samedi 2 avril 2011

Contrôler une entreprise à distance

Comment faire qu’une partie d’une organisation, éloignée du cœur de son activité et promise à la fermeture, ne sombre pas dans la dépression ? m’a-t-on demandé il y a quelques jours.

Comme d’habitude, je réponds qu’il faut procéder à un exercice de « socialisation ». Lorsqu’un groupe humain se soude autour d’expériences réussies, vécues en commun, ses composants peuvent s’éloigner les uns des autres sans perdre leur motivation pour l’intérêt général. Il se trouve qu’Henry Mintzberg, que je lis actuellement (Structure et dynamique des organisations), dit comme moi. Et il explique que c’est ainsi que procède la CIA pour s’assurer que ses agents servent fidèlement leur pays.

En fait Mintzberg et moi avons tort. Dans « Réforme de l’ISF : marché de dupes » (Les Echos du week-end dernier), Philippe Villin, reprenant une argumentation aussi vieille que le monde, explique que si l’on est méchant avec les riches, ils iront à l’étranger, et qu’il vaut mieux avoir des riches qui paient peu d’impôts que des « artisans taxis et chauffeurs de bus ». Autrement dit le riche n’est pas « socialisable ».

Compléments :
  • Curieusement, les riches anglais, eux, le seraient. Le riche français seul apatride ?
  • Par ailleurs, même asocial, le riche a peut-être des intérêts locaux ?

Éthique et responsabilité sociétale

Je reçois un mail du dirigeant d’un club d’éthique d’une association d’anciens élèves me proposant un diagnostic RSE gratuit, fait par sa société.

Image même des contradictions de notre société ? Instrumentalisation des organes devant servir l’intérêt général (une association) au profit d’un individu ? Et, en plus, le dit individu se proclame le grand inquisiteur de l’Éthique et de la Responsabilité sociétale !

Tartuffe est ridiculisé ?

Supermarché et alcoolisme des mineurs

Caisse de supermarché. Un adolescent veut s’acheter une canette de bière. Une cliente la fait passer parmi ses courses. La caissière s’en rend compte et fait la leçon au jeune homme.

J’ai trouvé cette caissière admirable. Elle est mal payée, on exige d’elle, sans lui donner un kopek supplémentaire, de faire respecter une loi qui lui demande d’entrer en conflit avec son prochain. Et ce alors que les deux bobos de l’établissement (la cliente et moi) ne font rien, et facilitent le crime (la cliente).

On pourrait dire de même des gendarmes ou des soldats, ou des personnels qui jouent leur vie pour éviter que la centrale nucléaire de Daïchi ne nous explose à la figure.

Au fond la société est montée à l’envers. Les braves sont en bas, et méprisés, les lâches sont en haut, riches et estimés. Comment en sommes-nous arrivés là ? Nicolas Sarkozy a-t-il raison : « guerre des idées » ? Ceux qui l’ont gagnée sont ceux qui ont manipulé le cerveau de leurs semblables ?

vendredi 1 avril 2011

L’Angleterre attire l’entreprise

Le gouvernement anglais va amener le taux d’imposition des entreprises locales à 23%. D’après un interviewé de la BBC, ceci devrait avoir le même effet qu’en Irlande : attirer des entreprises étrangères et créer de l’emploi. (En le prenant, donc, à d’autres pays.)

Curieux. L’Europe semble croire que ses membres doivent évoluer de concert, et pourtant cette nouvelle la laisse indifférente. Il est vrai que l’Angleterre n’appartient pas à la zone euro.

Compléments :
  • Un autre aspect étrange des réformes anglaises est qu’elles font subir un plan de rigueur féroce au peuple tout en améliorant le sort des entreprises, et que cela ne semble pas susciter de grandes émotions. 

Entreprise irresponsable

Aux USA, au moins, on reconnaît de plus en plus à l’entreprise les mêmes droits qu’à un homme.

Mais attention à ne pas aller trop loin. Car alors, on lui demanderait aussi, comme on le fait avec tout homme, d’être responsable. Et cela c’est antinomique avec son intérêt. (Peculiar people)

jeudi 31 mars 2011

Thèmes du mois

Morale et panique

Qui survit aux naufrages ? Lusitania : jeunes hommes ; Titanic : femmes et enfants. Dans le premier cas, le bateau a coulé en 18 minutes, dans le second en 2h40. Les règles sociales demandent du temps pour agir. Dans la précipitation, c’est le plus fort qui gagne. (The Science of Chivalry)

En serait-il de même pour les changements sociaux ? Au début, les individus qui possèdent un avantage, les « oligarques »,  ont le dessus, puis la rationalité sociale reprend ses droits ? 

Le moteur électrique fait des pas de géants

Il semblerait que l’on pourrait bientôt disposer de batteries pour voitures électriques qui se chargeraient en quelques minutes. (Highly charged)

Je suis frappé par les progrès que semble faire le moteur électrique depuis quelques temps. Illustration de notre capacité à innover quand les circonstances le demandent ? En creux, illustration du pouvoir de nuisance des industries installées ?

Diversification et concentration

Décidément le monde de l’entreprise est celui de la mode.
  • Dans de nombreux secteurs la bourse dit que les groupes valent moins que leurs entreprises composantes. Du coup, les groupes sont décomposés.
  • Dans d’autres (high tech et pays émergents), c’est le contraire.

Quand la raison reprendra-t-elle ses droits ?

mercredi 30 mars 2011

Courroie de transmission syrienne

Si le régime syrien disparaissait cela couperait la chaîne de transmission de l’influence iranienne vers le Hezbollah et le Hamas.

Nouvel exemple d’interdépendance entre régimes autoritaires de la région (cette fois-ci, le courant chiite). 

Pourquoi nous appauvrissons-nous ?

Depuis maintenant longtemps, la productivité de l’entreprise et les revenus du capital progressent beaucoup plus vite que le salaire de l’employé. Explications avancées :
  • L’économie basculerait de la consommation à l’exportation (capital plutôt que salaire).
  • L’élite sait profiter de la globalisation, alors que la masse est scotchée à sa nation.
  • Le progrès favorise les hautement qualifiés.
  • Pour stimuler l’économie, les banques centrales ont subventionné le secteur financier, ce qui a permis à ses membres de s’enrichir considérablement, au détriment de leur prochain.

Zones économiques prioritaires

Pour compenser le chômage que va créer les réductions d’effectif de son administration le gouvernement anglais va accorder des faveurs aux entreprises qui s’installent dans les zones les plus touchées. Une fois de plus, l’investissement est faible (100m£ sur 5 ans).

À cette occasion, contrargument intéressant : ce type de mesure n’attire que les opportunistes, surtout cela nuit à l'entreprise qui s'y implante : elle se coupe d'un voisinage économique stimulant. (Tarzan's return)

Pour que cette mesure fonctionne, il faut beaucoup de moyens ? Il s’agit de créer un tissu économique réellement performant ?

mardi 29 mars 2011

Économie française : entre haute administration et Europe

J'ai écouté une présentation portant sur l’avenir de l’industrie. Ce que j’en retiens est que notre économie est prise entre le Charybde de notre administration et le Scylla de celle de l’Europe.
  • L’histoire récente de la France est celle d’un cercle vertueux devenu vicieux. La haute administration régit tout en France. C’était bien après guerre, mais dès la crise de 74, elle a voulu règlementer l’économie, accordant les augmentations de prix en fonction de celles des coûts des composants, demandant d’absorber les croissances de charges sociales et de frais généraux par des gains de productivité, et réglementant le crédit (les lignes de crédit étaient accordées par la banque de France aux entreprises !). Ce faisant elle a étranglé l’entreprise. Puis c'est la globalisation. Contrairement aux autres pays européens, qui ont voulu s’adapter aux nouvelles règles de concurrence (les charges sociales sont devenues des impôts ou une TVA), la France a cru pouvoir continuer comme avant. Tout a changé sauf l’État, ou plutôt la haute administration qui ne voit pas pourquoi elle se transformerait puisqu'elle est heureuse : elle continue à diriger la politique, les ministères, les grandes entreprises et même la chambre des députés ! Cette « oligarchie » a, de surcroit, commis quelques erreurs. Notamment, elle a cru que l’industrie était morte, et que le service la remplacerait. Quel service ? Aucune idée. Mais n’était-ce pas ce que disaient les Anglo-saxons ? Elle n’a pas non plus vu que l’entrée dans l’euro demanderait de trouver un substitut aux mécanismes de dévaluation compétitive qu’elle avait utilisés jusque-là. Aujourd’hui, l’ajustement se fait par le chômage.
  • À cela est venu s’ajouter l’Europe qui, elle aussi, est figée dans ses certitudes depuis 20 ans. Elle se veut un modèle en tout : bien pensance d’un côté et ouverture à la concurrence de l’autre. Elle s’impose donc des coûts et des contraintes (démesurés) que n’ont pas ses concurrents.
Dans ces conditions, on peut se demander comment l’industrie, et l’entreprise, française peut survivre. Elle a colossalement perdu en compétitivité par rapport à celle des autres pays européens, et sa capacité d’investissement a fondu. Elle souffre d’une mauvaise image, faute d’avoir profité comme l’industrie allemande de campagnes de promotion. Mais, fait des produits de qualité, est présente dans 75 des 100 « technologies clés », et surtout a un savoir-faire essentiel pour répondre aux besoins émergents du monde. Bref, cultivons notre jardin. En espérant que notre élite dirigeante n’aura pas l’idée de le sulfater. 

Lybie et armée européenne

Curieux comme les crises révèlent les valeurs éternelles des peuples.
  • L’Allemagne retrouverait son pacifisme instinctif. La France et l’Angleterre rejoueraient Suez, 1956. Mais la première n’aurait pas voulu de l’OTAN proposé par la seconde, et la seconde aurait refusé le leadership de l’UE que voulait la première.
  • L’affaire révèle qu’en termes de défense européenne, il n’y a que la France et l’Angleterre qui vaillent. Si elles vainquent en Libye, le rapprochement de leurs armées pourrait s’affirmer. Sinon c’est reparti comme en 56 ? (A force for good)

Loi de puissance

Il semblerait que la loi de probabilité associée à un monde non régulé (marchés financiers, automobilistes laissés à eux-mêmes, terroristes non coordonnés…) soit une « loi de puissance ».

Une telle loi a pour caractéristique que des événements de dimension colossale peuvent s’y produire relativement fréquemment. Embouteillages, attentats massivement destructifs, personnes plus riches qu’une nation ou crises économiques. (The Mathematics of Terrorism | Math | DISCOVER Magazine)

Je me suis demandé si ce n’était pas ce qui s’était passé à Vélizy. Il y a quelques jours j’arpentais ses trottoirs défoncés et ses rues sans noms. J’ai été frappé par la ressemblance de ce que je voyais avec les zones où se groupent les gigantesques entrepôts de la grande distribution. Mais ici, les entrepôts contiennent des hommes. Curieux qu’autant d’entreprises s’y soient donné rendez-vous, forçant autant de voitures à polluer et à s’embouteiller. 

lundi 28 mars 2011

Avenir de la zone euro

Deux opinions semblent s’affronter.
  • Les économistes anglo-saxons estiment que la zone euro ne peut qu’exploser. Raisonnement mathématique : Portugal, Irlande et Grèce ont une dette qui s’accroit plus vite que leurs revenus. Quant à l’Espagne, sa santé dépend de ses exportations et la rigueur de ses voisins ne peut que la condamner à la faillite (Europe's industrial new orders: 3 very different stories | Angry Bear). À cela s’ajoute la volonté de la BCE d’augmenter son taux directeur, à contretemps. (Another year of living dangerously) Ils estiment que la rigueur est une mauvaise médecine et qu'il faut en revenir à Keynes. 
  • De l’autre, les continentaux semblent penser qu’il faut faire ce que l’on doit (rigueur) et ensuite on verra bien.
Qui a raison ? Je me demande si la première pensée n’a pas un bug. J’ai l’impression que l’économie fonctionne comme un trou noir, elle aspire la stimulation sans rien donner. Dans ce cas la pensée continentale serait plus juste : il faudra redémarrer l’économie à la manivelle. Mais la première théorie a alors probablement raison. On ne fera pas l’économie de nouvelles crises, donc ?

Compléments :

Syrie

La Syrie serait dominée par une minorité chiite représentant 6% de sa population. Face à la contestation actuelle, ses dirigeants hésiteraient entre réformisme et répression. L’avenir dépendrait de la détermination des manifestants. (Next on the list?)

Moyen-Orient et démocratie

En fait, je me demande si au Moyen-Orient les régimes autoritaires ne se donnent pas la main.

Par exemple, il y existe une grande quantité de pays où des Sunnites dominent des Chiites (cf. Arabie Saoudite). Ce qui permet à l’Iran d’être le Robin des bois de ces derniers.

L’installation de la démocratie peut donc avoir un effet domino : elle élimine la légitimité des autoritaires qui servaient de contrepoids aux opprimés.

Quelque chose de ce type pourrait se jouer en Palestine. Le Hamas serait menacé par un mouvement démocratique. Du coup, il a bombardé Israël, qui a immédiatement répliqué. Les protestataires se sont rangés du côté de la patrie en danger… (Not immune)

La rose et la flèche

Film de Richard Lester, 1976.

Sean Connery, en garnement vieillissant, en Audrey Hepburn, en femme de tête éternellement aimante, sont fort bons.

On patauge souvent dans la boue. La reconstitution se veut fidèle. Mais les sentiments ne sont probablement pas très moyenâgeux. Et pas très contemporains non plus : je ne suis pas certain que l’égalité des sexes tolère encore une telle division des tâches entre homme et femme. N’a-t-elle pas aussi liquidé toute possibilité d’histoire d’amour, qui, comme ici, doit avoir quelque chose d’impossible ?

dimanche 27 mars 2011

Évolution du rapport d’autorité

Ce matin j’entendais parler la BBC d’une nouvelle affaire concernant un homme d’église et des sévices sexuels sur enfants.

Un interviewé disait qu’à l’époque des faits les adultes étaient tout puissants, que les enfants ne pouvaient que se taire, et se sentir coupables.

Je me demande si ce n’est pas cette autoritarisme qui a conduit à la révolte de 68 et qui a fait penser aux enseignants qu’ils devaient être les amis de leurs élèves. Ce faisant ils ont causé beaucoup de dommages. Mais ils croyaient bien faire. 

Lybie : comment ça va se terminer ?

Difficile de savoir comment l’affaire libyenne peut s’achever.
  • La coalition va-t-elle parvenir à s’organiser sans se disloquer ? Ses moyens aériens vont-ils être capables d’aider les rebelles ?...
  • Cependant, il semblerait que le temps joue pour Kadhafi, si sa position n’est pas minée par des défections et s’il arrive à maintenir au moins match nul, il aurait les moyens de faire durer la situation. Et l’Algérie serait prête à le réarmer.
  • Alors faut-il aider le sort, en éliminant le colonel ? (Into the unknown)

Compléments :
  • « cette semaine, les Rafale qui survolaient la Lybie étaient ceux que les Français ont récemment essayé de vendre à Mouammar Kadhafi ». Un avertissement au Brésil ?

Avenir de l’Égypte (suite)

Réponse au billet précédent. Ce qui semble se dessiner en Égypte. 
  • Un début de démocratie : vote concernant la constitution, une première. L’armée devrait retourner à ses casernes. 
  • Et les mouvements politiques les mieux organisés devraient avoir l’avantage, au moins à court terme (islamistes plutôt que démocratiques, ces derniers étant plus familiers des réseaux sociaux que des relations humaines). (Yes they can)

Contestation sans leaders

Le peuple égyptien a renversé son gouvernement, spontanément, mais faute d’organisation, il ne peut pas aller plus loin. (Egypt’s Facebook revolution faces identity crisis - The Washington Post.)

Tocqueville (Souvenirs) raconte une histoire similaire concernant la révolution de 1848. Le peuple français est le plus fort, mais ne peut prendre le pouvoir, car il ne sait pas gouverner.Gouverner est un métier, il faut y avoir été préparé.

Le seul moyen pour que le Moyen-Orient ne sombre pas dans le chaos serait-il qu'un parti formé pour gouverner se débrouille pour ne pas susciter l’opposition spontanée de la population ? Forte incitation à diviser pour régner ?