samedi 10 décembre 2011

L’université américaine innove

Au moment où l’université française imite l’université américaine, celle-ci découvre qu’elle est en crise, et qu’elle doit se réformer ou crever. Les coûts de formation ont triplé en trente ans. Les élèves sont surendettés.

Une nouvelle fois l’admirable pragmatisme américain se déchaine. Partout on restructure, quitte à liquider la recherche ou les cours qui n’ont rien d’essentiel, et on pousse la technologie à ses limites : gros succès pour l’enseignement sur Internet, et tous les moyens d’automatisation. (Schumpeter: University challenge | The Economist)

Crise bancaire

Actuellement, ce qui est mis à mal, ce ne sont pas les États, mais le système financier.

L’argent n’y circule plus. En parti parce qu’il doit reconstituer ses réserves, en partie parce que la peur est de mise, et qu’on ne se prête plus. (The dash for cash)

S’il s’effondre, c’est toute l’économie qui le suit. Comment le sauver ?

Difficile de voir une autre solution que des prêts des banques centrales. Création monétaire.

Curieusement, ceci ne semble pas devoir créer d’inflation. Parce qu’il y beaucoup de ressources oisives, et qu’une injection d’argent ne peut que les remettre en marche ?

Valeur du temps

J’ai la chance d’avoir une vie extrêmement libre (même si j’ai la réputation de la passer à travailler !) et je ne serais pas prêt à en changer même pour une somme colossale. Lorsque Nicolas Sarkozy nous menace d’augmenter le temps de travail, soupçonne-t-il le coût qu’a pour l’individu cette contrainte supplémentaire ?

Je crois surtout qu'il commet une erreur : la croissance n'est pas une question de quantité de travail, mais d'organisation de celui-ci. Les pays du nord travaillent peu.

vendredi 9 décembre 2011

Désunion européenne

Dans les mouvements européens en cours, l’Angleterre semble plus isolée que prévu.

Peut-elle rester en Europe : son peuple et contre, et peu d’Européens sont pour ? L’union était-elle contre nature ? J’entendais un interviewé allemand de la BBC dire ce matin que l’Angleterre allait devenir une autre Islande.

Mon intuition me laisse penser que l’Angleterre a tout à perdre à une sécession. Pourquoi ? Parce qu’elle n’a plus les moyens de ce qui a fait son succès. La perfide Albion a longtemps divisé le continent pour régner, mais ne semble plus le pouvoir. Et je soupçonne qu’elle a tiré le meilleur de stratégies parasitaires, qui ne seront plus possibles, une fois hors de l’Europe. Pire, peut-être, ses hommes politiques n’auront plus personne à blâmer pour leurs erreurs. 

Taxer les riches à 80%

Aux USA, en 40 ans, le 1% le plus riche a doublé sa part des revenus de la nation. Cela a un inconvénient imprévu : en cette période de crise et de dette, son magot aiguise les appétits.

Quel serait le taux d’imposition marginal qui maximiserait les intérêts des USA ? se demandent des économistes fameux. Plus de 80%.

Raisonnement : les vigoureuses baisses d’impôts qu’ont connues de nombreux pays n’ont eu aucun impact notable sur leur croissance. Une baisse d’impôts encouragerait le top management à un comportement parasitaire, plutôt qu’à la « création de richesse ». Taxing the 1%: Why the top tax rate could be over 80% | vox

Alors, contrairement à ce que prétend Adam Smith, et bien d'autres avec lui, l'appétit du gain ne ferait pas le bonheur collectif ?


L’Angleterre perd à tous les coups

J’entendais un interviewé de la BBC, hier, s’inquiéter du sort de son île.

Soit la zone euro coule, soit elle dresse des remparts. Dans les deux cas, c’est mauvais pour le commerce de l’Angleterre. (Or, elle est en très piteux état.)

Malheureusement, David Cameron est paralysé par une opinion qui veut faire sécession et par des milieux d’affaires qui aimeraient profiter de la crise de l’euro pour se libérer des contraintes européennes, tout en gardant l’accès à un marché ouvert à tous les vents.

Compléments :

Pâtes du 7ème

Triste patron d’un restaurant italien, qui vient de s’installer dans le 7ème. Ses clients lui reprochent ses familiarités, et lui expliquent qu’on ne se comporte pas ainsi ici.

Pourtant, c’était justement ces manières qui avaient fait son succès dans le 16ème, où son établissement était fréquenté par les hot shots des médias et de l’économie, qui garaient leurs Ferrari à sa porte.

Image des changements en France ? Enrichissement d’une classe d’oligarques sans culture qui voit sa relation au peuple comme un encanaillement, selon l’expression de notre président ?

jeudi 8 décembre 2011

Harvard innove

Harvard Business School vient de découvrir que l’homme apprenait par la pratique.

Il n’est jamais trop tard pour bien faire. En tout cas, sa méthode des cas en est toute chamboulée. (Field of dreams)

Et cela fera plaisir aux élèves que j’ai depuis plus d’une décennie de savoir qu’ils ont été en avance sur Harvard.

Émancipation et injonction paradoxale

Le stress au travail a un lien étroit avec l’injonction paradoxale. Celle-ci consiste à demander l’injuste, sachant qu’il ne peut-être refusé et ce pour des raisons qui ne sont pas totalement conscientes (par exemple par peur de perdre son travail).

Dans une société fondée sur l’individualisme, utiliser cette technique va de soi, puisqu’elle permet d’obtenir un bénéfice immédiat.

Comment s’en tirer ? En n’étant attaché à rien. Plus exactement, ses attachements doivent être conscients.

Curieusement, ce faisant on réalise l’idéal des Lumières : l’émancipation de l’esprit humain. L’homme n’adhère qu’à ce qu’il comprend. Ainsi, il ne peut être manipulé contre sa volonté. 

Le stratège

Film de Bennett Miller, 2011.

Le baseball est encore plus incompréhensible du cricket.

En tout cas c’est une histoire de changement. Je me suis cru dans mon métier.

Comme dans l’entreprise le « changement » est un changement de modèle. Ici, il n’est pas économique, mais de recrutement des joueurs. Et, comme dans l’entreprise, la formule n’est pas suffisante, le succès est dans la mise en œuvre, qui demande le talent d’un « leader ».

On y rencontre aussi la résistance au changement, et ses arguments usuels : ne venez pas nous ennuyer, le baseball est un art et pas une question de science.

Le film est peut-être surtout une métaphore du capitalisme, qui avance par « arbitrage », selon l’expression des financiers, en tirant parti de, et ce faisant en éliminant, ce qui n’est pas optimal. Et en liquidant les vieux crabes qui se protègent derrière des coutumes irrationnelles. (On notera au passage la violence des relations humaines, les licenciements se faisant ad nutum, et les joueurs valsant comme des pions.)

Question : est-ce que l’idéal de l’Américain est le changement, c'est-à-dire d’être à l’origine d’une transformation de la société ? 

mercredi 7 décembre 2011

La Grande école innove

Il semblerait que nos grandes écoles aient décidé de rattraper leurs retards sur les universités anglo-saxonnes. Pour cela, une solution originale : construire des campus.

J’ai entendu parler de deux projets, celui de Polytechnique, et celui de Centrale, son parent pauvre.

Dans les deux cas, on bâtit dans les steppes battues par les vents du sud de la région parisienne, et on regroupe des scientifiques.

Je me demande si les esprits supérieurs qui ont conçu ces projets innovants n’ont pas raté quelque chose du modèle anglo-saxon qu’ils cherchent à imiter.

Le campus anglo-saxon est une ville, où il fait extraordinairement bon vivre pour un intellectuel. Tout y est facile et stimulant (y compris les salaires).

Si la règle du jeu est désormais la concurrence internationale, et si j’étais un élève ou un chercheur brillant, je n’hésiterais pas un moment : j’irais à Boston, à Cambridge ou en Californie, pas dans le désert de Saclay. 

Anglais égoïste ?

Les Anglais seraient beaucoup moins solidaires que dans les années 90. Ils pensent de plus en plus que les chômeurs sont trop payés, et que les pauvres n’ont qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

Conséquence de la crise ? Formatage culturel ?... BBC News - Today - Social attitudes not reflecting 'Big Society'

En  tout cas, cela arrive à un moment où de plus en plus de gens doivent s’endetter à des taux usuraires (jusqu’à 4000%) pour tenir jusqu’au versement de leur salaire. BBC News - R3 insolvency group says millions turn to payday loans

Épigénétique

Un schéma  (Epigenetics Explained [Animation]: Scientific American) explique comment certaines caractéristiques acquises par une personne peuvent être transmises à ses descendants.

L’ADN est associé à des marques épigénétiques « qui peuvent être ajoutées ou retirées en réponse à l’influence de l’environnement ou de l’expérience ». Ces marques peuvent enlever à un gène la capacité de s’exprimer (ou la lui rendre). 

Dropbox (2)

De l’usage de Dropbox après quelques temps de pratique.

En fait, cela synchronise les contenus de plusieurs PC, smart phone… L’intérêt, pour moi, est que mes fichiers sont accessibles hors Internet. En fait, ils sont présents à la fois sur les PC et sur les serveurs de Dropbox (pas uniquement sur ces derniers, comme on aurait pu le croire). Dropbox est avant tout un système de synchronisation de contenus.

Un fichier est modifié « physiquement » sur un terminal et transféré, lorsqu’ils sont connectés, aux autres terminaux  de l’utilisateur. Les fichiers peuvent aussi être modifiés sur le site web de Dropbox.

Autre intérêt : sauvegarde des données. 

mardi 6 décembre 2011

Europe réparée ?

Que faut-il penser des négociations en cours au sommet de l’Europe ?
  • Personne ne semble avoir une opinion très scientifique sur le sujet. Ça semble vaguement rassurant, mais c’est incroyablement compliqué.
  • Cette complexité est-elle voulue ? On a essayé de faire ce que l’on dit ne pas vouloir faire, sans le dire ?
Compléments :
C’est une tragédie, qu’en Europe comme au Japon il y a 20 ans, le lobby bancaire ait pris en otage les gouvernements. Lors de la crise des subprimes il a réussi à éviter toute réforme sérieuse, et à cacher ses pertes. Au démarrage de la crise souveraine, il a convaincu les gouvernements de donner de l’argent aux pays défaillants, dans des conditions effroyables, afin d’éviter une faillite. Quand cette stratégie a échoué, comme prévu, il a négocié l’arrangement PSI qui lui a permis de réduire sérieusement ses pertes, sans pour autant fournir aux pays le moyen d’avoir à nouveau accès aux marchés financiers. Il pousse les eurobligations pour protéger une grosse partie de ses actifs au détriment du contribuable. Maintenant, il menace les gouvernements d’une grève du crédit, en expliquant que la diminution de l’effet de levier bancaire va amener une diminution du crédit. Il est temps que les gouvernements disent qu’ils ne sont pas dupes, et conçoivent des plans de nationalisation, si les banques ne sont pas capables de fonctionner comme des banques.

Le déclin de l’empire russe

La Russie serait un empire en voie de disparition… The collapse of the Soviet Union: Russia’s imperial agony | The Economist

Si c’est le cas, qui va remplir son vide ?

L’Express

Je reçois un exemplaire publicitaire de l’Express.

Première impression : mauvais papier. De la publicité partout. Mais elle gêne peu, parce qu’elle n’attire pas l’attention (elle n’est pas efficace). Et, pourquoi fait-on des journaux aussi gros ?

Pourtant je me suis laissé prendre au jeu. Article après article, parfois en commençant par la fin, j’ai quasiment tout lu en peu de temps. Les textes sont intéressants et bien faits. Profondes analyses ? En tout cas, une façon d’aborder l’actualité que je trouve optimiste et sympathique. Elle a un œil, me semble-t-il, pour le bon côté du monde et de ses interviewés. Ce n’est pas une presse qui cherche la faille, pour détruire « l’ennemi ». Elle tient de l’ethnologie, plutôt que de l’économie.

lundi 5 décembre 2011

Crise de l’État providence ?

Crise de l’État providence ? N’est-il pas trop endetté ?

En fait, il n’y a pas corrélation entre les difficultés d’un pays et le poids de son État. (No, It's Not The Welfare State - NYTimes.com)

Pas plus qu’il n’y a corrélation avec son endettement. (Profligate Zombies - NYTimes.com)

Téléthon et crise

En dépit de la crise, le Téléthon aurait fait une collecte record.

Explication ? D’après un scientifique entendu hier, lorsque le petit peuple a peur, il recherche l’entraide, ce qu’il exprime en étant généreux.

À ne pas confondre avec la charité du riche.

Compléments :

Élections américaines

Un précédent billet disait que Mitt Romney pouvait défaire Barack Obama.

Pas si sûr. Il a dirigé un fonds d’investissement. De ce fait, on peut lui reprocher le dépôt de bilan de sociétés dont la vente lui avait beaucoup rapporté et le régime fiscal qui lui a été exceptionnellement favorable. (Private equity and the election: Mitts off | The Economist)

La politique n’est que coups de théâtres. 

Intouchables

Film d'Olivier Nakache et Éric Toledano, 2011.

Le film qui aurait pu changer Nicolas Sarkozy ?

Le problème est dans la solution dit ce blog. Et si au lieu de nettoyer les banlieues au karcher, il avait fallu les amener à Neuilly ?

Et si les caractéristiques humaines qui, dans un milieu, font une racaille, étaient celles du surhomme, dans un autre ? Et si les valeurs du FN (par exemple le respect de la famille) étaient infiniment mieux respectées chez les immigrés que dans les beaux quartiers, ou même chez les classes moyennes ? Et s’il avait juste fallu un « recadrage » à Jean Sarkozy pour qu’il fasse de solides études et devienne un citoyen modeste, travailleur et méritant ?... 

dimanche 4 décembre 2011

Crise et asymétrie d’information

La finance et l’industrie de la santé ont pris une place disproportionnée dans notre société. D’où crise. Manœuvre ? Une complexification de leur discours qui a rendu inopérant le marché. Du coup, l’appétit du lucre a pu s’exprimer sans qu’il soit contrebalancé par la concurrence.

Il faut faire revenir la lumière par la loi.

De l’utilité du riche

Alors qu’effrayés par l’éminente arrivée de François le rouge, les riches français émigrent en Suisse, les Américains cherchent à attirer chez eux les riches mondiaux.

L’idée est qu’ils y paient des impôts sur (et qu’ils dépensent) ce qu’ils gagnent ailleurs. Habile, non ?

Compléments :

Saint Thomas allemand

Crise euro : si les Allemands sont aussi longs à la détente, c’est qu’ils n’ont pas été atteints par elle. Leur économie est prospère. (Gloom descends)

Hypothèse qui me rappelle le cas d’un de mes clients. Le centre de développement allemand de l’entreprise a nié une attaque de son marché européen, jusqu’à ce qu’elle touche son territoire.

L’aspect désagréable du parallèle, est que l’Allemand s’est révélé alors avoir très peu de réactivité… le marché a été perdu.

Caractéristique culturelle allemande ? Peu de capacité à l’abstraction ? Peu d’empathie ?...

Compléments :
  • Si l’Europe doit survivre à la crise, elle devra non seulement être fiscalement solidaire, mais aussi ne pas dépendre entièrement des intérêts d’un de ses membres.

Les révoltés de l’Ile du Diable

Film de Marius Holst, 2011.

Il ne faisait pas bon être pauvre au début du siècle dernier en Norvège. On risquait fort de s’y retrouver dans un camp de redressement.

Révolte de l’individu contre l’oppression sociale, qui libère quelques esprits de leurs entraves.

Je ne suis pas entré dans l’histoire. Mais ai eu froid. La Norvège n’est pas pour moi.