samedi 23 janvier 2010

Le retour de l’État

The Economist est inquiet. L’État n’a jamais été aussi fort.

Énorme surprise : la grande période de libéralisme économique a paradoxalement conduit à une croissance sans précédent de l’État. Particulièrement dans les pays ultralibéraux, USA et Angleterre. Le poids de l’État anglais est passé de 37 à 52% du PIB de 2000 à aujourd’hui. Il n’a rien à envier au nôtre.

Explication du paradoxe ? L’homme veut les gains du laisser faire, mais pas ses risques. Il a donc fallu secourir ses nombreuses victimes ; multiplier les lois pour protéger les uns et les autres ; réparer les « défaillances de marché » provoquées par l’irresponsabilité d’acteurs économiques incontrôlés ; et, finalement, les sauver de la crise financière, conséquence d’une inconscience qui menaçait de nous faire disparaître avec eux.

Alors qu’après cette ère ultralibérale on s’attendrait au retour d’un État fort, il n’en est pas question : celui-ci est déjà hypertrophié, et, en plus, il va devoir faire face au vieillissement massif de la population !

Curieusement, il se pourrait bien que notre tâche principale soit désormais de trouver un moyen d’alléger radicalement l’État sans le faire perdre en efficacité. Il est probable qu'une condition nécessaire à ce changement soit un comportement un peu plus solidaire, et un peu plus responsable, de la part de la population : elle aura alors moins besoin de l’État pour réparer ses erreurs.

Compléments :

  • Cette constatation surprenante corrobore celle de l’étude que cite mon précédent billet.

Les relations de travail en France

Après guerre, les relations de travail étaient réglées par la loi, négociées au plus haut niveau. Une carrière correspondait au franchissement d’échelons. Le travail était garanti, mais ennuyeux. Aujourd’hui il fait souffrir.

De la lutte des classes on en est venu à la « lutte des places ». La relation contractuelle a pris le dessus sur la loi dans la réglementation des conditions de travail : « la firme s’est imposée comme un nouveau foyer de régulation sociale à part entière ». L’organisation sociale s’est individualisée. Tout y a contribué, les entreprises qui ne veulent plus être contraintes par des règles générales, les employés qui désirent des carrières individualisées, l’État qui veut la décentralisation, les tribunaux qui n’appliquent plus la loi mais l’inventent (« variabilité de jurisprudence »).

Seuls les syndicats ont été incapables de suivre le mouvement. Sous perfusion de l’État et des entreprises (60% de leurs revenus), ils n’ont pas les moyens d’une présence de proximité. En fait, sous la poussée de l’individualisme, plus aucun organe collectif n’est représentatif de quoi que ce soit – qu’il s’agisse des organisations salariales ou patronales.

En trente ans les fondements de notre vision du monde ont totalement changé. Les cotisations sociales, par exemple, jadis perçues comme « moyen de solidarité nationale ou d’alimenter la croissance » sont devenues les « ennemis de l’emploi », marquant ainsi le « désengagement de l’entreprise de la solidarité nationale ».

Et la situation n’est pas sans paradoxes. Alors que l’on ne voulait plus d’un traitement général et déshumanisé, jamais les conditions locales n’ont été aussi mauvaises (cf. les banlieues). Et jamais l’État n’a été aussi présent, contraint de venir au secours d’exclus en nombre croissant. D’ailleurs il a pris « acte de la mise à l’écart durable (…) de populations employables », et a créé le RMI pour les protéger (1 Français sur 10 le touchait en 2003). « le rôle de l’État dans la régulation du marché du travail français n’a cessé de croître au fil des années ». Si son importance est si grande c’est aussi parce que ceux à qui il était supposé remettre ses pouvoir n’ont pas de ressources, manquent de moyens de coordination, et qu’une telle délégation ne correspond pas à une « culture jacobine qui incite à faire remonter aux niveaux hiérarchiques élevés les dossiers les plus délicats ».

En outre, jamais nous n’avons autant été soumis à des règles supranationales.

Commentaires

Quelques réflexions que suscite ce qui précède, qui est tiré de LALLEMENT, Michel, Transformation des relations du travail et nouvelles formes d’action politique (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

  • Notre histoire récente est celle de la désolidarisation, de la désagrégation de la société, provoquée par un formidable mouvement de « libération », une tentative d’affranchissement de l’individu des contraintes sociales. C’était une illusion. Pour réussir le groupe, l’entreprise en particulier, a besoin de discipline collective.
  • Impression de chaos : non seulement l’existence d’assurée est devenue précaire, mais encore le pays semble dans une désorganisation complète, même la performance économique, qui a servi de rationalisation à la transformation, n’a jamais été aussi préoccupante.
  • L’État providence est un paradis perdu. Les dommages sont tellement grands qu’il n’est plus possible de revenir à la situation antérieure. D’ailleurs, le pire est devant nous : la France précaire, toujours plus faible, nourrit une France de retraités hyperprotégés, toujours plus lourde. Ce n’est pas durable.
  • Il est possible que tout ceci se transforme en nouveau sous-développement : une nation inefficace car désolidarisée, une population divisée entre oligarques et crève la faim. Mais nous ne méritions pas l’État providence. Au fond, sans inquiétude l’intelligence de l’homme ne fonctionne pas.

Compléments :

vendredi 22 janvier 2010

Haïti (suite)

Dans la ligne de pensée de mon dernier billet sur Haïti, un article propose de prendre en compte ses culture et histoire avant de proposer une solution à ses maux.

  • Jadis Haïti fut riche. Mais, après son indépendance, les USA (avec les autres puissances de l’époque), qui avaient peur que leurs esclaves soient gagnés par l’envie de liberté, lui imposèrent un embargo, ainsi que de très lourdes « réparations ». Ils envahirent le pays en 1915, y restant 20 ans, histoire notamment de collecter les reliquats des dites réparations.
  • L’organisation du pays est coloniale. L’objectif des cliques qui rivalisent pour s’emparer du gouvernement est de s’enrichir au détriment du peuple. Mais, plutôt que d’utiliser le système plantation / esclaves, puisqu’il n’y a plus d’esclaves, ils imposent massivement la population.
  • Faute d’investissement les ressources du pays ne peuvent se renouveler, elles ne lui permettent plus de vivre sans aide étrangère. C’est elle qui maintient la corruption au pouvoir.
  • Il faut prendre le contrepied de ces tendances à long terme : ouvrir le marché des États-Unis aux produits d’Haïti et s’assurer que le peuple haïtien participe à la reconstruction du pays et touche un honnête salaire.

Solution simpliste ? Surtout, tient-on là le vice qui fait que nos anciennes colonies sont incapables de sortir de la pauvreté : elles sont bâties sur le principe que le gouvernant exploite le gouverné ?

La mariée était en noir

Film de Truffaut de 68.

Ça me semble surtout un exercice de style : comment tuer 5 acteurs fameux, sans répétition ? Solution : l'homme est un pantin entre les mains de la femme de ses rêves.

Complément :

jeudi 21 janvier 2010

Obama blues

Obama n’est pas celui que nous attendions : alors qu’il s’est dit l’homme du changement, il est incapable de leadership !

L’idée semble faire consensus. Et il l’a entendue. Il avoue qu’il s’est trompé : il a cru que son rôle était de prendre de bonnes décisions, selon un processus rationnel, et que la nation lui en serait reconnaissante.

Est-ce suffisant pour qu’il se transforme ? En tout cas, c’est un homme exceptionnel. Le fantasme de la décision rationnelle, « the one best way », affecte tous les dirigeants politiques et les patrons occidentaux. Mais aucun d’entre eux n’est à la veille de la moindre remise en cause.

Bretton Woods

Avant 1970, les taux de change étaient fixes. Cela ne permettait pas de déficits durables aux nations. Elles devaient modifier l’efficacité de leurs économies pour les compenser. Le système actuel semble s’auto ajuster : si un pays importe plus qu’il n’exporte, sa monnaie se dévalue et son économie gagne en compétitivité.

Ce qui n’était pas prévu, c’est que le déficit américain n’a pas entraîné un affaiblissement de sa monnaie, puisque les Chinois n’y avaient pas intérêt. La compétitivité de l’économie américaine peut donc s’affaiblir sans sanction, à moyen terme.

Plus curieusement, il a semblé que l’inflation avait disparu, qu’elle était contenue par les banques centrales, qui, de ce fait, laissaient leurs taux d’intérêt à un niveau faible. En fait, elle s’est déplacée de la consommation vers le patrimoine (bulles spéculatives).

Les réserves de change ont cru de 55% entre 1949 et 1969. Elles ont alors cru de 2000% entre 1969 et 2000. L’argent supplémentaire a été utilisé pour faire monter le prix des actifs, plutôt que celui des biens de consommation.

Compléments :

  • Par contre la zone euro est une zone à échange fixe : ce qui promet des ajustements douloureux à court terme.
  • Le rôle de ce système de taux de change dans notre crise : Devises. Et une raison de croire que le système serait vicié par construction : Paradoxe de Triffin.
  • L’article dont sont tirées ces considérations : Floating all boats.

mercredi 20 janvier 2010

Massachussetts

B.Obama avait beaucoup de mal à faire adopter ses réformes, or, il vient de perdre le sénateur qui lui assurait de ne pas avoir à discuter avec l’opposition…

Ce qu’il y a de curieux est qu’il s’agit du sénateur du Massachussetts, un état ultra-démocrate. Alors erreur tactique, les Démocrates ayant présenté une femme, pour des raisons de parité, les Républicains, un bon candidat, pour des raisons d’efficacité ?

Je tente une autre hypothèse. Les gouvernants veulent des « super majorités » ou des « hyper présidences » pour faire passer leurs réformes sans rencontrer les complexités affolantes de la démocratie. Ne savent-ils pas ce qui est bon pour le peuple ? Ce faisant, ils ne l'écoutent plus. Logiquement, dès que celui-ci le peut il démolit ces amorces de dictatures. Les politiciens, ne sachant pas gouverner dans ces conditions, crient à l'anarchie et cherchent à reconstituer leur avantage.

Compléments :

Aide aux pays pauvres

Comment faire qu’il n’y ait pas de nouveau désastre haïtien ? Comment ce désastre a-t-il été possible après des décennies d’aide ? Quelques remarques de David Brooks :

  1. Les pays pauvres qui se sont développés n’ont pas reçu d’aide.
  2. Aucun des types d’aides connus, aussi bien grandes subventions, que le pays n’est pas organisé pour recevoir, que micro-crédit, ne donnent de résultats significatifs.
  3. La question est culturelle : les peuples qui demeurent pauvres sont « résistants au progrès ».
  4. Solution : transformer cette culture en force, sans la respecter, en construisant des structures sociales « paternalistes ».

These programs, like the Harlem Children’s Zone and the No Excuses schools, are led by people who figure they don’t understand all the factors that have contributed to poverty, but they don’t care. They are going to replace parts of the local culture with a highly demanding, highly intensive culture of achievement — involving everything from new child-rearing practices to stricter schools to better job performance.

Voilà que le pays du laisser faire parle de « révolution culturelle » ! Le mal a un visage, c’est la « résistance au progrès ». Il faut la balayer par la force, par le recodage ethnique. (Au fait, qu’est-ce que le progrès ?)

Et si Haïti, comme les Indiens d’Amérique, n’arrivait pas à s’adapter à la culture occidentale dominante ?

Pour que le processus d’adaptation puisse commencer, il faut, comme au Japon, en Inde ou en Chine, qu’il y ait un minimum de désir collectif, qui ne peut exister que si un chemin de transformation acceptable pour le peuple est visible.

Le problème d’Haïti et des pays pauvres est certainement extrêmement compliqué. Mais, ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’une révolution culturelle, ni d’aide financière, mais d’une aide culturelle : de ce qu’Edgar Schein appelle des « process consultants », qui accompagnent les éventuels organes du pays ayant un peu de pouvoir dans la recherche d’un changement culturellement acceptable.

Compléments :

Coût de la justice

L’Angleterre se demande si elle doit faire une entorse à son principe du procès par jury.

  • Pour : dans certains cas les jurés coûtent cher à protéger.
  • Contre : le droit à être jugé par ses pairs est un des piliers de la société anglaise, il n’a pas de prix.

Qu'un quotidien libéral (The Economist), qui met les valeurs sociales en équations économiques pour montrer qu’elles méritent la poubelle, utilise un tel argument est inattendu.

Compléments :

  • Dans le prolongement des idées de The Economist, je pense que ce que cherchent les terroristes, c’est à détruire les valeurs démocratiques : Terrorisme.
  • A Trial by Jury.

Cours de manipulation

Comment manipuler une société ?

Il faut partir de ce qu’elle croit, et l’amplifier dans la direction voulue. On lui fournit donc des informations partiellement vraies. Le message doit être, si possible, « visuel » et « répété avec toujours le même type de langage et de discours ».

Mais c'est la peur qui met l'homme à votre merci. « C’est pourquoi la peur est devenue une partie aussi importante de nos moyens d’information, de notre industrie du loisir, et de plus en plus, de notre politique publique ».

La manipulation n’est pas tant une arme de terroristes, que celle des affaires, des journalistes ou des gouvernants ? La manipulation comme moteur de notre société ?

Compléments :

  • Est-ce pour cela que la grippe A a eu un tel succès ? Grippe médiatique.
  • Le mécanisme de la manipulation, correctement utilisé, sert au changement : Polémique.

mardi 19 janvier 2010

New York, New York

New York : « Le nombre de personnes ayant du mal à payer leur nourriture a augmenté de 60%, à 3,3m, depuis 2003 ».

« Plus de la moitié des foyers avec enfants de New York ont des difficultés à se procurer assez de nourriture », « un stupéfiant un cinquième des enfants de la ville (…) dépend des soupes populaires ». « un nombre surprenant de New yorkais est vulnérable, presque 20% d'entre-eux ne pourraient pas se payer leur nourriture s’ils perdaient leur travail ». The Big Apple is hungry.

Question. Le modèle libéral, dont l’Amérique semble le plus fidèle exemple, ne mérite-t-il pas quelques aménagements ?

Compléments :

Polémique

La « bonne polémique » c’est « énoncer des propositions contraires aux convictions des intérêts régnants ». C’est l’essence d’une « littérature de combat (…) qui est combattante sans être combative ». Réflexion de Jean-François Revel, 1964, dans l’Express.

Cependant dans notre ère de « communication de masse », dans laquelle le polémiste « d’aujourd’hui doit se débattre au sein d’un océan de boue qui se referme sans arrêt au dessus de sa tête », « la polémique de fond doit aussi se faire polémique de ton ».

Il est vrai qu’être provoquant permet d’être entendu. (C’était déjà le cas au temps de Voltaire !) Mais cela sert-il sa cause ? La provocation augmente l’anxiété de survie. Mais elle ne dit pas comment conduire le changement. D’où le succès des « polémistes de droite », les conservateurs, dont on trouve les arguments admirables parce qu’ils justifient qu’il ne faut rien faire.

Jean-François Revel croit pouvoir dire que « malheureusement, dans notre Moyen-âge, notre tête est entrée dans l’ère de la preuve alors que notre cœur est resté dans l’ère de la force et du mensonge ». Erreur. Ce n’est pas notre cœur qui est en tort, mais notre tête : à un moment de notre histoire, elle s’est détachée de la réalité. Ce qui explique qu’elle puisse penser l'ignorer. Car, les « intérêts régnants » assurent l’équilibre de la société. Quand la tête croit pouvoir s’en abstraire, c’est la révolution.

S'il est utile de stimuler l’anxiété de survie de la population, pour réussir un changement sans bain de sang, il faut surtout savoir utiliser ce qui lui est favorable dans la culture de la société.

Compléments :

Jeanne Bordeau

Jeanne Bordeau a créé et dirige l’Institut de la qualité de l’expression. L’analyse de la presse est une de ses activités. La répétition des mots qu’elle rencontre lui donne l’idée de tableaux, dans lesquels ils se regroupent par affinité et forment une image qui est leur esprit commun. Surprenant moyen de synthèse (un exemple ancien).

Qu’est-ce que cela donne pour 2009 ? Incertitude, inquiétude et suivisme :

  • « une économie bouleversée (…) une absence de logique » ;
  • « le stress, plus encore que le suicide, arrive en force » ;
  • la crise « la presse hésite et se divise entre pessimisme et optimisme » ;
  • « tout est « éco » » ; communication : « l’usager devient un directeur de programmes » ;
  • la politique comme théâtre « gauche (…) dont on n’arrive pas à faire émerger les propositions », « la sphère présidentielle se resserre (…) royauté » ;
  • la société : « on doit tout savoir, tout comprendre, tout pouvoir », « nous sommes pris en main par des « guides » et des « coachs » », « le business est partout » ;
  • « décèle-t-on (…) une véritable politique culturelle ? (…) L’absence de perception en la matière interroge sur la capacité de la France à conceptualiser sa culture » ;
  • les verbes : « la crainte (…) et le mouvement » ;
  • les femmes : « elles sont tout à la fois » mais rien en particulier.

lundi 18 janvier 2010

Défendre la démocratie

Reprenant un thème de ce blog, The Economist constate que l’autoritarisme est de plus en plus sûr de soi, que la démocratie est partout critiquée. Comme moi, il pense qu’il faut en démontrer l’efficacité supérieure. Mais pas grand-chose de neuf dans son argumentaire :

  • Je continue à croire que ce qui fait la force de la démocratie est sa capacité à mobiliser tous les talents d’une nation, et que ce qui fait l’échec des démocraties, c’est qu’elles ne se comportent pas comme si elles en étaient : elles sont victimes d’idéologies.
  • Comme J.S.Mill, je crois que la démocratie est une question de culture et d’apprentissage. Ce qui explique les difficultés d’Haïti et de l’Afghanistan, par exemple, à trouver un modèle démocratique efficace.
  • The Economist, bizarrement, pense que la démocratie est liée à l’économie de marché (« la démocratie n’a jamais duré dans des pays qui n’ont pas des économies de marché »). Ce n’était pas l’image que j’avais de la Grèce, ni ce que je retire de mon expérience. Il me semble en effet qu’une entreprise qui fonctionne efficacement, le fait selon la « volonté générale » ; que la « résistance au changement » est justement la manifestation de cette volonté (contrariée). Il n’y a pas rejet du concept de démocratie mais de la manière de le mettre en oeuvre, en particulier du modèle anglo-saxon individualiste, matérialiste et commercial ? Il faut adapter la démocratie à chaque culture ?

Complément :

Obama bilan

Que penser de la première année de Barak Obama ? se demandent les journaux.

  1. En ce qui concerne les réformes internes, ça passe, mais pas de manière optimale. Il est trop loin du ballon, en d’autres termes, il ne contrôle pas suffisamment le changement.
  2. À l’extérieur, sa politique de main tendue a été un échec.

M.Obama apparaît comme un calculateur froid, un homme de techniques, de montages théoriques élégants, pas un homme de sentiments. D’ailleurs, il n’hésite pas à frapper militairement quand il le faut. Pour moi, ces échecs, qui ne compromettent en rien ses chances, font partie de son apprentissage.

Par contre, je soupçonne toujours que sa principale faiblesse est une ambition modeste pour l’Amérique, et surtout un excès de confiance en son intellect. D’où à la fois des plans d’action simplistes et un manque de contrôle de (d’engagement dans) leur mise en œuvre.

Compléments :

Furie

Film de Fritz Lang de 1936.

Début de la période américaine, très proche de M. le maudit, mais aussi du muet : importance des visages, foules démentes, Spencer Tracy en sorte de Dr Jekyll et happy end concession aux usages américains ? En tout cas très réussie.

dimanche 17 janvier 2010

Voile et loi

Faut-il interdire le voile intégral par la loi ? J’ai entendu hier, sur France Culture, un reportage qui m’a plu :

On y suivait le travail de la commission parlementaire qui examine le sujet. Pour une fois, j’ai entendu des gens qui semblaient avoir des convictions. On sentait de l’émotion. J’avais fini pas croire que les politiques n’étaient que de froids calculateurs, qui obéissent, au mieux, à des idéaux théoriques. Surtout, le groupe semblait réellement chercher une solution à une question qui le préoccupait, et non vouloir imposer je ne sais quelle idée préconçue. Les experts n’étaient pas là pour dire la loi, mais pour proposer des outils et signaler des contraintes. De la différence ne surgissait pas l’affrontement mais l’idée. Enfin un débat digne de ce nom ?

Je me suis demandé si ce n’était pas une leçon donnée à ceux qui, comme M.Peillon, refusent la discussion quand ils croient y voir une manipulation : toutes les manipulations peuvent être retournées contre leurs intentions ; et, si l’on ne parle pas, on ne peut pas être entendu. Mais encore faut-il avoir quelque chose à dire.

Qu’en tirer sur le fond ? Ce voile me semble poser des difficultés quotidiennes au fonctionnement de la société : à l’Éducation nationale, aux hôpitaux, à l’état civil, etc. Et peut-être aussi à l’assistance sociale : dans certains cas, il semble pris sous la contrainte - c'est une atteinte à la liberté de l'individu.

Il y a alors conflits. Ne serait-ce pas ces conflits qu’il faudrait apprendre à traiter avec tolérance, mais aussi dans le respect des règles qui organisent la société ?

Au fond, n’est-ce pas le problème que révèle le voile : une désagrégation du lien social, qui laisse se former des communautés hostiles ?

Compléments :

Déclin du Front National

Pourquoi les thèses du FN ne sont-elles plus goûtées par le Français ? Curieuse explication :

Parce qu’elles sont maintenant défendues par le pouvoir et que le Français s’en méfie.

C’est ce que j’appelle le « théorème de Parmentier » : si le gouvernement désire que le peuple fasse quelque-chose, il doit le lui interdire.

Raison ou pas

Mes réflexions sur Claude Lévi-Strauss me ramènent à une idée qui m’est venue en lisant Gregory Bateson, et qui m’est revenue avec Heidegger : n’est-il pas idiot d’utiliser la raison pour montrer qu’elle est malfaisante ? C’est idiot, mais ça ne ridiculise pas leur travail :

  • Penser que la raison est nuisible n’est pas plus défendable que croire que l’homme n’est que raison. Il y a des choses qui le dirigent et qu’il ne comprend pas (les lois de la société). Mais s’il se laisse diriger en renonçant à comprendre, il se fera manipuler.
  • De même utiliser la raison pour l’amener à ses limites me semble n’avoir rien de contradictoire, cela montre, justement, qu’un monde de raison est utopique.

Compléments :