samedi 23 juillet 2011

La zone euro casse son thermomètre ?

Que signifient les décisions récemment prises par la zone euro ?
  • Elles veulent l'isoler des marchés. Première étape : la dette grecque est entre les mains des pouvoirs publics.
  • Mais la manœuvre n’est qu’incomplète : le Fonds de solidarité n’a pas les moyens d’isoler de plus grosses économies (Espagne, Italie, France). Pour cela, il lui faut un volume d’eurobonds susceptible de déclencher une attaque cardiaque massive chez le contribuable allemand (et peut être même français).
  • Ce n’est qu'un début. Il reste le problème sans lequel rien ne serait arrivé : l’anémie économique de la zone euro.
Sa résolution exige certainement une modification structurelle de la société européenne. Difficile de la voir réussir sans une crise grave, politique, comme le dit mon premier billet de la journée.

Bref, si la zone euro n'éclate pas, l'avenir européen est à une transformation sociale - bien plus qu'à un fédéralisme mollasson - difficilement imaginable aujourd'hui. Pour l'instant, nos gouvernements cherchent surtout à repousser le jour du jugement dernier.

Expérimentation Google+

Cela fait une semaine que j’ai un compte Google+. Silence total.

Ce type de réseau social doit être alimenté par un flux d’informations. C’est du twitter ou du blog, mais en vase clos.

Or, à de rares exceptions, les gens avec qui j’aurais envie de converser dans un tel cercle, sont irrémédiablement réfractaires aux réseaux sociaux. Pour le reste, j’ai déjà un blog.

Google+ serait-il destiné aux collectivités de leaders d’opinion des TIC ?

Crises politiques et changement

Des économistes le disent : pour qu’une société change, il faut plus qu’une crise économique, il faut une crise politique.

Leur modèle semble être le suivant : ce qui bloque une réforme structurelle est que les groupes sociaux qui doivent la subir cherchent à en payer le moins possible le coût. Technique : guerre d'attrition.

La crise politique indique que le société est en mouvement, et que le pire est possible ?

Compléments :
  • Avons-nous eu récemment une crise politique ? Marginalement. Mais il n’y a eu que quelques grands mouvements de foule. Rien qui puisse faire croire à une déroute imminente. 

vendredi 22 juillet 2011

Vive les agences de notation !

Accord européen présenté comme héroïque, et pourtant un peu bancal. Le plus dur est pour plus tard. Comme dans tout changement, le risque est grand que rien ne se passe, si les marchés se calment.

Car ce sont eux qui construisent l’Europe. Ils forcent les membres de la zone euro à mettre en application les engagements qu'ils avaient pris ; ils ont même rendu la finance anglo-saxonne fédéraliste, et dirigiste : après avoir cherché pendant plus de cinq siècles à diviser le continent, elle ne parle que d’eurobonds et de gouvernance européenne…

Quant aux agences de notations, la seule chose que l'on puisse leur repprocher c’est d’avoir collaboré à la précédente crise.

Compléments :

Les médias contre les réformes

Pourquoi M.Obama n’arrive-t-il pas à faire entendre raison à ses concitoyens ? En parti du fait
du développement de la télévision câblée partisane et de la cacophonie de la blogosphère (qui a) donné le pouvoir aux semeurs de confusion. (Dicing with debt and the future)
Ennuyeux. Internet semble annoncer une ère de médias éclatés (Fin des mass media). Ère d’irresponsabilité et de guerres fratricides ? 

Bons d’alimentation

En avril (la participation au programme de bons alimentaires) a atteint 45 millions de personnes, soit un Américain sur sept (mais) seulement deux tiers de ceux qui sont éligibles se sont inscrits. (The struggle to eat)
Curieux que la magnifique Amérique en soit arrivée là. Mais ça ne devrait pas durer. Les Républicains vont attaquer ce programme, pour réduire les impôts. 

Deep end

Film de Jerzy Skolimowski, 1970.

Un London pas très swinging. La police y est partout, on s’y lave dans des bains crasseux, et le refoulement sexuel semble la règle. Et dès la première image, le bain de sang est annoncé.

Film à message ?  

jeudi 21 juillet 2011

Idéologie travailliste

Ce que pense le parti travailliste :
Si les gens reçoivent assez d’information, ils trouveront, sans aide, le moyen de demander des améliorations, et de changer les choses pour le mieux. (Little platoons on a slow march)
Oui, une politique peut-être construite avec des idées aussi simplistes.

Mais la résistance des événements, et la realpolitik, fait que le programme ne va jamais à son terme, et que la montagne accouche de souris mal fichues. 

Retour au 18ème siècle

Le pourcent le plus fortuné de l’Angleterre de la fin du 18ème aurait possédé 17,5% des revenus nationaux. (America’s Revolution: Economic disaster, development, and equality | vox) C’est moins que ce qu'a le pourcent le plus riche aujourd’hui aux USA : « le pourcent le plus riche gagne maintenant 24% des revenus, contre 9,9 en 1976 » dit Our Banana Republic.

Ces dernières décennies, l'Occident aurait-il fait un grand pas vers l'Ancien Régime ?

L’esprit s’amuse

Film de David Lean, 1945.

Je ne m’attendais pas à trouver de la couleur dans un film de 1945.

Un film plein d’esprits, particulièrement anglais.

Noel Coward, auteur de la pièce qui a donné le film, était-il le Sacha Guitry anglais ? 

mercredi 20 juillet 2011

Relations et emploi

Connaître des gens qui ont un travail facilite grandement la probabilité d’en trouver un… Le réseau relationnel joue un rôle décisif dans la recherche d’un emploi. (« Aux Etats-Unis, 50% des emplois existants auraient été trouvés par des relations sociales ».)

Question d’information. Celle qu’apportent les organismes officiels est insuffisante. (I get a job with a little help from my friends | vox)

Effet pervers : plus le chômage augmente, plus l’information est réduite, et plus il est difficile de trouver un emploi, ou de recruter… 

Crise de l’euro et idéologie

La Grèce ne compte que pour 2,5% du PIB de la zone euro. Pourquoi cette dernière n’a-t-elle pas réglé ce problème immédiatement ? Pourquoi est-elle sur le point de nous entraîner, selon l’expression anglo-saxonne, dans un Armageddon mondial ? se demande la presse étrangère. (Firefighting)

Nous sommes dirigés par des fantoches, répond-elle, en substance. Éternel drame de la démocratie.

Je n’en suis pas sûr. Nos politiques ont accompli le devoir que leur prescrit Aristote. À savoir « les législateurs (…) cherchent à créer chez leurs concitoyens, les habitudes qui les rendent bons ». (Éthique à Nicomaque). En effet, ils ont répandu une théorie à laquelle ils croyaient : « le riche est créateur de valeur ».

La crise révèle une faille de cette théorie. La coupable Grèce peut faire capoter la vertueuse Allemagne. Le sort des riches et des pauvres est lié.

Mais, si le riche crée la valeur, tout impôt est scélérat ! entend-on en Allemagne, en Flandre et aux USA.

Or, il faut bien plus que de la vertu et du courage pour aller à l’encontre de l’idée fixe d’un peuple. 40 ans de propagande ? Armageddon ?...

Compléments :

The Economist

The Economist compte beaucoup pour ce blog, qui en tire nombre de billets.

Je lis ce journal depuis une trentaine d’années. Initialement, je cherchais un moyen d’apprendre l’anglais, qui soit plus intelligent que Time Magazine.

Ce que j’ai toujours apprécié chez The Economist, outre qu’il parle du monde, est que chaque article cherche à dégager la logique des événements qu’il décrits, les règles qui pourraient expliquer les comportements qui les ont provoqués.

Sa faiblesse cependant est qu’il se limite au « bon sens », i.e. il ne cherche pas à vérifier que son argumentation ne rencontre pas quelque contradiction profonde.

En outre, alors qu’il avait résisté à la bulle Internet, il a été pris d’une crise de folie lors de la grande vague libérale qui a suivi. Ce qui m’a fait résilier mon abonnement. Je ne l’ai repris qu’avec le démarrage de ce blog.

Entre temps la raison était revenue. Le pragmatisme et une certaine forme d’honnêteté intellectuelle sont d'admirables vertus anglaises.

mardi 19 juillet 2011

Chaos indien

L’Inde a toujours été un chaos : « de mouvements sécessionnistes à des pogromes sectaires », en passant par des « conflits territoriaux avec la Chine et la Pakistan ». Mais, aujourd’hui, à tout ceci vient s’ajouter la corruption de ses politiques, qui « n’est pas nouvelle, mais l’échelle et l’omniprésence de ces problèmes est réellement sans précédent ».

Raison ? enrichissement et réforme « qui a été définie en termes commerciaux restrictifs, comme signifiant le retrait de l’État de l’activité économique ».

L’Inde « n’est pas la puissance de demain, ou même une puissance émergente. C’est simplement une, complexe, fascinante et peut-être unique, expérience de nation et de démocratie, dont les dirigeants doivent encore et toujours faire attention aux failles, plutôt que prétendre conquérir le monde » dit Ramachandra Guha.

Crise de confiance au Japon

L’accident nucléaire qu’il a subi révèle que le Japon est un pays de dissimulation. Perte de confiance dans les autorités. (A question of trust)

Curieux, lui qui a inventé la qualité totale.

Comment se fait-il qu’il ne puisse plus s’appliquer les techniques qui ont fait sa fortune ? S’est-il endormi pour avoir cru trop tôt avoir réussi ? Ces techniques allaient elles trop fortement contre sa nature, et il est devenu insupportable de les utiliser ?... 

Carrefour en pièces ?

Bernard Arnault est entré dans le capital de Carrefour par une habile manœuvre qui devait lui faire gagner beaucoup (vendre les actifs immobiliers de Carrefour).

Mais ça n’a pas marché comme prévu. Et l’action Carrefour a été divisée par 2. (Off its trolley) D’ailleurs n’est-ce pas fatal lorsque les actionnaires veulent essorer l’affaire plutôt que la développer ?

Carrefour va-t-il finir en pièces, pour limiter les pertes de ses investisseurs ? Le capitalisme à son meilleur ?

lundi 18 juillet 2011

Crise de la zone euro

Curieusement, alors que les journaux étrangers tremblent pour la zone euro, et corrélativement pour le monde, nos politiques sont préoccupés de défilés et de norvégitude.

Dernières idées pour la zone euro : organiser le défaut des pays endettés ; secourir les banques qui vont subir le choc ; protéger les grosses économies de la contagion ; « eurobonds » et fonds de secours élargi. L’Allemagne et les pays du nord bloqueraient cette solution, mais ils devront s’y résoudre s’ils ne veulent pas voir disparaître la zone euro… (On the edge)

Booz Allen : arroseur arrosé

Le cabinet Booz Allen gagne beaucoup d’argent à conseiller le gouvernement américain quant à sa sécurité Internet.

Le dit cabinet vient de se faire pirater. Ses serveurs semblaient dénués de la plus simple des protections. (Hacked off)

Est-ce étonnant ? Comme disent les Anglo-saxons « ceux qui peuvent font, les autres enseignent ». 

Avenir de l’aviation de combat

Fin de l’avion de combat ? Il coûte beaucoup plus cher qu’un drone, et la vulnérabilité des porte-avions fait que son rayon d’action est insuffisant. (The last manned fighter)

dimanche 17 juillet 2011

Vénalité des offices ?

M. Obama a nommé des dizaines des principaux contributeurs à sa campagne présidentielle à des postes d’ambassadeur, de conseiller du gouvernement, ou dans son gouvernement (…) Marc Bernioff, qui a levé plus de 500.000$ est aussi président de Salesforce.com, une entreprise qui produit un logiciel dont le gouvernement Obama fait un large usage dans ses agences fédérales. Un autre contributeur, Michael Kempner, est le président de MWW Group (…) qui a un bureau de lobbying à Washington. (New Stable of Wealthy Donors Fueled Obama Campaign’s Record Fund-Raising Quarter)
Il est parfois surprenant à quel point l’Amérique moderne ressemble à l’Europe de l’Ancien régime. 

Révolution sans leader

La littérature du management anglo-saxonne ne parle que de leaders. D'ailleurs, des bonus toujours plus gros récompensent l’excellence des grands patrons et les employés d’élite.

Pourtant, on a vu, en peu de temps, le Tea Party, le printemps arabe et maintenant les indignés espagnols. (Europe's most earnest protesters), le monde se couvre de révoltes spontanées, sans leaders.

Cause ? Crise de la représentation ? Rappel que notre élite ne l’est pas par ses dons surnaturels, qui méritent bonus, mais par convention sociale ?

Démocratie anglaise malmenée

« Après la crise bancaire qui a révélé l’ineptie des hautes sphères, et qu’un scandale ait éclaté concernant les frais des parlementaires, une partie de la presse est accusée de violation de la loi à une échelle industrielle. » (Britain: shaken but not broken) à quoi l’on peut ajouter que la dite presse semble avoir massivement corrompu la police. (Stain From Tabloids Rubs Off on a Cozy Scotland Yard)

Le modèle démocratique que l’Angleterre aime à donner en exemple au monde serait-il ébranlé ?

Non, car ses errements ne sont rien en comparaison des ténèbres qui l’environnent : « La Grande Bretagne n’est pas résignée à devenir l’Italie ou la France ».

Le Français invente les lois

À répétition cette semaine on m’a parlé de grossières violations de la loi par le Français. Police, Éducation nationale, patrons, administrateurs d’association… tout y a passé, en seulement quelques jours.

Mon père, qui était juriste, disait que « le Français invente la loi ».

Explication ? La législation sur l’amiante ouvre peut-être une voie à explorer :

Les entreprises ont longtemps ignoré les risques de l’amiante et les injonctions du législateur. Du coup celui-ci a durci la loi. Elle est devenue virtuellement inapplicable (l’entreprise est supposée coupable par défaut).

Le mieux est-il l’ennemi du bien ? Et s’il fallait que nous fassions des lois moins ambitieuses, mais dont nous-nous donnons les moyens de l’application ?

Compléments :
  • Il y a une histoire de ce genre dans l’Ancien régime et la révolution de Tocqueville. La réglementation par l’Ancien régime du droit d’expression était effroyable. On risquait sa tête pour un mot de travers. Mais elle n'était – presque - jamais appliquée. (Malheureusement ce « presque » fait de notre pays une nation de l’arbitraire, ce que n'avait pas vu Tocqueville, me semble-t-il.)
  • L’opinion d’Aristote.
  • D’ailleurs le Français ne respecte pas plus ce qu’il a appris à l’école. Probablement pour les mêmes raisons : l’école n’est pas très sérieuse. Mais il suit tout de même des règles. Les siennes. On peut les déduire de son comportement. C’est l’enseignement central du cours que je donne.