont changé et les films ont dû s’adapter.

jeudi 4 février 2010

Lazard réinvente la coopérative

À l’opposé des pratiques de ses confrères, la banque Lazard (USA) verse plus rapidement que prévu des bonus en cash à ses personnels. Conséquence : résultats négatifs.

Explication de la décision : moyen de chiper leurs employés à ses concurrents.

Voilà qui dément l’idée selon laquelle les entreprises sont esclaves du diktat de la bourse ! Pour Lazard l'employé est tout, l'actionnaire rien. Décidément l'économie sociale a le vent en poupe. Vive Proudhon!

Jérôme Chartier

France Culture porte bien son nom : on se cultive en l’écoutant. Découverte d’un nouvel homme politique : Jérôme Chartier, UMP.

Après avoir justifié le licenciement des fonctionnaires, il a expliqué le montant semble-t-il élevé de la retraite de M.Proglio au motif que c’était un « avantage acquis » au sens du président Mitterrand.

M.Mitterrand serait-il le maître à penser de l’UMP ? Qu’est-ce que le statut des fonctionnaires a de moins acquis que la retraite de M.Proglio ? M.Chartier serait-il un homme de petite logique ? La politique rendrait-elle idiot ? Sélectionnerait-elle en fonction de la négativité du QI ?

Et si ces politiques ne parlaient ni à nous, ni à la logique mais à ceux qui comptent dans leur vie : leurs supérieurs ? Et si M.Chartier faisait du N.Sarkozy ? Bien sûr en lourd et maladroit, mais n’est-ce pas la caractéristique du disciple plein de la volonté de bien faire ?

Compléments :

  • Cette hypothèse pourrait expliquer les discours affligeants de personnes qui paraîtraient par ailleurs respectables : Liem Hoang Ngoc, Nora Berra.

Conte de Printemps

Plus l’histoire est insignifiante, et plus les acteurs sont inconnus, et plus j’aime les films de Rohmer. Son génie a été de traduire ce qui fait les bonheurs de notre vie : des riens. Une réalité à côté de laquelle est passée le cinéma Hollywoodien, qui ne jure que par les catastrophes interplanétaires.

Une fois de plus, Rohmer dit à quel point nous sommes compliqués, obligés par les règles de la société de nous engager dans des méandres invraisemblables pour exprimer les sentiments les plus primaires.

Une fois de plus on y voit la naissance d’une amitié féminine. Qu’il doit-être agréable d’être une femme si l’on peut aussi facilement se faire des amies !

Plus curieusement, j’ai découvert une autre Arielle Dombasle. Un des personnages de ce film parle et se comporte exactement comme elle. Il y avait déjà une Arielle Dombasle dans La femme de l’aviateur. Arielle Dombasle serait-elle un type de femmes ordinaire ? Les héros de Rohmer seraient-ils des répétitions d’un petit nombre de personnages ? En tout cas, si j’en crois des commentaires entendus à la radio, ses films contiendraient toujours un brillant raisonneur à son image, qui se fait chiper la femme qu’il convoite par un (petit ?) brun.

Compléments :

  • J’ai aussi retenu des émissions que sa mort a provoquées qu’il avait eu l’idée des scénarios de ses œuvres avant 25 ans, seraient-elles plus atemporelles que le pensais ?, et qu’il réalisait des films sur fonds propres. Il adaptait ses moyens aux revenus qu’était susceptible de lui apporter un marché fidèle. Leçon de marketing.

mercredi 3 février 2010

Liem Hoang Ngoc

France culture. Découverte d’un inconnu dirigeant socialiste. Le journaliste insiste lourdement : c’est un économiste, attention parole divine ? En tout cas, il semble boxer dans la même catégorie oratoire que Nora Berra.

Tentative de démonstration que les 35h ont été un succès économique sans précédent, en évoquant d’hypothétiques gains, et en oubliant les coûts de la mesure ? Que maintenant on travaille 39h mais on est payé 35 ? Je n’ai rien compris.

En tout cas, je me demande si le PS ne cherche pas à tester si l’opinion ne réagirait pas favorablement à l’idée suivante : et si les 35h n’avaient pas été un désastre dont le PS devait avoir honte ? Et si le « progrès », c’était de travailler moins ?

Chaos européen

Là où Obama ne change pas c’est dans son mépris pour l’Europe. Il déserte le prochain sommet UE – USA.

Les explications varient, mais toutes montrent le spectacle affligeant des gouvernants européens prêts à se prostituer pour être vus dans l’ombre d’Obama, et le chaos qui s’ensuit.

Conséquence du vice de construction de l’Europe qui aurait instauré la division et l’impossibilité de coordination comme principe fondateur ?

Dans l’affaire le réel paradoxe viendrait des libéraux anglais : alors que le marché, leur Dieu, semble demander un tel chaos, eux se lamentent de l’impéritie européenne et réclament un pouvoir fort. Or ils étaient opposés au traité de Lisbonne qui devait le créer !

Serions-nous en passe de construire une Europe solidaire, donc sociale ?

Compléments :

Guerre froide

B.Obama renverse sa stratégie chinoise : il vend des armes à Taiwan et découvre l’importance des droits de l’homme et le Dalaï Lama. Pragmatisme de l’élite économique américaine ?

  1. Avant. Chacun pour soi. Elle pensait dominer un monde « globalisé », qui lui permettrait à la fois d’avoir accès à une demande émergente énorme et à une main d’œuvre « low cost », sans droits de l’homme. (Le réel avantage économique des pays « low cost » c’est l’absence de règlementation protégeant l’individu – ou la nature.)
  2. La Chine a refusé l’accord.
  3. Maintenant. Team USA. Reconstitution de la demande intérieure américaine ; diminution de la compétitivité relative de la Chine en lui imposant d’adopter pour ses citoyens le traitement occidental : droits de l’homme et protection sociale et de la nature. Tactique ? Rapport de force et encouragement des tensions internes (retour du thème des droits de l’homme).

L’Amérique découvre, ce qu’elle feignait d’ignorer par opportunisme, que la Chine est un tigre de papier, qui en outre a le bon goût de jouer les matamorts.

Compléments :

Dans sa missive, le sénateur demande aux entreprises concernées de décrire les mesures qu'elles prennent "pour faire en sorte que [leurs] produits ou services ne permettent pas au gouvernement chinois de violer les droits de l'homme".
Ces sociétés sont appelées en outre à détailler leurs "plans pour défendre les droits de l'homme en Chine, en particulier la liberté d'expression et la protection de la vie privée".

Crise de la représentation politique

« Sur les questions perçues comme constituant une menace importante pour leurs conditions de vie (…) les citoyens voient des partis de gouvernement désorientés et incapables d’adapter une ligne de conduite qui laisse espérer un avenir plus sûr. » Que veut le peuple ?

Il perçoit la globalisation comme le règne de l’irresponsabilité, et la promesse de désagrégation des règles sociales. D’où l’importance, pour lui, du thème de la frontière. L’État, qui était jadis perçu comme l’allié des puissants, est désormais celui des citoyens face à la globalisation, il faut le préserver. De même qu’il faut défendre le service public, garant de la solidarité et de la justice, des menaces du marché.

Les partis de gouvernement sont incapables de maintenir un État fort. D’où la haine de la nation pour ses élites (économiques et politiques). Ce qui laisse la place aux partis nationalistes ou à des mouvements tels qu’Attac d’exploiter telle ou telle manifestation de cette inquiétude (la frontière pour les nationalistes, la défense de l’Etat providence pour Attac).

L'inaptitude au changement des partis politiques semble congénitale : d’une part ces thèmes (ou du moins la façon dont ils sont exploités) contredisent leurs principes fondateurs, d’autre part, surtout ?, ce sont de lourdes hiérarchies incompatibles avec le besoin d’autonomie et de liberté du Français. Ils sont tellement rigides que plutôt que de se remettre en cause, ils veulent faire taire les voix dissonantes, en particulier en éliminant par la loi les partis qui les représentent.

Commentaire

Ce texte me pose une double question :

  • Ce que semble vouloir le pays n’est ni le FN, ni Attac, mais le maintien de la justice sociale en environnement hostile. Ça ressemble beaucoup au modèle de l’économie sociale. Est-ce hors de portée d’un parti politique ?
  • Quel est le vice du parti politique ? L’exemple de N.Sarkozy : il semble chercher à réaliser le rêve de De Gaulle en aspirant ses opposants dans un UMP – trou noir. Mais éliminer la manifestation des attentes du peuple ne signifie pas éliminer ces attentes. Le jour où la France n’aura plus qu’un parti, ce ne sera plus la fin du chaos, ce que croyait de Gaulle, mais le début de la dictature. Le gouvernement doit nous écouter et concevoir des solutions qui résolvent les problèmes que nous avons. Pour cela, il doit probablement transformer son fonctionnement bureaucratique et hiérarchique pour être capable de nous entendre, et d’agir localement.

Compléments :

  • Première partie du billet : BERGER, Suzanne, La crise de la représentation. (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

mardi 2 février 2010

Redépart de crise ?

Paul Krugman est extrêmement mécontent du réflexe populiste de B.Obama, qui parle de rigueur à un moment où l’économie n’a pas sorti la tête de l’eau.

Il y voit la répétition de l’erreur commise par Roosevelt en 37, qui avait replongé le pays dans une crise dont elle croyait émerger.

L’économie serait-elle enfin capable de faire des prévisions ?

Protection sociale

La France change beaucoup plus qu’on ne le dit. Sa conception de la protection sociale s’est transformée du tout au tout en quelques décennies :

Changement de principes

Sa finalité initiale était « l’intégration » de la nation, et notamment des pauvres. Cela signifiait une logique de plein emploi et un système d’assurance sociale payée par le salarié sur son salaire (logique de l’assurance). La préoccupation du système était la lutte contre le chômage, dont l’outil était l’augmentation des prestations sociales (d’où augmentation de la demande, qui tire l’économie - Keynésianisme). Les rôles étaient bien définis : l’État s’occupait du politique, le patronat de l’entreprise et le syndicat des institutions de protection sociale.

Aujourd’hui, une partie importante de la population dépend du RMI qui est alimenté par l’impôt, donc contrôlé par l’État et la France qui travaille est régie par un système mixte assurance sociale, assurance privée. L’anxiété nationale n’est plus le chômage, mais l’inflation, l’outil d’intervention est la relance par l’offre et la rigueur budgétaire (Monétarisme).

Les étapes du changement

Transformation progressive :

  • Le système initial est rongé par l’augmentation de ses coûts : crise, chômage, mais aussi rapide augmentation des services offerts par l’assurance sociale. Il réagit selon sa logique : en augmentant les recettes (primes d’assurance, donc prélèvements sociaux sur les salaires) - la réduction des coûts aurait été inacceptable aux syndicats ; puis en retirant du service les personnes les plus âgées (retraite ramenée de 65 à 60 ans). Deux relances keynésiennes (Chirac et Maurois) sont des échecs.
  • C’est alors que l’Europe entre en lice. Ses principes fondateurs semblent être « Monétaristes », à l’opposé de ceux qui prévalaient jusque-là dans les États européens. Leur adoption signifie l’impossibilité des déficits sociaux. C’est l’excuse (?) que trouvent alors les gouvernements pour attaquer les dépenses des systèmes sociaux.
  • Progressivement de victimes de la crise, ces systèmes sont perçus comme sa cause. On dit alors que l’augmentation des cotisations pèse sur la compétitivité des entreprises et crée le chômage ; que ces systèmes ne prévoient pas le cas du chômeur ; que la gestion paritaire encourage l’irresponsabilité.
  • Les prestations sociales sont réduites, l’appel au marché augmenté (complémentaires…), les exclus du système sont pris en charge par les allocations de revenu minimal alimentées par l’impôt (CSG), la protection sociale échappe de plus en plus aux syndicats et ses coûts sont contrôlés par l’Assemblée.

Le mécanisme du changement

Ces changements auraient été introduits « à la marge » puis étendus. Si bien que les tenants de l’État providence ne se sont pas méfiés. Il est aussi possible qu’il y ait eu marché de dupes, les intérêts que chacun y trouve étant contradictoires. Surtout ce changement est l’histoire de la construction d’un consensus, ses acteurs (notamment les syndicats, la CFDT ayant joué les premiers rôles) s’étant convaincus qu’il était le seul possible. Cette communauté d’idées serait-elle favorisée par le fait qu’ils passent leur existence ensemble, commission après commission, et finissent par penser la même chose ?

Commentaires

Voilà un constat qui me laisse avec plus de questions que de réponses :

  • Il semblerait que les théories économiques ne ressortissent pas à la science, mais à l’idéologie. Le Keynésianisme serait favorable au « peuple », le Monétarisme au « capital ».
  • Il n’y en aurait pas une qui serait meilleure que l’autre, mais toutes les deux aboutiraient à un monde particulier. Par exemple, l’application du modèle favorable au « capital » (à la production) semble de tous temps générer une population d’exclus, qui sont pris en charge par la collectivité (les paroisses pour le capitalisme anglais original, l’État et le RMI aujourd’hui).
  • Leur succès ne serait donc pas une question de lois de la nature, mais de volonté. Si nous avons renoncé à l’État providence, c’est que nous n’en voulions plus ? Peut-être aussi, comme le dit cette étude, nous n’avons pas compris où nous nous engagions, et n’avons pas fait les efforts nécessaires à la survie d'un modèle qui était incompatible avec un chômage élevé. (La solution à ce problème serait-elle la « flexisécurité » ?)
  • Ce texte pose la question du rôle de l’Europe. Elle semble avoir été conçue sur un modèle « monétariste », selon le consensus qui prévalait parmi les élites mondiales. De ce fait, il leur était facile d’arguer des contraintes européennes (à l’origine desquelles elles étaient) pour mettre un terme aux États providences nationaux, incompatibles avec elles.

Compléments :

  • L’origine de mes réflexions : PALIER, Bruno, Un long adieu à Bismarck ? Les évolutions de la protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.
  • Une autre vision de l’impact de l’Europe sur l’organisation des nations : Chaos européen.
  • Le renouvellement de la logique des principes d'une société par une idée, apparemment inoffensive, rappelle ce que dit Les Lumières.

5ème République et partis politiques

L’histoire de la 5ème République est bâtie sur un conflit : de Gaulle voulait un régime présidentiel qui mettrait un terme définitif au « régime des partis », alors que la constitution est parlementaire. Marier la carpe et le lapin a été un changement de plusieurs décennies :
  • Les partisans d’un système exclusivement parlementaire ou exclusivement présidentiel sont successivement éliminés (les partisans du parlement en 62, de Gaulle en 69).
  • Pompidou et Mitterrand voient une solution au dilemme : un affrontement droite / gauche conduit par de grands partis de gouvernement, dirigés par un présidentiable, qui briguent la majorité à l’assemblée.
  • L’émergence de ces partis se fait d’abord par un rassemblement en deux camps, puis par une sorte de sélection naturelle pour la domination de son camp, dont les manœuvres principales consistent à le faire perdre (les Communistes trahissent les Socialistes en 78, J.Chirac fait de même avec V.Giscard d’Estaing en 81).
Aujourd’hui, ce système est menacé par un émiettement de l’opinion, une multitude de partis se spécialisant dans des thèmes fortement mobilisateurs pour certains citoyens (environnement…), les principes fondateurs des grands partis ne leur permettent pas de traiter correctement ces sujets, qui, d’ailleurs, les divisent.

Compléments :
  • GRUNBERG, Gérard, L’adaptation du système des partis (1965 – 2006) (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).
  • Sur cette cohésion française qui a pour conséquence paradoxale de produire l’éparpillement des voix : France : crise de gouvernance ?

lundi 1 février 2010

L’Éducation nationale change

Agnès Van Zanten (La construction des politiques d’éducation, de la centralisation à la délégation au local in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), donne une image apocalyptique des changements subis par l’Éducation nationale :

L’Éducation nationale est à la fois dirigée par les règles de la 3ème République et par celles, contradictoires, de l’économie de marché. On n’y parle que de « projet », de « contrat », de « partenariat », « d’autonomie »… Un peu plus et on appelait l’élève « client ». Mais tout ceci n’est que verbiage marketing vide de sens (l’autonomie, par exemple, n’est accompagnée d’aucun moyen et d’aucune concurrence !) : pour « désamorcer des tensions », on masque des problèmes graves sous des concepts fumeux. On se croirait dans l’entreprise anglo-saxonne qui pense que nommer est faire. D’ailleurs l’infecte bienpensance anglo-saxonne est partout : l’école fait des « partenariats » avec les riches et veut « réconcilier » les parents pauvres avec l’école.

La raison probable est que nos gouvernements ont trouvé bon d’insuffler du libéralisme dans l’Éducation nationale, mais sachant que cela allait contre notre volonté, ils ne l’ont pas dit. Leur véhicule a été une invraisemblable succession de réformes cherchant à donner le pouvoir au local : déconcentration, territorialisation et régionalisation ! D'où incroyable anarchie dont on peut se demander comment les chefs d’établissement, les enseignants, les parents et les élèves arrivent à se tirer : dans ce monde tout est contradictoire. On a donné à tous de grands rôles sans leur consentir les moyens de les remplir, et sans s’assurer qu’ils ne contredisaient pas un fonctionnement préexistant. Et l’État ? Son forfait accompli, il a jeté l’éponge, il est impuissant !

L’État central apparait incapable d’établir des priorités et délègue au niveau local la responsabilité d’harmoniser ou de trancher entre les points de vue des acteurs en présence.

Ce qui est frappant, c’est à quel point notre élite, pourtant recrutée pour la supériorité de son intellect, ne pense pas. Toutes les réformes viennent d’ailleurs, d’Angleterre, des USA, d’Europe. Ainsi, les ZEP, zones de discrimination positive, sont la traduction littérale des Educational Priority Areas anglaises des années 60 (il a été impossible de trouver pire ?). Les programmes sont conçus entre penseurs internationaux, et la conformité de nos élèves aux normes qui sortent de ces travaux est évaluée. Le courage de nos dirigeants ne va pas jusqu’à nous le dire. Ils préfèrent parler de « l’exception française » pour mieux la torpiller !

Compléments :

  • Idéologie initiale :

Un État porteur de la rationalité et de l’intérêt général, seul capable de lutter contre les croyances irrationnelles et les logiques clientélistes s’exprimant au niveau local.

  • Valeurs : laïcité et égalité.

Chaos européen

« La faiblesse de la médiation intersectorielle, tant en France qu’au sein de l’Union dans son ensemble, est l’une des causes principales de la prévalence, dans le gouvernement de l’Union, des politiques fondées sur les théories économiques néolibérales » :

  • L’Union Européenne est gérée de façon sectorielle (agriculture…) et cela interdit à la fois les débats de fond sur les enjeux généraux, transversaux, (par exemple politique européenne de lutte contre le réchauffement climatique) et l’intervention des acteurs de la démocratie (notamment les syndicats et les parlements).
  • Ce manque de coordination européen disloque les mécanismes de solidarité nationale et encourage le chacun pour soi. La capacité de coordination intersectorielle des états est anéantie par le fait que l’Europe intervient dans leurs affaires de manière dispersée (ses subventions avantagent, par exemple, les grandes villes, rendant quasi impossible toute politique d’aménagement du territoire). La désorganisation européenne justifie la prise de décision réactive myope en petit comité gouvernemental, la diplomatie et la technocratie plutôt que le débat démocratique de fond, beaucoup trop complexe pour le bric-à-brac d’institutions européennes. Ce qui justifie l'argument selon lequel la régulation par le marché est la seule adaptée à ce chaos.
Alors, l'unique Europe viable est celle des consommateurs, pas celle des citoyens ?

Compléments :

  • Essai de synthèse de : SMITH, Andy, le gouvernement de l’union européenne et une France qui change(in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).