mardi 3 janvier 2012

TVA sociale (suite)

J’entends France culture dire, ce matin, que tout le monde est contre la TVA sociale.

Les syndicats : augmentation du coût de la vie ; un économiste : le problème n’est pas là, nos coûts salariaux ne pourront jamais rattraper ceux des pays émergents ; un autre économiste : le problème n’est pas là, les PME n’investissent pas.

Tout ceci, affiché péremptoirement, me semble singulièrement idiot.

TVA sociale

 
Que penser de la « TVA sociale », renommée « anti délocalisation » ?

Initialement le système de sécurité sociale était une forme d’assurance pour l’employé. Aujourd’hui la sécurité sociale sert essentiellement à rembourser des frais de santé, qui sont pour une part de confort. En outre elle indemnise aussi des inactifs. (Voir Réforme des systèmes de santé.)

Il paraît donc logique de modifier l’assiette de prélèvement, d’autant plus que le coût des cotisations de sécurité sociale semblent désavantager massivement l’entreprise française (cf. graphique, qui vient de wikipedia).

Mais pourquoi la TVA et pas un impôt ?

La TVA fait baisser les coûts des entreprises françaises et augmente les prix de leurs concurrents, et ce à un moment où le crédit est difficile à trouver. On stimule l'économie pour pas un kopeck. Brillant ?

Beaucoup dépendra du comportement des dites entreprises. Vont-elles utiliser les économies faites pour investir ou pour embaucher ? ou pour s’enrichir - ce qui semble leur tendance actuelle ?

Comme le répète ce blog, le changement laissé à lui-même tend à donner l’inverse de ce que l’on en attendait. L'art de la conduite du changement, c'est le contrôle. Le gouvernement aurait probablement intérêt à définir clairement ses objectifs et à négocier avec les acteurs concernés un accord qui l’assure de l’atteinte de ce qu’il cherche, et qu’ils aient intérêt à appliquer. 

Changement en Palestine.

Les Palestiniens vont-ils s’unir et se rapprocher de l’Égypte ?

La tentative de reconnaissance par l’ONU faite par le Fatah a résulté en une forme de sanctions économiques, qui poussent le Fatah à se rapprocher du Hamas, qui, lui, est prospère. Le Hamas s’éloignerait de l’Iran et de ses alliés pour rejoindre les Frères musulmans égyptiens. (Rivals who may need each other)

Vers un Moyen-Orient soudé par un Islam (relativement) modéré mais ferme dans ses principes ?

Compléments :

Le Départ

Film de Jerzy Skolimowski, 1967.

C’est la nouvelle vague. Rien de plus daté. Ça se veut poétique, léger et déconstruit, et Jean-Pierre Léaud s’applique à caricaturer Jean-Pierre Léaud. J’imagine qu’il devait y avoir une théorie admirable derrière tout cela. En tout cas elle était partagée : le film a reçu l’ours d’or de Berlin.

Plus curieusement, Jean-Pierre Léaud m’a fait penser au Louis Garrel de Dans Paris, de Christophe Honoré. Les codes de la nouvelle vague seraient-ils toujours en vogue chez les réalisateurs ? (Il semble que j’ai vu juste : Jean-Pierre Léaud est le parrain de Louis Garrel.)

lundi 2 janvier 2012

Le chirurgien distrait par Internet ?

Danger ? Le personnel hospitalier serait-il distrait (comme nous tous) par les réseaux sociaux pendant qu’il travaille (opère) ? (Le "cauchemar numérique" hante les hôpitaux - LeMonde.fr)

D’ailleurs la question ne se pose-t-elle pas aussi pour d’autres occupations à haut risque ?

Démonstration que l’innovation nécessite un « accompagnement du changement » ? L’homme n’est pas naturellement prêt à la nouveauté, et a besoin d’un apprentissage pour en tirer le meilleur ? D’autant plus que le « marché » tend à exploiter nos faiblesses (par exemple notre amour des graisses ou du sucre) ?

Changement en Irak

Les Américains partent, le gouvernement irakien se dispute, les attentats se multiplient et l’Iran cherche à prendre pied dans un pays religieusement ami. (Sovereignty without security) L’Irak va-t-il imploser ?

Pour le moment, j’ai l’impression que Kurdes, Sunnites et Chiites, tendances religieuses et (plus) laïques semblent chercher à évaluer leurs forces respectives. Leurs très puissants voisins doivent aussi se demander quel parti ils peuvent tirer de la situation. Phase d’expérimentation ? Rien ne va plus ?

Durkheim et la transformation de notre société

Je n’avais pas bien lu La division du travail social de Durkheim. Son idée est la suivante :
  • Suivant Adam Smith, il y explique que la société moderne est caractérisée par la spécialisation. Si bien que nous sommes tous « organiquement » dépendants les uns des autres.
  • Fin de l’organisation sociale ancienne. Dans laquelle l’homme devait tout à une communauté particulière. Mieux : son histoire ne compte plus, il est avant tout membre d’un réseau.
Ce que je n’avais pas vu est que, s’il en est ainsi, cela élimine les sujets de conflit tels que nationalisme, identité nationale, FN ou immigration.

Est-ce que bien des problèmes actuels ne viendraient pas de ce que certains ont pris cette idée trop au pied de la lettre, et ignorent l'importance de la communauté et du lien social, et que d'autres n'ont pas compris le mouvement des siècles et s'accrochent à une organisation sociale dépassée ?

Compléments :
  • L’idée vient de NOIRIEL, Gérard, Le creuset français, Seuil, 2006.
  • Norbert Elias tente une démonstration pratique de la thèse de Durkheim.
  • Toute la pensée allemande d’avant guerre est l’antithèse de cette idée : elle défend la communauté contre les assauts de la « société » basée sur le contrat. (cf. par exemple, TONNIES Ferdinand, Community and Society, Transaction publishers, 1988.)

dimanche 1 janvier 2012

L’Espagne change ?

On n’entend guère parler du nouveau gouvernement espagnol. Que fait-il ?

The Economist, publié avant les déclarations du gouvernement espagnol, ne voit rien de renversant dans son programme. Objectif, redoutable : 30md€ de réduction de dettes, en un an. Le dit gouvernement ne veut pas augmenter les impôts. Il espère se tirer d’affaire par une réforme du code du travail et en amenant à la raison les régions espagnoles, qui ont la responsabilité du budget de la santé et de l’éducation. Mais aussi en établissant des relations cordiales avec Angela Merkel… (It’s off to work he goes)

Depuis, il y a eu un peu de nouveau : le gouvernement espagnol annonce une augmentation des impôts des plus riches. Il compte gagner 6md€ (sur deux ans ?).

Preuve qu'il n'est pas dogmatique ? Bonne nouvelle ?

Changement en Corée du Nord

La Corée du nord va-t-elle survivre à son changement de dirigeant ?
  • Pour. Un mécanisme de parasitisme de l’économie mondiale qui a fait ses preuves (il repose sur une sorte de chantage). Une structure sociale relativement solide, un endoctrinement efficace. Surtout : aucun autre pays n’a intérêt à une dislocation de la Corée du Nord.
  • Contre. Un dirigeant faible. Le marché mondial et la tentation à laquelle il soumet toute structure sociale.
Compléments :

BCE de dernier ressort

Il se confirme que la BCE est devenue un prêteur de dernier ressort.

Elle a prêté 489md€ (!), à 1% sur trois ans, aux banques européennes, en espérant qu’elles investiraient dans la dette européenne, et éventuellement dans l’économie. Pour le moment ça ne marche pas, mais ça a au moins évité au système financier de jouer les dominos. (Hose and dry)

Quant à l’Allemagne, cette attitude ne semble pas heurter sa rigoureuse morale. 

Cercle du changement

La rédaction de ce blog s'étend. Idée ? Ouvrir ses « colonnes » à des spécialistes d'un type de changement particulier. Comme dans un journal traditionnel, chacun possède sa rubrique. Et, comme Les Inrocks, ou The Economist, ce « journal » a un esprit propre.

samedi 31 décembre 2011

Nouvelles du mois

Principale nouvelle, ce mois : ce blog ouvre ses colonnesà de nouveaux contributeurs… Pour le reste :

Le changement loi fixe et naturelle

Pour ma première contribution j’ai envie d’évoquer quelques chinoiseries.

Cyrille Javary auteur d’un formidable livre nous explique que les Chinois ont depuis fort longtemps résolu l’équation de l’action.

Le Yi Jing, texte capital de la pensée chinoise et vieux de plus de 35 siècles, est le premier manuel d’aide à la décision. Il s’appuie sur 6 piliers :
  1. Le changement
  2. Le battement
  3. Le cheminement
  4. L’engagement
  5. Le discernement
  6. Le hasard
Le premier pilier, le changement est défini comme « la seule chose qui ne changera jamais est que tout change toujours, tout le temps. » Les chinois considèrent donc que le changement est au cœur de la vie et c’est la seule base stable sur laquelle puisse se fonder l’activité humaine.

L’idéogramme changement YI est formé de la juxtaposition de deux signes, celui de la pluie placé sous celui du soleil. Ce peuple sédentaire et cultivateur apprécie ce phénomène naturel et quotidien, de l’alternance du soleil et de l’eau dont les effets sont nécessaires et complémentaires. YI nous indique donc que chacun peut aisément faire le constat du changement quotidien et permanent en regardant le temps qui passe. Mais le plus surprenant c’est que YI signifie également loi fixe. En effet, puisque tout change tout le temps c’est de fait la seule loi stable sur laquelle bâtir une stratégie de l’action.

Enfin, YI signifie également simple facile, comme « après la pluie le beau temps »!

Et je me demande si ce n’est pas après quelques lectures chinoises tout en observant la nature, que Darwin a simplement déterminé que :
Les espèces qui survivent ne sont pas les espèces les plus fortes, ni les plus intelligentes, mais celles qui s'adaptent le mieux aux changements. (Charles Darwin / 1809-1882)
Pour approfondir :
  • Le livre de Cyrille Javary –écrivain et conférencier spécialisée dans la civilisation Chinoise. « Le discours de la tortue » avec ce sous-titre « Découvrir la pensée chinoise au fil du Yi Jing ». 
  • Et une chronique du livre par ce blog. 

Blog : fin d’une époque

Le blog de Christophe Faurie devient celui du Cercle du changement. Pourquoi ?

Critique de cinéma

Dans la série des réflexions de fin d’année, en voici une sur les critiques de cinéma de ce blog. Pourquoi des critiques de cinéma, d'ailleurs ?

Fin d’année ou fin du monde ?

Sans qu’il l’ait voulu, ce blog est né avec la crise. Il passe son temps à la commenter. D’ailleurs la crise est le propre du changement (d’une certaine façon elle tombe bien pour un blog qui parle de changement ?).

Voici quelques réflexions sur la situation du changement en cours. Un billet déconseillé aux dépressifs.


Raging Bull

Film de Martin Scorsese, 1980.

Je trouve souvent peu convaincantes les grimaces de Robert de Niro. Pas cette fois-ci. Son personnage est inquiétant, imprévisible, ambigu… humain ?

vendredi 30 décembre 2011

France et Turquie

La France a-t-elle eu raison de se mettre les Turcs à dos, en pleine crise ?

The Economist estime que le gouvernement a pris ce risque pour acquérir les voix des Arméniens de France. (Pour ma part, je pensais qu’il faisait signe à l’électorat du FN.)

Il remarque aussi que Barack Obama a découragé les élus américains de légiférer sur la question, et que les Arméniens qui vivent encore en Turquie préféreraient ne pas faire les frais de nobles idéaux. (Watch your words)

Les médias sociaux menacés par le bruit ?

The Economist (Too much buzz) semble emboîter le pas à notre conversation concernant l’impact des médias sociaux sur notre vie : une « tornade de bruit ». 
Pour les émetteurs d’informations, le nouveau monde sera coûteux. Les entreprises devront investir dans encore plus de canaux de communication pour atteindre le même nombre d’oreilles. Pour les receveurs, ce sera la confusion. Tout le monde va avoir besoin de meilleurs filtres – éditeurs, analystes, cadres intermédiaires, etc. – pour extraire la signification d’un blizzard de bruit. 

Le bébé ne s’entend pas ?

L’enfant et l’adulte entendent leur voix, ce qui leur permet d’en corriger les erreurs.

Ce ne serait pas le cas du bébé, qui aurait uniquement recours pour la mise au point de sa prononciation à son environnement. Toddlers Don't Monitor Their Own Speech: Scientific American Podcast

Appui aux thèses de Wittgenstein : la société construit la façon que nous avons d’interagir avec le monde ?

Ou, comme chez Maslow, l’homme est construit par la société, mais parvient à s’en affranchir et à penser par lui-même ?

Carmen Jones

Film d’Otto Preminger, 1954.

La musique de Bizet est-elle bien adaptée aux personnages et aux situations ? Une variante de West side story n’aurait-elle pas été plus à sa place ?

Ce qu’il y a de curieux dans ce film, c’est que tous les acteurs sont noirs (alors que l’équipe de réalisation semble avoir été blanche). Il commençait à être possible, aux USA, de filmer une histoire de noirs, mais à condition qu’ils restent entre eux ? D'ailleurs, quelle était l'ambition du film ? Montrer que les noirs pouvaient être de beaux héros romantiques ? Les rendre dignes d'intérêt et réconcilier les races ?

jeudi 29 décembre 2011

Prothèses mammaires et contrôle

La France ressemble un peu à la Chine, et à son lait frelaté : pour améliorer ses bénéfices, un fabricant de prothèses remplace un gel médical par un autre qui ne l’est pas…  (Le désastre PIP prend une dimension internationale)

La question que me semble poser ce scandale est moins celle de la morale, lamentable, du fabricant que celle du processus de contrôle que subissent les produits médicaux. Comment en est-on arrivé là ?

Révolution et médias sociaux

Les idées révolutionnaires se diffusaient quasiment aussi vite au 15ème siècle que maintenant. La presse y était pour quelque chose. Mais pas uniquement : les illettrés étaient informés aussi rapidement que les autres (notamment grâce aux chansons). How Luther went viral

Nos médias sociaux ont-ils un avantage sur leurs prédécesseurs ? Plus rapides ? Couvrent le monde ? Pas évident.

Pour qu’une idée change le monde, il ne faut pas seulement qu’elle soit diffusée, mais, surtout, qu’elle soit décodée et comprise. Or, les médias sociaux favorisent le bruit.

En outre, une idée ne peut toucher un grand nombre de personnes (de nations), que si elles ont des sujets commun d’intérêt. Les liens sociaux sont aussi des liens de communication rapide. 

Shame

Film de Steve McQueen, 2011.

J’ai entendu le philosophe Dany-Robert Dufour dire (France Culture, hier) que notre société créait une « perversion ordinaire ». Par définition, elle encourage toutes les pulsions, car elles amènent à la consommation et surtout à « l’addiction ».  Exemple ? DSK.

Ceux qui ne parviennent pas à la réussite, et ils sont nombreux, se replient sur eux-mêmes : suicide ou dépression.

Je me suis demandé si Shame n’illustrait pas cette théorie.

mercredi 28 décembre 2011

L'hébreu, langue du changement?



L'hébreu est une langue formidable, dans laquelle les termes sont construits autour de racines de 2, 3 ou 4 consonnes: il y en a 22, cela limite donc le nombre de racines existantes. Une même racine, conjuguée dans l'une des 7 formes qui existent (cf. l'article Wikipedia sur la conjugaison hébraïque), peut prendre des sens différents, mais souvent assez proches: apprendre et enseigner, écrire et dicter, venir et apporter, etc. 


Afrique, prochain Eldorado?

J’entendais la BBC parler, hier, de la croissance économique des pays africains. Elle devrait être exceptionnelle dans les prochaines années. Beaucoup de choses à faire dans les télécoms, des populations jeunes qui se mettent au travail, et surtout pas de dette, puisque personne ne voulait jusque-là prêter aux Africains.

Alors, les mêmes causes vont-elles produire les mêmes effets ? La prochaine bulle spéculative va-t-elle être africaine ? L’Afrique va-t-elle connaître des inégalités encore plus marquées ? (Ce qui est difficile à imaginer.)

Compléments :

Lumières et Progrès

Les Lumières définissaient le Progrès comme l’émancipation progressive de l’esprit humain. Un parcours de la croyance aveugle vers la raison. Y a-t-il du vrai là dedans ?
  • Les religions sont vues comme la cause, inacceptable, de guerres. L’Islam en fait actuellement la démonstration. Si les religions n’ont pas disparu, elles se cantonnent de plus en plus à la sphère de l’individu. Elles ont d’ailleurs été remplacées par des idéologies (Marxisme et Libéralisme), qui, à leur tour, se sont révélées dangereuses. L’homme commencerait-il à se méfier de ce qu’il ne comprend pas ?
  • Le principal obstacle sur le chemin de la raison est maintenant le « réalisme » politique qui joue sur les faiblesses humaines. Mais, créant des édifices non durables, il finira par perdre la partie ?
Compléments :
  • Réflexion sur le billet précédent.
  • L’ethnologue Marshall Sahlins dit qu’un des biais culturels américains est de croire que l’homme est le mal.
  • Les religions et l’égoïsme ont sûrement un avantage concurrentiel à court terme. Les religions soudent les peuples et leur donnent la force d’écraser leurs voisins (cf. Histoire de l’Arabie saoudite). La Realpolitik de l’égoïste lui permet de dominer des altruistes divisés (c’est probablement pour cela que nos politiques privilégient le court-termisme et leur intérêt). La raison est longue à s’imposer. 

Kant et les lumières

Voici comment je lis Vers la paix perpétuelle; que signifie s’orienter dans la pensée? Qu’est-ce que les Lumières ? (Garnier Flammarion, 2006) de Kant.

Les Lumières veulent libérer l’homme - la liberté étant la capacité de penser par soi-même. Pour cela, il doit, en particulier, s’affranchir des croyances, inaccessibles à la raison. Donc de la métaphysique, qui ne peut qu’être vaine spéculation.

En fait, il y a une métaphysique des Lumières : la raison est première. Il existe un Dieu, qui veut « le souverain bien », l’intérêt général. Son existence est démontrée indirectement, par le fait que son inexistence serait inacceptable (le monde serait livré à l’aléatoire). Les Lumières sont la religion de la raison.

De la résulte un « État de droit », où les actes de l’individu sont guidés par son devoir que lui dicte sa raison.

Cet État est une République, pas une démocratie. La République est un système politique dans lequel le législatif est séparé de l’exécutif. L’exécutif réalise la volonté générale, pas la sienne. Par contre, la démocratie est un despotisme « de tous sur un ».

Qu’est-ce qui nous sépare de la réalisation d'un tel État, en dehors de la métaphysique et de la religion ? Les hommes politiques. Ils prétendent que l’homme est faible, incapable de la discipline que demande la morale. Leurs manœuvres hypocrites rendent impossible son règne.

Mais Kant ne nie pas que son idéal ne soit pas réalisable immédiatement. Cependant, il est possible d’y tendre, sans prendre de risques. C’est cela pour un politique d’être « moral ». Recommandation capitale : le politique doit renoncer à la dissimulation (« une maxime (…) que je ne peux pas divulguer sans faire échouer par là mon propre dessein »). La « publicité », dire à tous ce qui les concernent, joue un rôle central dans le fonctionnement d’un État de droit.

Le cours des événements est favorable au règne du droit et de la paix. (« Problème qui se résout peu à peu et se rapproche de son but ».) En particulier, la guerre, qui pousse les hommes à aller à la rencontre les uns des autres, les cultures nationales, qui réalisent un équilibre des forces entre États et les maintiennent sur le qui-vive, et le commerce pacificateur amènent le monde, inéluctablement, vers une « paix perpétuelle ». Elle verra s’étendre progressivement une alliance entre États, qui se réuniront en une fédération.

Cette paix sera « armée ». C’est la concurrence entre États qui les maintient en éveil. Il en est de même de l’esprit de l’homme libre, qui a besoin des assauts de la croyance pour être stimulé.

Il est possible que la principale transformation nécessaire à la réalisation d’un État de droit soit celle de l’homme qui doit apprendre « à se servir de son entendement ». (Est-ce cela le progrès ?) Ce qui demande « résolution » et « courage ». Cependant cette pensée n’est pas solitaire. L’homme ne peut penser qu’en communauté : la liberté de communiquer est donc essentielle.

mardi 27 décembre 2011

Révolutions et classes moyennes

Une fois de plus, ce sont les classes moyennes qui manifestent, en Russie. M. Poutine va probablement leur faire quelques concessions, pour conserver l’essentiel. (The birth of Russian citizenry)

Young and Connected, ‘Office Plankton’ Protesters Stir Russia - NYTimes.com observe le phénomène de l’intérieur. La classe moyenne n’aime pas l’arbitraire quant il la touche, elle s’organise facilement, et elle ne craint pas pour sa subsistance. Il est possible aussi qu’étant une classe éduquée, elle ait besoin de la stimulation des idées. Est-ce cela qui en fait, de tous temps et partout, une classe explosive ?

Amérique : l’esprit des lois

Qu’est-ce qui fonde la société américaine ? La terreur des guerres idéologiques.
(Les pères fondateurs) étaient inquiets non seulement des guerres de religion en tant que telles, mais surtout des disputes politiques, qui étaient « religieuses » de par leur intensité. Ils voulaient créer un État et un système politique auxquels des gens ayant des idées totalement différentes de la métaphysique et de beaucoup d’autres choses pourraient être d’une loyauté inconditionnelle. The faith (and doubts) of our fathers
Compléments :
  • La critique de la raison pure de Kant est peut être une solution différente à un même problème. Toutes les religions sont fondées sur une idéologie inaccessible à la raison. Dans ces conditions la seule façon de prouver la supériorité de la dite idéologie est de s'étriper en son nom. Les guerres de religion qui ont résulté de ce principe ont dû particulièrement marquer les esprits. 

Voyage à deux

Film de Stanley Donen, 1967.

La fiction du mariage d’amour peut-elle fonctionner durablement ? Surtout lorsqu'elle est soumise à la réussite matérielle et à la tentation française. 

Compléments :

lundi 26 décembre 2011

Sciences du management

Les sciences du management appartiennent au domaine de l’hagiographie. On y cherche les recettes de ceux qui réussissent (cf. les « meilleures pratiques »). Suite des billets précédents.

Mais la copie est-elle possible ? efficace ? La caractéristique de la science n’est-elle pas de nous dire ce qui, au contraire, nous semble contrintuitif ? Et de baser son raisonnement sur un modèle mathématique ?

Illustration : le film Le stratège. L’usage des probabilités montre un biais dans la sélection des joueurs de baseball.

Harvard Business Review change ?

J’ai longtemps pensé que le « biais du résultat » était la caractéristique de Harvard Business Review : la réussite était la marque du génie, qu’il fallait copier.

Mais il y a changement. Si HBR étudie le succès de l’entrepreneur indien (billet précédent), une  place est laissée au doute : et si ce succès était dû à des circonstances exceptionnelles ?

Peut-être ai-je tort ? Et si ce qu’HBR nous donnait en exemple était, avant tout, un homme fidèle aux valeurs anglo-saxonnes et récompensé par la réussite ? « Ce qui est bon pour l’Amérique est bon pour General Motors ». Conclusion : imitez-le, adoptez nos valeurs ?

Entreprises indiennes et américaines

Harvard Business Review essaie de comprendre le succès de la multinationale indienne. (Leadership Lessons from India)

L’étonnement manifesté par l’article devant le dirigeant indien, qui croit « qu’en dernière analyse tout est une question de capital humain », montre, peut-être, à quel point le système économique américain s’est déshumanisé.
Les entreprises américaines ont largement abandonné l’investissement dans l’homme, en particulier la formation des cadres, de peur qu’il soit perdu quand il part. Des statistiques suggèrent qu’environ un quart des nouveaux embauchés ne reçoivent aucune formation, de quelque forme que ce soit, dans leurs deux premières années de travail.

dimanche 25 décembre 2011

Comment bien frôler les catastrophes ?

Curieusement, frôler à répétition la catastrophe convaincrait l’homme de son invulnérabilité. Cela expliquerait bien des désastres récents (cf. BP par exemple).

Deux biais de l’esprit humain seraient à l’œuvre :
  1. « normalisation de la déviation » : si l'anomalie est fréquente, elle devient la règle.
  2. « biais du résultat » : le succès justifie tous les comportements.
Au contraire, il faut utiliser les succès chanceux pour apprendre de et corriger ce qui aurait pu mal tourner. Voilà ce que dit : How to Avoid Catastrophe.

Compléments :
  • Ce phénomène aurait-il joué un rôle dans la crise actuelle : elle a été précédée d’une dizaine de crises locales qui ont pu être circonscrites ? (Consensus de Washington)

Tableaux de mots de Jeanne Bordeau

Comme chaque année, Jeanne Bordeau expose ses « tableaux de mots » de l’année. (Galerie Verneuil Saints-Pères, 13 rue des Saint Pères, à Paris.)

J’ai beau me tenir à l’écart de l’actualité, que je trouve agressive, je constate que les mots de l’année ne me surprennent pas (à quelques formulations branchées, et au nom de la fille du couple présidentiel, près). Difficile d’échapper à la rumeur du monde ?

Ces tableaux ont trois dimensions. Les mots, leur mise en image, et l’histoire qu’ils racontent dite par Jeanne Bordeau : Making of tableaux - Vidéo Dailymotion

Exercice du club

J’ai toujours animé des clubs, et toujours trouvé que l’exercice un peu éprouvant.

Pourquoi ? Parce que celui qui sert de pivot au groupe doit subir les petits aléas de la vie de ses membres. Non seulement, ils sont multipliés par leur nombre, mais encore, pour lui, ils n’ont aucune rationalité.

D’une certaine manière l’animation d’un club sert de loupe aux caractéristiques de notre société.

Que montre cette loupe ? Que le Français a besoin d’une maman. Même vieux, il est peu rigoureux, et très susceptible à l’enfantillage. Son milieu d’origine (à commencer par sa famille) aurait-il cherché à le maintenir dans sa dépendance ?

samedi 24 décembre 2011

Système éducatif coréen

La vie du Coréen se jouerait sur un seul examen. Du coup la famille coréenne, pour utiliser au mieux sa capacité d’investissement, ne produit qu’un héritier, qu’elle soumet aux travaux forcés.

D’où un déficit démographique qui pourrait être fatal au pays. (The one-shot society)

Football chinois

Le football chinois serait une caricature de la corruption du pays. Non seulement les matchs sont truqués, mais on peut acheter sa place dans l’équipe nationale… (Little red card)

Ce qui m’a fait penser à notre Ancien régime, durant lequel les charges étaient à vendre.

La corruption serait-elle un usage culturel qui n’est plus adapté aux règles du jeu du moment ?

Années mémorables

Les souvenirs associés à la fin de l’adolescence seraient les plus vifs.

Exercice d’application : choisir celui que l'on pense le meilleur footballer, ou le meilleur groupe de rock.

Explication : âge de mémoire efficace et de formation de l’identité d’adulte (Pelé and Maradona Help Us Understand How Memory Works | Observations, Scientific American Blog Network).

vendredi 23 décembre 2011

La BCE biaise

Cela se confirme, la BCE annonce qu’elle suit la position allemande, mais elle la contourne. (The Subtle ECB - NYTimes.com)

Ce qui pourrait éviter une crise de la zone euro, sans faire perdre la face à Mme Merkel.

La rigoureuse Allemagne découvrirait-elle que, après tout, M.Draghi et son pays l’Italie ont des qualités qui lui manquent ?

Désarkozyfication ?

Instituts du langage, coachs en gentillesse (dont un client est Nathalie Kosciusko-Morizet !) et écoles de courtoisie se multiplieraient.

L’échange est devenu agression et incorrection. Le Français ne sait plus parler, écrire ou se tenir à table. L’exemple vient d’en haut, du dirigeant, et, surtout, de l’être suprême, le Président de la République (qui « manie l’insulte mieux que la langue de Molière »).

Voyant que cette attitude porte en elle une agressivité « dangereuse pour le collectif de travail », la France redécouvre les bienfaits de l’éducation.

Voici ce je lis dans Liaisons sociales de décembre 2011 (Emmanuelle Souffi, Et la politesse, bordel !).

Si Versailles m’était compté

Film de Sacha Guitry, 1954.

Que le château de Versailles a été d'une richesse extraordinaire, que la France a compté de gens célèbres, et qu’il y avait de comédiens fameux pour les jouer dans les années 50…

On oublie de plus en plus que notre pays a été une grande nation, et ce que cela signifiait.

D’ailleurs, faut-il la sorte de folie qui l’a jeté à la poursuite de grandeurs chimériques pour engendrer des génies ?

jeudi 22 décembre 2011

Test : êtes-vous un dictateur ?

Apparemment, le dictateur serait à la fois sadique, antisocial, paranoïaque, narcissique, schizoïde et schizotypique. (The Psychology of Dictatorship: Kim Jong-Il | The Thoughtful Animal, Scientific American Blog Network)

Il faut probablement toutes ces caractéristiques, à dose exceptionnelle, pour qu’un homme parvienne à terroriser une population, sans, lui-même, être paralysé par le danger qu’il court. 

Aéroports en grève

Les personnels de sécurité des aéroports font grève. (Aéroports : le gouvernement sommé d'agir - Economie - TF1 News)

Ils paralysent les aéroports, alors qu’ils sont une poignée (si je comprends bien, il suffit de 400 personnes pour les remplacer). Et ce à Noël et en ayant une visibilité mondiale. Est-ce bon pour notre image de république bananière ?

D’ailleurs, une grève aussi agressive est-elle judicieuse en période de crise ? Souvenir des usines d’armement en grève d’avant guerre, dont parle Marc Bloch dans L’étrange défaite ?

Et si, dans les deux cas, ce comportement apparemment irrationnel était une conséquence de la crise ?

Les psychologues disent que lorsque l'homme est paralysé par l'incertitude, il tend au ritualisme, à s’agripper à ce qu'il juge être le fondement de son identité : l’Allemagne s’accroche à la lettre de ses lois, le religieux devient fondamentaliste, les syndicats font grève, et le blogger écrit ? 

Parlez-vous vidéo ?

Suite et fin de ma série sur le rapport "Future Work Skills 2020". On le sait, le volume de données vidéo explose sur l'Internet, encore plus lorsqu'il est utilisé depuis un mobile (et même encore plus lorsqu'il est utilisé depuis un iPad).

L'étude affirme que le travailleur du futur devra être "fluent" en langage vidéo. Autrement dit, qu'il devra être capable de lire et appréhender la vidéo de la même manière qu'une présentation Powerpoint aujourd'hui.

Inversement, il devra aussi maîtriser la création et la présentation vidéo. Cela exige de lui la connaissance  des concepts et du langage vidéo : cadrage, profondeur de champ, etc. Mais aussi des techniques lui permettant de convaincre son "audience" et de vendre via ce langage.

Cela me donne la sensation d'une mutation comparable à celle qui a vu le passage du cinéma muet au parlant, avec son lot de laissés pour compte et de stars déchues. Et vous, vous sentez-vous prêts ?

Canaliser le déluge de données

Le rapport "Future Work Skills 2020" de l'Institute for the Future (cité dans un post précédent) relève un défi intéressant pour les travailleurs du futur que nous sommes tous : savoir gérer intelligemment les données à notre disposition sur les réseaux, dont le volume croît à une vitesse exponentielle.

Le phénomène du Big Data a déjà fait l'objet de nombreux commentaires, par exemple par McKinsey qui estime que les données deviennent un troisième facteur de production à côté du capital et du travail.

Le défi se situe également au niveau individuel. Nous étions déjà débordés par l'email ; nous le sommes encore d'avantage par Facebook et tout cela n'est qu'un début.

Quelles compétences et nouveaux comportements devons-nous développer pour ne pas se laisser noyer mais, au contraire, canaliser ce déluge et en tirer profit au moment de prendre des décisions ?

  1. Donner du sens / interpréter les données ("Computational Thinking") :
    • utiliser des outils de simulation pour assister la prise décision (cf. la mode des "business games" ou des "serious games")
    • développer nos compétences d'analyse statistique et de raisonnement quantitatif
  2. Prioriser et filtrer les données ("Cognitive Load Management") :
    • réduire le "bruit" et identifier les données les plus importantes en utilisant, par exemple, des "interfaces adaptables" qui simplifient les données en fonction de l'activité cérébrale détectée
    • utiliser les techniques de "filtrage social" : classer les flux de données, ajouter des tags et d'autres méta-données
L'étude rappelle tout de même qu'il faudra toujours tenir compte des limites technologiques :
    • tout modèle n'étant qu'une approximation de la réalité, la gestion des données devra toujours s'appuyer sur l'intuition et le sens des réalités (ouf !)
    • ne pas devenir prisonnier de systèmes automatisés pour les situations où les données font défaut
A priori, les littéraires et les créatifs ont donc encore un avenir...

Il giovedi

Film de Dino Risi, 1963.

Le film commence comme beaucoup de films italiens de l’époque. Apologie du bon à rien, charmeur et poète. Mais une journée avec son fils, à l’éducation germanique, va transformer sa vie. Et décoincer le gamin.

Solution à la crise européenne ?

mercredi 21 décembre 2011

Caricature nord-coréenne

Comme caricature de résistante au changement, la Corée du Nord fait très fort. La succession dynastique sans précédent dans un pays communiste révèle au monde ce que produit un conservatisme idéologique de fer.

Soixante ans après la fin de la guerre civile, le contraste avec son voisin du Sud est tout simplement sidérant, abyssal et scandaleux :
- une armée 2 fois plus nombreuse pour une population 2 fois moindre (1,2 million d'hommes - hors réserve estimée à 4,7 millions - pour 24 millions d'habitants)
- un espérance de vie (64 ans) de presque 15 ans inférieure
- un revenu par habitant de 1.118 dollars contre 29.835 dollars au Sud
- au moins 200.000 prisonniers dans les camps de travail
- 7% de la population en état de malnutrition aigüe et près de 40% des enfants présentant des retards de croissance biologique (source onusienne, 2005)
- à peine 2.000 kilomètres de routes "pavées" et moins de 300.000 véhicules en circulation (presque tous utilisés par l'armée)

Je m'arrête là.

Tout cela pour quoi ? Pour maintenir une idéologie et une nomenklatura, certes. Mais aussi pour permettre à la Chine de maintenir un glacis anti-occidental à ses frontières, en rendant impossible l'inévitable réunification coréenne. Un changement politique en Corée du Nord aurait sans doute des répercussions importantes pour la Chine. Et là s'arrête la caricature.

France Amérique : piège de la globalisation ?

La France et les USA semblent avoir suivi le même schéma, opposé à celui de l’Allemagne, dont la stratégie a été de développer son tissu économique.

Leurs entreprises se sont étendues à l’étranger par acquisition et ont attiré des capitaux étrangers pour ce faire.

Résultat : baisse considérable de leur part dans les exportations mondiales, déficit commercial, et pertes d’emplois.

Etats-Unis, Allemagne, France – Regard sur les stratégies de mondialisation des entreprises - Friedland, le blog de la CCIP

Ce qui semble aller dans le sens du billet précédent... (Et de constatations d'un de mes livres, tirées de missions dans l'industrie automobile.)

Branlants pays émergents

La Chine présente des signes extrêmement inquiétants, à savoir les symptômes d’une bulle immobilière en train d’éclater, voila ce que dit Paul Krugman (Will China Break? - NYTimes.com).

Quant à l’Inde elle serait vacillante. Son économie s’essoufflerait et son gouvernement serait incertain (India’s economy: Slip-sliding away | The Economist).

Où cela va-t-il nous mener ?

Tout le développement économique de ces dernières décennies n’a été qu’une sorte d’illusion, qui serait en train de se révéler ? 

Europe de dupes ?

La mauvaise manœuvre faite par l’Angleterre la semaine dernière lui fait découvrir les intérêts que l’Europe présente pour elle. Que veut l’Angleterre ? Une grande zone de libre échange, et la city, sans entraves. (A comedy of euros)

Est-ce la vision qu’ont les continentaux de l’Europe ? Est-il possible de construire un groupe, si ses membres ne partagent pas une même idée de l’intérêt général ? 

Peut-on avoir confiance en un investisseur ?

Un investisseur, un peu abattu, se pose la question suivante : comment se fait-il que ses participations croient des gens comme moi, et pas des personnes comme lui, alors que nous disons la même chose ?

À mon avis, c’est une question de confiance. Ses participations ne pensent pas que ses intérêts sont les leurs.

Depuis 20 ans je rencontre régulièrement ce problème : je fais passer des décisions qu’un dirigeant poussait depuis longtemps, en vain. Pourquoi ? Je soupçonne une culture de « lutte des classes » en France. D’ailleurs dirigeants et gouvernants cultivent le secret, et le coup de Jarnac, ce qui encourage la méfiance.

Et il en est de même des investisseurs : la plupart d’entre eux n’hésitent pas une minute à licencier une équipe dirigeante dont le comportement ne leur convient pas… Et l’investi le leur rend bien : il espère récupérer leur argent tout en  continuant à en faire à sa tête…

Comment un couple peut-il être durable s’il se livre à un jeu de dupes ?

mardi 20 décembre 2011

Europe, Allemagne, crise et raison

Dans la crise de l’euro, l’Allemagne semble tenir tête au monde. Face aux arguments des économistes internationaux, elle répond (La zone euro espère vaincre la défiance des marchés malgré ses divisions - Coulisses de Bruxelles) :

Le patron de la Bundesbank :
selon moi, il est incroyable de penser que l'on peut gagner la confiance de quelqu'un en enfreignant les règles
Le chancelier :
Je suis convaincue que si nous avons la patience et l'endurance nécessaires, si nous ne laissons pas les revers nous abattre, si nous avançons systématiquement vers une union budgétaire et de stabilité, si nous parvenons réellement à réaliser l'union économique et monétaire (...), l'Europe ne surmontera pas seulement cette crise, l'Europe sortira de cette crise plus forte qu'elle n'y est entrée.
Acte de foi ? Le pays de Kant a renoncé à l’usage de la raison ? La presse internationale ne fait pas l’effort d’enquête nécessaire pour comprendre le fond de la pensée allemande ? 

Eva Joly et les grèves

Eva Joly voudrait que les syndicats renoncent à la grève préventive. (Aéroports: Eva Joly veut obliger à négocier avant d'avoir recours à la grève - 20minutes.fr)

Cette pratique pourrit la vie du citoyen, qui est de moins en moins syndiqué, et a donné de nous l’image d’un peuple de bons à rien (les fameux européens du sud paresseux, que haïssent les marchés financiers).

Mais elle tient aussi à une caractéristique culturelle. Le patronat est partie prenante de cette coutume de rapport de forces. Pour faire évoluer les usages syndicaux dans le sens de l’intérêt général, il faut, donc, en même temps, trouver un moyen de modifier les us du patronat.

Compléments :

L'avantage compétitif de l'homme

Comme dans Matrix, les machines vont-elles nous remplacer ? Ce qui est un fantasme récurrent des films fantastiques transparaît de manière plus sérieuse dans une étude prospective commise par l'Institute for the Future, "Future Work Skills 2020". Les auteurs identifient les 10 compétences des travailleurs du futur à partir de 6 "drivers" de changement (mêlant des aspects démographiques, technologiques, organisationnels...).

Une question renversante : quel est l'avantage compétitif de l'homme ? Ça par exemple ! J'aurais eu tendance à remettre cette question à l'endroit mais les avancées dans la robotique ou encore dans l'informatique nous forcent à accepter cette formulation. Ce qui est rassurant, c'est que les auteurs trouvent à l'homme plusieurs avantages sur la machine :
  • capacité à faire preuve de sens / à saisir le sens, donc à générer des intuitions qui sont critiques pour la prise de décision
  • capacité à ressentir et évaluer des émotions et, par là, à créer des relations personnalisées
  • aptitude à vivre en groupe (héritage de milliers d'années de socialisation) et à collaborer dans des environnements variés
  • maîtrise des contextes culturels multiples grâce à l'identification de "points de connexion" (objectifs partagés, priorités, valeurs) qui transcendent les différences culturelles
  • capacité d'adaptation aux circonstances inattendues, aux situations
Ces différents avantages compétitifs me semblent intimement liés entre eux. Ils font écho aux notions d'intelligence émotionnelle, au "QI social", voire à l'ethnologie, à la sociologie et à la psychologie. Les machines sont limitées par l'obligation qu'elles ont de suivre des règles. L'homme, lui, peut saisir l'esprit des règles au-delà des aspects sémantiques ou autre logique flottante de l'intelligence artificielle.

Démocratie et crise

Paul Krugman se désespère, à longueur de blog, de ce qu'on ne le comprend pas.

Mais, n’est-ce pas normal ? Pourquoi devrions-nous comprendre un prix Nobel d’économie qui occupe sa vie à étudier un sujet compliqué. Pouvons-nous lui faire confiance, alors que  les économistes, de leur propre aveu, ont été de grands coupables de la crise actuelle ?

Les crises posent à l’individu des problèmes complexes qu’il n’est pas préparé à résoudre. La psychologie dit que, dans ce cas, il prend de mauvaises décisions. (Pire : dans les périodes prospères, la société semble avoir l’obsession de transformer l’homme en consommateur décervelé, en un légume.)

La démocratie ne peut-elle que transformer les crises en désastres ?

Faut-il en revenir au projet des Lumières et de la troisième République : « émanciper » l’esprit du citoyen pour qu’il puisse décider judicieusement ?

Je doute de cette solution. La capacité de traitement de l’information d’un homme n’est rien par rapport à celle de la société. Il me semble donc plutôt qu'il faut reconstruire un édifice social digne de confiance, dans lequel les économistes, par exemple, se comportent comme des scientifiques. 

lundi 19 décembre 2011

Le numérique pousse la presse dans ses retranchements

Je rebondis sur l'article de Christophe "Liquidation de la presse ?"
En tant qu'ancien journaliste, je reste sensible au sujet. La presse française est encore malade de la radicalisation des idéaux fondateurs de la Résistance, selon lesquels l'information n'est pas un produit comme les autres. Or, nous avons devant nos yeux le fait qu'il s'agit bien d'un produit et que ce terme n'est pas un gros mot. Non, le marketing n'est pas mauvais ! Non, faire de l'argent avec la presse n'est pas un renoncement ! Ou, pour faire plus court : non, la capitalisme n'est pas le diable !
L'éthique, l'honnêteté, l'exhaustivité et toutes les autres valeurs attachées à l'information des lecteurs sont autant d'attributs de ce produit. C'est-à-dire que les clients n'achèteraient pas l'information sans voir ces attributs (vous le feriez, vous ?).
La presse française est aussi victime de ses archaïsmes, notamment dans le domaine de l'impression et de la distribution. C'est l'un des derniers bastions des coopératives d'inspiration soviétique où le conservatisme et les intérêts particuliers l'ont emporté sur l'aptitude au changement et l'intérêt général - et c'est peu de le dire ! Ces derniers jours, le syndicat du livre a empêché manu militari la tenue d'un CE à l'Union de Reims, séquestrant le PDG (il s'appelle Hersant, mais est-ce une raison ?). Jolie démonstration de démocratie.
L'avenir de la presse consiste désormais - en partie - à vendre des applications, des abonnements et de la publicité (des produits) sur l'iPad et autres supports numériques (qui contournent ces archaïsmes dinosauriens). CQFD ?

Notre mal : manque de vision généreuse ?

Notre société cherche à tuer la cause de ses maux. Pour cela elle tente d’isoler une caractéristique d’une population, qu’elle puisse rattacher aux dits maux. Une fois qu’elle a des coupables, elle recourt à la violence en toute bonne conscience.

Ce qui n’amène nulle part. C’est la violence qui est le mal de la société. Il faut y mettre un terme. Et pour cela il faut, au contraire, rechercher chez l'homme ce qui est favorable à un projet visionnaire, pacifique, enthousiasmant pour tous.

Voilà ce que dit Armatya Sen (Violence and civil society, CAM n°64). Et il donne comme exemples l’Afrique du sud de Nelson Mandela et l’Europe d’après guerre. 

Causes du printemps arabe

Chaque peuple arabe aurait eu un thème de soulèvement spécifique. Égalité civique au Bahreïn, liberté de parole et d’association en Syrie, sécurité des personnes en Tunisie et en Égypte, niveau de vie au Yémen. Globalement la révolte n’aurait pas été spécialement une question de jeunes, de chômage et de revenus. Plutôt un mouvement de classes moyennes ?

En tout cas, il y a eu effet de contagion, chacun s’enhardissant avec les succès de l’autre.

Quant à l’issue du mouvement, elle semble être liée à la détermination des gouvernants en place. Ceux qui ont disparu avaient perdu le contact avec les réalités et la volonté de se battre.

Voilà ce que je comprends de The Arab Spring is not About Twitter, de Glen Rangwala, CAM, n°64.

En état de "flow"

James Slavet, associé du fonds de capital risque Greylock Partners, propose 5 indicateurs originaux de l'efficacité du management. Le premier, le "state flow percentage", me tape dans l'oeil : pendant quel pourcentage de notre temps au travail sommes-nous réellement concentrés sur un tâche ? A une époque où nous sommes en permanence distraits (pollués ?) par toutes sortes de sollicitations extérieures - au premiers chef desquelles on trouve l'email - cette mesure de l'efficacité au travail me semble vraiment pertinente !

Cette proposition s'appuie sur les travaux d'un professeur américain d'origine hongroise, Mihaly Csikszentmihalyi (n'essayez pas de prononcer, sauf si vous êtes hongrois). Ce spécialiste de psychologie positive a décrit le "flow" comme l'état mental dans le quel une personne est toute à sa tâche, concentrée sur - voire immergée dans - son travail, et avec le sentiment de réaliser celui-ci efficacement ou avec succès.

Pour tous ceux dont le travail demande de la concentration, peut-être faudrait-il aménager les open spaces ou réduire les réunions (demies journées ou journée entière sans réunion ?). James Slavet propose même des post-its "Laissez-moi, je bosse" pour décourager les empêcheurs de travailler concentré.

Cela risque de ne pas suffire. Je proposerais aussi : éteignez non seulement la notification d'emails mais carrément votre messagerie et ne l'utilisez que dans un créneau horaire défini. Arrêtez Skype ou MSN. Etc. Edictez des règles entre vous pour ne pas déranger ceux qui ont besoin de concentration. Pour ma part, c'est décidé : je vais me fabriquer un petit panneau "Lâchez-moi la grappe, je suis en état de flow !"

M. Butterfly

Film de David Cronenberg, 1993.

Un diplomate français se trompe, pendant 20 ans, sur le sexe de sa compagne chinoise.

L’homme a une capacité exceptionnelle à se bercer d’illusions ? D’ailleurs, l’acteur qui joue l’amante ne ressemble pas à une femme, et encore moins à une Chinoise ?

En tout cas, l’univers de David Cronenberg n’est pas le mien.

Compléments :

dimanche 18 décembre 2011

Le banquier est un psychopathe

Le psychopathe est un homme qui n’a pas d’empathie. Il est indifférent au mal qu’il cause à autrui.

N’est-ce pas le cas des banquiers ? Être à l’origine d’une crise effrayante ne trouble par leur conscience.

En un sens, ce sont des psychopathes sociaux. Parce qu'ils sont isolés de la société, le regard de leur prochain ne pèse pas sur eux. Ils ne souffrent pas des erreurs qu’ils commettent.

La solution à la crise n’est peut-être pas de jeter le bankster en prison, avec les autres psychopathes, mais de le faire vivre en société.

Soldat Manning

Aux USA, on juge le soldat Manning, qui a transmis des informations diplomatiques à Wikileaks.

Ce qui est curieux dans cette histoire est que le personnage de Manning est le héros type d’Hollywood. C’est le « whistleblower », celui qui se bat, seul contre tous, pour faire triompher la vérité.

Alors, procès de l’armée américaine et de son incapacité à s’accommoder des valeurs de sa nation, sinon par l'hypocrisie ?

Organisation spatiale de notre esprit

Pourquoi perdons-nous la mémoire lorsque nous franchissons une porte ? (Why Walking through a Doorway Makes You Forget: Scientific American)

Parce que notre cerveau, pour des raisons d’efficacité, doit se vider régulièrement pour dégager de la capacité pour de nouvelles tâches. Et qu’il a fini par associer son contenu avec le lieu dans lequel nous sommes. Si nous sortons d’une pièce, c’est probablement que ce que nous y faisions n’a plus d’importance. 

samedi 17 décembre 2011

Liquidation de la presse ?

Faillites en série de la presse. Le journaliste est maintenant soumis aux lois d’Internet. C’est la jungle. Ce changement aurait été voulu pour liquider le statut des journalistes. Voilà ce que disait une journaliste, ce matin.

Je ne crois pas que qui que ce soit puisse être aussi intelligent pour organiser une telle manipulation. Par contre, je soupçonne que l’analyse est fondamentalement juste.

Journalistes et employés du livre se sont enfermés dans un rapport de forces conflictuel avec leurs employeurs, mais aussi avec leur lectorat à qui ils imposaient leur manière de voir. Ils n'ont pas (uniquement) perdu par un coup de Jarnac du grand patronat, mais parce qu’ils écrivaient des journaux dont personne ne veut.

Enseignements ?
  • La « défense des avantages acquis », la résistance obtuse au changement ne gagne pas. Les syndicats vont devoir apprendre à changer pour ne pas changer.
  • Quant à la presse, elle est sûrement à recréer. Se peut-il que le malheur de certains serve d’exemple aux survivants, qui se réforment à temps ?

La conviction de François Hollande

Que reproche-t-on à François Hollande ?

Ses partisans attendent un tribun du peuple, il est inaudible. (Avec des militants socialistes : "Hollande, on a envie de lui dire : Vas-y, pépère !" - LeMonde.fr)

Deux hypothèses. Pas de conviction, peur de s’aliéner certains électeurs. Mauvais dans les deux cas. En particulier dans le second : si la France veut un changement c’est probablement avant tout pour ne plus être gouverné par la dissimulation.

Alors, comment se forger des convictions que l’on peut clamer sans arrière pensée ? Il y a une technique pour cela.
  • Il faut faire une psychanalyse de ses doutes. En leur trouvant une solution on découvre la cause pour laquelle on est prêt à mourir, au moins à perdre les élections. Alors, on est indestructible.
  • Quant aux réactions du peuple et des sectes de gauche, elles sont prévisibles. Par conséquent, avec un peu de travail, il est possible de leur répondre de manière satisfaisante sans déroger à sa cause.
Mais cette technique demande beaucoup de travail et d’être prêt à perdre les élections. Incompatible avec la nature d’un politique ?

Compléments :
  • Exemple à méditer : Jean Jaurès. Il était prêt à mourir pour ses convictions, et il en est mort…

Émancipation des esprits

Sortir l’esprit humain du poids des coutumes, « thinking out of the box », semble avoir été au cœur de la pensée des Lumières, des combats de nos instituteurs d’avant 14, et de Jaurès, parmi beaucoup d’autres.

Apprendre l’individu à penser semble avoir deux intérêts, pour eux. Tout d’abord, lui éviter de se faire manipuler. Ensuite, le libre arbitre est gage d’efficacité : plus efficace est la raison de l’individu, plus la population est globalement efficace.

Mais qu’est-ce que bien utiliser sa raison ? Il me semble que c’est pouvoir décider vite et bien. Pour cela je crois qu’il faut 0) avoir un minimum de pratique de la prise de décision, 1) un minimum de connaissances sur beaucoup de sujets différents, 2) être au cœur d’un réseau de plus spécialistes que soi. 1) et 2) ont la même justification : pouvoir vite acquérir les informations nécessaires à une décision.

Grandes écoles contre nature ?

Situation apparemment difficile à vivre : enfant incapable de suivre les traces d’un père polytechnicien, qui, pour des raisons de carrière, n’est jamais présent.

J’en suis venu à me demander si cette situation ne reflétait pas un dysfonctionnement de notre société. Et si l’on donnait comme modèle à un enfant normal, un père qui ne l’est pas ?

Après tout, ne mettons-nous pas à la tête de la société des êtres privés de lien social durant les années formatrices de leur vie ? Ne nous sommes nous pas donnés une élite d’autistes ?

Mon sujet d’intérêt n’en est-il pas une preuve ? Je me casse la tête à expliquer, par des théories scientifiques compliquées, le changement, qui est le propre de l’homme !

Suis-je une manifestation d’une pathologie sociale comme la psychanalyse a été le signe de la répression sexuelle du 19ème siècle ? La cause en serait-elle une raison délirante qui nous fait apparaître comme désirable ce qui est contre nature ? (La répression sexuelle, ou le gouvernement par autistes.)

vendredi 16 décembre 2011

Hollande cherche ses marques ?

D’après les experts du sujet, le dispositif qui a été trouvé pour traiter la crise européenne n’est pas satisfaisant. Les dettes européennes ne sont pas protégées des paniques des marchés, et le problème de fond, la croissance, n’est pas abordé.

Probablement, le gouvernement le sait, mais ne croit pas pouvoir mieux faire.

Il est d’ailleurs confronté à un problème compliqué : comment tenir un discours compréhensible par le peuple et qui n’effraie pas les marchés ?

François Hollande (Une autre voie pour l'Europe - LeMonde.fr) semble désireux d’employer une tactique aussi vieille que le conseil en stratégie : déstabiliser le prospect, en lui montrant ce qu’il ne veut pas voir, puis lui présenter un « business model » qui peut le sauver.

Mais, pour que ça marche, M. Hollande va devoir travailler dur à renforcer la deuxième partie de son argumentaire. 

Média social et influence

Que nous réservent en 2012 les médias sociaux ? se demande un expert américain.

Les médias sociaux y apparaissent totalement instrumentalisés. Leur rôle est de nous faire consommer le plus possible, de coca et de pizzas, par une forme sophistiquée de manipulation. Exemple :
Le culte de l’influence. De la même manière que Google a créé un système qui récompense ceux qui produisent un contenu que l’on a envie de chercher, il y a actuellement une course au développement du système qui va récompenser ceux qui ont le plus d’influence sociale. 

L’Amérique se replie

La politique américaine semble confirmer ce que disait ce blog à ses débuts : elle suit un cycle éternel. (Et l’Amérique créa le monde à son image…)

Enthousiasmée par des idées simplistes, elle part à la réforme du monde. Mais elle découvre que tout est beaucoup plus compliqué que ce qu’elle pensait. Maudissant la stupidité de ceux auxquels elle apportait le bonheur, elle veut alors se replier sur son territoire et en revenir à une activité saine (le commerce avec des gens bien).

Barack Obama, dans cette tradition, veut rapatrier l’Amérique du Moyen-Orient et d’Europe, vers les pays du sud est asiatique inquiétés par la Chine. (Lexington: The wretched Middle East | The Economist)

Mais peut-il réellement couper les ponts ? Deux observations tirées de mon expérience :
  1. Considérer les peuples comme des irresponsables (ce qu’a longtemps fait l’Amérique) conduit à ce qu’ils se comportent en irresponsables. Un peu d’éloignement ne peut être qu’un bénéfice.
  2. Mais le changement, incontrôlé, ne prend jamais une direction favorable. Les USA doivent conserver un minimum de présence agissante : ils doivent chercher à « animer le changement ». 

Tu ne tueras point

Film de Krzysztof Kieslowski, 1988.

Le film qui a fait connaître Kieslowski (jamais approché par aucun de ses suivants ?).

Ce que ce film a d'exceptionnel ? Miroir de la vie telle qu’elle est, sans plus ? Un enfer pavé de méchancetés médiocres. Nous sommes moches.

Comme chez Tarkovski, la qualité pisseuse de la pellicule soviétique est un constituant à part entière de l’œuvre. 

jeudi 15 décembre 2011

Euro : la crise est devant nous ?

La situation actuelle de la zone euro serait un miroir des années 30. (Lessons of the 1930s: There could be trouble ahead | The Economist). Curieusement, l’Allemagne ferait reproduire à d’autres ses erreurs de l’époque.

Alors, elle est à la place de la Grèce moderne. À la fin des années 20, elle est submergée par des capitaux français et américains. Bulle spéculative, les salaires augmentent et l’Allemagne n’est plus concurrentielle. Puis, ces capitaux se retirent. La monnaie allemande étant contrainte par l’étalon or, ne peut se dévaluer (même problème que la Grèce avec l’euro). Il faut imposer une baisse des salaires par la force. Politique de rigueur. Les banques s’effondrent. Les Anglais proposent l’équivalent du Fonds de solidarité actuel. Il est refusé par Américains et Français (qui ne veulent pas, en outre, d’une réduction de dette allemande).

Le cercle vicieux de la dépression aurait été causé par une fuite des capitaux, combattue par des politiques de rigueur, qui asphyxient l’économie et créent le chômage. L’argent revient et le cercle vicieux s’achève lorsque l’Allemagne décroche de l’étalon or.

Ce qu’il y a de différent aujourd’hui ? Les USA qui pourraient coordonner une politique de sauvetage internationale ; les systèmes de protection sociale qui atténuent le choc d’une crise (tiens, je croyais que c'était le mal absolu...) – le chômeur continuant à pouvoir dépenser ; la BCE, qui pourrait regonfler la masse monétaire. Seul problème : elle ne semble pas vouloir le faire. 

Le paradoxe du libre arbitre

L’homme doit croire au libre arbitre, surtout si c’est une illusion. Je retrouve ce paradoxe, sujet d’un billet récent, dans un texte de Kant, dont c’est une idée centrale.

Comment le résoudre ? Faut-il mentir à l’homme en lui disant qu’il est libre ?

Ce que dit Kant - « le fataliste le plus convaincu (…) doit agir, à chaque fois qu’il est question pour lui de sagesse et de devoir, comme s’il était libre » (Vers la paix perpétuelle et autres textes, Garnier Flammarion 2006) – semble répondre à la question : expliquons à l’individu que le comportement qui est déterminé par l’idée du libre arbitre est optimal. 

Mythes et paradoxes de l’histoire économique

Livre de Paul Bairoch, La Découverte, 1999. En examinant l’histoire économique du monde, Paul Bairoch trouve que beaucoup de ce que l’on croit vrai est faux. Les deux mythes principaux qu’il démasque sont :
  • Le mythe, de droite, du libéralisme : non le libéralisme n’a jamais été associé à la croissance, au contraire.
  • Le mythe, de gauche, du colonialisme : non les pays occidentaux n’ont pas construit leur modèle sur le rançonnage de leurs colonies. Au contraire. Non seulement les colonies ont peu compté dans l’économie des colonisateurs, mais plus un pays possédait de colonies moins il était économiquement dynamique. (Un marché protégé ne stimule pas l’innovation.) En outre, jusque dans les années 50, l’Occident vivait des matières premières de son sol (cf. l’Angleterre et le charbon). Par contre, il est vrai, les colonies ont été ravagées. 
La science, première victime de l'idéologie ?

Autres réflexions inspirées par ce livre :

mercredi 14 décembre 2011

Irréprochables allemands

Des dirigeants de Siemens sont accusés d’avoir voulu corrompre des officiels argentins, pour s’assurer un contrat.

Assurément Siemens doit appartenir à une de ces républiques bananières du sud de l’Europe.

Baisse de l’euro

La BBC ce matin se demandait pourquoi l’euro était aussi bas, par rapport au dollar et à la livre.

Une explication qui, curieusement n’a pas été évoquée, est la baisse des taux directeurs de la BCE.

Cette baisse pourrait signifier une augmentation des exportations européennes (bonne nouvelle, après tout ?) et de l’inflation.

Par ailleurs, j’entendais la BBC, toujours mais hier, dire que l’inflation anglaise était autour de 5%. Le pouvoir d’achat local est rapidement raboté. 

Grande distribution en Inde

L’Inde refuse l’entrée des grandes surfaces occidentales. (Off their trolleys)

The Economist en est désolé. Elles auraient rationalisé les circuits de distribution des produits de grande consommation et amélioré leur qualité. Et cela aurait relancé la croissance indienne à un moment où elle faiblit.

Certes, mais cela aurait aussi mis à la poubelle une nuée de petits distributeurs. Or, leur nombre leur donne un pouvoir politique important. C’est étrange que, pour une fois, The Economist ne se réjouisse pas que l’Inde soit une démocratie.

Compléments :

Conseil gratuit

On me reproche de donner beaucoup de « conseils gratuits ». Je pense avoir trouvé une justification rationnelle à mes actes.

Si je donne, c’est que cela me prendrait trop de temps de vendre. Je passerais l’essentiel de ma vie à palabrer, alors que j’ai besoin de pratique pour apprendre et m’améliorer.

Ce qui est peut être plus curieux est que les techniques que j’emploie, certaines au moins, étaient d’un usage courant il y a quelques années. D’ailleurs on les trouve dans les livres de cours. Alors, bien que très efficaces, elles sont passées de mode ?

Cette histoire dirait-elle quelque chose des caractéristiques de nos mécanismes de décision ?

À de rares exceptions près, l’homme est incapable de mesurer la valeur de ce qui lui est offert, la société choisit pour lui ?

Ce n’est pas totalement optimal puisque cet effet de mode amène certains à consommer ce qui ne leur est pas utile, mais cela représente une formidable économie, puisque l’innovation peut pénétrer une masse énorme sans avoir besoin d’être analysée par chaque individu. 

Wittgenstein

Livre de A.C.Grayling, 2001.

Wittgenstein semble avoir estimé que les problèmes que rencontrait la philosophie se dissiperaient si l’on clarifiait le langage. Elle serait victime de ses pièges. Malheureusement le langage de Wittgenstein ne paraît pas avoir été très clair, et on ne sait pas bien ce qu’il a voulu dire.

En fait, son objectif initial aurait été de démontrer que ce qu’il y avait d’important dans la vie n’était pas accessible par l’entendement. Pour cela, il supposait que ce qui peut être dit est l’équivalent de ce qui peut être pensé ; et que ce qui peut être dit est l’image du monde. Donc, ce qui n’appartient pas au monde ne peut être pensé.

Puis, il a vu que sa théorie du langage ne fonctionnait pas.

Ce qui semble plus intrigant, pour moi, est qu’il aurait repéré un biais individualiste dans la philosophie de Descartes, pour qui « je pense donc je suis ». Ce qui est indubitable est l’expérience individuelle. Pour Wittgenstein, je ne peux pas penser si la société ne me l’a pas appris. La société est donc première, pas l’individu. Et c’est elle qui nous transmet son expérience, pas l’inverse. De ce fait l’individu n’a pas de moteur intérieur mystérieux, il est aisément décryptable. 

mardi 13 décembre 2011

Attention à la Chine !

Les futures difficultés des Chinois pourraient faire passer celles des Européens pour une plaisanterie. La Chine tente de chercher à se réinventer, et cela pourrait mal se passer.

Voilà en substance ce que j’ai compris de l’interview de l’inventeur du terme BRICS par la BBC, ce matin. 

Areva se restructure

Areva et Veolia changent de direction. Cela s’accompagne d’une restructuration brutale.Que faut-il en penser ?
  • Argumentation rationnelle : dans les deux cas, on dénonce une stratégie financièrement non durable (Areva dévoile son plan de réduction des coûts - LeMonde.fr) ; 
  • ou réitération de l’éternelle tactique du nouveau dirigeant : se faciliter la tâche en chargeant la mémoire de son prédécesseur ?
Compléments :

Publicis

On ne change pas une équipe qui gagne : la crise actuelle pousse Publicis à conserver la direction de Maurice Lévy.

Contrairement à ce que dit ce blog, les fusions acquisitions marchent parfois. Elles auraient fait le succès de Publicis. Leur dernière vague a porté sur Internet et les pays émergents. Elles sont aujourd'hui ralenties : il ne fait pas bon être endetté par les temps qui courent. (Four more years)

Libéralisme et protectionnisme

Moment libéral français, sous Napoléon III :
Un groupe de théoriciens avait donc réussi à introduire le libre-échange en France, et indirectement sur le reste du continent, contre la volonté de la plupart des dirigeants des divers secteurs de l’économie.
Puis tournant protectionniste européen :
En même temps que le Royaume-uni prenait conscience de son avance dans le domaine industriel et en tirait les conclusions logiques en adoptant une politique de libre échange, le reste de l’Europe s’apercevait de son retard et cherchait à le rattraper par une nouvelle forme de mercantilisme, plus défensif qu’offensif – en bref par ce qui devait s’appeler, à partir des années 1840, le protectionnisme. Il faut noter que c’est la première fois dans l’histoire que les hommes commencèrent à raisonner en termes de niveau de développement à atteindre plus ou moins rapidement plutôt qu’en termes d’appropriation d’une plus grande part des richesses ; autrement dit, d’un gâteau plus gros et non plus d’une plus grosse proportion de celui-ci.
BAIROCH, Paul, Mythes et paradoxes de l’histoire économique, La Découverte, 1999.

lundi 12 décembre 2011

Moteur électrique en panne ?

L’histoire tend à se répéter : les technologies installées sont stimulées par la menace de l’innovation. (cf. UTTERBACK, James M., Mastering the Dynamics of Innovation, Harvard Business School Press, 1994.)

Le moteur à pétrole deviendrait de plus en plus performant, ce qui rendrait de plus en plus inacceptable le surcoût de l’électrique. Les constructeurs automobiles utiliseraient leurs véhicules électriques comme une forme de « greenwashing » : on en parle beaucoup, mais on ne les vend pas ? (Revenge of the petrolheads)

Imprimer des produits

Ce qu’on appelait la stéréolithographie il y a 20 ans semble connaître une nouvelle jeunesse. (On parle maintenant « fabrication additive ».)

Elle permet « d’imprimer » un produit à partir de son modèle numérique (robe, chaussure, avion…). Bénéfice inattendu : on serait capable ainsi de fabriquer des pièces ayant des capacités inconnues jusque-là.

Curieusement, lorsque l’on conçoit un produit à partir de ses fonctionnalités, sans se préoccuper des moyens de production classiques, on retrouve les solutions inventées par la nature (par exemple, l’échangeur de chaleur optimal ressemble à des branchies).