samedi 9 janvier 2010

OMS

Un expert allemand critique l’OMS (France Culture ce matin). L’OMS serait constitué de spécialistes sur lesquels personne n’aurait de prise, et que l’on soupçonne d’être manipulés par les laboratoires pharmaceutiques. Ils auraient déclenché la pandémie (médiatique) de grippe A. Réponse de l’OMS ? Les gouvernements sont compétents.

Ce qui m’a frappé dans cette déclaration n’est pas tant cette théorie qu’un double parallèle :

  1. L’OMS, comme les banques centrales, fonctionnerait sans contrôle démocratique. Avons-nous vécu une époque où la démocratie était vue comme dangereuse ?
  2. L’argument (prêté ?) à l’OMS serait le même que celui employé par Goldman Sachs pour justifier qu’il pariait contre les produits qu’il vendait à ses clients : ils savaient ce qu’ils faisaient. C’est étrange. D’une part ces organismes nous disent qu’ils sont plus compétents que nous, et que nous devons suivre leurs recommandations sans réfléchir ; d’autre part quand il nous arrive malheur, ils nous expliquent que notre responsabilité dégage la leur…

The one best way

Taylor était convaincu que tout problème a « une seule bonne solution ». Probablement du fait de ma formation scientifique, j’ai longtemps pensé comme lui.

Lorsque j’ai été nommé à la direction de la stratégie de mon premier employeur, j’ai voulu trouver la méthode qui montrerait à tous où aller. J’ai donc lu des livres de marketing, que j’ai transformés en procédures. Mais ça ne marchait pas : on était épaté par mes démonstrations, pas plus. J’ai pensé que mon erreur était de ne pas avoir démontré qu’il n’y avait pas meilleur moyen d’employer les ressources de la société. J’étudie les techniques de « business planning ». La direction financière est enchantée. Mais c'est tout. J’ai enfin l’idée de passer, indirectement, au dessus de la tête des dirigeants de la société pour toucher son président. Succès. C'était un homme d'argent, pas eux.

Voilà des mois et des années que j'essaye d'augmenter / La portée de ma bombe / Et je n'me suis pas rendu compte que la seule chose qui compte /C'est l'endroit où c'qu'elle tombe

Lorsqu’un problème a une seule bonne solution, il suffit de la trouver pour que tout homme de raison s’y rallie. Du coup, il n’y a plus besoin de l’expliquer. Et celui qui ne veut pas reconnaître sa vérité est un malfaisant. Mais nous avons tous nos critères de jugement. On ne peut pas réussir un changement si l’on n’a pas compris qu’il devra obéir aux lois de la complexité humaine.

KANIGEL, Robert, The One Best Way: Frederick Winslow Taylor and the Enigma of Efficiency, Viking, 1998.

vendredi 8 janvier 2010

Terrorisme

La radio ce matin parlait de portails de détection pour aéroports. Réflexions :

  • N’y a-t-il pas des mesures moins coûteuses et plus efficaces ? D’ailleurs pourquoi la mesure ne serait-elle pas accompagnée de contremesures plus dévastatrices ?... Pourquoi notre démocratie ne parle-t-elle qu’en termes de solution, la première qui passe par la tête d’on ne sait pas qui, plutôt que de problèmes ? Nos gouvernants sont-ils incapables de réfléchir, d’affronter l’incertitude ?
  • Les terroriste sont efficaces : il suffit qu’ils placent un étudiant dans un avion, qu’il mette le feu à son pantalon, pour que l’ensemble des échanges internationaux en soient bouleversés ! Au fond, que visent-ils ? On dit souvent qu’ils cherchent les « caisses de résonnances », des alliés de l’ombre : journalistes ou politiciens, par exemple, qui verront un intérêt à amplifier un attentat. Je me demande s’il n’y a pas plus que cela, si ce que cherche le terroriste ce n’est pas à détruire les valeurs de la société adverse. Plus il y a de Guantanamo et de caméras, plus la démocratie est une pantalonnade.

La réponse faite par B.obama aux Républicains, qui lui reprochaient de ne pas être terrorisé par les terroristes semble juste :

"We will not succumb to a siege mentality that sacrifices the open society and liberties and values that we cherish as Americans, because great and proud nations don't hunker down and hide behind walls of suspicion and mistrust. That is exactly what our adversaries want, and so long as I am president, we will never hand them that victory. We will define the character of our country, not some band of small men intent on killing innocent men, women and children," he said on Thursday. A poke in the eye for former Vice-President Dick Cheney at the end of that, followed up by a plea for unity, confidence and optimism, continuing: "That's what it means to be strong in the face of violent extremism." Mr Obama is suggesting that it is his critics who have shown weakness and fear by abandoning American values. It is a bold attempt to turn this shambles into a statement that he is the really tough one, just tough in his own way.

Compléments:

Révolution féminine

« La libération économique de la femme a été probablement le plus important changement de notre temps ». (We did it!)

Juste. Transformation presque inconcevable de la société. D’un côté la cellule familiale a dû se réorganiser, sans ce qui jusque-là était son élément essentiel, de l’autre l’économie a quasiment doublé son personnel.

Comme tout changement, celui-ci a fait quelques dommages collatéraux :

  1. « Les grands perdants ont été les enfants pauvres – particulièrement dans des pays comme l’Amérique ou la Grande Bretagne qui ont combiné un haut niveau d’emploi des femmes avec une certaine répugnance à dépenser l’argent public pour prendre en charge les enfants ».
  2. Les hommes ? « Dans l’Union Européenne, les femmes ont pris 6 des 8m d’emplois créés depuis 2000. En Amérique, depuis le début de la récession, trois personnes licenciées sur quatre sont des hommes ».

« La maternité, non le sexisme, est le problème en Amérique, les femmes sans enfant gagnent presqu’autant que les hommes, mais les mères gagnent significativement moins ». Faut-il introduire des mesures discriminatoires pour aider les mères, et les femmes ? Non ce serait « non libéral et injuste ». Il est mieux, et relativement facile, de réorganiser la société pour simplifier la vie des mères.

Nous devons repenser notre société pour réaliser nos idéaux.

Compléments :

  • Récession et mancession.
  • Cette réflexion sur la discrimination semble rejoindre les idées d'Hervé Kabla sur l'éducation.

jeudi 7 janvier 2010

Incompréhensions

M.Obama et l’Amérique semblent trouver l’Europe désespérément stupide (Why the trans-Atlantic gap is deeper than it looks) :

Pour eux, il n’y a rien de plus important que l’Afghanistan : la culture américaine est menacée. Par contre la réglementation financière et le développement durable sont au mieux des sujets d’importance secondaire. Incompréhensiblement l’Europe pense le contraire.

Un exemple de la relativité des opinions : nous voyons midi à notre porte ?

Certes, mais pourquoi M.Obama semble-t-il tout faire pour sortir d’Afghanistan, en y consacrant le minimum de moyens ? Pourquoi l’Europe devrait-elle s’engager dans un plan qu’elle n’a pas conçu ?

La position américaine ne serait-elle pas une rationalisation du refus du changement : on nie ce qui gêne ? L’Afghanistan est peut-être d’ailleurs plus vu comme un coût que comme une réelle menace vitale (cf. discours d’Obama sur l’Afghanistan). Aimerait-on que l’Europe supporte une partie de ce coût de façon à avoir plus d’argent à donner à une économie nationale dévastée par la crise ?

Désir

Film de Frank Borzage, 1936.

Gary Cooper, grand américain innocent et généreux, sauve Marlène Dietrich, aventurière repentante, et l’emmène aux USA où ils vivront heureux et vertueux pour le restant de leurs jours.

La rédemption de l’Europe, grande pécheresse à la culture incompréhensible, par la fraîche et saine Amérique ? Mais tous les Européens peuvent-ils être sauvés ? Ou seulement ceux qui ont la volonté de se battre pour s’enrichir, y compris (surtout ?) en empruntant les voies que la société réprouve ?

mercredi 6 janvier 2010

Renseignement militaire

Le renseignement militaire en Irak fonctionne mal. Selon un haut responsable, il lui faut des ethnologues :

"the vast intelligence apparatus is unable to answer fundamental questions about the environment in which US and allied forces operate and the people they seek to persuade. Ignorant of local economics and landowners, hazy about who the powerbrokers are and how they might be influenced, incurious about the correlations between various development projects and the levels of cooperation among villagers, and disengaged from people in the best position to find answers" (…) He urges them to get out of headquarters, work with soldiers on the ground, talk to people and act more like journalists, as well as historian and librarians. Interestingly he says that 90% of intelligence work these days is what he calls "open source", and quotes a former head of intelligence saying that the job should be more Sherlock Holmes than James Bond.

A damning view of US intelligence in Afghanistan

La guerre, c’est une conduite du changement par d’autres moyens : comprendre la logique de la culture adverse permet de prévoir ses actions et d’en tirer parti.

Patrick Le Galès

Patrick Le Galès, directeur de recherche au CEVIPOF (CNRS et Sciences Po), fait un exposé à l’Université de Beaune des Chambres d’agriculture. L’histoire de France récente se serait faite en trois cycles : l’État jacobin centralisateur, 40 ans de décentralisation, nouvelle centralisation qui verrait l’État procéder à un « assèchement financier » du pays, avec pour devise « que le meilleur gagne ». Plus d’exception française : les pays européens vivraient les mêmes difficultés, et suivraient les mêmes modes. Personne ne sait ce qui va en sortir : « on est tous perdus ».

Far West

  • L’État ancien issu de la Révolution, centralisé, très présent dans les départements, avec ses corps de fonctionnaires appliquant la politique publique, ses élus forts mais sans moyens d’action, sa surreprésentation du rural… a subi une décentralisation de 40 ans, qui émerge en 82/83. Une nouvelle loi traitant de décentralisation apparaît alors tous les 5 ans. Mais l’État n'est pas capable de trancher : départements (ancien), villes et régions (nouveau), cohabitent. Résultat : ça a été à la fois « l’âge d’or des territoires », noyés de personnels et d’argent, et un grand moment de « bricolage », chaque entité locale s’adaptant à sa mode.
  • Années 70 / 80, montée des régionalismes, partout en Europe. Vague d’échecs des réformes publiques. On se demande : « les sociétés sont-elles encore gouvernables ? ». Chaque gouvernement cherche à compenser sa perte de pouvoir, à sa façon : la France arrose les résistants d’argent et s’endette, l’Angleterre décrète le règne du marché, les Belges optent pour le fédéralisme, l’Italie ne fait rien et sombre dans la crise.
  • Aujourd’hui les pays européens se serviraient de laboratoires les uns aux autres. Ce qui plaît chez l’un est adapté par tous. Le gouvernement Fillon appliquerait une recette anglaise, un nouveau type de centralisation. Il s'agirait de réduire massivement la dette nationale, dont la culpabilité serait attribuée aux régions. Or, l’État sait qu'il est face à plus fort que lui. La solution anglaise consiste à ne plus négocier, à ne plus se préoccuper du local (liquidation des ministères et des corps qui géraient le territoire – santé, agriculture, équipement), à tout mettre dans un paquet, dont on réduit les ressources financières (LOLF, RGPP, le ministère des finances étant la machine infernale d’assèchement des ressources du territoire). Privé d'air, il doit se réformer. Pour mieux régner, on le divise, en favorisant des différences de traitement qui provoquent les haines fratricides. On ajoute à cela un pilotage par indicateurs, et un dispositif de contrôle régional. Les agences jouent un rôle déterminant. Dirigées par des hauts fonctionnaires que l’on déplace à volonté, elles ont une mission unique qu’elles poursuivent avec détermination.

Qui émergera de ce chaos ? Ce n’est plus la légitimité démocratique qui donne le pouvoir mais la « capacité politique publique », la capacité de tirer les marrons du feu, d’obtenir des résultats. C’est le Far West ? En tout cas, il devrait en sortir une « mosaïque » de solutions fruits des circonstances locales particulières. Et chaque niveau de l’organisation sociale (local, régional, national, européen) aura sa mosaïque.

Commentaire

En termes de conduite du changement, ceci correspond à :

  1. Une stratégie de passage en force : le gouvernement impose ses réformes contre la volonté de tout ou partie de la nation. En particulier, il ne les explique pas.
  2. D'où « résistance au changement ».
  3. Le gouvernement « l’achète », d’où augmentation de la dette du pays.
  4. Ce n’est pas durable, il trouve plus efficace : « diviser pour régner », utiliser les failles de la société pour la disloquer. Elle ne résiste plus.

Y avait-il un autre moyen de faire ? Comme l’explique ce blog et les sciences humaines, les groupes sociaux ont des mécanismes internes de transformation. La résistance au changement les révèle : quand on la rencontre, il faut interpréter sa logique et agir en fonction. Ainsi on peut transformer l’organisation, sans la démolir et sans se ruiner.

En attendant que le gouvernement découvre cette loi de la nature, que devons-nous faire ? Deux stratégies :

  1. jouer l’oligarque et exploiter le chaos que créent les réformes ;
  2. prendre le contre-pied de l’effet qu’elles tentent de susciter : préserver le lien social de la dislocation.

Compléments :

  • Google et Microsoft III donne des exemples d'application des deux techniques de changement : individualiste (diviser pour régner) et sociale (l'union fait la force).
  • Il n’est pas surprenant que notre gouvernement copie l'Angleterre : ce pays a porté l’art de « diviser pour régner » à sa perfection. C’est ainsi qu’il a fait s’entretuer les populations qu’il avait colonisées. Un exemple récent : le Waziristan, bastion du pouvoir taliban : The last frontier.
  • Les résistances organisationnelles au changement.

Déclin japonais

On a oublié aujourd’hui que le Japon a terrifié l’Occident. Et puis soudainement, plus rien, que s’est-il passé ? To lose one decade may be misfortune...

Au cœur du problème semble avoir été une bulle immobilière. Fin 89, la bourse atteint un pic (près de 4 fois son niveau actuel). Ce qui s’est passé alors a quelque-chose d’extraordinaire : ce ne fut pas une crise, mais une sorte de déclin sans douleur et sans fond. La société semble avoir absorbé le choc sans rien faire pour le refuser, au contraire :

Une des premières bulles à éclater (…) a été psychologique : la confiance. Au lieu d’être mécontents, les gens ont perdu la foi dans les prouesses économiques du Japon. (...) Les grands exportateurs ont été forcés de se restructurer et ont vécu une longue phase de prospérité de 2002 à 2007. Mais les entreprises de secteurs économiques plus protégés de l’économie nationale s’en sont mal tirées, la rentabilité, les salaires et l’investissement ont décliné. (...) la proportion d’emplois à plein temps a baissé de presque 80% de la population active en 1990 à 66% en 2007. (...) Une faible culture d’emprunt signifie que les gens ont été forcés de dépendre de plus en plus de leurs économies (…) mais au fur et à mesure que la société vieillit, les réserves d’économies se sont réduites

Différence culturelle ? L’Occident évolue par crises fréquentes, l’Orient par expansions frénétique suivies de replis ?

Galette des rois

En me renseignant sur le sujet, je découvre que la tradition, et ses rites, est étonnamment ancienne :

II était d’usage, depuis un temps immémorial, et par une tradition qui remontait jusqu’aux Saturnales que la Rome antique célébrait sur la fin du mois de décembre et au commencement de janvier, de servir, la veille des Rois, un gâteau dans lequel on enfermait une fève qui désignait le roi du festin. Les Romains utilisaient la fève comme « bulletin de vote » pour élire le roi du festin lors de ces fêtes de famille, qui permettaient de resserrer les affections domestiques. Pour assurer une distribution aléatoire des parts de galette, il était de coutume que le plus jeune se place sous la table et nomme le bénéficiaire de la part qui était désignée par la personne chargée du service.

mardi 5 janvier 2010

Fin de l’A400M ?

Je citais l’A400M comme succès européen, or Airbus parle d’arrêter le programme (Airbus planifierait l'abandon de l'A400M).

Airbus demande de nouveaux fonds à ses clients, qui ne veulent pas les lui donner. Le bon négociateur doit être prêt à tout perdre (« prêt à mourir » disent mes cours de négociation). Il est donc probable qu’Airbus ne bluffe pas, et que l’A400M a de bonnes chances d’être construit.

Carbone et confusion

J’entendais parler taxe carbone, ce matin. Quand la mesure a été refusée par le Conseil constitutionnel, je me demandais ce qu’elle contenait : les plus gros émetteurs en étaient exclus. Eh bien, il y avait une raison : ils sont soumis au marché du carbone européen (dont les prix n’arrêtent pas de s’effondrer). D’après ce que je comprends le gouvernement compte modifier son texte de loi en faisant payer les « mille » (?!) plus gros émetteurs, puis en les dédommageant. Subtilité difficile à comprendre.

Bref confusion. Pourquoi le Conseil constitutionnel refuse-t-il la loi, alors qu’il devrait accepter un équivalent ? Surtout, cette loi a-t-elle un peu d’efficacité ? Pas possible de se prononcer sans une étude approfondie du sujet.

Au même moment, le gouvernement réagit aux critiques suscitées par sa politique de vaccination : il annonce une annulation d’une grosse partie de ses commandes de vaccins, et permet aux généralistes de vacciner. Aucune explication de ce revirement, et de son coût. Déroute en rase campagne ? Aveu d’incompétence ?

La politique du gouvernement est-elle inspirée par la réalité, par une vision à long terme solidement étayée, ou par la rumeur ? N’est-il pas balloté par les bourrasques de l’opinion publique ? Est-ce ce que l’on attend de lui ? Comment peut-il avoir la moindre crédibilité dans ces conditions ? N’est-il pas victime des effets pervers d’une stratégie de pilotage au fait divers, qui n’est autre que celle de la girouette ?

Alors n’est-il pas temps qu’il cesse de décider seul et qu’il s’entoure d’avis compétents, et surtout qu’il fasse participer la nation à son travail. Comment pourrions-nous lui reprocher ce à quoi nous avons participé, qui nous a convaincu ? D’ailleurs n’est-ce pas le sens même de la démocratie ?

Et n’est-ce pas dans la logique des réformes que le gouvernement mène depuis 30 ans ? Il a détruit la structure bureaucratique française, il doit maintenant renoncer à son principe même : l’omniscience du gouvernant. Il est temps qu’il se demande comment faire fonctionner un tel système. (Le changement de l’économie française.)

Argent des jeux

Les jeux en ligne ont créé une véritable industrie parallèle : des entreprises de joueurs professionnels (essentiellement asiatiques) vendent leurs services à des joueurs plus fortunés (à l’Ouest).

Le chiffre d’affaires de l’industrie serait de l’ordre du md$ (entre 200m et 3md) elle emploierait de 100.000 à 1m de personnes et aurait 4 à 12m de clients. Des intermédiaires s’enrichissent (IGE réalisait à un moment de l’ordre de 10 à 20m$ par mois).

Gaming for Profits: Real Money from Virtual Worlds

lundi 4 janvier 2010

Vaccins inutilisés

D’après la radio, le gouvernement aurait calculé que 2/3 de la population devait être vaccinée, à double dose (soit 94m en tout), contre la grippe A. Il y aurait eu environ 5m de vaccinations à simple dose. Le coût de l’affaire serait très élevé (2md€ ?). Particulièrement en comparaison des déficits de la France et de la Sécurité sociale. Mais l’opposition a-telle raison de critiquer le gouvernement ?

Car, à l’époque où il a commandé le vaccin, avec ce que l’on savait, n’était-il pas justifié ? Il semblerait surtout qu’on reproche une réaction excessive : depuis plusieurs mois on s’étonne que la France ait commandé nettement plus de vaccins par personne que des pays comparables.

Voilà un problème pour contrôleur de gestion : comment utiliser au mieux les ressources de la nation ? Le contrôle de gestion choisirait la décision qui a le retour sur investissement le plus élevé.

Mais comment calculer un tel chiffre ? Comment prévoir, et surtout évaluer, toutes les conséquences d’une décision ? Notre « rationalité » ne peut être que « limitée », selon l’expression d’Herbert Simon. Du coup, nous décidons selon des heuristiques. Quelles furent celles du gouvernement ? Un journaliste de France Culture faisait tout à l’heure une curieuse hypothèse à ce sujet : le pays était inquiet, le gouvernement a voulu exploiter cette inquiétude, par un coup d’éclat qui aurait dû servir sa popularité.

Ce diagnostic (juste ?) a l’intérêt d’illustrer une modélisation de la décision humain. Selon lui, le gouvernement est obsédé par sa popularité, c’est elle qu’il cherche à optimiser. Il y a plusieurs moyens pour l’acquérir, il en aurait choisi un, très particulier : profiter de tous les événements susceptibles d’émouvoir la population, quitte à les amplifier. L’homme est comme cela : à chaque type d’événement, il associe une façon, toujours la même, d’agir.

Compléments :

Que m’achète-t-on ?

L’idée suivante vient de me traverser la tête :

Depuis le début de ma carrière, je suis confronté à un dilemme que je ne comprends pas : j’explique que je suis un homme de techniques, que je vends mes services ; or on ne veut pas acheter mes services, des heures de conseil, mais m’employer, donc contraindre mon existence, certains vont jusqu’à me proposer une partie de leur entreprise.

Cela ressortirait-il à un problème culturel : acheter / vendre des services est le propre d’une culture individualiste, où l’émotion n’entre pas dans la relation humaine ; une culture où le lien social est fort s’attache ce qui lui plaît ?

Question suivante : suis-je un individualiste qui ne s’attache pas ? Ce qui est sûr est que je n’ai pas les mécanismes de défense adaptés à la vie en société française. Je sais la transformer, mais pas ne pas me faire imposer des contraintes insupportables.

Alors, pourquoi ne suis-je pas parti aux USA ? Peut-être parce que ce qui m’intéresse le plus est de résoudre des problèmes sociaux, que l’on ne trouve pas en aussi compliqués dans une société individualiste. Et peut-être aussi parce que je suis attaché à la culture française.

dimanche 3 janvier 2010

SMS

C’est la première année que je remarque l’usage systématique du SMS pour le nouvel an. Bombardement.

C’est plus spontané que la carte de vœux, et plus facile à écrire. C’est moins sympathique que le coup de fil, mais cela évite les files d’attente. Le SMS serait-il la voie de la paresse ? Ou, au contraire, un moyen adapté à notre paresse, de garder un minimum de lien social ?

D’ailleurs j’ai noté chez mes hôtes du réveillon que le SMS suivait les pratiques de gains de productivité du capitalisme moderne : la tâche est sous-traitée à un personnel à bas coût (les enfants), et on utilise l’envoie de masse.

En tout cas, cela encourage à s’équiper d’un téléphone un rien smart : le mien ne me permet pas de répondre facilement, j’envoie des mails de mon PC, ce qui est du dernier ringard.

1500

Cette centaine fut de faible QI :

Le changement de l’économie française

Les relations de l’État français et de son économie sont une sorte d’exception mondiale. C’est notre chance : elles font l’objet d’études scientifiques sans rapport avec notre importance économique. CULPEPPER, Pepper D., le système politico économique français depuis 1985 (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), tente d’analyser le changement que notre pays a connu depuis 1985.

Système de coordination des acteurs économiques

Il attaque la question sous un angle original : qu’est-ce qui guide les acteurs de l’économie ?

  • Dans le modèle anglo-saxon, c’est le marché.
  • Dans le modèle d’Europe du nord, c’est une coordination entre acteurs : constitutions de groupements d’entreprises (reliées par des contrats) ; organisations patronales et de salariés puissantes ; co gestion du système éducatif.

Jusque dans les années 80, l’économie française était dirigée par l’État. Un « plan » donnait la direction dans laquelle il voulait aller. Il influençait l’économie parce qu’il distribuait le crédit et qu’il nommait les patrons des grandes entreprises, qui venaient de la haute administration. Par ailleurs, l’école publique était le seul outil de formation du Français. Elle produisait « l’élite méritocratique » nécessaire au fonctionnement de l’administration, puis, par ordre de classement : les citoyens ordinaires et une main d’œuvre peu qualifiée (formation professionnelle pour les mauvais élèves) absorbée par une industrie « fordiste » peu exigeante.

Le changement

Pour une raison qui n’est pas entièrement claire, le gouvernement a décidé de faire évoluer ce système. La cause est peut-être européenne :

En créant les conditions d’une économie française compétitive au cœur de l’Union Européenne, les décideurs publics français se sont aperçus que l’emprise croissante des marchés rend de plus en plus difficile la tâche de diriger le développement économique.

Le changement semble alors avoir pris trois directions :

Les noyaux durs

Il y a eu une volonté (par le gouvernement Chirac, après les privatisations de 86 – 88) de création de conglomérats de grandes entreprises, autour de deux réseaux bancaires, protégés par des participations croisées des investissements étrangers et de la pression du résultat à court terme. Mais les dirigeants de ces entreprises ont dénoué ces alliances : ils cherchent leurs capitaux sur le marché financier, ont fait entrer des fonds d’investissement (surtout anglo-saxons) dans leur capital, ont retiré tout pouvoir au petit porteur, se sont versés des stocks options. Dorénavant leurs intérêts sont les mêmes que ceux de leurs principaux actionnaires. Modèle anglo-saxon.

La formation professionnelle

La prédominance écrasante de l'Education nationale dans la filière professionnelle a longtemps plombé la réactivité du système aux besoins de qualifications sur le marché du travail et aux demandes des associations patronales. Tant que les entreprises ont pu absorber des travailleurs semi-qualifiés ou non qualifiés, l'administration a pu maintenir son contrôle sur le système.

L’idée de la réforme était d’utiliser les régions pour coordonner la collecte d’informations afin d’orienter l’enseignement. Les entreprises auraient accru leur investissement dans la formation en alternance. Ce mécanisme était fondé sur des institutions cogérées où représentants du patronat et des salariés auraient débattu des besoins de l’économie locale.

Or, syndicats et patronat n’ont pas les connaissances nécessaires. Les conseils généraux sont donc impuissants. Seules les grandes entreprises sont organisées pour influencer le processus.

Parallèlement, l’ENA est devenue une « business school », qui place ses élèves au sommet des entreprises privées (alors que le Français ne rêve que d’entrer dans l’administration !).

La réduction du temps de travail

Contrairement à ce que je pensais, l’idée d’échanger réduction du temps de travail contre souplesse et emplois ne vient pas de M.Aubry mais d’A.Juppé (Loi Robien). Si M.Aubry est associée à la mesure, c’est parce qu’elle l’a rendue obligatoire.

Comme dans le cas précédent, le gouvernement tablait sur une négociation à l’amiable entre représentants des salariés et du patronat. En fait, faute d’organisations adéquates, elle a été impossible, et les grandes entreprises ont utilisé leur force pour assouplir les règles qui s’appliquaient à elles et, surtout, pour transformer les négociations qui auraient dû être sectorielles, en négociations d’entreprise.

Coordination à la française ?

Résultat du changement ? A-t-on un nouveau modèle de coordination de l’entreprise ?

  • Pas du tout. Le changement a été conduit par les acteurs les plus forts : d’une part la grande entreprise, d’autre part l’inspection des finances de l’ENA. Il a débouché sur un modèle d’organisation mû par le rapport de forces grande entreprise / salariés, qui n’est pas tourné vers les réalités économiques.
  • Plus exactement, c’est la capacité de nuisance qui caractérise le fonctionnement de la France : l’Etat, le patronat, les syndicats... peuvent bloquer une mesure, mais ils ne peuvent rien imposer.
  • Aujourd’hui les forces en présence sont d’une part la grande entreprise et d’autre part le rejet de l’économie de marché par le pays, l’attachement à la réglementation du travail, et à la négociation.

Commentaires

Curieuse analyse.

  • Contrairement à ce que je croyais, le gouvernement semble avoir voulu réformer la France sur le modèle allemand (et pas anglo-saxon). Par contre, ce qui lui est arrivé correspond parfaitement à ce que donne le changement non contrôlé : ce sont les acteurs auxquels la société place en position de force qui imposent leur marque au changement (cf. Glasnost).
  • La mise en œuvre de la réforme reposait sur la fiction d’acteurs sociaux capables de négocier entre eux, donc d’être dans un rapport de force équilibré. Or, le modèle de la France bureaucratique, d’assistanat, n’a pas permis le développement de telles organisations. De même, je me demande si les « champions nationaux » qui émergent de cette transformation sont équipés pour affronter la concurrence internationale : les hauts fonctionnaires qui les dirigent étaient formés pour appliquer les directives de l’Etat, comment vont-ils faire sans elles ? Croissance externe suicidaire (cf. Crédit Lyonnais, France Télécom, Vivendi, EDF…) ?
  • Gauche et droite ont suivi la même ligne (y compris en ce qui concerne la réduction du temps de travail !). Cela signifie qu’il n’y a probablement ni gauche, ni droite, mais une élite qui partage les mêmes idées, à quelques détails de mise en œuvre près.
  • S’il y a déni de démocratie (ces réformes n’ont pas été discutées), il n’est pas certain qu’il y ait conflit de points de vue entre notre élite et son peuple. Au fond, elle cherche à rendre l’économie nationale efficace, tout en respectant nos valeurs (protection du travailleur). Ce qui manquerait au gouvernement c’est une sorte de degré 0 de savoir-faire de mise en œuvre du changement. Est-ce l’hypothèse selon laquelle il doit faire notre bien contre notre volonté qui empêche son acquisition ? La première étape de la réforme de son art du changement est de nous considérer comme des responsables, et de nous expliquer pourquoi il fait ce qu'il fait (ce qui nous éviterait de le démolir) ? Ce qui n’est pas simple : il nous a habitués à ne pas l’être !

Compléments :

  • Cette étude corroborerait-elle Les réformes ratées du président Sarkozy : bonne direction, mauvaise mise en œuvre ? N.Sarkozy exemplifie ce mal français, mais ne lui a-t-il pas ajouté une dimension de type néo conservatrice, étrangère à la culture du pays ? N’a-t-il pas, aussi, transformé en techniques systématiques ce qui, jusque-là, était manœuvres inconscientes (cf. son double discours) ?

L’Enfer

Film sur un film que Clouzot n’a pas réussi à terminer, en 64. (Claude Chabrol a repris l’histoire plus tard, un film qui ne m’a laissé quasiment aucun souvenir.)

Déception. Contrairement à ce que j’avais compris, Clouzot avait très peu filmé, et ce qu’il a filmé n’était pas remarquable. (D’ailleurs le film est essentiellement occupé par des témoignages façon Arte.) Pour une raison inconnue, on lui avait donné un budget illimité pour une œuvre qui n’aurait pas dû avoir de grandes ambitions (banale histoire de jalousie), et il s’est perdu dans une débauche d’expérimentations en effets spéciaux (sans intérêt) visuels et sonores. Jusqu’à l’infarctus final.

Clouzot comme Duvivier semblent avoir été mis à mal par la Nouvelle vague. Ils auraient pris peur d’être effacés, et auraient voulu montrer qu’ils pouvaient rivaliser avec elle, être innovants, provocateurs, modernes…

Dans le cas de l’Enfer et de Pot-Bouille (57), j’ai été surpris de voir que les actrices se dénudaient. Mais, ai-je réfléchi, n’était-ce pas l’époque de Brigitte Bardot ? Alors, 10 ans avant 68, les mœurs commençaient-elles à se libérer ? L’Enfer, est-ce cela : les prémisses de 68, le conflit entre la libération approchante et la rigueur ancienne ? Est-ce ce conflit auquel le cœur de Clouzot n’a pas résisté ?