mardi 2 février 2010

Redépart de crise ?

Paul Krugman est extrêmement mécontent du réflexe populiste de B.Obama, qui parle de rigueur à un moment où l’économie n’a pas sorti la tête de l’eau.

Il y voit la répétition de l’erreur commise par Roosevelt en 37, qui avait replongé le pays dans une crise dont elle croyait émerger.

L’économie serait-elle enfin capable de faire des prévisions ?

Protection sociale

La France change beaucoup plus qu’on ne le dit. Sa conception de la protection sociale s’est transformée du tout au tout en quelques décennies :

Changement de principes

Sa finalité initiale était « l’intégration » de la nation, et notamment des pauvres. Cela signifiait une logique de plein emploi et un système d’assurance sociale payée par le salarié sur son salaire (logique de l’assurance). La préoccupation du système était la lutte contre le chômage, dont l’outil était l’augmentation des prestations sociales (d’où augmentation de la demande, qui tire l’économie - Keynésianisme). Les rôles étaient bien définis : l’État s’occupait du politique, le patronat de l’entreprise et le syndicat des institutions de protection sociale.

Aujourd’hui, une partie importante de la population dépend du RMI qui est alimenté par l’impôt, donc contrôlé par l’État et la France qui travaille est régie par un système mixte assurance sociale, assurance privée. L’anxiété nationale n’est plus le chômage, mais l’inflation, l’outil d’intervention est la relance par l’offre et la rigueur budgétaire (Monétarisme).

Les étapes du changement

Transformation progressive :

  • Le système initial est rongé par l’augmentation de ses coûts : crise, chômage, mais aussi rapide augmentation des services offerts par l’assurance sociale. Il réagit selon sa logique : en augmentant les recettes (primes d’assurance, donc prélèvements sociaux sur les salaires) - la réduction des coûts aurait été inacceptable aux syndicats ; puis en retirant du service les personnes les plus âgées (retraite ramenée de 65 à 60 ans). Deux relances keynésiennes (Chirac et Maurois) sont des échecs.
  • C’est alors que l’Europe entre en lice. Ses principes fondateurs semblent être « Monétaristes », à l’opposé de ceux qui prévalaient jusque-là dans les États européens. Leur adoption signifie l’impossibilité des déficits sociaux. C’est l’excuse (?) que trouvent alors les gouvernements pour attaquer les dépenses des systèmes sociaux.
  • Progressivement de victimes de la crise, ces systèmes sont perçus comme sa cause. On dit alors que l’augmentation des cotisations pèse sur la compétitivité des entreprises et crée le chômage ; que ces systèmes ne prévoient pas le cas du chômeur ; que la gestion paritaire encourage l’irresponsabilité.
  • Les prestations sociales sont réduites, l’appel au marché augmenté (complémentaires…), les exclus du système sont pris en charge par les allocations de revenu minimal alimentées par l’impôt (CSG), la protection sociale échappe de plus en plus aux syndicats et ses coûts sont contrôlés par l’Assemblée.

Le mécanisme du changement

Ces changements auraient été introduits « à la marge » puis étendus. Si bien que les tenants de l’État providence ne se sont pas méfiés. Il est aussi possible qu’il y ait eu marché de dupes, les intérêts que chacun y trouve étant contradictoires. Surtout ce changement est l’histoire de la construction d’un consensus, ses acteurs (notamment les syndicats, la CFDT ayant joué les premiers rôles) s’étant convaincus qu’il était le seul possible. Cette communauté d’idées serait-elle favorisée par le fait qu’ils passent leur existence ensemble, commission après commission, et finissent par penser la même chose ?

Commentaires

Voilà un constat qui me laisse avec plus de questions que de réponses :

  • Il semblerait que les théories économiques ne ressortissent pas à la science, mais à l’idéologie. Le Keynésianisme serait favorable au « peuple », le Monétarisme au « capital ».
  • Il n’y en aurait pas une qui serait meilleure que l’autre, mais toutes les deux aboutiraient à un monde particulier. Par exemple, l’application du modèle favorable au « capital » (à la production) semble de tous temps générer une population d’exclus, qui sont pris en charge par la collectivité (les paroisses pour le capitalisme anglais original, l’État et le RMI aujourd’hui).
  • Leur succès ne serait donc pas une question de lois de la nature, mais de volonté. Si nous avons renoncé à l’État providence, c’est que nous n’en voulions plus ? Peut-être aussi, comme le dit cette étude, nous n’avons pas compris où nous nous engagions, et n’avons pas fait les efforts nécessaires à la survie d'un modèle qui était incompatible avec un chômage élevé. (La solution à ce problème serait-elle la « flexisécurité » ?)
  • Ce texte pose la question du rôle de l’Europe. Elle semble avoir été conçue sur un modèle « monétariste », selon le consensus qui prévalait parmi les élites mondiales. De ce fait, il leur était facile d’arguer des contraintes européennes (à l’origine desquelles elles étaient) pour mettre un terme aux États providences nationaux, incompatibles avec elles.

Compléments :

  • L’origine de mes réflexions : PALIER, Bruno, Un long adieu à Bismarck ? Les évolutions de la protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006.
  • Une autre vision de l’impact de l’Europe sur l’organisation des nations : Chaos européen.
  • Le renouvellement de la logique des principes d'une société par une idée, apparemment inoffensive, rappelle ce que dit Les Lumières.

5ème République et partis politiques

L’histoire de la 5ème République est bâtie sur un conflit : de Gaulle voulait un régime présidentiel qui mettrait un terme définitif au « régime des partis », alors que la constitution est parlementaire. Marier la carpe et le lapin a été un changement de plusieurs décennies :
  • Les partisans d’un système exclusivement parlementaire ou exclusivement présidentiel sont successivement éliminés (les partisans du parlement en 62, de Gaulle en 69).
  • Pompidou et Mitterrand voient une solution au dilemme : un affrontement droite / gauche conduit par de grands partis de gouvernement, dirigés par un présidentiable, qui briguent la majorité à l’assemblée.
  • L’émergence de ces partis se fait d’abord par un rassemblement en deux camps, puis par une sorte de sélection naturelle pour la domination de son camp, dont les manœuvres principales consistent à le faire perdre (les Communistes trahissent les Socialistes en 78, J.Chirac fait de même avec V.Giscard d’Estaing en 81).
Aujourd’hui, ce système est menacé par un émiettement de l’opinion, une multitude de partis se spécialisant dans des thèmes fortement mobilisateurs pour certains citoyens (environnement…), les principes fondateurs des grands partis ne leur permettent pas de traiter correctement ces sujets, qui, d’ailleurs, les divisent.

Compléments :
  • GRUNBERG, Gérard, L’adaptation du système des partis (1965 – 2006) (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).
  • Sur cette cohésion française qui a pour conséquence paradoxale de produire l’éparpillement des voix : France : crise de gouvernance ?

lundi 1 février 2010

L’Éducation nationale change

Agnès Van Zanten (La construction des politiques d’éducation, de la centralisation à la délégation au local in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006), donne une image apocalyptique des changements subis par l’Éducation nationale :

L’Éducation nationale est à la fois dirigée par les règles de la 3ème République et par celles, contradictoires, de l’économie de marché. On n’y parle que de « projet », de « contrat », de « partenariat », « d’autonomie »… Un peu plus et on appelait l’élève « client ». Mais tout ceci n’est que verbiage marketing vide de sens (l’autonomie, par exemple, n’est accompagnée d’aucun moyen et d’aucune concurrence !) : pour « désamorcer des tensions », on masque des problèmes graves sous des concepts fumeux. On se croirait dans l’entreprise anglo-saxonne qui pense que nommer est faire. D’ailleurs l’infecte bienpensance anglo-saxonne est partout : l’école fait des « partenariats » avec les riches et veut « réconcilier » les parents pauvres avec l’école.

La raison probable est que nos gouvernements ont trouvé bon d’insuffler du libéralisme dans l’Éducation nationale, mais sachant que cela allait contre notre volonté, ils ne l’ont pas dit. Leur véhicule a été une invraisemblable succession de réformes cherchant à donner le pouvoir au local : déconcentration, territorialisation et régionalisation ! D'où incroyable anarchie dont on peut se demander comment les chefs d’établissement, les enseignants, les parents et les élèves arrivent à se tirer : dans ce monde tout est contradictoire. On a donné à tous de grands rôles sans leur consentir les moyens de les remplir, et sans s’assurer qu’ils ne contredisaient pas un fonctionnement préexistant. Et l’État ? Son forfait accompli, il a jeté l’éponge, il est impuissant !

L’État central apparait incapable d’établir des priorités et délègue au niveau local la responsabilité d’harmoniser ou de trancher entre les points de vue des acteurs en présence.

Ce qui est frappant, c’est à quel point notre élite, pourtant recrutée pour la supériorité de son intellect, ne pense pas. Toutes les réformes viennent d’ailleurs, d’Angleterre, des USA, d’Europe. Ainsi, les ZEP, zones de discrimination positive, sont la traduction littérale des Educational Priority Areas anglaises des années 60 (il a été impossible de trouver pire ?). Les programmes sont conçus entre penseurs internationaux, et la conformité de nos élèves aux normes qui sortent de ces travaux est évaluée. Le courage de nos dirigeants ne va pas jusqu’à nous le dire. Ils préfèrent parler de « l’exception française » pour mieux la torpiller !

Compléments :

  • Idéologie initiale :

Un État porteur de la rationalité et de l’intérêt général, seul capable de lutter contre les croyances irrationnelles et les logiques clientélistes s’exprimant au niveau local.

  • Valeurs : laïcité et égalité.

Chaos européen

« La faiblesse de la médiation intersectorielle, tant en France qu’au sein de l’Union dans son ensemble, est l’une des causes principales de la prévalence, dans le gouvernement de l’Union, des politiques fondées sur les théories économiques néolibérales » :

  • L’Union Européenne est gérée de façon sectorielle (agriculture…) et cela interdit à la fois les débats de fond sur les enjeux généraux, transversaux, (par exemple politique européenne de lutte contre le réchauffement climatique) et l’intervention des acteurs de la démocratie (notamment les syndicats et les parlements).
  • Ce manque de coordination européen disloque les mécanismes de solidarité nationale et encourage le chacun pour soi. La capacité de coordination intersectorielle des états est anéantie par le fait que l’Europe intervient dans leurs affaires de manière dispersée (ses subventions avantagent, par exemple, les grandes villes, rendant quasi impossible toute politique d’aménagement du territoire). La désorganisation européenne justifie la prise de décision réactive myope en petit comité gouvernemental, la diplomatie et la technocratie plutôt que le débat démocratique de fond, beaucoup trop complexe pour le bric-à-brac d’institutions européennes. Ce qui justifie l'argument selon lequel la régulation par le marché est la seule adaptée à ce chaos.
Alors, l'unique Europe viable est celle des consommateurs, pas celle des citoyens ?

Compléments :

  • Essai de synthèse de : SMITH, Andy, le gouvernement de l’union européenne et une France qui change(in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

dimanche 31 janvier 2010

L’Europe ne pense pas

Contrairement à la Chine et à l’Amérique, l’Europe n’a pas de stratégie. Elle vit au jour le jour, ou presque. Comment se construit une stratégie ?

La stratégie ne vient pas des gens qui sont au gouvernement. Elle vient des gens qui vont être au gouvernement, elle vient des groupes de réflexion et de la communauté universitaire.

Comment faire que ceux qui correspondent à cette définition, partout en Europe, se mettent à penser, et, surtout, à débattre entre eux ?

Compléments :

  • L’Insead du billet précédent aurait pu être le lieu d’une telle pensée, mais elle a choisi d’appliquer des idéologies préconçues. Economie d'intellect.

Insead

J’ai cru comprendre que l’Insead cherchait un doyen qui soit un « citoyen du monde ». C’est curieux. Initialement l’INStitut Européen d’Administration avait pour objet la formation des managers dont aurait besoin l’Europe qui venait de signer le traité de Rome.

La formule était originale : un MBA d’un an (mieux adapté aux Bac + 5 d’Europe continentale que les 2 ans des MBA américains qui visent des Bac + 3), cours en 3 langues (Français, Anglais, Allemand), ouvert à des élèves expérimentés. L'école est vite jugée comme l’un des meilleurs MBA mondiaux. Exploit à retenir dans les annales du marketing, qui dit la quasi impossibilité d’entrer sur un marché dominé par le capital de marque d’entreprises telles que Harvard. Sauf lorsque, comme pour l’Insead, on a un positionnement original.

Puis, progressivement, les 3 langues ont été remplacées par l’Américain, l’âge d’entrée s’est abaissé, les promotions ont enflé (70 au début, près de 500 aujourd’hui), l’Insead a ouvert des établissements ailleurs dans le monde (d’abord à Singapour), une alliance s’est faite avec Wharton. L’Insead est devenue la World business school (aucun rapport avec la World company des guignols de l’info).

Comment interpréter ce changement ?

  • Mise en oeuvre impeccable d'une vision selon laquelle l’Europe n'est plus rien, l'avenir est à une globalisation américaine tirée par l’Asie ?
  • Parallèle avec Vivendi : transformation d’une entreprise solidement protégée en un groupe ouvert à tous les vents, ayant pour vision d’être le plus gros, pour stratégie d’être un suiveur, et pour mission de satisfaire l’ego de ses dirigeants ?

Compléments :

  • Un professeur de l’Insead révèle leur arriération à des anciens élèves français : L’économie n’est pas une science.
  • En termes de marketing on notera aussi la primauté du marketing sur la qualité du produit, médiocre en ce qui concerne l'Insead.

Extérieur nuit

Film de Jacques Bral, 1980. Un réalisateur qui m’était inconnu, mais qui paraît estimé de la critique.
Paris, la nuit, la pluie. Trois paumés, dont deux anciens soixante-huitards, sans but, sans logique, sinon le rejet d’une société aliénante ?, absurdes. Une idée curieuse : c’est peut-être l’amour aveugle d’un de ces êtres absurdes pour un autre qui donnera du sens à sa vie ?
Portrait d’une génération désabusée, qui ignorait la précarité économique ?

samedi 30 janvier 2010

France : crise de gouvernance ?

La population française est étonnamment homogène par rapport à ce à quoi elle croit. Non seulement la scission gauche droite chère à nos politiques ne correspond à rien pour nous mais le portrait que font de nous les journalistes n'est pas ressemblant :
L’analyse des données laisse apparaître un espace triangulaire de consensus politique, dont les trois sommets sont le libéralisme culturel, le libéralisme économique (liberté des entreprises, réduction des taxes et des dépenses publiques) et la protection sociale (Sécurité sociale, emploi et revenus).
Nous sommes, aussi, en majorité, « progressistes » (droit des homosexuels, opposition à la peine de mort…), peu nationalistes, l’Europe ne nous menace pas (même lorsque nous votons contre).

Peut-être plus curieusement, les gouvernants comprennent ce que veut le peuple, et le FN est totalement hors cible (et il l’était déjà en 2002 lorsqu’il a mis KO Jospin). Alors pourquoi vote-t-on FN ? Pourquoi demande-t-on une législation répressive, plus de discipline à l’école ?...

Mauvaises solutions à de vrais problèmes : l’opinion perçoit, justement, que ce qui est important pour elle (l’éducation, l’emploi…) se désintègre, et que le gouvernement est incapable d’y remédier.
La baisse de soutien aux responsables politiques est due à une perte d’efficacité de l’action publique.
Résultat :
La capacité démocratique du régime s’est détériorée de manière substantielle au cours des vingt années étudiées.
Compléments :
  • Ce qu’on demande au gouvernement est compliqué :
Une forte majorité de français voulant à la fois des d’impôts moins élevés et le maintien des services publics et des prestations sociales, la marge de manœuvre s’avère pour le moins réduite. Un gouvernement de droite ayant pour objectif une baisse importante des impôts devra réduire les services publics et les prestations sociales, et se trouvera confronté à une opposition de gauche. De son côté un gouvernement de gauche voulant accroître – ou même seulement maintenir – le niveau de prestation sociale sans modifier les critères de distribution devra, compte tenu des évolutions démographiques et professionnelles, augmenter fortement les impôts et s’opposer ainsi à la formation de coalition d’opposition de droite.
  • Base de ce billet : BALME, richard, Convergences, fragmentation et majorités cycliques dans l’opinion publique ? (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

vendredi 29 janvier 2010

Industrie anglaise

L’industrie anglaise disparaît :

  • Elle ne représente plus que 12% du PIB du pays, et encore cela semble inclure les services qui vont avec les produits.
  • 2/5 des fabricants anglais sont détenus par des étrangers.
  • Le reste n’est pas brillant. Problème majeur : personnel et management peu qualifié.
  • Il reste fort peu de grandes sociétés : les multinationales anglaises ont pour beaucoup été achetées par des concurrents étrangers, qui en ont délocalisé la main d’œuvre.
  • L’industrie représente environ 40md£ de profits (gross operating surplus), les services non financiers fluctuent autour de 100 depuis une décennie et les services financiers, qui étaient à moins de 20md en 2000, on dépassé 60 en 2008.

Ce qui me pose une double question :

  • Est-il judicieux pour un pays de laisser acheter ses grandes entreprises ? Si leur production est délocalisée, la sous-traitance et les compétences qu’elles employaient disparaissent, or ce tissu économique a la capacité à créer d’autres entreprises (cf. la Silicon Valley avec ses ingénieurs qui quittent une entreprise pour en créer une autre, en s’appuyant sur « l’écosystème » local). En vendant l’entreprise vend-on la capacité créatrice du pays ?
  • Les services financiers tireront-ils éternellement le pays ? Il semble que leur avantage concurrentiel ne soit pas excessivement solide : Pauvre Angleterre.

Compléments :

  • Quelque chose de cet ordre ne s’est-il pas passé en Italie ? Ses grandes entreprises ont commencé à sous-traiter en orient, ce qui aurait fait crever le tissu économique local (Business cluster).

jeudi 28 janvier 2010

De l’importance d’être Sarkozy

À tort ou à raison, j’ai l’impression que B.Obama pense l’opposition républicaine trop stupide pour s’accorder avec elle. Et, c’est vrai que l’argumentation de celle-ci est affligeante, haïssable. Mais est-ce sa faute ?

Je me demande, si, comme tout parti d’opposition, les Républicains ne cherchent pas, par essai / erreur, ce qui peut déséquilibrer le gouvernement. Ce qu’il tente d’abord est le plus classique, souvent le plus bas (la moralité du président, les peurs les plus grossières de la population, les valeurs fondamentales de l’opposition). En France, le PS n’a pas trouvé la faille de la majorité, ses succès ne sont que de courte durée. Aux USA, les tactiques simplistes ont tout de suite marché. Les Républicains s’y sont donc tenus.

L'échec de sa politique palestinienne me conforte dans cette idée. Le plan de B.Obama a été immédiatement mis KO par Israël. Je ne suis pas sûr que les Israéliens s’attendaient à un succès aussi facile.

Tout cela me fait croire que B.Obama a un colossal point faible : il n’est pas N.Sarkozy, une « bête politique ».

iPad

Steve Jobs est un génie du marketing. Va-t-il réussir de nouveau ?

J’ai trouvé une vidéo sur l’iPad. Est-ce convaincant ? En tout cas, j’aime beaucoup la façon qu'a cette machine de tourner les pages des livres.

Cela me rappelle une lointaine conclusion de mes travaux d’intelligence artificielle, début 80 : intelligence artificielle, non, réalité virtuelle, oui.

Nora Berra

France culture ce matin. Découverte d’un ministre :

Quels sont ces « aînés » dont elle est la secrétaire d’état ? Sommes-nous victimes de l’hypocrisie anglo-saxonne ? Depuis quand est-ce une tare d’être « âgé » ? Pensons nous régler les problèmes de la nation par le marketing, à la manière des entreprises industrielles dont la pub vente la nature qu'elles asphyxient, ou du rail anglais qui affuble de noms ronflants des trains toujours en retard ?

Quant à Mme Berra, impression effroyable. Quelque chose comme la voix de Fanny Ardant qui s’engagerait dans une sorte d’argumentation gauche droite digne du PC de mon enfance. Sans la séduction de Fanny Ardant, et le talent de Georges Marchais. Juste avant j’avais entendu le président de la République raillant les patrons de Davos. Décidément, c’est Sarkozy et le désert de l’UMP.

Compléments :

  • Autre exemple d'hypocrisie anglo-saxonne : l'Insead appelle ses retraités jubilados.

France : guerre des générations

« Pour la première fois en période de paix, la génération qui précède ne laisse pas aux suivantes un monde meilleur à l’entrée de la vie » (Chauvel, Louis, générations sociales perspective de vie et soutenabilité du régime de protection sociale in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

Inégalités générationnelles

  • Taux de chômage 24 mois ou moins après la fin de la scolarité : 4% en 85, 35% en 1996, 18% en 2002, en augmentation depuis.
  • Écart des salaires 30 – 35 ans et 50 – 55 ans : 15% en 77, 40% début 2000.
  • Nombre de syndiqués parmi les 30 ans : 14% dans les années 80, 2% début 2000.
  • Âge moyen d’un syndicaliste ayant des fonctions électives : 45 ans en 82, 59 en 2000.
  • Députés de moins de 45 ans : 38,1% en 81, 15, 1 en 2002.

Les nouvelles générations trouvent difficilement un emploi et sont soumises à des crises successives, elles ne peuvent pas connaître une carrière qui leur permettrait d’apprendre et de développer une compétence ; le diplôme a perdu énormément de sa valeur (pour cause d’inflation du nombre de diplômés), ce qui les conduit au pessimisme et à douter du progrès ; ne croyant pas à un système qui les rejette, elles ne s’intéressent plus à la politique, d’ailleurs les soixante-huitards étant entrés très tôt en politique la monopolise.

Les générations âgées, privilégiées, ayant donc tous les pouvoirs, s'en servent pour améliorer leur situation au détriment de celle de leurs descendants. Manifestation :

l’inégalité intercohorte qui se caractérise par le fait que les nouvelles générations financent lourdement un système de protection sociale qui risque de s’effondrer avant qu’elles aient pu en bénéficier.

Changement de nos valeurs fondatrices

Ce sont les principes selon lesquels s’organisait notre société qui se sont transformés :

changement d’un compromis collectif qui s’est produit au milieu des années 70 et au début des années 1980. Cette évolution de la valeur sociale des générations nous a fait passer d’une valorisation relative des générations les plus récentes d’un avenir positif dans lequel nous pourrions investir, à une valorisation relative de la protection de la stabilité des adultes et des personnes âgées.

à quoi il faut ajouter la remise en cause du principe de protection des générations ayant charge d’enfants : leur taux de chômage a doublé de 90 à 2000.

La fin du modèle français ?

Conséquence : les nouvelles générations n’ont pas appris à faire fonctionner notre modèle social. Elles n’ont pas acquis les compétences nécessaires à une économie prospère, ni les habitudes utiles à la démocratie (« éloignement des institutions », « instabilité forte », « violence spontanée »). Dislocation sociale et guerre des générations ?

Commentaires :

Tableau cohérent avec celui d’une France qui a cédé à l’individualisme. Dans un tel monde, l'avantage social est déterminant : les soixante-huitards qui partaient d’une position solide ont profité de la désorganisation qu’ils ont contribué à installer. Sans le vouloir, ils ont vidé la société de sa substance pour en profiter.

Compléments :

  • Cette étude rejoint une lointaine interrogation : comment l’enfant, d’innocent, a-t-il pu devenir un criminel en puissance ? Dans une société où les vieux ont le pouvoir, et les jeunes n’ont pas d’avenir, les premiers ont logiquement (et avec raison) peur des seconds, et légifèrent en conséquence.
  • L’étude parle aussi de la société américaine. « Depuis le début des années 80, la société américaine a connu une polarisation sans équivoque (…) les individus placés au sommet de l’échelle sociale semblent jouir d’un courant de prospérité sans fin » (de 80 à 2000 les revenus du 99ème centile ont augmenté de 23,9% alors que les revenus médians n’ont cru que de 1,7%), chaque crise leur profite. Comme en France il y a désagrégation de la société, mais elle se fait au sein même des générations : « divergence totale des riches, des pauvres, et des médians ».

mercredi 27 janvier 2010

Chine : géant fragile ?

Après une phase fiévreuse, l’intensité de l'esprit entrepreneurial chinois reviendrait au niveau européen :

Moins d’entrepreneurs donc, les Chinois partent vers les grandes entreprises, qui monopolisent les terrains, la législation protège de mieux en mieux l’employé, peu d’investissement en technologie innovante et des banques qui prêtent aux entreprises d’État… Pourtant l'économie est en surchauffe.

Grande solidité ? Or, l'Occident découvre que la Chine veut imposer en force son point de vue, sans suivre les usages internationaux établis. Allons nous passer de la collaboration à l'affrontement ? Repli de la globalisation et ère de reconstruction des tissus économiques locaux ? Qui a le plus à y perdre ?

Compléments :


Trompeuses banques

Les banques sont bien plus dangereuses qu’on ne le pense :

  • Les normes comptables américaines (GAAP) masquent l’exposition des banques aux produits dérivés, divisant de ce fait leur risque apparent par un facteur de l’ordre de 2 (en ce qui concerne la Deutsche Bank, une des rares banques avec double comptabilité GAAP / IFRS).
  • Mais le niveau de risque des banques européennes n’a pas baissé depuis fin 2007.

Senso

Chef d'oeuvre de Visconti.

Ça ressemble à un opéra, les décors sont probablement très beaux, plus opéra que cinéma ?, mais tout cela m’a laissé indifférent. Une fois de plus c’est l’histoire d’une société au crépuscule, et qui s’y complaît. Mais, alors que les déclins du Guépard, de Mort à Venise ou de Violence et passion sont calmes, dignes et beaux, ici on a droit aux grands transports démonstratifs du cinéma italien de l’époque, que je n’ai jamais pu supporter. Et les personnages sont des pantins ridicules. Dans ces conditions le déclin n'a plus rien de regrettable.

Je ne suis pas sensible au drame, ou il n'est plus de notre temps.

mardi 26 janvier 2010

Obama en Clinton

Les commentateurs encouragent M.Obama, depuis qu’il a perdu la majorité absolue au Sénat, à suivre l’exemple de M.Clinton.

Pourtant, quand il le fait, en s’en prenant aux banques et en gelant les dépenses de l’État, demande de la vox populi ?, on parle de populisme grossier. Non seulement il contredit ses propos de campagne, mais il fait l’inverse de ce que réclame le traitement de la crise.

Explication possible ? M.Obama n’est pas un politicien ordinaire, il est froid et rationnel. L’atout du grand politique est d’être un grand séducteur et un survivant : il n’est jamais aussi bon que lorsqu’il est en difficulté et il a un sixième sens qui lui dit ce que le peuple est prêt à croire.

Compléments :

  • The Second Clinton?, President Obama concedes defeat.
  • La stratégie de M.Obama, réponse à mon billet précédent : pas possible de négocier avec son opposition ?
  • Illustration des théories sur l'optimisme de M.Seligman : le champion est celui qui voit la déconvenue comme une chance (définition d'optimisme). B.Obama a subi un revers : va-t-il se replier sur soi, ou se transcender ?

Négociations d’Obama

Maintenant qu’il n’a plus de majorité absolue, M.Obama va devoir négocier avec son opposition. Données du problème.

  • Réforme de santé bloquée. La majorité des votants est satisfaite du système et ne voit pas pourquoi elle ferait acte de solidarité.
  • Inquiétude quant aux déficits de l’État.
  • Et pas d’appui républicain aux réformes climatiques sans nucléaire.

Question de l’article : « l’olympien » M.Obama saura-t-il s’abaisser à une négociation ? Je me demande surtout si les Républicains sauront s’y élever.

Sarkozy et les salaires

Un extrait, entendu sur France Culture, des propos qu’a tenus N.Sarkozy hier soir. Si je comprends bien il justifie le salaire de H.Proglio par le fait que, comme Bill Gates, il crée des emplois. L’alternative est « l’Union soviétique ». Par contre, il trouve honteux le salaire des joueurs de football. Intéressante question théorique :

  • M.Sarkozy s’arrête-il aux footballers, aux sportifs, aux artistes... ? Quid des héritiers ? Et de sa belle famille ?
  • Confusions. Bill Gates est un entrepreneur, il a créé son entreprise ; Henri Proglio est un manager professionnel, un gestionnaire. De même la France de De Gaulle n’était pas l’Union soviétique et pourtant elle ne rémunérait pas autant que la nôtre ses P-DG.
  • Si la création d’emplois fixe la rémunération du dirigeant, comment expliquer que depuis que nous payons cher nos dirigeants l’emploi ne progresse pas en France, au contraire ? D’ailleurs, un footballer ne crée-t-il pas des emplois ? Le B A BA du marketing c’est le leader d’opinion : le bon sportif qui porte les couleurs d’une entreprise fait vendre. Et, contrairement au P-DG, il ne restera pas longtemps en place s’il n’est pas en permanence au sommet de sa forme, ou même de la morale, comme l’a démontré le malheur récent de Tiger Woods.

Compléments :

  • La théorie économique classique justifie le revenu de l’entrepreneur (plutôt que du manager) par le fait qu’il joue le rôle d’assurance pour son entreprise.
  • L’inflation récente du salaire de la classe financière (manager, banquier…) semble expliquée par la théorie de la « capture » : une partie de la population à utilisé sa position sociale pour servir ses intérêts personnels (cf. les oligarques).

Les Lumières

GAY, Peter, The Enlightenment, the rise of modern paganism, Norton, 1995. 

L’avènement des Lumières

L’histoire avait une part essentielle dans la vision du monde des philosophes. Pour eux elle était l’affrontement de l’obscurantisme et de la raison.

Les premières Lumières furent grecques puis romaines. Alors la société se disloque, l’élite se sépare d’une masse d’ignorants dont elle se désintéresse, ou dont elle exploite la crédulité.

Le Moyen-âge est dominé par le mythe, négation (volontaire) de la raison. Tout est lié : le Christianisme justifie la hiérarchie, fondement de l’organisation sociale (le drame shakespearien, c'est l'individu qui trouble cet ordre). La science ne disparaît pas, mais elle joue un rôle subordonné, comme les autres symboles d’une société qui n’est que symboles.

La Renaissance est la préhistoire des Lumières. Les Humanistes préparent l’arrivée des philosophes. Comme eux, ils admirent l’antiquité, sont énergiques, libres d’esprit, ont un grand sens moral. Ce sont les professeurs de pensée des philosophes. Mais ils n’ont pas leur optimisme. Ils se battent contre un destin qu’ils pensent invincible.

Peut-être est-ce le succès de la science qui va transformer le point de vue des hommes sur leur avenir ? Celle-ci sera précédée par des « propagandistes », Bacon et Descartes, qui définissent la méthode scientifique. Les découvertes, en particulier de Newton, suivent.

Les guerres de religion font avancer la cause de la tolérance et émerger le désir de fonder la société sur autre chose que le sectarisme, sur une sorte de droit immanent, le droit naturel.

Puis c’est le tour des libertins, qui, en sous-marin, vont saper les fondements de la société, et forger l’argumentation des philosophes, qui seront bien moins des penseurs originaux que des vulgarisateurs et de redoutables polémistes.

L’Église leur a facilité la tâche : non seulement elle est gagnée par leurs idées, dont elle ne perçoit pas la nocivité, mais elle sert la cause de ses ennemis en donnant une image peu chrétienne d’elle-même. D’ailleurs la ferveur religieuse de la société décline.

Les idées des Lumières

Les Lumières sont avant tout une lutte à mort avec le Christianisme, vu comme le pire des fanatismes. C’est l’affrontement de l’esprit critique et du mythe.

Les philosophes semblent avoir deux objectifs. Le premier est de mettre la nature au service de l’homme, au moyen de la science ; le second est de faire le bien.

L’homme est ce qu’il fait. Philosopher c’est agir, trouver puis faire ce qui est juste. Cette pensée est construite sur l’expérience pratique, c’est une pensée de bon sens. Elle veut débarrasser le monde du mythe, de ce qui est accepté sans réfléchir, donner à l’homme ce qui lui est accessible, et lui faire renoncer à ce qui est hors de sa portée (métaphysique).

Ses parents sont :
  • Stoïcisme : devoir de l’homme envers la société, identité éthique et politique, et théorie et pratique, fraternité des hommes, car partageant la raison universelle ;
  • Éclectisme : tous les systèmes ont une part de vérité, pour trouver la vérité il faut les combiner - justification de la tolérance ;
  • Scepticisme : le doute comme attitude première.
Commentaires :

2 réflexions
  1. La société serait-elle renouvelée périodiquement par des idées, apparemment inoffensives, qui, poussées dans leur logique, produisent une révolution ? Adoptées par tous, car séduisantes, elles sont fatales à certains, parce qu’elles contredisent les principes qui font leur légitimité ; leurs purs produits sortent vainqueurs de la transformation. (Cf. les bouleversements Internet, la libéralisation du monde, et les malheurs de l’URSS.)
  2. Le mal de l’Occident serait-il le Moyen-âge - une division de la société en classes, celle du bas étant asservie par la superstition ? Parallèle avec nos dernières décennies ?

lundi 25 janvier 2010

Haïti et colonialisme

Nouvel article sur la transformation d’Haïti en une nation saine : Jeffrey Sachs explique qu’elle n’est pas aussi complexe qu’on le croit.

Si l’on ne l’a jamais réussie, c’est que notre politique « d’aide » a pensé à tout sauf au simple et fondamental.

Réflexion qui pousse la mienne dans un chemin qu’elle avait commencé à emprunter. Au fond, si nos ex colonies sont des pays qui n’arrivent pas à se développer, n’est-ce pas parce que nous avons tout fait pour qu’elles ne se développent pas ? Elles ont absorbé les beaux principes que nous avions conçus pour notre usage, qui ne correspondaient pas à leur culture, mais que nous nous sommes bien gardés de les aider à mettre en œuvre. Tout le monde n’y trouvait-il pas son compte : les bien pensants y voyaient la victoire de leurs nobles valeurs, et les déçus de la décolonisation une juste vengeance ?

Obama réforme la banque

À la suite de sa perte de « super majorité », B.Obama a annoncé une réforme des banques. Il y aurait deux mesures :

  1. Faire payer les banques pour les frais de leur sauvetage. Ce qui rapporterait 117md$ sur 12 ans.
  2. Séparer les activités « sociales » des banques (activité de crédit nécessaires à l’économie) des autres, et interdire certaines de ces dernières (opérations de bourse pour leur propre compte, hedge funds, capital investissement).

Difficile de savoir quelles en seront les conséquences, d’autant plus que la compétence clé des banquiers est de contourner les règles, et que le traitement que le congrès fait subir aux lois semble plus motivé par l’intérêt de ses membres que par celui de la nation.

Cependant ces mesures paraissent aller dans le bon sens : le facteur principal de risque serait la complexité des établissements financiers, qui les rend incompréhensibles donc incontrôlables ; les simplifier diminuerait la menace qu’ils représentent. En fait, ce serait un retour à la législation post 29 dite Glass Steagall.

Jusque-là le gouvernement américain ne voulait pas s’y résoudre. D’ailleurs Larry Summers et Tim Geithner, conseiller du président et ministre des finances, mais aussi promoteur de la révocation de Glass Steagall et ancien lobbyiste de Goldman Sachs, n’approuveraient pas le projet de réforme. Autre signe positif ?

Compléments :

Basel 3

Les régulateurs mondiaux cherchent à éviter la répétition de notre crise. Ils illustrent une des théories de ce blog : intelligence d’un groupe qui réfléchit.

Niveau des réserves que doit conserver une banque pour ne pas être prise au dépourvu. Résultat (expérimental) : en moyenne 9% des actifs. Mais 20 ou 25% si on veut éviter tous les pépins. Ce qui, du fait de l’interdépendance des banques, semble obligatoire. On en reviendrait au 19ème siècle, quand elles devaient se défendre seules sans l’assurance de l’État. Si 9% est acceptable, 25% ne l’est pas.

Alors ? Des dettes qui se transformeraient en actions en cas de malheur ? Effets pervers. Mieux peut-être : ne protéger par la garantie de l’État que les activités essentielles au fonctionnement de l’économie (banque de dépôts), et laisser les activités à risque sombrer, le cas échéant.

(à suivre)

Compléments

Domicile conjugal

Film de François Truffaut, 1970.

J’ai beau prendre ce film sous tous les angles, je ne le trouve pas intéressant.

  • À la recherche du temps perdu ? Il en dit peu sur les années 60, sinon que l’on n’avait vraiment aucune difficulté à trouver un emploi (idiot, d’ailleurs), et qu'il fallait des années pour obtenir un téléphone.
  • Les fantasmes de l’auteur ? Glorifier un Antoine Doinel qui ne partage pas les règles de la société ? Mais jamais Jean-Pierre Léaud n’a été aussi conventionnel, et peu décalé. Message du film : le peu de solidité de l’originalité soumise aux conforts de la société ?

dimanche 24 janvier 2010

Réformer l’État

Mon billet sur l’État m’a laissé au milieu du gué. Je dis qu’il faut en faire un « reengineering », les mêmes services (ou un peu mieux), mais en moins coûteux. Oui, mais comment procéder ?

Au fond, le gouvernement a raison : il faut jouer sur les synergies. La décentralisation et, plus généralement, le mouvement d’individualisation de la société, fait qu’il y a concurrence entre énormément de structures qui font la même chose (chaque collectivité, par exemple, veut son école de commerce), et parfois de l’inutile (la communication est devenue un poste significatif du budget des communes). En outre, en forçant l’individu à se défendre seul, à s’assurer, à payer des cours à ses enfants… on adopte une organisation de la société inefficace, puisque ces coûts, mutualisés, seraient nettement inférieurs.

Si le gouvernement a raison sur le fond, il a tort sur la forme. Il est demeuré dans l’idéologie du dirigeant de droit divin. D’un État qui impose d’une main de fer ce qu’il sait bon pour la population. Je me demande si l’histoire de l’après guerre n’a pas été celle de notre rébellion contre cette idéologie étouffante, personnalisée par de Gaulle. C’était le message de la décentralisation : comprendre les besoins des citoyens.

Tout le monde avait raison : la centralisation et la décentralisation. La question est : comment les faire cohabiter ?

Appliquer à l’État le modèle de « l’entreprise qui marche » est une solution à cet apparent dilemme d’une centralisation des moyens accompagnée d’une délocalisation des besoins. L’analyse des conditions extérieures de la nation, combinée à celle de la volonté générale qu’elle exprime, débouche sur une stratégie, puis sur la mise en œuvre de celle-ci. L’État, comme l’entreprise, doit concevoir des outils généraux que le niveau politique local appliquera à la résolution des problèmes spécifiques qu’il rencontre. (C’est ainsi qu’est conçu le « marketing mix » d’une entreprise : des outils généraux que les opérationnels adaptent aux conditions particulières qu’ils rencontrent).

Mais cette transformation ne peut se faire sans une volonté de la population de sortir de l’égoïsme individualiste, d’adopter un comportement collectivement responsable et solidaire, d'abandonner le chacun pour soi.

Compléments :

Hypocrisie des puissants

Une étude montre pourquoi les puissants sont hypocrites :

  1. Ils pensent qu’ils ont le droit de faire ce qu’ils trouvent mal chez les autres.
  2. De manière plus inattendue, ceux qui occupent une position de pouvoir mais croient que ce n’est pas mérité font le contraire : ils sont plus exigeants envers eux-mêmes qu’envers les autres.

Étude riche d’implications :

  • En disant à des gamins qu’ils étaient des génies de la finance, seuls maîtres après Dieu, on peut les avoir poussés à trafiquer, en toute bonne conscience, les règles de la société. Idem pour le gouvernement Bush et Guantanamo. Idem pour nos gouvernants et hauts fonctionnaires, qui n’hésitent jamais devant un coup tordu pour faire passer des mesures auxquelles résiste la démocratie.
  • Comment donner le pouvoir à ceux qui pensent ne pas le mériter ? Sortir de la sélection par le succès et faire éprouver aux apprentis la petitesse de leurs capacités ?
  • Ce biais n’a peut-être pas que des inconvénients. Il est possible qu’il soit lié à la question de l’optimisme. Pour des raisons évidentes, il est utile à la société que ceux qui exercent ses métiers les plus risqués se croient surhommes.

Dominique Delmas et Jean-Pierre Schmitt

Dernier enregistrement de Trouble Shooter :

Dominique Delmas, du cabinet EQUAD, a parlé de la question du risque. Plus exactement du sinistre. J’ai appris que, selon la façon qu’une organisation a de traiter un sinistre, son coût peuvent varier de 1 à 100 voire même beaucoup plus. Ce qui cause le risque, est, de manière inattendue, un problème de logique humaine. Celui qui gère le sinistre est dans une logique dangereuse. Par exemple il peut être dans une logique technique, de réparation du sinistre, alors que le plaignant est dans une logique procédurière : du coup le technicien donne des informations qui servent à prouver sa faute. Un second exemple montrait une agence qui voulait conserver un client à n’importe quel prix, alors que ce n’était pas dans l’intérêt de l’entreprise. Dominique Delmas aide les entreprises à créer une culture de gestion des risques en utilisant une méthode qui ressemble beaucoup à celle dont parlent mes livres : il se sert des sinistres comme exercices de formation. Quand une unité rencontre un sinistre, lui et ses équipes travaillent avec elle à sa résolution. Ils servent aussi de système de communication entre elle et les services du groupe. À la fin de l’exercice, l’unité sait non seulement traiter ce type de problème, mais, surtout, le faire du point de vue de l’intérêt commun. De proche en proche, il « recode » la culture de l’organisation. C’est un exemple de ce qu’Henri Bouquin appelle la construction d’un système de contrôle de gestion informel, le contrôle par la culture.

Jean-Pierre Schmitt, professeur honoraire d’organisation au CNAM, lui, modèlise des organisations. En quelques semaines il est capable de représenter les processus de fonctionnement d’une organisation complexe (dans son exemple la maintenance des sous-marins nucléaires) sur un seul transparent. En termes de conduite du changement c’est remarquable : son schéma partant de la réalité de la réalisation du métier de l’entreprise, il peut voir les changements qui sont ou non réalisables, et d’en proposer qui se font immédiatement, parce qu’ils sont « évidents ». Effet de levier bluffant !

samedi 23 janvier 2010

Le retour de l’État

The Economist est inquiet. L’État n’a jamais été aussi fort.

Énorme surprise : la grande période de libéralisme économique a paradoxalement conduit à une croissance sans précédent de l’État. Particulièrement dans les pays ultralibéraux, USA et Angleterre. Le poids de l’État anglais est passé de 37 à 52% du PIB de 2000 à aujourd’hui. Il n’a rien à envier au nôtre.

Explication du paradoxe ? L’homme veut les gains du laisser faire, mais pas ses risques. Il a donc fallu secourir ses nombreuses victimes ; multiplier les lois pour protéger les uns et les autres ; réparer les « défaillances de marché » provoquées par l’irresponsabilité d’acteurs économiques incontrôlés ; et, finalement, les sauver de la crise financière, conséquence d’une inconscience qui menaçait de nous faire disparaître avec eux.

Alors qu’après cette ère ultralibérale on s’attendrait au retour d’un État fort, il n’en est pas question : celui-ci est déjà hypertrophié, et, en plus, il va devoir faire face au vieillissement massif de la population !

Curieusement, il se pourrait bien que notre tâche principale soit désormais de trouver un moyen d’alléger radicalement l’État sans le faire perdre en efficacité. Il est probable qu'une condition nécessaire à ce changement soit un comportement un peu plus solidaire, et un peu plus responsable, de la part de la population : elle aura alors moins besoin de l’État pour réparer ses erreurs.

Compléments :

  • Cette constatation surprenante corrobore celle de l’étude que cite mon précédent billet.

Les relations de travail en France

Après guerre, les relations de travail étaient réglées par la loi, négociées au plus haut niveau. Une carrière correspondait au franchissement d’échelons. Le travail était garanti, mais ennuyeux. Aujourd’hui il fait souffrir.

De la lutte des classes on en est venu à la « lutte des places ». La relation contractuelle a pris le dessus sur la loi dans la réglementation des conditions de travail : « la firme s’est imposée comme un nouveau foyer de régulation sociale à part entière ». L’organisation sociale s’est individualisée. Tout y a contribué, les entreprises qui ne veulent plus être contraintes par des règles générales, les employés qui désirent des carrières individualisées, l’État qui veut la décentralisation, les tribunaux qui n’appliquent plus la loi mais l’inventent (« variabilité de jurisprudence »).

Seuls les syndicats ont été incapables de suivre le mouvement. Sous perfusion de l’État et des entreprises (60% de leurs revenus), ils n’ont pas les moyens d’une présence de proximité. En fait, sous la poussée de l’individualisme, plus aucun organe collectif n’est représentatif de quoi que ce soit – qu’il s’agisse des organisations salariales ou patronales.

En trente ans les fondements de notre vision du monde ont totalement changé. Les cotisations sociales, par exemple, jadis perçues comme « moyen de solidarité nationale ou d’alimenter la croissance » sont devenues les « ennemis de l’emploi », marquant ainsi le « désengagement de l’entreprise de la solidarité nationale ».

Et la situation n’est pas sans paradoxes. Alors que l’on ne voulait plus d’un traitement général et déshumanisé, jamais les conditions locales n’ont été aussi mauvaises (cf. les banlieues). Et jamais l’État n’a été aussi présent, contraint de venir au secours d’exclus en nombre croissant. D’ailleurs il a pris « acte de la mise à l’écart durable (…) de populations employables », et a créé le RMI pour les protéger (1 Français sur 10 le touchait en 2003). « le rôle de l’État dans la régulation du marché du travail français n’a cessé de croître au fil des années ». Si son importance est si grande c’est aussi parce que ceux à qui il était supposé remettre ses pouvoir n’ont pas de ressources, manquent de moyens de coordination, et qu’une telle délégation ne correspond pas à une « culture jacobine qui incite à faire remonter aux niveaux hiérarchiques élevés les dossiers les plus délicats ».

En outre, jamais nous n’avons autant été soumis à des règles supranationales.

Commentaires

Quelques réflexions que suscite ce qui précède, qui est tiré de LALLEMENT, Michel, Transformation des relations du travail et nouvelles formes d’action politique (in La France en mutation, 1980 – 2005, Presses de la fondation nationale des Sciences politiques, 2006).

  • Notre histoire récente est celle de la désolidarisation, de la désagrégation de la société, provoquée par un formidable mouvement de « libération », une tentative d’affranchissement de l’individu des contraintes sociales. C’était une illusion. Pour réussir le groupe, l’entreprise en particulier, a besoin de discipline collective.
  • Impression de chaos : non seulement l’existence d’assurée est devenue précaire, mais encore le pays semble dans une désorganisation complète, même la performance économique, qui a servi de rationalisation à la transformation, n’a jamais été aussi préoccupante.
  • L’État providence est un paradis perdu. Les dommages sont tellement grands qu’il n’est plus possible de revenir à la situation antérieure. D’ailleurs, le pire est devant nous : la France précaire, toujours plus faible, nourrit une France de retraités hyperprotégés, toujours plus lourde. Ce n’est pas durable.
  • Il est possible que tout ceci se transforme en nouveau sous-développement : une nation inefficace car désolidarisée, une population divisée entre oligarques et crève la faim. Mais nous ne méritions pas l’État providence. Au fond, sans inquiétude l’intelligence de l’homme ne fonctionne pas.

Compléments :

vendredi 22 janvier 2010

Haïti (suite)

Dans la ligne de pensée de mon dernier billet sur Haïti, un article propose de prendre en compte ses culture et histoire avant de proposer une solution à ses maux.

  • Jadis Haïti fut riche. Mais, après son indépendance, les USA (avec les autres puissances de l’époque), qui avaient peur que leurs esclaves soient gagnés par l’envie de liberté, lui imposèrent un embargo, ainsi que de très lourdes « réparations ». Ils envahirent le pays en 1915, y restant 20 ans, histoire notamment de collecter les reliquats des dites réparations.
  • L’organisation du pays est coloniale. L’objectif des cliques qui rivalisent pour s’emparer du gouvernement est de s’enrichir au détriment du peuple. Mais, plutôt que d’utiliser le système plantation / esclaves, puisqu’il n’y a plus d’esclaves, ils imposent massivement la population.
  • Faute d’investissement les ressources du pays ne peuvent se renouveler, elles ne lui permettent plus de vivre sans aide étrangère. C’est elle qui maintient la corruption au pouvoir.
  • Il faut prendre le contrepied de ces tendances à long terme : ouvrir le marché des États-Unis aux produits d’Haïti et s’assurer que le peuple haïtien participe à la reconstruction du pays et touche un honnête salaire.

Solution simpliste ? Surtout, tient-on là le vice qui fait que nos anciennes colonies sont incapables de sortir de la pauvreté : elles sont bâties sur le principe que le gouvernant exploite le gouverné ?

La mariée était en noir

Film de Truffaut de 68.

Ça me semble surtout un exercice de style : comment tuer 5 acteurs fameux, sans répétition ? Solution : l'homme est un pantin entre les mains de la femme de ses rêves.

Complément :

jeudi 21 janvier 2010

Obama blues

Obama n’est pas celui que nous attendions : alors qu’il s’est dit l’homme du changement, il est incapable de leadership !

L’idée semble faire consensus. Et il l’a entendue. Il avoue qu’il s’est trompé : il a cru que son rôle était de prendre de bonnes décisions, selon un processus rationnel, et que la nation lui en serait reconnaissante.

Est-ce suffisant pour qu’il se transforme ? En tout cas, c’est un homme exceptionnel. Le fantasme de la décision rationnelle, « the one best way », affecte tous les dirigeants politiques et les patrons occidentaux. Mais aucun d’entre eux n’est à la veille de la moindre remise en cause.

Bretton Woods

Avant 1970, les taux de change étaient fixes. Cela ne permettait pas de déficits durables aux nations. Elles devaient modifier l’efficacité de leurs économies pour les compenser. Le système actuel semble s’auto ajuster : si un pays importe plus qu’il n’exporte, sa monnaie se dévalue et son économie gagne en compétitivité.

Ce qui n’était pas prévu, c’est que le déficit américain n’a pas entraîné un affaiblissement de sa monnaie, puisque les Chinois n’y avaient pas intérêt. La compétitivité de l’économie américaine peut donc s’affaiblir sans sanction, à moyen terme.

Plus curieusement, il a semblé que l’inflation avait disparu, qu’elle était contenue par les banques centrales, qui, de ce fait, laissaient leurs taux d’intérêt à un niveau faible. En fait, elle s’est déplacée de la consommation vers le patrimoine (bulles spéculatives).

Les réserves de change ont cru de 55% entre 1949 et 1969. Elles ont alors cru de 2000% entre 1969 et 2000. L’argent supplémentaire a été utilisé pour faire monter le prix des actifs, plutôt que celui des biens de consommation.

Compléments :

  • Par contre la zone euro est une zone à échange fixe : ce qui promet des ajustements douloureux à court terme.
  • Le rôle de ce système de taux de change dans notre crise : Devises. Et une raison de croire que le système serait vicié par construction : Paradoxe de Triffin.
  • L’article dont sont tirées ces considérations : Floating all boats.

mercredi 20 janvier 2010

Massachussetts

B.Obama avait beaucoup de mal à faire adopter ses réformes, or, il vient de perdre le sénateur qui lui assurait de ne pas avoir à discuter avec l’opposition…

Ce qu’il y a de curieux est qu’il s’agit du sénateur du Massachussetts, un état ultra-démocrate. Alors erreur tactique, les Démocrates ayant présenté une femme, pour des raisons de parité, les Républicains, un bon candidat, pour des raisons d’efficacité ?

Je tente une autre hypothèse. Les gouvernants veulent des « super majorités » ou des « hyper présidences » pour faire passer leurs réformes sans rencontrer les complexités affolantes de la démocratie. Ne savent-ils pas ce qui est bon pour le peuple ? Ce faisant, ils ne l'écoutent plus. Logiquement, dès que celui-ci le peut il démolit ces amorces de dictatures. Les politiciens, ne sachant pas gouverner dans ces conditions, crient à l'anarchie et cherchent à reconstituer leur avantage.

Compléments :

Aide aux pays pauvres

Comment faire qu’il n’y ait pas de nouveau désastre haïtien ? Comment ce désastre a-t-il été possible après des décennies d’aide ? Quelques remarques de David Brooks :

  1. Les pays pauvres qui se sont développés n’ont pas reçu d’aide.
  2. Aucun des types d’aides connus, aussi bien grandes subventions, que le pays n’est pas organisé pour recevoir, que micro-crédit, ne donnent de résultats significatifs.
  3. La question est culturelle : les peuples qui demeurent pauvres sont « résistants au progrès ».
  4. Solution : transformer cette culture en force, sans la respecter, en construisant des structures sociales « paternalistes ».

These programs, like the Harlem Children’s Zone and the No Excuses schools, are led by people who figure they don’t understand all the factors that have contributed to poverty, but they don’t care. They are going to replace parts of the local culture with a highly demanding, highly intensive culture of achievement — involving everything from new child-rearing practices to stricter schools to better job performance.

Voilà que le pays du laisser faire parle de « révolution culturelle » ! Le mal a un visage, c’est la « résistance au progrès ». Il faut la balayer par la force, par le recodage ethnique. (Au fait, qu’est-ce que le progrès ?)

Et si Haïti, comme les Indiens d’Amérique, n’arrivait pas à s’adapter à la culture occidentale dominante ?

Pour que le processus d’adaptation puisse commencer, il faut, comme au Japon, en Inde ou en Chine, qu’il y ait un minimum de désir collectif, qui ne peut exister que si un chemin de transformation acceptable pour le peuple est visible.

Le problème d’Haïti et des pays pauvres est certainement extrêmement compliqué. Mais, ce dont ils ont besoin, ce n’est pas d’une révolution culturelle, ni d’aide financière, mais d’une aide culturelle : de ce qu’Edgar Schein appelle des « process consultants », qui accompagnent les éventuels organes du pays ayant un peu de pouvoir dans la recherche d’un changement culturellement acceptable.

Compléments :

Coût de la justice

L’Angleterre se demande si elle doit faire une entorse à son principe du procès par jury.

  • Pour : dans certains cas les jurés coûtent cher à protéger.
  • Contre : le droit à être jugé par ses pairs est un des piliers de la société anglaise, il n’a pas de prix.

Qu'un quotidien libéral (The Economist), qui met les valeurs sociales en équations économiques pour montrer qu’elles méritent la poubelle, utilise un tel argument est inattendu.

Compléments :

  • Dans le prolongement des idées de The Economist, je pense que ce que cherchent les terroristes, c’est à détruire les valeurs démocratiques : Terrorisme.
  • A Trial by Jury.

Cours de manipulation

Comment manipuler une société ?

Il faut partir de ce qu’elle croit, et l’amplifier dans la direction voulue. On lui fournit donc des informations partiellement vraies. Le message doit être, si possible, « visuel » et « répété avec toujours le même type de langage et de discours ».

Mais c'est la peur qui met l'homme à votre merci. « C’est pourquoi la peur est devenue une partie aussi importante de nos moyens d’information, de notre industrie du loisir, et de plus en plus, de notre politique publique ».

La manipulation n’est pas tant une arme de terroristes, que celle des affaires, des journalistes ou des gouvernants ? La manipulation comme moteur de notre société ?

Compléments :

  • Est-ce pour cela que la grippe A a eu un tel succès ? Grippe médiatique.
  • Le mécanisme de la manipulation, correctement utilisé, sert au changement : Polémique.

mardi 19 janvier 2010

New York, New York

New York : « Le nombre de personnes ayant du mal à payer leur nourriture a augmenté de 60%, à 3,3m, depuis 2003 ».

« Plus de la moitié des foyers avec enfants de New York ont des difficultés à se procurer assez de nourriture », « un stupéfiant un cinquième des enfants de la ville (…) dépend des soupes populaires ». « un nombre surprenant de New yorkais est vulnérable, presque 20% d'entre-eux ne pourraient pas se payer leur nourriture s’ils perdaient leur travail ». The Big Apple is hungry.

Question. Le modèle libéral, dont l’Amérique semble le plus fidèle exemple, ne mérite-t-il pas quelques aménagements ?

Compléments :

Polémique

La « bonne polémique » c’est « énoncer des propositions contraires aux convictions des intérêts régnants ». C’est l’essence d’une « littérature de combat (…) qui est combattante sans être combative ». Réflexion de Jean-François Revel, 1964, dans l’Express.

Cependant dans notre ère de « communication de masse », dans laquelle le polémiste « d’aujourd’hui doit se débattre au sein d’un océan de boue qui se referme sans arrêt au dessus de sa tête », « la polémique de fond doit aussi se faire polémique de ton ».

Il est vrai qu’être provoquant permet d’être entendu. (C’était déjà le cas au temps de Voltaire !) Mais cela sert-il sa cause ? La provocation augmente l’anxiété de survie. Mais elle ne dit pas comment conduire le changement. D’où le succès des « polémistes de droite », les conservateurs, dont on trouve les arguments admirables parce qu’ils justifient qu’il ne faut rien faire.

Jean-François Revel croit pouvoir dire que « malheureusement, dans notre Moyen-âge, notre tête est entrée dans l’ère de la preuve alors que notre cœur est resté dans l’ère de la force et du mensonge ». Erreur. Ce n’est pas notre cœur qui est en tort, mais notre tête : à un moment de notre histoire, elle s’est détachée de la réalité. Ce qui explique qu’elle puisse penser l'ignorer. Car, les « intérêts régnants » assurent l’équilibre de la société. Quand la tête croit pouvoir s’en abstraire, c’est la révolution.

S'il est utile de stimuler l’anxiété de survie de la population, pour réussir un changement sans bain de sang, il faut surtout savoir utiliser ce qui lui est favorable dans la culture de la société.

Compléments :

Jeanne Bordeau

Jeanne Bordeau a créé et dirige l’Institut de la qualité de l’expression. L’analyse de la presse est une de ses activités. La répétition des mots qu’elle rencontre lui donne l’idée de tableaux, dans lesquels ils se regroupent par affinité et forment une image qui est leur esprit commun. Surprenant moyen de synthèse (un exemple ancien).

Qu’est-ce que cela donne pour 2009 ? Incertitude, inquiétude et suivisme :

  • « une économie bouleversée (…) une absence de logique » ;
  • « le stress, plus encore que le suicide, arrive en force » ;
  • la crise « la presse hésite et se divise entre pessimisme et optimisme » ;
  • « tout est « éco » » ; communication : « l’usager devient un directeur de programmes » ;
  • la politique comme théâtre « gauche (…) dont on n’arrive pas à faire émerger les propositions », « la sphère présidentielle se resserre (…) royauté » ;
  • la société : « on doit tout savoir, tout comprendre, tout pouvoir », « nous sommes pris en main par des « guides » et des « coachs » », « le business est partout » ;
  • « décèle-t-on (…) une véritable politique culturelle ? (…) L’absence de perception en la matière interroge sur la capacité de la France à conceptualiser sa culture » ;
  • les verbes : « la crainte (…) et le mouvement » ;
  • les femmes : « elles sont tout à la fois » mais rien en particulier.

lundi 18 janvier 2010

Défendre la démocratie

Reprenant un thème de ce blog, The Economist constate que l’autoritarisme est de plus en plus sûr de soi, que la démocratie est partout critiquée. Comme moi, il pense qu’il faut en démontrer l’efficacité supérieure. Mais pas grand-chose de neuf dans son argumentaire :

  • Je continue à croire que ce qui fait la force de la démocratie est sa capacité à mobiliser tous les talents d’une nation, et que ce qui fait l’échec des démocraties, c’est qu’elles ne se comportent pas comme si elles en étaient : elles sont victimes d’idéologies.
  • Comme J.S.Mill, je crois que la démocratie est une question de culture et d’apprentissage. Ce qui explique les difficultés d’Haïti et de l’Afghanistan, par exemple, à trouver un modèle démocratique efficace.
  • The Economist, bizarrement, pense que la démocratie est liée à l’économie de marché (« la démocratie n’a jamais duré dans des pays qui n’ont pas des économies de marché »). Ce n’était pas l’image que j’avais de la Grèce, ni ce que je retire de mon expérience. Il me semble en effet qu’une entreprise qui fonctionne efficacement, le fait selon la « volonté générale » ; que la « résistance au changement » est justement la manifestation de cette volonté (contrariée). Il n’y a pas rejet du concept de démocratie mais de la manière de le mettre en oeuvre, en particulier du modèle anglo-saxon individualiste, matérialiste et commercial ? Il faut adapter la démocratie à chaque culture ?

Complément :

Obama bilan

Que penser de la première année de Barak Obama ? se demandent les journaux.

  1. En ce qui concerne les réformes internes, ça passe, mais pas de manière optimale. Il est trop loin du ballon, en d’autres termes, il ne contrôle pas suffisamment le changement.
  2. À l’extérieur, sa politique de main tendue a été un échec.

M.Obama apparaît comme un calculateur froid, un homme de techniques, de montages théoriques élégants, pas un homme de sentiments. D’ailleurs, il n’hésite pas à frapper militairement quand il le faut. Pour moi, ces échecs, qui ne compromettent en rien ses chances, font partie de son apprentissage.

Par contre, je soupçonne toujours que sa principale faiblesse est une ambition modeste pour l’Amérique, et surtout un excès de confiance en son intellect. D’où à la fois des plans d’action simplistes et un manque de contrôle de (d’engagement dans) leur mise en œuvre.

Compléments :

Furie

Film de Fritz Lang de 1936.

Début de la période américaine, très proche de M. le maudit, mais aussi du muet : importance des visages, foules démentes, Spencer Tracy en sorte de Dr Jekyll et happy end concession aux usages américains ? En tout cas très réussie.

dimanche 17 janvier 2010

Voile et loi

Faut-il interdire le voile intégral par la loi ? J’ai entendu hier, sur France Culture, un reportage qui m’a plu :

On y suivait le travail de la commission parlementaire qui examine le sujet. Pour une fois, j’ai entendu des gens qui semblaient avoir des convictions. On sentait de l’émotion. J’avais fini pas croire que les politiques n’étaient que de froids calculateurs, qui obéissent, au mieux, à des idéaux théoriques. Surtout, le groupe semblait réellement chercher une solution à une question qui le préoccupait, et non vouloir imposer je ne sais quelle idée préconçue. Les experts n’étaient pas là pour dire la loi, mais pour proposer des outils et signaler des contraintes. De la différence ne surgissait pas l’affrontement mais l’idée. Enfin un débat digne de ce nom ?

Je me suis demandé si ce n’était pas une leçon donnée à ceux qui, comme M.Peillon, refusent la discussion quand ils croient y voir une manipulation : toutes les manipulations peuvent être retournées contre leurs intentions ; et, si l’on ne parle pas, on ne peut pas être entendu. Mais encore faut-il avoir quelque chose à dire.

Qu’en tirer sur le fond ? Ce voile me semble poser des difficultés quotidiennes au fonctionnement de la société : à l’Éducation nationale, aux hôpitaux, à l’état civil, etc. Et peut-être aussi à l’assistance sociale : dans certains cas, il semble pris sous la contrainte - c'est une atteinte à la liberté de l'individu.

Il y a alors conflits. Ne serait-ce pas ces conflits qu’il faudrait apprendre à traiter avec tolérance, mais aussi dans le respect des règles qui organisent la société ?

Au fond, n’est-ce pas le problème que révèle le voile : une désagrégation du lien social, qui laisse se former des communautés hostiles ?

Compléments :

Déclin du Front National

Pourquoi les thèses du FN ne sont-elles plus goûtées par le Français ? Curieuse explication :

Parce qu’elles sont maintenant défendues par le pouvoir et que le Français s’en méfie.

C’est ce que j’appelle le « théorème de Parmentier » : si le gouvernement désire que le peuple fasse quelque-chose, il doit le lui interdire.

Raison ou pas

Mes réflexions sur Claude Lévi-Strauss me ramènent à une idée qui m’est venue en lisant Gregory Bateson, et qui m’est revenue avec Heidegger : n’est-il pas idiot d’utiliser la raison pour montrer qu’elle est malfaisante ? C’est idiot, mais ça ne ridiculise pas leur travail :

  • Penser que la raison est nuisible n’est pas plus défendable que croire que l’homme n’est que raison. Il y a des choses qui le dirigent et qu’il ne comprend pas (les lois de la société). Mais s’il se laisse diriger en renonçant à comprendre, il se fera manipuler.
  • De même utiliser la raison pour l’amener à ses limites me semble n’avoir rien de contradictoire, cela montre, justement, qu’un monde de raison est utopique.

Compléments :