samedi 20 août 2011

Amy Winehouse et le storytelling

« elle vit son personnage jusqu'à ce que mort s'en suive. » L’art d’Amy Winehouse, comme celui de tous les artistes maudits, est le « storytelling », dit Jeanne Bordeau, dans sa lettre.

Ce qui rejoint une de mes anciennes idées : les gens exceptionnels (notamment les scientifiques) vivent aux extrêmes de la société, et « rationalisent » ce qu’ils voient. Dans ce métier, être déglingué est un avantage déterminant.

Mais décrivons-nous ce que nous vivons, ou ce que nous aimerions vivre ? Il semble qu’Amy Winehouse ait eu plus de prise sur son avenir dans ses chansons, que dans sa vie… (An Appraisal: For Winehouse, Life Was Messier Than Music)

Assureurs et effet de serre

L’effet de serre provoquerait une augmentation des catastrophes naturelles. Or, celles-ci sont désormais assurées.

Mais, les assureurs ont investi leur argent dans des entreprises qui émettent 90% du CO2 français… Leur politique d’investissement pourrait-elle avoir un impact direct sur leurs coûts ? (Assurances : gestion des risques naturels garantie ?)

Faillite de la raison

Paul Watzlawick raconte la curieuse histoire suivante :
  • Soit un enseignant qui annonce à ses élèves une interrogation surprise la semaine prochaine.
  • Ses élèves lui répondent que c’est impossible : si elle n’a pas été exécutée avant jeudi, elle ne pourra pas l’être vendredi, puisqu’elle ne serait plus surprise. Du coup, idem pour jeudi, et ainsi de suite jusqu’à lundi.
  • Mais, si les élèves sont convaincus qu’elle ne pourra pas avoir lieu, alors il y aura surprise.
La raison, de l’individu, aboutit à des absurdités et ne peut prétendre à mener le monde ?

Compléments :

vendredi 19 août 2011

Nouveau modèle de régulation monétaire ?

Nous avons abandonné l’étalon or il y a 40 ans, pourtant l’Europe l’a réinstauré avec l’euro. Grave erreur ? Cependant, c’est la fluctuation des taux qui rend la spéculation endémique et qui a produit notre crise. « Par contraste, il n’y a pas eu de bulle financière pour ainsi dire pendant l’ère Bretton Woods et (…) pratiquement aucune crise financière. » (Forty years on)

Bref, il faut inventer un nouveau modèle de régulation mondiale.

Pourrait-il être celui qui a cours au sein des nations ? Vers une fédération mondiale ? La main invisible du marché est-elle l’ennemi du nationalisme ? 

De l’intérêt de l’eurobond pour l’Allemagne

L’Angleterre emprunte à taux négatif (-2%), entendais-je dire ce matin à la BBC. Elle gagne de l’argent en s’endettant !

Phénomène paradoxal : l’endettement de l’Occident inquiète les marchés qui se jettent sur tout ce qui semble un peu sûr, à savoir l’or, la dette anglaise et américaine. À cela s’ajoute l’inflation, relativement élevée en Angleterre.

Mais alors, et si le bon sens allemand était erroné ? La BCE, en maintenant des taux élevés, empêche l’inflation. S’il existait des eurobonds, la finance mondiale se détournerait de la dette américaine pour les acquérir, et, qui sait ?, les amènerait à un taux inférieur à celui des obligations allemandes…

Compléments :
  • En fait, ce raisonnement, outre qu’il est à court terme, oublie un phénomène psychologique majeur : l’homme aime mieux perdre que de gagner, si un autre profite de la situation en trichant. Il est possible que certains Européens préfèrent un cataclysme, plutôt qu’une prospérité injuste. (Ce phénomène se voit à l’œuvre dans la constitution du groupe humain : l’entente interne prime la survie du groupe : SCHEIN, Edgar, Process Consultation Revisited: Building the Helping Relationship, Prentice Hall, 1999.)

J’ai rencontré le diable

Film de Kim Ji-woon, 2010.

Ça commence comme finissent beaucoup de films de tueurs en série, et ça s'emballe...

Je me suis longuement demandé si la violence du film n’était pas gratuite, et si je ne m’étais pas égaré dans cette salle de cinéma.

Au fond, c’est une sorte de combat, qui a ses règles, et, comme à la guerre, les pertes humaines ne sont qu’un aspect secondaire de la question. Bataille pour la sauvegarde de la société, contre un ennemi de l’intérieur qui prétend la nier ? Est-ce cela un diable ? 

jeudi 18 août 2011

Facebook arme du révolutionnaire

2 jeunes Anglais ont été condamnés à 4 ans de prison pour avoir utilisé Facebook pour appeler à l’émeute, sans résultat. (La BBC, hier.)

L’intention des juges, applaudis par leur gouvernement, est de terroriser les utilisateurs de médias sociaux (England riots: pair jailed for four years for using Facebook to incite disorder | UK news | guardian.co.uk).

Curieusement cet épisode m’en rappelle un autre. Alors que notre révolution de 89 était une systématisation de ses idées démocratiques, l’élite anglaise a eu effroyablement peur qu'elle ne contamine son petit peuple. Elle lui a immédiatement serré la vis. Ce qui aurait amené la dissolution de ses structures sociales et sa transformation en « classe ouvrière ».

Dans l’inconscient collectif anglais, le printemps arabe aurait-il évoqué le spectre du sans-culotte ?

Compléments :
  • THOMPSON, E.P., The Making of the English Working Class, Vintage Books USA, 1966. 
  • Note postérieure. Le Monde semble confirmer mon hypothèse : les juges sont issus de l'establishment et statuent en fonction de ses intérêts. 

Choix de l’enfant unique et implications

Avoir un enfant à la fois est l’expression ultime de la qualité. Il entraîne un énorme investissement parental dans la progéniture puisque si vous la perdez, vous avez tout perdu. Souvent, aussi, il implique l’appartenance à un groupe social, au sein duquel des services peuvent être échangés, de façon de répartir la charge de la paternité. De manière plus hypothétique, il pourrait même signifier un certain degré d’intelligence.
Une réflexion sur les plésiosaures. A loving mother

La princesse de Clèves

Livre de Madame de La Fayette.

J’attendais le style de Mme de Sévigné ou du duc de Saint Simon. J’ai été déçu.

Histoire d’une malédiction. Mme de Clèves et M. de Nemours sont frappés d’une « inclination » réciproque. Affrontement entre sentiments et conventions sociales. Situation à la Corneille.

Portrait d’une haute aristocratie qui vit entre soi dans une totale oisiveté, ne s’occupe que de ragots ridicules et d’histoires de cœur d’adolescents, est incapable de garder un secret et ment comme elle respire. 

mercredi 17 août 2011

Rationalité de l’émeute

En ce qui concerne les émeutiers, l’opinion du scientifique diffère de celle du gouvernement anglais. (Rabble with a Cause: Were the London Riots a Spontaneous Mass Reaction or a Rational Response?: Scientific American) :
  • Une émeute ne naît pas spontanément. Il faut au préalable qu’un groupe de personnes développe une identité commune (par exemple elles se sentent victimes d’une injustice sociale). Un événement fortuit peut révéler aux membres de ce groupe qu’ils ne sont pas seuls. C’est à ce moment que se déclenche une manifestation.
  • La police intervient alors. Si elle a un comportement hostile, ce qui est généralement le cas, le manifestant, originellement pacifique, s’estime en situation de légitime défense. Il devient un émeutier.
Compléments :
  • Modélisation assez crédible du printemps arabe et de la naissance du Tea Party...
  • L’écoute de la BBC me fait penser qu’il y a de grandes différences culturelles entre la France et l’Angleterre : j’entends sans arrêt parler de manifestants dénoncés par leurs parents… 

Utilité de l’Europe pour l’Allemagne

Le correspondant européen de la BBC considère avec tristesse l’économie souterraine de Naples. Il existe des cultures qui ne sont pas fiables, autant ne pas s’y lier. Attention aux eurobonds MM les Allemands.

Depuis quelques temps BBC 4 s’afflige aussi du sort de la Suisse. Les investisseurs ne pouvant plus parier sur la santé allemande par le biais du mark, ont pris le franc suisse comme équivalent (de même qu’ils jouent sur la Chine par le biais du dollar australien). L’économie suisse étouffe sous le joug de ce franc surévalué.

Mais, alors, et si les Allemands profitaient d’un euro dévalué, par rapport à ce que mérite leur propre économie ?

Compléments :
  • L’endettement de l’Allemagne devrait baisser rapidement : des eurobonds un peu surévalués par rapport à ce qu’ils seraient si le pays était indépendant seraient-il un si grand malheur ?
  • Curieusement le correspondant ne parle pas de l’Allemagne de l’est. Pour avoir voulu la hisser à son niveau, l’Allemagne de l’ouest a frôlé la faillite. Et, en dépit d’investissements colossaux, l’Allemagne de l’est est toujours aussi peu dynamique. Plus terrible que Naples ? (Histoire récente de l'Allemagne)

Monde de sucre

La culture du sucre a été le moteur de l’économie et de l’Europe du 17ème au début du 19ème siècle.
à la fin du 17ème siècle, les revenus tirés d’une plantation de cane à sucre de 80 hectares, et de son usine, suffisait au train de vie d’un duc anglais. (…) un siècle plus tard le commerce avec la seule Jamaïque valait plus que tout le commerce avec l’Amérique du Nord.
C’est pour cela que la France a abandonné le Canada et que l’Angleterre ne s’est pas accrochée aux USA… (Sweet and rich)

mardi 16 août 2011

Google et Motorola

L’acquisition de Motorola Mobility par Google pose de curieuses questions.
  • Il semble que Google ait surtout voulu acheter les brevets de Motorola, plutôt qu’un fabricant de téléphones mobiles. Les défenses d’Android n’étaient probablement pas suffisantes pour résister aux poursuites en justice d’Apple.
  • La bataille des TIC se jouerait sur le terrain de la mobilité « intelligente », avec Apple en leader.
  • Cet achat ne signe-t-il pas la mort des développeurs de systèmes d’exploitation ? Plus exactement, ne vont-ils pas adopter le modèle Apple ? (Fabricant et éditeur.)
  • Google sera-t-il capable d’absorber un fabricant de matériel ? Si non, ne devrait-il pas conserver les brevets et se débarrasser des téléphones ?
Compléments :

Le pauvre aime aider le riche

Résultat curieux : les pauvres tendent à s’opposer à l’intervention de l’État. Pourquoi ? Parce qu’ils craignent qu’elle profite à plus pauvres qu’eux. Étrangement, ça les amène à préférer donner à plus riche qu’à plus pauvre ! (Don’t look down)

Warren Buffett au secours de l’État

J’entendais ce matin la BBC citer M.Buffett qui aurait dit qu’un milliardaire comme lui pourrait payer plus d’impôts, qu’il ne rimait à rien que les riches soient privilégiés alors que la classe moyenne qui se bat en Afghanistan ne l’est pas.

M.Buffett est-il l’hirondelle qui fait le printemps ? Ce type d’arguments va-t-il commencer à concurrencer ceux du Tea Party ? (Plus généralement, début de reflux de la vague libérale ?)

France : confusion des partis politiques

Nos partis politiques nous représentent mal. Aurais-je trouvé une explication à ce paradoxe ? Le film de ma réflexion.
  • Des chercheurs constatent que le Français serait une sorte d’individualiste solidaire, un entreprenant aux idées « progressistes ». Ça n’a rien à voir avec ce que nos partis disent de nous.
  • Ses valeurs correspondent à celles d’un parti disparu : le parti radical.
  • Un portrait de la France fin dix-neuvième montre ce parti encastré entre une forme de PS, et une forme d’ultra libéralisme économique, apparemment plus extrême que son équivalent anglo-saxon moderne.
  • J’ai soupçonné que le Gaullisme avait repris les idées d’un radicalisme à bout de souffle. Que J.Chirac ait des idées radicales en serait-il une confirmation ?
D’où mon hypothèse du moment : nos idées auraient peu changé depuis le dix-neuvième ; mais nos partis ne disent pas ce qu’ils sont. En gros :
  • le PS est correctement situé,
  • les Gaullistes devraient être en position radicale, c'est-à-dire centrale. Dans cette hypothèse, leur rôle est de faire que le pays n’explose pas sous les rivalités idéologiques extrêmes (« Rassemblement pour la République » correspond bien à ce programme),
  • N.Sarkozy n’est pas un Américain égaré, comme je l’ai cru à tort, mais un représentant d’un courant libéral historique. Ce courant représente probablement les professions « libérales » et un grand patronat qui a peut-être disparu avec la guerre (pour cause d’obsolescence de ses usines ou de collaboration ?).
Compléments :
  • Sur l’obsolescence de l’industrie : WORONOFF, Denis, Histoire de l'industrie en France, du XVIème siècle à nos jours, Seuil, 1998.

lundi 15 août 2011

Morale Angleterre

David Cameron part en croisade contre les moeurs dissolues de l’Angleterre. Cela tombe bien, c'est un homme pour qui la morale compte.

Alors, même effet que les émeutes de 2005 pour N.Sarkozy ? Parler de morale fait gagner la droite ? (After the inferno)

Réaction inattendue, et violente. L’exemple de l’immoralité vient d’en haut : politiques qui mentent, qui fraudent, qui donnent une seconde chance aux malfaiteurs de News of the world (alors que les pilleurs n’en auront pas), ultrariches qui se moquent du fisc anglais… (Et si l'élite britannique avait inspiré les émeutiers anglais ? La Tribune)

Cela semble confirmer le point de vue d'un de mes précédents billets : l'Angleterre a besoin d'une révolution culturelle. (Est-elle la seule ?)

Enquête sur Standard and Poor's

Standard and Poor's juge que l’irresponsabilité politique ambiante fait courir des risques à l’Amérique. Identifier les facteurs structurels de danger semble être de sa responsabilité (Substandard and Poor).

Bizarrement, la SEC s’est brutalement intéressée à ses méthodes de calcul, alors que jusque-là elles l’avaient laissée indifférente. Et l’on découvre un délit d’initié qui pourrait coûter sa licence à l’agence. (Le Figaro - Flash Eco : Enquête sur Standard and Poor's)

Tentative d’intimidation ? Faciliter une crise, très bien, mais s’en prendre aux USA, inacceptable ?

Grèce irresponsable ?

Le plan grec de rigueur est-il de la poudre aux yeux ?

Sa mise en œuvre avancerait doucement, mais il y aurait de la bonne volonté… (Keep calm and carry on)

Résistance innée

« Ces découvertes sont consistantes avec des études précédentes qui montrent que les conservateurs sont plus sensibles (que les libéraux) aux menaces, plus résistants au changement, et plus susceptibles de voir le monde comme un endroit dangereux – tout cela sous-entendant une certaine forme d’attitude négative, qu’elle soit par rapport au passé, au présent et au futur. »

Le plus curieux est que ces différences correspondent à une attitude inconsciente par rapport à l’existence en général, et non à une opinion rationnellement élaborée concernant la politique, en particulier. (The Ideology of No)

Peut-être ce résultat s’applique-t-il aussi au changement : des gens sont par nature contre et d’autres pour ?

Compléments :
  • Cela ressemble aussi beaucoup aux travaux de Martin Seligman sur l’optimisme et le pessimisme. Une forme d’attitude câblée dans l’inconscient teinte l’interprétation de nos expériences. (SELIGMAN, Martin, Learned Optimism: How to Change Your Mind and Your Life, Free Press, 1998.)
  • Et si on avait là un moyen de faire des sondages fiables? Il suffit de mesure l'attitude d'une personne à la vie pour savoir comment elle va voter ?

dimanche 14 août 2011

Pour une nouvelle récession ?

Les journaux anglo-saxons ne parlent que de « double dip », d’une nouvelle récession pour les USA, mais aussi pour l’Europe.

La cause : la rigueur. Roosevelt avait déjà fait l’erreur en 37. Il a voulu réduire le déficit d’une Amérique qu’il croyait sauvée. Elle a alors replongé dans la crise.

Curieusement, un article dit que c’est peut-être cette crise qui a sauvé l’Amérique. (Financial Aftershocks With Precedent in History - NYTimes.com)

Raisonnement systémique ? Pour sauver le patient, il faut prendre le bon sens à contre-pied ? Et si la crise était une question de comportements dangereux (notamment des financiers) que seule une crise pouvait amener à se réformer ? (cf. billet précédent.)

Compléments :

Rumeur et spéculation

Les bourses auraient été sauvées par l’interdiction du « short selling », vente à découvert. L’efficacité de la mesure indique-t-elle qu’il y avait bien une vigoureuse spéculation ? (Avait-elle en partie la France pour origine ? Quid de la SG ? N’est-elle pas le spécialiste français des produits dérivés ?)

Deux observations, sous forme d’hypothèses :
  • La succession de crises que nous vivons ressemble à ce que décrit Galbraith au sujet de la crise 29. Les opérateurs financiers cherchent des cibles sur lesquelles, sans se parler, ils puissent coordonner un mouvement spéculatif (ceux qui l’enclenchent, et sortent à temps, ont beaucoup à gagner). Il était logique que l’Italie suive l’Espagne, et que la France suive l’Italie. Cette thèse est progressivement apparue dans les journaux économiques (ce blog fut-il un précurseur du mouvement ?), fournissant un signal d'attaque.
  • Le système financier a échappé aux deux modes de nettoyage habituels : la faillite et la nationalisation. Il est donc toujours soumis à sa logique d’avant crise, qui lui demande de chercher des bénéfices irréalistes. La spéculation est le seul moyen rationnel d’agir.
Compléments :

Les diaboliques

Livre de Barbey d’Aurevilly.

Nouvelles interminables. Les personnages font des dissertations épuisantes sur des sujets qu’eux seuls trouvent profonds. Histoire curieusement caricaturales, comme celle de cette duchesse espagnole, tellement pourrie qu’un de ses yeux tombe au sol, et que l’autre fond.

Étaient-ce les mœurs, coincées ?, de l’époque, qui produisaient le fantasme de femmes mystérieuses et diaboliques ? Le noble, qui n’était plus soldat, se perdait-il, comme on le voit ici, dans une oisiveté sans fin, et dans le jeu, en particulier ?